Magnétisme personnel ou psychique

Back to Index

XII. — SUGGESTION ET AUTOSUGGESTION

Théorie. — Pratique. — L'Autosuggestion pendant le sommeil. — Auto magnétisation. — L'Attitude, les gestes et les mouvements. — Absorption de l'énergie. — Cherchez et vous trouverez. — La Suggestion. — Suggestion mentale. — Pour éviter les suggestions des autres.

Pour les gens du monde, la Suggestion est, le principal et même l'unique moyen d'action employé par l'hypnotiseur pour faire manger à ses sujets des pommes de terre crues pour des fruits délicieux, leur faire commettre des crimes imaginaires et obtenir d'eux tout ce qu'il désire pour l'ébahissement des badauds. Pour le plus grand nombre des médecins et des hypnotiseurs, elle peut guérir, parfois instantanément, presque toutes les maladies. Tout cela est vrai ; et si on savait la pratiquer convenablement, on obtiendrait bien plus encore.

Si la suggestion joue le rôle prépondérant dans les phénomènes de l'hypnotisme, elle est presque sans importance dans ceux du Magnétisme physique ; et l'on peut même affirmer, sans crainte d'être démenti par tout observateur impartial, que neuf fois sur dix au moins, la suggestion des hypnotiseurs n'y exerce pas la plus petite action.

Je n'entends, en aucune façon, parler ici de l'hypnotisme, que je considère comme l'ombre du magnétisme, le revers de la médaille, le mauvais côté sur lequel sont naturellement groupés les inconvénients que les magnétiseurs ont su éviter, car ces inconvénients peuvent devenir dangereux entre des mains impures ou, seulement, inexpérimentées. Je me contenterai de dire que, contrairement à ce que soutiennent presque tous les hypnotiseurs, on observe deux ordres de phénomènes bien distincts : d'une part, le magnétistisme, dont le principal agent est un fluide, ou un mouvement vibratoire se communiquant, par ondulations, du magnétiseur au magnétisé ; d'autre part, l'hypnotisme, qui n'admet d'autre moyen d'action que la suggestion mettant en jeu l'imagination de l'hypnotisé.

Au figuré, la suggestion peut être considérée comme l'ivraie de l'Evangile, contenant plus ou moins de bon grain. L'ivraie seule, c'est le mal que peut faire l'hypnotiseur en suggérant des mauvaises idées et en faisant des expériences, amusantes peut-être pour le public, mais toujours fatigantes et, souvent, nuisibles pour le sujet, car elles sont susceptibles de laisser chez lui des impressions pénibles plus ou moins durables. Même tout en voulant être utile, en suggérant constamment de bonnes idées, l'hypnotiseur peut nuire, car toute suggestion a tendance à transformer le sujet en automate, qui perd, ainsi, peu à peu, le pouvoir de se diriger convenablement lui-même. Il se trouve, alors, dans un état analogue à celui de la pendule qui doit toujours être remontée au bout d'un certain temps.

Le bon grain pouvant être extrait de l'ivraie représente les avantages que la suggestion, bien comprise et parfaitement appliquée dans un but louable et désintérésé, peut donner à celui qui veut bien la recevoir.

Ne voulant rien perdre, je vais tâcher de séparer le bon grain du mauvais, d'abandonner celui-ci et de donner à l'autre toute l'importance qu'il mérite.

La suggestion est l'art de faire réagir le moral sur le physique, d'imposer une idée et d'en assurer l'exécution.

Les Pensées et les associations de pensées que l'on appelle des Idées sont des forces extraordinairement puissantes, car d'elles-mêmes, elles créent de toutes pièces ce que l'on veut avec persévérance, et même ce que l'on ne voudrait pas. C'est une arme à deux tranchants ; car toute idée acceptée par le cerveau se transforme en acte à une échéance d'autant plus rapprochée qu'elle revient plus souvent dans le champ de la conscience.

A l'époque de Charcot et de l'Ecole hypnotique de Nancy, la suggestion se pratiquait exclusivement pendant l'hypnose ; maintenant, les hypnotiseurs suggèrent presque aussi bien à l'état de veille qu'à l'état de sommeil ; il ne leur faut pour cela que le consentement du sujet. Ces praticiens ont parfaitement raison, car il est évident que nous sommes tous plus où moins aptes à recevoir les idées des autres et à imiter leurs exemples.

Toutes les idées qui nous sont imposées verbalement dans un but quelconque, constituent la Suggestion. Mais, les idées viennent encore très souvent par d'autres moyens, pour s'imposer plus ou moins à notre attention. C'est ce qui a lieu souvent dans la conversation ou lorsqu'on écoute un conférencier éloquent et sympathique. Dans un cas comme dans l'autre, elle se produit toujours de celui qui parle à celui qui écoute et d'autant mieux que celui-ci écoute plus passivement, surtout lorsqu'il est moins évolué que le premier.

La suggestion peut encore se faire mentalement, c'est-à-dire sans le secours de la parole et, méme, sans aucun geste extérieur, rien qu'en formulant intérieurement sa pensée, son désir, sa volonté, pour la transmettre à travers le milieu ambiant. C'est la Suggestion mentale, ou vulgairement transmission de pensée. Certains praticiens entraînés à cela font, avec des sujets également entraînés, des expériences fort intéressantes.

La transmission de pensée se fait, aussi, d'elle-même, sans qu'on le veuille, et, cela, beaucoup plus souvent qu'on ne le pense. Ainsi, vous pensez à une personne et au bout de quelques instants, on frappe à, votre porte ; vous ouvrez, et vous êtes tout surpris de voir la personne à laquelle vous venez de penser. Que s'est-il passé ? — La réponse est simple ; la pensée active de votre visiteur était dirigée vers vous ; et à quelques centaines de mètres de votre domicile, elle s'est communiquée à vous. Cette transmission se fait même à des distances très éloignées. En voici un exemple : — Un parent ou un ami éloigné pense à vous et vous écrit ; à cet instant, précis, vous pensez à lui en vous disant : « J'aurai, bientôt, de ses nouvelles. » En effet, le prochain courrier vous apporte, presque toujours, une lettre de lui.

Voici un fait qui n'est pas aussi commun, mais qui n'en est pas moins évident pour tous. Une mère a, souvent, conscience de l'accident qui vient, à l'instant même, d'arriver à son enfant éloigné de plusieurs milliers de kilomètres. Le prochain courrier, qui n'arrivera parfois que dans trois ou même quatre semaines, lui confirmera le bien fondé de cette action télé psychique.

L'apparition simultanée d'une idée nouvelle, soit d'ordre politique, littéraire, scientifique ou industriel, dans plusieurs localités éloignées l'une de l'autre, n'est pas due au hasard, mais à la pensée constante d'un individu travaillant sans relâche à l'élaboration de son idée ou de son invention, idée qui rayonne autour de lui et se communique à d'autres individus qui la travaillent et qui parviennent à la réaliser. On donne une explication très rationnelle de ce phénomène en disant : celle idée est dans l'air, ce qui veut dire qu'étant née quelque part, elle s'est répandue partout. C'est, ainsi, que s'expliquent les progrès extraordinairement rapides de l'aviation, dont la possibilité était discutée partout depuis longtemps. Avant même qu'en Amérique les frères Wright eussent terminé en secret leurs premiers essais, des constructeurs d'aéroplanes surgirent partout, en France et ailleurs, car les inventeurs, qui seuls étaient susceptibles de recevoir cette idée « qui était dans l'air », se mirent à la tâche et donnèrent bientôt, isolément, des modèles nouveaux.

La transmission de la pensée suggestive se fait constamment d'un milieu dans un autre. La lecture d'un roman ou d'un simple article de journal, la pluie ou le beau temps, le thermomètre qui monte ou qui descend, le vent qui souffle, la mode, et ce que l'on appelle les usages et les convenances modifient, à chaque instant nos dispositions à faire ceci ou cela ; et, à notre insu, c'est presque toujours sur les résolutions des autres que nous agissons. Nous sommes les esclaves de nos passions et de nos besoins ; et ceux-ci sont, toujours, inconstants, car ils sont sans cesse modifiés par une idée qui, presque toujours, nous vient du dehors. Certaines circonstances nous font désirer une chose à un moment donné, quand, quelques instants après, d'autres circonstances imprévues substituent ce désir à un autre.

On sait que la vue d'un objet qui nous plaît éveille en nous l'idée de le posséder. Notre appétit s'ouvre réellement en voyant nos semblables devant une table bien garnie. La vue d'une jolie femme tente un homme jeune et fort, comme réciproquement, la vue d'un beau garçon éveille la tentation chez la femme ; et la tentation est un acte qui commence. Elle justifie parfaitement ce proverbe : l'occasion fait le larron.

En somme, tout ce qui frappe nos sens, agit sur nous à la façon d'une suggestion, souvent très légère, c'est vrai, mais, si nous lui donnons de l'importance, elle peut devenir énergique et nous faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal; en un mot, la suggestion est en tout et partout.

Tous les psychologues sont d'accord pour affirmer que les idées et les impressions qui nous viennent du dehors constituent la Suggestion ; et que, lorsque ces idées et impressions viennent de nous, comme les résolutions que nous croyons prendre librement, il y a autosuggestion. Ce mot est un mot hybride, qui vient du grec autos, soi-même, et du latin suggerere, placer dessous, faire impression, c'est-à-dire impression qu'on se fait à soi-même, ou, plus exactement, impression qui naît dans notre esprit.

Mais, les limites qui séparent la suggestion de l'autosuggestion sont tellement vagues, que l'on peut dire qu'elles n'existent pas. Dans tous les cas, il importe peu que ce soit l'une ou l'autre qui nous impressionne, car toute suggestion pour se réaliser, doit être acceptée par le suggestionné ; et si, après l'avoir acceptée, celui-ci la développe et la cultive, elle devient une véritable autosuggestion, qui est beaucoup plus puissante que la simple suggestion.

Telle que la comprennent, maintenant, les psychistes les plus avancés, l'Autosuggestion est La forme de la Pensée la plus puissante que l'homme ait à sa disposition.

La Prière et la Foi, qui nous sont des formes supérieures de la Pensée, produisent ce qu'on appelle improprement le miracle, tandis que l'imagination, forme inférieure de la même pensée, indépendamment des mille et un méfaits qu'elle nous cause, nous rend malades beaucoup plus souvent qu'on ne le pense et peut même nous tuer à l'instant précis que l'on aura fixé d'avance. J'en donne des preuves évidentes dans le chapitre traitant de la Thérapeutique psychique. C'est une arme à deux tranchants, qui produit en nous le bien et le mal ; et, comme le plus grand nombre d'entre nous sont encore fort loin d'être affranchis de ce dernier, il en résulte que le mal s'obtient beaucoup plus facilement que le bien. C'est pour cela que le miracle est fort rare et que la mélancolie, les idées fixes et l'obsession sont extraordinairement fréquentes.

théorie. — Le corps physique n'est que l'instrument de l'astral et du mental. C'est la pioche entre les mains de deux terrassiers qui se remplacent tour à tour pour faire un travail qui n'exige pas constamment les mêmes aptitudes.

Comme j'ai tâché de le faire comprendre dans la première partie de cet ouvrage, les suggestions sont des actes exécutés par l'astral, la conscience inférieure ou subconscience, l'être impulsif ou subjectif, qui dirige complètement les fonctions physiques pendant le sommeil, et plus ou moins complètement dans tout autre état voisin dans lequel le mental, la conscience ordinaire, l'être objectif n'exerce pas une surveillance active.

Dans le sommeil hypnotique, le mental, qui se repose complètement, qui est même absent, ne gouverne pas l'organisme et la suggestion pénètre directement sous l'influence de la volonté de l'hypnotiseur, non pas dans la conscience ordinaire, mais dans l'inférieure, et s'exécute presque fatalement, à l'insu même du mental qui l'a toujours ignoré. Dans tout autre état voisin, où le mental, sans être absent, ne gouverne pas complètement, comme dans la rêverie, par exemple, elle pénètre, en quelque sorte, par surprise et a tendance plus ou moins grande à être exécutée, car le mental, qui la connaît à peine, n'y oppose qu'une faible résistance. A l'état de conscience pleine et entière, la suggestion peut encore pénétrer dans la conscience inférieure, si celle-ci est volontairement ouverte, comme lorsque le sujet demande à être suggéré dans un but quelconque, ou lorsqu'il veut s'autosuggérer. Dans ce dernier cas, la suggestion pratiquée à l'état de veille, pénètre dans la conscience ordinaire ou conscience de veille et se transforme en autosuggestion.

Considérées sous un autre aspect, les fonctions du mental et de l'astral forment à peu près ce que les philosophes appellent l'entendement, c'est-à-dire l'intelligence et la sensation confondues ensemble. Séparées l'une de l'autre comme je le fais ici, elles constituent la fonction active,qui appartient au mental et la fonction passive qui est celle de l'astral.

Ces deux fonctions existent toujours ensemble chez tous les individus, mais à des degrés très différents. L'homme fort, résolu, volontaire, de prompte exécution est, surtout, gouverné à l'état de veille par la fonction active qui domine l'autre ; l'irrésolu, qui obéit instinctivement, d'une façon automatique, est, au contraire, gouverné, le plus souvent, par la fonction passive.

Le premier est l'homme capable de suggérer, d'imposer sa volonté et qui ne reçoit que peu de suggestions ; le second est, toujours, plus disposé à recevoir les suggestions qu'à les donner, à obéir qu'à commander. Mais, l'un et l'autre reçoivent ou repoussent constamment, selon leur degré d'activité, des incitations suggestives plus ou moins nombreuses qui leur viennent du dehors.

Quelle que soit, d'ailleurs, la théorie de la suggestion — du moment qu'elle désigne maintenant tous les actes de la subconscience, — il est évident qu'elle s'exerce à des degrés très divers chez le plus grand nombre d'entre nous, à l'étal de veille, surtout lorsque nous y pensons le moins. S'il en est ainsi, nous devons la connaître, autant pour profiter des avantages qu'elle peut nous donner que pour éviter les dangers auxquels elle nous expose.

Dans l’Education rationnelle de la volonté, P.-E. Lévy attache une si grande importance à l'autosuggestion qu'il la considère comme l'unique base de son système d'éducation. Mais il nous la représente comme un fait grossier, matériel, qu'il ne raisonne pas au point de vue spiritualisle. Il impose brutalement une idée. Il y a quelque chose d'aride, d'incomplet qui vous laisse froid ; on sent qu'il ne s'adresse au présent que pour améliorer un avenir trop limité. Malgré cela, sa méthode est claire et certainement susceptible de donner de bons résultats. Les auteurs américains que j'ai cités en première ligne, plus particulièrement Mulford, Atkinson et Turnbull sont beaucoup plus pratiques, et leur méthode doit être préférée comme étant susceptible de donner de meilleurs résultats, surtout en ce qui concerne le développement de l'individualité. Avec ces derniers, on a conscience que l'on avance d'un pas assuré, d'étape en étape, vers les profondeurs infinies de l'avenir, et que rien de ce que l'on fait en ce moment ne sera jamais perdu. Néanmoins, en indiquant sommairement les conditions qui me paraissent les plus avantageuses pour obtenir le plus facilement, de l'autosuggestion, ce qu'elle est susceptible donner, je vais m'inspirer des uns et des autres.

Je viens de dire que la suggestion pratiquée dans le sommeil hypnotique pénètre dans la subconscience et que la suggestion donnée à l'état de veille s'incorpore dans la conscience ordinaire, plus élevée. L'Autosuggestion simple appartient, également, à la conscience ordinaire, mais, lorsqu'elle est pratiquée souvent, avec un grand désir et une volonté douce mais inébranlable, elle s'élève jusqu'à la surconscience et devient, alors, une faculté supérieure de l'Ame, qui est capable de produire tous les résultats cherchés.

Elevée à ce degré, l'Autosuggestion peut, très facilement, vaincre la crainte et la timidité, faire naître l'Assurance et la Confiance en soi, augmenter l'Endurance, développer la Mémoire, donner le Courage et l'Energie. Elle constitue le plus puissant moyen à employer pour la construction du Caractère et l'Evolution de l'Etre psychique ; pour abandonner ses mauvaises habitudes et en prendre de bonnes, pour vaincre les passions telles que l'habitude de fumer, l'ivrognerie, la morphinomanie et autres manies du même genre ; pour la guérison de la mélancolie, des idées fixes, de l'obsession, de l'envoûtement, et de toutes les maladies les plus incurables. L'envoûtement, l'obsession, les idées fixes et la mélancolie disparaîtront facilement si le malade peut admettre que c'est sa pensée, concentrée sans cesse sur ses malaises, qui a déterminé, peu à peu, la terrible maladie devant laquelle la médecine officielle reste toujours impuissante. Et ces divers résultats sont obtenus d'autant plus facilement que l'on possède plus complètement la Maîtrise de soi.

Pour les malaises passagers et les simples douleurs, quelques autosuggestions suffisent, mais, lorsqu'il s'agit de maladies incurables et des divers cas que je viens d'énumérer, il est indispensable qu'elles soient presque constantes le jour et la nuit, ou, tout au moins, qu'elles soient répétées très souvent et qu'elles occupent la plus large place dans la conscience. Dans tous les cas, on peut d'avance avoir la certitude la plus absolue que l'on obtiendra toujours des résultats proportionnels à la somme de Pensée, de Désir, de Confiance et de Bonne volonté que l'on aura dépensée pour cela.

pratique directe. — Pour pratiquer l'Autosuggestion avec certitude d'un succès rapide, il faut procéder avec beaucoup de méthode. Il est, d'abord, nécessaire de détendre ses nerfs et de relâcher ses muscles ; puis, de concentrer sa pensée sur les avantages que donnent les qualités que l'on veut acquérir et bien se figurer que l'on possède, déjà, ces qualités.

II ne faut pas transformer la tâche que l'on entreprend en un combat, qui rend, toujours, l'insuccès pénible ; ne pas contracter les muscles, ni serrer les dents, ni prendre un air menaçant ; mais se raisonner avec calme, le plus souvent mentalement ou à demi-voix, et ne mettre la volonté en jeu que pour maintenir l'attention. Etant placé bien à son aise, soit assis, soit couché, une sorte de relâchement est nécessaire pour que la fonction passive puisse prendre le gouvernement de l'organisme. En se reportant à la théorie qui précède, on comprend que la volonté pourrait être, ici, plus nuisible qu'utile, car elle est une fonction du mental, et celui-ci n'a rien à faire avec les suggestions qui sont reçues et exécutées par l'astral.

Il faut, ensuite, remplacer dans son esprit les mots par les choses qu'ils représentent ; autrement dit, matérialiser sa pensée, en lui donnant un corps avec des formes aussi bien définies que possible ; mettre ce corps en mouvement, le voir sous tous les aspects qu'il peut, présenter ; et, pour me servir d'une expression empruntée au langage philosophique, rendre concret ce corps créé par la pensée. II faut faire comme, l'artiste qui entre dans la peau du personnage qu'il représente, car, ici, l'illusion joue un rôle créateur très important.

Je le répète : il est indispensable de se représenter comme si l'on était, déjà, ce que l'on veut devenir ; se figurer que l'on possède réellement les habitudes que l'on veut prendre, les avantages que l'on veut obtenir. Donner une forme à chacun d'eux en « pensant concret ».

Ainsi, pour faire cesser la crainte et obtenir l'Assurance et la Confiance en soi, il ne faut pas dire : je ne veux plus avoir de crainte ; je veux avoir en moi toute confiance et réussir ce que je vais entreprendre ; car la volonté, seule, n'est susceptible de parvenir à cela que chez les individus d'une très grande énergie, c'est-à-dire lorsque la fonction active est devenue assez puissante pour dominer complètement la fonction passive. Il vaut mieux, pour tous ceux qui n'ont pas une volonté assez énergique, que celle-ci s'efface, pour laisser, pendant le temps qu'on se livre à l'autosuggestion, la direction de l'organisme à la fonction passive. Pour cela, employer l'affirmation pure et se dire, en se donnant cette conviction : je suis sans CRAINTE ; MA TIMIDITE A DISPARU ; J'AI TOUTE confiance EN MOI, CAR J'AI TOUT CE QU'IL FAUT POUR RÉUSSIR.

Même si nous n'y ajoutions pas, tout d'abord, la moindre foi, dit Lévy, ces formules répétées machinalement finiront par amener peu à peu à leur suite l'idée qu'elles représentent. Puis nous nous attacherons à préciser cette idée, à lui donner des contours mieux accusés, une forme plus concrète, plus vivante. Nous nous représenterons, nous nous verrons tels que nous voudrons être, vigoureux, robustes, pleins de santé. Plus l'idée gagnera en précision et em relief, plus elle deviendra image, plus sa réalisation sera sûre. Ce que l'on concevra bien se réalisera aisément.

Souvent, on pourra faire une observation curieuse. Il s'agissait, par exemple, de phénomènes douloureux à dissiper. L'autosuggestion vient d'être faite, la douleur persiste aussi vive ; il semble que le résultat soit nul. Quelque temps après, le hasard y ramène la pensée ; on s'aperçoit avec surprise que la douleur a disparu. On serait tenté de conclure à une simple coïncidence, si l'on ne se rappelait fort bien maintenant l'intensité de la douleur primitive, si, raison plus convaincante encore, le fait ne se reproduisait très fréquemment. Que s'est-il, donc, passé ? L'idée déposée dans l'esprit, une fois que l'attention consciente s'en est détournée, n'y a pas moins continué son chemin à notre insu ; peu à peu, elle a entamé le symptôme que l'on voulait combattre et, finalement, en a complètement triomphé. En réalité, la douleur avait été si bien dissipée que le souvenir même s'en était effacé : preuve nouvelle, s'il en était besoin, que l'idée d'une douleur et cette douleur elle-même se confondent. Supposons, maintenant, que la pensée n'eut pas été ramenée fortuitement sur la suggestion qu'on s'était faite. On serait demeuré dans sa conviction première, que l'autosuggestion avait échoué. Il y a là, on le comprend, un écueil, et ces faits doivent être bien connus et soigneusement, contrôlés à l'occasion par qui veut bien se pénétrer de la réalité et de l'efficacité de l'autosuggestion (Education, rationnelle de la volonté, p. 68).

Commentant et voulant, ensuite, appliquer les idées de Pavot sur la méditation, le même auteur ajoute :

Le recueillement, c'est bien là l'état de l'esprit qui s'isole de toutes choses, de toutes sensations, de toutes pensées, pour se replier tout entier sur un coin de lui-même, qui, dams le calme, sans tension, sans efforts, sans faligue, vivifie et féconde quelques idées préalablement choisies, par l'attention purement, contemplative qu'il leur accorde.

...On saura colorer, échauffer l'idée en se représentant le plaisir qu'on éprouve à se dominer soi-même, l'usage que l’on pourra faire de la santé recouvrée, etc... Nous nous peindrons énergiquement les joies calmes du travail, l'avantage qu'il y a de régler harmonieusement sa vie, la satisfaction que ressentiront de nos succès les personnes qui s'intéressent à nous, etc. Tous ces sentiments attirés progressivement de la pénombre à la pleine lumière de l'attention que nous projetons sur eux, atténueront peu à peu l'éclat des sentiments opposés, puis finiront par amener leur complet effacement (id. p. 70).

L'autosuggestion n'est, pas aussi facile à pratiquer qu'on se le figure tout d'abord. Pleins d'une noble ardeur, il en est beaucoup qui vont se mettre hardiment à la tâche, la pratiquer convenablement pendant quelques jours et n'en retirer que fort peu d'avantages. Mais, au bout de huit à dix jours, sans savoir pourquoi ni comment, on se surprend à ne plus rien faire, car on n'y pense pas.

Or, continue Lévy, c'est là le point essentiel : il faut que le sujet s'habitue à penser a l'autosuggestion. Cette tâche lui sera facilitée par l'observation rigoureuse de la règle suivante : dès le premier jour, pratiquer très régulièrement deux autosuggestions, l'une le matin, au réveil ; l'autre, le soir, au moment de s'endormir. Ces deux suggestions serviront, en quelque sorte, de point de repère ; elles ne seront négligées sous aucun prétexte, qu'on en sente ou non la nécessité, quelque hâte que l'on ait de se lever ou de se livrer au sommeil. Et ce sera, déjà, un excellent exercice de volonté que cette violence régulièrement faite à notre paresse naturelle, que cet arrêt imposé par nous à toutes autres pensées, à toutes autres préoccupations. On procédera, tout d'abord, à une sorte d’examen de conscience physique et moral, critique de la journée passée, préparation de la journée à venir, récapitulation des modifications que l'on désire apporter à sa manière d'être présente, des qualités que l'on veut implanter en soi, maintenir ou développer. Puis viendra l'autosuggestion proprement dite..., en s'appliquant très soigneusement à se conformer aux règles indiquées. Elle sera, autant que possible, continuée jusqu'à ce que les paroles prononcées le soient en toute sincérité, autrement dit, aient complètement éveillé les idées correspondantes...

L'habitude de se suggestionner s'affermit peu à peu. Les échecs même deviennent un enseignement, pour le sujet ; car ils lui procurent la nécessité de bien imprégner son esprit des procédés divers, qui lui permettent de varier ou de renforcer l'action de l'autosuggestion. Il devient, ainsi, plus expert dans l'art de se suggestionner. Il se laisse moins aisément subjuguer par ses sensations, par ses passions : il s'apprend même, parfois, à s'en faire des auxiliaires... (p. 136).

Les procédés recommandés par Atkinson peuvent avantageusement compléter ceux de l'auteur précédent :

Etendez-vous, dit-il, sur une chaise-longue ou sur un fauteuil de façon à avoir le plus d'aise et de confort possible ; et, dans cette position, détendez-vous, allongez-vous, amollissez-vous comme si vous vouliez vous affranchir, vous dégager de votre enveloppe charnelle. Cela fait, respirez avec autant de lenteur et de profondeur que possible et ne cessez ces exercices de respiration que lorsque vous aurez acquis cet état d'esprit qui est le parfait repos et l'absolue sérénité.

Concentrez votre attention sur vous-même et maintenez-vous dans cet état de recueillement aussi longtemps que possible.

Fixez, alors, votre pensée sur ces deux mots : sans crainte et cherchez à vous en représenter la forme graphique. Puis passez de l'image à la signification et représentez-vous ce que peuvent être les caractéristiques d'une personne qui est dans cet état.

Imaginez-vous en possession de la qualité que vous voulez acquérir et, agissant sous l'empire de cette qualité, considérez-vous, dans cet état, en relation avec les autres hommes et cherchez à analyser ces relations ; en un mot, soyez dans l'état d'esprit d'un homme qui après avoir fait un rêve, le vit, et se donne, pour agrandir sa vie et ennoblir sa nature, de hautes impressions, de fortes sensations et de grands sentiments. Il arrivera, presque toujours, que votre état général se transformera et, que votre personnalité se dégagera du milieu gris et terne qui l'enveloppe. Vous serez, alors, tel que vous aurez rêvé d'être et votre moi aura pris la forme précise et la structure morale que vous aurez ambitionnées pour lui.

Répétez ces exercices aussi souvent que possible. Chacun d'eux est comme la goutte d'eau qui tombe sur la pierre. Leur action, lente mais sûre, finit toujours par avoir raison des vieilles habitudes et des tendances rebelles. Pratiquez ces exercices de préférence le soir, au moment où vous arrivez dans notre chambre, ou la nuit à vos heures d'insomnie, ou de demi-réveil, lorsque votre esprit, replié pour ainsi dire sur lui-même et à demi assoupi, est prêt à recevoir toutes les empreintes et toutes les suggestions. Ne craignez point que ces exercices vous fatiguent ; ils vous faciliteront, au contraire, le repos. En calmant vos nerfs, en apaisant votre esprit, ils vous conduiront doucement au sommeil...

...II faut bien se garder de croire que ces deux mots, sans crainte, soient les seuls dont on puisse faire usage. En réalité le mot qui convient est celui qui exprime la qualité que l'on veut acquérir. Etes-vous, par exemple, indolent, apathique et voulez-vous changer votre nature ? Vous avez recours au mot energie, et, pendant toute la durée de vos expériences, vos pensées devront se fixer sur ce mot et en imaginer, pour s'y mieux tenir comme une forme graphique. Nous dirons autant des mots bonté, courage, désintéressement, qui pourront, selon les défauts de votre caractère, intervenir dans l'expérience. Dans tous ces exercices, ne vous laissez point dominer par les défauts qui vous accablent, et ne pensez qu'aux qualités que vous voulez acquérir. Quand une chambre est pleine de ténèbres, vous n'en saisissez pas l'obscurité comme un bloc et vous ne la jetez pas dehors. Vous appelez, simplement, la lumière qui pousse l'ombre devant elle, l'expulse de partout et répand la clarté. Il en est de même pour l'esprit...

Est-il besoin de dire que ce résultat ne sera pas instantané et qu'il exigera, au contraire, de lents efforts et des expériences variées. Vous ne devrez pas, toutefois, vous effrayer et c'est de toute votre énergie, de toute votre intelligence, de toute votre volonté que vous travaillerez à votre émancipation (La Force-pensée).

Pour acquérir l'Assurance et la Confiance en soi, Turnbull recommande un procédé qui donne les meilleurs résultats. Vous avez, par exemple, une affaire délicate à traiter demain avec un personnage que vous connaissez pour être intraitable, ou que vous supposez être tel sans le connaître, vous pouvez faciliter cette entrevue et la rendre plus avantageuse pour vous qu'elle ne semble l'être. Pour cela, placé dans un endroit quelconque où l'on ne risque pas d'être dérangé, dans sa chambre, par exemple, on s'exerce sur un personnage imaginaire que l'on crée tel qu'on le connaît, ou tel qu'on le suppose être ; on le place debout, ou, mieux encore, assis dans l'attitude qu'il doit naturellement prendre à cette entrevue, et l'on procède de la façon suivante :

D'abord, dit-il, respirez lentement et longuement pendant cinq minutes ; aspirez l'air de toute la force de vos poumons, puis exhalez l'haleine d'une manière lente et uniforme. Dressez-vous, alors, vivement sur vos pieds et parlez à cette personne imaginaire que vous supposez se trouver vis-à-vis de, vous. Vous pouvez à l'occasion, vous servir de votre propre image, dans un miroir, ou vous fier uniquement à votre imagination, quant à la personne supposée. Parlez d'une manière naturelle sur n'importe quel sujet, tout extraordinaire qu'il soit, mais préparez à l'avance chaque phrase de votre conversation. Adressez-vous, alors, à la personne imaginaire d'une voix forte, pleine et assurée. Accentuez bien chaque syllabe et arrêtez-vous y un peu. Il faut que vos paroles résonnent et sortent directement, de votre poitrine. Parcourez la chambre à grands pas, menacez du doigt, gesticulez d'une manière tragique comme l'indique la fig. 27) ; enfin, dites et faites tout ce que vous auriez désiré dire et faire si la personne à qui vous parlez était réellement là...

FIG. 27. — Pour acquérir de l’assurance.

(Quinze à vingt minutes de cet exercice lorsque vous vous sentez abattu ou que vous voulez augmenter votre confiance en vous-même, produisent un effet surprenant. Il est, souvent utile de se servir, ainsi, du pouvoir de l'autosuggestion au moyen de la parole parlée en toute sa force, pour obtenir un résultat matériel et défini. Demandez ce dont vous avez besoin ; demandez-le comme quelque chose qui vous appartient et qui vous est dû (Cours de magnétisme personnel).

Ce procédé, que l'on peut varier plus ou moins selon les circonstances, est susceptible de rendre de grands services dans beaucoup de cas. A la veille d'un examen, par exemple, en se figurant être devant l'examinateur posant les questions du programme que l'on connaît le moins, on cherche à répondre à celles-ci dans tous leurs détails avec la hardiesse et l'assurance que l'on aurait si on les connaissait parfaitement. Il en est de même pour le conférencier ou l'orateur qui doit parler sur un sujet déterminé. En se représentant devant soi l'auditoire tout entier, plus ou moins disposé à vous entendre, on parle à haute et intelligible voix, en faisant tous les gestes que l'on doit faire pour donner plus de force à son discours. Tout en se figurant être devant ses auditeurs, on peut se placer devant, une glace et observer ses gestes pour corriger ceux qui sembleraient défectueux. Ce procédé, qui peut paraître banal pour ceux qui ne savent pas quelles conditions doivent remplir ceux qui parlent en public, est constamment employé par certains grands orateurs politiques qu'il est inutile de nommer ici.

Pour devenir meilleur, il faut résister à ses passions et ne pas se laisser gouverner par ses instincts. Si, par exemple, on se met facilement en colère, on trouble plus ou moins les fonctions physiques et morales, et au bout d'un temps plus ou moins long tout semble rentrer à peu près dans l'ordre ; mais il reste une disposition plus grande à l'irritabilité, et l'on se mettra plus facilement en colère à la moindre contrariété. Si, au contraire, on résiste à ce mouvement de colère, l'organisme n'est pas troublé ; dans tous les cas, il l'est considérablement moins, et si l'on ne cède jamais on finit peu à peu par perdre l'irritabilité et la colère n'a plus de prise. C'est l'application d'une loi morale que l'on peut formuler ainsi :

« Chaque fois que l'on cède à une passion, la résistance devient plus difficile lorsqu'une occasion analogue se produit ; chaque effort qui tend, au contraire, à la réprimer rend la victoire suivante plus facile. » Lévy, qui a fort bien compris cette vérité, s'exprime, ainsi, à son sujet :

Si chacune de nos pensées, de nos sensations, chacun de nos sentiments, de nos mouvements, de nos actes, n'était qu'un fait passager, simple réponse de l'organisme à une sollicitation, extérieure, disparaissant avec la cause même qui l'a provoqué, la vie ne serait qu'un perpétuel recommencement ; ou, pour mieux dire, à peine serait-elle possible, l'homme restant aussi ignorant de toutes choses, aussi inhabile à se conduire qu'il l'est au jour de sa naissance. En réalité, il n'est pas un seul phénomène produit ou subi par nous qui meure tout entier. Tout fait physique ou psychique, si léger qu'il soit, nous marque de son empreinte, dépose en nous un résidu. Ce résidu, c'est une tendance à vivre, désormais, sous une excitation moindre. C'est, en somme, déjà constitué par ce premier fait, un commencement d'habitude. — Le même fait vient-il à se répéter ? La tendance à la reviviscence s'accentue. Mais en même temps, et par une conséquence toute naturelle, nécessitant, pour se produire, un effort, une somme d'attention moindre, le phénomène perd de son relief, il s'obscurcit progressivement dans la conscience. Enfin, au degré le plus élevé, l'habitude s'affermit, s'enracine si profondément dans l'individu que, désormais, elle fait, à son insu, corps avec lui-même. Non seulement l'acte tend à se produire spontanément, mais tandis que jusque-là il fallait un effort pour le faire, maintenant il faudrait un effort pour en empêcher la production. L'habitude est devenue un besoin qui veut absolument se satisfaire, une sorte d'instinct, inconscient et impérieux, à la façon des instincts déposés en nous, par l'hérédité.

C'est grâce à l'habitude que les phénomènes de conscience, une fois produits, demeurent emmagasinés en nous, ignorés de nous-mêmes, mais prêts à revivre sous l'influence d'une circonstance favorable, d'un plus puissant effort d'attention, pour fournir à l'intelligence les matériaux qu'elle disposera, combinera, élaborera à sa guise (Education rationnelle de la volonté, p. 119).

Voulant donner des exemples, le même autour ajoute :

Le sujet qui résiste aux premières nausées produites par le tabac, crée en lui l'habitude de fumer. Dès lors, aux sensations pénibles d'abord éprouvées, il substitue, peu à peu, une jouissance, effet, non du tabac, mais de la satisfaction donnée à l'habitude créée. Plus tard, l'habitude devient besoin de fumer, sorte de tic d'où tout plaisir est banni ; tout au moins ce plaisir, inconscient dans la possession, ne devient-il conscient, et cruellement conscient, que s'il y a privation. De même le plaisir du buveur s'émousse de plus en plus ; mais le besoin de boire s'accentue sans cesse : le goût pour la boisson est devenu dipsomanie. Le morphinomane passe par les mêmes phases ; il s'est, d'abord piqué par nécessité, puis par plaisir. Bientôt, le plaisir n'existe même plus, mais le besoin de morphine n'en devient que plus vif et plus exigeant.

De même, enfui, il est une foule de manifestations morbides qui s'expliquent tout naturellement à la lumière de cette théorie... soit des palpitations, soit, une syncope, une crampe d'estomac, une crise de diarrhée, Un tic, un tremblement, un spasme, etc... Ces phénomènes sont survenus sous l'influence d'une secousse morale ou physique violente. Ultérieurement, il suffira, pour les faire réapparaître, d'émotions progressivement moindres. Enfin la production en deviendra tellement aisée qu'ils sembleront naître d'eux-mêmes, la cause provocatrice devenant si faible qu'elle n'est même plus perçue.

Il est évident pour tous que l'habitude crée chez nous une sorte d'automatisme qui nous pousse à accomplir, presque inconsciemment, des actes que notre raison réprouve, tels que l'ivrognerie, l'abus du tabac, la morphinomanie et toutes les manies qui sont susceptibles de s'enraciner en nous. C'est l'avis d'Annie Besant, qui s'exprime ainsi à ce sujet :

L'habitude, dit-elle, crée un accroissement du pouvoir émotionnel qu'elle représente par la somme de matière qu'elle attire. Il y a quelque chose d'analogue au travail que fait un muscle sous l'action, répétée de l'exercice ; il prend des éléments nouveaux et provoque l'élimination des parties inutiles (L'Homme et ses corps, p. 18).

L'homme est plus souvent gouverné par ses passions, ses instincts et ses habitudes que par sa raison, c'est-à-dire par l'être subjectif qui est en lui. On peut, même, affirmer que le plus grand nombre des gens qui sont doués d'une certaine énergie, qui croient agir dans leur propre intérêt, volontairement, y sont plus ou moins soumis. Celle remarque n'a pas échappé à Papus, qui l'expose avec beaucoup d'à-propos.

Supposons qu'après des atermoiements successifs, dit-il, après des crises de paresse et de pessimisme, vous soyez, enfin, attelé à votre travail de réalisation intellectuelle. Vous vous figurez que l'effort, de volonté que vous avez dépensé pour en arriver là est le seul nécessaire et que, maintenant, tout va marcher sans encombre. Mais à peine êtes-vous sur le point d'écrire ou de dessiner qu'un immense besoin de sortir et de marcher s'empare de votre être. Il vous semble que, dehors, l'idée actuellement quelque peu obscure va se préciser. Ce besoin, bientôt, prend une telle importance que, si vous n'êtes pas habitué, vous vous levez, vous laissez là votre travail et vous sortez. Vous avez succombé au piège tendu par l'être impulsif, que le repos physique accablait, et bien entendu votre idée n'est pas plus claire qu'auparavant, loin de là. Dans ce cas, c'est le centre instinctif, dont la marche est le moyen d'action caractéristique, qui a trompé votre vigilance.

Supposons, cependant, que vous connaissiez, déjà, ce piège et qu'au lieu de céder, votre volonté se tende, au contraire, vers l'effort à accomplir. Alors, l'être impulsif se manifeste d'une autre façon.

Le besoin d'action disparaît comme par enchantement et une soif assez vive se fait sentir progressivement, à mesure que le travail cérébral s'accentue. Encore un piège du centre instinctif ; car chaque gorgée de liquide absorbée entraîne une partie de la force nerveuse en ce moment dans le cerveau et reculera d'un peu la réalisation projetée.

Mais vous dominez encore cette sensation et la plume écrit, enfin, sur le papier. C'est, alors, que les autres centres impulsifs entrent en action. Les besoins physiques se taisent mais les émotions sentimentales viennent les remplacer. Les images des luttes passées, des affections d'autrefois, des ambitions de demain se dessinent peu à peu, et une force en apparence invincible vous pousse à laisser tomber la plume, à vous renverser en arrière et à laisser aller votre esprit à la douceur mélancolique ou à l'ardeur impétueuse des rêveries qui s'ébauchent. Combien de jeunes réalisateurs peu aguerris se laissent prendre à la tentation, et combien de fois l’œuvre reste-t-elle encore en suspens ! Et nous ne parlons pas de l'action combinée du besoin d'activité et des sentiments qui s'ajoute, souvent, à ces deux impulsions isolées. Ce sont là des réactions que chaque auteur croit personnelles et qui ne sont dominées que par une habitude instinctive de régularité très grande dans le travail ou par l'âge (Traité élémentaire de Magie pratique p. 171).

La cause de cette action impulsive qui fait valoir les dispositions de notre paresse native étant connue, on peut, généralement, en éviter les effets par la volonté seule. Mais, si la volonté était insuffisante, on en viendrait facilement à bout en employant les procédés d'autosuggestion que je viens de décrire. Après s'être recueilli dans l'isolement et avoir médité pendant cinq à six minutes sur les avantages qu'il y a pour nous de travailler sérieusement, on fixerait sa pensée sur ce seul mot : travail ; et, en se donnant une tâche, on prendrait l'engagement formel de l'accomplir. On ferait tout son possible pour se donner des habitudes d'ordre et de travail qui, petit à petit, feraient oublier les habitudes de flânerie et d'irrégularité. On s'aiderait beaucoup à cela en se persuadant que si nos croyances, notre manière d'être, nos habitudes se cramponnent à nous, c'est parce que nous nous cramponnons à elles. Pensons, donc, toujours a prendre de bonnes habitudes, et celles-ci ne tarderont pas à se « cramponner » a nous pour ne plus nous quitter.

Les plus grands ennuis de l'homme sont certainement l'ennui, la paresse, la tristesse, le découragement. Ces sentiments paralysent l'initiative de l'individu, abaissent et même dégradent sa personnalité, ruinent son énergie et lui font toujours craindre des maux qui n'auront peut-être pas le temps de lui arriver. L'abîme appelle l'abîme, dit un vieux proverbe qui nous vient des latins. Rien n'est plus vrai, et l'on pourrait même ajouter que, lorsqu'on est pénétré de ces sentiments, on tombe presque toujours de Charybde en Scylla, c'est-à-dire d'un mal dans un mal plus grand. La raison de ce phénomène est expliquée dans la théorie exposée dans la première partie du volume ; on peut la résumer en quelques mots. — Les pensées d'ennui, de tristesse, de découragement que nous émettons rayonnent autour de nous, attirent des pensées analogues qui viennent entretenir les nôtres et augmenter encore leur énergie. Ainsi, en se tourmentant, en se chagrinant, en redoutant, une perte, en pensant, sans cesse que ceci ou cela ne doit pas réussir comme on le voudrait, on crée des forces destructives, qui agissent tout autour de nous, diminuent notre énergie, nous fatiguent et nous rebutent, des affaires, nous font désespérer de tout, nous affaiblissent. et nous disposent à la maladie, nous rendent désagréables et antipathiques aux autres, éloignent les quelques amis sérieux qui peuvent, nous rester et achèvent, de nous précipiter dans le malheur. Une bonne action, une bonne pensée se font sentir autour de nous comme une série d'ondulations agréables qui attirent à nous les bonnes choses de la vie sans que nous fassions quoi que ce soit pour cela, assurent notre santé, nous rendent plus sympathiques aux autres et contribuent très largement à notre bonheur.

L'homme triste et découragé est, presque toujours paresseux ; le travail le fatigue, la vie le dégoûte, la réalité le blesse. S'il manque de tout et qu'on lui vienne en aide, cela lui paraît mauvais ou insuffisant ; et poursuivant, sans cesse, des chimères, il ne désire que ce qu'il ne peut pas obtenir.

On ne parvient a se créer une situation indépendante que par le travail ; et, pour cela, il faut être courageux, plein d'espoir, satisfait du sort que l'on a momentanément, tout en ayant la certitude que l'on parviendra, bientôt, à l'améliorer.

En cherchant à s'élever dans les régions sereines de la Pensée, on doit faire tout son possible pour comprendre que l'univers est en voie d'Evolution, que nous faisons partie de cet univers ; que nous parviendrons tous à la Perfection et au Bonheur parfait qui en sont les conséquences ; et qu'en employant les divers moyens que j'indique, on peut y parvenir beaucoup plus rapidement que les autres.

On évoquera, donc, des idées d'Activité, de Gaîté, d'Espérance. On se figurera accomplir quelque acte de Courage, être parvenu à la situation que l'on désire et posséder tout le Bonheur dont on voudrait jouir. Ces idées feront naître des états d'âme correspondants qui, en s'affermissant, prendront, peu à peu, la place de leurs antagonistes.

Je l'ai déjà dit, cela est d'une importance capitale ; la volonté de se débarrasser d'une passion est un moyen héroïque qui ne réussit que bien rarement lorsqu'on l'oppose directement à la passion même, car celle-ci devient, presque toujours, plus active ; et si on la comprime, ainsi, trop violemment, des réactions dangereuses sont à craindre. Il ne faut pas attaquer de front, mais tourner la difficulté, canaliser la force de cette passion en lui opposant un antagoniste ; et celui qui me paraît le plus puissant, est de mettre à la place d'une passion, la vertu opposée.

Ainsi, la prodigalité peut être facilement transformée en idées d'Ordre et d'Economie, surtout si l'on raisonne sur les avantages que cette transformation peut donner. L'amour sexuel exagéré, qui est, toujours, égoïste, peut être transformé en Amour de l'humanité.

C'est l'avis des théosophes et des psychologues qui ont compris l'importance des principes servant de base au magnétisme personnel.

Dans son ouvrage traitant, des Lois de la Destinée, page 58, le docteur Pascal s'exprime, ainsi, à ce sujet :

De même que dans le monde physique, les fluides électriques positifs et négatifs se neutralisent, de même que l'on peut détruire une force subtile quelconque, lumière, chaleur, électricité, en superposant les monts et les vaux de ses ondes. Ainsi, dans le monde moral, en opposant à un vice la vertu qui lui est opposée, on détruit le vice. L'amour et la haine  sont, les monts et les vaux de la force abstraite inconsciente, qui est leur racine commune. Or, la source de toutes les erreurs, de tous les vices, c'est l'égoïsme... et le foyer de toutes les forces du bien brûle dans le cœur, par l'Amour qui purifie toutes choses, unit tout, fait tout vivre.

Un désir isolé ne meurt, pas, dit Frantz Hartmann, mais il devient une passion, et les passions comprimées deviennent de plus en plus violentes. L'énergie accumulée ne peut être annihilée, elle doit être transférée en d'autres modes de mouvement, elle ne peut, pas rester inactive. Il est parfaitement inutile d'essayer de résister à une passion qu'on ne peut contrôler. Si son énergie accumulée m'est pas canalisée et, dirigée sur un autre courant, elle croîtra et deviendra plus forte que la raison. Pour la contrôler, il faut la diriger vers un but plus élevé. De même, l'amour pour quelque chose de vil peut être transformé en un Amour pour quelque chose de plus élevé, et le vice peut devenir vertu par le changement de son but. La passion est aveugle, elle va où on la mène, et elle a besoin de la raison pour la guider...

Les anciens ont dit que la « Nature a horreur du vide ». Nous ne pouvons détruire ou annihiler une passion. Si une passion est chassée, elle est remplacée par une autre. Nous ne devons pas, en conséquence, nous efforcer de détruire ce qui est inférieur mais il faut l'obliger à céder la place à ce qui est supérieur ; la vertu au lieu du vice et le savoir au lieu de la superstition (La Magie blanche et noire, p. 169).

L'AUTOSUGGESTION PENDANT LE SOMMEIL. — Puisque j'ai parlé d'un effet que l'on peut facilement obtenir pendant le sommeil, il est bon de dire, ici, ce que l'autosuggestion est susceptible de donner dans cet état.

Si on a bien compris que l'astral, l'être subjectif, l'inconscient gouverne complètement l'organisme pendant le sommeil, on comprendra facilement que si on s'impose une tâche à accomplir dans cet état, si on fixe sérieusement une idée dans l'inconscient, cette idée devra forcément s'élaborer. En effet, l'idée se développe, s'élabore avec une logique bien supérieure à celle que l'on aurait pu avoir à l'état de veille, car l'attention n'est pas dérangée par d'autres idées et l'exécution a lieu avec une remarquable précision. Des exemples pris dans les circonstances ordinaires de la vie peuvent, d'ailleurs, convaincre suffisamment ceux qui ne s'arrêtent pas aux théories.

— Un proverbe nous dit que « la nuit porte conseil ». Ce proverbe est parfaitement justifié, car on a maintes fois reconnu que, si l'on est embarrassé, le soir, pour prendre une décision importante, on la prendra bien plus sûrement après le repos de la nuit, car les divers éléments de la question apparaîtront plus nets, plus clairs, plus précis. Beaucoup d'écoliers savent qu'il leur suffit, très souvent, le soir, avant de s'endormir, de lire une ou deux fois leurs leçons pour les savoir le lendemain. — Les mêmes écoliers ou étudiants et même beaucoup d'entre nous savent également qu'en se couchant avant d'avoir pu résoudre un problème quelconque auquel on avait travaillé en vain pendant plusieurs heures, la solution se trouve, souvent, résolue le lendemain dans l'esprit, et qu'il ne reste plus qu'à la transcrire.

Un certain nombre d'individus n'ont qu'a se dire en se couchant qu'ils se réveilleront à telle heure dans la nuit, pour qu'ils se réveillent à l'heure indiquée, quoiqu'ils n'en aient pas l'habitude.

Très souvent, en se couchant avec une douleur, une névralgie, par exemple, on pense fortement à dormir ; on s'endort, bientôt, et se réveillant quelques heures après, on est tout étonné de constater que la douleur a disparu, car la concentration de la pensée sur l'idée de dormir a donné lieu à une dérivation dont la conséquence a été soit de faire oublier la douleur, soit de la transformer en un phénomène d'un autre ordre.

Ces faits étant admis, on peut, avec la plus grande facilité, s'imposer au lit, sans perte de temps, telle idée que l'on veut, en se conformant aux règles de l'autosuggestion ordinaire. Ainsi, par exemple, si l'on veut se débarrasser d'une mauvaise habitude, on fixe sa pensée sur la qualité que l'on veut développer à la place. On ferme les yeux et l'on médite pendant cinq à six minutes sur les avantages qui doivent en être la conséquence, avantages que l'on se figure, déjà, posséder ; et, comme pour faire la conquête des autres, on se dit mentalement : je ferai ceci, j'achèverai cela, en s'efforçant de préciser les conditions dans lesquelles on devra le faire. On se répète cela plusieurs fois dans les mêmes conditions ; puis, abandonnant l'autosuggestion on cherche à s'isoler pour ne penser à rien, ce qui conduit rapidement, au sommeil. Pendant la plus grande partie de la nuit, l'inconscient, qui est devenu pour quelques heures l'être actif, ne s'occupera que de l'élaboration de l'idée ainsi que des moyens les plus simples et les plus pratiques pour en assurer l'exécution. Le lendemain, on se rend toujours compte que, si le résultat n'est pas complet, il est, tout au moins, obtenu en partie ; on a une facilité bien plus grande pour faire ce que l'on a voulu, et un sentiment intérieur ne manque jamais de vous indiquer qu'avec de la persévérance, le résultat final ne saurait être éloigné.

Il arrive, parfois, que l'autosuggestion n'est acceptée qu'avec une certaine difficulté, et que l'on a conscience de l'instant où elle est acceptée. Je connais un jeune homme, excellent dormeur, comme le plus grand nombre des jeunes gens, qui, au besoin, se réveille à l'heure qu'il veut. Pour cela, avant, de s'endormir, il s'autosuggestionne de la façon suivante. En fermant les yeux, il se dit : « Demain, je me réveillerai lorsque telle heure sonnera. » L'ordre que l'être conscient donne à l'inconscient n'est pas accepté de suite par celui-ci, et une image extérieure se manifeste sous la forme d'un « non » bien déterminé. Il se répète à nouveau : « Je me réveillerai lorsque telle heure sonnera », et le même « non » se montre encore. Il continue l'autosuggestion jusqu'à six et même huit fois, et un « oui » apparaît. Abandonnant alors toute idée de réveil, il s'endort paisiblement, et ne manque jamais de se réveiller à l'instant où la pendule sonne.

Il y a, encore, beaucoup de moyens indirects susceptibles de renforcer l'autosuggestion, et, même, de la provoquer ; je vais en indiquer quelques-uns.

automagnétisation. — Pour faire disparaître une douleur intense ou favoriser la guérison d'une maladie chronique rebelle, tout en pratiquant convenablement l'autosuggestion selon les règles qui précèdent, il faut faire des applications avec l'une ou l'autre main et même avec les deux en même temps, sur le siège du mal, si cela est possible. De cette façon, étant au lit, on traite facilement la surdité et les bourdonnement, le mal de gorge, les affections des poumons, du cœur, de l'estomac, de l'intestin, des reins et de toute partie que les mains peuvent atteindre. Contre les maux de tête et l'insomnie, se coucher sur le côté droit de préférence, de telle façon que, sans éprouver de gêne, on puisse appliquer la main gauche au front, les doigts en l'air. Contre la mélancolie, les idées noires, et tous les cas où il y a de la tristesse, on se couche sur le côté gauche et l'on applique la main gauche sur la région temporale gauche. En même temps, il est bon de faire revivre dans sa mémoire, aussi souvent que possible, une scène de gaîté telle qu'on l'a vécue jadis. A plusieurs reprises dans la journée, on appliquera un doigt de la main gauche sur le centre de la gaîté des phrénologues, sur le côté gauche du crâne (et non sur le côté droit, ce qui augmenterait encore la tristesse), au points c, fig. 28. Ceux qui voudraient connaître la raison de ce phénomène de mécanique cérébrale, eu trouveront la description complète dans l'étude des Centres nerveux contenue dans mes Théories et procédés du Magnétisme.

Fig. 28. — Centres nerveux

Centres moteurs et sensitifs

1. Centre du bras. — 2. Centre de la jambe. — 3. Centre de la rate. — 4. Centre cérébro-spinal. — 5. Centre de l'ouïe. — 6. Centre moteur de la tête, de la langue, et du cou. Langage articulé. — 7. Cœur. — 8. Seins. — 9. Poumons. — 10. Foie. — 11. Impression, croyance — 12. Nez. — 13. Estomac. — 14. Centre génital. — 15. Coordination des mouvements, tact. — 16. Larynx. — 17. Centre des dents. — 18. Centre, sensitif de l'oreille. — 19. Reins, organes génito-urinaires. — 20. Vue et mouvement des yeux. — 21. Intestin. — 22. Respiration.

Facultés morales et intellectuelles

A. Douceur à gauche, colère à droite. — B. Formes de la mémoire. — B' à gauche, souvenirs gais ; envie de rire et de se moquer, prendre tout en riant : satisfaction. — B, à droite, souvenirs tristes ; rend sombre et rêveur ; mélancolie, mécontentement. — C. Gaîté à gauche. Tristesse à droite. — D. Attention. — E. Volonté.

En vertu d'un principe que certains psychologues contemporains appellent la polarisation psychique, on peut, presque toujours, remplacer une idée triste, par une idée gaie en appliquant simplement un doigt de la main gauche au milieu du front, au centre de la volonté : E (fig. 28). Cette application fait toujours cesser, en quelques instants, l'émotion pénible laissée par un cauchemar, émotion dont on ne pourrait souvent pas se débarrasser sans se lever, pour se réveiller complètement. Il suffit, à moitié endormi, de changer de côté, c'est-à-dire de se tourner sur le côté droit si l'on est sur le gauche, et réciproquement, et d'appliquer le doigt, de préférence l'index, au point indiqué, en s'efforçant de s'isoler pour ne penser à rien. L'émotion pénible s'atténue rapidement et, au bout d'un temps qui ne dépasse guère une à deux minutes chez les moins sensitifs, on se surprend à penser à des choses gaies qui font naître des impressions agréables, et l'on s'endort, à nouveau, pour ne plus se réveiller qu'avec de bonnes dispositions.

L'ATTITUDE, LES gestes ET LES mouvements correspondent, toujours, à une émotion déterminée, et, réciproquement, une attitude, des gestes et des mouvements spéciaux tendent à faire naître, l'émotion correspondante.

On sait que les mélancoliques et tous ceux qui sont tristes, fatigués, mécontents d'eux-mêmes, marchent la tête baissée, tandis que ceux qui sont gais et satisfaits marchent le front haut. Donc, que tous ceux qui sont affectés par la tristesse et le découragement cherchent à marcher le front haut en s'efforçant de se redresser, ils ne tarderont pas à constater une tendance à la gaîté et au courage. Lorsqu'ils sont assis, qu'ils se redressent sur leur siège et qu'ils élèvent légèrement les yeux vers le ciel, non pas dans l'attitude suppliante de celui qui prie pour obtenir une faveur du ciel, mais en ne pensant à rien, si ce n'est à exécuter ces mouvements le plus correctement possible, car c'est un phénomène automatique. Au bout de quelques instants, la satisfaction se fait sentir et la gaîté apparaît.

Le rire est le signe le plus apparent d'une gaîté exubérante. Que celui qui est hanté par la tristesse s'efforce de rire, sans en avoir envie. Il n'y parviendra pas de suite, mais, après quelques efforts, il imitera le rire, puis il rira assez facilement ; et ce rire, quoique factice, aura tendance à orienter la manière d'être vers la gaîté.

L'Attitude, les Gestes et les Mouvements modifient assez rapidement la manière d'être et de penser de tous les individus, sans même en excepter les animaux supérieurs. Dans un jeu quelconque, où l'on fait semblant de se fâcher on ne tarde pas à se fâcher sérieusement. Ainsi, en jouant à la bataille avec un chien, vous lui frappez légèrement le museau avec la main, il vous répond en faisant semblant de vous mordre, sans en avoir l'intention ; mais cela ne dure pas longtemps, car l'émotion réelle se produisant, il vous montre sérieusement les dents, et vous mordrait, bientôt, si vous ne cessiez pas.

absorption de l'energie. — Un autre moyen d'autosuggestion recommandé par Turnbull, est ce qu'il appelle l'absorption de l'Energie.

Nous avons un violent désir que notre raison réprouve et dont nous voulons nous défaire, par exemple celui d'abandonner notre travail pour aller nous amuser. A cet effet, on concentre fortement sa pensée sur ce désir que l'on cherche à considérer comme l'expression d'une force brutale qui s'empare de nous. Cette idée de force étant bien représentée, en observant les trois temps de la respiration profonde, on se l'approprie, on s'en empare, on l’absorbe, pour la placer sous le contrôle de la raison.

L'opération se décompose en trois temps, qui doivent durer chacun de huit à dix secondes.

— Premier temps. Aspirer lentement l'air : et, considérant ce désir comme une force brutale qui maîtrise la raison, on se dit avec conviction, mentalement ou à demi-voix : J'absorbe consciemment celle force et me l'approprie.

— Deuxième temps. Retenir son haleine et se dire, avec la même conviction : Je fixe celte force qui m'appartient désormais.

— Troisième temps. En expirant lentement, on se dit : Je me suis rendu maître de cette force, et je l'utiliserai selon mes besoins.

Ce procédé me paraît très puissant pour combattre les passions et les défauts fortement enracinés qui auraient résisté aux autres formes de l'autosuggestion, tels que ceux de se ronger les ongles, se masturber, fumer, s'enivrer, se morphiner, etc., etc...

On doit répéter cette opération plusieurs fois après quelques instants de repos, en ayant toujours soin de bien fixer dans sa pensée la triple idée d'absorption, de fixation et d'utilisation de la force du désir.

Lorsqu'on aura fait cet exercice pendant huit à dix jours, on pourra supprimer les paroles prononcées à chaque temps  de la respiration, en fixant seulement son attention sur l'utilisation de la force fixée. Le sillon étant bien tracé, l'impression de la fixation se fera d'elle-même.

L'absorption de l'énergie peut être employée dans de nombreuses circonstances pour puiser des forces ou des qualités dans le milieu ambiant.

La nature est comme une table très abondamment servie qui est, toujours, à notre disposition. Elle est garnie de tout ; il y en a pour tous les goûts, pour tous les besoins, et on peut dire qu'il n'y a qu'à allonger la main pour prendre ce que l'on veut.

Les conditions à réunir pour y parvenir se déduisent de l'ensemble des moyens indiqués dans cet ouvrage. L'influence personnelle doit, déjà, être en voie de développement pour donner des résultats importants. Le plus grand nombre de ceux qui commenceraient cette étude par l'Autosuggestion n'obtiendraient que des résultats incomplets, car ils seraient insuffisamment préparés. Il est indispensable que la Maîtrise soit en grande partie acquise. Alors, en l'espace de quelques mois, rien qu'en consacrant dix à douze minutes, matin et soir, à des exercices bien compris et intelligemment exécutés, on y parviendra facilement. Après avoir concentré sa pensée sur la qualité ou sur l'avantage que l'on veut obtenir, il faut se persuader que tous les éléments de cette qualité ou de cet avantage sont là, à notre disposition, que nous les méritons, qu'ils nous sont dus, qu'ils ne tarderont pas à nous arriver d'eux-mêmes, et que nous avons le droit de les prendre immédiatement.

Ces idées étant bien présentes à l'esprit, comme pour utiliser la force d'un désir, on les absorbe, on les fixe en soi et on prend l'engagement d'en profiter, en exécutant méthodiquement les trois temps de la respiration profonde.

Au début, on doit employer des formules, on peut même écrire celles-ci sur un carré de papier que l'on place devant ses yeux pour le regarder avec calme et persistance ; mais lorsque la Volonté est suffisamment disciplinée, on peut se dispenser des formules, car elles ne servent qu'à fixer son attention sur le sujet.

On peut demander, d'abord, l'accroissement de qualités que l'on ne possède pas à un degré assez élevé, telles que : Exactitude, Patience, Douceur, Bonté, Jugement ; plus tard, on demandera la Force morale et, même, la Force physique si elles ne sont pas suffisantes, la Guérison d'une maladie, la Réussite de telle ou telle affaire que l'on entreprend ; enfin, obtenant à peu près ce que l'on veut, on pourra demander des choses plus importantes, plus élevées, plus précises. Il n'y a, certainement, pas de limites au développement de ce pouvoir qui peut s'étendre à l'Infini, surtout lorsque les bases de l'Influence personnelle sont bien établies et que celle-ci est méthodiquement cultivée.

cherchez et vous trouverez, demandez et vous recevrez, dit l'Evangile (Math., c. 7, v. 7) ; c'est-à-dire, demandez avec Intelligence, Energie et Persévérance, et cela vous fera découvrir les moyens de trouver ce que vous cherchez.

Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ? Aux petits des oiseaux, il donne la pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je l'invoque et, d'un soin paternel, Il me nourrit des dons offerts sur son autel.

II ne faut pas prendre à la lettre cette affirmation que Racine met dans la bouche de Joas (Athalie), car Dieu ne donne qu'à ceux qui méritent et qui savent prendre. Il y a beaucoup de gens, moins heureux que Joas, des gens qui ne sont ni bons ni méchants, car ils sont incapables de faire du bien ou du mal, et qui attendent toujours que la roue de la fortune tourne en leur faveur sans que celle-ci vienne, car ils ne font rien pour cela. Aide-toi, dit le proverbe, le ciel l'aidera. Il faut chercher pour trouver, demander pour recevoir ; mais il faut, surtout, savoir diriger ses recherches et employer pour la demande le langage de la Nature.

La demande est la base de la prière. Dans leurs évocations, les spirites prient leurs bons esprits et en obtiennent des fluides qui sont utilisés pour la production de phénomènes aussi étranges que réels. Les dévots tirent de la prière des consolations, des espérances et certains avantages ; ils obtiendraient bien autre chose encore s'ils connaissaient le principe qu'ils mettent en action, et, surtout, s'ils ne demandaient pas des faveurs injustes, des grâces qu'ils ne méritent pas et des avantages qui seraient nuisibles à leur prochain. Il ne faut pas que le marchand de parapluies demande des averses constantes lorsque la terre est suffisamment mouillée, ni que le charbonnier prie pour avoir du froid lorsqu'il fait encore chaud. Demandez ce qui est juste, ce qui vous est utile sans être nuisible à vos semblables, et vous recevrez en raison directe de la sincérité de votre demande et de la somme de Volonté que vous aurez dépensée pour l'obtenir. La faculté de puiser dans le milieu ambiant des forces quelles qu'elles soient constitue, à elle seule, le principal facteur du magnétisme personnel. On doit, donc, l'étudier avec attention et faire tout son possible pour la développer.

la suggestion. — Arrivons, maintenant, à la suggestion proprement dite, c'est-à-dire à l'art d'influencer les autres, de leur communiquer ses idées et d'obtenir d'eux tout ou partie de ce que l'on désire.

Ici encore, je vais diviser la question, car je n'entends en aucune façon traiter la suggestion comme les hypnotiseurs en général et surtout comme ceux qui, au mépris de la dignité humaine, font, avec des personnes sensitives transformées en mannequins, des expériences toujours inutiles au point de vue scientifique, et, souvent, fort dangereuses pour la liberté morale des sujets. Je veux rester presque exclusivement, avec l'incitation, l'influence que l'on peut exercer dans le voisinage de quelqu'un, verbalement quand on parle et mentalement lorsqu'on écoute. Encore, je n'engage personne à vouloir s'imposer ; j'engage, moins encore, à pratiquer l'incitation suggestive pour obtenir une chose déterminée, car lorsqu'on est suffisamment développé, les bonnes choses viennent d'elles mêmes suffisamment, nombreuses, sans que l'on fasse quoi que ce soit pour les obtenir. Malgré cela, ceux qui voudraient cultiver, spécialement, l'art d'influencer les autres par incitation suggestive, verbale ou mentale, pourraient tenir compte des observations suivantes :

— Lorsque la personnalité magnétique est développée à un haut degré, l'incitation suggestive est spontanée, inconsciente même. La manière d'être du penseur se transmet à ceux qui l'environnent, même sans qu'il le veuille, car ses pensées, actives et fortes, vont droit aux personnes à qui elles sont destinées. Là, elles ont tendance à s'imposer, et ceux qui les reçoivent les acceptent toujours comme si elles avaient pris naissance en eux-mêmes, comme si elles étaient l'expression de leur propre désir, de leur véritable intention. Mais si le penseur suffisamment développé fait, pour agir, acte de Volonté, il impose toutes ses idées et dicte ses ordres qui sont, souvent, exécutés avec une précision et une promptitude qui tiennent du prodige.

Je le répète, il faut comprendre, avant tout, que pour diriger les autres, il faut savoir se diriger soi-même et que, pour leur imposer sa Volonté, il est indispensable d'être Maître de la sienne. On doit, ensuite, être essentiellement honnête et ne jamais penser à obtenir quoi que ce soit qui puisse nuire à l'intérêt ou à la considération des autres. Ces deux premiers points étant bien définis, il faut être animé du vif désir d'obtenir la chose que l'on veut, être bien persuadé qu'on a droit à cette chose, qu'on a le pouvoir de l'obtenir et qu'on l'obtiendra d'autant plus vite qu'on le voudra avec plus de Calme, d'Energie et de Persistance. Pour exercer une puissante incitation suggestive, il est bon de puiser des forces dans le milieu ambiant, comme je viens de l'expliquer, en parlant de l'Absorption de l'énergie, et de se mettre, par la volonté, dans un état d'activité pour donner, c'est-à-dire dans un état d'expansion pour faire rayonner ses pensées, ses désirs vers les personnes que l'on veut influencer.

Celui qui veut dominer les autres doit leur inspirer confiance, les intéresser, les égayer par de joyeux propos, car le rire ouvre l'individu et le dispose à recevoir les influences extérieures. Son expression, son maintien, ses gestes, ses manières, le ton de sa voix sont autant d'éléments d'action qui se combinent et s'ajoutent les uns aux autres s'ils sont tous concordants.

Le Regard magnétique et la Conversation jouent, ici, le rôle prépondérant, mais celle-ci doit être appropriée, adaptée, avec beaucoup de tact, au caractère, aux goûts, aux aptitudes et, même, à l'intérêt de celui à qui on l'adresse. Judicieusement employée, elle constitue, à elle seule, un très puissant moyen d'insinuation qui permet, même à celui qui ne possède que fort peu l'Influence personnelle, de vaincre les défiances, les antipathies et les résistances auxquelles il est toujours plus ou moins exposé. Il en est de même pour le malade que l'on veut suggérer.

Le malade, dit Atkinson, rassuré et conquis, s'ouvrira à lui sans arrière-pensée, et son abandon fera plus pour sa guérison que les innombrables médecines dont l'accablent généralement les hommes de l'art.

Mais cette conversation doit être conduite avec soin, avec discernement avec intelligence. Il faut que l'opérateur s'y efface, s'y oublie progressivement et, que le malade s'y abandonne et l'occupe de plus en plus. L'opérateur n'a plus, dès lors, qu'à écouter et qu'à encourager, de son attention et de son intérêt, les confidences qu'on lui fait.

On apprend à écouter comme on apprend à parler, par des efforts successifs par une étude méthodique. Le silence, comme la parole, a sa science. II faut, de toute nécessité, que l'opérateur la possède ;  ce n'est qu'à ce prix qu'il fera vraiment la conquête de son malade.

suggestion mentale. — Après avoir étudié pratiquement les règles qui précèdent, on peut s'exercer à la pratique de la suggestion mentale. Pour cela, on formule, d'abord, dans sa pensée, des idées simples et en harmonie avec la manière d'être des gens que l'on fréquente. On donne à ces idées une forme aussi précise que possible, et, en s'aidant de l'action du regard, on s'efforce de les transmettre. Ainsi, par exemple, on cherche à suggérer à un ami l'idée d'une visite à un ami commun, l'idée d'une étude quelconque qui lui plaise et l'on y parvient d'autant plus facilement que l'on rend plus concrète l'idée à suggérer. On cherchera ensuite à transmettre à ce même ami une idée qu'on sait ne pas lui plaire et l'on sera tout surpris de constater que l'on réussira, sinon toujours, du moins fort souvent.

Les expériences de cette nature peuvent être variées presque à l'infini. On doit les répéter souvent, car elles concourent puissamment au développement de l'influence que l'on est susceptible d'exercer sur les autres. En voici deux que l'on ne manquera pas d'essayer lorsque l'occasion se présentera :

— Dans une conversation, la personne qui vous parle oublie un mot qu'elle cherche en vain à prononcer. Ce mot vous est presque toujours suggéré par l'idée que s'en fait la personne qui parle. Pensez fortement à ce mot et regardez l'interlocuteur à la racine du nez. Très souvent, en moins de temps qu'il en faut pour le dire, celui-ci prononce le mot et vous avez conscience que c'est vous qui en avez rappelé le souvenir.

— Dans une réunion quelconque, vous voulez, par exemple, que tel assistant demande à vous être présenté. Passez plusieurs fois sous son regard, sans paraître indiscret. Lorsqu'il vous regarde, dirigez avec calme votre regard entre ses yeux et dites-vous mentalement : « Vous voulez m'être présenté, je vous attends ». Lorsqu'on est bien familiarisé avec la pratique de la suggestion mentale, les deux expériences ne manquent presque jamais.

Certaines  personnes   sont  particulièrement douées pour obtenir ce qu'elles désirent.

Je connais une dame douce et bonne, qui, malgré cela, vit en assez mauvaise harmonie avec son mari. Elle n'a qu'à penser à une robe, à un manteau, à un bijou qu'elle désire pour que le mari s'empresse de lui offrir l'objet désiré, tandis que lorsqu'elle demande verbalement quoi que ce soit, elle se heurte, à peu près toujours, à un refus catégorique.

Un artiste peintre plein d'avenir, qui a suivi mon cours de Magnétisme personnel et qui a fort bien mis à profit tous les détails de l'enseignement, pense, à un moment donné, à un artiste qu'il a connu il y a une vingtaine d'années et cherche à se remémorer ses œuvres principales. Deux ou trois jours après, il reçoit par la poste, d'une personne qu'il connaissait à peine, une reproduction d'une œuvre de l'artiste auquel il avait pensé.

Quelques jours après, le même artiste ouvre une encyclopédie pour avoir des renseignements sur les monuments de Trieste. La cathédrale est signalée comme un monument remarquable. Trois jours après, il reçoit d'un ami une carte postale illustrée reproduisant cette cathédrale.

L'artiste en question observe, à juste titre, que ce que l'on appelle improprement le hasard ne saurait être invoqué, car si ses amis avaient réellement voulu lui envoyer un souvenir, un objet utile ou véritablement intéressant, ils auraient, mieux choisi la nature de leur envoi. Vraisemblablement, malgré la distance, il y a eu transmission de la pensée de l'artiste à ses, amis, qui ont, ensuite, voulu lui être agréable. Pour s'en assurer, il accusa réception de ces documents et pria les expéditeurs de vouloir lui dire dans quel but ils avaient fait cet envoi. La réponse de chacun d'eux fut à peu près celle-ci : « J'ai pensé à toi et l'idée m'est venue que je te ferais plaisir en t'envoyant ce document. »

Lorsque l'on est parvenu à pratiquer habilement la suggestion mentale, il n'est guère nécessaire d'avoir recours à la suggestion verbale. Pourtant, lorsque celle-ci est utilisée avec tous les ménagements qu'elle comporte, elle est plus active que la première. Dans la conversation, on peut la pratiquer de deux façons différentes : 1° à l'insu du sujet ; 2° avec le consentement du sujet.

Je préfère, de beaucoup, la première, car elle est plus active, et réussit généralement mieux que la seconde, le sujet, ne se doutant pas que l'on exerce sur lui une action suggestive, n'opposant aucune résistance à celle-ci.

Lorsque le sujet veut se guérir d'une maladie organique de quelque gravité, il faut avoir recours non pas à la suggestion hypnotique, mais au Magnétisme, qui guérit toujours mieux et plus vite que les moyens ordinaires de la médecine classique les mieux appropriés. Pour une maladie morale, telle que l'obsession ; pour se débarrasser plus vite de certaines passions, comme l'ivrognerie, la morphinomanie, on peut avoir recours à la suggestion verbale, soit à l'insu du sujet, soit avec son consentement ; mais il est indispensable, surtout dans ce dernier cas, que le praticien que l'on choisit soit digne en tous points de votre confiance, car le remède pourrait être pire que le mal. Le praticien qui convient le mieux est, encore, le magnétiseur, surtout s'il possède l'influence personnelle à un certain degré, car tout en magnétisant pour rétablir l'équilibre physique, qui est toujours plus ou moins troublé, il emploie, en même, temps, non pas la suggestion brutale des hypnotiseurs, mais une insinuation suggestive qu'il fait sous la forme d'une sorte d'affirmation conditionnelle ( Les différents modes de suggestion verbale sont exposés longuement par Henri Durville, dans son  Cours de Magnétisme personnel. ).

Pour ne pas risquer de voir diminuer la confiance que l'on a en lui, ce qui amoindrirait son autorité morale, le praticien ne doit pas se tromper comme l'hypnotiseur qui, dans certains cas, fait tous les jours pendant, cinq à six semaines, la même suggestion avec le même insuccès. Il ne doit pas dire : Vous ne souffrirez plus ! Vous dormirez très bien ! Vous ne serez plus obsédé par les idées qui vous tourmentent ! Vous ne penserez plus à la morphine ! car cette forme de la suggestion ne réussit, même imparfaitement, que chez les rares malades sensitifs que l'on peut endormir ; et encore, ce résultat n'est, parfois, obtenu qu'aux dépens de certaines autres fonctions physiques ou morales qui se pervertissent à leur tour. Au contraire, on doit raisonner avec le malade, lui faire comprendre que la maladie dont il souffre a des causes, souvent profondes et tenaces, qui ne peuvent, généralement, pas cesser de suite, qu'il faut chercher à rétablir l'équilibre des fonctions physiques, et qu'alors un mieux, probablement très sensible, ne tardera pas à se faire sentir. La suggestion pourra être faite à peu près en ces termes : Vous allez certainement éprouver du mieux et le sommeil ne tardera pas à se rétablir ! Les idées qui vous tourmentent vont diminuer peu à peu et disparaîtront, bientôt, complètement ! Vous aurez moins besoin de morphine et d'ici cinq à six semaines vous n'en aurez plus du tout besoin !

Au début d'un traitement quel qu'il soit, on observe, presque toujours, une amélioration qui tient certainement un peu à l'espoir que le malade met dans l'efficacité de ce traitement. L'affirmation suggestive se réalise à peu près complètement, la confiance du malade grandit encore et les nouvelles suggestions exerceront dans l'avenir une influence d'autant plus grande que le praticien aura mieux prévu leur réalisation. Le magnétiseur, qui sait établir le diagnostic des maladies par l'examen des centres nerveux et qui connaît le mécanisme des modifications qui surviennent sous l'action du traitement (voir mes Théories et procédés du Magnétisme), sait réellement, non seulement ce qui se passe présentement dans l'organisme du malade, mais ce qui doit s'y passer dans un certain délai. De cette façon, tant par l'action directe du Magnétisme que par l'action indirecte de la suggestion, il favorise, toujours, le travail de la nature sans jamais le contrarier.

Si, par la parole, par le geste, par des manières, l'homme fort peut imposer au faible ses idées et ses manières de voir ; si, d'autre part, toutes les impressions qui viennent du dehors sont des suggestions, il est évident que nous sommes tous plus ou moins exposés à subir les suggestions intéressées et les mauvaises pensées de ceux qui nous environnent. Dans ce cas, il est de toute nécessité que celui qui cherche à développer son Influence magnétique puisse échapper aux mauvaises influences. C'est sur ce point que je termine ce chapitre.

Fig. 29. —  Rayonnement d’expansion

pour ÉVITER LES SUGGESTIONS DES AUTRES. — II est évident que nous faisons partie du milieu dans lequel nous sommes et que si nous agissons sur les autres, les autres peuvent agir sur nous, nous influencer, nous asservir même.

Cela est si vrai, dit Atkinsom, que nos opinions varient avec les circonstances et que, selon que nous vivons avec les uns ou avec les autres, nos idées diffèrent et, parfois même, s'excluent...

Les exemples de ce phénomène sont fréquents, surtout en politique. On voit une idée jaillir, se répandre, tout entraîner, puis s'apaiser, rentrer dans son lit et mourir... Telle foule, par exemple, calme et modérée, s'agite et s'exaspère soudain pour revenir, bientôt, à la modération et à l'équité. Il a suffi, pour déterminer ces alternatives, de quelques hommes d'action, de quelques esprits résolus. Ceux-là ont déchaîné la foule par des discours de violence; ceux-ci l'ont ramenée et retenue par des appels à la tolérance. Mais les uns et les autres, ont usé des mêmes moyens, c'est-à-dire de leur don d'influence, de leur force de pénétration, de toutes les ressources de volonté et d'action qui sont comme l'essence du Magnétisme, le secret des sciences occultes.

Il importe, donc, si l'on veut obéir à sa propre raison, de se garder contre toutes les influences d'alentour et de dresser comme une barrière autour de soi. Mille dangers nous menacent. A chaque instant, nous sommes sollicités par des forces supérieures, par des volontés qui sont impatientes de nous asservir à leurs desseins, à leurs ambitions, à leurs intérêts. Il faut, de toute nécessité, que nous puissions nous protéger nous-mêmes et nous défendre contre elles. Notre dignité la commande et notre intérêt l'exige. Nous serions exposés à de terribles éventualités si nous nous abandonnions sans défense à toutes les influences, à toutes les suggestions, à toutes les forces extérieures qui pèsent sur nous et nous sollicitent (La Force-pensée).

Si le précédent auteur décrit fort bien, tout en les exagérant un peu, les dangers auxquels le plus grand nombre d'entre nous sont exposés, même lorsque notre Influence magnétique est développée à un certain degré, il n'indique pas, d’une façon suffisante, les moyens à employer pour les éviter. Je vais tâcher de le faire en quelques mots, en prenant pour exemple la haine qu'un individu peut avoir contre nous et l'impureté de certains milieux dans lesquels on est obligé de pénétrer.

Le principal moyen de résister aux mauvaises influences, c'est, d'abord, de ne pas les craindre, car elles agissent comme la peste qui frappe ceux qui en ont peur. Ensuite, c'est d'être raisonnable, juste, bon, et de ne jamais avoir aucun tort à se reprocher envers qui que ce soit. Malgré cela, il y a certaines influences, celles de la haine prolongée pendant longtemps, qui pourraient parvenir à nous atteindre. Soyons sur nos gardes et, si nous nous méfions de quelqu'un de malveillant, ayons bien soin de ne lui envoyer que des pensées de bienveillance et de bonté et faisons appel, en même temps, à toute notre volonté, à toutes nos énergies intérieures pour nous mettre dans un état d'expansion qui fasse rayonner notre force autour de nous, comme l'indique la figure 29. Dans cet état, nous sommes en activité pour donner et nous ne recevons rien du dehors. Notre impénétrabilité aux influences extérieures sera, encore, augmentée si nous avons présent à l'esprit l'aura de pensées et d'influences qui nous environne et si, en précisant bien le rôle protecteur de cette aura, nous faisons acte de volonté pour la rendre encore plus impénétrable, en la repliant sur nous-mêmes. On peut revoir à cet effet les fig. 17, 18 et 19. En mettant bien dans son esprit qu'on ne sera jamais dominé par une pensée étrangère si on ne veut pas l'être, l'autosuggestion rendra, encore ici, quelques services.

D'ailleurs, dès que l'on arrive à un degré d'Evolution dépassant une certaine moyenne, on se trouve, naturellement, protégé contre les mauvaises pensées et les mauvaises intentions des autres.

Cette protection est facile à comprendre à l'aide des rapprochements suivants :

La matière mentale et la matière astrale ne sont pas identiquement les mêmes chez tous les individus. Lourdes, grossières, impures, chez la brute, elles sont fines, légères et pures chez celui qui atteint un très haut degré de développement. Elles vibrent constamment et leurs mouvements vibratoires se communiquent, par ondulations, au milieu ambiant ; ces mouvements peuvent être transmis au loin. Mais les vibrations de la matière grossière sont considérablement moins rapides que celles de la matière légère et pure.

Les pensées, qui sont « des choses » et qui revêtent des formes particulières, sont formées d'une matière analogue à la matière mentale et astrale de celui qui les émet : leurs vibrations sont les mêmes.

Nul mouvement, autrement dit nulle action, ne peut se communiquer à cette matière en dehors de certaines conditions d'analogie et de vitesse. C'est pour cela que les vibrations lentes du méchant ne peuvent pas modifier les vibrations beaucoup plus rapides de l'homme évolué. Entre ces extrêmes, le mouvement, c'est-à-dire l'action, peut se communiquer, mais la communication est d'autant plus lente et plus difficile que la différence est plus grande entre la rapidité des mouvements de celui qui agit et de celui qui reçoit.

En principe, une pensée de haine ne peut, pas atteindre une âme pure ; elle est repoussée, et, comme rien ne se perd, elle revient frapper celui qui l'a projetée. Comme celui-ci vibre d'une façon identique aux pensées qu'il émet, il reçoit ce mouvement, avec la plus grande facilité et son activité est augmentée d'autant pour en émettre d'autres de même nature. Ainsi, finalement, le créateur d'une pensée mauvaise souffre, toujours, de ce qu'il a voulu faire souffrir à d'autres et, si cette pensée est énergique et se renouvelle constamment, il peut en souffrir beaucoup et même en mourir. C'est, ainsi, que l’envoûteur s'envoûte lui-même, surtout, lorsque l'action qu'il dirige n'est pas reçue par celui à qui elle était destinée. Au temps de la sorcellerie, on disait, avec des apparences de raison, que, tôt ou tard, le sorcier finissait par être étranglé par le diable.

Celui qui est peu évolué reste, donc, exposé, dans une certaine mesure, aux attaque de ceux qui veulent lui nuire, mais lorsqu'il s'est purifié, les jaloux, les envieux, les ennemis qu'il peut encore avoir ne peuvent rien ou à peu près contre lui. Comme j'ai cherché à le faire comprendre, on doit rechercher la société des gens heureux, courageux, gais, forts, pleins d'espoir et éviter le plus possible les craintifs, les mélancoliques, les coléreux, les méchants et les malheureux en général ;  comme l'avait déjà observé G. Agrippa :

« Leur âme est pleine de mauvais rayons et elle communique sa contagion à ceux qui l'approchait. »

Nous sommes, pourtant, obligés de pénétrer dans leur milieu, de nous mettre en contact avec eux. Allons-y gaiement, et en nous mettant dans l'état d'expansion dont je viens de parler, pour leur « donner de nous-mêmes sans rien prendre d'eux », soyons sans aucune crainte d'être influencés. Encourageons-les, donnons-leur de bons conseils, faisons, à ceux qui en ont besoin, une aumône en rapport avec nos moyens, mais ne nous apitoyons pas sur leur sort et quittons les avec la satisfaction du devoir accompli, pour ne plus y penser que lorsqu'une nouvelle occasion de leur être utile se présentera.

Il me reste à dire quelques mots qui ne s'adressent qu'aux sensitifs se prêtant aux expériences, et qui peuvent craindre des suggestions post-hypnotiques qu'ils pourraient exécuter au moment convenu. C'est pour leur apprendre à déjouer toute suggestion que je leur indique le procédé suivant :

Il suffit au sujet de savoir que, pour empêcher une suggestion de se réaliser, il n'a qu'à appliquer sa main gauche et, même, un seul doigt de cette main au front pendant quelques instants.

Cette action constitue le procédé tout entier, dont on comprendra le mécanisme par quelques mots de théorie. :

— Chez le plus grand nombre des sujets, le sommeil hypnotique présente quatre états bien distincts : état suggestif, état cataleptique, état somnambulique et état léthargique, quoique l'école hypnotique de la Salpetrière ne classe que les trois derniers.

Toutes les suggestions post-hypnotiques, c'est-à-dire celles que l'hypnotiseur donne pendant le sommeil pour être exécutées lorsque le sujet sera réveillé, ne s'exécutent que dans le premier état, état dans lequel le sujet rentre de lui-même au moment où l'idée lui vient, d'accomplir l'acte suggéré. Donc, si le sujet fait cesser cet état, la suggestion ne s'accomplit pas.

Le sujet, peut, toujours, agir physiquement sur lui-même par auto magnétisation. L'action de sa main droite appliquée au front l'endort, celle de sa main gauche au même point le réveille. Dans le cas qui nous occupe, le sujet, qui est obsédé par l'idée d'exécuter l'acte suggéré, entre automatiquement dans l'état suggestif. A ce moment, s'il applique sa main droite au front, il passe dans l'état cataleptique, puis dans l'état somnambulique, et s'il y applique la main gauche, il se réveille. Dans les deux cas, l'état suggestif ayant cessé, la suggestion ne peut plus avoir de prise.

Comme elle est décrite dans le présent chapitre, l'autosuggestion suffit pour faire disparaître les névralgies et les maux de peu d'importance ; mais lorsqu'il s'agit de guérir une maladie chronique considérée comme incurable, il faut bien comprendre tous les arguments du chapitre suivant et employer, souvent pendant de longs mois, les moyens que j'indique. De l'ensemble de ces deux chapitres, le mélancolique, l'ivrogne et tous les esclaves d'une mauvaise habitude pourront facilement instituer le traitement qui leur convient.

Provided Online by http://www.neurolinguistic.com

Back to Index

From our Online Free Library at www.pnl-nlp.org/dn Find now here hundreds of ebooks and texts on NLP, Hypnosis, Coaching, and many other mental disciplines...

Dalla nostra libreria online a www.pnl-nlp.org/dn/ Scopri centinaia di libri su PNL, Ipnosi, Coaching e molte altre discipline della mente