Memoire de F. A. Mesmer

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AVANT-PROPOS.

DE L'AUTEUR.

L'histoire offrepeu d'exemples d'une découverte qui, malgré son importance, ait éprouvé autantde difficulté à s'établir et à s'accréditer, que celle d'un agentsur les nerfs, agent inconnu jusqu'ici, et que je nomme magnétisme animal.

L'opiniâtreté avec laquelle on s'estop­posé aux progrès de l'opinion naissante sur cette nouvelle méthode deguérir, m'a fait faire des efforts pour rectifier et pour embrasser dans unsystème une grande partie des connaissances phy­siques.

Avant de produire ce système,dans lequel j'ai tâché de rapprocher et d'en­chaîner les principes qui lecomposent, j'ai cru devoir donner dans un mémoire préliminaire une idée justeet précise deson objet, de l'étendue de son utilité, et détruire les erreurs et les préjugésauxquels il a pu donner lieu.

Je présenterai une théorie aussisimple que nouvelle des maladies, de leur mar­che, et de leur développement, etje subs­tituerai une pratique également simple, générale, et prise dans lanature, aux principes incertains, qui jusqu'à présent ont servi derègle à la médecine.

La plupart des propriétés de lamatière organisée, tels que la cohésion, l'élasti­cité, la gravité, lefeu, la lumière, l'é­lectricité, l'irritabilité animale, qui jus­qu'àprésent ont été regardés comme des qualités occultes, seront expliquéspar mes principes, et leur mécanisme mis en évidence.

Je me flatte d'avoir jeté un nouveaujour sur la théorie des sens et de l'instinct. Par le moyen de cette théorie,j'ai essayé d'expliquer plus parfaitement les phéno­mènes aussi variésqu'étonnans de l'état appelé somnambulisme, qui n'est autre chose qu'un développement critique decertaines maladies : l'histoire de la méde­cine en rapporte un si grand nombred'exemples, qu'on ne peut pas douter que ces phénomènes n'aient toujoursparu un sujet d'observations intéressantes pour les gens de l'art : et je puismoi-même affir­mer aujourd'hui, que toutes les nuances d'aliénations del'esprit, appartiennent à cette crise extraordinaire.

C'est elle qui produit les apparitionsmerveilleuses, les extases, les visions inexplicables, sources de tantd'erreurs et d'opinions absurdes. On sent combien l'obscurité même quicouvrait de tels phénomènes, jointe à l'ignorance de lamultitude, a dû favoriser l'établissement des préjugés religieux etpolitiques de tous les peuples.

J'espère que ma théoriepréviendra dé­sormais ces interprétations qui produi­sirent etalimentèrent la superstition et le fanatisme, et empêchera surtoutque ceux qui, soit par un accident subit ou par des maladies aggravées, ont le mal­heurde tomber dans le somnambulisme, ne soient abandonnés par l'art, et retran­chésde la société comme incurables ; car j'ai la certitude que les états les pluseffrayans, tels que la folie, l'épilepsie et la plupart des convulsions sont leplus souvent les funestes effets de l'ignorance du phénomène dont jeparle, et de l'im­puissance des moyens employés par la médecine ; que presquedans tous les cas ces maladies ne sont que des crises incon­nues et dégénérées;qu'il est enfin peu de circonstances où on ne puisse les pré­venir etles guérir.

J'ai la confiance que des principesdont les conséquences sont si importantes, ne seront jugés ni sur despréventions, ni sur des productions prématurées(1), non plus que sur desfragmens et des contre­façons qui ont été publiées sans mon aveu : moins encored'après le rapport de ceux qui, obsédés de préjugés, ont donné leurspropres lumières pour la mesure des connaissances possibles (2).Si d'ailleurs malgré tous mes efforts, je ne suis pas assez heureux pouréclairer mes contem­porains sur leurs propres intérêts, j'aurai du moinsla satisfaction intime d'avoir rempli ma tâche envers la société (3).



(1) Les imitateurs de ma méthode deguérir, pour l'avoir trop légèrement exposée à la curiosité età la con­tradiction , ont donné lieu à beaucoup de préventionscontre elle. Depuis cette époque on a confondu le som­nambulisme avec lemagnétisme, et par un zèle irréfléchi, par un enthousiasme exagéré,on a voulu consta­ter la réalité de l'un par les effets surprenans de l'autre.Le mémoire qu'on va lire a, en partie, pour objet de détromper d'une pareilleerreur.

(2) Les préjugés, les préventionssont, pour ainsi dire, inhérens à la nature de l'homme, non assezinstruit encore, et refusant de l'être par ces premières causes.
« Il ne faut (dit M. l'abbé Trublet)(*) pour aucune opinion, avoir cette sorte d'éloignement qui forme l'esprit auxraisons qui la favorisent, à moins, pour­tant, que cette opinion ne soitdangereuse aux autres et à nous-mêmes.
Il y a deux sortes de préventions,l'une qui n'est que dans l'esprit, l'autre qui est dans le cœur. Celle-ciest le plus grand obstacle à changer d'opinion, et elle se joint presquetoujours à la première. On s'attache à une opinion parl'habitude de la croire, et les préjugés de la naissance et de l'éducation nesont si forts, que parce qu'ils produisent un attachement proprement dit, unattachement de cœur, et par conséquent, une vraie aversion-pourtout ce qui leur est contraire.
A l'attachement qui vient del'habitude, se joint celui qui naît de l'amour-propre. On respecte ses premiersmaîtres, mais on se respecte aussi soi-même. Serait-il possible, sedit-on, qu'on eût été si long-temps dans l'erreur ? Non sans doute : on ypersiste donc, et autant par orgueil que par prévention. »
Aussi, Descartes a-t-il ditqu'il est aussi difficile de se défaire de ses préjugés et de ses préventions,que de brûler sa maison.                 

( Notede l'Éditeur.)

(3) Il a tenu, en effet, sa parole enversles savans, les médecins, l'humanité entière et son siècle.
Mort dans la ville de Constance, lieude sa naissance, il n'a cessé, jusqu'au dernier soupir, de protester contrel'aveuglement volontaire ou non, de ses contemporains.
J'ai une consolation, a-t-il dit, dansce moment, où toute illusion s'évanouit, ou tout intérêt personneldis­paraît; j'ai une prévision, qu'avant ving-cinq ans, le magnétisme débarrasséde tout ce que l'ignorance et la persécution l'ont environné, viendrasatisfaire à la plus forte passion de ma vie, celle d'avoir été utileà mes semblables.

( Notede l'Éditeur.)

(*) Pensées sur la philosophie, lessciences, les opinions, les systèmes, etc.; par M. l'abbé Trublet. Entr.dans le Merc. de Fiance, août 1762 , pag. 39 et suiv.

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