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CHAPITRE III THEORIES DES MAGNÉTISEURS.

Nous avons parlé des théories de Mesmer sur le fluide universel, lorsque nous avons décrit ses procédés, et nous avons pu constater que ce savant, si bafoué, avait des conceptions autrement élevées et scientifiques que ses détracteurs. Nous aurons l'occasion, dans la suite de ce travail, de comprendre la portée des enseignements de ce Maître.

Avant lui, des hommes éminents avaient avancé a peu pres les memes hypotheses, lesquelles, de nos jours et pour nous, sont des réalités incontestables.

Le docteur Lecot, professeur de Physiologie, en 1767, soutenait, en quelque sorte, la théorie du fluide magnétique, qu'il nommait fluide animal. « Ce fluide, dit-il, affecté du caractere particulier d'une passion, en porte l'impression jusque dans le fluide animal des autres individus, car les sensations et les passions consistent dans des modifications du fluide animal, et ces caracteres se communiquent aux fluides de meme espece, et sont susceptibles de changement a tout instant. »

« Des qu'on se rendra aux faits évidents qui prouvent que les différents caracteres du fluide animal et des fluides végétaux produisent dans les fluides des autres individus des émotions, des changements de caracteres, des révolutions considérables, suivant leur consonnance ou dissonnance, on n'aura pas de peine a concevoir tous les effets qui résultent de leur concours naturel ou de leur conflit, de quelque genre que ce soit, intellectuel, animal ou animo-végétal. »

Dans son Histoire critique du magnétisme, Deleuze dit :

« Un somnambule saisit la volonté de son magnétiseur. Il exécute une chose qui lui est demandée mentalement. Pour se rendre raison de ce phénomene, il faut considérer les somnambules comme des aimants infiniment mobiles : il ne se fait pas un mouvement dans le cerveau de leur magnétiseur sans que le mouvement ne se répete chez eux, ou du moins sans qu'ils ne le sentent. »

« On sait, dit cet auteur, que si l'on place a côté l'un de l'autre deux instruments a l'unisson, et qu'on pince les cordes du premier, les cordes correspondantes du second résonnent d'elles-memes. Ce phénomene physique est semblable a celui qui a lieu dans le magnétisme. » La logique nous porte a supposer cependant que l'influence du magnétiseur sur le magnétisé ne peut naître que d'une différence de potentiel fluidique.

Nombre de personnes qui ont étudié et pratiqué le magnétisme affirment avoir produit des effets a distance et tout a fait a l'insu des magnétisés.

Voici ce que Deleuze dit a ce sujet :

« Quoi qu'il soit tres difficile d'expliquer comment le fluide magnétique peut agir d'un appartement a l'autre la plupart des magnétiseurs en sont convaincus. J'ai moi-meme fait des expériences qui tendent a le prouver. Cependant, ce phénomene étant du nombre de ceux qui me paraissent inconcevables, j'invite les magnétiseurs a l'examiner de nouveau et a ne le croire vrai qu'apres l'avoir constaté par leur propre expérience. Au reste, la lumiere et le son se portent a de tres grandes distances sans qu'on puisse concevoir, dans le mobile qui les envoie, une force assez grande pour les pousser rapidement, meme au travers des corps. Que la lumiere soit une émanation des corps lumineux, ou un ébranlement imprimé a l'éther, il n'est pas plus aisé de comprendre comment l'éclat d'un charbon ou d'une bougie se fait apercevoir instantanément a une grande distance, au travers des corps transparents, ni comment la lumiere d'une étoile arrive jusqu'a nous. Peut-etre des phénomenes que nous refusons de croire parce que nous ne les avons point observés, ne sont-ils pas plus incompréhensibles que d'autres, qui ne nous étonnent point parce que nous les voyons tous les jours. »

« Pour que le fluide qui part de moi agisse sur celui de l'homme que je magnétise, il faut que les deux fluides s'unissent, qu'ils aient le meme ton de mouvement. Si je magnétise avec volonté et avec attention et que celui sur lequel je veux agir soit dans un état passif ou d'inaction, ce sera mon fluide qui déterminera le mouvement du sien. Il se passe alors quelque chose de semblable a ce qui a lieu entre un fer aimanté et un qui ne l'est pas : lorsqu'on passe plusieurs fois et dans le meme sens l'un sur l'autre, le premier communique a l'autre son mouvement ou sa vertu. Ceci n'est point une explication, mais une comparaison. »

« Une fois que les nerfs sont abreuvés d'une certaine quantité de fluide, ils acquierent une susceptibilité dont nous n'avons aucune idée dans l'état ordinaire. Considérez l'individu magnétisé comme faisant en quelque sorte partie de son magnétiseur, et vous ne serez plus étonné que la volonté de celui-ci agisse sur lui et détermine un mouvement. Voila tout ce que je puis dire sur le principe de l'action magnétique et sur l'influence de la volonté. »

De Puységur avait une théorie particuliere et personnelle. Connaissait-il celle de son maître ? Il est probable que non, ou bien il ne l'avait pas comprise. Pour lui, tout était transmission du mouvement. Mais ce qu'il avait surtout retenu des leçons de Mesmer, c'étaient les faits.

« Je me garderai donc bien, dit-il, de préférer a une certitude acquise par l'expérience, l'hypothétique probabilité d'un fluide magnétique, dont aucun physicien n'a pu constater l'existence. »

Nous verrons, lorsque nous étudierons les phénomenes psychiques, que les savants contemporains ont constaté une force qui a de grandes analogies avec le fluide des magnétiseurs.

Tous les magnétiseurs du siecle dernier n'admettaient pas absolument les théories du médecin viennois et de ses principaux continuateurs. Les uns, comme l'abbé Faria, ne croyaient pas a l'action d'un fluide transmissible de l'opérateur a l'opéré ; d'autres pensaient que la volonté n'émettait pas de fluide, qu'elle agissait seulement sur l'opérateur, en provoquant dans son organisme un état d'exaltation propre a produire un ébranlement dans son systeme nerveux, lequel se communiquait a l'air ambiant et provoquait des vibrations ou des ondulations qui atteignaient le patient ; d'autres admettaient que la volonté provoquait une onde fluidique allant frapper le sujet.

Les spiritualistes, ne voyaient dans la production des phénomenes magnétiques que les manifestations de l'âme ou de l'esprit.

A ce sujet le docteur Billot dit :

« L'influence que l'homme exerce sur l'homme par l'action du magnétisme vient d'un auxiliaire ou inconnu ou méconnu et dont la présence peut seule donner la solution des phénomenes magnétiques. »

Le marquis de Mirvilie fait intervenir le démon, les mauvais esprits.

Du Potet était volontiste et croyait a l'émission d'un fluide.

Lafontaine soutenait la théorie du fluide vital.

« Les partisans de la volonté, dit-il, semblent s'appuyer sur un autre exemple pour défendre leur cause. Lorsqu'un magnétiseur endort a distance, sans faire un mouvement, un sujet qu'il a l'habitude de magnétiser, ou meme qu'il magnétise pour la premiere fois, ils prétendent que la volonté agit seule. C'est une erreur. Le magnétiseur, en se concentrant en lui-meme, provoque l'émission d'un fluide qui va frapper le sujet et l'endort. La, comme partout, il y a une simple projection du fluide vital. »

Le docteur Baretti appelle le fluide vital de Lafontaine force neurique rayonnante ; d’autres médecins: influx nerveux, etc... Le docteur Despine, fils, dans un travail publié en 1880, Etude scientifique sur le somnambulisme, émet une théorie qui se rapproche beaucoup de celle de Mesmer : « Une action a distance, dit Despine, sur les phénomenes psychiques des somnambules, ne pouvant plus etre mise en doute, cherchons a l'expliquer au moyen des agents naturels. Disons en premier lieu que l'expression action a distance est issue de la croyance qu'il y a du vide dans la nature. Or, il n'en est point ainsi. » Qu'en sait-il ?

« Les recherches des physiciens modernes confirment la maniere de voir de Newton, en ce sens qu'elles prouvent que le vide n'existe pas, que l'espace est plein de la matiere éminemment subtile appelée éther, dont les attributions sont non seulement la transmission de l'électricité et du magnétisme terrestre, mais encore celle de la lumiere et de la chaleur. Les vastes régions interstellaires ne sont donc pas des régions de vide et d'isolement. Nous les trouvons remplies de ce milieu qui s'étend partout, si bien que quand une molécule d'hydrogene vibre dans Sirius, le milieu en reçoit une impulsion ; mais la distance de cette étoile est si grande que cette impulsion reste trois années pour arriver a la terre. Et cependant cette distance n'altere en rien les vibrations transmises. »

« Pourquoi n'aurait-il pas une égale importance dans la nature organique ? Ne peut-on pas supposer avec raison que ce qui, dans ce milieu universel, est le principe de la lumiere, de l'électricité et de la chaleur, peut bien, uni a la substance nerveuse, etre le principe de la vie chez l'animal doué du systeme nerveux, et par conséquent le principe de l'activité de ce systeme et de ses diverses fonctions ? Quand on songe que ce systeme n'est pas absolument nécessaire a la vie, puisque les végétaux et les animaux les plus inférieurs en sont dénués ; quand on songe que la lumiere, la chaleur et l'électricité, c'est-a-dire les principales manifestations de l'éther, sont nécessaires a la vie, puisque partout ou elles sont insuffisantes la vie végétale et la vie animale sont impossibles, et que la vie est d'autant plus active que ses manifestations sont plus puissantes, quand on songe a tout cela, disons-nous, n'est-on pas en droit de supposer que le principe de la vie dans les corps organisés réside réellement dans ces trois manifestations de l'éther et que le systeme nerveux n'est nécessaire que pour présider a la spécialité de chaque fonction, alors que l'éther le met en activité ? Cette hypothese nous paraît assez rationnelle pour que nous nous permettions de la soumettre a l'appréciation des savants.»

« D'apres ces données, on conçoit comment l'activité cérébrale qui préside aux manifestations psychiques puisse, sous certaines conditions d'impressionnabilité, retentir d'une façon efficace sur le cerveau d'un autre individu au moyen de l'éther, y déterminer une activité de meme nature, et y faire surgir des éléments instinctifs, des pensées, des représentations mentales et des volontés semblables. Tout acte psychique a incontestablement pour cause une modification cérébrale des vibrations, un mode particulier d'activité dans les cellules de la substance grise du cerveau. Ces vibrations ne sont pas, il est vrai, susceptibles d'imprimer, par l'intermédiaire de l'éther, des vibrations semblables dans les cerveaux sains environnants. Cependant, quelques faibles que soient ces vibrations, elles ne se propagent pas moins en dehors, frappant ces cerveaux sans effet. Mais supposons que, parmi ces cerveaux, il s'en rencontre un qui soit dans un état d'impressionnabilité telle qu'il soit influencé par les vibrations éthérées, provoquées par l'activité d'un cerveau sain, et que ces vibrations produisent dans ce cerveau impressionnable des vibrations identiques, l'activité de cet organe donnera certainement lieu a des idées semblables. Ainsi s'explique naturellement la transmission de la pensée, de la volonté d'un individu a un autre, sans signes extérieurs. Si cette action est rare, cela ne tient ni au mode d'action du fluide éther, ni aux lois qui dirigent ce mode d'action, deux choses qui ne changent pas ; cela tient a l'état particulier dans lequel le systeme nerveux peut etre influencé par cette action si faible, état qui réside surtout dans une sensibilité extreme, anormale, pathologique (pas toujours) et heureusement rare de ce systeme. L'action de l'agent est toujours la meme ; ce qui varie et rend le phénomene rare, c'est l'état des organes nerveux qui reçoivent l'action de l'agent. »

« Au moyen de cette cause de transmission qui n'est pas douteuse, et qui ne peut tenir sur la réserve, pour le cas présent, que parce qu'elle n'est pas encore rentrée dans le domaine de nos connaissances vulgaires, s'explique non seulement la transmission de la pensée chez les somnambules, mais encore la raison par laquelle les personnes dont la constitution nerveuse est puissante, dont l'activité cérébrale est énergique et dont la volonté est forte, sont plus aptes, a magnétiser que les personnes a constitution faible. On s'explique aussi la contagion nerveuse, admise par M. Bouchut, contagion qui propage a distance, dans certaines conditions, les phénomenes somatiques et psychiques, qui caractérisent les diverses folies épidémiques ; on s'explique l'ascendant que les âmes fortes exercent sur les âmes faibles ; on s'explique organiquement la contagion des éléments instinctifs, la contagion morale ; on s'explique pourquoi des procédés magnétiques, des passes soit au contact, soit a distance, peuvent produire les divers phénomenes dits magnétiques ; on s'explique pourquoi les organes rendus tres impressionnables par une maladie et les organes les plus fournis de ganglions et de nerfs, tels que la tete, l'épigastre, le trajet des cordons nerveux, le cou, les bras, les extrémités digitales, sont les parties les plus impressionnées par les passes; on s'explique enfin cette action si remarquable de la volonté de certains individus sur d'autres individus, sans signe extérieur... effet que nous avons vu se produire d'une façon si remarquable par Castellan, condamné pour viol aux assises de Draguignan. »

« S'il n'intervient ni fluide nerveux ni fluide magnétique dans les phénomenes dits de magnétisme animal, ainsi que le supposait l'ancienne théorie, le fluide universel y intervient positivement, si ce n'est comme cause directe des phénomenes, du moins comme agent de transmission du mode d'activité du systeme nerveux d'une personne au systeme nerveux d'une autre personne. »

Dans son travail du magnétisme animal, paru en 1884, le Dr Perronet émet la théorie suivante, qu'il nomme ondulationisme.

« La suggestion, dit-il, est un phénomene par lequel un individu transmet a un ou plusieurs autres individus ses propres pensées, conscientes ou inconscientes, en les matérialisant dans les formes des objets représentés par elles, et en passant par une série de phénomenes intermédiaires :

1° Ondulations nerveuses d'origine centrale et a directions centrifuges, lesquelles ondulations sont provoquées par un mécanisme inconnu, dans les organes qui servent de support a ses facultés psychiques ;

2° Ondulations a la périphérie de son corps, de contractions fibrillaires ou autres phénomenes kinésiques, le plus souvent inconscients ;

3° Ondulations déterminées dans le milieu cosmique par les mouvements précédents ;

4°Chocs des extrémités nerveuses des individus récepteurs par ces ondulations cosmiques qui produisent dans les centres psychiques de ceux-ci le dernier phénomene ondulatoire, traduit par la perception réelle de l'objet signifié par l'idée. »

Le Dr J. Ochorowicz dit au chapitre VII de son livre la Suggestion mentale: « Que veut dire expliquer ? »

« Expliquer ne veut dire autre chose que réduire l'inconnu au connu, et il n'y a qu'un seul moyen d'effectuer cette réduction : en indiquant les conditions dans lesquelles le phénomene se manifeste, et sans lesquelles il ne peut pas se manifester. C'est tout ce qu'on peut faire, et c'est aussi tout ce qu'il faut. On ne doit pas se faire l'illusion d'une connaissance adéquate de n'importe quoi. On détermine les conditions des phénomenes, on les résume, autant qu'on peut, dans les lois qui ne sont qu'une généralisation de l'observation, et c'est tout. Toute la science est la.

« Avant de pouvoir préciser les conditions d'un phénomene, il faut le décrire, il faut l'analyser, afin de bien circonscrire son contenu et lui assigner une place équitable parmi d'autres phénomenes. C'est ce que nous avons essayé de faire, en traitant les diverses transmissions psycho-physiques. Il en est résulté que la suggestion mentale proprement dite doit etre considérée en connexions avec plusieurs phénomenes de transmission physique ou mentale, ne constituant qu'une transmission apparente.

« Cette transmission apparente peut etre expliquée suivant les cas ;

« 1° Par une harmonie préétablie entre deux mécanismes associationistes, indépendants l'un de l'autre, mais dépendant tous les deux d'un milieu psychique ;

« 2° Par une présomption basée sur les sensations ordinaires de la vue, de l'ouie, de l'odorat et du toucher.

« Ces sensations, qui trahissent notre état organique ou psychique, peuvent etre comprises ou meme réalisées par le sujet en raison :

« 1°De l'expérience inconsciente, qui nous est propre, et qui se fait valoir surtout en l'absence de la réflexion consciente ;

« 2° Des associations idéo-organiques, qui peuvent dévoiler la signification des influences, plus ou moins inaperçues a l'état norma l;

« 3° De l'idéoplastie, qui réalise chez le sujet l'idée suggérée par l'expérience inconsciente et par des associations idéo-organiques ;

« 40 De l'éducation hypnotique et magnétique, qui facilite le concours de tous les agents précités.

« Il en résulte que la transmission apparente doit etre favorisée :

« 1° Par l'exaltation des sens ;

« 2° Par l'exaltation de l'intelligence ;

« 3o Par l'isolement des sens et de l'intelligence qui permet de concentrer toute l’attention dans une direction voulue.

 « Mais toute cette théorie devient insuffisante des qu'il s'agit d'expliquer les faits, ou les indices involontaires, fournis par le principe d'extérioration expressive de tout état psychique ou organique, ne pouvant plus entrer en action. A moins d'étendre la perceptivité sensorielle a des limites tout a fait invraisemblables et aussi incompréhensibles que le phénomene lui-meme, il faut recourir a un autre principe qui, cette fois-ci, devra nous expliquer, non plus la transmission apparente, mais la transmission vraie.

« La transmission vraie embrasse les faits dans lesquels un état a du cerveau A est reproduit par le cerveau B, sans l'intermédiaire des signes visuels, auditifs, olfactifs ou tactiles.

« On devinera facilement qu'en pratique ces deux catégories de transmission doivent se confondre le plus souvent, et que ce n'est que dans des expériences faites expres, et a une certaine distance, qu'on peut etre sur que la transmission vraie agit toute seule.

« Si la pensée est un phénomene purement cérébral, en ce sens qu'elle ne peut etre engendrée par aucun autre organe, elle n'est jamais limitée au cerveau tout seul, quant aux manifestations qui l'accompagnent. Il n'y a pas de pensée sans expression; on pourrait meme dire (avec Sietchénoff) qu'il n'y a pas de pensée sans une contraction musculaire ; mais je préfere la premiere formule, plus générale, puisqu'elle embrasse aussi les sécrétions, les émanations, la production directe de la chaleur et de l'électricité. On peut bien rester absolument immobile et penser a toutes sortes de choses ; mais en analysant notre attitude soigneusement on trouve :

« 1° Que si la réflexion est un peu intense, il y a toujours un commencement de la parole ; le larynx, la langue, la mâchoire meme exécutent de petits mouvements ;

« 2° Que si la pensée présente un caractere plutôt visuel qu'auditif, l'oil, malgré l'occlusion, suit les mouvements des objets imaginaires et la pupille se dilate ou se rétrécit, suivant l'état et l'éloignement de l'objet imaginaire ;

« 3° Que la respiration se regle, s'accélere ou s'arrete, suivant les cours de nos idées ;

« 4° Que, dans les muscles des membres, il y a toujours une contraction interne, correspondante aux mouvements inachevés auxquels on pense, ou qui se rattachent aux images de nos pensées ;

« 5° Que tous les états émotifs s'accompagnent d'un changement correspondant dans la circulation ;

« 6° Qu'une concentration de volonté se reflete dans une contraction correspondante du diaphragme ;

« 7° Que tous ces phénomenes, en général, doivent déterminer une modification dans les fonctions de la vie végétale, dans l'échange de matiere et, par conséquent, dans la production des sécrétions et émanations diverses ;

« 8° Qu'il est certain que tout travail psychique détermine une production de chaleur, et il est probable qu'il existe meme une transformation directe du travail psychique en chaleur rayonnante.

« L'effet de ces actions ne peut pas etre limité a la surface de notre corps et, par conséquent, encore a une certaine distance ; ces changements peuvent influencer imperceptiblement les sens d'un organisme quelconque et se faire sentir, d'une façon plus ou moins distincte, par un organisme exceptionnellement impressionnable.

« En s'appuyant sur une seule catégorie de sensations, on peut arriver aux explications partielles, imparfaites, en disant, par exemple :

« 1° Que le sujet déchiffre la pensée dans les signes pathognomoniques visuels et que, par conséquent, la théorie de la suggestion mentale se ramene a une théorie de vision exaltée ;

« 2° Que la pensée étant habituellement parlée, et le sujet pouvant présenter une hyperacousie extraordinaire (soit dit entre parentheses, que cette hyperacousie ne dépasse jamais une distance de plusieurs metres pour les paroles réellement prononcées), on peut envisager la suggestion mentale comme une audition exaltée de la parole interne et des bruits de la respiration ;

« 3° Qu'étant prouvé que les émotions s'accompagnent d'une senteur cutanée, modifiée, on peut exagérer la valeur de ces indices en admettant que meme chaque pensée, un peu concentrée et persistante, surtout celles d'approbation ou de négation (qui peuvent beaucoup aider un sujet qui cherche a exécuter l'ordre donné) se caractérise par une modification olfactive perceptible ;

« 4° Que la chaleur dégagée a la suite d'un effort mental, modifiée par l'approche du corps et les gestes (courants d'air), peut guider le sujet, lui faire sentir surtout le commencement et la direction de l'action, et donner ainsi lieu a une explication purement calorique de certaines influences dites mentales ;

« 5° Que dans les expériences avec contact immédiat, toutes les vibrations et tensions, expressions des muscles, peuvent servir de signe palpable, pour une interprétation de nos pensées, et donner lieu a une théorie mécanique de la suggestion ;

« 6° Que le phénomene de l'attraction réflexe, basé sur une sensibilité cutanée, exaltée, pouvant etre développé considérablement de sorte que le sujet est attiré par des gestes a peine exécutés, on pourrait imaginer une théorie purement attractive de la suggestion, et dire que tous les mouvements commandés mentalement sont exécutés en raison d'une attraction physique réflexe ;

« 7° Que le phénomene de l'imitation des mouvements étant assez commun et également susceptible d'un perfectionnement considérable, on pourrait dire que, si, meme ayant les yeux fermés, le sujet peut reproduire les mouvements de l'opérateur, ce phénomene, a un degré un peu plus élevé, pourrait se manifester meme par des mouvements inachevés, et donner lieu a une théorie exclusivement imitative.

« Toutes ces considérations prises séparément et meme collectivement, ne peuvent s'appliquer qu'a un certain nombre de faits, mais nous devons en tenir compte partout ou, suivant les cas, l'un des principes énoncés ou quelques-uns d'entre eux peuvent etre évoqués, sans une exagération évidente.

« Quelques expériences de contrôle peuvent seules préciser la justesse ou l'incompatibilité de leur application.

« En général, pour les expériences faites de pres, il paraît certain qu'il existe une graduation de facilité, et qu'elle peut etre résumée dans les catégories suivantes :

« 1° Avec contact, gestes et regards ;

« 2° Sans contact, avec gestes et regards ;

« 3° Sans contact, sans gestes, avec regards ;

« 4° Sans contact, sans gestes et sans regards.

« A partir de ce dernier degré, l'influence ne diminue plus avec la distance jusqu'a une limite inconnue. Si l'action a pu etre exercée du fond d'une chambre a l'insu du sujet, elle pourra l'etre également d'une autre chambre, d'une autre maison, etc.

« Le fait d'une graduation souvent sensible a petite distance, et d'une différence imperceptible a grande distance, prouve :

« 1° Que, dans certains cas, le contact, les gestes et le regard ont leur part dans l'action ;

« 2° Que cette action, aussi bien que celle des sensations olfactives ne suffit pas pour expliquer certains autres cas.  

« D'ailleurs, le contact est tres souvent indifférent ; les gestes deviennent inutiles et le regard n'exerce pas une action palpable ; par conséquent, si ces agents ont une action quelconque a distance, cette action doit etre subjective, c'est-a-dire qu'elle facilite simplement la concentration de la pensée chez l'opérateur.

« De la part de l'opérateur, les conditions ont été tres peu étudiées, mais il est probable:

« 1° Qu'il y a des différences personnelles ;

« 2° Que ces différences peuvent tenir non seulement a un degré d'intensité de la pensée, mais aussi a la nature de cette pensée, plutôt visuelle, plutôt auditive ou motrice ;

« 3° Qu'il faut réserver une certaine part a une sorte d'accord, de concordance, entre les natures des deux intelligences ;

« 4° Que les efforts excessifs de la volonté nuisent plutôt a la netteté, de la transmission, sans augmenter considérablement son intensité ;

« 5° Qu'une pensée ferme, persistante, prolongée ou répétée plus ou moins longtemps, constitue une condition éminemment favorable ;

« 6° Qu'une distraction quelconque, qui fait que la pensée s'évanouit momentanément ou cesse d'etre isolée, cesse d'etre monoidéique, paraît éminemment défavorable a l'action ;

« 7° Que, néanmoins, les pensées faibles, et meme les pensées momentanément inconscientes, peuvent etre transmises involontairement ;

« 8° Que les efforts musculaires qui accompagnent toujours un effort de volonté sont plus ou moins indifférents ; mais que l'expression musculaire chez l'opérateur peut etre utile subjectivement, en raison de l'habitude qui unit la pensée a ses signes expressifs. »

 « Il résulte de ces considérations que l'opérateur doit insister moins sur le « je le veux » que sur le contenu meme de cette volonté, et il devient des lors probable qu'a proprement parler ce n'est pas la volonté forte qui favorise la suggestion, mais bien la pensée nette.

« De la part du sujet, pour bien s'orienter dans la question, nous pouvons considérer successivement les quatre états principaux :

« 1° Dans l'état « aidéique profond », la transmission n'est jamais immédiate, mais elle petit etre quelquefois latente ;

« 2°  Dans l'état du monoidéisme naissant, elle peut etre immédiate et parfaite ;

« 3° Dans l'état du polyidéisme passif, ellepeut etre médiate ou immédiate, mais toujours plus faible ;

« 4° Dans l'état du polyidéisme actif, les conditions se compliquent, et il faut les considérer séparément.

« A) Elle peut etre directe, si le sujet nous aide en s'absorbant volontairement dans une concentration plus ou moins monoidéique, il s'y prete, il écoute mentalement, il cherche, et quelquefois il trouve ;

« b) Elle peut etre indirecte, c'est-a-dire latente, également avec un certain ajustement de la part du sujet, et ce cas paraît plus fréquent ;

« c) Enfin elle peut etre, par exception, médiate ou immédiate, meme sans que le sujet soit prévenu de l'action. Et ici nous touchons a la question de l'action mentale a l'état de veille, qui demande quelques explications: l'état somnambulique de polyidéie active ne differe de l'état de veille que par deux caracteres, dont le premier est absolu, le second relatif.

« 1° La différence absolue, c'est-a-dire constante, nécessaire, n'est que quantitative; la veille est un état plus polyidéique que le somnambulisme, Dans le dernier il y a toujours un rétrécissement du champ psychique. A l'état de veille, malgré le monoidéisme apparent qui a séduit plusieurs psychologistes (Bain, Wundt, Morell, Horwiez, etc.), notre pensée est toujours tres compliquée ; nous avons simultanément une foule de sensations qui luttent entre elles, et une foule de souvenirs qui cherchent a se débarrasser de la pression des idées dominantes (Herbart). En somnambulisme leur nombre général est beaucoup moindre ; la plupart des sensations ordinaires font défaut (anesthésie) ; la plupart des souvenirs restent paralysés, mais ce qui peut induire en erreur et ce qui, en meme temps (sans contredire le rétrécissement général), constitue un caractere particulier : c'est que les sensations ou les souvenirs, appartenant a une idée donnée, peuvent y etre plus nombreux qu'a l'état de veille ; la perception est plus détaillée, quoique uniquement par rapport a une seule idée, et la reproduction associationiste plus complete, quoique toujours uniquement dans une seule direction. D'ou il résulte que l'état polyidéique somnambulique est plus favorable a la suggestion mentale, le sujet étant prévenu de l'action ; mais s'il ne l'est pas, c'est plutôt l'état de veille qui aura la préférence. Il est plus facile d'influencer a son insu un sujet éveillé qu'un sujet qui se trouve dans l'état somnambulique nettement actif. Dans ce dernier cas, le sujet est plus absorbé et, par conséquent, moins abordable. L'état normal est en général moins sensible a cause de l'opposition d'un grand nombre d'idées, qui luttent pour l'existence, mais il est moins  concentré, plus élastique, plus varié et, par suite, plus accessible. Ce que je voulais exprimer en disant qu'il est plus élastique, c'est que, a l'état normal, notre pensée se projette plus facilement a droite et a gauche, sans quitter le fil qui la guide; mais je le disais surtout a cause de cette particularité, autrement importante pour nous, c'est que, a vrai dire, l'état normal n'est pas un état tout bonnement polyidéique; il consiste plutôt en un agrégat mobile de tous les états possibles, avec prépondérance de la polyidéie. Il y a indubitablement des mouvements monoidéiques de toute forme, et meme des intervalles franchement monoidéiques. Seulement tout cela se mele, se succede avec une rapidité tres grande, le plus souvent insaisissable. Mais c'est cela qui rend cet état accessible a de faibles influences surtout chez des sujets hypnotisables, dont l'esprit, en général, se caractérise par une tendance constante au monoidéisme.

« 2° La seconde différence entre l'état somnambulique et l'état normal n'est que relative, mais elle est encore plus importante pour notre sujet. Elle est relative, parce qu'elle n'existe pas chez les hypnotisés. Unhypnotisé n'est en rapport avec personne. Elle est relative encore a un autre point de vue, parce que, quoique dans le somnambulisme magnétique l’isolement existe, cet isolement ne présente qu'une différence de degré avec l'état normal, dans lequel la suggestion peut réussir. En vérité, elle ne réussit jamais (du moins la suggestion immédiate) dans un état normal sans trace de rapport. Il faut que ce rapport soit établi tantôt par des magnétisations ultérieures, tantôt par un lien de sang, de sympathie d'un commerce journalier, enfin, par une influence exceptionnelle instantanée.

« Ce détail nous ramene dans le fond meme de la question.

« Le rapport, étant une condition sine qua non, d'une action nette, tâchons de préciser ce que c'est.

« Nous avons déja signalé, au commencement de cette étude et puis surtout a l'occasion d'expériences de Despine, que la nature de ce phénomene est essentiellement double : psychique et physique. Nous connaissons déja les éléments psychiques (prépondérants quant a la fréquence de leur manifestation palpable), mais il nous reste a analyser la cause physique de ces phénomenes.

« Voici l'écueil.

« Avons-nous le droit d'admettre une cause physique dans le « magnétisme animal » ?

« Faisons remarquer, en passant, que, conformément a l'aspect général des phénomenes, jusqu'a ce moment confondus sous un seul nom des phénomenes « hypnotiques », cette cause ne nous est nécessaire que pour certaines catégories de faits. Les autres peuvent s'en passer. Mais cela ne supprime pas la difficulté ; elle reste, quoique dans l'ombre. Et ce qui choque les esprits légitimistes, c'est que cette action physique paraît renverser toutes les notions de la physiologie ».

« Je n'ai jamais compris, dit M. Brown-Séquard, comment un homme intelligent et connaissant les principes fondamentaux de la physiologie peut admettre une telle transmission (une transmission de force neurique d'un individu a un autre), alors que l'étudiant le moins instruit sait combien sont vains, apres la section d'un nerf moteur, les efforts, les désirs, la volonté de mouvoir la partie paralysée... » (Préface de Braid.)

« Je ne voudrais pas passer pour un étudiant moins instruit, et encore moins voudrais-je donner des leçons a mon honorable maître, auquel je dois plus d'une idée excellente, mais - amicus Plato, magis amica veritas, - j'oserais dire que j'ai compris, moi, comment c'est possible.

« La volonté, dit M. Brown-Séquard, ne peut pas atteindre un muscle dont le nerf moteur est coupé, tandis qu'il lui paraît tres naturel qu'elle peut atteindre un muscle dont le nerf moteur n'est pas coupé. » Eh bien ! Pour moi, cela ne me paraît pas naturel du tout. Je conviens qu'elle ne peut atteindre un muscle dont le nerf est coupé, mais je n'admets pas non plus qu'elle puisse atteindre un muscle dont le nerf moteur reste intact. La volonté est un phénomene cérébral, qui n'a jamais été constaté en dehors du cerveau et qui ne peut pas dépasser le cerveau. Elle ne se transmet meme pas dans le nerf moteur qui sort de ce cerveau, pour aboutir dans un muscle. Pareillement, le mouvement mécanique d'un muscle ne se transmet pas dans le nerf sensitif pour arriver au cerveau, mais il peut, il doit nécessairement provoquer un courant moléculaire qui, lui, se transmet au cerveau, et y réveille un autre phénomene dynamique d'une nature inconnue, mais que nous distinguons bien intérieurement comme sensation ou idée. La volonté est dans le meme cas. Pour atteindre le muscle, elle a absolument besoin d'un intermédiaire moléculaire qui parcoure le nerf, et il est parfaitement vrai que cet intermédiaire ne saurait sauter une coupure. Un courant téléphonique, lui aussi, quoique moins capricieux, ne peut traverser un fil cassé. Le téléphone restera muet. Et si on s'arretait a cette expérience, on aurait tout le droit de dire par rapport au téléphone ce que Brown-Séquard dit par rapport au muscle.

« Heureusement notre science ne s'arrete pas la. M. Brown-Séquard, en proclamant deux vérités incontestables, s'est trompé deux fois. Les deux vérités, les voici :

« 1° La force nerveuse ne peut pas traverser un nerf coupé ;

« 2° La force nerveuse ne peut pas passer dans un autre systeme nerveux.      

« C'est tres vrai, aussi je n'admets pas un passage quelconque d'un fluide nerveux quelconque.

« Mais est-ce a dire que la force nerveuse, ou une autre, n'importe laquelle, n'agisse que la ou elle se trouve et que son action soit absolument limitée au corps dans lequel elle se manifeste visiblement ?

« C'est ici que commence l'erreur. Elle est double, car :

« 1° Une pareille force, absolument limitée a un point matériel quelconque, n'existe pas ;

« 2° S'il en était ainsi, les principes de l'inhibition et de dynamogénie, de M. Brown-Séquard, seraient renversés.

« L'action téléphonique normale cesse des que le fil est cassé. Elle est également nulle pour nous, si le fil n'est pas cassé, mais lorsque le circuit ne contient qu'un seul téléphone. Est-il possible de transmettre la parole avec un seul téléphone ? Non, et cependant il fonctionne. Toute la longueur du fil est parcourue par un courant qui n'est pas la parole elle-meme, mais qui en est le corrélatif, tout en restant muet.

« Prenons un autre téléphone, qui a également un circuit fermé, et qui reste également muet; approchons-le du premier, ou bien seulement du fil du premier téléphone, ou bien simplement le fil du premier téléphone du fil du second, ce dernier va parler, il va reproduire la parole, malgré qu'il n'y ait aucun contact matériel entre les deux systemes. Il va parler par induction. C'est cette transmission-la qui correspond a une transmission mentale, et non celle qui existe entre un muscle et un cerveau. Mon cerveau n'agit pas sur les muscles du sujet, mais il peut agir sur son cerveau. Si, au lieu d'un second téléphone, on mettait a côté un autre instrument, un électroscope, par exemple, on n'obtiendrait rien, mais on devrait se bien garder d'en conclure qu'il n'y a aucune action électrique tout autour du téléphone, car, pour constater une action analogue, il faut un instrument analogue, un téléphone pour un téléphone, un cerveau pour un cerveau.

« Je n'ai nullement l'intention d'abuser de cette analogie. Comparaison n'est pas raison ; et s'il n'y avait pas d'autres preuves qu'une action physique inductive, celle-ci ne nous servirait a rien.

« Mais il n'en est pas ainsi. Indépendamment de toute théorie, les faits nous contraignent a admettre une action physique. Nous serions obligés de le faire meme si aucun autre phénomene analogue n'existait.

« Les faits les voici en deux mots. Bien entendu, je ne peux pas prouver ici leur réalité, je ne pourrai que les mentionner: Croira qui voudra !

« Il y a des cas ou le magnétisé distingue la présence de son magnétiseur, en dehors des sensations ordinaires. Il distingue son attouchement entre plusieurs autres, meme par l'intermédiaire d'un corps inerte (une tige en bois, par exemple), qui ne peut pas l'influencer différemment par elle-meme. Par conséquent, si le sujet distingue aussi bien l'attouchement de son magnétiseur a travers une tige que directement, il faut bien qu'il existe un courant moléculaire quelconque, propre a l'organisme du magnétiseur et qui dénote sa présence, a peu pres comme un courant galvanique dénote la présence d'une pile, par l'intermédiaire d'un fil qui nous touche. L'objection, que la majorité des sujets n'éprouvent rien, est sans valeur, puisque également on ne sentira rien avec un courant d'un faible élément, galvanique, quoique la boussole manifestera nettement sa présence, et que, pour un courant encore plus faible, celui d'un téléphone ou d'une grenouille, vous n'obtiendrez rien du tout dans une boussole ; il vous faudrait pour cela un galvanometre exceptionnellement sensible. Supposez qu'il y a quarante ans, lorsque M. Du Bois Raymond publiait ses découvertes sur l'électricité animale, on lui eut contesté ses assertions, en disant qu'aucun galvanometre n’avait révélé la présence des courants qu'il annonçait. Cela aurait été vrai, et cependant injuste, parce que, a cette époque, Du Bois-Raymond possédait seul un multiplicateur, capable de révéler leur présence.

« 2° On peut obtenir des effets marqués au point de vue thérapeutique en agissant sans contact et a l'insu des malades, par exemple chez des enfants endormis. Il y a donc une action inductive qui dépasse la surface du corps ;

« 3° On constate des différences nettes dans l'action dite magnétique de différentes personnes, sans que l'influence morale puisse les expliquer. Une main agit autrement qu'une autre main, il y a donc une action physique personnelle ;

« 4° Enfin, des que les faits nous obligent a admettre une action de loin, il faut bien admettre une action réelle de pres.

« Ne pouvant pas préciser la nature de cette action, on peut pourtant dire ce qui suit :

« 1° Tout etre vivant est un foyer dynamique ;

 « 2° Un foyer dynamique cherche toujours a propager le mouvement qui lui est propre;

« 3° Un mouvement propagé se transforme, suivant le milieu qu'il traverse.

« Entrons un peu dans quelques détails :

« Je ne sais pas si les forces, comme telles, existent dans la nature ; et a fortiori, je ne sais pas si elles existent en dehors de la nature ; mais ce que je sais, c'est qu'en tant que connaissable la force n'est qu'un mouvement. On dit « mouvement » quand on voit du mouvement ; on dit « force » quand le mouvement est invisible. Un animal qui dort a bien la «force » de se lever, puisqu'il existe en lui un mouvement moléculaire latent, caché, qui peut se transformer en un mouvement mécanique visible. Une fois mort, l'animal n'aura plus cette force, parce que le mouvement moléculaire interne qui constitue l'échange biologique des matieres a vécu.

« On peut donc, sans inconvénient, considérer cette force comme un mouvement dérobé, c'est-a-dire moléculaire.

« Un mouvement tend toujours a se propager.

« Pourquoi semble-t-il quelquefois disparaître ? Peut-il s'annuler ? Non. Si le mouvement ne se crée pas, il ne se perd pas non plus. Par conséquent, lorsqu'on voit un travail quelconque : mécanique, électrique, nerveux ou psychique, disparaître sans effet visible, on ne peut en inférer que de deux choses l'une ;

« 1° Soit une transmission ;

« 2° Soit une transformation.

« Dans un milieu qui n'opposerait aucune résistance, un mouvement se transmettrait indéfiniment. Imaginez l'univers formé d'un milieu immobile, mais capable d'etre ému, et ne présentant aucune résistance, il suffirait de pousser du doigt un seul atome pour mettre tout I'univers en mouvement. Et si cet atome était seul au monde, il avancerait toute l'éternité. Il avancerait en une ligne droite, d'apres l'ancienne mécanique ; en un cercle infini, d'apres la nouvelle, et c'est, ici que commencent les farces scientifiques. Bornons-nous a dire qu'il n'y aurait plus alors aucune raison pour que ce mouvement cesse.

« Mais tel n'est pas l'univers ; il y a de la résistance. Que veut dire cette résistance ? Peur l'expliquer, on a fait comme les sauvages, on a preté a la matiere les qualités qui nous sont propres a nous. Apres avoir objectivé un sentiment subjectif musculaire dans la notion de la « force », on a procédé pareillement pour ce qui s'oppose a la force, en pretant a la matiere notre paresse sous le nom « d'inertie ». L'inertie n'existe pas plus que la force, pas plus que le repos absolu. Mais ce qui existe certainement c'est le mouvement, qui, s'il n'est pas de meme nature, s'oppose a un autre mouvement.

« Qu'arrive-t-il alors ? Il arrive que le mouvement initial se transforme.

« Tel est le grand principe de l'univers.

« Non pas seulement « transmission », comme disait Puységur, mais transformation.

« Ou finit la premiere et ou commence la seconde ?

« La philosophie physique nous donne la dessus une idée tres claire :

« a) Dans un milieu identique, il n'y aurait que transmission ;

« b) Dans un milieu différent, il y a transformation.

« Un noyau dynamique, en propageant son mouvement, le propage tout autour ; mais cette transmission ne devient visible que sur les routes de moindre résistance. C'est pourquoi on dit que le magnétisme choisit le fer ; que la chaleur choisit les bons conducteurs, comme le son; qu'un courant galvanique donne la préférence a un fil gros parmi plusieurs fins, comme la foudre choisit les lignes de sa route, comme l'impression de la lumiere choisit le nerf qui lui convient, comme la volonté choisit la fibre qui fait son affaire, etc., etc.

« Mais, en réalité, rien ne choisit rien. C'est nous qui faisons le choix subjectivement, par incapacité de voir les choses invisibles. La pression qu'exerce un liquide enfermé dans un vase est la meme sur sa paroi intacte que sur sa paroi trouée. Mais le liquide ne s'échappe que par cette derniere, et alors l'autre pression ne nous intéresse guere. Au lieu d'une substance prenons une force. Jetons une pierre dans un lac, non loin de ses bords, le choc provoquera une série d'ondes. Elles sont visibles sur la surface de l'eau. Finissent-elles au bord ? Non. La terre subit le choc comme l'eau, et le propage ; seulement, elle le propage a sa maniere, invisiblement. Que fait une force qui rencontre un milieu impropre a son genre de mouvement ? Elle se transforme, voila tout. Il en est toujours ainsi, et il n'y a pas d'autres causes de transformation.

« Transformation suppose résistance. Vous lancez un courant électrique dans un fil gros. Vous avez le courant, vous ne percevez aucune autre force. Mais, coupez le fil gros, et réunissez les bouts a l'aide d'un fil fin ; ce fil fin s'échauffera, il y aura transformation d'une partie du courant en chaleur. Poussons plus loin l'expérience : prenez un courant assez fort et interceptez un fil encore plus résistant ou une baguette de charbon tres mince. La baguette éclatera de lumiere, et la lumiere sera encore plus intense, si vous coupez le charbon en deux, introduisant un conducteur encore plus résistant : l'air. Une partie du courant se transforme alors en en chaleur et en lumiere. Croyez vous que cette lumiere n'agisse que comme lumiere seulement, dans la lampe qui brille ? Erreur. Elle agit tout autour, d'abord visiblement comme lumiere puis invisiblement comme chaleur et comme courant électrique. Approchez un aimant. S'il est faible et mobile, sous forme d'une aiguille, le faisceau de lumiere le fera dévier; s'il est fort et immobile, c'est lui qui fera dévier le faisceau de lumiere. Les rayons lumineux qui frappent les ailes non transparentes d'un radiometre de Crookes font tourner le moulinet. Et tout cela a distance, sans contact, sans conducteurs spéciaux. Et tout cela, parce que, loin de la, on tourne une manivelle, ou qu'un processus chimique presque imperceptible travaille dans une pile !

« Un processus chimique, physique et psychique a la fois s'accomplit dans un cerveau. Un acte compliqué de ce genre se propage dans la substance grise, comme les ondes se propagent dans l'eau. Ce sont la des phénomenes autrement intenses ; leur intensité n'est pas mécanique, elle est plus subtile et plus concentrée. Ce qu'on nomme une idée est un phénomene tres localisé. Mais n'oublions pas que, pour faire naître une idée, il a fallu des milliers d'impressions répétées, qui toutes représentent une force. Cette force s'est accumulée, condensée, pour ainsi dire, dans une idée. Vue de son côté physiologique, une idée n'est qu'une vibration, vibration qui se propage, sans pourtant dépasser le milieu ou elle peut exister, comme telle. Elle se propage autant que le permettent d'autres vibrations semblables. Elle se propage davantage, si elle prend un caractere que, subjectivement, nous nommons émotif. Une émotion est plus expansive qu'une idée indifférente ; elle peut occuper tout le cerveau au détriment des autres idées, Mais elle ne peut pas aller au dela, sous peine d'etre transformée. Néanmoins, comme toute force, elle ne peut rester isolée, comme toute force elle s'échappe, elle s'échappe en déguisement. La science officielle ne lui accorde qu'une seule route les nerfs moteurs. Ce sont les trous d'une lanterne sourde que traversent les rayons lumineux. Seulement la pensée ne rayonne pas comme une flamme, meme pas comme la chaleur d'une flamme, qui ne se moque pas mal des parois opaques, infranchissables pour la lumiere.

« La pensée reste chez elle, comme l'action chimique d'une pile reste dans la pile ; elle se fait représenter au dehors par son corrélatif dynamique, qui s'appelle courant pour les piles et qui s'appelle... je ne sais comment pour le cerveau. En tout cas, c'en est aussi un corrélatif dynamique. Ce dernier n'est pas et ne peut pas etre limité aux courants nerveux des fibres moteurs. Il représente toutes les transformations du mouvement cérébral, transformations d'autant plus subtiles et d'autant plus radicales qu'il y a plus de différence entre le milieu anatomique de la pensée et les milieux environnants : corps solides, liquides ou gazeux sans en excepter l'éther, con sidéré comme le quatrieme état de la matiere et qui, relativement, remplit tout.

« Arretons-nous la un moment. Nous sommes arrivés a cette conclusion que le mouvement qui correspond a la pensée ne peut pas faire exception dans la nature, et qu'il se transforme aussi en d'autres formes de mouvement, nécessaires, quoique, pour la plupart, inconnues.

« Il ne s'opere pas, dit M. de Parville, un déplacement de matieres dans la nature morte, un acte volontaire ou inconscient dans la nature vivante, sans qu'il y ait production d'électricité en rapport exact avec l'énergie du travail dépensé. Outre l'électricité, il y a production de la chaleur, il y a production du mouvement mécanique, peut-etre de la lumiere ; mais mon intention n'est pas de préciser, je crois que nous ne connaissons pas la millieme partie des changements moléculaires que peut produire une pensée en plus ou en moins et nous devons nous contenter d'une simple constatation de faits : l'énergie se transmet et se transforme ici comme ailleurs. »

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