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L'USINE HUMAINE
« La
Volonté siège à côté de la Destinée comme puissance directrice de
notre évolution. » Pythagore (Vers d'or recueillis par
Lysis).
« Rien
n'est impossible: il y a des voies qui conduisent à toutes choses. Si
nous avions assez de volonté, nous aurions toujours assez de moyen.»
La
Rochefoucauld.
« Notre
volonté est une force qui commande à toutes les autres, lorsque nous la
dirigeons avec intelligence. »
Buffon.
« Une
volonté inflexible surmonte tout et l'emporte même sur le temps. »
Chateaubriand.
« Dieu a
jeté — c'est ma croyance — la terre au milieu de l'air et de même l'homme
au milieu de sa destinée. La destinée l'enveloppe et l'emporte vers le but
toujours voilé. Le vulgaire est entraîné; les grands caractères sont
ceux qui luttent. »
A. de
Vigny.
« C'est
la seule tiédeur de notre volonté qui fait notre faiblesse, et l'on est
toujours fort pour faire ce qu'on veut fortement. »
Jean-Jacques
Rousseau.
« La volonté est la réalité unique et comme
le cœur de toutes choses. »
Schopenhauer.
— Mémoires sur les Sciences occultes
« Savoir
est peu de chose; vouloir, agir, voilà ce qui importe. Or, pour donner
à l'homme ce caractère, cette sûreté de jugement et de
décision qui sont tout dans la vie, quel est le meilleur des maîtres ? Le livre
? — Non. La vie. »
Gabriel
Hanotaux. — Du choix d'une carrière.
« Nous
n'arrivons à rien que par la volonté, mais la volonté a besoin d'un
aiguillon; de toutes les forces de notre âme, c'est celle qui se rouille le
plus vite quand on n'en use pas. »
Laboulaye.
« Le
Magnétisme personnel élargit nos moyens d'action, il multiplie nos prises sur
la vie. Par lui, nous entrons en contact avec les énergies qui nous entourent, avec
les sympathies qui flottent, indécises et incertaines autour de nous. Nous nous
les subordonnons, nous nous les attachons, nous nous les incorporons. Elles
viennent accroître d'autant notre individualité; et nos forces personnelles,
ainsi élargies et intensifiées, agissent avec plus d'efficacité dans le champ
qui leur est assigné. »
W. W.
Atkinson. — La Force-Pensée,
L'USINE
HUMAINE
Insuffisance
des méthodes actuelles de culture psychique. — L'être humain peut
être comparé à une usine comportant un ensemble de machines
groupées en fonctions (fonction digestive, circulatoire, respiratoire,
nerveuse, etc...). — L'usine humaine possède deux dirigeants: le
conscient et l'inconscient; l'un est le directeur, l'autre le sous-directeur.
Les deux standards téléphoniques: le standard cérébral et le standard du grand
sympathique. — Ce qu'on entend par inconscient. Rôle que joue l'inconscient
dans notre activité musculaire. La révélation de la pensée par les mouvements
inconscients. — Le mécanisme du trac et des rêves. — Propriétés
essentielles de tous les faits de conscience. Comment développer la mémoire. —
Les associations d'idées conscientes et inconscientes. — L'homme supérieur; ses
caractéristiques. — Notre méthode d'éducation s'adresse à votre corps,
à votre inconscient et à votre conscient. — Les étapes
initiatiques. — Résumé.
La
plupart des méthodes qui se proposent de vous donner le maximum de forces, de
succès, de bonheur, d'action sur les autres, nous paraissent
incomplètes et insuffisantes. Aucune n'envisage la machine humaine dans
son unité, aucune n'essaie d'en étudier avec ordre les trois parties dans leur
connexité, en montrant comment le plein développement de chacune de ces parties
est indispensable à la mise en valeur des deux autres. Les unes n'envisagent
que le côté musculaire et donnent, comme moyen de développer la volonté, les
exercices physiques poussés à l'extrême. Les autres ne
considèrent que le régime alimentaire, recommandent de manger ou des
légumes, ou des céréales, ou des fruits. D'autres ne s'appliquent qu'à
développer la respiration. Toutes ne regardent que le physique, que les organes
de la machine, mais elles ne connaissent ni le «contre-maître de l'usine, ni
son directeur. Certaines veulent maîtriser l’inconscient en supprimant soit
l'instinct sexuel, soit même tous les désirs pour aboutir au nirvana
bouddhique. D'autres, enfin, ne s'intéressent qu'aux phénomènes
supérieurs dé l’esprit: attention, réflexion, jugement, raisonnement, volonté.
Aucune d'elles ne considère l'être humain tout entier, alors que
pourtant un équilibre parfait ne peut être obtenu que par le
développement progressif, régulier de toutes les parties qui composent cet
ensemble, puisque chacune de ces parties commande aux autres autant qu'elle
dépend d'elles.
« Mais,
me direz-vous, le travail que vous me proposez sera long et difficile. Je serai
rebuté avant d'arriver au but. » Ne l'oubliez pas: je vous propose, non
une transformation. immédiatement complète, ce qui serait chimérique,
mais une direction nouvelle de votre vie, ce qui vous est indispensable.. Cette
direction vous donnera de suite une grande part de ce que vous désirez.
D'autres feraient de vous un monstre physique ou moral, et vous aboutiriez sous
leur direction à des insuccès plus pénibles que toutes nos sages
lenteurs, parce qu'ils ne laisseraient chez vous qu'un irrémissible désespoir.
Ce que je désire, c'est développer harmonieusement toutes les parties de votre
être. Soyez sûr qu'aucun insuccès n'est à craindre
pour qui sait et veut persévérer, sûr d'atteindre le but.
Pour
développer l'être tout entier, il faut d'abord veiller sur les machines
de l'organisme. Ce sont elles qui fabriquent la force nerveuse dont useront
l'inconscient et la conscience. Votre corps est comme une usine où des
ouvriers fabriquent sans cesse des produits nouveaux, les idées, les
sentiments, tandis que d'autres réparent et entretiennent tous les rouages.
Les
rouages de l'usine humaine sont liés étroitement les uns aux autres. Si l'un ne
fonctionne pas bien, tous les autres s'en ressentent. Il faut donc étudier leur
enchaînement étroit.
Le
premier d'entre eux, c'est l'appareil digestif avec ses différentes parties:
bouche, œsophage, estomac, intestin grêle, gros intestin. Le but,
dans cette partie de l'usine, c'est de transformer les aliments en chyme, puis
en chyle, liquide épais et blanc qui passe dans les vaisseaux
chylifères, puis dans un vaisseau lymphatique (c'est-à-dire
contenant la lymphe, liquide épais et blanc composé comme le sang). Ce
vaisseau, c'est le canal thoracique qui, parti de l'abdomen, va verser son
produit dans la veine sous-clavière gauche, c'est-à-dire dans le
torrent circulatoire.
A cet
appareil digestif est joint un grand bureau de contrôle, une grande usine
chimique, le foie, qui surveille les produits de la digestion, émulsionne les
graisses des aliments, prépare des graisses propres, fournit aux sucs
alimentaires Tout ce qui leur manque et transforme tout ce qui leur serait
nuisible but de l'appareil digestif est donc la formation de la lymphe et du
sang.
La lymphe
contient les leucocytes ou phagocytes cyte : cellule ; leuco:
blanche; phago: mangeur; cyte: de cellules). Ces phagocytes sont les agents de
police de notre corps. Partout où l'organisme est menacé d'une invasion
de microbes, les phagocytes accourent, même sans jambes avec une
extrême rapidité, se jettent sur les assassins de l'organisme, et les
font disparaître soit en les absorbant, soi en se sacrifiant et en mourant pour
former un rempart autour du mal qui nous menace et créer un abcès.
D'autre
part, l'intestin rejette les matières qui n’ont pu être
assimilées, et ces excrétions ont une importance capitale; elles doivent
être régulières, et vous devez provoquer leur régularité en vous
astreignant à heures fixes, au lever et au coucher, à débarrasser
votre organisme de ce qui l'encombre, Vous renforcerez par l'habitude la
puissance de vos muscles; vous vous épargnerez bien des constipations, ou des
diarrhées. L'excellent médecin qu'était François Rabelais, le joyeux auteur de
Gargantua et de Pantagruel, recommande au maître de son jeune héros de ne pas
oublier les sages prescriptions que nous venons de vous donner, et que vous
suivrez désormais pour accroître votre santé et votre maîtrise sur
vous-même.
Le sang
est formé, il faut qu'il aille nourrir tout l'organisme. Pour l'envoyer
jusqu'aux extrémités du corps et pour le retirer ensuite, nous sommes munis
d'une pompe à la fois foulante et aspirante: le cœur; les vaisseaux
qui transportent le sang frais et nourricier dans tous les organes, ce sont en
général les artères; ceux qui le ramènent, ce sont les veines.
Vous comprenez qu'une hygiène du cœur et des vaisseaux sanguins est
indispensable. Nous vous en indiquerons les règles.
De
même que le foie est le bureau de contrôle des fonctions digestives, de
même le rein sert à filtrer les impuretés du sang, à le
débarrasser des poisons ou toxines qu'il contient. D'autre part, nous avons
à la surface de la peau les grandes sudoripares, ou productrices de
sueur, qui jouent un rôle analogue à celui du rein. On le comprend donc:
il faut éviter au rein tout travail excessif; évitez-lui d'avoir à vous
débarrasser de votre alcool, c'est-à-dire, ne prenez pas d'alcool; il
faut, d'autre part, lui permettre de bien fonctionner, lui donner des liquides
en quantité suffisante, et des liquides excellents pour lui.
Le sang
qui a nourri vos organes, qui a réparé votre machine, s'est chargé de toutes
ses crasses; sur vos globules s'est fixé de l'acide carbonique. Il faut qu'il
soit remplacé par l'oxygène de l'air. Votre vie est une combustion, vous
devez alimenter votre flamme. Bien respirer, c'est donc se préparer à
bien vivre. Vous devez augmenter dans la mesure nécessaire la capacité de vos
poumons; vous devez veiller sur le cube d'air que vous leur fournirez et sur la
qualité de cet air. Recherchez le soleil qui tue les microbes, et en
particulier le bacille de Koch qui crée la tuberculose; souvenez-vous du nom
que lui avaient donné les grecs, Apollon, c'est-à-dire le destructeur de
monstres. Recherchez la présence des feuillages qui absorbent l'acide
carbonique et produisent de l'oxygène. Laissez, le plus que vous le
pourrez, et vous le pourrez presque toujours grâce à l'accoutumance, vos
fenêtres ouvertes. Ainsi le sang bleu foncé de vos veines, chargé de tous
vos miasmes, se transformera en un beau sang rouge, capable de nourrir
copieusement votre plasma nerveux.
Nous
arrivons maintenant à la fonction essentielle de votre machine. Votre
corps est parcouru jusqu'à la peau par une multitude de filets nerveux
d'abord infiniment petits, terminés à la peau par des corpuscules de
formes diverses, chargés de fonctions spéciales. Ces minces filets se
réunissent. Ce sont des fils télégraphiques dont les uns transmettent au
cerveau les renseignements fournis par vos sens et votre peau, et dont les
autres portent aux muscles les ordres du cerveau. Tous ces filets viennent
s'aboucher et aboutissent à la moelle épinière, qui se continue
par la moelle allongée, le cervelet et l'encéphale. Ce système constitue
votre grand central téléphonique. C'est lui qui vous permet de percevoir des
sensations, de vous mouvoir, de penser, d'agir.
Mais il
est un autre système aussi important en son genre et composé de façon
toute différente, c'est celui qui permet à tous vos organes — digestifs,
circulatoires, respiratoires, — de fonctionner: c'est le grand sympathique. Il
forme une sorte de circuit fermé, rattaché seulement au grand système
nerveux central par deux nerfs. Ainsi s'explique ce fait que nous sommes mal
renseignés sur ce qui se passe dans nos viscères. Nous verrons pourquoi
c'est là une nécessité. Le long de ce circuit se trouvent en grande
quantité des ganglions nerveux. Ce sont des centres inférieurs d'où
partent directement des ordres réguliers qui commandent aux organes du tronc.
Ces ganglions forment, en plusieurs endroits, des amas enlacés, d'où
leur nom de plexus (de plecto: J'enlace). Les deux plus importants sont le
plexus cardiaque à la hauteur du cœur, et le plexus solaire au
niveau de l'estomac.
image
Fig. 1. —
Schéma du système nerveux grand sympathique.
Toutes
nos fonctions organiques (digestion, circulation, respiration, etc...) sont
commandées par un système nerveux dont l'activité échappe à notre
volonté : le système du grand sympathique. Ce système nerveux se
compose essentiellement de deux cordons nerveux qui, prenant naissance dans la
moelle épinière à la hauteur de la première
vertèbre cervicale descendent de chaque côté de la colonne vertébrale
pour se terminer à la dernière vertèbre sacrée. De ces
deux cordons nerveux partent des nerfs qui se rejoignent à la ligne
médiane du corps et s'enlacent pour former des plexus dont le plus important
est le plexus solaire (10) situé derrière l'estomac. Les anciens
physiologistes considéraient ce plexus solaire comme un véritable cerveau
abdomina. Les autres plexus figurés sur le schéma ci-dessus sont: le plexus
cardiaque (6), le plexus mésentérique (11) et le plexus hypogastrique (12).
Les
ganglions du double cordon qui limitent le grand sympathique se correspondent
régulièrement et sont situés de chaque côté du rachis ou colonne
vertébrale.
Il y a
donc en nous deux tableaux ou, comme on le dit aujourd'hui, deux standards
téléphoniques:
L'un, le
standard cérébral, relie tous les points de notre corps à nos
hémisphères cérébraux, par une double ligne, l'une d'aller, l'autre de
retour. Là, les communications sont très rapides. Il s'agit, en
effet, d'une part, de guider nos mouvements musculaires pour éviter tous les
dangers, d autre part de préparer, par des combinaisons nouvelles, une
adaptation toujours plus parfaite de l'organisme au milieu dans lequel nous
évoluons. Les forces qui permettent cette adaptation ont été nommées raison,
sciences, arts, industries.
D'autre
part, le second tableau ou standard du grand sympathique commande à
toutes nos fonctions vitales internes: digestion, circulation, respiration. Or,
ici, il ne faut pas d'à coup; tout doit être régulier,
automatique, sans cesse identique à soi-même. Il ne faut pas
permettre à la force nerveuse de perturber cette partie du
système nerveux. Un bon contremaître n'est pas celui qui transforme les
ordres de son directeur, mais celui qui les exécute toujours avec ponctualité.
Au
premier standard (cerveau et organes annexes) se rattache tout ce qui est
conscient, tout ce que nous savons et voyons clairement, soit à propos
de nous-même, soit à propos du monde extérieur; au second standard
(grand sympathique) correspond tout ce qui regarde nos appareils internes dans
notre thorax ou notre abdomen, tout ce qui assure la régularité de notre vie
physiologique, tout ce que nous savons et connaissons mal de nous-même,
tout ce que nous devrions mieux connaître pour assurer la régularité de notre
vie, de notre santé, de notre bonheur.
Il est
mal commode de comprendre ce qu'on entend par inconscient. Les philosophes
français du XVIIe siècle, et en particulier Descartes, épris avant tout
de clarté et de netteté, avaient supprimé cette partie de nous-même. Ou
nous sentons clairement et distinctement une chose, disaient-ils, ou nous ne la
sentons pas du tout. Ils en concluaient ceci: l'âme est plus facile à
connaître que le corps.
C'était
là commettre une dangereuse erreur par omission. Il est facile de
prouver que vous êtes le théâtre d'une foule de faits à
demi-conscients, dont vous ne constatez en vous que les traces, lorsqu'ils sont
passés. Tous les degrés existent du reste dans la conscience depuis la vision
éblouissante d'un raisonnement par un esprit sûr de lui-même,
jusqu'aux demi-teintes les plus atténuées et les plus fugaces que présentent
les phénomènes obscurs de la sensibilité interne, les douleurs vagues
dites du mal de cœur, les plaisirs obscurs de la digestion et mille
autres.
Certains
exemples qui prouvent l'existence de l'inconscient sont classiques. Le meunier
dort au tic-tac de son moulin. Il se réveille lorsque ce tic-tac cesse et que
la roue s'arrête. Il y a donc en lui un réveil bien monté qui suit, en
dehors de la conscience, pendant le sommeil, ce bruit particulier. La
suppression de ce bruit, seule importante pour le meunier, a seule affecté la
conscience.
Vous
êtes dans votre chambre et vous travaillez. Tout à coup, pendant
un moment de détente, vos yeux se fixent, sans que vous y pensiez, sur les
dessins du papier: ce sont des bouquets de roses noués par des faveurs bleues.
Ces bouquets sont réunis les uns aux autres par des guirlandes de roses plus
petites. Vous analysez tous les détails du dessin, vous notez toutes les
nuances des fleurs. Il vous semble que vous n'aviez jamais vu ce que vous
regardez ainsi. Pourtant, depuis de longues années vous habitez cette chambre.
Mille et mille fois vos yeux se sont posés sur ces roses. Vous les connaissez
depuis longtemps, vous les voyez sans cesse. Elles sont contenues dans toutes
les impressions que vous recevez à chaque seconde, à chaque
millième de seconde, du monde extérieur à vous. Pourquoi ne les
voyez-vous pas ? C'est que vous avez écarté la sensation que vous en recevez,
parce qu'elle est inutile. N'existe-t-elle donc pas ? Si, mais vous dites que
vous n'en avez pas conscience. L'impression consciente peut se produire, elle
est toujours à votre disposition, mais vous l'avez mise en réserve,
comme une ménagère économe le fait pour ses confitures.
Il en est
de même pour tous les faits de votre vie mentale; tous vos sens vous
donnent à chaque instant des millions de renseignements parmi lesquels
vous en choisissez quelques-uns, souvent un seulement pour fixer sur lui votre
attention. D'autre part, vous avez en vous des milliards de souvenirs possibles
parmi lesquels vous pouvez choisir quand vous le voulez, comme vous pouvez
aller chercher dans un album une photographie entre mille autres. Tous ces
souvenirs sont en réserve dans votre inconscient.
Une
personne que vous n'aviez jamais vue apparaît devant vous. Vous vous sentez
attiré; elle vous plaît; vous éprouvez le désir de lui causer, de vous
rapprocher d'elle. Pourquoi ? C'est que votre inconscient fait des siennes. Tel
trait de cette personne, telle attitude, telle inflexion de voix ont réveillé
en vous, sans que vous vous en doutiez, une foule de souvenirs qui se
rapportent à des personnes aimées par vous antérieurement. C'est le
regard d'une sœur, la voix d'une mère, l'attitude d'une femme que
vous avez admirée dans votre entourage, au théâtre, dans une photographie
même ou une gravure. Tous les sentiments que vous avez éprouvés pour les
personnes qui de près ou de loin ressemblaient à celle qui
provoque chez vous une vive et soudaine sympathie, s'associent à la vue,
à la pensée de cette personne. Et cette brusque synthèse
s'opère à votre insu; il vous serait aussi difficile d'en
découvrir les éléments qu'il l'est d'ordinaire de remonter aux causes de nos
rêves.
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Fig. 2. —
La lecture de la pensée à l'aide du dispositif du Docteur d'Allonnes.
Le
Docteur d'Allonnes a demandé à son sujet de penser à une
multiplication dont les chiffres ne dépassent pas 10. Il a pensé: 2X4=8. Les
contractions involontaires de la main sont très nettement indiquées sur
le graphique.
La
plupart de nos sensations, de nos émotions, de nos sentiments ont dans ce qu'on
appelle l'inconscient leurs causes profondes.
II en est
de même pour nos actes volontaires. Ils sont préparés par des mouvements
automatiques dont les expérimentateurs ont révélé l'existence.
Le
Docteur Binet donne un livre à une personne éveillée et lui ordonne de
lire à haute voix. Pendant ce temps, il isole, par un carton assez
grand, la main qui ne tient pas le livre. A cette main qui est munie d'un
crayon, il imprime un mouvement déterminé, de telle façon qu'elle trace ou des
ronds, ou des barres sur un papier. Il continue quelques instants le mouvement
pendant que toute l'attention du sujet est concentrée dans sa lecture.
Après quelque temps, il abandonne la main à elle-même: elle
continue automatiquement le mouvement qui lui a été imposé et qu'elle prolonge
encore longtemps, en dehors du contrôle de son propriétaire absorbé par
d'autres soins.
image
Fig. 3. —
Autre expérience de lecture de la pensée avec le même dispositif.
Le sujet
qui n'a pas la conscience très nette a pensé j'ai volé la bague,
seulement il écrit gai voler pour j'ai volé. Ce résultat l'a tellement frappé
qu'il a tenté, à plusieurs reprises, de détruire ce document.
On peut
aller plus loin et pénétrer dans la pensée d'autrui grâce aux renseignements
que nous donnent ses mouvements inconscients. M. le Docteur d'Allonnes a
imaginé un dispositif qui permet de deviner automatiquement une pensée non
exprimée, à condition qu'elle ne soit pas trop compliquée.
Supposez
un cylindre rotatif où sont inscrites des ordonnées ou lignes verticales
à des intervalles toujours les mêmes. Chaque ordonnée est repérée
par un chiffre ou par une lettre, inscrite sur elle. Le sujet dont on veut
deviner la pensée est assis, le dos tourné au cylindre, et tient à la
main une poire de caoutchouc comme celles qu'on emploie en photographie. La
poire est adaptée à un tube mince qui communique avec un tambour
inscripteur de Marey. Donc la moindre contraction du sujet qui serrera la poire
à son insu produira une marque sur le tambour inscripteur.
Faites
penser un chiffre ou une lettre au sujet et nommez toutes les lettres ou tous
les chiffres au fur et à mesure de leur passage devant la pointe. Quand
vous énoncerez le chiffre ou la lettre que le sujet a d'abord pensé, à
son insu, la main de ce sujet se contractera, et cette contraction s'inscrira
presque sans erreur possible.
Si vous
désirez obtenir une phrase entière, cherchez à deviner
successivement les lettres de chaque mot. Que votre sujet pense d'abord
à la première lettre du premier mot. Epelez à haute voix
toutes les lettres de l'alphabet et le sujet contractera sa main
involontairement au passage de la lettre qu'il aura pensée. Vous arriverez
ainsi aisément à former la phrase entière. Ces expériences
réussissent non seulement avec les grands nerveux, mais aussi avec la
très grande majorité des personnes.
Par le
même procédé, on peut deviner des nombres et des opérations sur les
nombres. Dites à votre sujet d'opérer mentalement une soustraction de
deux nombres compris entre 7 et 41. Si le sujet réagit à 16, à 24
et à 40, c'est évidemment parce qu'il aura pensé que 40 diminué de 24
égale 16.
Dites
ensuite au sujet de penser à une multiplication dont les chiffres ne
dépassent pas 10. S'il réagit à 2, à 4 et à 8, vous en
conclurez qu'il a pensé: 2 multiplié par 4 égale 8.
Vous
pourrez même deviner ce que la volonté de celui qui sert à
l'expérience voudrait vous cacher, pourvu qu'il soit un grand nerveux. Le
Docteur d'Allonnes a été amené à tenter cette expérience, parce qu'il
avait remarqué que lorsqu'un sujet a conscience de ses réactions involontaires
et qu'il cherche à les supprimer, il lui arrive de réagir plus fort
encore que d'habitude
image
Fig. 4. —
Expérience avec le même dispositif du Docteur d'Allonnes, Divination d'un
nombre pensé.
Le 1er
graphique (m) représente les mouvements de la main; le 2e (r), le trouble
simultané de la respiration.
Une jeune
femme de vingt ans, criminelle, non aliénée, avait vitriolé sa rivale. Elle
avait obtenu un non-lieu en simulant l'hystérie, subterfuge que son avocat,
disait-elle, n'avait pas désavoué. Le Docteur d'Allonnes, au moyen de son
dispositif, obtint des aveux écrits. Nous reproduisons une figure qui montre
cette curieuse expérience. Le tracé contient l'aveu: « gai voler » pour «
j'ai volé ». Le français est écorché, mais le sujet en expériences est une
illettrée.
Ces
contractions involontaires des muscles ont été utilisées par tous les
soi-disant liseurs de pensée. L'un d'eux, Bellini, faisait cacher un objet dans
une salle et disait le retrouver en pénétrant la pensée d'un spectateur qui
parcourait la salle avec lui en lui donnant la main. En réalité, il sentait, en
passant devant la rangée de chaises où l'objet était caché, une
légère résistance de son aide involontaire. Il était fixé et n'allait
pas plus loin. Pour employer l'expression des enfants dans un jeu semblable, «
il brûlait « Alors, pénétrant dans la rangée, il continuait sa recherche,
soutenu par les murmures admiratifs des voisins et par les faibles mouvements
de la main qu il emprisonnait.
De
même, Pickmann, le liseur de pensées bien connu, disait à un
spectateur, qui n'était nullement un compère: « Vous allez penser un
chiffre, je le lirai dans votre cerveau et j'écrirai ce chiffre au tableau
noir. Il n'y aura ainsi ni truc, ni compérage possible. » Pickmann disait une
part de la vérité: il n'avait aucun aide. Mais, à son insu, le
spectateur, par ses mouvements inconscients, servait lui-même de
compère. Pour faire l'expérience, Pickmann plaçait quelqu'un devant un
tableau noir et lui faisait tenir dans sa main droite un morceau de craie. Puis
il lui prenait cette main, et, à mesure qu'il prononçait rapidement et
à très haute voix les chiffres 0, 1, 2, etc..., il entraînait la
main droite du spectateur en faisant le simulacre d'écrire chacun des chiffres
en même temps qu'il l'énonçait. Lorsque le chiffre pensé était prononcé,
le spectateur avait un léger mouvement qui le portait, sans s'en rendre compte,
à écrire lui-même le chiffre.
Cette
influence de l'inconscient se révèle pleinement dans l'écriture. C'est
de cette remarque qu'est née la graphologie. Que notre santé s'altère,
nous voyons les finales des mots, les terminaisons des lignes s'abaisser de la
manière la plus découragée. Au contraire, des lignes ascendantes
révèlent une santé florissante, un excellent moral et des visées
ambitieuses, avouées ou inavouées.
De
même, celui que la vie a rendu renfermé fermera ses o et ses a et les
bouclera même, s'il est devenu tout à fait méfiant. Celui qui est
volontaire barre fortement ses t. Le fait de ponctuer correctement
révèle des habitudes d'ordre. Mille autres signes peuvent nous révéler
l'état de la santé ou de l'esprit chez ceux à qui nous avons à
faire. Nous reviendrons, dans le présent Cours, sur cette importante étude.
C'est à
l'inconscient encore qu'il faut attribuer le trac et les rêves. Le trac,
c'est la crainte irraisonnée du public. A force de se dire qu'il va mal parler,
mal chanter, mal jouer, le malheureux traqueur se met lui-même dans un
tel état qui réalise ses plus sinistres prédictions. Sa mémoire se paralyse;
ses idées n'ont plus aucune cohérence; les mots qu'il doit dire le fuient; et
lorsqu'il constate ces défaillances, ses craintes redoublent. Son corps s'en
mêle, ses jambes se refusent à le porter, son larynx et son
estomac se serrent, il devient la proie de l'aphonie et des plus pénibles
vertiges.
Le trac
exerce une influence néfaste sur le rein et l'intestin qu'il empêche de
fonctionner. Des sueurs abondantes et glacées couvrent le corps du malheureux
qui le subit.
Il est
à peine besoin de démontrer que nos rêves sont le produit de notre
inconscient qui dans ce cas agit seul. Alfred Maury ( Maury l'Alfred). — Le
Sommeil et les rêves. ) a prouvé que la cause de certains rêves
réside dans des faits physiologiques qui précèdent ou accompagnent le
sommeil, ou dans les associations inconscientes. M. Foucault a insisté sur ce
dernier point ( Foucault (Marcel). — Le
rêve, Paris, 1906. ).
Un
exemple de ce genre de rêve, donné par Maury, est caractéristique. Le
distingué psychologue s'était exercé à noter ses impressions. Une nuit,
il se voit brusquement devant le tribunal révolutionnaire. Il reconnaît le
terrible Fouquier-Tinville et bientôt s'entend condamner à mort. Il se
voit dans la prison, entend l'appel de son nom, monte sur la charrette
funèbre, arrive devant l'échafaud, il est poussé sur la bascule et sent
distinctement sur sa nuque l'effroyable choc du couperet. Brusquement il se
réveille et s'aperçoit que le bois de son ciel de lit vient de lui tomber sur
la nuque et de provoquer son retour à la pleine conscience. Ainsi, les
multiples images qui avaient défilé dans son esprit avaient succédé à la
chute du bois de lit. On voit avec quelle incroyable rapidité elles s'étaient
produites, puisqu'il ne s'était certainement pas écoulé plus d'une seconde
entre le choc du morceau de bois et le réveil. On voit aussi que l'intelligence
de l'observateur avait inconsciemment cherché une explication du
phénomène physique et physiologique, et qu'une inférence secrète
avait amené Maury à se dire: « Je dois être à l'époque de
la Terreur, puisque je reçois sur ma tête le couperet de la guillotine. »
Vous
commencez à imaginer quelle place considérable occupe l'inconscient dans
votre vie mentale. On peut dire que les faits conscients sont, en proportion
des faits inconscients, très peu nombreux. Nous le concevrons sans peine
si nous songeons que ce sont eux qui président à tout ce qui est en nous
automatique, invariable, toujours identique à soi-même. Les faits
inconscients s'organisent et c'est de leur ordre même que naît la
conscience. Elle est comme la flamme qui se produit tout d'un coup dans le
foyer, mais qui n'aurait pu luire si le soufflet n'avait attiré les braises. La
conscience n'est pas, comme l'a cru Maudsley, un luxe sans importance ; elle
est le résultat nécessaire de tout cet enchaînement que nous avons passé en
revue avec vous. De même que nôtre usine physiologique a pour but de
fabriquer la force nerveuse qui, selon la forte expression de Th. Ribot,
s'accumule dans notre inconscient, de même cette force, lorsque son
potentiel est suffisant, se manifeste sous la forme consciente qu’il nous reste
à étudier.
Tous les
faits de conscience présentent trois propriétés essentielles: ils se gravent et
se reproduisent; ils sont liés à d'autres; ils peuvent être
isolés. Ils se gravent dans la mémoire; ils sont reproduits par l'habitude; ils
sont liés par l'association; ils sont isolés les uns des autres par
l'attention. Pour conquérir une parfaite maîtrise sur vous-même et sur les
autres, il est essentiel de bien comprendre la nature et les conditions de ces
propriétés, car toute votre vie — physique, mentale et émotionnelle — dépend de
vos souvenirs, de vos habitudes, de vos associations d'idées et de votre force
d'attention.
Nous
disséquerons en peu de mots chacun de ces éléments, tout en essayant de montrer
leur intime liaison.
Tout fait
de conscience: idée, plaisir ou douleur, action, résolution se grave dans votre
mémoire. Il y subsiste et dans certains cas, comme dans le délire, vous voyez
réapparaître avec stupeur chez un malade des souvenirs d'événements très
lointains et qui semblaient complètement abolis. Vous possédez donc en
vous un trésor dont vous ne soupçonnez certes pas la richesse. C'est à
vous de veiller sur lui pour n'en rien perdre. Ces souvenirs ne demeurent pas
comme des clichés sur une plaque photographique; on pourrait les comparer aux
moutons qu'enferme une bergerie au moment où la bergère vient les
chercher pour les mener paître. Ils se pressent pour sortir de l'inconscient;
une lutte violente se livre entre eux; les plus faibles restent dans l'ombre;
seuls les plus forts réussissent à sortir.
Vous
comprendrez sans peine combien il vous importe de savoir pourquoi certains de
ces souvenirs sont plus forts que les autres. Car, dès lors, vous
commanderez à votre mémoire. Un fait de conscience réapparaît d'autant
mieux qu'il a été plus souvent enregistré, qu'il a été lié à un plus
grand nombre d'autres faits, qu'il a été accompagné d'une peine ou d'un plaisir
plus vifs, et enfin qu'il est déjà apparu plus souvent. Vous êtes
donc sûr que votre mémoire sera d'autant meilleure que vous vous donnerez
la peine de revoir sans cesse ce que vous désirez bien savoir, que vous lierez
entre elles de mieux en mieux toutes vos connaissances, que vous étudierez
gaiement ce que vous tiendrez à savoir, et que vous tâcherez de créer en
vous des habitudes. D'autre part, n'oubliez pas que vos souvenirs sont
conservés par votre inconscient, c'est-à-dire par vos machines
physiologiques. Il importe donc avant tout que vos machines soient en bon état.
Un cerveau baigné, irrigué par un sang pur et nourricier sera plus puissant que
tous les autres. Lorsque vous aurez lu notre chapitre sur l'alimentation vous
comprendrez pourquoi les penseurs, les savants, les artistes les plus
remarquables ont un régime très régulier (exemple: Victor Hugo) et une
nourriture très frugale.
Vous
pouvez agir sur vos souvenirs; donc vous agirez sur vos habitudes, qui sont les
souvenirs de vos actes. — Vous êtes le maître de leur répétition, vous
êtes le maître du plaisir qu'elle vous cause, vous êtes le maître
des associations que vous établissez entre ces actes. C'est vous qui avez créé
les habitudes que vous avez de lire, d'écrire, de nager, d'aller en bicyclette,
de jouer de la musique. Vous pouvez en créer une infinité d'autres.
L'acquisition de tous les métiers, de tous les arts, de toutes les sciences est
due à l'habitude. Si vous comprenez profondément ce qui vous est dit
ici, votre vie va, comme nous vous l'avons promis, se transformer du tout au
tout. Vous diviserez sans cesse vos efforts, pour rendre chacun d'eux toujours
égal à vos forces et, par suite, agréable. Peu à peu vous ferez
passer dans votre inconscient une foule d'actes d'abord pénibles qui vous
deviendront faciles. Ils seront alors réguliers, automatiques; ils n'auront
plus besoin de votre contrôle perpétuel, et vous pourrez appliquer à des
objets nouveaux des forces mentales sans cesse décuplées.
Vous surveillerez également vos associations psychiques. Votre
encéphale contient un grand nombre de fibres qui sont liées les unes aux autres
et qui sont l'image de ces liaisons mentales dont vous constatez sans cesse en
vous l'existence. Un mot en amène un autre; vos souvenirs, vos
sensations, vos émotions, vos sentiments, vos actes surtout sont liés entre
eux. Mais vous vous apercevrez que ces liaisons se font au hasard.
Maury raconte que dans l'un de ses rêves il se vit auprès
du feu ramassant la cendre avec une pelle, puis brusquement il se trouva chez
son ami Pellerin, puis il se vit à Jérusalem en pèlerinage. C'est
l'association des mots qui avait amené l'association des images. Il en est
ainsi surtout dans une conversation à bâtons rompus. Vous pourrez vous
en assurer en la suivant, sans y prendre part, pour constater où elle
commence et où elle aboutit. Mais à côté de ces associations
fortuites où il semble qu'un écho guide la pensée, il en est de plus
importantes: celles qui amènent le savant à faire ses
découvertes, celles, par exemple, qui ont conduit les chimistes à
comparer l'hélium gazeux à l'hydrogène, à constater qu'il
était de même densité, mais qu'il ne s'enflammait pas et qu'il n'avait
pas la même tendance à traverser les parois qui le contiennent.
Ainsi en est-on arrivé à cette conclusion pratique très
importante que l'hélium doit remplacer avantageusement l'hydrogène dans
les ballons dirigeables. Son emploi rendra possible ce genre de navigation
aérienne. Telles sont les associations d'idées que vous devez rechercher. Vous
écarterez celles qui sont dues au hasard et qui ne peuvent que diminuer votre
force psychique.
Vous y réussirez si vous savez être maître de votre attention. Ne
croyez pas que ce soit facile. Rendez-vous compte que ce phénomène est
d'abord tout spontané et que vous n'en disposez nullement. Dans une salle
obscure, projetez brusquement un jeu de lumière vive: tous les yeux se
fixeront sur lui qu'ils le veuillent ou non. Voilà l'image de toute
attention. Elle vient de l'inconscient; elle travaille sans cesse. Votre corps
vous évite à chaque instant, sans que vous le sachiez, une foule de
dangers. Les conditions de ce phénomène sont une respiration ample et
bien rythmée, une circulation sanguine régulière et puissante, et
surtout la nutrition du système nerveux. Dès lors, connaissant
les causes du fait, vous en devenez le maître. Mettez-vous, grâce aux conseils
que nous vous donnerons bientôt, dans les meilleures conditions physiologiques,
munissez votre usine humaine de bonnes machines, alimentez-les bien,
réparez-les sans cesse, vous obtiendrez de vous-même une attention
puissante et vos souvenirs, vos habitudes, vos associations d'idées vous
dirigeront vers les objets les meilleurs, les plus utiles au développement de
votre personnalité. Vous ne commanderez donc à votre attention qu'en lui
obéissant d'abord, en ne la forçant jamais. Ne lui demandez que ce qu'elle peut
vous donner à chaque instant, mais exigez d'elle tout ce qu'elle doit
vous fournir; et la richesse de votre esprit, votre puissance mentale seront
incomparables.
Ainsi se développera votre moi, et par suite votre personnalité. Vous
lierez entre eux vos souvenirs dans le temps et dans l'espace et ces liaisons
sont de la plus haute importance. Votre personnalité est votre œuvre. Echo
de l'unité qui existe dans votre machine physiologique, elle cessera si cette
machine se désorganise. Elle deviendra d'autant plus agissante que cette
machine sera sans cesse perfectionnée. Exposez-vous à la syphilis,
à l'alcoolisme, à la morphinomanie, et vous léserez du même
coup votre système nerveux. Il se dissociera, et dès lors votre
personnalité fera de même. Au contraire, si vous fixez le but vers lequel
vous marchez, si vous le placez aussi haut que possible, si vous liez
étroitement entre elles toutes vos sensations, toutes vos émotions, tous vos
actes, si vous vous créez un atlas de souvenirs de plus en plus développé, de
plus en plus net, si vous liez de mieux en mieux votre histoire et votre
géographie particulières à l'histoire et à la géographie
du monde où vous vivez, de celui qui vous a précédé et de celui qui vous
suivra, vous serez alors, n'en doutez pas, de plus en plus maître de
vous-même et des autres. Il ne s'agit pas ici d'une science uniquement
théorique, mais d'aptitudes pratiques, les seules qui comptent dans la vie, les
seules qui feront de vous un héros humain.
C'est ce personnage supérieur qu'un de nos amis, Victor Morgan, héros
lui-même, et tombé glorieusement à Dixmude, a défini dans les
lignes suivantes :
« L'homme supérieur, dit-il, c'est une force au repos. Chez lui, pas de
paroles insignifiantes ou sans but. Pas de mouvements inutiles. C'est une force
sûre d'elle-même qui ne se manifeste jamais sans besoin, parce
qu'elle sait qu'à la première alerte, d'un bond, elle fondra, comme
l'éclair, sur le point où elle doit agir. Le héros, c'est un lion couché
qui, de son calme regard, contemple par-dessus la tête des humains l'infinis
horizons de flamme.
« Même dans cette inaction sa présence est bienfaisante. De ses
mots les plus simples se dégage un rayonnement qui agit sur son entourage. Une
harmonie réconfortante plane autour de lui.
« Pourtant c'est un homme d'action.
« Rares, en vérité, sont les moments où vous pouvez le
surprendre au repos. La maîtrise de sa volonté est le trait dominant qui le
sacre grand homme. Son moi plane dans un calme olympien, commande à
toutes ses passions, les enflamme ou les discipline. Devenu maître de
lui-même, il a conquis le droit et le pouvoir de commander au monde
extérieur et de le plier à sa volonté.
« Il transforme ses sentiments en action.
« Pensez-vous que, dans un tel homme, où vous pressentez une âme
si brûlante et si poétique, une volonté d'une telle maîtrise, si
impatiente de matérialiser les rêves du poète, pensez-vous que ses
moindres actions puissent être en désaccord avec ses sentiments ? Cela
est impossible. Sa voix, ses gestes, sa démarche, son regard doivent imprimer
un peu du feu qui est en lui.
« Oui, sa voix manifeste à tous toutes les émotions qu'il veut
manifester: douée, pénétrante, s'il veut apaiser et réconforter; fervente,
enthousiaste, s'il veut réveiller; grave, profonde, solennelle, s'il veut
impressionner; tonnante, s'il veut commander.
« D'un calme imperturbable dans la tourmente, quand les autres hommes
sont affolés et terrifiés, toujours il fait entendre la voix du maître dont
chaque mot est un pouvoir.
« Il est maître de son corps.
« Tout son être émet une radiation invisible et puissante qui
s'impose même aux moins sensitifs. On sent, avant qu'il ait agi, qu'il
possède en ses propres forces une confiance sans limite. Et malgré cette
confiance sans borne, il ne ressemble point à l'ange de l'orgueil.
« Enfin son cœur est tout puissant.
« II aime, il comprend, et, parce qu'il comprend, il est juste pour les
hommes. Ayant lu au fond de son propre cœur et reconnu que souvent le mal
n'est qu'ignorance, un profond sentiment de pitié s'est éveillé en lui. Et
quand il faut agir, châtier, punir, son cœur n'a plus de haine.
« Ses facultés mentales sont puissantes.
« Elles ont surtout le pouvoir de juger sainement le rapport des
choses. Ce qui le rend vraiment grand c'est qu'il unit en lui l'idéaliste et
l'homme d'action. » ( Victor Morgan. — La Voie du Chevalier, Paris, s. d., p.
12. ).
Voilà le portrait de l'homme que nous voulons former en vous. Il
nous reste à étudier comment nous y parviendrons. Pour que vous
pénétriez bien dès maintenant la méthode que nous emploierons, nous vous
indiquerons le plan que nous allons suivre dans le présent Cours.
Nous formulerons successivement des règles pratiques pour transformer:
1°. — Votre corps au moyen:
a) d'une alimentation saine;
b) d'une respiration ample et méthodique;
c) d'exercices physiques judicieusement compris.
2°. — Votre inconscient en nous servant:
a) de l'Auto suggestion émotionnelle;
b) du Regard magnétique.
3°. — Votre conscient, votre esprit à l'aide de:
a) de la Concentration mentale;
b) de l'Isolement.
Ainsi l'être supérieur qui est en vous acquerra la Maîtrise de
soi.
Il est indiscutable qu'il s'agit là d'un travail qui demande
à la fois du temps et de l'énergie. Certes, ce temps, convenablement
réparti entre les occupations quotidiennes, finit par passer inaperçu. Et
l'énergie dépensée est rendue au centuple par cet entraînement bien compris.
D'ailleurs la joie succède vite à l'effort. Toute cette
discipline qui paraissait fastidieuse devient, à chaque instant, la
source de satisfactions nombreuses. Les membres sont souples et sans cesse
prêts à agir. On se sent léger. Une respiration plus large et plus
régulière vous ravive. Il semble qu'un sang plus vif coule dans les
veines. La digestion est parfaite. Aucune gêne des organes, aucune
pesanteur. On se sent la tête libre, dégagée de toute contrainte. L'ennui
se dissipe. Comme aux premiers rayons du jour les ombres s'enfuient. Le cerveau,
dégagé de tous les doutes, se prépare à la vie nouvelle. Et les premiers
feux de l'aurore qui se lève teintent joyeusement nos rêves. Que
deviennent nos déceptions, nos rancœurs, nos tristesses ? Des nuages qui,
maintenant, s'estompent.
Comme le coq qui chante joyeusement à l'aurore, nous laissons
échapper de nos lèvres un cri de joie.
Notre développement psychique apporte donc à notre corps un
bien-être inaccoutumé, à notre esprit des pensées plus saines,
à notre cœur des joies plus douées. Aussi, le nouvel élève,
heureux de cette transformation qui dépasse ses meilleures espérances, se
livre-t-il chaque jour davantage à cet entraînement. Il s'y soumet avec
infiniment de plaisir. Il comprend que cette direction nouvelle de vie sera
pour lui le salut. Il se rend compte que les pouvoirs psychiques, si longtemps
convoités, sont à sa portée; qu'il n'est aucune entravé dont il ne
puisse se libérer, aucune étreinte qu'il ne puisse briser, aucune suggestion
atavique, aucun pli psychique, aucune forme de pensée dont il ne puisse devenir
le souverain maître.
Encouragé par le bien-être qui résulte de ces constatations, il
ne demande qu'à persévérer. Il répare bien vite les fautes anciennes. II
observe. Il réfléchit. Il comprend. Il s'efforce de développer en lui des
sentiments plus purs. Il dépouille le vieil homme. Et, dès ce jour, une
douce émotion inonde le cœur du nouvel adepte. Il escalade
allègrement la côte qui mène aux sommets.
En montagne, celui qui a gravi un pic aperçoit devant lui de si vastes
horizons que le désir lui vient de monter encore. Ainsi, au cours du
développement psychique. Les résultats sont tels pour qui s'y soumet avec
application que, grisé par un succès remporté sur soi-même, on se
sent pris d'une émulation qui nous porte à agir avec une volonté plus
ferme et plus soutenue. On veut se développer soi-même, d'abord
physiquement et mentalement, obtenir un rythme extérieur et intérieur qui soit
le gage de la santé matérielle et morale, mais, quand on a touché ce but, quand
on se sent plein de forces nouvelles, on en veut faire un emploi qui soit digne
d'elles et de nous. Certes, on est bien loin de renoncer à ces devoirs
qui sont les liens de notre vie. On demeure attaché à son pays, à
sa famille, à sa profession, mais il reste encore bien des aspirations
à combler. On a vu le vaste horizon et les visées de l'égoïsme ne
peuvent nous en détourner.
On est puissant, fort, maître de soi. Mais à quoi bon, si cette
force ne sert qu'à des intérêts restreints ? On sent le
fonctionnement parfait de la machine humaine. On veut maintenant que cette
machine obéisse à un Idéal élevé, à un Cœur pur, à
une Pensée plus belle. Et, tous les rouages de notre machine ayant été
perfectionnés, le contre-maître devenu docile et sûr comme un excellent
employé, on s'aperçoit que notre devoir sur terre est d'aider les autres. Le
bien seul, le bien de tous ceux qui nous entourent ou nous approchent mérite
les soins que nous avons pris. Un altruisme enthousiaste et bien compris nous
permet de donner à toutes nos facultés l'essor qu'elles doivent prendre.
Oui, vous deviendrez maître de tous vos rouages et ils marcheront
à souhait, mais toutes ces énergies qui vont se déployer vous
rappelleront sans cesse votre devoir. La culture de vos forces vous préparera
aux plus beaux élans; la domination de vos impulsivités vous montrera
qu'au-delà de votre personne et de ses intérêts, il est des
régions aussi belles que vastes et que vous devez explorer. Vous n'aurez plus
ni crainte, ni colère, ni jalousie. Vous irez vers tous les êtres
la main tendue et le cœur fraternellement ouvert. C'est cette forme de
pensée qui doit fleurir dans votre jardin mental. Les vues nouvelles, élevées,
éprises de beauté et de bonté seront le besoin nouveau qui se sera créé par le
perfectionnement de votre organisme. Et vous n'aurez même plus besoin
d'un effort pour vous diriger de ce côté; c'est vers lui que penche toute
nature formée aux bonnes disciplines et qui tend vers une nouvelle Initiation.
Cette Initiation, nous ne pouvons ici qu'en parler brièvement.
Nous l'avons esquissée à grands traits dans un ouvrage écrit pour ceux
qui nous suivent: Vers la Sagesse.
Notre but, dans ce travail — qui fait suite à ce présent Cours
de Magnétisme personnel — est de renouer la tradition des Initiations antiques,
de faire naître le désir d'entrer en rapport avec des puissances inconnues qui
se trouvent en nous et autour de nous.
Quels horizons magiques se déroulent devant le regard de l'Adepte quand
il se sent évoluer dans ce monde où tout est douceur et clarté ! Les
études qu'il fait lui apprennent que, si hautes que puissent être les
connaissances qu'il a acquises, il n'est qu'une partie infinie de ce grand
Tout, de cet Univers qu'est le Macrocosme; mais aussi, quelle immense dignité
lui vient quand il sait, d'une manière irréfutable qu'il est
lui-même le Microcosme, la parfaite image de ce grand Tout, construit
suivant le même rythme et pouvant, par l'accord mystérieux de ses
rythmes, se mettre en rapport avec lui selon son légitime vouloir. J'ai dit
dignité, non orgueil, car, pour celui qui sait, l'orgueil est lettre morte. Il
ne vaut que par son rapport avec l'Absolu, par cette tendance constante — et
qu'il comprend enfin — à s'unir de toutes ses forces conscientes au plan
divin de la Nature.
Mais ce n'est pas assez de connaître ces choses, de s'en pénétrer avec
une noble joie. Il faut se soumettre à une ascèse qui fait de
nous des adeptes parfaits, capables des plus hautes et des plus vastes actions.
Cette évolution, dont notre Science secrète fera comprendre et pénétrer
toute la sereine beauté, toute la splendeur consolatrice, il faut l'obtenir et
la mériter; il faut en hâter les étapes autant qu'il nous appartient.
Dans le présent volume nous enseignons à acquérir une parfaite
santé, à dominer ses impulsivités, mais ce n'est là qu'une
première étape. Vers la Sagesse vous amènera au seuil du Temple
initiatique. Et là, le gardien du seuil — l'énigmatique Sphinx de la
terre des Pharaons — laissera tomber de ses lèvres de pierre le secret
des quatre verbes initiatiques. Victorieux de l'épreuve, l'adepte voit s'ouvrir
devant lui les portes du sanctuaire. Notre Science secrète prépare le
nouvel élu à toutes les joies qui sont la récompense du Sage.
Résumé
Aux méthodes incomplètes qui se proposent de vous donner santé,
succès, bonheur, pouvoir, nous substituons une méthode synthétique.
Sa supériorité à notre sens, vient de ce qu'elle comprend et
utilise la connexité que présentent les trois parties de l'usine humaine.
1°. — La machine physiologique a pour but de créer la force nerveuse,
grâce:
a) à l'appareil digestif qui forme le sang;
b) à l'appareil circulatoire qui le transporte pour nourrir les
organes;
c) à l'appareil respiratoire qui le purifie;
d) au système nerveux composé: 1° du système rachidien
dominé par l'encéphale, centre moteur et sensitif de l'organisme; — 2° du grand
sympathique qui règle automatiquement les appareils vitaux.
2°. — Le contre-maître de l'usine ou inconscient conserve:
1° nos souvenirs; 2° nos sentiments; 3° nos actes. Qui le connaît bien
peut deviner la pensée d'autrui, les calculs d'autrui, le caractère
d'autrui.
Connaître bien l'inconscient, c'est lutter ensuite victorieusement
contre la timidité, le trac; c'est comprendre le mécanisme de certains
rêves. C'est s'expliquer la nature de tous les faits conscients qui sont
à l'inconscient ce que la flamme est au feu.
3°, — Le directeur de l'usine c'est l'esprit. Ses propriétés générales
sont: 1° la mémoire; 2° l'habitude; 3° l'association; 4° l'attention. Nous
pouvons, en étudiant ces propriétés, nous en rendre maître et former en nous
une personnalité puissante.
Vous parviendrez à la merveilleuse synthèse des 3
éléments composant l'être humain en surveillant:
1°. — Votre alimentation, votre respiration, vos exercices physiques;
2°. — En développant en vous l'auto suggestion; en acquerrant un regard
magnétique;
3°. — En vous habituant à la concentration mentale et à
l'isolement.
Ceci vous conduira à la parfaite maîtrise de vos impulsivités,
à un sentiment de force, d'équilibre, de bien-être. Mais ce n'est
là qu'une première étape.
En persévérant dans l'étude, de magnifiques horizons se découvriront
à vos yeux. De jour en jour, vous vous rendrez compte que le véritable
but de la vie est votre perfectionnement, mais à la condition que ce
perfectionnement serve autour de vous. Efforcez-vous donc, chaque jour, de
gagner des qualités physiques, intellectuelles et morales. En ce faisant, vous
cheminerez d'un pas plus rapide sur le chemin de l'évolution.
Tel est le but de l'initié.
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