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L'EXERCICE PHYSIQUE
« Le foyer où la vie s'entretient est assez robuste. C'est votre
corps. Il résiste à l'usure et peut conserver pendant plus de cent ans
un peu bien entretenu. N'ayez donc nulle crainte que des flammes trop vives le
consument. Veillez, au contraire, à ce que la combustion s'y fasse
ardente, régulière et constante. C'est par la pratique rationnelle de
l'exercice physique que vous y parviendrez. On ne meurt pas d'usure, mais
d'encombrement. »
Docteur Ruffier. — Soyons forts !
« L'activité est la loi de la vie. Quand cette activité n'est pas la
conséquence de notre manière de vivre ou de notre genre de vie, nous
devons la remplacer artificiellement par l'exercice musculaire.»
G. Hébert. — L'éducation physique raisonnée.
« C'est la volonté de vaincre qui donne les victoires; or ce qui
est vrai pour les grandes luttes qui font retentir le monde, l'est également
pour les luttes obscures et cachées de chaque vie particulière. »
Henri Perreyve.
« Ce après quoi nous soupirons, ce qu'il nous faut, c'est
une race de robustes esprits qui respirent le grand air du monde, qui
connaissent les hommes et toutes leurs espèces, qui se fraient leur
chemin au milieu du tumulte avec une parfaite possession de soi, une sage
intégrité, avec calme et pourtant avec le regard vif de l'intérêt et le
pouls rapide et bien battu de la force. »
Woodrow Wilson. — Etre humain.
L'EXERCICE PHYSIQUE
Nécessité de l'exercice physique pour le bon fonctionnement de la
machine humaine. L'exercice est utile à tous les travailleurs. Les
méfaits de l'athlétisme — L'hypertrophie musculaire et ses dangers. — Pour
répondre à son but, notre exercice doit être mesuré. —
Méfions-nous des exercices violents. — Ce qu'il faut acquérir: une musculature
puissante, l'harmonie des lignes, la souplesse des mouvements. — Le type humain
idéal: ses proportions, son poids. — La gymnastique rationnelle et ses
caractéristiques essentielles. — La méthode suédoise de chambre. — Notre
méthode personnelle. En quoi elle diffère des autres. Ses
caractéristiques : l'exercice doit être doux, exécuté sans appareil;
il doit s'accomplir selon un rythme régulier, il doit fixer notre attention; il
doit être à la portée de tous. — Notre leçon type de gymnastique
respiratoire. — Résultats physiques et psychiques. — Détail de nos 15 exercices
d'entraînement. — Frictions du corps avec la serviette. — Effleurage manuel des
membres et du ventre. — Dix minutes matin et soir pour obtenir la santé et le
bonheur. — Tableau récapitulatif de nos 15 exercices de gymnastique
respiratoire. — Le retour progressif vers la santé. — Les sports. — Le travail
musculaire est une nécessité pour notre corps. — Comment se guérir
soi-même des varices, des stases veineuses. — Les sources inépuisables de
vitalité qui sont à notre portée. L'air — La lumière. — Le
soleil. — L'eau. — Combattons notre tempérament qui est un état pathologique
fixé. — Difficultés que rencontre chaque personne dans son retour à la
normale. Les crises de retour. — Résumé.
Pour assurer le parfait fonctionnement de l'usine humaine, il ne suffit
pas de nous alimenter modérément et sainement, de respirer largement et avec
régularité. Il faut encore que nos muscles soient puissants, que notre corps
soit souple. L'exercice nous est donc aussi utile que l'alimentation et la
respiration.
Bien compris, les exercices physiques nous donnent une assurance qui
vient d'une santé parfaite et de la certitude où nous sommes de ne
jamais faire un mouvement qui ait l'air gauche ou emprunté. C'est, dans la vie,
une force beaucoup plus grande qu'on ne pense. En outre, certains exercices,
choisis avec discernement et pratiqués sans excès, stimulent nos
fonctions digestives, développent notre respiration, régularisent nos
mouvements cardiaques, calment notre système nerveux, activent nos
éliminations.
Le Docteur Ruffier a très bien montré la nécessité où
nous sommes de prendre de l'exercice.
« Lorsqu'on s'abandonne à la paresse physique, dit-il,
c'est-à-dire lorsqu'on réduit au plus petit débit possible le
fonctionnement de l'appareil musculaire, l'organisme subit nécessairement une
déchéance progressive qui se traduit de trois façons différentes, suivant le
tempérament et les conditions d'existence.
« C'est l'obésité ridicule, gênante et dangereuse qui atteint les
individus à tempérament floride et à bon estomac.
« C'est l'émaciation qui offre en proie à la tuberculose ceux
auxquels leur faiblesse constitutionnelle ne permet même pas d'assimiler
la graisse, ce tissu morbide de qualité inférieure.
« Enfin, c'est l’auto intoxication, l'arthritisme douloureux, la
neurasthénie déprimante pour les gens qui pourvus d'un organisme de valeur
moyenne, demandent au travail cérébral d'assumer toute la régularisation de
leurs échanges nutritifs. » (Docteur Ruffier. Soyons fort! 3e édit., Paris, s. d., p. 13. )
D'autre part, le Docteur Francis Heckel déclare:
« Notre paresse physique nous entraîne à l'atrophie musculaire,
aux troubles circulatoires, et, associée à la suralimentation, à
l'artériosclérose. Le danger de la sédentarité est pis encore, car tout
sédentaire devient, malgré sa sobriété, un suralimenté. La ration alimentaire
doit baisser proportionnellement à l'inaction physique. L'homme assis 10
heures sur 24, couché 9 heures, debout le reste du temps par intervalles
courts, c'est le type courant du citadin moderne. Les quelques instants de marche
ou de station verticale active de sa journée sont les seuls moments où
il soulage son cœur et aide son action circulatoire. Cette activité
passagère constitue donc son véritable repos organique. C'est de cette
façon qu'il faut entendre que rien n'est plus usant pour l'organisme que le
repos musculaire.
« Mais plus encore, on peut affirmer que tout sédentaire devient
rapidement un cardiaque fonctionnel et plus tard un cardio-vasculaire
lésionnel... On peut être cardiaque sans avoir de lésion du cœur ou
des vaisseaux. » ( Docteur Francis
Heckel. — Culture physique, Paris, 1913, p. 38. ).
On voit combien le repos exagéré peut être grave pour notre
organisme.
L'exercice est utile à tous. Il est indispensable aux
travailleurs de l'esprit: instituteurs, littérateurs, savants; aux employés:
vendeurs, caissiers, bureaucrates à quelque titre que ce soit; aux
ouvriers dont le travail musculaire est peu actif (ceux qui surveillent des
machines, par exemple); à tous ceux qui, à un titre quelconque,
restent des heures assis, qu'ils soient assis au grand air comme les cochers et
les chauffeurs, ou assis devant une table, un bureau, une machine; à
tous ceux qui travaillent dans un air plus ou moins pur. Tous ont besoin
d'exercice, d'un exercice rationnel qui fasse jouer l'ensemble de leurs
muscles, qui active leurs fonctions et les mette à l'abri de ces
auto-intoxications qui prédisposent aux plus graves maladies.
L'exercice vous est donc de toute utilité. Cependant, chercher à
obtenir des muscles durs comme l'acier, viser à ressembler aux
athlètes de foire, ce serait aller contre les lois de la nature.
De même que vous devez vous alimenter et respirer avec une sage
mesure, de même les exercices physiques, auxquels vous allez vous
accoutumer, doivent répondre à un but précis, II ne s'agit point
d'éblouir la foule par des exploits de force, d'attirer les regards par une
musculature débordante. Non pas ! Votre but est tout autre. Votre objectif,
c'est assurer à tous vos organes un parfait fonctionnement, c'est acquérir
une force, une agilité et une souplesse qui fassent de votre corps une machine
bien au point, obéissant à votre volonté, sans résistance ni fatigue.
Certes, on a trop vanté l'athlétisme. C'est commettre une erreur, dans
une société qui demande beaucoup plus à l'intelligence et à la
volonté qu'à la force physique, d'être des Milon de Crotone.
D'ailleurs, l'athlète est un type anormal. Son développement
musculaire excessif a dérivé son activité et s'il peut faire des efforts
musculaires considérables, il est trop souvent incapable de lutter contre la
maladie. Au point de vue psychique, les athlètes sont bien au-dessous de
la normale.
Le Docteur Toulouse observe très judicieusement que la santé ne
consiste point dans la force musculaire et que de véritables athlètes
sont parfois sujets à des maladies plus fréquentes et plus graves que
les autres hommes. « La santé, ajoute-t-il, ne consiste pas davantage à
être gros et gras. »
Nous croyons utile d'insister sur les dangers que présente pour la
machine humaine le développement excessif de nos muscles.
Le Docteur Heckel dit, de ces athlètes dont la foule admire les
exploits: « Souvent ces prétendus athlètes se révéleront comme des
malingres fonctionnels. S'ils sont capables de lever un haltère de 100
kilos, ils sont impuissants à courir un cent mètres dans un temps
honorable. Ils risquent des accidents cardiaques s’ils veulent atteindre un
tramway à la course et ne montent pas sans souffler un escalier de deux
étages. Leur capacité de courir, de sauter, de nager, est réduite à
rien, et ils sont bien inférieurs sur ce point à des hypotrophiques et
à des pré-tuberculeux. Ils asphyxient au moindre effort répété, car
cette énorme masse de muscles, aussitôt qu'elle est agitée de mouvements,
dégage une telle quantité d'acide carbonique, qu'il lui faudrait un poumon deux
fois plus grand que celui dont ils disposent pour dégager ce poison résiduel du
travail musculaire. Leur cœur est incapable de faire l'effort nécessaire
à lancer le sang en foulées vigoureuses à travers ces grosses
masses qui se contractent. La dilatation cardiaque les guettent; bref, ils
n'ont d’un athlète que la façade et sont en réalité des invalides. Leur
résistance physique est donc petite ou nulle. Ils ont, de plus, la nécessité de
nourrir à grands frais, par la viande et l'alcool, ces masses
musculaires qui sont de plus en plus impuissantes à la contraction par
la défaillance progressive de leur système nerveux. Aussi tombent-ils
dans l'obésité et bientôt dans la cachexie des obèses, qui se mélange si
souvent chez eux à la cachexie arthritique et à l'intoxication
cérébrale dont leur imbécillité traditionnelle est une manifestation. La
déchéance dont ils sont atteints s'inscrit en caractères bien lisibles
pour le psychologue sur leur face abêtie dont le caractère bestial
est d'autant plus frappant que les maxillaires se développent
proportionnellement à leur fonctionnement intensif dans la mastication.
Un regard voilé par l'abrutissement des paupières alourdies par
l’œdème ou la graisse, des lèvres bleuâtres, des joues
bouffies, un cou de taureau sillonné de cordons veineux distendus, tels sont
les indices qui, pour le médecin, ne peuvent pas tromper, et permettent de
classer ces malheureux hypertrophiés parmi les malades. Ce sont eux qui ont
fait le plus de mal à la cause de l'athlétisme parce qu'ils ont répandu
cette idée que l'athlète est un pauvre d'esprit et un mal portant. »
image
Fig. 20. — Le faux athlète.
Ce faux athlète — type du lutteur de foire, du souleveur de
poids — est un cas pathologique. Son hypertrophie musculaire dénote un état de
déséquilibre grave. La dérivation de l'activité musculaire vers certaines
régions du corps, en même temps qu'elle entraîne une modification
morphologique, prive d'autres organes de force vitale. Et il n'est pas rare de
voir de ces faux athlètes incapables d'accomplir une performance moyenne
(la course, par exemple) en dehors de celle qui leur vaut les applaudissements
du public. Au double point de vue psychique et mental, ces hypertrophiés sont
presque toujours très au-dessous de la normale.
De son cote, Hébert déclare: « Quand le système musculaire
travaille, il dépense de la matière vivante. Si son développement est
poussé trop loin par un travail excessif eu des contractions exagérées, il peut
arriver que les organes internes (poumons, cœur, appareil digestif) ne
soient pas assez puissants pour fournir les matériaux nécessaires à la
réparation. L’organisme est alors surmené et s'use prématurément.
« Pourquoi tant d'athlètes, ou soi-disant tels, meurent-il ?
d'affections cardiaques, de phtisie, etc. ? Tout simplement parce que leur
système musculaire est exagéré et non en rapport avec leur constitution
organique. Ces hommes, parfaits peut-être extérieurement, ne le sont
point du tout intérieurement. En forçant la nature, ils nuisent à leur
organisme.
« Le développement musculaire a donc une limite qu'il ne faut pas
dépasser sous peine de graves inconvénients pour la santé. Cette limite varie
suivant les individus: elle dépend) essentiellement de leur constitution
organique et de leur ossature ou charpente osseuse.
« Enfin, une autre raison qui fait qu'on ne doit pas rechercher un
développement exagéré, c'est que la force musculaire ne dépend pas uniquement
de la grosseur des muscles: elle dépend aussi de l'énergie individuelle et de
l'excitation nerveuse communiquée aux muscles. « ( Georges Hébert, L'éducation physique raisonnée, 2e édit., Paris,
s. d. p. 36. )
Les dangers ne sont pas moins graves lorsque la performance consiste
à contracter violemment les muscles, à leur demander, dans un
temps très court, un effort toujours plus grand.
« Ces inconvénients, dit le Docteur Heckel, sont la globulisation du
muscle, qui se produit par tout procédé nécessitant dès le début d'une
contraction, un effort complet et brusque, l'allongement du tendon aux dépens
du corps musculaire, le raccourcissement de ce corps musculaire, l'ankylose en
flexion ? des articulations, la diminution d'ouverture articulaire, la perte de
la vitesse et de la détente, la fatigue nerveuse si les exercices avec poids
sont répétés souvent, longtemps et avec une certaine vitesse, la sudation
surabondante, le retentissement sur le cœur du surmenage physique, la
dilatation cardiaque par stase veineuse, la tendance aux congestions de
l'appareil respiratoire et cérébro-spinal; enfin la transformation lente et
régulière du pratiquant en cet athlète hypertrophié et malade qui
avait fait créer aux Antiques le terme de diathèse athlétique ou
cachexie athlétique. »
L'excès de travail musculaire est la cause de toutes les crampes
professionnelles, crampes des écrivains, des pianistes, des violonistes...
L'entraînement volontaire excessif amène au même but.
« En faisant un abus exclusif de fortes flexions de l'avant-bras sur le
bras (tractions, soulèvements de poids, haltères), dit Hébert, le
biceps prend et conserve même au repos la forme d'une boule; de plus
l'avant-bras reste légèrement fléchi sans pouvoir s'étendre
naturellement. »
Le travail musculaire exagéré nous intoxique en jetant dans le torrent
circulatoire une surabondance de cellules usées, une surcharge de produits de
combustion. Ces déchets et ces toxiques ne pouvant être éliminés que
lentement, courbaturent nos muscles, troublent nos urines.
« L'exercice abusif est très périlleux pour la fibre musculaire,
dit le Docteur Monin; si l'inaction l'atrophie, l'excès de travail la
mène également au même résultat, produit d'une combustion trop
rapide. C'est donc une ligure de rhétorique, fort Juste, que celle employée par
les entraîneurs, lorsqu'ils disent d'un cheval poussé trop loin: il a été
flambé. »
image
Fig. 21. — Hypertrophie musculaire par abus des exercices physiques
violents,
Autant l'exercice doux et mesuré est d'une nécessité primordiale pour
assurer le jeu normal de toutes nos fonctions, autant l'athlétisme mal compris
est un danger. L'excès de poids lourds, de boxe, de lutte, de tous les
sports violents amène une déformation du muscle très
préjudiciable à la santé. En tout, sachons garder la bonne mesure.
Vous devez donc prendre de l'exercice, mais vous garder de tout
excès. L'excès d'efforts musculaires courbature et durcit vos
muscles; il vous intoxique, d'où une sudation excessive et des urines
troubles; il perturbe le jeu de vos poumons, affole votre rythme cardiaque,
épuise votre système nerveux. Si la tension musculaire est poussée
à l'extrême, à l'essoufflement intense, à la pâleur
du visage peuvent succéder l'asphyxie, la syncope et même la mort. Ce fut
le cas du coureur de Marathon qui mourut aux portes d'Athènes en y
apportant la nouvelle de la victoire. A prendre un exemple moins
célèbre, c'est le fait du gibier forcé qui meurt par simple lassitude
sans avoir essuyé le feu du chasseur.
Dans le cas de travail musculaire excessif, il se produit, dans
l'organisme, une quantité de déchets non prévue dans notre budget et qui ne
savaient, par suite de leur surabondance, être éliminés
régulièrement, au fur et à mesure de leur production. Ces déchets
non éliminés demeurent forcément un certain temps dans l'organisme, s'y
amassent, y causent un état maladif, inflammatoire, dont les causes ne sont pas
difficiles à définir. C'est pourquoi il est imprudent de poursuivre un
exercice quelconque jusqu’à la courbature.
image
Fig. 22. — Un mouvement dangereux pour l'articulation de l'épaule.
On voit de suite le travail excessif qu’impose à l'articulation
de l'épaule la suspension aux anneaux. Le poids du corps amène une trop
grande rotation de l'humérus (d'après Hébert).
En effet, qu'est-ce que la courbature ? C'est une sensation douloureuse
de raidissement consécutive à la fatigue. Ceci, c'est ce que tout le
monde sait. Ce qui est moins connu, c'est que ce raidissement est sensiblement
le même que le raidissement cadavérique, dû à la même
cause, une production plus ou moins abondante d'acide lactique dans les tissus.
Cet acide lactique, en surcharge dans l'organisme, y produit un empoisonnement
qui peut être rapide et mortel, comme dans le cas du héros de Marathon.
Si nos muscles sont faits pour un certain travail qu'on ne saurait
dépasser sans danger, nos articulations ont un jeu qu'il ne faut pas exagérer.
Or, certaines méthodes de culture physique décrivent des mouvements forcés,
contre lesquels nous ne saurions trop mettre en garde nos élèves.
Ces mouvements anormaux s'adressent surtout à l'épaule. Ils se
produisent dans certaines positions, principalement quand le gymnaste est
suspendu aux anneaux, ou qu'il s'exerce aux barres parallèles.
Lorsque par une projection forcée des bras en arrière, le
gymnaste est suspendu aux anneaux, le poids du corps produit un mouvement
anormal de l'articulation de l'épaule. Cette articulation qui, normalement, ne
devrait pas s'ouvrir au-delà de 40°, arrive à former un angle de
90% et souvent même, un angle plus grand. Il s'ensuit que l'articulation
devient douloureuse et que le tiraillement imposé aux muscles pectoraux oblige
la poitrine à s'aplatir.
image
Fig. 23. — Autre position dangereuse pour la même articulation.
Quoique l'angle que forment les bras tendus avec le corps soit un peu
moindre que dans la précédente position, la planche arrière n'en
constitue pas moins un exercice violent qui impose à l'articulation de
l'épaule un effort pour lequel elle n'est pas faite. (d'après Hébert).
La planche arrière aux anneaux amène le même
surmenage de l'articulation, le même affaissement de la poitrine.
Pour les mêmes raisons, les exercices aux barres
parallèles sont aussi à déconseiller. Lorsque le gymnaste a tout
le poids du corps soutenu entre les deux barres parallèles par ses
membres supérieurs fléchis, ses articulations de l'épaule subissent une
distension trop grande et sa poitrine est gênée, paralysée dans son jeu
par l'excessive projection des épaules en arrière.
Donc, méfiez-vous des exercices violents qui tendent à forcer le
jeu normal des articulations.
Le but que vous devez viser, c'est d'assurer à votre organisme
une musculature puissante, tout en conservant à votre corps l'harmonie
de ses lignes et la souplesse de ses mouvements.
Voyez ces beautés antiques que nous a léguées l'antiquité: c'est le
Gladiateur combattante l’Ephèbe d'Anticythère, le Discobole,
Apollon.
Leurs muscles sont nettement marqués, quoique sans exagération; la
ligne générale dénote une grande puissance, une aisance parfaite; tout est bien
proportionné, symétrique.
Mais combien nos contemporains, gavés et sédentaires, se sont éloignés
de ces types de beauté, de force, de santé, d'équilibre ! Voyez autour de vous,
dans la rue, toutes ces démarches lourdes et pesantes, tous ces essoufflés, ces
énervés, ces épuisés, ces malingres, ces dos courbés, ces ventres proéminents,
ces cous boursouflés, ces faces congestionnées et tuméfiées, ces poitrines
débordantes de graisse ! Et non moins laids sont ces amaigris à
l'extrême, dont la silhouette squelettique et le visage aux reflets
jaunâtres vous peinent et vous font penser, malgré vous, à des choses
lugubres... à la mort... à l'ensevelissement... au
cimetière... Et presque tous sont responsables de leur pléthore, de leur
débordement maladif, de leur épuisement nerveux, de leur cachexie hideuse !
image
Fig. 24. — Appui aux deux barres parallèles.
Même projection excessive des deux coudes en arrière.
Mouvement anormal à déconseiller (d'après Hébert).
Ami lecteur, sache-le ! Tu dois respecter ton corps ! Tourne donc
résolument tes pensées vers ces beautés antiques que le marbre nous a
conservées. Veuille que ton corps soit plus puissant et plus souple, ton âme
plus belle et plus généreuse ! Courage ! Tu vaincras.
II y a donc un type humain, un type de parfait équilibre.
Ses proportions et son poids, selon les âges, ont été étudiés avec
soin, déterminés avec précision. Le tableau ci-joint, que nous empruntons
à Hébert, nous le fait connaître pour l'homme adulte. Le cou, le biceps
et le mollet chez l'homme adulte entièrement développé doivent toujours
avoir la même dimension. Le tour de poitrine se prend à la partie
la plus large, sous les muscles pectoraux, dans un plan bien horizontal et
après une expiration profonde. La mesure de ce même tour,
après une longue inspiration doit être augmenté de 5 à 8
centimètres environ. Le tour de taille se prend dans un plan horizontal
passant par l'ombilic (nombril). Les autres dimensions-se prennent à
l'endroit le plus développé.
image
Fig. 24. — Un type de beauté antique.
Le gladiateur combattant.
On admet généralement que le poids de l'homme normal est égal, en
kilos, au nombre de centimètres de sa hauteur totale dépassant le
mètre. Ce poids s'entend lorsque l'homme est habillé: ainsi un homme de
1 m. 70 doit peser, vêtu, environ 70 kg. En déduisant le poids des
vêtements, nous arrivons au poids de 63 à 66 kg donné par Hébert.
Pour la femme, les rapports entre la hauteur et le poids ont une
légère différence. A taille égale, on admet qu'elle doit peser 1/8
à 1/10 de moins que l'homme. Ainsi une femme grande mesurant 1 m. 70
doit peser normalement 58 à 60 kg (alors que, pour cette taille, le
poids de l'homme est de 63 à 66 kg). Il faut tenir compte aussi, dans
les proportions, que, chez la femme, la largeur des épaules est plus grande que
celle du bassin, alors que chez l'homme ces mesures sont sensiblement les
mêmes.
Bien des méthodes ont été préconisées qui promettent à ceux qui
les suivent de devenir des athlètes, des surhommes.
|
Hauteur de taille
|
Cou, biceps, mollet
|
Tour de poitrine après une expiration profonde
|
Tour de taille
|
Avant-bras
|
Cuisse
|
Poids
|
|
1 m 55
|
29 cm
|
83 à 86 cm
|
75 cm
|
23 cm
|
40 cm
|
48 à 50 kg
|
|
1 m 60
|
31
|
88 à 91 cm
|
77
|
25
|
45
|
52 à 54
|
|
1 m 70
|
36
|
1 m
|
82
|
29
|
56
|
63 à 66
|
|
1 m 75
|
39
|
1 m 05
|
85
|
31
|
61
|
70 à 74
|
|
1 m 80
|
42
|
1 m 10
|
87
|
33
|
66
|
79 à 84
|
Proportions que doit avoir l'homme parfaitement équilibré Tableau des
mensurations de l'homme adulte (d'après Hébert)
Gardons-nous de ces excès et de ces mirages ! Toutefois, nous
devons noter que des efforts, chaque jour plus nombreux, sont faits en faveur
d'une gymnastique rationnelle. On abandonne de plus en plus l'emploi des
agrès, des barres fixes, anneaux, trapèzes, etc.... dont on
reconnaît les dangers.
En France, dès 1878, G. Demeny a cherché à donner une
orientation nouvelle à l'éducation physique. Alors qu'autrefois on cherchait
exclusivement à développer la force musculaire et principalement la
force des bras, les enseignements de Demeny, qui se basent sur des principes
anatomiques, tendent à quatre buts: beauté, santé, virilité, adresse.
Cette méthode a été reprise et développée par Hébert dont la leçon type
d'entraînement complet comporte des exercices de marche, de course et de saut,
des exercices à grimper, à lever et à lancer, ainsi que
des exercices de défense naturelle; elle comporte, de plus, un bain d'air et
des soins de la peau. La durée d'exécution de la leçon type peut varier de 30
à 90 minutes. Le programme de travail hebdomadaire doit comprendre de
quatre à six séances d'une durée moyenne d'une heure, avec repos les
autres jours.
Bien peu de personnes peuvent suivre cette méthode, car elle présente
des difficultés qui, pour beaucoup, sont insurmontables. Elle demande beaucoup
de temps. L'employé ou l'ouvrier qui travaillent du matin au soir, ou la
mère qui doit surveiller ses enfants, ne peuvent quitter leur occupation,
leur intérieur pour se rendre dans un stade et s'y astreindre à des
exercices pénibles. Cette méthode, en effet, est assez violente; elle
occasionne après chaque entraînement une lassitude générale; or, nous
savons que toute fatigue, qu'elle soit musculaire ou cérébrale,traduit un état
d'intoxication; se fatiguer, se surmener, se courbaturer comme ont trop
tendance à le faire ceux qui s'adonnent à des exercices violents,
c'est donc aller à l'encontre du but que nous poursuivons. En raison des
efforts qu'elle demande, la méthode de Hébert doit être déconseillée
à presque tous les malades; la leçon type d'entraînement, même
réduite, est pour eux un supplice; ils ne peuvent s'y accoutumer.
D'ailleurs, cette méthode de plein air n'est pas indispensable. Nous
dirons même qu'un exercice beaucoup plus doux, fait chez soi, devant la
fenêtre largement ouverte, est de beaucoup préférable. La gymnastique de
chambre, douée et mieux comprise, est faite sans aucun appareil. Elle s'adresse
à tous: jeunes ou vieux, bien portants ou malades; tous peuvent en
attendre les plus grands bienfaits.
Cette méthode d'exercices de chambre a été mise en vogue par Ling, un
suédois. Elle a été préconisée par un grand nombre d'hygiénistes, et le danois
Müller en est actuellement un de ses plus actifs propagandistes.
Alors que la durée d'exécution de la leçon type d'entraînement de
Hébert est en moyenne d'une heure (elle peut aller de 30 à 90 minutes),
les exercices préconisés par Müller ne demandent qu'un quart d'heure. Müller
conseille de prendre, au milieu des exercices, une ablution et un bain,
immédiatement suivis de frictions. La cure d'eau se fait dans un tub avec une
pomme d'arrosoir ou une grosse éponge, puis on s'assied et se renverse dans le
tub afin de mouiller tout le buste. A défaut de tub, on se frictionne le corps
avec une serviette mouillée. La séance d'exercice se termine par un bain d'air.
Les enseignements de Müller donnent, à qui les suit avec régularité, les
plus heureux résultats; ils ne présentent aucun danger, aucun inconvénient.
Notre méthode s'inspire de la méthode suédoise. Cependant, elle est
encore plus simple.
L'exercice physique doux et régulier, n'est pas seulement pour nous un
moyen de développer et d'assouplir nos muscles, d'assurer le jeu parfait de nos
organes, nous l'envisageons aussi comme un procédé permettant de développer
notre attention, d'augmenter notre vouloir. Un corps sain, au service d'une âme
forte, agissante, tel doit être notre idéal !
Les caractéristiques qui forment la base de notre méthode sont les
suivantes:
1°. — L'exercice doit être doux.
Aucun mouvement de force, aucune contraction violenter et prolongée,
aucun déplacement rapide des membres.
2°. — L'exercice doit être fait sans appareil.
Hébert dit très justement: « Tous les appareils, quels qu'ils
soient, ne sont pas du tout indispensables ni même nécessaires. » Donc,
pas d'haltères simples ou à ressorts, pas d'extenseur. Tout au
plus, un simple bâton tenu dans les mains dans les exercices d'élévation parallèle
des membres supérieurs pour maintenir leur écartement régulier. Mais le mieux
est encore de conserver cet écartement par une attention soutenue
3°. — L'exercice doit être rythmé.
Il doit être fait avec le plus de régularité possible et chaque
mouvement doit être exécuté pendant une période respiratoire.
4°. — L'exercice doit fixer notre attention.
C'est un des moyens qui permettent d'arriver à un meilleur
contrôle de soi-même, de développer la volonté.
5°. — L'exercice doit être à la portée de chacun.
Tous, hommes et femmes, adultes et enfants, vieillards même,
tous, malades ou bien portants, retirent de notre méthode les plus heureux
résultats. Nerveux, sanguins, bilieux ou lymphatiques, tous la suivent avec
succès. Chaque soir, avant de se mettre au lit, dix minutes d'exercices
simples, doux, rythmés, assurent à notre organisme un meilleur
fonctionnement.
Notre méthode comporte seulement 15 exercices. Nous nous sommes efforcé
de les simplifier le plus possible, afin que chacun puisse les pratiquer sans
peine. Vous devez les faire successivement, dans l'ordre indiqué, et sans
marquer, entre eux, de temps d'arrêt appréciable.
Chaque exercice ne sera fait qu'une seule fois.
Sitôt ces 15 exercices exécutés, vous vous frictionnez vous-même
tout le corps avec la main sèche ou avec une serviette également bien
sèche. Exercices et frictions ne demandent que dix minutes.
Vous ferez ces exercices dans votre chambre, le soir, avant de vous
mettre au lit, étant très faiblement vêtu, ou mieux encore
complètement nu.
Vous vous efforcerez de garder durant toute la durée des exercices, le
même rythme.
Chaque mouvement comporte deux temps: un temps d'aller et un temps de
retour à la position de départ. Afin que les exercices soient
parfaitement compris de nos élèves, nous avons fait dessiner tous les
mouvements : chaque figure d'exercice comporte, en trait plein, la position du
corps au départ et en ligne pointillée la position d'arrivée; lorsque nous
l'avons jugé utile, nous avons ajouté une flèche pour bien faire
comprendre la ligne générale du mouvement.
Votre respiration fera l'objet de toute votre attention. Elle sera
ample, très régulière et rythmée avec les deux temps de chaque
exercice: vous inspirerez l'air pendant le premier temps et vous l'expirerez au
cours du second temps. Inspiration et expiration devront avoir sensiblement la
même durée. Vous ne devrez pas faire d'efforts pour garder le souffle
dans vos poumons: lorsque votre poitrine sera dilatée à son maximum,
vous détendrez vos muscles inspirateurs et aussitôt votre poitrine et votre
ventre s'affaisseront de leur propre poids. Dès que vos poumons seront
vides d'air, et sans marquer de temps d'arrêt appréciable, vous les
remplirez à nouveau lentement.
Vous devez chercher à respirer un air aussi pur que possible.
Habituez-vous graduellement à faire vos exercices auprès d'une
fenêtre grande ouverte. Si vous commencez votre entraînement pendant la
saison froide, nous ne saurions trop vous conseiller de procéder avec prudence.
Tout d'abord, vous ne vous exposerez pas nu directement près de la
fenêtre, mais le premier jour, tout en étant encore vêtu, vous
entrebâillerez très légèrement la fenêtre de la
pièce contiguë à la vôtre, en laissant la porte de communication
entre les deux pièces largement ouverte. Ainsi, l'air frais vous arrivera
indirectement. Puis, chaque jour, vous ouvrirez un peu plus grand cette
fenêtre et, lorsque vous vous sentirez bien à votre aise, vous
garderez de moins en moins de vêtements sur le corps. Enfin, dès
que vous serez habitué à l'air, ouvrez la fenêtre qui donne
directement dans la chambre où vous vous exercez, ouvrez-la chaque jour
un peu plus. Lorsque vous serez entraîné, lorsque votre corps, rendu plus fort,
ne sera plus sensible aux variations de température, vous éprouverez une grande
satisfaction à vous ébattre dans un air pur, sans cesse renouvelé.
J'ai dit, et j'y reviendrai au cours des chapitres suivants, qu'au
point de vue psychique, l'exercice méthodique est un excellent moyen de fixer
votre attention, de développer votre volonté, d'obtenir une plus grande
maîtrise sur vous-même. Vous vous efforcerez donc d'être
très attentif pendant toute la durée des exercices. Plus vous penserez
avec une attention calme et soutenue à vos exercices et mieux ils seront
faits, plus vous en bénéficierez physiquement et moralement.
Etes-vous craintif, timide, coléreux ? Etes-vous victime d'une
impulsion morbide, d'un désir auquel vous ne pouvez résister, comme, par
exemple, celui de fumer ? Tandis que votre corps s'exerce, votre esprit doit
travailler à se libérer de ce qui, en vous, le gêne et le
paralyse. Vous êtes maintenant sur la route qui va vous mener au but que
vous vous êtes fixé, celui d'élever votre esprit, de le développer, de
l'affranchir de toute contrainte. Vous. allez vers la parfaite connaissance de
vous-même. Ne craignez pas l'effort !
Vous ne tarderez pas, d'ailleurs, à enregistrer des résultats
heureux. Et, en persévérant, c'est une transformation profonde de toute votre
personne, une éclosion nouvelle qui couronneront vos efforts.
Vous constaterez un développement graduel de vos muscles, un
élargissement heureux de votre poitrine. Vous sentirez plus de force, plus de
souplesse, plus d'agilité dans vos mouvements.
Toutes vos fonctions seront régularisées. Votre digestion deviendra
plus facile, votre respiration plus profonde, votre circulation plus active.
Vous n'aurez plus de digestions mauvaises, d'essoufflements pénibles, de
troubles congestifs. Vous deviendrez de moins en moins frileux.
Vos éliminations seront plus régulières. Vous préviendrez les
douleurs, la goutte, le rhumatisme.
Du côté de votre système nerveux, c'est plus de calme, plus de
maîtrise, plus de puissance d'action que vous gagnerez. C'est un sommeil
paisible et réparateur, exempt de tout rêve que vous connaîtrez chaque
soir.
Votre cage thoracique se développera. Votre ligne générale deviendra
plus harmonieuse. Vous aurez plus d'aisance, plus de maintien.
Et, en même temps que votre volonté se fortifiera, votre corps
accroîtra sa résistance. Votre terrain deviendra chaque jour meilleur; il se
défendra mieux contre la maladie.
Ami lecteur, sois un Sage !
Veuille que ton corps soit plus harmonieux, plus fort, plus souple, que
ton âme soit plus belle, plus grande et plus généreuse. Au travail ! Surtout ne
crains pas l'effort et persévère. Les premières difficultés
passées, quel plaisir tu ressentiras ! Chaque jour, tu découvriras en
toi-même de nouvelles raisons de vivre !
Voici les exercices que je te conseille de faire, chaque soir,
très assidûment:
premier exercice
Elévation
parallèle et abaissement en avant des membres supérieurs.
La position de départ est celle du garde-à-vous: talons joints,
corps bien droit, jambes tendues, épaules rejetées en arrière, poitrine
bien développée, bras allongés le long du corps, les paumes des mains tournées
vers les cuisses. La tête doit être relevée. Regardez devant vous
avec ce regard assuré que vous voulez acquérir.
Tout en les maintenant parallèles, élevez lentement les deux
bras jusqu'à ce qu'ils soient dans le prolongement du corps. Vous avez
ainsi décrit un demi-cercle en avant. Sans marquer de temps d'arrêt et
tout en conservant les bras parallèles, revenez lentement à la
position de départ.
Point très important: vous devez rythmer l'exercice avec les
deux temps respiratoires. Vous inspirez l'air pendant l'élévation des bras et
vous le rejetez pendant leur abaissement. Au cours du premier temps, votre
diaphragme s'abaisse et chasse en avant vos organes abdominaux; votre ventre
devient légèrement proéminent, tandis que vos côtes se soulèvent;
en même temps, votre cage thoracique augmente de haut en bas et
d'arrière en avant. Efforcez-vous de gonfler votre poitrine le plus
lentement possible. Lorsque la dilatation est complète, vos bras doivent
être parvenus en haut de leur course. Sans attendre, abaissez-les
lentement, à mesure que vous rejetez doucement l’air de vos poumons.
Respirez toujours par le nez.
Joignez à cet effort physique, un exercice psychique. Ne soyez
pas distrait. Suivez, par la pensée, tous vos mouvements avec une attention
calme, soutenue. Que vos gestes soient réguliers, sans saccades. Et pensez au
but que vous voulez atteindre: votre perfectionnement physique, moral et
intellectuel.
image
Fig. 26. — Premier exercice
Deuxième EXERCICE
Elévation parallèle et abaissement des membres supérieurs de
chaque côté du corps.
Ce premier exercice est excellent pour développer les bras et la
poitrine.
Même position de départ.
Vous élevez vos bras lentement devant vous. Mais, lorsque vos membres
supérieurs ont atteint la station verticale, au lieu de les maintenir
parallèles et de les rabaisser devant vous,vous les laissez descendre de
chaque côté de votre corps. Vos bras, toujours bien allongés, descendent
lentement; les paumes de vos mains restent tournées vers le haut jusqu'à
la position horizontale, puis, à partir de ce moment, vos mains
exécutent un mouvement de rotation qui ramène vos paumes contre vos
cuisses, à la position de départ.
image
Fig. 27. — Deuxième exercice (Position de départ)
image
Fig. 28. — Deuxième exercice
(Fin du premier temps ; arrivés en haut de leur course, les membres
supérieurs, bien allongés, redescendent de chaque côté du corps).
Vous aspirez l'air pendant la durée de l'élévation des bras- et vous le
rejetez pendant leur abaissement. Auto suggérez-vous.
Cet exercice développe les membres supérieurs, les épaules, la
poitrine, le haut du dos.
troisième EXERCICE
Extension et flexion des avant-bras dans un plan horizontal.
Le corps étant bien campé, le buste toujours droit, la poitrine bien
dégagée et les talons joints, placez vos bras de chaque côté du corps en
position horizontale; vos avant-bras sont fléchis et ramenés le long des bras;
vos mains, bien à plat et dans le prolongement des avant-bras, sont
tournées les paumes vers le sol; l'extrémité des mains touche la poitrine.
image
Fig. 29. — Troisième exercice
Premier temps. — En partant de cette position, et dans un plan toujours
bien horizontal, allongez les bras de chaque côté de votre corps. Pendant ce
mouvement d'extension, vos mains exécutent un mouvement de rotation qui
amène, en fin de course, vos paumes en dessus.
Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez
progressivement à la position de départ.
Vous remplissez d'air vos poumons, pendant l'extension des avant-bras;
vous expirez l'air durant le retour à la position initiale.
Que votre esprit suive avec soin vos mouvements.
Cet exercice développe les muscles des membres supérieurs, des épaules
et de la poitrine.
quatrième EXERCICE
Rotation des deux bras.
Votre corps étant bien droit, jambes tendu.es, talons joints, allongez
vos bras horizontalement devant vous. Vos mains sont appliquées l'une contre
l'autre, bien à plat.
image
Fig. 30. — Quatrième exercice
Avec vos bras, qui resteront toujours bien tendus, exécutez un
mouvement de rotation de chaque côté de votre corps. Pour décrire ce cercle,
vous élevez vos bras, puis, continuant le mouvement commencé, vous les projetez
en arrière, pour revenir finalement au point de départ.
Ce premier exercice terminé, refaites le même mouvement, mais en
sens inverse: les membres supérieurs étant revenus à la même
position de départ, vos bras s'abaissent, puis remontent en arrière en
passant au-dessus de la tête, et regagnent finalement leur position
initiale.
Vous aspirez profondément pendant le premier demi-cercle et vous
expirez l'air en finissant le mouvement.
Efforcez-vous de faire, de chaque côté de votre corps, un cercle bien
régulier et aussi grand que possible. Donnez à vôtre articulation de
l'épaule le plus de jeu possible.
Ayez foi dans le succès. Cherchez à gagner plus de calme
plus de maîtrise de vous.
Cet exercice développe puissamment les muscles de la. poitrine et du
dos.
image
Fig. 31. — Cinquième exercice
cinquième EXERCICE
Flexions et extensions simultanées des membres inférieure
Au départ, le corps est droit, les talons joints, la poitrine bien
dégagée, mais les mains sont placées sur les hanches, les coudes et les épaules
projetés en arrière.
Premier temps. — Fléchissant votre genou droit, amenez votre cuisse dans
la position horizontale, le pied étant biem allongé; puis, tout en maintenant
la cuisse dans la même position, allongez la jambe horizontalement. Votre
pied reste en complète extension et votre membre inférieur ne doit plus
former jusqu'à l'extrémité des orteils, qu'une ligne droite que vous
élèverez le plus possible vers l'horizontale.
Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez à
votre point de départ.
Refaites le même exercice de la jambe gauche. Vous inspirez
pendant l'élévation et l'extension de la jambe; vous expirez pendant le second
temps de l'exercice.
image
Fig. 32. — Sixiéme exercice
Que votre attention veille à vous maintenir en parfait équilibre
sur une seule jambe; mieux elle y arrivera et plus facilement vous obtiendrez
la maîtrise de vous-même.
Regardez bien en face de vous avec la plus entière confiance
dans le succès final.
Cet exercice est excellent pour développer vos membres inférieurs.
sixième EXERCICE
Rotation des membres inférieurs.
Même position de départ que pour le quatrième exercice:
corps bien droit, jambes tendues, talons joints, poitrine bien dégagée en
avant, épaules projetées en arrière. Mains sur les hanches.
Avec le membre inférieur droit, qui reste bien tendu pendant toute la
durée de l'exercice, décrivez un cercle très régulier sur le côté de
votre corps. Durant la première moitié du mouvement circulaire, vous
devez allonger votre pied dans le prolongement de la jambe (pied de danseuse),
puis, pendant que votre pied parcourt la fin du cercle, et par un mouvement
inverse, vous ramenez le pied à sa position de départ.
Faites le même exercice de circumduction avec le membre inférieur
gauche.
Veillez à ce que vos poumons se remplissent d'air pendant que
votre pied décrit la première moitié du cercle; vous rejetez l'air
lentement pendant la fin du parcours.
Une attention soutenue vous aidera à faire des cercles bien
réguliers, tout en tenant votre équilibre sur un pied. Procédez-lentement, avec
le plus de calme possible.
Conservez une physionomie décidée, souriante même, qui est le
gage du succès.
Cet exercice de rotation développe les muscles des membres inférieurs
et ceux des hanches.
septième exercice
Extension et flexion des genoux, mains aux hanches
Au départ, le corps est accroupi, genoux écartés, buste bien droit,
mains aux hanches.
Elevez-vous lentement sur la pointe des pieds jusqu'à la station
verticale. Puis, par un mouvement inverse, revenez à la position
accroupie. Votre buste, toujours maintenu bien droit, coudes et épaules rejetés
en arrière, doit descendre lentement et au plus bas possible. Les
personnes souples et entraînées arrivent très bien à s'asseoir
sur leurs talons.
Vous inspirez profondément durant l'élévation de votre corps; vous
expirez pendant le retour à la position de départ.
Soyez attentif et tenez bien votre équilibre. Cherchez à faire
ce mouvement avec le plus d'aisance possible.
Maintenez toujours intacte votre résolution d'acquérir par votre effort
volontaire un parfait contrôle de vous-même.
Cet exercice est excellent pour développer les muscles de la région
lombaire et des membres inférieurs.
image
Fig. 33. — Septième exerciez
huitième EXERCICE
Extension et flexion des coudes en position accropie.
Cet exercice se fait en station accroupie, genoux largement écartés,
buste droit, tête rejetée en arrière. Les mains bien à
plat, sont placées derrière la tête, les extrémités des doigts se
touchant à la nuque.
Au cours du premier temps, vous étendez vos bras de chaque côté du
corps, selon une ligne bien horizontale. Puis, au second temps, par un
mouvement inverse, vous ramenez les mains à la nuque.
Durant l'extension de vos bras, inspirez profondément; rejetez l'air
pendant le retour des mains à leur point de départ.
Restez calme. Votre pensée, claire et lucide, doit veiller à ce
que l'exercice soit exécuté avec la plus grande régularité.
Cherchez à maintenir votre équilibre.
Observez toujours votre discipline mentale. Veuillez acquérir de
nouveaux pouvoirs. Faites appel aux forces ambiantes.
Cet exercice développe les membres supérieurs et inférieurs, ainsi que
la poitrine et les épaules.
image
Fig. 34. — Huitième exercice
neuvième EXERCICE
Projection du corps de côté, bras élevés de chaque côté de la
tête
La poitrine est toujours bien développée, le buste campé sur les deux
jambes écartées, bien tendues. Les bras sont élevés parallèlement de
chaque côté de la tête, dans le prolongement du corps.
Premier temps. — Abaissez votre buste du côté droit. Vos bras doivent
rester bien tendus et parallèles. Vous projetez la partie supérieure du
corps le plus bas qu'il vous est possible, sans fléchir les genoux, ni bouger
les pieds.
Second temps. — Redressez-vous lentement pour revenir à la
position verticale.
Refaites ensuite le même mouvement, mais en abaissant le corps du
côté gauche.
Aspirez l'air pendant la projection de votre corps et expirez pendant
le retour à la position verticale.
image
Fig. 35. — Neuvième exercice
Que votre volonté soit calme et décidée. Pensez sans cesse au but que
vous voulez atteindre. Et surtout armez-vous de patience !
Cet exercice est à recommander lorsqu'il s'agit de renforcer les
muscles du ventre et de la région lombaire.
dixième EXERCICE
Redressement et flexion du corps
Au départ, le corps est fléchi, les jambes bien tendues, les talons
joints; les bras, parallèles, sont projetés vers le sol. La paume des
mains est tournée vers les jambes. A aucun moment, les jambes ne doivent
fléchir, ni les talons se déplacer.
image
Fig. 36. Dixième
exercice
Premier temps. — Tout en maintenant vos bras bien parallèles,
redressez lentement votre buste. Arrivées à la station verticale, les
paumes de vos mains se présentent en avant et vos bras sont dans le
prolongement du corps.
Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez, avec le
même rythme, à la position fléchie en avant. Lorsque le corps est
souple et qu'on s'y est entraîné, on arrive à la fin du second temps —
sans plier les genoux et tout en maintenant les talons joints, — à
toucher, l'extrémité de ses pieds.
Inspirez pendant le redressement du corps et expirez l'air pendant son
abaissement.
Faites acte de volonté. Pensez à obtenir un meilleur contrôle de
vous-même.
Cet exercice développe les muscles de tout le buste.
onzième EXERCICE
Mouvement de rotation du buste
Position de départ: jambes allongées et écartées mains aux hanches,
buste fléchi en avant, face regardant le sol.
image
Fig. 37. — Onzième exercice
Premier temps. — Décrivez un cercle avec tout votre buste, Votre buste,
toujours fléchi, est projeté d'abord vers la droite et, décrivant un
demi-cercle, arrive en arrière. Pendant ce premier temps, le haut du
corps a exécuté un demi-cercle et votre figure, maintenant, regarde au ciel,
Deuxième temps. — Sans vous arrêter, continuez le
mouvement de rotation vers la gauche et revenez à la position fléchie en
avant. Pendant ce deuxième temps, votre buste a terininé, sur
lui-même, le mouvement de rotation et votre face regarde à nouveau
vers le sol.
Aspirez profondément pendant le premier demi-cercle; rejetez l'air
lentement au cours du second demi-cercle.
Faites ensuite le même exercice, mais en tournant dans l'autre
sens.
Persévérez dans votre effort. Que votre volonté soit calme, décidée !
image
Fig. 38. — Douzième exercice
Cet exercice est excellent pour renforcer les muscles desreins et du
ventre.
douzième exercice
Position d'escrime
Au départ, le corps est droit, les jambes bien tendues, les talons
joints, les bras allongés le long du corps, la paume des mains tournée en
avant.
Premier temps. — Regardez à votre droite où vous allez
vous mettre en position d'escrime. Votre pied gauche reste immobile, comme rivé
au sol. Détachez votre pied droit et, en le projetant à droite,
fléchissez votre cuisse. Ce mouvement entraîne votre corps. En même
temps, élevez votre bras droit, bien étendu, le long de votre tête; tendez
à fond votre cuisse droite. Votre bras gauche n'a pas quitté sa position
et votre petit doigt est toujours contre votre cuisse. Efforcez-vous de bien
allonger votre corps.
Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez-à la
position de départ.
Développez vos poumons au cours du premier temps et expirez l'air
pendant le retour à la station verticale du départ.
image
Fig. 39. — Treizième exercice
Reprenez la même position d'escrime, mais sur votre côté gauche.
Gardez toujours la même confiance en vous, le même désir de
vaincre.
Cet exercice développe l'ensemble du corps.
treizième exercice
Etant allongé à terre, relever et abaisser les jambes
Etendez-vous à terre sur un tapis ou une descente de lit: corps
bien droit, jambes allongées, les pieds appliqués l'un contre l'autre, mains
à la nuque, poitrine bien bombée.
Premier temps. — Sans bouger votre corps, élevez lentement votre jambe
droite, toujours bien tendue, en vous efforçant de la rapprocher le plus
près possible de la ligne verticale.
Deuxième temps. — Tout en conservant le même rythme,
revenez au point de départ.
Faites ensuite le même mouvement d'élévation et d'abaissement
avec la jambe gauche toujours bien tendue. Puis, même exercice, mais en
élevant ensemble les deux jambes qui doivent rester bien accolées l'une contre
l'autre.
image
Fig. 40. — Quatorzième exercice
Vous inspirez l'air pendant l'élévation de la jambe et vous la rejetez
pendant son abaissement.
Que votre attention surveille cet exercice, qui présente, au début,
quelque difficulté. Evitez que votre corps roule sur le tapis. Vous conserverez
très facilement votre stabilité en écartant très largement vos
coudes.
Ne perdez jamais de vue votre nouvel idéal.
Cet exercice développe spécialement les muscles du ventre et du dos. Il
est excellent pour les muscles de la poitrine et des membres.
quatorzième EXERCICE
Extension et flexion des reins
Asseyez-vous à terre, les jambes bien allongées l'une contre
l'autre, le corps fléchi en avant, au maximum. Etendez complètement vos
bras devant vous et efforcez-vous de toucher l'extrémité de vos pieds. Vos
mains doivent être étendues bien à plat, la paume tournée vers vos
jambes.
image
Fig. 41. — Quinzième exercice
Premier temps. — En partant de cette position et tout en.ramenant vos
membres supérieurs bien allongés de chaque coté de votre tête, redressez
lentement votre buste et renversez-le jusqu'à terre. Votre buste décrit
ainsi un demi-cercle complet. Efforcez-vous de ne pas quitter vos talons du
sol; vous y arriverez lorsque vous aurez suffisamment développé vos muscles et
assoupli vos articulations.
Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez lentement
à la position de départ.
Au début de votre entraînement, pour éviter que vos talons quittent le
sol lorsque vous rejetez le haut du corps en arrière, engagez la pointe
de vos pieds sous un meuble pesant (le bas d'une armoire ou d'un lit, par
exemple). Vous aurez ainsi un point d'appui qui vous permettra de faire cet
exercice avec plus de facilite.
Inspiration profonde à mesure que votre buste décrit le premier
demi-cercle; expiration pendant le second temps du mouvement.
Auto suggérez-vous.
Cet exercice d'extension et de flexion des reins développe puissamment
les muscles du ventre et de la région lombaire..
quinzième exercice
Soulèvement et
abaissement du corps sur les bras
Placez-vous à terre sur le ventre, le corps bien allongé, les
jambes tendues, les pieds joints. Fléchissez les bras le long du corps, vos
mains étant posées à terre, bien à plat, de chaque côté de la
poitrine, les doigts dirigés en avant.
Premier temps. — Tous vos muscles étant bien contractés, détachez votre
corps du sol en étendant lentement vos bras. A fin de course, tout le corps,
qui doit former une ligne bien droite, ne repose plus que sur les mains et la
pointe des pieds. Deuxième temps. Par un mouvement inverse, reposez le-
corps à terre.
Emplissez d'air vos poumons pendant le soulèvement dm corps et
expirez pendant le retour à la position de départ.
Continuez à vous auto-suggérer.
Cet exercice développe spécialement les membres supérieurs et les
épaules.
Aussitôt que vous aurez exécuté ces 15 exercices, étant
complètement déshabillé, essuyez-vous très rapidement avec une
serviette bien sèche. Vous devez vous essuyer tout le corps qui a pu
entrer en transpiration.
Puis, pour régulariser votre circulation, vous procédez aux frictions
et aux effleurages qui complètent très utilement les exercices.
Les frictions sont faites avec une serviette bien sèche; elles
s'adressent successivement au dos, à la poitrine et aux reins. Toutes
les autres parties du corps sont effleurées avec les mains, qui doivent
être également bien sèches. Aussi bien pour les frictions que pour
les effleurages, vous devez procéder rapidement, mais toujours avec
légèreté.
Frictionnez d'abord votre dos avec votre serviette — de préférence une
serviette éponge dont l'effet est plus actif. La serviette, placée en travers,
à la partie postérieure de votre corps, est maintenue au-dessus de
l'épaule droite, par votre main droite et au-dessous de l'épaule gauche par
l'autre main. Tirez sur la serviette alternativement de haut en bas et de bas
en haut. Quatre ou cinq tractions dans les deux sens suffisent pour obtenir une
réaction.
image
Fig. 42. — Friction du dos avec une serviette sèche.
Faites la même opération en plaçant la serviette en sens inverse.
L'extrémité supérieure est tenue par la main gauche au-dessus de l'épaule
gauche et l'autre extrémité par la main droite sous l'épaule droite. Quatre ou
cinq tractions alternativement de haut en bas et de bas en haut.
Procédez de même pour la poitrine. La serviette est placée en
travers de la poitrine sur sa face antérieure et vos deux mains la montent et
la descendent successivement quatre oie cinq fois de suite. Même exercice
en changeant de mains, comme pour le dos.
Puis, frictionnez la région lombaire. Votre serviette, appliquée
horizontalement sur les reins, est tirée de côté tantôt par une main, tantôt
par l'autre. Quatre ou cinq mouvements dans chaque sens suffisent.
Ces premières frictions terminées, posez votre serviette: elle
ne vous sera plus utile maintenant. C'est avec vos mains à nu et bien
sèches que vous allez effleurer les autres parties de votre corps.
image
Fig. 43. — Friction de la poitrine
Pour exécuter un effleurage, la main est toujours posée bien à
plat, les doigts réunis l'un contre l'autre, sans être serrés cependant.
La main ne doit, à aucun moment, être contractée; le poignet
demeure souple. Plus l'effleurage est pratiqué avec légèreté et régularité,
et plus son action est efficace.
En dehors du massage magnétique, qui se fait de haut en bas pour agir
directement sur l'innervation, tout procédé de massage hygiénique, comme celui
que nous envisageons ici, doit être exécuté dans le sens de la
circulation veineuse de façon à favoriser le retour du sang usagé vers
le cœur. Vous partez du point le plus éloigné du corps et vous vous
dirigez vers la poitrine. Il est préférable, durant ce premier mouvement, de ne
pas rompre le contact avec la peau. Arrivé en fin de course, vous cessez tout
contact avec la peau et vous replacez vos mains au point de départ, prêt
à exécuter une deuxième manipulation.
image
Fig. 44. — Friction de la région lombaire.
S'il s'agit du ventre, vous massez dans le sens physiologique,
c'est-à-dire en décrivant un cercle autour de l'ombilic (nombril). La
main, qui ne doit avoir aucune raideur, se déplace suivant le trajet du gros
intestin. Ce massage abdominal active puissamment le travail intestinal.
Ces quelques éléments vous suffisent pour exécuter vous-même les
manipulations suivantes:
Commencez par effleurer votre tête et votre cou. Vous effleurez
le côté droit avec la main droite, le côté gauche avec la main gauche. Posez
tout d'abord votre main droite bien à plat sur le côté droit de votre
front. Puis, tout en gardant le contact avec la peau, descendez votre main vers
la poitrine en ayant soin que l'extrémité de vos doigts passe successivement
sur la tempe, derrière l'oreille, pour descendre ensuite le long du cou.
Au passage de l'oreille, incurvez votre main pour ne pas replier le pavillon de
cet organe. Votre main étant arrivée à la poitrine, cessez tout contact
et replacez votre main à la position de départ. Quatre ou cinq
effleurages suffisent généralement pour dégager la tête.
image
Fig. 45. — Effleurage manuel de la face et du cou.
Faites autant d'effleurages sur l'autre côté de la tête et du
cou, avec votre main gauche.
Ces manipulations agissent directement sur les veines superficielles du
cou (veines jugulaires) et, favorisant ainsi le retour du sang au cœur,
elles contribuent à décongestionner la tête. Les personnes qui ont
fréquemment la tête lourde se trouveront particulièrement bien de
ce procédé; pour que l’effet en soit plus actif, il leur suffira d'augmenter le
nombre des effleurages. Nous ne saurions trop recommander que ces manipulations
soient exécutées le plus légèrement possible.
Effleurez ensuite vos membres supérieurs. Commencez par le droit: votre
main gauche saisit votre poignet droit qu'elle entoure le mieux possible, puis
elle remonte doucement vers l'épaule. Arrivée à ce but, elle quitte le
contact et vient se replacer au poignet. Même opération à gauche.
Quatre ou cinq effleurages par membre suffisent.
image
Fig. 46. — Effleurage des membres supérieurs.
Pour agir sur vos membres inférieurs, asseyez-vous sur votre lit et
prenez entre les deux mains l'une de vos chevilles. Vos mains, continuant
d'emprisonner les masses musculaires, remontent jusqu'à la hanche.
Même opération pour chaque membre inférieur. Vous la renouvelez quatre ou
cinq fois de suite.
Reste le ventre. Asseyez-vous sur le bord du lit. Votre main droite
étant posée bien à plat sur la paroi abdominale et sans aucune raideur,
décrit autour de l'ombilic (nombril) pris comme centre, un cercle régulier. Le
mouvement de rotation doit être fait dans le sens du gros intestin.
Partant de la fosse iliaque droite, votre main passe au-dessus de l'ombilic
immédiatement sous les côtes, redescend du côté gauche pour revenir, par le
bas-ventre, au point de départ. Vous décrivez ainsi, sans arrêt et d'un
mouvement uniforme, une dizaine de cercles.
Cet effleurage circulaire réveille les mouvements péristaltiques et
stimule très puissamment le travail intestinal.
image
Fig. 47. — Effleurage des membres inférieurs.
Ces frictions et ces effleurages ont une action très salutaire
sur votre circulation. Dès qu'ils sont effectués, vous éprouvez une
sensation inaccoutumée de bien-être, de calme, de détente; une chaleur
agréable gagne tout votre corps; vous avez plus d'aisance, plus de souplesse
dans vos mouvements ; votre tête est libre; vous sentez que vous exercez
un meilleur contrôle sur vous-même. Vous vous mettez au lit plus
gaiement, vous détendez bien vos muscles, vous calmez votre esprit (c'est la
pratique que nous appelons isolement et à laquelle nous consacrons un
prochain chapitre) et bientôt le sommeil vous gagne. Combien d'insomnies ont
été guéries ainsi, après quelques jours d'entraînement ! On habitue son
organisme à dormir régulièrement chaque soir à la
même heure, et on s'éveille le corps dispos, l'esprit lucide, à
une heure toujours la même, avec une régularité d'horloge !
image
Fig. 48. — Effleurage du ventre.
On verra, par le tableau ci-contre, que pour exécuter les 15 exercices,
suivis des frictions et des effleurages, il suffit, après quelques jours
d'habitude, de dix minutes seulement. Chacun peut disposer de ce laps de temps
avant de se coucher. Et ceux même qui, fatigués, exténués par un travail
manuel ou cérébral craignent de retarder le moment de se mettre au lit, ceux-là
surtout, disons-nous, ont avantage à consacrer 10 minutes à notre
séance d'exercices. Ces dix minutes ne seront pas perdues, et tout au
contraire, loin de gêner leur sommeil, ces quelques exercices le rendra
beaucoup plus profond et réparateur. Que se passe-t-il lorsque vous êtes
harassé, fatigué, tourmenté ? Vous vous mettez au lit, mais le sommeil vous
fuit; vous êtes pris d'une agitation fébrile, vous vous impatientez, vous
vous retournez continuellement, vous remuez dans votre tête tout un flot
d'idées et de préoccupations. Au contraire, faites-vous les exercices que nous
préconisons ? Vous vous glissez dans les draps avec une respiration ample, une
circulation régulière, un esprit calmé et le sommeil vous gagne en
quelques minutes.
Votre corps et votre esprit ont donc besoin, à la fin de la
journée, de ces quelques minutes d'exercices doux. Observez-les et vous en
retirerez certainement un grand bien-être.
A nos lecteurs qui ne sont pas en parfaite santé, nos exercices quoique
très simples, paraîtront peut-être difficiles à exécuter. A
ceux-là, nous conseillons de procéder plus doucement encore et de ne pas
chercher, dès le début, à accomplir ce qu'ils jugent
peut-être, en raison de leur état organique, comme un tour de force. Qu'ils
pensent à revenir graduellement vers l’idéal équilibre.
La maladie ne s'installe pas du jour au lendemain dans nos organes;
elle ne peut s'en aller que progressivement.
C'est petit à petit que nos rouages se dérèglent, que nos
fonctions ralentissent leur rythme, que nos organes s'encrassent et se
rouillent, que notre volonté faiblit. De même, c'est par étapes que nous
retrouverons la santé. Pour effectuer ce retour à la vie saine, il
suffit de soins attentifs et judicieusement compris. Point n'est besoin de
transformer son estomac en laboratoire, d'absorber le médicament à la
mode, les pilules X ou Y, de se faire injecter quelque drogue nocive. Non pas !
Il suffit de se conformer aux lois de la nature pour connaître à nouveau
la santé et le bonheur !
Mais, qu'on le sache bien, ce retour à la vie normale doit
être graduel. Si, en raison de votre faiblesse ou de votre lassitude,
vous éprouvez quelques difficultés à exécuter notre série de mouvements,
simplifiez-la au début. Faites seulement, tout d'abord, trois ou quatre
exercices, ceux qui vous paraîtront les plus faciles, par exemple: le premier
(élévation parallèle et abaissement en avant des membres supérieurs), le
troisième (extension et flexion des avant-bras dans un plan horizontal),
le sixième (rotation des membres inférieurs) et le dixième
(redressement et flexion du corps). Puis, à mesure que viendront des
forces, augmentez le nombre d'exercices jusqu'à adopter la série
entière. En tout cas, dès le premier jour, faites bien toutes les
frictions, tous les effleurages que nous conseillons ; ils ne demandent aucune
fatigue et vous procureront déjà un grand bien-être.
LEÇON TYPE D'ENTRAINEMENT
(Méthode Henri Durville )
15 exercices physiques a exécuter dana
sa chambre, sans appareil
exercice MOUVEMENT A EXÉCUTER DUREE MOYENNE
1- Elévation parallèle et abaissement en avant des membres
supérieurs. 20 secondes
2- Elévation parallèle et abaissement des membres supérieurs de
chaque côté du corps .
20 s
3- Extension et flexion des avant-bras dans un plan horizontal 20 s
4- Rotation des deux bras.
20 s
5- Flexions et extensions simultanées des membres inférieurs:
1°. — Jambe droite.
20 s
2°. — Jambe gauche.
20 s
6- Rotation des membres inférieurs:
1°. — Jambe droite.
20 s
2°. — Jambe gauche.
20 s
7- Extension et flexion des genoux, mains aux hanches 20 s
8- Extension et flexion des coudes en position accroupie 20 s
9- Projection du corps de côté, bras élevés de chaque côté de la
tête :
1°. — Projection à droite.
20 s
2°. — Projection à gauche.
20 s
10- Redressement et flexion du corps. 20 s
11- Mouvement de rotation du buste:
1°. — Rotation à droite.
20 s
2°. — Rotation à gauche. 20 s
12- 1Position d'escrime:
1°. — A droite.
20 s
2°. — À gauche. 20 s
13- Etant allongé à terre, relever et abaisser les jambes:
1°. Elévation de la jambe droite. 20
s
2°. Elévation de la jambe gauche. 20 s
3°. Elévation des deux jambes.
20 s
14- Extension et flexion des reins. 20 s
15- Soulèvement et abaissement du corps sur les bras. 20 s
Frictions avec une serviette sèche sur le dos, la poitrine et
les reins et effleurages avec les mains sèches sur les autres parties du
corps. 2 minutes 1/2
Total, environ. 10 minutes
Etes-vous
au contraire en parfaite santé, souple, bien musclé ? Accomplir les 15
exercices vous paraîtra un jeu d'enfant, Vous disposez de temps ? Faites notre
série d'exercices, non seulement le soir, mais aussi le matin, au saut du lit.
Vous
pouvez encore augmenter l'effet salutaire de notre leçon d'entraînement en
accomplissant chaque mouvement plus à fond. Ce point mérite quelques
détails:
Prenons,
par exemple, le premier exercice qui consiste à élever
parallèlement, puis à abaisser en avant les membres supérieurs.
Dans le mouvement à fond, l'ensemble de l'exercice est le même,
même position de départ, même rythme respiratoire. Mais vos bras
étant arrivés à la station verticale de chaque côté de votre tête,
vous vous soulevez sur la pointe des pieds, tout en conservant les talons
joints. Elevez vos bras aussi haut que possible, tout en les maintenant parallèles.
En même temps, faites une inspiration forcée: creusez votre ventre et
dilatez la partie supérieure de votre thorax. Puis, votre poitrine étant
arrivée à son maximum de développement, rejetez l'air lentement, en
même temps que vous ramenez vos bras; le long du corps et que vos talons
reviennent à terre.
Il vous
sera facile d'exécuter à fond la plupart des autres, exercices. Mais,
nous ne saurions trop le répéter, l'exercice à fond ne saurait convenir
qu'aux personnes bien musclées, souples et dont le corps est en excellente
santé.
Nous
avons voulu que notre méthode de gymnastique soit à la portée de chacun,
selon son état de santé, et c'est pourquoi nous indiquons de faire les
exercices chez soi. Mais nous savons combien s'ébattre au grand air est
excellent et c'est pourquoi nous conseillons, comme complément de notre leçon
type d'entraînement la pratique de certains sports.
Il est
des sports violents, comme la boxe, la lutte, la course, le football. Il en est
d'autres qui, faits judicieusement, demandent seulement des efforts modérés,
comme l'escrime, l'équitation, la bicyclette, le tennis. Il est des sports
doux, comme la natation et la marche normale en terrain peu accidenté.
Nous
avons dit que la fatigue musculaire ou cérébrale jette dans le torrent
circulatoire un nombre considérable de cellules usées qui encombrent nos reins,
organes filtres, et peuvent causer, en séjournant dans notre corps, de notables
intoxications. C'est ce qui nous fait déconseiller tous les sports violents,
quels que soient par ailleurs leurs avantages. Ainsi, le football, excellent
pour donner de la décision et du coup d'œil, est une cause de fatigue
vraiment excessive, sans compter les accidents qu'il produit chaque jour.
Nous
contre indiquons également les matchs trop pénibles, de quelque sport que ce
soit, aussi bien marche que bicyclette ou tout autre. Vos forces musculaires ne
sont pas inépuisables et vous avez un autre profit à en tirer que la
vaine gloire de marcher ou de gravir les côtes plus vite qu'un autre. Sachez
garder une sage mesure. La bicyclette n'est excellente que faite à une
allure modérée, le corps étant bien droit sur la selle, la poitrine bien
dégagée.
La
natation est un sport que nous ne saurions trop conseiller. Elle exerce tous
les muscles du corps; elle les exerce sans effort. Le corps se déplace dans
l'eau avec une extrême facilité. Le nageur doit sortir de l'onde avant
tout refroidissement. Après le bain, se frictionner très
énergiquement, puis marche active, de préférence au soleil.
A la
liste des exercices utiles à notre corps, nous pouvons ajouter le chant.
Le chant renforce les poumons et dilate la poitrine. Certains auteurs le
conseillent dans les faiblesses de poitrine où il donne d'excellents
résultats.
Habituez
les enfants à courir au grand air, encouragez-les à se livrer
à des sports doux, comme le tambourin, le cerceau, les barres, le
ballon. Evitez toutefois qu'ils se fatiguent outre mesure.
Quant
aux personnes âgées, il est naturel que le moindre sport les effraie. Elles
peuvent y suppléer par de la marche au grand air. Certaines d'entre elles sont
très grosses ou souffrent de douleurs, de la goutte ou du rhumatisme. La
marche a le très grand avantage de faire jouer régulièrement les
principaux muscles des membres et de porter son heureuse influence sur toutes les
fonctions.
Tous,
jeunes ou vieux, bien portants ou malades se trouveront bien de la marche. Se
presser dans la foule, sautiller dans les magasins, s'entasser dans les
ascenseurs, s'époumoner à gravir en hâte des escaliers, est un exercice
fatigant et malsain. C'est au grand air et dans de larges avenues qu'il faut
marcher !
Prenez
l'habitude de marcher chaque jour et autant que possible à des heures
toujours les mêmes. L'heure idéale de la promenade est le matin. Vous
marcherez d'un pas actif, sans cependant être précipité. Cinq
kilomètres à l'heure nous paraît une bonne moyenne. Vous
limiterez la durée de l'exercice à votre résistance physique que vous ne
devez pas dépasser. Il serait mauvais d'aller jusqu'à la courbature.
Mais l'accoutumance vous permettra de faire, sans fatigue, de grandes
rançonnées au cours desquelles vous goûterez cette sensation de
bien-être et d'indépendance qui grisait le cœur et l'esprit de
Jean-Jacques Rousseau.
Le
travail musculaire est une nécessité pour notre corps.
On
ignore trop souvent que les contractions musculaires favorisent le retour au
cœur du sang usagé. Certes, bien peu de personnes s'expliquent de quelle
façon le sang bleu peut remonter des parties les plus éloignées du corps vers
le cœur. Vous êtes debout. Vous allez suivre, par l’imagination, une
goutte de votre sang. Cette goutte est emprisonnée dans une veine de votre pied
et, malgré la loi de la pesanteur qui l'attire constamment vers le centre de la
terre, elle monte, elle chemine successivement de veines en veines de plus en
plus grosses jusqu'à votre cœur ! Comment s'effectue cette
ascension ?
Vos
veines sont de longs tuyaux souples qui possèdent à l'intérieur,
accolés à leur paroi, des sortes de petits nids appelés valvules, dont
l'ouverture est dirigée vers le haut. Grâce à votre système
nerveux grand sympathique, vos vaisseaux se contractent et se dilatent
alternativement; il s'ensuit qu'à chaque contraction de vos veines, le
sang contenu dans une valvule se trouve projeté et vient retomber dans une
valvule placée plus haut. Le phénomène de vasoconstriction se
poursuivant sans répit, votre sang usagé monte de nid en nid, d'étage en étage,
jusqu'au cœur.
Il est
encore un point à noter, et c'est sur celui-là que nous voulons
insister à propos de la gymnastique: en se contractant, nos masses
musculaires pressent entre elles nos veines et secondent ainsi le travail de
contraction de nos veines Les schémas ci-contre, d'après Heckel (fig. 49
et 50), montrent très bien le rôle important que jouent les muscles dans
la circulation de notre sang. Une veine est située entre deux muscles. Ceux-ci
viennent-ils à se contracter ? Diminuant de longueur, ils se forment en
boule et pressent sur la veine; aussitôt, des valvules où il reposait,
le sang est projeté dans des valvules situées plus haut. On conçoit donc
l'utilité que présente l'effort musculaire pour activer notre circulation
sanguine.
Les
contractions musculaires, favorisant le retour du sang au cœur, sont
excellentes dans les troubles circulatoires. En effet, la plupart de ceux-ci
(lourdeur de tête et froid aux pieds, migraines, somnolence après
les repas...), les stases veineuses (varices, hémorroïdes...) se
guérissent par un exercice doux, continu.
Beaucoup
de nos élèves se sont guéris eux-mêmes, en suivant nos indications,
de varices dont ils souffraient depuis des années ! Notre méthode est simple:
il faut se lotionner et se masser légèrement les parties du corps
atteintes de varices. Matin et soir, on se lotionner avec une grosse éponge
remplie d'eau froide qu'on presse sur la partie affectée, et on renouvelle de
suite trois ou quatre fois ce procédé. On laisse sécher sans essuyer, puis on
se frictionne très doucement pendant quelques minutes, avec les mains
sèches, posées bien à plat Aucun gant de crin, aucun corps gras,
aucune poudre: peau contre peau. Les frictions sont faites des extrémités vers
le cœur: on pose la main, bien à plat, à la partie la plus
éloignée du cœur (le pied, par exemple) et, tout en gardant le contact, on
fait refluer le sang vers le thorax. Agir doucement et régulièrement.
Arrivée à l'extrémité supérieure du membre, la main qui masse quitte
tout contact avec le corps et vient se placer à nouveau au point de
départ pour un second effleurage.
image
Fig.
49. — Schéma d'une veine entre deux muscles non contractés.
image
Fig.
50. — Les muscles entrant en contraction écrasent la veine, ce qui a pour effet
de faire progresser le sang vers le cœur, grâce au jeu des valvules.
Si les
varices sont aux membres inférieurs — ce qui est le cas le plus fréquent — il
est important, aussitôt les masses musculaires mouillées, de s'asseoir sur son
lit et de bien allonger les jambes; sitôt secs, les membres inférieurs sont
effleurés légèrement avec les deux mains, en partant des chevilles
(malléoles) pour remonter jusqu'au bassin. Là, les mains s'éloignent du
corps de façon à ne pas faire de massage en sens inverse et viennent se
reposer aux chevilles d'où partira la deuxième manipulation. Les
veines se dégonflent sous la main. On peut s'habiller aussitôt après si
c'est le matin. Si c'est le soir, se mettre au lit. Une chaleur douce, agréable
se fait bientôt sentir dans les parties massées. Toute douleur, toute
gêne, toute pesanteur a disparu. En renouvelant ce procédé,
régulièrement matin et soir, on peut se guérir soi-même en
quelques semaines, de varices très développées.
Les
variqueux ne devront pas porter de bas compresseurs qui sont un danger pour les
veines. Combien de pieds gelés pendant la guerre, dans les tranchées, n'ont eu
pour cause que les bandes molletières serrées à outrance !
Gardons-nous bien de mettre nos jambes dans un étau ! Tout au plus, peut-on
conseiller à celui qui a des varices très volumineuses et
douloureuses de les maintenir, sans les comprimer, à l'aide d une bande
de toile, ou mieux d'un crêpe Velpeau. Mais sitôt que les varices ne sont
plus douloureuses et diminuent de volume, supprimez tout bandage.
Notre
série de 15 exercices physiques est à conseiller à tous les
variqueux. La marche en terrain peu accidenté, une marche active sans
être cependant trop rapide leur sera également salutaire. En faire
modérément au début, mais dès que les jambes le permettent se promener
par durée d'une demi-heure à une heure, à une allure de 5
kilomètres à l'heure.
L'exercice
contribue à guérir les désordres de la circulation. Parmi ceux-ci, les
troubles de la menstruation sont les premiers à bénéficier de ce
traitement. Règles abondantes et douloureuses, retards, suppression
anormale des époques, sont autant de troubles qui cèdent facilement,
lorsqu'il n'y a pas de lésion grave de l'organe, par un exercice doux pratiqué
en chambre ou au grand air. Notre série d'exercices est tout indiquée pour
cette cure. On y joindra de la marche: une heure, au minimum, chaque jour si la
santé le permet. En une ou deux fois. En tant que marche, il faut entendre un
exercice actif au grand air, avec respiration profonde.
On peut
encore aider plus encore ce retour à une circulation normale par des
massages très doux que la femme peut faire elle-même sur la région
abdominale. Etant couchée sur le dos, son buste est légèrement redressé
par deux oreillers mis sous la tête et le haut des épaules, ses jambes
sont fléchies de façon à bien détendre la paroi abdominale. Faire avec
la main droite sèche, posée à nu sur le ventre et bien à
plat, des effleurages très doux. La main décrit autour de l'ombilic un
cercle parfait: partant de la région de l'estomac, elle glisse sur le côté
gauche du ventre, puis arrive sur le bas-ventre, remonte sur le côté droit et
revient à son point de départ. Continuer ainsi, sans arrêt, d'un
mouvement régulier, pendant 10 à 12 minutes. Faire cet exercice de
massothérapie matin et soir; très régulièrement.
Ces
effleurages sont à conseiller dans toutes les affections chroniques de
l'utérus et de ses annexes (trompes, ovaires), spécialement dans les cas si
fréquents de métrite, de pertes blanches. En outre des soins internes
(injections d'eau très chaude dans laquelle on mettra un désinfectant:
liqueur de Labarraque...), ils contribueront à rétablir le parfait
fonctionnement de ces organes.
Nous
avons autour de nous des agents naturels, des sources inépuisables de vitalité,
auxquels nous devrions faire appel pour assurer le parfait équilibre de nos
organes. Mais ceci nous préoccupe peu. Nous ignorons trop souvent que l'air, la
lumière, la chaleur, le soleil et l'eau, auxquels nous pourrions ajouter
le magnétisme terrestre (voir à ce sujet Hector Durville: Physique
magnétique), sont susceptibles de modifier profondément le jeu de tous nos
rouages et que si nous savions les utiliser judicieusement ils nous aideraient
puissamment à conquérir et à maintenir une santé parfaite.
Nous
avons déjà dit, en parlant de la respiration, que vous devez rechercher
un air aussi pur que possible.
Aérez
ateliers et bureaux, ventilez vos appartements.
Préférez
le grand air vivifiant de la campagne à l'haleine empestée des grandes
agglomérations.
Pour
vos promenades, recherchez les larges espaces, les squares, les bois.
Passez
vos vacances en pleine campagne, à la mer ou à la montagne.
La
lumière, la lumière naturelle, n'est pas moins nécessaire que
l'air à notre organisme.
Voyez
ces plantes qu'on prive de lumière. Mises en cave ou sous des planches,
elles s'étiolent et perdent bientôt leurs belles couleurs. Et, malgré qu'elles
soient moins nutritives, combien de personnes recherchent ces salades blanches,
anémiées !
Regardez
les arbres de la forêt. Pressés les uns contre les autres, ils élancent
leurs tiges toujours plus haut. L'air et lé soleil leur sont indispensables
pour vivre.
Le rôle
que joue la lumière dans le règne animal n'est pas moins
important.
Edwards
a fait l'expérience suivante: il a placé des têtards dans deux boîtes
percées de trous, l'une opaque, l'autre transparente. Ces deux boîtes ont été
déposées au fond d'une rivière. Trois semaines après, la boîte
transparente contenait des grenouilles, alors que le récipient opaque n'était
encore habité que par des têtards. Les deux boîtes étaient placés dans
les mêmes conditions et les têtards étaient de même âge.
C'est donc bien la lumière qui, pénétrant dans la boîte transparente, a
activé au fond de l'eau la croissance des têtards.
A tout
ce qui vit, la lumière est indispensable. Lavoisier a dit très
justement: « L'organisation, le mouvement spontané, la vie, n'existent,
à la surface de la terre, que dans les lieux exposés à la
lumière. On dirait que la fable du flambeau de Prométhée était
l'expression de cette vérité physiologique qui n'avait point échappé aux
anciens. Sans la lumière, la nature était sans vie, elle était morte et
inanimée. Un Dieu bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu, sur
la surface de la terre, l'organisation, le sentiment et la pensée. »
Aimez
donc la lumière, la lumière naturelle qui nous vient du soleil.
Faites la pénétrer largement partout où vous vivez. Evitez les tentures
opaques, les doubles rideaux qui, non seulement emmagasinent la
poussière, mais empêchent l'air de pénétrer abondamment dans votre
appartement.
Levez-vous
tôt et couchez-vous de même. Evitez de travailler à la
lumière artificielle et spécialement à la lumière
électrique qui impose à vos centres nerveux une très grande
fatigue.
Le
soleil est la grande source de vitalité. A elle, nous devrions sans cesse
recourir. Et, pourtant, combien de jolis teints craignent ses rayons ardents !
C'est
grâce au soleil que peut s'accomplir la fonction chlorophyllienne qui donne aux
feuillages leur belle couleur verte.
Chez
les animaux, l'action solaire est non moins puissante. Morren a rempli deux
vases d’eau pure. L'un est éclairé par le soleil et des infusoires y
apparaissent bientôt; mais ces infiniment petits ne se développent pas dans le
vase placé hors d'atteinte des rayons solaires.
Hector
Durville a montré dans sa Physique magnétique que le soleil exerce sur notre
organisme une puissante action- magnétique. Elle est positive, stimulante.
Recherchez
donc le soleil.
« Pour
être salubre, dit le Docteur Monin, votre logement doit être
abondamment abreuvé de rayons solaires. Sans eux, l'anémie, les chairs molles,
le sang liquéfié, la scrofule et le rachitisme vous menacent, vous et votre
descendance. Où le soleil n'entre pas, le médecin entre. »
Préférez
toujours, dans vos promenades, les endroits ensoleillés. Vous vous y
accoutumerez progressivement pour éviter l'insolation.
L'énergie
solaire a une telle vertu vivifiante qu'elle est employé chaque jour davantage
dans la cure des maladies, C'est l'héliothérapie. Ce traitement naturel donne
des résultats heureux dans toutes les faiblesses du corps, dans l'anémie, le
lymphatisme. Il fait merveille dans la tuberculose.
Enfin,
l'eau sous forme de lavages, de lotions, de douches et de bains vous sera d'un
précieux secours.
Il est
essentiel que toute la peau de votre corps respire. C'est un moyen de vous
mettre en contact toujours plus intime avec les forces extérieures. Lavez-vous
donc largement et souvent. Un grand lavage quotidien, tub ou bain, est
nécessaire, Accoutumez-vous surtout pendant la saison chaude, à l'eau
froide ou à la température ambiante. Les personnes nerveuses se trouveront
mieux en employant de l'eau tiède.
Lorsque
vous avez exécuté notre série de 15 exercices, vous pouvez avec avantage vous
lotionner au-dessus d'un tub. Mieux encore, prenez un grand bain si vous avez
chez vous l'installation convenable. Après vous être bien séché le
corps, procédez aux frictions avec la serviette sèche et aux effleurages
avec les mains.
Au bord
de la mer, prenez des bains et, surtout, ne craignez pas l'air vif, car il ne
peut vous être que très salutaire, C'est une erreur de croire que
l'air vif est néfaste aux nerveux, mais ceux-ci ont besoin de s'y accoutumer.
Vous ne
sauriez croire, avant de l'avoir expérimenté, tout le profit que vous pouvez
retirer des moyens physiques et des agents naturels. Comprenez-en l'importance
et rompez résolument avec vos habitudes si elles ne sont pas conformes aux lois
de la nature.
Cependant,
le retour à l'équilibre ne saurait se faire quelquefois sans heurts.
C'est, ou votre tempérament, ou votre imprévoyance qui sont cause des
difficultés que vous allez peut-être rencontrer.
II faut
bien se rendre compte que ce que nous appelons tempérament est un état anormal,
un véritable déséquilibre organique. Nous ne devrions pas avoir en nous une
prédominante qui nous fait nerveux, sanguin, lymphatique ou bilieux, types
d'organismes en suractivité ou en sous-activité. Nous devrions être bien
équilibrés. Le tempérament doit être considéré comme une prédisposition
maladive.
Ecoutons
ce que dit, des différents tempéraments, le Docteur Gaston Durville:
« Le
lymphatique est si bien un anormal qu'il est particulièrement prédisposé
aux migraines, aux affections digestives, aux maladies des glandes. On peut
considérer ce tempérament comme la persistance anormale d'un type infantile,
comme une sorte d'arrêt dans l'évolution de l'être...
« Le
sanguin est un être en suractivité; il est aussi un cas pathologique. Son
foie est gros... A la suractivité organique se joignent bientôt des signes
évidents de fléchissement; ils se caractérisent par de la pléthore, qui a son
origine dans le système digestif...
« Le
bilieux est un anormal, lui aussi; c'est une tare héréditaire. Son foie est
héréditairement touché; le plus souvent il est petit; la fonction biliaire est
défectueuse.
« Quant
à l'atrabilaire (qui équivaut à peu près au tempérament
nerveux), c'est un vieux, quel que soit son âge. »
Le
sanguin et le bilieux sont en suractivité, le lymphatique et l'atrabilaire en
sous-activité. Nous pouvons, comme l'a fait le Docteur Gaston Durville dans sa
Cure Naturiste, schématiser ces différences d'activités organiques et les
comparer à l'équilibre normal. Traçons une courbe que coupera de part et
d'autre une ligne droite. La ligne droite représente la santé, le parfait
fonctionnement de la machine humaine. Aux deux extrémités de la courbe, nous avons
le lymphatique et l'atrabilaire qui sont au-dessous de la normale; au-dessus de
la ligne droite se placent les deux tempéraments en suractivité: le sanguin et
le bilieux.
Mais
que chacun le sache, notre tempérament n'est pas une empreinte, une suggestion
que nous subissons fatalement. Vous pouvez — vous devez même — lutter
contre votre hérédité. L'alimentation, la respiration, les exercices physiques
sont déjà d'importants facteurs qui vous aideront puissamment dans la
lutte que vous allez entreprendre.
Le Docteur
Gaston Durville a très bien noté les difficultés que rencontre chaque
personne dans son retour à la parfaite santé. Il dit dans son Art de
devenir énergique:
« II ne
faut pas croire que le retour d'un tempérament vers la normale, et l'évolution
du caractère qui en est la conséquence, puissent se faire en quelques
semaines. Quoique l'organisme soit renouvelable dans toutes ses parties, il lui
faut le temps de se réparer et d'éliminer ses poisons.
image
Fig.
51. — La courbe des tempéraments.
Ce
schéma montre les 4 tempéraments inscrits sur une courbe qui est coupée par une
droite. Celle-ci représente la ligne idéale de la santé. En dessous d'elle,
deux tempéraments: le lymphatique et l'atrabilaire. Au-dessus: le sanguin et le
bilieux, type en suractivité (Ces 4 tempéraments manifestent la Loi du Cycle
que nous avons envisagée longuement dans notre Science secrète. Se
reporter à cet ouvrage pour détails. ).
« II ne
faut pas croire non plus que la cure puisse être conduite uniformément et
sans à coups. Il y a des arrêts, des moments de fléchissement, de
rechutes. Les rechutes, d'ailleurs, n'ont rien qui doive effrayer: elles sont
inévitables; bien plus, elles sont nécessaires. Il n'est pas exagéré de dire
qu'elles constituent de véritables étapes vers la guérison. Le spécialiste
compétent les connaît; il les voit venir longtemps à l'avance et se
réjouit de leur apparition: c'est qu'avant de guérir, toute affection chronique
revit en abrégé le cycle par lequel elle est passée, et subit une série d'oscillations
où les bonnes périodes alternent avec les mauvaises. Chacune de ces
oscillations a une durée déterminée. Et la « cadence biologique » est
même si nette, qu'il est possible, étant donné les rechutes précédentes,
d'annoncer dans les grandes lignes les signes pathologiques dominants de la
rechute prochaine. Pourquoi ces importantes données sont-elles passées, on peut
dire, inaperçues, de la médecine médicamenteuse ? — Parce que les produits
chimiques ou concentrés qui constituent la base de la thérapeutique moderne
produisent des réactions violentes et antinaturelles qui perturbent le
merveilleux rythme fonctionnel de l'organisme. »
Les
médecins naturistes connaissent très bien ces crises de retour. De leur
côté, les magnétiseurs ont noté ces alternatives de mieux-être et de
descente au cours de leurs traitements.
Ainsi,
Hector Durville écrit : « Les « crises de retour », sont caractérisées par des
retours successifs très bien marqués de la maladie, vers sa période de
début. » — Ces retours successifs sont souvent violents ; le patient, non
prévenu, pourrait croire que la cure ne lui réussit pas; le médecin
lui-même s'y tromperait s'il n'avait l'expérience: « Tant que je n'eus
pas, continue Hector Durville, découvert la loi qui préside au retour des
différentes crises, j'eus bien des déceptions, et bon nombre de malades que je
devais guérir abandonnèrent le traitement dans un moment critique, parce
que je ne savais pas les convaincre de la nécessité de ces retours offensifs de
la maladie vers le passé. » (Hector Durville. — Théories et procédés du
magnétisme, 3e édit., Paris, s. d., p. 483.)
Sachez
donc que si vous êtes malade, affaibli, des crises viendront forcément.
Si vous êtes atteint de douleurs rhumatismales ou autres, le changement
de régime et les exercices vous les réveilleront pendant un certain temps. Mais
surtout ne désespérez pas ! Vous le savez maintenant: douleurs, fatigue
physique et morale, dépression, abattement... sont autant de signes favorables
qui vous feront entrevoir plus proche votre délivrance.
Ayez
confiance ! Notre méthode vous permettra de revenir à un mieux
être fort appréciable, à un équilibre très stable.
Mais
pour éviter tout découragement, il est indispensable que vous sachiez que le
retour à la normale ne peut s'effectuer sans quelques difficultés.
Devant vous, nettement, apparaît le but que vous vous êtes fixé. Mais la
voie qui y mène est accidentée. Votre retour à la normale ne peut
donc pas s'effectuer d'un pas uniforme. A certains moments, la route vous paraîtra
facile, douce, de plus en plus agréable. Mais au cours de votre ascension, vous
découvrirez peut-être quelques endroits pénibles à franchir. Vous
vous sentirez fatigué et l'effort à fournir pour terminer votre course,
vous semblera au-dessus de vos forces.
Ami
lecteur, sache que beaucoup d'autres, avant toi, ont suivi cette même
route, qu'ils ont éprouvé les mêmes fatigues, : mais qu'ils ont cependant
triomphé ! Ne te décourage donc pas ! Garde confiance et persévère !
Plus tu t'exerceras et plus tu seras à même de produire l'effort
libérateur. Et, de jour en jour, à mesure des succès que tu
remporteras, la route te semblera plus courte et plus douce!
Courage
donc ! D'ailleurs, nous voici arrivés au terme de la cure organique et tu vas
te soucier maintenant de la cure morale. Les pages suivantes vont libérer en
toi de nouvelles énergies elles vont faire naître en ton esprit de nouvelles
raisons d'espérer !
Résumé
Pour
assurer son meilleur rendement, l'usine humaine a besoin d'aliments
judicieusement choisis, d'air pur et d'un exercice doux et sagement compris.
L'exercice
permet à l'être humain de se tenir à égale distance de
l'obésité et de la maigreur; il nous donne des muscles puissants, des
articulations souples. Il active les échanges organiques, facilite nos
éliminations, assure en un mot à toutes nos fonctions une parfaite
régularité.
Mais
l'exercice, pour être excellent, doit être doux et proportionné
à nos résistances. Nous devons nous efforcer de nous rapprocher autant
que possible du type de beauté dont nous avons indiqué les proportions.
La
méthode de gymnastique de chambre que je préconise est simple, rationnelle,
accessible à tous: malades ou bien portants, jeunes ou vieux,
campagnards ou citadins en tireront le meilleur profit. Efforcez-vous, matin et
soir, d'exécuter les 15 exercices que je vous indique. Chaque séance ne vous
demandera, effleurages compris, que 10 minutes. Astreignez-vous à ce
petit effort, même si vous êtes très occupé ! Le bénéfice
que vous en retirerez sera grand : le soir c'est d'un doux sommeil, profond et
réparateur, que vous vous endormirez et le matin, au saut du lit, quelle
lucidité, quelle gaieté envahiront tout votre être et vous disposeront au
travail de la journée !
En
dehors de ces séances d'entraînement, prenez l'habitude de marcher au grand
air, recherchez les vastes avenues, les squares ensoleillés.
C'est
avec sérénité que vous considérerez l'avenir, car vous vous sentirez chaque
jour en possession d'une énergie nouvelle.
L'auto suggestion
émotionnelle dans la Cure morale
« L'homme
irrésolu lutte toute sa vie contre le malheur. »
Hésiode.
«
Jusque à quand tarderas-tu à te juger toi-même digne de
réaliser le meilleur ? »
Epictète.
« Souviens-toi
que ce qui commande en toi devient inexpugnable quand il se ramasse en
lui-même. »
Marc-Aurèle.
« J'ai
vu presque tous les « voulants » arriver au but de leur vouloir. Est-ce
que la volonté ne serait qu'un fluide aimanté qui, par son intensité,
deviendrait une force inconnue, magnétique, ayant le pouvoir de l'attirement
des choses et des faits ? »
DE
Goncourt.
« II
est évident que l'on s'ignore soi-même tant qu'on n'a pas découvert le
meilleur qui est en soi, tant qu'on ne s'est pas donné de cœur à la
plus haute activité dont on soit capable. »
Woodrow
Wilson.— Quand un homme se trouve-lui-même.
« II
n'y a pas la moindre utilité à vouloir aider des gens qui ne s'aident
pas eux-mêmes. Vous ne pouvez hisser quelqu'un à une échelle, s'il
ne consent à grimper un peu lui-même; quand vous cesserez de le
pousser, il tombera et se blessera. »
A. Carnegie.—
L'Empire des affaires.
« Adoptez
la devise du cadran solaire: Je ne marque que les heures ensoleillées. »
O.-S.
Marden. — La Joie de vivre.
L'AUTO
SUGGESTION ÉMOTIONNELLE
dans la
Cure morale
«
Connais-toi toi-même. » — Notre premier devoir est de nous perfectionner.
— Comment acquérir des forces mentales. — Les deux êtres distincts qui
sont en nous: le conscient et l'inconscient. — Directeur et sous-directeur au
travail côte à côte dans l'usine humaine. — Participation du conscient
et de l'inconscient dans tout phénomène psychique. — Le conscient et
l’inconscient dans l'activité émotionnelle. — Nous devons toujours tendre
à renforcer en nous le contrôle volontaire. — Exemple de collaboration
entre le conscient et l'inconscient: la double mémoire. — Nous devons nous
efforcer de décharger le plus possible le conscient des travaux que
l'inconscient peut faire automatiquement. — L'erreur que commettent les
psychologues qui veulent faire de l'inconscient le personnage de premier plan. —
Devons-nous faire des impulsifs, ou des volontaires ? — Erreur de vouloir
opposer volonté à imagination. — Le « bluff » en matière
d'éducation psychique. Ce qu'il faut en penser. — Une formule simpliste de
guérison: « Ça va... ça va... » Son effet diminue par l'accoutumance .—
L'imagination passive, source de faiblesse. — Un abîme entre les deux méthodes:
celle qui table exclusivement sur l'inconscient et la nôtre qui met en jeu le
conscient et, par lui, les facultés supérieures de l'esprit. — La suggestion
émotionnelle que nous intentons de loin. Rôle des pensées protectrices. —
L'imagination créatrice volontaire et ce que nous devons en attendre. — Erreur
de vouloir s'auto suggérer en état de somnolence ou d'hypnose. La psychanalyse:
ses dangers. — Malade, aie confiance, relève la tête ! — Une
minute décisive. — Les forces sur lesquelles nous devons compter: la pensée et
l'émotion. — Un exemple à imiter: l'homme magnétique. — Un type de
santé, de force, de joie, de bonheur, de succès. — La pensée se réalise
d'autant mieux qu'elle éveille en nous des émotions. — Caractéristiques de
notre méthode d’autosuggestion émotionnelle. — Comment on joue son rôle: 1°
étude du texte, 2° vivre le rôle. — Ne dites pas: « Je voudrais » ; dites: « Je
veux ». — « J'ai confiance en moi ». — « Je veux réussir. » — Les qualités
physiques, intellectuelles et morales à acquérir. — Nécessité de la
confiance en soi. Napoléon voit pâlir son étoile. — L'aide directe du
suggesteur. — Résumé.
Avant
toute chose, il importe que celui qui veut conquérir ou reprendre la maîtrise
de soi se rende un compte parfait de ses possibilités, de ses forces, de ses
faiblesses. Ce n'est pas sans cause que le Temple de Delphes portait cette
parole, prise plus tard comme base de l'enseignement ésotérique de Socrate: « Connais-toi
toi-même ». De nos jours, cet enseignement est aussi nécessaire, plus
nécessaire peut-être qu'il n'a jamais été, car nous vivons à une
époque fiévreuse où peu de gens prennent le temps et la peine d'analyser
leurs sensations, d'étudier leur caractère, de suivre le conseil donné
par Apollon à ceux qui fréquentaient son Temple.
Certes,
nous nous connaissons bien peu. De ce manque d'analyse viennent la plupart de
nos maux. Nous ne savons pas qui nous sommes. Nous obéissons, pour diriger
cette personnalité si mal connue, à des lois, à des préjugés,
à des modes mêmes, qui peuvent avoir de bons côtés pour certains,
qui sont funestes pour d'autres. Ne nous souciant ni de notre corps, ni de
notre esprit, nous ne cherchons pas ce qui peut servir utilement leur
équilibre. De cet état d'ignorance où nous sommes, pour la plupart des
règles de la vie normale, naissent les douleurs physiques et morales.
Ce
laisser-aller est préjudiciable au corps, à notre vie personnelle comme
à celle de nos descendants qui pâtiront, comme nous en avons souffert
nous-mêmes, des règles de l'hérédité. Cette ignorance nous fait
manger sans choix et sans mesure, abuser de tous les plaisirs, renoncer
à toute hygiène. Des troubles en résultent dont nous sommes
ensuite tout surpris, bien que rien ne soit plus naturel.
Nos
négligences ne sont pas sans porter atteinte à notre esprit. Nous avons
peine à lutter contre les opinions qui nous viennent du dehors. Nous
prenons tout effort en haine.
Pour le
cœur, nous nous desséchons dans un égoïsme douillet qui nous fait
renoncer aux grands enthousiasmes. Le moindre changement dans cet état de
choses nous semble le pire malheur. Nous en prenons un caractère
tatillon et chagrin, exagérant outre mesure ce qui nous touche pour nous
désintéresser des biens communs. En un mot, nous restreignons notre horizon
sentimental au point que nous fermons notre vue sur tout ce qui est grand,
noble, digne de nous. Nous ne portons attention qu'à nos petites peines
que nous devrions oublier, aussi bien pour notre bonheur que pour notre
évolution.
C'est
en conséquence de cet état d'âme que l'ignorant est toujours en proie à
mille tourments, qu'il dorlote des peines minuscules quand elles ne sont pas
imaginaires, qu'il se trouve en désarroi pour des vétilles, qu'il se rend
malade réellement, pour ne pas gêner ses plus nuisibles appétits.
Toute
autre est la vie de celui qui sait. II trouve dans la mesure qui lui a été
enseignée, ce rythme parfait qui donne la santé à son corps, le bonheur
à son âme, la paix à son esprit, le succès à ses
entreprises; car il a mesuré son fardeau à ses forces; il n'entreprend
que ce qu'il est capable de réussir et son désintéressement, sa connaissance du
véritable bien lui font considérer les richesses matérielles comme un levier
utile, comme un agréable moyen de bien-être, mais jamais comme un but
digne de ses efforts.
La paix
appartient à celui qui sait. Pour celui-ci, rien n'est livré au hasard,
car le hasard n'existe pas. Toute chose subit des lois et ces lois lui sont
connues. La santé, le bonheur, le succès se méritent. Il n'y a pas de
chance, si l'on considère ce mot comme le nom d'une déesse capricieuse,
et les circonstances même qui nous semblent les plus fortuites sont
celles que nous avons les plus méritées.
Ces
lois, il nous appartient de les découvrir. Elles sont l'équilibre extérieur et
intérieur de ce monde qui nous entoure. Corps, esprit, cœur, tout, en
nous, est soumis à ces mêmes lois. Si nous apprenions à
nous connaître, nous verrions combien était juste la conception des anciens qui
faisaient de l'homme un microcosme, une réduction du grand univers.
Il nous
suffirait d’observer pour voir combien ces lois sont générales, mais nous
marchons sans regarder autour de nous, sans réfléchir à ce qui a pu nous
frapper incidemment. Nous ne nous soucions de rien, jusqu'au jour où un
fait, un mot nous mettent sur le chemin de la vérité. Alors le monde change de
face. De ce jour, la vie devient belle, harmonieuse; Nous ne sommes plus tentés
de considérer notre labeur comme inutile, ni comme stérile ou trop restreint le
champ où nous évoluons. Cet enclos qui nous déplaisait nous apparaît
maintenant comme un magnifique jardin. Nous apprenons à l'aimer et, au
lieu de le cultiver de mauvaise grâce, nous le retournons avec amour; nous
demandons au soleil d'en féconder la moindre parcelle; nous semons de toutes
parts les graines de nos belles espérances qui fleuriront bientôt et dont
chaque moisson sera riche, miraculeuse, car la vie se donne à qui
l'aime, la comprend, la répand autour de soi. Nos œuvres fleuriront autour
de nous comme des plantes choisies; elles s'ouvriront dans la joie, car celui
qui sait prend son plus grand plaisir à donner ces fleurs et ces fruits
qui sont les résultats dont son labeur est couronné. C'est le magnifique automne
d'une laborieuse année; les celliers sont comblés; les corbeilles débordent.
L'hiver, la mort peuvent venir.
Dès
que nous nous connaissons, notre premier devoir est de nous perfectionner. Nous
devons tenir notre corps en parfait état, rendre notre esprit capable de penser
sainement, d'agir en connaissance de cause, en pleine puissance de tons ses
moyens, mettre notre cœur en état de vibrer pleinement aux belles
émotions. C est seulement en observant tous ces points que nous obtiendrons en
nous une synthèse merveilleuse.
Celui
qui prend conscience de lui-même, des possibilités qui dorment au plus
profond de son esprit et de son cœur transforme bientôt sa vie, la rend
digne d'être vécue; il cesse d'être le pessimiste toujours à
la recherche de ce qui peut blesser, dont la vie est un long cauchemar. Au
contraire, le sage, le philosophe découvrent des motifs de joie et d’espérance
en toute chose; ils se résignent aux maux inévitables, rançon de l'évolution.
Avant
toute chose, il importe de savoir que cette transformation nécessaire n'est
nullement au-dessus de nos forces. Nous ne conseillerons jamais à
personne de se soumettre à une ascèse extraordinaire qui peut
détruire sa santé, son équilibre physique et psychique; Au contraire, cet équilibre
est notre but. C'est par négligence ou par abus que nous rendons notre corps
malade. Nous le faisons dépérir par le surmenage, nous l'engorgeons de
nourritures superflues. Telle est notre faute, telle est l'origine de la
maladie. Peut-être souffrons-nous déjà d'une tare héréditaire qui
nous rend plus faibles dans la lutte pour la santé. Mais, du jour où
nous savons, il nous est possible de diminuer le fardeau qui nous a été imposé
par la faute de nos ascendants.
Il en
est de même pour l'esprit. Nous ne savons pas vouloir. C'est que les
méthodes éducatives actuelles ne font rien pour la volonté. Et pourtant cette
faculté est susceptible d'un développement harmonieux. On fait peu de chose
pour éduquer nos facultés supérieures: attention, jugement, mémoire,
association des idées, imagination. Nous ne savons pas sentir; nous ne savons
pas céder volontairement à une belle émotion.
Une
autre faute de l'éducation moderne c'est que, si l'on cherche à
accroître la volonté, c'est aux dépens de la sensibilité. C'est pourtant une
erreur grossière d'opposer la faculté de penser à la faculté de
sentir. Ces deux formes d'activité sont également nécessaires. Penser et sentir
sont les deux plateaux d'une même balance qui ne trouvera jamais son
équilibre, si l'on vient à supprimer l'un des plateaux.
Certes,
à lui seul, le champ de la volonté est immense. Dans notre coupable
ignorance, nous laissons sommeiller en nous des facultés qui, si elles étaient
normalement développées, transformeraient notre vie, nous donneraient des armes
dans les luttes de chaque jour. Si nous savions « cultiver notre jardin », nous
prendrions un contact plus intime avec la vie, nous élargirions et aiguiserions
notre observation; nous rendrions notre jugement plus sûr et plus sagace;
notre mémoire plus vaste et plus fidèle; nos associations d'idées plus
riches et plus ingénieuses; en un mot, notre vie mentale serait infiniment plus
ample et plus puissante.
En
nous, comme une mine de diamants sous le sol aride, en nous sommeillent des
forces qui, si nous savions les libérer, magnifieraient notre vie, nous
feraient accomplir des merveilles. Chacun possède un trésor. Il nous
appartient de le découvrir, de l'exploiter. Il suffit de vouloir.
Mais
comment apprendre à vouloir?
Vouloir,
c'est, dans le domaine de l'esprit, la clé qui ouvre toutes les portes. Il
n'est pas d'obstacle insurmontable à celui qui sait et qui veut avec
persévérance.
Aujourd’hui,
les circonstances vous entravent. Il vous semble que vos plus légitimes désirs
ne se réaliseront jamais. N'écoutez pas les mauvais conseils de cette heure de
dépression. Ce qui vous fait défaut, soyez-en bien sûr, c'est la volonté.
« Je
voudrais, dites-vous; je voudrais, mais je ne puis. Je trouve sans cesse des
obstacles qui s'opposent à tout ce que je voudrais faire », et dépité,
rebuté, vous vous retirez de la lutte. Telle est bien votre erreur, homme de
peu de foi !
Imaginez
un médecin assez sot pour dire à un enfant débile, anémié, que tout est
perdu, que jamais il ne remontera la pente, que tous ses efforts seront vains.
L'enfant ne tentera même pas d'effort, il dépérira. Au contraire, le
médecin, vraiment digne de ce nom, sait très bien qu'un régime sain, des
exercices appropriés, la vie au grand air, une alimentation choisie rendront
bientôt des forces au petit malade. Il lui fait partager sa foi, le surveille,
l'encourage, le stimule de toute manière et l'enfant guérit.
Il en
est de même pour la volonté. A celui qui est las de lutter, qui manque de
forces morales, de ressort, d'énergie psychique, dont les décisions sont insuffisantes,
le psychologue dit:
« Ayez
foi. Les forces vont venir. Elles dorment en vous. Faites effort, luttez. Les
forces cachées vont surgir, s'épanouir. Persévérez, elles vont se développer,
vous transformer. De faible que vous êtes, vous allez devenir puissant et
robuste. Cessez de pleurer. Relevez la tête. Rejetez les idées noires. Ne
croyez pas que vos forces vont vous trahir...»
Rien
n'est impossible à qui veut véritablement; il n'est pas de déshérités.
Certes, chacun ne peut devenir un athlète — est-il vraiment enviable de
l'être ? — mais chacun, en toute certitude, peut acquérir la force
morale, la décision, le contrôle sur soi-même, l'attention, la volonté
qui sont nécessaires dans la vie.
Ces
pages ont pour but de vous montrer comment acquérir des forces mentales;
comment avoir prise sur les énergies qui sommeillent en vous, prise sur les
autres, prise sur les événements. Cette tâche n'est pas au-dessus de vos
forces. Si vous vous décidez à faire cet effort, c'est une vie nouvelle
qui s'ouvre devant vos pas. Après un effort, un labeur qui durera
d'autant moins que vous l'entreprendrez avec courage, la réussite vous sera
aisée, la chance vous sourira.
La
chance ! C'est en vous développant que vous comprendrez toute la valeur de ce
mot si souvent et si mal prononcé.
La
chance vous appartiendra dès que vous aurez décidé de lutter. Ce n'est
pas une entité changeante, capricieuse. Elle obéit à qui sait vouloir.
Nous l'attirons par nos pensées quand nous avons appris à les diriger;
nous l'attirons irrésistiblement comme l'aimant attire l'aiguille de la
boussole. Si nous savons vouloir, nous la fixons, nous l'obligeons à
rester avec nous.
N'avez-vous
jamais remarqué combien certains êtres possèdent un pouvoir, une
emprise autour d'eux ? Ce rayonnement est réel, mais il n'a rien de mystérieux
ou de surnaturel pour qui connaît les phénomènes psychiques.
Inconsciemment peut-être, ces êtres savent vouloir, mais rien ne
vous est plus loisible que d'apprendre aussi. Vous réussirez aussi bien qu'eux,
mieux même car vous connaîtrez la valeur des énergies qui sont en vous.
Pour
réussir, le point essentiel est donc de se perfectionner, d'acquérir de la
volonté. Mais que sera cette volonté ? Celui qui l'exprime dit, par cela
même, volonté calme, suivie, réfléchie, persévérante. Pas d'élans
brusques. Au contraire, une patience sûre de la réussite. Il faut aussi
un altruisme qui vous fait considérer votre réussite personnelle comme
l'accroissement du bien de tous. Ces nobles sentiments, si opposés à
l'arrivisme, sont nécessaires pour attirer à vous les forces que doit
capter et retenir la volonté. Il faut être ou devenir un noble exemple
pour les autres; il faut que notre vie bien remplie leur soit comme un enseignement.
Ce n'est pas seulement pour nous que nous travaillons, mais pour accroître
l’œuvre commune.
L'homme
ne vient pas sur terre poussé par le hasard. Il est le produit de tout un
passé: passé personnel en premier lieu; passé collectif ensuite.
Nous ne
saurions nous appesantir ici sur ce point que nous avons plus largement traité
dans nos deux ouvrages: la Science secrète et les Forces supérieures.
Nous nous bornerons à quelques mots rapides qui serviront de préambule
au problème de l'auto suggestion émotionnelle dans la cure morale.
Le
passé de chaque homme représente une somme d'efforts considérables. Les pensées
que nous avons accumulées forment un trésor prodigieux. De ce trésor surgissent
les traditions, les coutumes, les habitudes. Et ce trésor, nous l'ignorons; il
faut des circonstances tout à fait exceptionnelles pour que nous en
ayons conscience. Il n'en existe pas moins.
De
notre ancêtre le plus reculé, la pensée s'est perfectionnée à
travers les âges. L'être, d'abord, a été mû par des instincts,
assez semblables à ceux qui régissent l'animal. Après ces
instincts, accordés à tout être vivant pour qu'il puisse conserver
et perpétuer l'existence, des habitudes sont venues qui ont en quelque sorte
codifié ces instincts. Enfin, très lentement, les actes volontaires ont
fini par se faire jour. C'est seulement après des centaines de
siècles que le cerveau s'est formé, tel que nous le connaissons. La
pensée s'est manifestée, entraînée; une langue rudimentaire, puis des vocables
plus divers se sont créés. De progrès en progrès, avec des
erreurs et des triomphes, la civilisation est devenue celle que nous voyons de
nos jours.
Oui,
des liens puissants nous relient à tout le passé. Nous avons évolué,
depuis l'homme des cavernes. Nous avons affiné nos facultés, gagné des
pouvoirs. Mais pouvons-nous dire, si grand soit, à l'heure actuelle,
notre acquis, que nous sommes aussi conscients que nous le désirons ?
Pouvons-nous dire que nous sommes toujours des êtres libres,
indépendants, agissant exclusivement parce que nous le jugeons bon ? La foule
le croit; mais, comme bien des opinions du vulgaire, celle-ci est absolument
fausse.
En
réalité, il y a en nous deux êtres distincts que les psychologues
appellent le conscient et l'inconscient. Nous avons déjà comparé le
premier au directeur d'une usine, le second au sous-directeur. Dans la personne
humaine, ces deux êtres se juxtaposent, n'existent pas l'un sans l'autre.
Tous deux ont zinc part dans tout acte, toute décision, toute opinion, tout
sentiment. Fait bien connu des psychologues, c'est l'inconscient qui, dans
cette vie à deux, joue le rôle le plus important.
Dans la
Science secrète, nous avons comparé la personnalité humaine à un
iceberg. Le bloc de glace est dérivé par le courant comme nous-mêmes
sommes entraînés par des forces supérieures. Une partie du bloc émerge de l'eau
— un dixième — c'est la partie-consciente. Ce qui est dans l'eau (les
9/10) c'est la part de l'inconscient. Conscient et inconscient sont, comme dans
le bloc de glace, inséparables; ils collaborent à toutes les manifestations
de notre vie organique, psychique, intellectuelle, à tous les faits de
pensée, de conscience. C'est un fait primordial qu'il ne faut pas oublier.
L'apport
du passé est un lourd fardeau dont nous ne pouvons nous défaire. C'est notre
inconscient qui traîne tout ce poids. Chez l'animal inférieur, cet inconscient
est seul à exister; il est le siège de l'instinct, le réceptacle
de tous les apports héréditaires. Chez les êtres plus évolués, il garde
les habitudes acquises, subit les influences ambiantes. C'est cet ensemble qui
crée le premier pli psychique, qui forme le caractère, détermine le
tempérament, conditions premières de notre manière de voir, de
sentir et d'agir. C'est ce pli qui, en premier lieu, nous impose notre ligne de
conduite. Mais l'homme se perfectionne et, à mesure qu'il acquiert une
plus grande conscience de sa personnalité, il apprend à résister
à toutes les impulsions qu'il juge néfastes.
De jour
en jour, ce perfectionnement s'accroît. Non seulement chaque homme, mais
l'humanité tout entière tend sans cesse vers le mieux-être, suit
la loi évolutive.
La
somme des expériences passées nous rend déjà de grands services. De tout
temps, les sages, les philosophes ont compris la nécessité de se perfectionner,
de rendre meilleures, tout ensemble, les facultés intellectuelles et les
puissances émotionnelles.
Cette
tâche est considérable et ce n'est pas trop des deux éléments de notre
personnalité: conscient et inconscient pour la mener à bien. Aussi les
voyons-nous toujours travailler côte à côte comme le directeur et le
sous-directeur d'une usine. Tous deux doivent conjuguer leurs efforts en vue
d'un fonctionnement avantageux pour tous. C'est de ce travail commun que doit
naître le progrès. Le conscient (directeur de l'usine humaine), quand il
entend bien son rôle, observe, juge, s'instruit, recueille les observations de
tous pour en faire une opinion précise propre à le diriger dans la
marche de ses affaires. Quand il a augmenté et groupé ce bagage de notions, il
s'est fait une idée nette de toute chose et c'est seulement alors qu'il peut,
en pleine connaissance de cause, donner au sous-directeur (inconscient) les
ordres qu'il doit faire exécuter par le personnel inférieur. Le sous-directeur
classe à son tour les données qui lui ont été transmises. Ce classement,
cette sorte de fichier intellectuel est une part importante de sa besogne. En
cas de besoin, le directeur aura recours à lui pour obtenir
immédiatement les fiches qu'il souhaite en vue de son travail personnel. Donc,
plus le classement sera net et bien fait et plus le directeur trouvera son
œuvre facilitée, mieux l'usine fonctionnera au mieux des intérêts de
chacun.
Comment
le directeur et le sous-directeur peuvent-ils s'acquitter de cette tâche
à la fois distincte et commune ? Ils le peuvent grâce à un
ensemble de facultés. Ces facultés leur sont communes, mais ils les exercent
chacun différemment. La conscience est en possession de l'initiative, des vues
nettes, des notions vivantes. L'inconscient a une besogne automatique, qui
demande à la fois, pour être bien menée, plus d'ordre et
d'application soutenue. Ce dernier est un sous-ordre, certes, mais il n'est pas
de collaborateur plus utile. Nous allons voir quel est le rôle de chacun.
Pour ce
faire, restons dans le domaine des facultés supérieures et voyons rapidement
leur utilisation par le conscient et l'inconscient. Ici se trouvent en présence
deux puissances qui agissent différemment. Toutes deux interviennent dans le
domaine mental et dans le domaine émotionnel.
Pénétrons
tout d'abord dans; le domaine mental.
La
faculté primordiale est l'attention, base de tous les phénomènes
psychologiques. Sans l'attention, aucun perfectionnement ne pourrait exister.
Les sensations ne feraient que traverser l'organisme sang y laisser de trace,
comme l'eau traverse un crible.
Toutes
nos facultés psychiques découlent de l'attention: c'est elle qui nous fait voir
les objets. Une notion étant acquise, nous pouvons la comparer à
d'autres: le jugement intervient. Ensuite, cette perception et ce jugement se
lient, presque automatiquement à des idées plus ou moins vastes, plus ou
moins variées et donnent lieu à des associations d'idées. Ces notions,
ces comparaisons, les jugements qui en découlent, les idées qui s'unissent
à eux sont enregistrés par la mémoire qui enrichit nos archives et peut,
le cas échéant, les reproduire telles quelles ou donner à l'imagination
des thèmes qu'elle peut broder à l'infini pour produire d'autres
idées et d'autres images.
Dans
toutes ces opérations de l'esprit: attention, jugement, association d'idées,
mémoire, imagination, les deux entités — conscient et inconscient — ont leur
part, car toutes deux, toujours, vivent côte à côte,
s'interpénètrent.
Montrons
quelle est la part de chacune d'elles. Tout d'abord pour l'attention.
Prenons
la forme consciente: je tiens un caillou, je l'étudie suivant les motifs qui me
sont fournis par une culture antérieure. Si je ne suis pas à même
de rechercher sa composition, en tout cas, je puis constater sa couleur, sa
dureté, sa contexture, les particularités plus ou moins frappantes de sa forme.
Mais, en général, nous n'exerçons guère cette faculté d'attention. Nous
ne savons pas voir. Nous regardons à peine. C'est de là que vient
la faiblesse de nos facultés. Nous passons en aveugle devant le spectacle
merveilleux du monde.
La
forme inconsciente de l'attention est encore plus primitive. Nous sommes au
cinéma, plongés dans l'obscurité. Soudain, la lumière jaillit et, nous
qui avons atteint l'âge adulte, nous faisons le même mouvement que le
tout petit, nous nous tournons spontanément vers la source de cette
lumière. Nous ne pensons aucunement à observer pourquoi et
comment cette lumière se produit; c'est un besoin presque physique de la
contempler. Il s'agit là d'un acte purement inconscient.
Le jugement
s'exerce de même sous les deux aspects conscient et inconscient.
Si nous
étions conscients, nous jugerions sans parti pris, ne nous inspirant que de la
réalité des faits, et nos jugements auraient la précision de la mathématique.
Mais il s'en faut de beaucoup que les choses aillent ainsi. Le sachant, ou
à notre insu, nous avons mille affections, mille habitudes, mille idées
préconçues qui ne nous permettent pas de discuter les faits et les idées avec
l'impartialité qu'ils méritent. Le rôle de l'inconscient devient énorme. Nos
habitudes de famille, de nationalité, de religion, d'étude même, nous
font une sorte d'armure en présence de certains faits. Il en est que nous
n'admettrons jamais, même devant la formelle évidence. Du moins, nous devrons
nous faire violence pour les discuter honnêtement. Si nous sommes
contraints par la réalité à voir ce qui ne nous plait point, nous sommes
brutaux dans nos jugements et nos sensations nous entraînent souvent où
le conscient ne veut pas aller. Pour prendre un fait tangible, dans l'amour et
les autres affections nous ne voulons voir de l'être aimé que ce qui nous
plait en lui et nous lui prêtons au besoin des attraits qu'il n'a jamais
possédés.
L'association
des idées procède également des deux formes consciente et inconsciente.
Nous avons tous le pouvoir d'unir les idées les unes aux autres. Si nous
songeons à une feuille d'arbre, nous lui trouvons un rapport avec une
brandie, la branche avec le tronc et ce sont les associations en quelque sorte
nécessaires, mais nous en pouvons former d'autres à l'infini. Ici, le
travail est tout à fait conscient; mais, le plus souvent, l'association
des idées se fait de la manière la plus spontanée. Le fait le plus
caractéristique de cette association inconsciente des idées est le rêve.
Le rêve est fait en général de nos perceptions récentes groupées suivant
un ordre arbitraire par l'inconscient pendant que le conscient se repose. Par
exemple, un repas mal digéré nous donne une sensation de pesanteur sur
l'estomac; une rencontre désagréable nous a laissé aussi une impression de
gêne. Le rêve associe ces deux sensations et nous fait voir le
gêneur assis sur notre épigastre. Dans la vie courante, le même
phénomène se produit dans la conversation à bâtons rompus. Les
gens du monde se réunissent, un mot appelle une idée souvent fort différente de
celle qui présidait au propos de tout à l'heure; mais comme le cercle
est formé de personnes ayant les mêmes habitudes d'esprit, ces bonds ne
déconcertent personne et tous ont l'esprit d'à propos qui leur permet de
riposter sans retard aux paroles prononcées.
Notre
mémoire nous offre une dualité semblable. Les faits enregistrés se gravent et
se reproduisent.
J'ouvre
un livre, je lis quelques vers, ils me plaisent; je les relis pour les
conserver présents à l'esprit; je m'en souviens quand je le souhaite.
Ici, manifestation consciente. Mais la mémoire est beaucoup plus intense encore
quand elle agit de manière inconsciente. Je n'en veux pour preuve que
ces phrases musicales qui s'incrustent dans notre inconscient au point d'en
devenir une gêne, une obsession.
Prenons
cette obsession pour type. L'air entendu, une romance, un refrain nous
poursuivent; nous ne pouvons nous en dégager. Dans notre sommeil, mille et
mille souvenirs que nous avions perdus, que nous croyions avoir oubliés,
surgissent soudain à la faveur du rêve. Qu'un choc émotionnel
survienne et ces pensées, ces images réapparaissent dans un éclair. Prenons
encore un exemple typique: un naufragé, dans la minute où il croit
mourir, revoit, dans une brusque lumière, tout ce qui fut son passé et
souvent des détails infimes. Nous en avons cité bien des cas dans notre Science
secrète.
Ces
impressions, ces souvenirs, sont en nous à l'état latent. Ils y
demeurent sans même que nous le sachions et nous sommes bien longtemps,
parfois même toute notre vie, sans connaître les richesses que nous
possédons. Que faut-il pour ramener au jour quelques souvenirs ? La vue d'un
objet, d'un arbre, d'une maison, d'un site; un air que fredonne quelque mendiant,
une parole qui nous frappe, un geste qui nous émeut, une inflexion de voix, un
regard, une poignée de main, le contour d'un visage, une silhouette vaguement
entrevue... Sans motif plausible pour nous, le souvenir que nous croyions ;
aboli et qui dormait en quelque pli obscur de notre cerveau surgit du fond de
la conscience, s'impose à nous, crée une association imprévue d'idées
qui modifie notre jugement, nous fait aimer ou haïr, à travers
l'objet présent, la sensation de joie ou de douleur d'autrefois. Dans cette
action, le rôle de l'inconscient est immense. Il est le gardien fidèle
de toutes les images reçues, de toutes nos sensations; c'est lui qui nous les
présente dans un ordre imprévu mais impérieux, dans les heures violentes.
Plus
encore dans l'imagination, le jeu de l'inconscient et du conscient prend des
proportions considérables. L'imagination est la faculté qui nous permet non
plus de grouper des images anciennes mais d'en créer de nouvelles, faites de
toutes pièces.
L
imagination peut agir dans le domaine conscient, mais il est rare que ce
domaine lui suffise. Essayez de créer volontairement une image que vous n'ayez
jamais vue, qui ne ressemble à rien qui soit connu de vous, vous en
éprouverez une assez grande difficulté. Cependant l'artiste est obligé, quand
il veut donner la vie matérielle à un personnage de drame, de le voir
tel que l'auteur a pu le forger dans sa pensée souvent abstraite. S'il est
vraiment un grand artiste, il nous fait oublier ce qu'il est personnellement.
Ce n'est plus Un tel ou un tel que nous regardons sur la scène, c'est
Roméo, c'est Shylock, le Tartufe ou Chérubin. Cette perfection dans la
réalisation d'un type imaginaire est d'une extrême difficulté; aussi,
bien peu y réussissent. Il faut un génie naturel, beaucoup d'observation et de
puissance émotionnelle.
Dans sa
forme inconsciente, l'imagination se donne beaucoup plus librement
carrière. C'est cette forme de l'imagination que Malebranche a nommée «
la folle du logis ». Si nous la laissons agir sans contrôle, elle ne saurait
garder aux faits et aux choses leurs proportions véritables. Dans la frayeur,
par exemple, l'imagination joue un rôle prépondérant. Nous sommes dans un bois,
la nuit. En réalité, nul danger ne nous menace, mais l'angoisse de la solitude;
le bruit des feuillages, le hululement des oiseaux nocturnes, tout cela nous
trouble. L'inquiétude gagne notre esprit et débride notre imagination. Sous son
impulsion, les arbres prennent des dimensions et des formes fantastiques : tel
devient un géant, cet autre un voleur embusqué avec une arme redoutable; la
racine se transforme en serpent; tout nous apparaît comme un piège. La
terreur véritable nous prive de tous nos moyens. Qu'à ce moment, un
bruit inattendu se propage dans les ténèbres, il nous est impossible de
penser que c'est le galop d'un lapin ou le cri d'un oiseau de nuit. C'est
nécessairement le début d'une aventure épouvantable et, selon l'état de nos
nerfs, nous prenons une course folle, ou bien nous roulons à terre, le
cœur défaillant.
L'imagination
est une telle force que nous la voyons, par contre, rappeler à la vie
ceux qui étaient possédés par quelque forte passion et qui y puisent l'énergie
de lutter contre le mal. L'avare n'a pas besoin de voir, de palper son trésor
pour éprouver la joie que lui donne sa fortune; il lui suffit de voir l'or, de
l'entendre, d'y penser même pour créer en son esprit l'image de la «
chère cassette » qui contient plus que sa vie. Le voluptueux, l'homme
épris n'a pas besoin de voir la femme aimée ou désirée; il suffit d'un portrait,
d'une lettre, moins encore, d'un parfum respiré dans la rue, d'une coiffure,
d'un ruban, pour que le souvenir de l'être aimé lui soit présent et, avec
lui, les sensations voluptueuses qui accompagnent sa présence. L'alcoolique, le
glouton pensent à une bouteille, à un festin, et l'eau leur en
vient à la bouche. Le joueur, rien qu'à imaginer la table de jeu
ou le champ de courses, éprouve déjà le frisson qui lui serre le
cœur au moment où son enjeu s'évapore ou se multiplie suivant le
caprice du sort. Dans les jours de mélancolie, la tombe de ceux qui nous ont
quittés nous fait revoir leurs traits chéris, revivre les heures douées qui
nous ont fait le mieux apprécier leur caractère et leur tendresse. Dans
tous ces cas, c'est le processus inconscient qui s'impose à nous avec
force, qui nous contraint à voir, à entendre, à éprouver
ce que nous ne recherchons peut-être pas, ce qui est peut-être un
remords.
Dans
tout fait psychique, nous voyons donc l'inconscient agir sur nous avec
puissance.
Nous
pensons, mais nous sentons aussi et c'est surtout dans le sentiment que
l'inconscient prend une part énorme à notre vie, nous soutient ou nous
abat, aiguise nos perceptions ou les oblitère.
Nous
traversons un paysage dont l'harmonie nous enivre. Un calme inattendu nous
pénètre et nous charme. Cet arbre, cette fontaine, ce ciel délicatement
bleu ne se contentent pas de faire vibrer en nous les émotions que leur vue
nous inspire; ils nous rappellent des villégiatures précédentes, des souvenirs,
des joies, des peines, qui font de nous une personne toute différente de celle
qui est descendue du train.
Nous
entendons une chanson, une symphonie : leur rythme, leur mélodie rappellent
à notre esprit un monde de sensations oubliées. Tel chant, doux et
mélancolique, paraîtra une prière à un esprit religieux, et il
verra sa mère prier ou quelque figure chérie, dans l'attitude de
l'extase. Celte mélodie est peut-être un regret du pays ou la séparation
de l'aimée: thèmes qu'un autre auditeur y verra et animera de ses
souvenirs personnels. La voix d'un ami subitement entendue nous saisit d'une
joie singulière dans certains moments plus sensibles. Il nous paraît,
dans une période de chagrin, que cette voix nous amène un réconfort, que
cet ami vient à nous comme un envoyé céleste.
Marchons
dans la campagne, un jour de repos, alors que les préoccupations de la vie nous
laissent l’esprit paisible. Cette maison qui n'a jamais retenu notre attention
nous paraît tout à coup celle du bonheur. Nous la trouvons pareille
à la maison de notre enfance, à celle qui semblait si grande
quand nos pas trébuchaient. Un monde d'images et de souvenirs reparaît à
notre pensée comme des bulles à la surface de l'eau. Des cloches sonnent
au lointain; toutes les sensations religieuses de notre enfance se tissent
à cette harmonie si douée à écouter dans la paix du soir. C'est
le village de l'enfance avec ses maisons basses, ses haies pleines de
mûres où nous avons tant grappillé et dont nous nous rappelons
tout, excepté les épines. Un parfum nous rappelle une présence féminine et
c'est beaucoup dans cette faculté d'éveiller nos souvenirs que le parfum prend
sa puissance. Mais ce parfum lui-même est évoqué à son tour par
des circonstances extérieures. Un tableau nous montre un rosier chargé de ses fleurs;
nous l'imaginons vivant, nous respirons sa tiède baleine et nous
rapprochons d'elle des images, des parfums qui nous furent chers.
En
somme, à moins d'éducation particulière, nous n'avons que peu de
maîtrise dans notre vie émotionnelle. C'est ce qui fait dire à Hœffding:
« C'est surtout dans le développement des sentiments que les impressions
inconscientes jouent un grand rôle. Le sentiment n'est pas seulement déterminé
par des sensations et par des représentations claires et précises, mais encore
par des influences imperceptibles, dont la somme seule compte pour la
conscience. De là ce qu'il y a de mystérieux et d'inexpliqué dans
l'essence de tant de sentiments; ils sont surtout dans leurs premiers
mouvements, inintelligibles pour l'individu qui les éprouve, parce qu'il en
ignore les causes précises. »
Tous
les faits que nous venons de passer en revue montrent le rôle immense que joue
en nous la partie inconsciente de notre personnalité. C'est l'inconscient qui
fait battre notre cœur qui préside à toutes nos fonctions
organiques. Il est prépondérant dans tout acte de pensée, dans tout sentiment,
dans toute émotion. L'inconscient est le réservoir où s'accumulent, avec
tous les apports du passé, les fruits de notre expérience.
Pour la
clarté de notre enseignement, nous avons étudié l'inconscient et le conscient
comme s'il s'agissait de deux entités séparées, mais ce serait une erreur de
croire qu'il en est ainsi dans la réalité de la vie, que ces deux êtres
peuvent agir l'un sans l'autre et même qu'il y a avantage à laisser
à l'inconscient son entière liberté. Cette erreur ne tarderait
pas à amener les abus les plus funestes.
Au
contraire, nous devons toujours tendre à renforcer en nous le contrôle
volontaire. Si nous laissions à l'inconscient une liberté excessive, il ne
tarderait pas à nous engager dans une voie qui nous serait
extrêmement préjudiciable. Cela nous est très facile à
constater dans certaines circonstances où l'inconscient devient
momentanément notre maître, où il cesse de se trouver sous le contrôle
de la conscience. Par exemple, dans le cas d'obsession, d'idée fixe, où,
sous l'empire de l’inconscient, la conscience est oblitérée par une pensée,
souvent sans importance, qui prend des proportions si grandes que l'on ne voit
plus autre chose. Nous le voyons également dans les rêves où
l'inconscient, laissé libre d'agir à sa guise, nous fait associer les
idées les plus disparates dans l'ordre le plus arbitraire. Ce mécanisme est
encore plus apparent dans le trac où tout contrôle disparaît.
L'inconscient, emballé en quelque sorte sur une piste, ne trouve plus ni frein,
ni obstacle et ne tarde pas à nous jeter dans les embarras les plus
extrêmes. On voit, dans ce cas, les réflexes les plus inattendus se
produire: le traqueur souffre de palpitations, de troubles de la digestion ou
des sécrétions. En un mot, le traqueur ne peut plus compter sur l'autorité de
sa volonté et, livré à son inconscient, perd tous ses moyens d'un seul
coup.
Dans
certains cas pathologiques, l'inconscient peut même prendre
temporairement la place de la conscience et agir en son lieu et place. Nous
avons étudié dans notre Science secrète — où nous nous sommes
appesantis longuement sur la vie mentale, — les cas célèbres de Félida,
étudiée par le Docteur Azam de Miss Beauchamp, étudiée par le professeur Morton
Prince, d'Hélène Smith étudiée par le Professeur Flournoy et divers
autres aussi caractéristiques.
Ces
personnes, dont la psychologie maladive a été longuement observée, avaient
plusieurs états de conscience qui prenaient successivement la place de
l'être réel, du conscient. Ces cas sont extrêmement curieux et ils
peuvent être reproduits expérimentalement par un suggesteur habile. Il
est possible d'imposer, en suggestion, une personnalité toute différente de
celle du sujet, qui vivra de son existence propre, sans laisser à la
vraie conscience du sujet la possibilité de se manifester. Chez les fous, le
phénomène est plus complet encore. L'inconscient est seul à
vivre; le conscient est complètement obnubilée
II ne
faut pas davantage considérer l'inconscient comme un danger constant et que
l'on doit tenir sous clef. Bien éduqué, il peut, au contraire, devenir un
être précieux, mais il doit toujours demeurer sous l'autorité, sous le
contrôle du conscient. C'est celui-ci qui, à l'origine, doit juger si
l'habitude à acquérir est bonne et profitable, si la faculté à
développer rendra de véritables services. C'est seulement après cette
étude que l'inconscient a le droit de prendre cette habitude, de développer
cette faculté, de même que le sous-directeur d'une usine ne doit se
permettre de prendre aucune décision importante sans le consentement ou l'ordre
de son directeur. Il devra ensuite faire exécuter le programme de travail par
les sous-ordres.
Le but
de l’éducation psychique est de renforcer la conscience, d'augmenter sa
maîtrise sur l'inconscient, qui, bien gouverné, devient un fidèle
serviteur.
Prenons
un exemple qui montrera le mécanisme de cette collaboration:
Voici
une jeune fille qui veut être dactylographe. Elle doit connaître la place
des touches et acquérir une dextérité suffisante pour la frappe. Ce double
travail s'effectue en deux périodes bien distinctes:
1er
stade. — Au début, la dactylographie exige de la jeune fille un effort
conscient. Tous les mouvements qu'elle fait doivent être contrôlés avec
attention. Il faut qu'elle observe avec soin la place des touches, et chaque
pose de doigt est à la fois un geste du corps et un travail de l'esprit;
encore les erreurs sont-elles nombreuses, au début.
2e
stade. — L'habitude est enfin acquise; les doigts se sont déliés; la
dactylographe n'a plus besoin de songer à ses mains qui agissent guidées
par l'habitude. La frappe est automatique. Le conscient ne fait plus effort que
pour suivre le texte à transcrire, dans le travail matériel. C'est l'inconscient
qui agit. A ce stade, le conscient est parfaitement libre de se livrer à
une toute autre besogne comme celle de rédiger la réponse, le texte, le roman
que les doigts, mus par l'inconscient, écrivent sans en avoir connaissance.
On voit
très bien ici le rôle de l'inconscient: c'est un serviteur
fidèle, mais pour être utilisé comme tel, le conscient s'est vu
obligé, tout d'abord, d'étudier, de juger, de contrôler ]a notion qu'il fallait
enseigner à son aide, après avoir vu que cette notion était utile
et bonne à acquérir. On peut dire, sans crainte d'erreur, que rien
d'utile, vraiment, ne peut être accompli de façon constante, suivie que
sur l'ordre du conscient.
Je
reprends en mon nom personnel l'exemple de la collaboration du conscient et de
l'inconscient dans l'écriture à la machine. J'ai commencé, il y a
quelque vingt ans, à me servir de cet objet. Après quelques jours
d'application, j'ai connu mon clavier. Il m'en a fallu davantage pour obtenir
la dextérité, la rapidité nécessaires, sans lesquelles la dactylographie n'est
pas utile. J'ai donc fait, au début, un effort conscient. Mais dès que
la place des touches a été fixée dans ma mémoire, mes doigts ont continué leur
besogne, guidés seulement par l'inconscient. Depuis 20 ans, j'ai gardé la
même vitesse au clavier, mais, fait à noter, je frappe maintenant
sans prêter aucune attention à ce que font mes mains. Si je ferme
les yeux devant mon clavier et que l'on me demande où se trouve une
lettre: n, par exemple, je suis incapable de dire où elle est. Mais que
je veuille écrire ou qu'on me dicte un texte, immédiatement, sans aucune
hésitation, je puis le transcrire sans faute, sans confusion. Ce simple fait
suffît à démontrer l'existence de deux mémoires différentes: le
conscient a oublié, l'inconscient se souvient.
Cette
dualité de la mémoire est extrêmement importante à noter
dès maintenant, car elle nous fait constater les divers stades de
l'éducation que nous devons donner à notre volonté. Au début, toute
notion que nous acquérons, est acquise par un effort conscient. Plus nous
apportons d'attention à cette étude, plus rapidement et mieux le
résultat est obtenu. A l'acte volontaire, succède ensuite l'habitude. Le
conscient cède la place à l'inconscient. L'effort initial crée le
pli psychique qui ne s'effacera plus guère. Cela fait, le conscient n'a
plus aucun effort à faire, il s'en remet à l'inconscient et
à ses sous-ordres. Plus les notions à acquérir seront complexes
et délicates, plus le premier stade nécessitera de travail et d'application,
mais, par la suite, il n'y aura aucune peine consciente; l’inconscient sera
discipliné.
Ce
phénomène de la double mémoire — consciente et inconsciente — ne se
produit pas seulement dans la dactylographie. On le trouve dans tout fait de
conscience. Il n'en est pas de plus fréquent. On peut même le considérer
comme une règle générale. Il est si constant qu'il passe inaperçu devant
nos yeux.
Je me
rends pour la première fois chez une personne. Je regarde la rue, je
cherche le numéro, je considère la maison, je m'informe auprès du
concierge, je gravis l'escalier ou prends l'ascenseur, je m'arrête
à l'étage indiqué. Sur le palier, je fais un effort de mémoire pour me
rappeler à quelle porte je dois sonner. Pour arriver à mon but, j'ai
dû mettre sans cesse en action ma conscience: j'ai regardé, observé,
réfléchi.
Me
vient-il à l'idée de voir à nouveau cette personne ? Je me rends
chez elle avec beaucoup moins d'efforts, car un grand nombre de notions me sont
restées en mémoire. Je n'ai plus recours au concierge; je reconnais l'étage et,
si j'hésite un instant sur le palier, cette hésitation n'est pas longue.
Que
cette visite se renouvelle et devienne une habitude fréquente, je ne songe
même plus à regarder; mon inconscient me dirige, tandis que je
pense, soit au plaisir de voir des amis, soit à l'entretien d'affaires
auquel je vais me livrer.
L'inconscient
décharge le conscient de tout travail qui peut être fait automatiquement.
C'est là son principal rôle. Celui du conscient est d'observer, de
comparer, de juger.
Prenons
encore un exemple. Pour apprendre à jouer du piano ou de tout autre
instrument, le premier stade est celui de l'effort conscient, le
deuxième stade est automatique. Dans le premier, l'esprit a fort
à faire pour guider les doigts sur les touches, mais quand l'habitude
est acquise, l'esprit laisse agir l'inconscient et se préoccupe d'autre chose,
de l'interprétation de la phrase musicale, du sentiment à exprimer.
Chacun
exerce ainsi la fonction qui lui est propre: après étude, l'inconscient
décharge le conscient de tout le travail qui peut être automatiquement
accompli. Libéré de ce soin, le conscient peut faire une besogne d'ordre
supérieur, où il est beaucoup plus utile.
Vous
trouverez des exemples du même genre partout autour de vous. Tous les
ouvriers habiles en leur art sont passés par les mêmes stades. Au début,
ils ont appris à force d'attention à se servir de leur outil,
mais, par la suite, ce travail manuel est devenu automatique; ils ont pu alors
chercher les délicatesses de leur art et accomplir des besognes qui demandent
un soin et un goût tout intellectuels. En tout ceci, nous le voyons, le
rôle de l’inconscient est celui d'un suppléant, d'un secrétaire, à qui
l'initiative ne doit jamais appartenir.
De ces
constatations, une loi ressort pour nous. Nous devons nous efforcer de
décharger le plus possible le conscient des travaux que l'inconscient peut
faire automatiquement. Mais l'inconscient reste au second plan. Ce serait
commettre une grosse erreur de croire que l'inconscient peut agir de lui-même
sans contrôle préalable. C'est toujours le conscient qui doit avant toute
chose, juger la valeur des notions, les passer au crible de la raison.
Quand
l'éducation psychique a été imparfaite, quand l'inconscient domine sur le
conscient, nous disons que la personne est « inconsciente ». Cela peut se dire
de l'enfant qui n'a pas encore atteint l'âge où il peut juger et
maîtriser ses impulsivités; du vieillard tombé en enfance et qui n'a plus ses
facultés; du fou, de l'halluciné qui, pour un motif ou un autre, ont perdu tout
contrôle volontaire. Tous ces êtres, trop jeunes ou affaiblis, manquent
de synthèse mentale; leur conscient n'est pas à son poste.
Expérimentalement,
nous pouvons arriver au même fait. Plongeons en hypnose un sujet
sensible. Que se passe-t-il dans son champ mental ? Le conscient est endormi,
obnubilé; c'est l'inconscient qui accepte la suggestion imposée et qui
l'exécute dans la limite permise.
On
conçoit par-là quelle utilité il y a pour nous à devenir de plus
en plus conscients. Ce serait une erreur aussi grossière que
préjudiciable d'abdiquer notre conscience, car nous restreindrions du
même coup le champ de nos perceptions et nous finirions par perdre le
sens précieux de la responsabilité. Nous devons tendre à former une
synthèse harmonique de notre conscient et de notre inconscient, si nous
voulons que le sous-directeur, sans empiéter sur ses droits, soit toujours
à son poste et s'y conduise en bon et fidèle collaborateur. C'est
seulement alors, quand nous aurons obtenu cette synthèse, ce parfait
contrôle, cette maîtrise de notre inconscient, que nous viendrons à bout
de nos impulsions mauvaises, de nos hérédités morbides, des habitudes néfastes
si fortement ancrées qu'elles soient, des plis psychiques, des suggestions
ataviques, des faiblesses, des tares même qui entravent notre
progression.
Ne plus
contrôler l'inconscient, lui laisser la prédominance dans tous les actes de la
vie, es serait infailliblement faire reparaître tous les bas instincts qui nous
viennent de notre plus mauvaise ancestralité; ce serait rétrograder.
Si nous
insistons si longuement sur ce point, c'est pour montrer combien est grande
l'erreur que commettent ceux qui tablent uniquement sur l'inconscient pour
donner à l'être humain une maîtrise plus complète. C'est de
l'inconscient qu'ils attendent les résolutions heureuses, les forces vives qui
doivent nous apporter la force, la santé, le succès, le bonheur !
Quelle erreur ! C'est la même qui pousserait un préfet de police à
confier aux voleurs la garde du trésor public ou des biens particuliers. Agir
ainsi, c'est prendre le contre-pied du problème. Ce n'est pas un moyen
pratique pour en avoir la solution.
Nous
voici donc en présence de deux thèses entièrement opposées:
M. E.
Coué, qui appelle sa méthode « auto suggestion consciente » — et, en cela,
il commet un abus de langage — table uniquement sur l'inconscient mis en éveil
par l'imagination pour accomplir en nous des miracles. La méthode du
psychologue nancéen se réduit à ce fait : faisons un rêve, le plus
doucement possible, sans effort; imaginons que nous sommes en parfaite santé,
que rien, à l'avenir, ne pourra troubler notre quiétude, entamer notre
équilibre physique, nuire à notre joie, à nos succès
matériels ou intellectuels. Si nous l'imaginons suivant la formule, santé,
joie, bonheur, succès viendront comme par enchantement. Surtout, ayons
bien soin de ne pas accomplir un acte volontaire, ne faisons pas le moindre
effort, nous perdrions tout le fruit du traitement commencé. Ce qu'il faut,
c'est répéter le plus machinalement possible une formule apprise une fois pour
toutes, une formule de quelques mots dont il ne faut pas chercher le sens,
d'ailleurs fort évident. Mais surtout, surtout, éviter tout acte volontaire.
Fort
d'une expérience déjà longue et journellement poursuivie, nous
n'hésitons pas à dire qu'une telle conception est erronée. Si on se
conforme à la lettre de ses prescriptions, on va nettement à
l'encontre de ce qui, à notre avis, est nécessaire pour la mise en
valeur de l'être humain. Nous voyons même là un grand danger
que nous ne sommes pas le premier à signaler, car il saute, de prime
abord, au regard des moins prévenus: ce procédé est contraire à toutes
les lois de l'éducation, puisque au lieu de soumettre les impulsivités au
contrôle de la conscience, il cherche à créer des impulsifs, à
désintégrer la synthèse mentale au lieu de la renforcer. C'est là
qu'est, à notre sens, le danger de cette méthode.
Depuis
les âges les plus reculés, le lent travail de la civilisation a été de dégager
le conscient de l'inconscient, d'augmenter son domaine parmi les facultés
humaines, d'agrandir son pouvoir de contrôle sur les actions même qui
semblent lui appartenir le moins. Voici maintenant qu'il nous faudrait
abandonner le terrain conquis, retourner en arrière, revenir à
ces temps barbares où l'homme cédait sans contrôle à toutes ses
impulsivités, et cela sans l'excuse d'un sentiment violent.
Ce ne
sont pas des impulsifs qu'il faut créer. Bien au contraire, c'est des
volontaires qu'il faut sans cesse accroître le nombre. Il n'est pas possible,
en bonne règle, de retirer le gouvernement de notre usine à
l'être intelligent et adapté au commandement qu'est le directeur pour le
confier au sous-directeur qui ne possède ni les mêmes facultés, ni
la même préparation. Il est impossible d'attendre de celui-ci des ordres
judicieux et, surtout, continus. Certes, dans un moment d'enthousiasme ou dans
un danger tragique, l'inconscient peut prendre des déterminations utiles,
accomplir des actions sublimes, dépasser même ce que ferait la
conscience. Mais, en dehors de ces moments extrêmes, en supprimant le
choc émotionnel qui exalte ses forces, magnifie sa lucidité, l'inconscient est
sujet à trop de troubles pour que nous lui fassions confiance. C’est lui
qui déprime le conscient par ses tracs spontanés, ses peurs injustifiées, ses
défaillances imprévisibles, ses anxiétés sans cause, tout ce qui occasionne des
déperditions d'énergie. C'est aussi l'inconscient qui subit et transmet la
poussée des instincts bas et animaux, les tentations mauvaises. Il ne peut, il
ne doit donc agir que sous le contrôle d'un être plus froid, plus
clairvoyant, mieux adapté à la lutte et à l'action prolongée. Le
directeur est fait pour avoir la haute main sur tout cela, et bien des forces
seraient perdues si les rôles étaient intervertis. Toute autre conception, est
erronée; les résultats qu'elle peut donner sont précaires et transitoires. Les
déboires sont nombreux pour ceux qui ont tout attendu de la formule répétée
machinalement.
Ces
déceptions, n'ont, pour le psychologue, rien qui le puisse surprendre. Il
suffit de réfléchir. Le choc émotionnel peut et doit avoir des répercussions
profondes dans l'organisme, mais on ne peut attendre de pareils effets d'une
phrase répétée à satiété et qui, par ce fait même, perd de sa
puissance suggestive. Le moment ne tarde à venir où on la dit
aussi froidement et distraitement qu'un phonographe pourrait le faire.
M. E.
Coué pose le problème en ces termes: Volonté ou Imagination ? De
laquelle de ces facultés devons-nous attendre le soulagement de nos maux, la
transformation de notre être, — ce qui est la même question
transposée sur un autre plan. M. Coué affirme que, si le conflit se produit
entre la volonté et l'imagination, c'est toujours cette dernière qui
l'emporte. Ceci n'est pas exact et dépend du naturel des personnes à
traiter. D'ailleurs le problème est mal posé.
Nous
avons vu que le conscient et l'inconscient ont les mêmes facultés
à leur disposition. Tous deux les régissent soit ensemble, soit
séparément, mais en des formes bien différentes. Les facultés supérieures — les
seules qui nous intéressent en ce moment — sont: l'attention, le jugement,
l'association d'idées, la mémoire, l'imagination, la volonté. Pour toutes ces
facultés, nous avons vu qu'elles s'exerçaient sous des formes très
variables suivant qu'elles étaient contrôlées par la conscience ou qu'elles
échappaient à ce contrôle. Les deux termes à opposer ne sont donc
pas volonté et imagination, mais conscient et inconscient, c'est-à-dire
deux êtres bien distincts, ayant chacun son caractère propre, son
mode d'agir, son habitude de se conduire très personnelle et impossible
à confondre avec le procédé de l'autre. Chacun d'eux possède une
forme de volonté — il y en a tant de formes et tant de gradations ! — il
possède une forme de l'imagination plus ou moins active, plus ou moins
passive, suivant qu'elle vit sous l'impulsion du conscient qui va chercher les
images ou de l'inconscient qui les subit d'où qu'elles se présentent, et
sans les contrôler aucunement. Nous pourrions nous étendre longuement sur ces
manifestations des diverses facultés suivant le domaine où elles
s'exercent, mais force nous est de nous restreindre, d'éviter les longs
développements.
Quoique
en peu de mots, serrons cependant de près le problème. Nous avons
vu que la théorie, au premier abord, se présente comme une pétition de
principes. Passons à l'examen des faits qui seuls doivent nous décider
à opter pour telle méthode plutôt que pour telle autre.
Si nous
en croyons M. Coué, il suffit, pour se guérir soi-même, de se répéter
chaque jour, un certain nombre de fois, la même formule: « Tous les
jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux... », ou plus
simplement: « Ça va, ça va... » La phrase ne doit pas attirer notre attention
et son sens doit nous être, en quelque sorte, indifférent. Il faut rendre
la récitation aussi machinale que possible. Il faut, insiste M. Coué « répéter
cette phrase comme on récite des litanies. » II devrait ajouter quand on les
récite sans aucune piété, ni effusion de cœur, ce qui donne des
prières plutôt faibles !
Mais M.
Coué a foi dans sa formule et, cette foi, il tâche de nous la faire partager.
Tout d'abord, il cherche à frapper notre imagination. En réunion
publique, cela est facile. La foule, même formée d'unités très
supérieures, la foule est toujours suggestible. Il se dégage d'elle une sorte
de magnétisme passif qui rend les masses, quelles qu'elles soient, éminemment
faibles et crédules. En outre, pour les auditeurs nouveaux, cette étrange méthode
présente l'attrait du mystère. Et, pour étonner la galerie, prendre
encore plus d'empire sur les êtres à suggérer, M. Coué a recours
à un subterfuge: « Fermez la main, dit-il d'un ton jovial, et dites-vous
que vous ne pouvez pas l'ouvrir. »
La personne
impressionnable qui se prête à l'expérience est bien naturellement
émue. Tous les yeux des spectateurs convergeant sur elle lui causent un trouble
d'autant plus grand qu'elle est plus sensitive. La suggestion qui se présente
à elle la trouve donc absolument désarmée. A ce moment on lui
affirmerait avec énergie que malgré tous ses efforts, elle ne peut pas ouvrir
la main, qu'elle se verrait peut-être dans l'impossibilité réelle de le
faire. Ceci, c'est l'expérience banale que réalisent facilement tous les
hypnotiseurs de scène. Mais l'expérience proposée par M. Coué est plus
facile encore. Le suggéré créant lui-même l'image et la pensée de son
impuissance, il n'y a pas de lutte dans son esprit. Il a fermé sa main avec
l'idée qu'il ne pourra pas la rouvrir; il ne tente même pas de desserrer
les doigts. D'ailleurs, le tenterait-il que, la plupart du temps, il n'y
réussirait pas. Pour d'autres raisons, ce grand émotif se trouve dans la
même situation que l'artiste en scène, qui est soudain
complètement inhibé par le trac et qui perd le fil de ses idées, se
trouble, balbutie, bien heureux encore si d'autres troubles plus gênants
ne lui surviennent pas sous l’influence de l'inconscient. Dans le cas qui nous
occupe, l'inhibition est motrice et elle porte sur le mouvement des muscles
extenseurs des doigts.
Tout
ceci est exact pour les sujets sensibles et perméables à la suggestion.
Mais il est des êtres qui ne veulent rien accepter sans contrôle, ceux
que l'on appelle familièrement les fortes têtes et à qui
l'on ne saurait faire prendre des vessies pour des lanternes. On leur dit,
comme aux autres: « Fermez la main et dites-vous que vous ne pouvez pas
l'ouvrir. » La « forte-tête » a beau se répéter honnêtement la
phrase sacramentelle, il a beau se dire qu'on lui a commandé de ne pas ouvrir
la main, dès qu'on lui dit: « Essayez ! », il essaye et réussit
sans aucune difficulté à étendre les doigts qui devaient demeurer noués.
La suggestion n'a pas été acceptée par ce sceptique; ses mains n'ont pas été
bridées, immobilisées; il les ouvre sitôt qu'il le veut. « Justement, affirme
M. Coué, ceci vient à l'appui de ma thèse. Voici le conflit
devenu flagrant entre l'Imagination et la Volonté. Vous avez imaginé que vous
pouviez ouvrir votre main et vous avez pu. » Le triomphe est facile, mais il
n'est qu'apparent. Le suggéré peut dire, en toute honnêteté, qu'il n'a
rien imaginé du tout, qu'il a voulu voir. Et, en effet, il a vu que la
suggestion ne prenait pas sur lui. Aussi, cette démonstration, malgré l'effet
qu'elle peut produire, soit en réunion publique, soit dans un cercle où
tous les assistants sont des fidèles de sa méthode, cette démonstration
est absolument puérile et elle ne prouve rien.
M. Coué
rencontre-t-il une personne suffisamment crédule ou émotive ? Il lui donne
aisément un choc émotionnel. Ce choc a sa répercussion dans le champ mental. Il
décontenance le néophyte, l'empêche de réfléchir. L'opérateur a tôt fait
de profiter du désarroi obtenu pour montrer sa suggestion comme irrésistible,
par le procédé enfantin qu'il a choisi. Puisque votre imagination, dit-il,
aussitôt à la personne troublée, a été capable de paralyser
momentanément le travail musculaire de votre main, cette même faculté
aura le même pouvoir à l'intérieur de votre organisme. Pouvoir
double, celui de contracter ou de détendre, d'augmenter ou de paralyser vos
fonctions vitales. Vous allez instantanément être soulagé de tous vos
maux... Et voici notre patient, tremblant et crédule, qui attend le miracle et
déjà le croît possible. A cette minute où tout contrôle est aboli
dans son esprit, il reçoit la formule comme un charme enveloppé de
mystère. Il est troublé encore, mais plein de confiance et il se
répétera ce soir, du ton le plus monotone, avec la plus complète atonie
d'esprit qu'il lui sera possible de réaliser: « Ça va, ça va ! » et il
s'endormira paisiblement. Durant les premières heures, durant les
premiers jours si sa foi est robuste, son imagination se donnera
carrière et peuplera ses pensées et ses songes de rêveries
délicieuses où tous ses maux seront abolis.
Mais
l'imagination, sous cette forme passive, n'est-elle pas « la folle du logis ? »
Elle est essentiellement instable, d'autant plus sujette à variations
que le sujet est plus nerveux et impressionnable. Dans des phénomènes
aussi violents, l'oscillation est de règle. Aujourd'hui, elle est
frappée par le guérisseur dont chaque mot devient parole d'évangile; elle
construit donc des rêves magnifiques et se croit guérie presque
magiquement. Mais demain ? Demain, en toute certitude, une autre orientation de
pensée se sera produite, la réaction s'opérera sous une forme ou sous une autre
et l'effet de la formule magique ne se produira plus que très mollement.
Au reste, le choc émotionnel s'use par l'accoutumance. Le sujet, d'abord soumis,
reprend peu à peu possession de ses facultés psychiques. Le voici qui
observe, qui raisonne, qui doute. Maintenant, il ne se laissera plus
surprendre. S'il lui vient à l'idée de se soumettre de nouveau à
l'expérience qui l'avait tant frappé la veille, il se rendra compte sans
difficulté que ce qu'il ne pouvait faire hier, il le peut parfaitement
aujourd'hui. Il peut à volonté, ouvrir sa main ou la garder fermée. La
formule est donc sans effet ! C'est que le choc émotionnel une fois effacé par
l'accoutumance, ce n'est plus l'imagination qui mène le jeu mais
l'attention, la volonté, le jugement. Dès lors s'écroule le château de
cartes et l'auto suggestion, sur laquelle tout avait été fondé, n'a plus de
prise sur le sujet.
Le
psychologue voit tout de suite l'écueil de cette méthode. Compter sur les
réactions émotionnelles inconscientes — qui doivent être d'une telle
puissance qu'elles éclipsent les facultés supérieures de l'esprit — c'est, par
cela même, réduire à quelques malades, gravement névrosés, la
portée d'une telle forme de suggestion. Ceci explique les nombreux
insuccès de la méthode auto suggestive qui tente, rêve chimérique,
d'utiliser en thérapeutique organique ou morale, les capricieuses fantaisies de
l'imagination. Que cette technique donne de bons résultats quand il s'agit
d'êtres très impressionnables, de névropathes, nul ne le conteste;
mais que ces résultats soient profonds, durables, non. L'expérience
journalière le prouve.
Les
résultats durables — encore sont-ils limités à des cas sans lésion organique
profonde, sans trouble mental, sans désarroi moral bien déterminé, — ces
résultats sont dus à ce que précisément, les malades, les déprimés dans
leur désir de guérir, de rétablir leur équilibre, font précisément le contraire
de ce que M. Coué leur commande. Ils se répètent bien la formule, mais
non pas machinalement, sans y prêter nulle attention ; ils y mettent une
foi ardente, robuste; ils se sentent émus, secoués. C'est cette volonté active,
fortement tendue, cette émotion entretenue par le vif désir de la guérison qui
est le véritable agent thérapeutique.
Le «
bluff », pour M. Coué — et il le reconnaît volontiers— est l'élément
fondamental qui fait travailler l'imagination. Du fait de ce curieux
subterfuge, il peut arriver à certains effets légers. Mais, nous ne
saurions trop le répéter: dans la très grande majorité des cas les
résultats sont illusoires. Que peut-on d'ailleurs attendre de durable d'une
telle méthode éducative ? La personne traitée demeure comme auparavant avec ses
mêmes faiblesses, ses mêmes tendances morbides, son même
manque d'attention, d'association d'idées, de jugement, de volonté. Elle garde
surtout sa même impressionnabilité, qu'elle aggrave encore par la forme
du traitement. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce que les mêmes
causes reproduisent sans cesse les mêmes effets et que des circonstances
violentes amènent les mêmes troubles, les mêmes craintes, le
même manque de confiance en soi, le même cortège de
misères, de faiblesses, de dépressions, de déboires.
Un
psychologue ne saurait s'y tromper. M. Coué table sur l'imagination passive,
qui est une source de faiblesse, pour donner de nouvelles forces, pour obtenir
une amélioration. Les termes de la question en démontrent l'illogisme et
l'insolubilité par les moyens mis en œuvre. Il suffit pour s'en rendre
compte de généraliser à toutes les facultés ce que M. Coué demande
à l'imagination:
Voici
un élève en classe. Son professeur le voit distrait, occupé de toute
autre chose que de son cours et lui en fait le reproche, mais l'élève
lui répond : « II n'est nullement utile que j'écoute vos paroles, je n'ai
qu'à me dire ça va... ça va, d'ici quelques minutes, je saurai
parfaitement tout ce que je n'ai pas entendu... »
Pour le
jugement, il n'est nul besoin de se creuser la tête pour découvrir les
moyens d'obvier à une situation difficile. On se répète: « ça va,
ça va... » et, tout à coup, la solution désirée se présente dans un
éclair, comme un diablotin de féerie.
La
mémoire agira de même. On se promènera bientôt avec son livre dans
sa poche et, après avoir répété « ça entre, ça entre... » un nombre
rituel de fois, on aura appris le sanscrit ou les fables de Lafontaine.
Les
associations d'idées, qui ont une telle importance, à la fois dans
l'instruction et dans la direction de la vie, ne seront pas davantage guidées
ou imposées. On dira « ça va, ça va... » et, soudainement, la pensée que vous
cherchiez, le mot dont vous aviez besoin arriveront à votre esprit. Il
suffit de dire ces mots, de décrire ces impossibilités pour voir à quel
point elles sont absurdes. Chaque jour, la pratique dément la théorie et,
chaque jour, les faits démontrent que l'on ne gagne rien sans peine, que
l'effort seul est récompensé, que l'homme n'a que ce qu'il mérite — heureux
encore s'il a ce qu'il a mérité.
Quelle
est donc la méthode que nous préconisons, celle qui, depuis 15 années, nous a
donné sans cesse des résultats satisfaisants et durables ? Elle consiste, avant
toute chose, à développer les facultés supérieures de l'esprit. Elles
seules accroissent notre bagage psychique, intellectuel et moral. Elles seules
peuvent combattre efficacement — de façon durable et non pas seulement l'espace
d'un matin — nos tendances inférieures, nos défauts, nos faiblesses.
Les
outils qui nous permettront de buriner en traits nouveaux sur le solide métal
de notre âme fortifiée, ce sont les facultés supérieures: l'attention, le
jugement, l'association d'idées, la mémoire, l’imagination. Toutes doivent
concourir à nous doter d'une volonté ferme, puissante, toujours égale
à elle-même. Mais, pour en arriver là, nous devons utiliser
ces facultés dans leur mode le plus actif. Durant l'effort mental, la période
de mise au point, il ne faut point d'automatisme. Ne fermons pas les yeux pour
voir; ouvrons-les tout grands sur la réalité du monde, afin que pas un détail
ne nous échappe, afin qu'aucun obstacle ne nous surprenne.
Pour
arriver aisément au but, il faut jouer son rôle. Pour ce faire, je fais appel,
certes, aux ressources de l'imagination. Il faut évoquer devant ses yeux le
personnage que l'on veut imiter, que l'on veut devenir, le camper, lui donner
de la vie, le parer de toutes les qualités qu'on envie. Ici, l'imagination se
montre puissante, constructive, active surtout et c'est la seule qui porte des
fruits au plus profond de la personne humaine, qui l'émeuve puissamment et
détermine dans l'esprit le « pli psychique » qui rend stable — automatique,
mais après un puissant contrôle — le résultat précédemment acquis.
II y a
donc un abîme entre les deux méthodes; l'une tablant exclusivement sur
l'inconscient, utilisant la force la plus fruste de l'imagination, et la nôtre
qui met en jeu le conscient et, par lui, les forces supérieures de l'esprit. La
première séduit évidemment ceux qui ont peur de la lutte, qui trouvent
bon d'être passifs et qui préfèrent à des résolutions
utiles l'espoir chimérique de se guérir en répétant à satiété une
formule. Ils obtiennent quelquefois des résultats momentanés mais qui, par
l'accoutumance rapide, ne tardent pas à s'oblitérer plus vite encore
qu'ils se sont produits. La nôtre a non seulement pour avantage de libérer dans
l'organisme des forces vives, sans cesse entretenues par une orientation de
pensée, une émotion heureuse, mais elle renforce l'attention, le jugement,
l'association des idées, la mémoire, l'imagination dans leur forme la plus
élevée et c'est toute la conscience qui gagne et s'épanouit. Nous ne voulons
restreindre aucune des facultés supérieures de l'esprit; au contraire nous
faisons de chacune d'elles un instrument de plus en plus précis. Ce n'est donc
pas un petit résultat ni un résultat passager que nous promettons à nos
élèves, mais une transformation profonde, un complet épanouissement.
Que
faire, en présence de méthodes si différentes ? Accorder foi à notre
parole, suivre la multitude de ceux qui ont été transformés, qui nous
manifestent chaque jour un enthousiasme plus vif. Ensuite, faire comme eux,
suivre leurs traces, vouloir les imiter dans leur progression continue. Les
premiers efforts nécessitent quelquefois un peu d'énergie, mais, eu retour, que
de satisfactions ! Quelle joie de trouver au fond de soi-même des forces
vives ! Quelle joie de sentir tous les ressorts du corps et de l'âme agir avec
souplesse et précision comme une machine parfaite ! Quelle joie de diriger ses
actions en pleine conscience, de voir la santé refleurir comme une plante que
l’on porte aux doux rayons du soleil !
Ce
qu'il faut, c'est acquérir la certitude que personne n'est au-dessous de sa
tâche. Certes, il faut s'astreindre à jouer son rôle, à le vivre
activement, à s'en pénétrer. Mais comme la tâche est facilitée,
dès que la nécessité nous apparaît en pleine lumière, dès
que nous savons qu'avec un peu de bonne volonté et de persévérance nos facultés
vont se perfectionner sans cesse. L'effort n'est-il pas d'ailleurs la loi de la
vie ? Nous n'avons donc pas à le redouter. C'est l'inaction qui est
nuisible. Quand notre cœur s'arrête, la mort ne tarde point. De
même, l'inertie de nos facultés les abaisse et les déprime.
Si l'homme est qualifié pour l'action, il
faut reconnaître que la femme l'est moins. L'homme, en général, est plus
volontaire, la femme est plus impressionnable. Chez l'un, la volonté domine,
chez l'autre une sensibilité qui est à la fois sa limite et sa force.
C'est pourquoi ces deux êtres si différents sont complémentaires l'un de
l'autre. On ne saurait considérer la femme comme inférieure, si peu que ce
soit, au point de vue psychique et mental; mais il est certain qu'elle aura
plus de difficulté à vouloir, surtout d'une volonté calme, ferme et
constante. C'est pourquoi elle est d'ordinaire plus portée que l'homme à
chercher une protection, un appui sur quoi baser sa volonté parfois
chancelante. C'est le rôle de la religion, dont tous les rites sont combinés
pour être le rappel des vérités considérées comme utiles à la
direction de la vie, dont toutes les cérémonies sont réglées pour émouvoir,
pour transposer du matériel au plus élevé ce pouvoir émotionnel qui est sa
caractéristique. La femme — et bon nombre d'hommes — demande à la
religion un appui, et, par elle, fait appel à des forces bienfaisantes
dont la présence ressentie fomente son espoir, soutient ses bonnes résolutions
dans la lutte et la fait se résigner aux douleurs que l'on ne saurait éviter.
Voyez
un fait plus modeste: la croyance en quelque amulette porte-bonheur. Il semble,
du point de vue rationnel, qu'il n'y a aucun avantage à porter telle ou
telle chose, mais, si on y puise des forces, la sensation d'être assisté
par des éléments invisibles donne lieu à une auto suggestion qui peut
être d'un grand bien. On ne peut le nier, cette amulette, cette cérémonie
religieuse sont, pour la femme et pour certains hommes impressionnables, un
appui moral. La femme surtout y trouve un réconfort dont sa sensibilité est émue.
Son espoir renaît après la crise. Elle se trouve armée d'une volonté
plus calme, d'une force qui ne lui serait pas directement venue. Nous utilisons
cette réceptivité émotionnelle — surtout dominante chez la femme — pour une
forme nouvelle d'auto suggestion.
Nous
l'avons déjà dit par ailleurs, l'être humain est en contact avec
l'extérieur par deux sources différentes: le cerveau et le cœur. Ces
sources ne sont point antinomiques; elles s'équilibrent l'une l'autre comme
feraient les deux plateaux d'une balance. Si l’équilibre est parfait, si les
deux plateaux se sentent véritablement solidaires, pour peu que l'on touche
à l'un d'eux, l'autre ne manque pas d'osciller. Nous utilisons ces deux
voies d'accès pour agir sur l'être humain. De là nos
méthodes qui tendent, suivant les cas, à donner soit la secousse morale,
soit le choc émotionnel. Ces actions dans les deux champs — mental et
émotionnel — ont mille nuances; mais ceci est un problème trop important
et trop délicat pour être envisagé ici. Nous en avons fourni des éléments
dans notre Science secrète, et nous nous proposons d'y revenir plus en
détail dans des travaux ultérieurs.
Disons
seulement — et c'est le but de cette diversion — que l'action émotionnelle peut
être faite par le thérapeute soit sur les malades qui sont directement
auprès de lui, soit chez ceux qui se trouvent retenus au loin. A vrai
dire, dans les deux cas, les procédés mis en œuvre sont fort différents.
Journellement, nous voyons des malades, des déprimés, des désespérés revenir
à la vie, renaître à nos yeux sous l'influence d'une pensée, d'un
choc émotionnel. Nous les galvanisons, nous les transformons, nous libérons en
eux des forces vives qu'ils ne soupçonnaient même pas. C'est le miracle,
nous crient-ils ! Oui, le miracle ! Il est souvent possible.
De
loin, notre action est toute différente. La suggestion émotionnelle que nous
intentons est plus douce. Elle s'inspire des actions protectrices et s'entoure
d'un certain mystère. Alors, la pensée du guérisseur trouve dans la
partie émotionnelle de celui qu'il traite, un champ propice à son
action. Le malade, le dolent, à heure fixe, se recueille. Il s'isole
dans une pièce silencieuse. Il élève son esprit, il ouvre son
cœur aux effluves qui lui sont envoyés. Il reçoit bientôt la pensée amie
qui vient vers lui, la messagère de bonheur qui l'entoure, le
protège. Une auto suggestion puissante naît, s'incruste dans
l'inconscient, gagne le conscient qui l'accepte. Elle tire sa force du
mystère, du rite, du silence; elle est retenue et chaque jour renforcée
par un nouvel apport de pensées, et la guérison s'accomplit ! Le malade sent
les effluves bienfaisants apaiser ses douleurs. Des émotions douées et
salutaires provoquées par les pensées ainsi transmises, déterminent en lui une
quiétude nouvelle, augmentent un bien-être sur lequel il ne comptait
plus. Des symptômes meilleurs apparaissent. De jour en jour, devant les
résultats acquis, la foi se renforce, et la foi n'est-elle pas capable de
soulever les montagnes ?
Les
pensées protectrices agissent d'autant mieux sur le malade que celui-ci seconde
volontairement leur action. Tout l’effort du psychologue doit tendre à
faire agir, penser, vibrer. Il n'a rien à espérer de la passivité
déprimante. Il doit s'en écarter au contraire pour laisser tout pouvoir
à l'action. On doit penser dès le début du traitement que, la
période douloureuse passée, l'être se retrouvera prêt à
agir, à éduquer les autres, à porter plus de calme dans ses
propres pensées, à prendre des décisions nouvelles pour aider ceux qui
ont besoin de lui après avoir reconquis son propre équilibre moral.
C'est après cette première guérison que l'être, remis en
possession de lui-même, est enfin capable de jouer réellement son rôle.
Nous
avons déjà exposé ce principe que, pour façonner d'abord sa pensée, puis
ses habitudes selon que l'on a souhaité devenir, le moyen le plus sûr et
le plus pratique est de jouer un rôle.
Pour
jouer ce rôle, il faut, à l'instar des grands comédiens, imaginer que
l'on est déjà le personnage que l'on veut devenir. On doit en prendre,
autant que faire se peut, autant que l'on peut se les figurer, les attitudes,
les gestes, l'intonation de voix, le regard, la démarche, toutes les formes
extérieures. On s'efforce d'agir, dans toutes les circonstances, comme on pense
qu'agirait celui que l'on veut imiter, dans des circonstances analogues, et on
conforme sa pensée à ce que l'on connaît des siennes.
Contrairement
à d'autres méthodes, on n'attend pas la guérison ou le succès
d'une parole ou d'une formule répétée machinalement, en soumettant
l'intelligence et la volonté lucide à l'impulsivité créée. Au contraire,
on est attentif, conscient de l'importance du rôle qu'on s'est imposé. On
pourrait même s'exagérer sans danger cette importance, tant il convient
de savoir ce que l'on est en train de faire et pourquoi on l'a entrepris. Dans
ces conditions on ne tarde pas à constater les heureux résultats de la
méthode que l'on a choisie. L'habitude volontaire crée le pli psychique sans
lequel ces résultats ne conserveraient pas un caractère durable.
A quoi
la volonté fait-elle appel pour réussir dans son œuvre de reconstruction
de la personnalité ? A l'imagination, certes, mais non plus à une
imagination folle, déréglée, sans contrôle. Il s'agit ici d'une tout autre
forme de l'imagination, d'une forme supérieure: l'imagination, représentative,
faculté qui nous permet de faire apparaître à notre esprit l'image qu'il
a choisie, avec une netteté toujours plus grande, à l'exclusion de toute
autre image. Ici l'imagination fait apparaître le personnage à imiter.
Chez la personne entraînée, cette imagination devient même créatrice;
elle ne se borne plus à imiter, à copier; elle donne la
possibilité d'innover, de construire des types supérieurs à ceux que
nous rencontrons dans la vie quotidienne. Ce type idéal, nous le construisons
logiquement avec des données empruntées à tout ce que nous estimons
grand et puissant autour de nous, de même qu'un habile artiste emprunte
à plusieurs modèles divers traits nécessaires à construire
sur la toile ou dans le marbre son idéal de beauté parfaite. Oit voit donc
qu'il ne saurait être question ici de l'imagination créatrice automatique
étudiée par Baillarger et Paul Janet, mais de l'imagination créatrice
volontaire, consciente, qui exige du discernement. L'auto suggéré n'est plus un
être passif qui marmonne des formules aussi indifféremment que ferait un
moulin à prières. Il met volontairement ses facultés psychiques
en action et obtient ainsi un résultat bien supérieur.
De cet
état, M. P. C. Jagot a donné une image assez heureuse :
«
L'inconscient, dit-il, figure à peu près la chambre noire de
l'appareil photographique. En disposant convenablement devant l'objectif, qui
sera ici l'imagination, une idée quelconque, celle-ci se cliché dans
l'inconscient, qui en tire ensuite automatiquement, en nous-même, une épreuve génératrice. ».
(Paul C. Jagot. Méthode pratique d'auto suggestion, Paris, s. d. (1923) p. 58. )
On
conçoit très bien que cette sorte de prise de vues ne saurait se faire
au hasard et qu'elle doit être dirigée par un opérateur ayant du
discernement, de la méthode, du sens artistique, faute de quoi les clichés
seraient sans valeur. Un choix est nécessaire, et ce choix demande du
goût et du jugement, sinon ces clichés ne seraient qu'un poids mort sans utilité
pour le sujet. Une collection n'a pas de valeur par le nombre des objets
collectionnés, sans quoi le plus obscur bazar serait supérieur au Musée du
Louvre; c'est la valeur artistique et intrinsèque de chacun des objets
réunis qui fait l'importance de la collection. Le premier stade de cette forme
d'auto suggestion est donc toujours la mise en œuvre du conscient.
Ensuite, seulement, l'inconscient accomplit sa mission de conserver les
clichés, de les classer méthodiquement, de manière à pouvoir les
faire paraître en cas de besoin, au moment où le conscient en exprimera
le désir.
D'autres
erreurs sont à signaler dans les méthodes de rééducation de la
personnalité humaine. Certains psychologues ont cru bien faire de dépasser le
but, de nier totalement les bienfaits de l'imagination; ils ont voulu la
supprimer entièrement. C'est une faute grave. Il faut une imagination,
il faut des images sensibles qui puissent servir de base à l'acte
conscient, à l'effort utile. L'imagination joue un rôle très
important dans toute notre production intellectuelle. Une imagination faible,
aride, quasi nulle est néfaste pour l'être humain qui se trouve ainsi
dépossédé de l'une de ses facultés les plus créatrices. Il est donc nuisible de
la nier ou de la traiter en ennemie.
Certains
psychologues, imaginant que l'intervention de l'imagination est nécessairement
funeste, ont supposé que leur suggestion prendrait mieux si leur malade était
privé de toute réaction, mis en état de somnolence. Ainsi, le Docteur Coste de
Lagrave pense que le meilleur état pour pratiquer l'autosuggestion est la
somnolence qui précède ou accompagne le sommeil.
« Dans
cette somnolence, dit-il, toutes les facultés sont au repos. L'abstraction de
l'individu peut être complète. Par abstraction, on entend cette
puissance de l'individu à se séparer du monde extérieur pour ne penser
qu'à un seul objet. Certains savants, mathématiciens ou philosophes,
sont arrivés à la puissance d'abstraction par un travail continu et par
un entraînement obtenu dans la période de veille. Cette abstraction a lieu bien
plus facilement dans la somnolence qui accompagne le sommeil. » ( Docteur Coste
de Lagrave. — Petite méthode d'auto suggestion. Revue de l’hypnotisme, mai 1902
)
L'erreur
que nous signalions vient ici de la fâcheuse confusion de deux états bien
différents: l'isolement et la concentration mentale. Le premier est la détente,
le repos de l'esprit, et la seconde est sa période d'effort. Il faut cependant
distinguer: de deux choses l'une, ou notre activité s'éteint, ou nous concentrons
toute notre pensée en vue d'un effet à produire, d'un acte à
accomplir.
Si
notre activité s'éteint, si nous somnolons, il n'est pas possible de nous
donner un ordre qui soit dûment enregistré et qui puisse être
exécuté fidèlement. Au contraire, si notre lustre psychique brille de
tous ses feux, si notre attention donne son effort maximum, nous nous
concentrons autant qu'il nous est possible et nous obtenons précisément — et
seulement ainsi — cet état d'abstraction dont parle le Docteur Coste de Lagrave.
Cet état d'abstraction est l'inverse de la somnolence, de la détente, de cet
état psychique que nous appelons l'isolement, état qui s'oppose à la
concentration mentale, puisqu'il est la privation aussi complète que
possible de toute pensée, tandis que la concentration — que le Docteur Coste de
Lagrave appelle abstraction — est l'attention poussée à l'extrême
sur un seul point donné.
La même erreur — et plus grande encore
— est commise par ceux qui s'imaginent pouvoir éduquer leurs facultés en se
plaçant eux-mêmes dans un état d'hypnose. Cette erreur provient de ce que
nombre d'auteurs, au cours de ces cinquante dernières années, ont
affirmé qu'il était possible, en plongeant quelqu'un dans le sommeil, de lui
faire croire que ses troubles disparaissaient, de lui donner ainsi la sensation
qu'il était guéri, de le guérir en le portant à agir de la même
manière que s'il était guéri en réalité. C'est là une erreur,
ainsi que nous le verrons dans le présent Cours. Après étude, on peut
dire que la suggestion imposée a fait faillite. La conscience — surtout la
conscience en possession des facultés qu'elle doit régir, — n'accepte pas qu'on
la rudoie, qu'on la brutalise. Il y a toujours, même au fond des sujets
les plus passifs, un légitime désir d'indépendance, un besoin de liberté qui
nous fait rejeter toute contrainte, toute main mise sur notre conscience. Donc,
par cette voie, le psychologue n'obtiendra que des résultats illusoires, le
plus souvent passagers. C'est pour ce motif que nous avons substitué à
cette méthode illogique et immorale de la suggestion imposée, la méthode
rationnelle et éducative de la suggestion raisonnée. L'affirmation des premiers
suggesteurs (Liébeault, surtout) qui ne voyaient de salut que dans la
suggestion imposée en état d'hypnose a fait naître cette méthode d'auto
suggestion en sommeil provoqué par un procédé ou par l'autre. Cette méthode
étant basée sur une erreur, ne peut donner que des résultats illusoires ! La
raison en est toujours la même; Si nous somnolons, si nous dormons, si nous
nous privons de la collaboration de nos facultés supérieures, notre conscience
est éteinte; elle ne peut accepter les suggestions qui lui sont offertes; il
lui est donc impossible de faire accepter à l'inconscient des données
qu'elle n'a point admises en connaissance de cause, et qu'elle ne saurait
ordonner. Seule, la conscience a qualité et puissance pour donner des ordres,
quand ces ordres lui sont connus, quand elle a déterminé par elle-même
s'ils sont utiles ou nuisibles.
Délaissant
l'inconscient, certains psychologues ont pénétré dans la conscience pour en
rechercher les imperfections et les tares. C'est de là que proviennent
les méthodes répandues spécialement en Suisse, sous le nom de psychanalyse.
Nous découvrons dans cette méthode un autre écueil, au moins aussi grave que
ceux que nous venons de montrer à notre lecteur. En premier lieu, il est
difficile, sinon impossible, au malade de pénétrer dans sa conscience, de voir
clair dans ses troubles, d'avoir à la fois le déséquilibre du malade et
la lucidité du médecin. Le pourrait-il qu'il y aurait, dans cette analyse de
soi-même, un danger facile à comprendre. Certes, il faut que le
malade comprenne son état, se rende compte de ses troubles, de ses
défaillances. Mais, à les regarder constamment et attentivement,
à les détailler, à y penser sans cesse, il ne peut manquer de les
aggraver, car nous sommes naturellement portés à voir en noir et de
façon tragique ce qui nous cause de la douleur et de l'ennui. Si ce n'est pas
absolument dans tous l'es cas on peut être affirmatif en ce qui concerne
une immense majorité.
Prenons,
pour exemple, un traqueur. Il sait qu'hier, en affrontant le public, il s'est
soudain trouvé saisi par le trac. Ses jambes ont tremblé. Tout a tourné devant
lui. La rampe n'a plus été qu'un brouillard lumineux. Sa gorge s'est rétrécie
de manière à ne plus laisser passer la voix. Une pâleur
extrême a retenu son sang ou bien il s'est empourpré d'un afflux subit. A
la seule idée de rentrer en scène, le souvenir de cette défaillance lui
est extrêmement pénible. S'il se conforme à la méthode des
psychanalystes, notre malade va évoquer ses troubles, les vivre de nouveau, se
sentir derechef pâlir, rougir, trembler, suffoquer. Il puise dans ce souvenir
la certitude que la soirée qui va venir, si elle n'est pire que la précédente,
sera du moins aussi mauvaise. Plus il évoquera son trouble, plus il en scrutera
les causes et les effets, plus il en augmentera l'appréhension et par
conséquent l'intensité. On peut être certain que, loin de guérir, il deviendra
de jour en jour plus malade.
Ce
qu'il faut, au contraire, c'est ne plus penser à ses faiblesses,
à ses déboires, à ses tristesses, à tout ce qui a été dans
le passé une cause de douleur et un amoindrissement. C'est l'avenir que nous
devons considérer. Il n'est pas de ruine qui ne se relève. La Nature
nous en fait voir le magnifique exemple. L'hiver a tout détruit en apparence.
La neige s'est amoncelée. Les pluies ont ravagé ce qui fut le jardin délicieux
et, dès que le premier rayon du printemps se fait sentir, les fleurs
reparaissent dans leur souriante délicatesse, les oiseaux refont leur nid sur
l'arbre dont chaque branche est un bouquet de feuillages, de parfums et de
chansons. Tout n'est qu'espoir, joie, poésie, vie et bonheur à profusion.
Et pour
vous, qui souffrez aujourd'hui, quel sera votre avenir ? Ce sera un
épanouissement de toutes les qualités qui sommeillent en vous. Que le soleil
paraisse, qu'un ami vous apporte la bonne parole et vous allez renaître. Cet
avenir tout proche, nous le magnifierons ensemble. Tous deux, nous allons semer
les fleurs que les nouveaux bonheurs ne vont pas tarder à faire éclore.
Je veillerai sur vous, afin qu'un bras ami soit prêt à vous
soutenir aux heures de défaillance.
Vous
vous croyez peut-être incapable de surmonter fatigues et chagrins.
Désirez les qualités qui vous sont nécessaires, souhaitez les pouvoirs dont
vous avez besoin, faites appel aux facultés dont vous ne sentez pas encore
l'existence mais qui sont latentes en vous. Désirez reprendre ou tenir la place
dans les activités du monde, dans ce foyer qui est le meilleur but que puisse
atteindre un cœur aimant et sûr. Vous êtes un élément de la
grande famille humaine. Il serait coupable de demeurer inactif quand tous vos
frères travaillent.
Jouez
votre rôle ! Voyez le sommet où brille le temple de la paix. Partez
à l'assaut des pentes escarpées. Je vous aiderai dans ce labeur.
J'ôterai les pierres du chemin. Ne vous laissez pas abattre. Voyez haut et
grand. A mesure que vous vous élèverez, un plus vaste panorama se
déroulera devant vos yeux et vous éloignera de la terre, de ses intérêts
cupides, de ses liens bas et vulgaires. Cherchez votre affranchissement loin
des marais impurs. Vous allez entreprendre cette ascension. Ayez d'abord la foi
qui vous soutiendra dans l'effort. Ayez foi dans vos forces qui vont naître et
croître sans cesse; foi en moi qui vous seconderai; foi dans le succès
final qui ne saurait manquer de couronner votre laborieux effort.
Ne vous
croyez jamais au-dessous de la tâche. Sachez avec certitude qu'il n'est aucune
tare qu'on ne puisse combattre, de fardeau héréditaire qu'une ascèse
judicieuse ne puisse alléger, de troubles qu'une volonté ferme et claire ne
puisse réduire, de faiblesses qu'un effort constant ne puisse surmonter, de désarroi
moral qui ne puisse trouver la paix dans la certitude de la vérité, dans une
lumière toujours grandissante. Par une direction clairvoyante, vous
pouvez venir à bout de tout ce qui vous inquiète.
Rompez
surtout, rompez entièrement avec le passé douloureux, avec les souvenirs
mauvais, avec les funestes rancunes. Ne conservez dans votre cœur aucun de
ces sentiments; qui avilissent et dégradent.
Avant
de vous mettre en marche vers les sommets lumineux, regardez-moi bien en face.
Je veux lire dans vos regards le désir de vivre une vie droite, forte,
honnête, en pleine possession de toutes les facultés qui sont l'honneur
de l'être humain. Si vous avez des intentions pures, les mains nettes, le
cœur plein de nobles pensées, vous trouverez toujours un appui dans ma
pensée. Si dans vos yeux voilés de pleurs, je vois de la souffrance, de
l'accablement; si je vous sens ployé sous le fardeau de vos peines, j'accourrai
à vous de tout mon cœur. Unissons nos efforts, ayez la volonté de
briser ce qui vous enserre, ce qui vous opprime. Tentez de vous élever vers les
clairs sommets. Magnifiez votre âme par les plus vastes, les plus sublimes
espérances et vous les réaliserez. C'est à vous qu'il appartient de
faire l'effort, mais je soutiendrai vos pas sur la route. Soyez-en certain.
Ayez la certitude de vaincre et vous vaincrez.
Lorsqu'un
malade vient à moi, courbé par la douleur, prostré, abattu, il m'est
souvent facile de lui rendre la vie, le courage, la santé. Dès qu'il a
franchi le seuil, un regard ami, une poignée de main fraternelle, une parole
chaude, la compréhension de sa peine et de sa fatigue, et voici le dolent saisi
de confiance qui me confie ses tourments, qui m'ouvre son âme toute grande.
Cette confidence même est déjà un soulagement à ses maux.
Celui qui souffre, qui n'est pas toujours compris par son entourage est heureux
d'avoir trouvé sur sa route un peu de douceur, de compassion, une force calme
et non la raillerie de ceux qui nient sa douleur. Avec quelle joie il accueille
les paroles qui réconfortent, qui galvanisent, qui transfigurent !
Très
souvent, je vois le malade désemparé, privé de tout ressort, de toute foi,
dégoûté et las de la vie. Il faut bien peu de chose, la certitude d'un
appui, pour que ce malade renaisse, voie de nouveau s'ouvrir devant lui les
longues perspectives des travaux à faire, des affections à nouer,
du foyer à construire. C'est une résurrection. C'est le miracle. Oui,
c'est le miracle et, parfois en quelques minutes, celui qui était entré lourd
de douleur, courbé comme un vieillard, renaît et se ranime, rit à l'aube
de ce nouveau jour. C'est que le psychologue, celui qui pénètre le
secret des âmes, peut, souvent avec une rapidité déconcertante, libérer dans le
malade, qui se croit à bout de ressources morales et nerveuses, des énergies
formidables. L'asthénique pour qui la moindre décision était un effort
impossible se lève et prend courage. Le neurasthénique brise le cercle
de pensées déprimantes dans lequel il était enfermé et retrouve sa pensée
claire. Le dolent qui ne voyait pas d'autre issue que le suicide, sort de
l'ombre épaisse et s'ébat dans la joyeuse lumière. C'est un miracle,
dit-on !
Quels
miracles ne ferions-nous pas, si chacun savait ! Si chacun avait connaissance
de toutes les énergies qui sommeillent en lui. Celui qui a la clé de ce trésor
dit au paralytique: « Lève-loi », et il marche. Le choc émotionnel est
une force presque infinie dont chacun pourrait disposer, s'il prenait la
légère peine de se préparer à cette connaissance, aux devoirs que
crée une force, une science qu'on possède. Quelquefois, il ne faut qu'un
mot, qu'un geste pour faire revivre un mourant, faire sortir de l'atonie celui
qui avait perdu tout espoir.
Tous
devraient pouvoir dire avec la certitude de réussir, avec la force qui naît de
la vérité :
«
Malade, aie confiance, relève la tête. Tu vas guérir. La flamme
que tu vois briller dans mes yeux, cet éclair de joie qui illumine toute ma
vie, qui m'embrase de ses feux; cette ardeur joyeuse qui me transporte, je veux
qu'elle brille en toi. Une étincelle se cache sous la cendre de tes déceptions.
Je vais la ranimer, et quand reparaîtra la flamme, je veillerai sur elle comme
les initiés du sanctuaire veillaient sur le feu sacré. Dès cette minute,
mes espoirs sont déjà les tiens. Que ma certitude soit la tienne ! Je
ferai de toi un homme, un être entièrement nouveau sur lequel les
peines, les douleurs n'auront plus de prise, un dominateur du monde
intellectuel, dédaigneux des vils intérêts... »
Le mal
dont vous souffrez, je l'ai déjà vaincu. Vous souffrez, avant tout, de
ne pas vous connaître. Si vous saviez quelles forces merveilleuses, quelle
puissances magiques sommeillent au fond de vous ! Si vous saviez quelles
facultés vous possédez qui vous sont encore cachées et que nous allons
éveiller, faire éclore pour vous redonner la joie ! Il faut que cette joie
vous vienne. Prenez conscience de vous-même. Cessez d'être celui
qu'on plaint, inutile fardeau de lui-même et des autres. Réagissez !
Relevez-vous ! Vous le devez à vous-même, à votre famille,
à votre entourage, à votre race pour qui vous devez être un
exemple. Il le faut. Vous allez réussir.
La
minute où je vous parle est décisive. Je vous dis: relevez la
tête, levez-vous et marchez. Comprenez bien mes paroles. Acceptez-les
avec la même ardeur que je mets à vous les dire. Elles vont
changer votre vie. Toutes les merveilles du monde vont apparaître à vos
veux.
Vous
qui me lisez, écoutez ce que dit Victor Morgan:
« Si,
distinctement, dans le fond de votre âme, s'élève, ne fût-ce que
la durée d'un éclair, la conviction, la certitude que vous désirez être
un grand caractère, que vous pouvez l'être, que vous le serez, ô
alors ! Alors, de toute la puissance de ma foi, de mon enthousiasme, de mon
amour, je vous crie victoire ! Victoire éternelle ! Gardez religieusement en
votre âme le souvenir de ce jour bienheureux... Puis mettez-vous à
l’œuvre et, bravement, patiemment, parcourez la route, étape par étape. »
(Victor Morgan. — La Voie du chevalier, Paris, s. d. )
Ne
croyez pas que, pour arriver au but que je vous montre, il soit nécessaire de
posséder des forces démesurées, d'avoir pratiqué des ascèses
extraordinaires. Vivez sainement, selon les lois que la Nature vous impose, et
vos forces seront assez abondantes.
Analysez-vous
sans vanité et sans crainte. Connaissez vos faiblesses. Mais, quand vous les
aurez pénétrées, ne vous y éternisez pas. Ne vous épuisez pas sur ces
constatations pénibles. Construisez un rêve grandiose sur les ruines du
mal que vous aurez détruit. Créez votre avenir. Voyez-le haut et grand. Il faut
viser haut pour atteindre le but. Cherchez tout ce qui donne des ailes. Trop de
choses vous attirent en bas.
En
vous, l'espoir se lève comme le soleil du matin. Le fardeau qui vous
opprimait s'évanouit. Le brouillard se dissipe. Votre cœur se réjouit. Que
vous font les événements extérieurs ? Ce n'est pas vous qui êtes leur
jouet. A présent, vous allez les vaincre, les diriger comme il convient. Si
vous ne pouvez en changer le cours, du moins vous en serez le maître.
Sachez
bien qu'il n'est pas d’idéal trop haut pour l'homme qui a conscience de sa
dignité. Les plus magnifiques espoirs sont permis à celui qui a placé
son désir au-dessus de lui-même. Tout vous sera accordé du moment
où, renonçant à toutes compétitions intéressées, vous aurez mis
votre bonheur en conformité avec celui de ceux qui vous entourent.
Victor
Morgan l'a dit judicieusement:
« II
n'y a aucune limite à la quantité de force créatrice, exécutive, que
nous pouvons emmagasiner et canaliser, si notre volonté la dirige conformément au
plan supérieur de l'Univers, c'est-à-dire l'emploie en actions
constructives, aptes à perfectionner notre corps et notre âme et assurer
le bien de nos semblables. Pour savoir si vous possédez ce pouvoir, il faut
commencer à agir comme si vous le possédiez. Il faut dire au paralytique
qui est en vous: Lève-toi et marche. Admettez donc pour commencer que
vous possédez le pouvoir et, maintenant cette croyance provisoire devant vous
par d'énergiques affirmations, agissez comme si vous le sentiez dans votre cœur;
et elle se transformera en savoir né de l'expérience et, par suite, définitif.
»
Prenez
donc confiance, ami. Rendez-vous bien compte de l'entreprise que vous faites et
ne la croyez pas au-dessus de vos forces. Elle est à la mesure de votre
confiance en vous-même. A la mesure de la confiance en celui qui vous
offre sa direction dans le chemin qu'il a déjà parcouru. Acquérez cette
confiance avant de vous engager sur la route.
Cette
foi qui soutient votre cœur, il est nécessaire qu'elle se reflète
sur vos traits, que votre attitude en témoigne. Relevez noblement cette
tête abattue. N'ayez plus honte de vous-même. Si vous avez commis
des fautes, si vous avez glissé sur des pentes trop faciles à celui qui
ne domine plus ses mauvais penchants, ses hérédités funestes, n'oubliez jamais
que nulle chute n'est définitive, qu'il n'est pas de faute sans rachat.
Dites-vous, comme au paralytique: « Lève-toi et marche ! » Levez-vous.
Ne restez plus étendu sur le bord du chemin. Votre voix est déjà plus
ferme, prête à tous les commandements. Vos pas sont plus assurés,
prêts à vous porter sur les routes claires qui montent vers les
grands sommets. Vos gestes, placés maintenant sous la domination d'une volonté
lucide, n'ont plus rien de fébrile, ni de troublé; ils sont ceux d'un paisible
dominateur.
Dirigez
aussi votre pensée. Dites-vous que vous avez toutes raisons de croire au
succès, au bonheur, à la santé; qu'ils font partie du souverain
pouvoir que vous allez obtenir. Représentez-vous sans cesse, en pleine
conscience, avec le plus possible d'énergie, de foi ardente, que vous possédez
les moyens d'acquérir ces dons qui vous avaient fui, que vous n'êtes pas
un déshérité de la vie, comme vous l'aviez cru dans vos heures de dépression,
Les
peines passées sont pour nous comme un long tunnel, mais déjà, tout au
bout de la sombre avenue, rayonne la clarté du ciel reconquis. Après le
cycle des tourments, la joie illumine votre destin. Voici l'aurore. Le jour est
victorieux des ténèbres.
Ecoutez
la voix de ceux qui savent. Ils ont appris, non sans peine, ce qu'ils doivent
faire pour vous soutenir. Acceptez la main fraternelle qui se tend vers vous.
Ayez foi dans le calme souriant qui fait ma force et fera la vôtre.
Instruisez-vous par les exemples de ceux qui vous ont précédé sur la voie, qui
ont subi les mêmes épreuves, qui ont souffert, qui ont triomphé. Oui,
levez-vous! Marchez ! Relevez la tête ! Déjà le fardeau de
vos maux se fait moins lourd à votre fatigue. Dégagez-vous des forces
mauvaises qui vous retenaient prisonnier. Faites acte d'indépendance. La
liberté est promise à celui qui sait la gagner. Un homme nouveau va
surgir de ce corps que vous imaginiez trop vite enseveli, comme Lazare, dans
les ténèbres du tombeau.
Nous
arrivons ici au point capital de l'enseignement. La Foi que vous avez acquise
vous met en route. Elle décide votre départ. Elle vous donne le viatique de vos
premières forces. Sans elle, sans l'exemple qui vous a frappé, sans le
courage qui vous a été insufflé, vous ne prendriez jamais peut-être la
détermination de gravir la montagne. Mais la Foi ne saurait suffire sans
l'ardente persévérance.
Il faut
joindre à la foi qui vous est inspirée un développement conscient,
volontaire; vous rendre compte de l'effort à faire; gagner les forces
qu'il faudra mettre en œuvre, en suivant les lois. Car il y a des lois
éternelles dont nous ne pouvons nous libérer.
Deux
forces sont en nous. Elles vont nous permettre de transformer du tout au tout
notre vie. Ce sont des forces capitales, extraordinairement puissantes, que tout
homme possède et qui, quand il en a découvert l'existence, qu'il a
appris à s'en servir, sont les artisans quotidiens du miracle. Ces
forces sont: la pensée et l'émotion.
La
pensée, qui nous vient des plus hautes facultés de notre personnalité mentale,
elle est, à qui sait s'en servir, un instrument parfait de force et de
précision. Mais cette pensée a besoin d'être animée. Elle serait sans
valeur si elle n'était projetée au-dehors par l'émotion qui lui donne sa force
de propulsion, la fait triompher des obstacles.
Deux
modes d'action nous mettent en rapport avec l'extérieur: le cerveau, qui émet
notre consciente pensée; le cœur, qui, sous le choc de l'émotion, surtout
de l'émotion consciente et consentie, projette au-dehors cette pensée avec des
forces infinies.
Ne
désaccordons pas le merveilleux instrument qui nous a été confié. Ne séparons
pas la puissance mentale de la puissance émotionnelle. Nous arriverons ainsi
à faire vivre profondément la pensée qui, sans cela, serait froide et
insensible; nous secourons le joug des forces adverses. Mais cet accord, il
faut le faire volontairement. Il faut être maître, à la fois, de
ses émotions et de ses pensées. Il appartient à notre conscient, de
combattre les mauvaises et de soutenir les bonnes, de les développer, de les
amplifier. Ce libre choix, cet appui donné à ce que nous estimons juste,
cette maîtrise de nous-même, tel est le but que nous poursuivons.
Voyons
d'abord le domaine de la pensée. C'est, nous l'avons dit, l'élément de toute
notre vie mentale. La pensée vous apporte la connaissance lucide des choses et
de leurs rapports, mais elle ne saurait se contenter de ce rôle et c'est un
principe bien connu des psychologues: « La pensée a tendance à se
traduire en actes. » Cet axiome est à la base de toutes les méthodes de
suggestion et d'auto suggestion.
La
pensée se manifeste en nous sous deux formes. Tantôt spontanément, elle nous
offre des faits ou des images que rien ne nous faisait prévoir. Nous avons
entendu un air, nous le fredonnons sans y songer, machinalement sous l'empire
d'une pensée spontanée.
Mais
nous pensons aussi volontairement; nous rassemblons en nous des éléments épars
d'images et de sensations pour en tirer un jugement. Nous entendons conter une
belle action qui demande du courage, de l'intrépidité. Des termes de
comparaison se présentent à notre esprit. Mille souvenirs héroïques
se font jour. Sous l'impulsion du bel exemple, nous nous sentons transformés
par des forces qui se trouvent libérées en nous.
Cette
pensée nous transforme, mais hélas ! trop momentanément. Il ne suffit pas d'une
seule pensée, d'un seul bel exemple pour modifier toute notre vie. Nous devons
créer en nous, par tous les moyens possibles, une nouvelle orientation de nos
pensées qui, à leur tour, orienteront notre vie. Ce n'est que par cet
effort continu que nous arriverons à la victoire, Pour y parvenir,
faisons déjà le premier pas: remplaçons la pensée seule par une forme
bien plus active et plus vivante: la représentation mentale.
Qu'est-ce
qu'une représentation mentale ? C'est un ensemble de pensées qui, par une
habitude plus ou moins longue, plus ou moins facile à acquérir, arrive
à déterminer un état, à nous présenter au commandement, ou
à peu près, l'image aussi nette que possible de ce que nous
désirons voir.
Prenons,
pour exemple, le fait de vouloir. La simple pensée nous montre déjà ce
que nous faisons quand nous voulons quelque chose, la vue intérieure de cette
chose, la pensée que nous avons, avec plus ou moins de force, de l'obtenir, en
employant les moyens utiles. Mais, suivant l'état d'esprit du sujet qui tâche
à se représenter cette volition, combien les images seront différentes !
Pour un, malade, le fait de vouloir sera un caprice, une sorte de rage, tandis
que, pour un être calme et raisonnable, cette volition sera paisible,
forte et continue.
Pour
mieux faire comprendre le mécanisme psychologique d'une représentation mentale,
développons notre exemple.
Je
cherche à me représenter les pensées, les désirs, les actes de celui qui
veut une chose déterminée. Pour nous, qui connaissons la puissance de cette
pensée, l'idée de volonté ne saurait se disjoindre de celle d'une volonté
tenace, opiniâtre, qui a raison de tous les obstacles, assurée qu'elle est de
les tourner ou de les rompre, à qui rien ne résiste parce qu'elle sait
tout prévoir et tout supporter pour parvenir au but indiqué. Pour mieux me
représenter l'homme qui veut, je fais appel à mes souvenirs qui me
montrent et coordonnent à mes yeux mille images du même ordre. Il
n'est plus question ici d'une seule idée, d'une image isolée. Non. Une idée en
appelle une autre, une image se rattache à une autre image, leur
succession crée une sorte de film cinématographique. Ma pensée, faisant appel
à ces images jadis perçues, se bâtit une histoire entière, crée
ou rappelle un personnage, un type idéal de l'homme volontaire, de l'homme qui
réussit.
Que
vois-je ? Ceci, qui m'est une leçon. Je me représente le type le plus élevé de
l'homme volontaire, de celui qui veut avec obstination mais sans éclat, qui
n'use pas sa force en vaines manifestations, dont la volonté est toujours égale
à elle-même. Ici, point de parade, aucun désir d'écraser ou de
molester autrui. Ce que veut l'homme de volonté, tel que je l'imagine, c'est
mériter sa place par des qualités puissantes, par des pensées nobles. Il veut
conquérir sa place sans empiéter sur celle des autres. Tel est l'homme que nous
voyons et que nous voulons imiter.
Que
fait cet homme qui réussit et dont nous évoquons l'image ?
Il agit
d'abord sur lui-même.
Avant
de chercher à dominer le sort, il a, tout d'abord, dominé ses réflexes,
ses impulsivités, ses hérédités, ses mauvais penchants. Il est parvenu à
se rendre libre intérieurement avant de le devenir dans la vie sociale. Il est
calme en tout lieu, en toute circonstance.
Cet
homme ordonne ses pensées; il ne les disperse pas, ne les éparpille pas, comme
des forces inconsidérées. Il les groupe dans le meilleur ordre pour qu'elles
lui soient utiles. Il sait parfaitement ce qu'il veut; il connaît, il
pèse ses moyens d'action. Aussi est-il sûr du succès,
malgré les difficultés qu'il peut rencontrer dans sa voie. Rien ne le démonte,
ne le déconcerte. Il sait qu'il vaincra parce qu'il veut.
Il
n'oblitère pas les sentiments de son cœur, sa sensibilité native.
Bien au contraire, il vibre puissamment. Il est actif, courageux, entreprenant;
son ardeur donne des ailes aux décisions que prend la pensée dans les froides
discussions intérieures. Sachant où il va, peu lui importent les
routines, les sentiers battus. Ce n'est pas le chemin des autres qu'il suit,
mais le sien propre. Il est l'audace même, mais cette audace est
raisonnée. Il persévère dans les voies qu'il a choisies parce qu'il sait
que ces voies sont bonnes, qu'il les a longtemps étudiées. Son intelligence est
vive et active. Il observe. Sans cesse, il réfléchit, se documente et ne laisse
rien au hasard. Il sait que le hasard n'existe pas, aussi n'espère-t-il
rien du coup de chance inattendu. Tout effet a une cause, et cette cause il
importe de la connaître. Il n'est pour l'homme intelligent d'autre chance que
celle qui résulte d'une activité clairvoyante, d'une loyauté à toute
épreuve, d'une volonté que rien n'arrête dans l'accomplissement du bien.
L'homme
volontaire agit sur les autres.
Il
sait, au besoin, ne pas résister aux inévitables circonstances. Il s'adapte; il
se plie, sans toutefois s'abaisser, renoncer ou abdiquer. Il attend lorsqu'il
doit attendre, sans plus de haine ou de colère qu'en aurait un homme
contraint par un violent orage à chercher un abri momentané. Ce n'est
pas de montrer le poing au ciel qui l'empêchera de tonner, et toute
colère est une faiblesse. L'homme volontaire entre donc dans les milieux
où il doit agir, mais, par la force calme qui émane de toute volonté
lucide. Il transforme lentement le milieu dans lequel il vit. Il ne crie point
avec fureur et ne roule pas des yeux irrités. Sa parole calme répand une
affectueuse conviction. Son regard doux et magnétique lui attire des
sympathies. Dans les conseils où sa lucidité le fait admettre, sa voix
est prépondérante. Il rayonne autour de lui et son regard est un rayon qui
porte la lumière et la chaleur dans les propos les plus arides. Ses
manières courtoises, sans nulle servilité, le font estimer de chacun.
Ceux qui le voient pour la première fois se sentent attirés vers lui;
ils le revoient et désirent se l'attacher; on recherche sa compagnie, sa
collaboration. De bonnes pensées émanent de lui. Une calme gaieté rend plus
agréable la fermeté de son caractère qui n'a jamais rien de sombre ou de
chagrin. Sa droiture luit dans ses regards. On sait que l'on peut compter sur
lui dans les circonstances pénibles et que son cœur est grand ouvert
à toutes les misères.
L'homme
qui sait vouloir agit sur les événements.
Ceci
peut paraître bizarre, mais c'est un fait indéniable. Inexplicablement, tout
lui sourit, tout lui vient. Les esprits superficiels disent qu'il a de la
chance. Ils ignorent le pouvoir de la pensée; ils ne savent pas que cet
être rayonnant attire non seulement les hommes, mais les êtres et
les choses. Qu'il prenne en main une affaire en voie de tomber, il aura tôt
fait de la remettre en bonne voie. C'est qu'il a un jugement sain, qu'il
n'entreprendra pas à l'aveuglette une chose nouvelle ou inconnue. Il a
une grande connaissance de son métier, une activité puissante, une autorité
bienveillante qui galvanise tout autour de lui. Il trouve les collaborateurs
qui lui conviennent; il les intéresse à son effort. Il groupe autour de
lui juste ceux qu'il lui faut. Il les reconnaît à première vue et
les emploie dans les travaux où ils lui fourniront le meilleur
rendement, car il sait voir, analyser, comprendre quelles sont les facultés de
chacun et le parti qu'on peut en tirer aussi bien pour soi que pour les
personnes employées.
On
voit, par toutes les qualités et les faits que nous présente l'étude de l'homme
volontaire, quelle différence existe entre la pensée unique et passagère
et la représentation mentale, volontairement appelée et scrutée. Ce sont des
représentations mentales qu'il nous faut créer pour nous modifier dans le sens
des qualités qui nous manquent ou que nous n'avons pas suffisamment
développées. Nous devons faire vivre devant nous de nobles exemples et nous
efforcer à les imiter.
C'est
donc une erreur, pour qui veut se rééduquer, se transformer, de se répéter un
seul mot, une seule phrase, sans y rien ajouter de soi-même. Cette
répétition machinale, ces paroles de perroquet conseillées par quelques-uns
sont naturellement sans effet. Si même nous y ajoutions quelques
applications, le résultat serait bien pauvre, car notre effort est trop limité
pour être fructueux.
Ce
qu'il faut, pour arriver à une véritable rééducation, c'est voir un type
très net, l'évoquer devant son intellect, le faire vivre. Ce qu'il faut,
c'est vivre nous-mêmes suivant ce modèle.
Il est
nécessaire de se représenter aussi réellement, aussi objectivement que possible
l'être que nous voulons devenir. Il faut voir devant nous le type que
nous souhaitons imiter; type de santé, de force, de joie, de bonheur, de
succès. Mais cela ne suffit point. Avant toute chose, il nous faut avoir
un noble idéal.
Si nous
ne possédons pas ce noble idéal, à quoi serviront les peines que nous
avons prise ? Vers quel but nous conduira la route que nous venons de tracer ?
Nous avons créé un être de foi, de droiture, de désintéressement, et, si
nous nous confinons dans nos intérêts égoïstes, nous ne sommes pas
capables de l'imiter. Si nous supportons les fatigues d'une excursion en
montagne, c'est que nous espérons, une fois le sommet atteint, contempler le
panorama des plaines et des collines. Cette excursion serait inutilement
fatigante si, une fois arrivés au bout de nos peines, nous devions regarder un
mur ou toute autre chose banale.
Epictète
a très hautement indiqué cette tendance nécessaire: « Sans tarder,
fixe-toi à toi-même une sorte de caractère et de type de
conduite auquel tu te conformeras, soit que tu te trouves seul en présence de
toi-même, soit que tu te trouves en présence des hommes. » ( Manuel d'Epictète, XXXIII. )
Ce
qu'il importe avant toute chose de savoir, c'est que, dans une ample mesure,
nous sommes libres. Nous devons détruire en nous les conceptions fatalistes.
Ces tendances adoptées par Pascal sont néfastes à la direction de la
volonté. Elles lui font voir le monde comme une sorte de rail dont il ne nous
est pas possible de nous écarter. C'est un danger considérable, car le résultat
de cette doctrine désolante est de figer absolument toute initiative dans
l'esprit et dans le cœur de l'homme, de le livrer pieds et poings liés
à ce qu'il imagine être la fatalité.
Certes,
il est indéniable que nous sommes déterminés. Personnellement, nous acceptons
l'idée du karma. Nous acceptons la notion d'un karma personnel et d'un karma
collectif. Nous savons que nous sommes limités aussi bien par nos hérédités
ataviques que par nos fautes antérieures. Mais nous savons aussi que nous
sommes en ce monde pour avancer, nous perfectionner, sans quoi cette vie serait
inutile. Nous devons nous épurer par le travail, nous devons dégager le conscient,
lui soumettre l'inconscient, gagner les qualités qui nous manquent, réveiller
celles que nous avons laissé tomber en sommeil, faire croître et vibrer en nous
ces puissances émotionnelles qui magnifient la vie humaine, qui font de nos
cœurs une lyre chantant aux vents de l'esprit comme les arbres sous la
brise.
Nous
faisons partie de la grande comédie humaine. Nous y avons à jouer un
rôle déterminé. Ce rôle a été fixé par nos états antérieurs; mais, si nous ne
pouvons changer ce rôle, nous pouvons et nous devons perfectionner notre jeu,
faire tout notre possible pour que la pièce jouée soit la plus belle
possible, nous dévouer à son succès, même si le rôle qui
nous a été donné est sans joie et sans gloire. Ce rôle, nous devons l'accepter
librement et avec joie. On ne remplit bien un rôle que si on le joue
volontairement. On le remplit mieux encore si on crée ses moyens d'émotion.
Nous
devons jouer sans cesse ce rôle. C'est pourquoi nous ne devons pas imaginer
qu'une seule pensée va nous transformer instantanément; qu'une baguette
féerique va faire en nous ce miracle, qu'une seule représentation mentale fera
jaillir de nous la force dont nous avons besoin.
Dans
notre esprit, le tourbillon est si violent des formes et des pensées que, pour
créer un état d'âme, pour installer à demeure une pensée vraiment utile,
il faut une répétition continue et suivie des mêmes vouloirs, des
mêmes pensées. Nous devons donc persévérer dans notre évocation mentale,
la continuer, la multiplier, jusqu'à ce que nous soyons devenus tels que
nous voulons devenir.
Epictète
a donné une forme saisissante à ce précepte:
« Toute
habitude, dit-il, tout talent, se forment et se fortifient par les actions qui
leur sont analogues. Marchez pour être marcheur; courez, pour être
coureur. Voulez-vous savoir lire ? Lisez. Savoir écrire ? Ecrivez. Restez
couché dix jours, puis essayez de faire une longue route, et vous verrez comme
vos jambes seront fortes ! Une fois pour toutes, si vous voulez prendre
l'habitude d'une chose, faites cette chose. » (XIIIe entretien
d'Epictète. )
Quand
vous aurez suivi cet entraînement, quand vous aurez créé en vous cette
habitude, la maîtrise de vos pensées sera automatique, vous l'obtiendrez comme
un simple réflexe. C'est ce que le Docteur Marcel Viard exprime ainsi dans son
Art de penser:
« Comme
tous les phénomènes naturels, nos pensées se forment quasi
automatiquement. Mais il faut que l'esprit se rende compte de ce
fonctionnement, qui est le fonctionnement normal. Pour arriver à ce
résultat, il est indispensable de faire observer à l'esprit une
discipline très sévère. Les pensées apparaîtront alors dans un
ordre déterminé, selon leur mode naturel ou suivant notre volonté. Et, lorsque,
par un travail opiniâtre, nous serons arrivé à les contrôler, à
les obliger à apparaître et à se succéder à leur tour, par
une concentration énergique, nous les aurons disciplinées et nous retirerons de
ce fait les plus grandes jouissances intellectuelles. » ( Docteur Marcel Viard. — L'Art de penser, 2e
éd., Paris, s. d. )
On le
voit, rien n'est moins passif que cette méthode. Elle oblige l'esprit à
agir constamment sur lui-même, à ordonner la production et
l'agencement des pensées. Elle en entretient, le flot et lui bâtit des digues,
charmantes et fleuries si vous voulez y apporter une formule poétique, mais qui
n'en contiennent pas moins et dirigent ces pensées dont vous avez acquis la
domination.
Cette
action ne va pas sans un effort parfois méritoire. Sabatier définit ainsi la
nécessité de cet effort continu:
«
L'effort est le facteur nécessaire et supérieur de toute transformation. Tout
ce qui provoque l'effort, tout ce qui exige un effort devient cause de
changement et peut être cause de progrès. Mais, par contre, la
suppression ou même l'insuffisance de l'effort conduisent fatalement
à la stagnation et plus encore au recul, à la régression. » ( Sabatier.
— Philosophie de l'effort. )
Nous
pouvons donc résumer ainsi ce que nous venons de dire :
Nous ne
devons pas nous contenter de chercher une pensée isolée, une vague image
aussitôt effacée que présentée à notre esprit. Il nous faut, au
contraire, créer une représentation mentale aussi vivante que durable et la
réitérer, la compléter jusqu'à ce que nous ayons réussi à nous
transformer.
Nous
devons posséder un idéal, le plus élevé possible, afin qu'il nous guide et nous
éclaire dans le chemin que nous devons suivre.
Nous
devons renouveler sans cesse l'effort que nous avons fait et qui ne saurait
aboutir sans cette continuité.. Ce labeur nous paraîtra, sans doute, au début,
difficile et pénible, mais le disciple sait d'avance qu'il sera toujours aidé;
il a la certitude que son effort sera couronné de succès, aussi sa tâche
devient-elle aisée quand il en a compris l'importance et les probabilités.
Encore
ne faut-il voir en tout ce que nous venons de dire que la moitié de
l’œuvre à accomplir. Nous avons vu que nous avons en nous deux
facteurs d'action: le cœur et le cerveau; qu'il nous est nécessaire tout
ensemble de penser et de sentir. Notre bilan intellectuel et moral se présente
à nous comme les deux plateaux d'une balance et, tant que les deux
plateaux ne seront pas dans un équilibre parfait, nous ne serons point parvenus
à notre dessein final. Il faut, avant toute chose, que l'un des plateaux
ne se sente pas favorisé, n'ait pas tendance à l'emporter sur l'autre.
Quelles que soient nos préférences, toute tendance excessive, toute
prédominance trop forte détruirait un équilibre laborieusement obtenu. Ce n'est
que par cet équilibre que nous réaliserons une parfaite synthèse.
Nous
avons exposé le principe bien connu en psychologie que toute pensée a tendance
à se traduire en actes. Mais cette définition comporte par
elle-même une restriction. Le psychologue dit que la pensée tend à
se réaliser, mais il ne saurait affirmer sans erreur que cette tendance est
toujours réalisée. Bien souvent, au contraire, elle se trouve empêchée.
Pourquoi
cet arrêt ? D'où provient-il ?
La
tendance de la pensée à se traduire en acte se réalise d'autant mieux
qu'elle éveille en nous des émotions.
L'idée
pure, abstraite, ne se réalise que rarement; elle dessèche, rend
pessimiste celui qui s'y adonne sans contre-poids, parce qu'elle n'éveille en
lui aucun sens émotif. L'émotion, au contraire, donne des ailes à la
pensée, la rend créatrice. C'est l'émotion qui magnifie notre pensée de toutes
les beautés de la parole et du rythme; qui la fleurit de toutes les grâces de
l'illusion. Musset a dit avec autant de grâce que de justesse: Le cœur
seul est poète. Mais le cœur n'est pas seulement sensible pour le
sens artistique. Le mot émotion, veut dire, étymologiquement, ce qui met en
mouvement, ce qui fait agir. Si nous ne subissons aucun choc émotionnel, nous
réfléchissons stérilement sur les possibilités d'une action; ce n'est que
l'émotion qui « nous sort de nous-même » pour nous la faire
exécuter.
L'émotion
apporte à l'esprit les notions du monde visible. Ce qu'Aristote exprime
ainsi: « II n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait préalablement été dans les
sens. » C'est-à-dire qu'aucune pensée ne naît sans qu'une sensation soit
venue, soit de l'extérieur, soit de nous-même pour fixer dans l'esprit
une donnée nouvelle. Cette donnée a donc été amenée par la voie des sens, que
ce soit la vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat ou le goût.
Tout
acte voulu par la conscience sera d'autant plus puissant qu'il sera accompagné
d'émotions. C'est le sentiment qui déclenche les actes d'une sublimité
transcendante. Voyez Jésus. Au moment où on le conduit devant le tombeau
de Lazare, il ne se livre point à quelque dissertation sur la
possibilité de ressusciter les morts. L'Evangile dit seulement: « Jésus pleura
». Son cœur est violemment ému. Le souvenir de son ami mort, de cette
affection perdue exalte en lui les pouvoirs du thaumaturge et Lazare sort du
tombeau. Dans tous les actes de la vie, Jésus ne montre qu'amour et tendresse;
et ce rédempteur du monde, sans autres armes que l'amour et le sacrifice,
détruit les forces immenses de l'empire romain.
Prenons
exemple sur notre mémoire. C'est la violence du sentiment qui accompagne la
perception qui la grave plus ou moins profondément dans notre esprit. Un homme
verra mille robes sans y prêter aucune attention; il se souviendra des
moindres détails du vêtement que portait sa mère, sa sœur, sa
femme, dans un moment de joie ou de peine, surtout dans une séparation
où il a voulu fixer en lui l'image de celle qu'il allait quitter. Nous
nous souvenons d'autant mieux d'un événement qu'il nous émeut, nous secoue. Si
on a vu un écrasé, ce spectacle terrifiant se grave dans l'esprit, peut
même devenir une obsession chez les personnes très sensibles. Un
souvenir puissant se crée jusqu'à devenir évocatoire. Mille détails du
lieu où l'on est passé bien des fois sans y apporter aucune attention
entrent dans l'esprit pour n'en plus sortir. On voit la place où le malheur
s'est produit, les passants groupés, la victime et le sang sur les pavés; on se
rappelle longuement les plaintes déchirantes de celui qui souffrait. Plus ce
fait vous aura ému, plus il vous aura profondément troublé, plus le souvenir en
demeurera vivace et ineffaçable.
Il est
de toute évidence que, si nous n'éprouvions aucun, sentiment, la vie serait
pour nous bien terne et monotone. Il ne faut cependant pas se donner à
n'importe quel sentiment. C'est ici que le jugement doit intervenir et que le
choix est nécessaire. Il y a sentiments et sentiments, comme il y a pensées et
pensées. Nous devons fuir de notre mieux tous les sentiments mauvais, toutes
les impulsivités qui nous amoindrissent: la haine, la rancune, la jalousie en
ce qui concerne les autres et, pour nous-mêmes, la tristesse où
l'on se complait, la crainte, la peur, la colère et tous les
emportements qui usent inutilement nos forces.
Nous
devons cultiver les sentiments qui sont bons, qui exaltent en nous la faculté
d'agir: la joie, le désir du bien, la confiance.
Il
existe en nous des forces mauvaises, des facultés que nous avons le devoir de
combattre, si nous voulons atteindre une plus grande perfection. L'égoïsme
est le fond de tous les vices. La plupart des vertus sont, au contraire, édifiées
sur l'altruisme: la droiture, l'équité, la bonté, le dévouement, là
tolérance, la patience, la vaillance, la sincérité en sont la preuve.
Les
sentiments, les vertus et les vices ont sur nous une action énorme et qui fait
comprendre à celui qui s'en rend compte l'immense portée de l'éducation.
On ne saurait commencer trop jeune à combattre ses mauvaises qualités,
à exalter les bonnes, à créer dans son être un foyer
sympathique exaltant l'action saine. Le Docteur Frédault a longuement étudié ce
point et conclut ainsi:
« Les
passions oppressives, la crainte, la terreur, la consternation, l'abattement,
la contrariété, nous laissent sous le coup de l'action de l'objectif, tandis
que les passions exaltantes nous mettent au-dessus de l'objectif par leur
énergie. Aussi, comme on l'a dit justement, les premières nous laissent
en proie aux actions morbides, tandis que les secondes nous en préservent et
nous en délivrent. » ( Docteur F. Frédault. — Les Passions.)
II faut
donc que nous recherchions autour de nous, que nous voyions, de parti pris, en
toute chose, ce qui est bien, ce qui est beau. Il n'est pas de mal absolu en ce
monde et le remède est bien souvent à côté du mal à
combattre. Avant toute chose, en nous et partout, nous devons rechercher la
vérité, car elle est bien plus belle que les plus riantes illusions. Nous
devons exalter la vertu, le courage, nous enthousiasmer pour tout ce qui est
noble et beau et nous trouverons des forces vives, abondantes, qui jailliront
en nous de cette exaltation féconde. Malheur à qui ne sait pas
s'émouvoir devant la nature, devant l'héroïsme ! Les sources de toute joie
lui sont fermées.
Voici
donc deux points essentiels de notre méthode d'autosuggestion:
Disciplinons
notre pensée pour produire des actes tels que notre devoir, notre
perfectionnement les exige.
Générons
de l'émotion pour que ces actes jaillissent de nous avec l'impétuosité d'une
source, qu'ils atteignent leur plein effet, car rien de bon et de beau ne se
fait sans effusion et sans amour.
De ce
fait, notre méthode pourrait donc s'appeler auto suggestion émotionnelle, pour
la différencier des autres méthodes qui se limitent à un seul côté de la
question, soit en libérant l'inconscient sans contrôle, soit en ne se
préoccupent que de la pensée.
Nous
estimons qu'il faut unir les deux dans la vie. Pour y arriver, durant la
période d'entraînement, il est important de jouer un rôle, le rôle qui nous est
le plus utile, que nous nous sommes assigné après conseil et
après étude, en y mettant le plus de pensée, d'application consciente
qu'il nous sera possible, mais aussi en y apportant le plus de sentiment, en y
mettant le plus possible de notre vie et de notre cœur. Celui qui se
perfectionne de la sorte ne tarde pas à connaître la source de toutes
nos joies véritables. Il n'est point de raison pour négliger les unes au profit
des autres. A côté des satisfactions de l'esprit, nous ne devons pas nous
priver des joies du sentiment. Une belle pensée, un bon livre nous sont utiles,
mais ils ne le sont pas plus que le transport causé par la vue de cette Nature
où Dieu se révèle à notre cœur, pas plus que la pure
joie que nous offrent les beaux vers, la belle musique et surtout les
affections pures qui sont le charme du foyer.
Nous
devons jouer notre rôle, mais ce rôle n'est pas le même pour tous et on
peut le jouer de diverses manières.
Comme
le remarque l'ex président Wilson: « On peut jouer son rôle de bien des façons
: il y en a qui apportent dans leur jeu une certaine passion naturelle, une
ardeur directe et sans art, sans nuance et sans grâce, ignorante des maîtres et
ignorante de l'esprit qui anime toute l'intrigue; d'autres réservent tout leur
souci au costume et ne pensent qu'à l'effet à produire sur le
public; mais il en est quelques-uns qui jouent comme ceux qui ont maîtrisé les
secrets d'un art difficile, se subordonnant délibérément au grand dessein et
à la pensée du drame, se donnant sans réserves comme de bons serviteurs,
s'interdisant tout entêtement capricieux et toute excentricité
personnelle, et prêtant ainsi cœur, ton et geste au parfait
déroulement de l'action. Ceux-là sont les hommes qui se sont trouvés, et
ils manifestent cette tranquille aisance qui accompagne un parfait ajustement.
» ( Woodrow Wilson. — Quand un homme se
trouve lui-même, 1922, p. 69. )
C'est
parler avec sagesse. Celui qui a compris ainsi les enseignements que nous
donnons peut dire avec certitude que l'homme devient ce qu'il veut, quand il le
veut avec suite et y travaille avec autant de foi que de persévérance. L'homme
se crée lui-même et ne doit qu'à son effort le chemin qu'il fait
dans la vie. Libre à lui d'avancer ou de rester en arrière,
tandis que les autres progressent sur le chemin de la vie. Tous subissent des
maux, rencontrent des obstacles, mais quelles que soient les entraves, on a toujours
le moyen d'avancer, de se perfectionner.
Comment
faut-il jouer ce rôle ? Nous croyons avoir à peu près sinon tout
dit, du moins tout effleuré, tout exposé de ce qui peut faire comprendre notre
entraînement, ses procédés et sa portée. Nous avons mis en valeur le rôle de la
pensée et celui de l'émotion. Nous avons démontré à quel point ces deux
facultés doivent rester inséparables. Ces deux points acquis, nous pouvons
maintenant apprendre comment nous devons jouer pratiquement notre rôle. Ce labeur
comporte deux principales étapes. Nous devons procéder comme fait l'artiste
dramatique:
1°. —Apprendre
le texte;
2°. —
Le vivre.
1°. — Etude du texte.
La
période primitive est ingrate et de peu d'attraits. Il faut que l'artiste
apprenne son texte de la même manière qu'un enfant étudie sa
leçon. Il le lit, il le répète, il le grave dans sa mémoire. Il l'étudié
phrase par phrase, sans rechercher en rien un effet dramatique, jusqu'à
ce qu'il le sache parfaitement et que la connaissance du texte ne soit pas pour
lui une difficulté dans la seconde partie de sa réalisation.
2°. — Vivre le rôle.
Ici, le
travail est plus difficile, mais il est beaucoup plus intéressant. L'artiste ne
cherche pas à se rappeler plus ou moins machinalement un texte qui
l'intéresse ou ne l'intéresse pas. Il lui faut devenir le personnage qu'il fait
vivre. Il en prend le costume; il en recherche les attitudes; il en imagine les
gestes, recherche les intonations que pourrait employer, pour prononcer tel
mot, le personnage qu'il doit représenter. Il faut qu'il fasse le plus possible
abstraction de sa propre personnalité, qu'il devienne un roi ou un ivrogne,
qu'il vive de la vie de ces êtres si différents de lui-même et
cependant, il faut qu'il garde contrôle sur lui-même pour voir si son
roi, son mendiant, son ivrogne sont adaptés à la réalité. Le
succès de l'artiste dépend de sa puissance émotionnelle. Très
rares sont ceux qui arrivent à une absolue perfection, qui se font
oublier pour faire vivre le personnage qu'ils incarnent.
A notre
tour, procédons comme a fait l'artiste. Etudions d'abord notre rôle; nous
chercherons ensuite à le vivre puissamment.
Pour
étudier le rôle, nous ferons d'abord appel à notre faculté d'association
d'idées. Nous avons vu comment nous devons placer sous les regards de notre
esprit le personnage que nous devons imiter. Il nous faut ensuite voir comment
il se conduit dans la vie, quelles réactions il oppose aux circonstances qui
nous semblent capitales.
Que
ferait l'homme volontaire devant cet ennui qui nous laisse actuellement sans
force ? Il hausserait sans doute les épaules; il n'y a pas de raison pour que
nous n'en fassions de même. Nous devons ainsi le suivre, l'étudier avec
soin, disséquer chacun de ses actes, pénétrer chacun de ses sentiments.
Pour
cette étude du personnage à jouer, de ses actions, de ses réflexes, de
ses sentiments, nous donnerons carrière aux facultés les plus hautes de
notre personnalité mentale. Nous ferons travailler notre intelligence, notre
réflexion, notre observation, notre imagination et, plus ces facultés joueront
avec force et conscience, plus nous gagnerons en puissance, plus nous
obtiendrons un résultat net et rapide.
Il nous
faut ensuite et surtout vivre le rôle. Que fait l'artiste ? Il s'adapte
à l'être qu'il veut devenir. Il observe ses gestes; il éduque son
regard; il modifie sa voix; il adapte son port à l'âge, à la
force, au rang social de son modèle. Il met tout son être en
rapport avec ce que lui représente la vie qu'il doit exprimer non pour soi-même
mais pour celui qu'il est devenu. Il lui faut donc une entière maîtrise
de sa personnalité: maîtrise du corps, maîtrise de la pensée, maîtrise des
émotions. Nous devons agir de même. Il nous faut conformer notre vie, nos
gestes, nos pensées, à l'image que nous nous sommes faite de
l'être que nous voulons devenir.
L'artiste,
suivant son talent, met un temps plus ou moins long à devenir ce qu'il
veut être. Nous ferons encore comme lui; nous agirons progressivement. Il
ne faut pas imaginer que nous arriverons au sommet d'un seul bond; cela ne
s'est jamais vu. Le travail est quelquefois lent, mais il faut songer que
chaque effort trouve toujours sa récompense, que chaque étape nous approche du
but et que nous avons toute la vie pour arriver à la perfection.
L'effort fait bien vite place à la joie. Il y a d'ailleurs une
satisfaction réelle dans le fait d'apprendre, de se perfectionner, de
comprendre mieux le plan du monde où nous sommes, d'y adhérer plus
pleinement, de nous affranchir de la tyrannie du corps, de se libérer de ses
impulsions, de briser les entraves qui faisaient tituber notre marche, de
rompre avec le passé qui est notre plus lourd fardeau.
II nous
faut insister encore et toujours sur le double mécanisme qui fait l'objet de
notre méthode, sur notre double vie mentale et émotionnelle dont nous ne devons
négliger aucun élément. Chacune de ces formes de notre vie agit sur l'autre et
nous ne pouvons les séparer sans commettre de graves erreurs.
L'attention
est à la base de notre vie mentale. C'est elle qui accueille les notions,
qui les grave dans la pensée d'un burin plus ou moins tenace. Avec une
attention faible, il est impossible de posséder des notions bien nettes, que
nous puissions conserver aussi longtemps que nous en aurons besoin. Au
contraire, avec une attention forte, nous possédons la qualité primordiale qui
conditionne les autres; nous avons la certitude d'une complète réussite.
Selon
Maine de Biran, l'attention n'augmente pas l’intensité de la sensation, mais la
netteté de la perception.
Plus
nous aurons vu avec attention, plus l'image enregistrée sera nette et précise,
plus le souvenir sera tenace et puissant.
Si nous
voulons posséder cette netteté de perception si utile à notre vie
intellectuelle, à notre perfectionnement, il faut que nous nous
astreignions à regarder ce qui nous entoure, à le voir dans son
détail et dans sa proportion, à observer, à comparer, afin que
rien ne nous échappe de ce que nous enregistrons. Le résultat de cette
éducation sensorielle, c'est que, par le travail de l'attention, toutes nos facultés
s'amplifient: le jugement est plus judicieux et plus rapide, les associations
d'idées plus promptes et plus étendues, la mémoire plus vaste et plus soumise,
l'imagination plus fertile, plus apte à fournir des matériaux à
la pensée.
Au
début, nous aurons quelque effort à faire pour adopter ce mode de
travail, mais l'habitude est vite créée, et elle est pour l'esprit une source
infinie de richesse. D'ailleurs, le travail même se trouve facilité par
cette accoutumance et se fait presque de soi-même, avec un effort
moindre, chaque fois que nous y songeons. Telle est, vous le savez, la loi de
l'habitude. L'effort diminue en raison inverse de sa continuité.
Donc,
lorsque cette habitude sera pleinement acquise, le développement psychique
s'opérera avec la plus grande facilité. Avant de commencer l'excursion, la
montagne à gravir nous épouvantait par sa masse. Une fois le voyage
entrepris, les détails gracieux de la route nous voilent le pénible effort. Cet
effort lui-même diminue rapidement par une application chaque jour plus
grande. Les succès quotidiens nous encouragent dans la voie, accroissent
le désir d'avancer et renforcent la foi par leur réalisation.
Il est
encore un autre point sur lequel nous devons insister. C'est le rapport qui
existe entre notre personnalité extérieure et notre personnalité intérieure. Le
physique et le moral sont étroitement unis.
Fouillée,
qui est un philosophe en même temps qu'un observateur, dit : « Une loi
psychologique bien connue veut que chaque état d'âme et ses signes extérieurs
soient indissolublement associés; non seulement l'état d'âme produit son
expression au dehors, mais l'expression, à son tour, tend à
éveiller l'état d'âme. » _
Notre
activité physique est en rapport avec notre état d'âme. Dans certains cas, la
réflexion peut amener une immobilité momentanée. Le promeneur méditatif qui
fixe son attention sur une idée abstraite, s'arrête, se prend le menton,
fronce plus ou moins les sourcils. L'attitude réfléchie ou attentive est une
attitude immobile. Ce n'est pas un état de résolution musculaire comme le
sommeil et la rêverie, c'est un état où les muscles
eux-mêmes se trouvent en activité.
Quand
le travail cérébral devient excessif, il n'est pas rare que les muscles se
trouvent aussi dans une agitation extrême. Il va de soi que ce travail
musculaire ne se porte pas sur les mouvements extérieurs, mais le rythme
respiratoire, les palpitations du cœur, les battements des artères
sont profondément modifiés.
Ce
travail cérébral échappe-t-il au contrôle volontaire ? Alors nous voyons
l'homme qui pense ou médite avec intensité pareil à ces grands nerveux
dont tous les psychologues connaissent l'agitation musculaire extrême, la
parole rapide, les gestes saccadés et souvent incohérents.
Tout au
contraire, l'homme magnétique, celui qui peut et sait vouloir, domine ses
gestes, ses attitudes. Toute sa personne reflète le calme parce que le
calme est dans ses pensées. Son esprit est net et lucide, parce qu'il n'y
laisse pas entrer d'idées excessives ou erronées. Cette attitude extérieure
provient de ses habitudes de pensée.
Il est
nécessaire pour celui qui veut se guérir, se perfectionner, acquérir les
qualités morales, le calme et la force qui lui manquent encore, de chercher
quelles sont les attitudes de l'homme magnétique et volontaire, de se créer un
extérieur qui soit en rapport avec l'attitude mentale que l'on prétend adopter.
Voici
donc un état nouveau que vous devez établir en toute votre personne. A
l'extérieur, il est indispensable que vous vous donniez aussi naturellement et
aussi complètement qu'il est en vous, l'attitude de l'être calme
et volontaire à qui vous prêtez, après étude et contrôle,
la possibilité de réussir, de se débarrasser de troubles qui vous sont
pénibles.
A
l'intérieur, rejetez toutes les pensées déprimantes. Chassez le doute qui vous
porte à ne pas faire ce que vous aviez résolu, à ne pas croire
dans les pensées qui doivent être votre salut. Expulsez les craintes qui
renforcent encore cette impression pénible. Cessez de vous complaire dans votre
tristesse, dans tous les souvenirs pénibles qui ne devraient pas rester dans
votre cœur, car c'est un poids mort, un sujet de trouble. Mettez à
la place de ces obstacles intérieurs, le plus que vous pourrez de pensées de
joie et de force, tous les espoirs légitimes, toutes les grandes aspirations
qui soulèvent au-dessus des agitations de là vie, des
intérêts mesquins, de l'envie et de la rancune. Entretenez dans votre
esprit et dans votre cœur des idées actives, constructives, telles
qu'elles puissent vous soutenir dans les difficultés inévitables, au lieu d'en
accroître le poids.
Rompez
délibérément avec le passé dont vous avez eu à souffrir, que ce soit
moralement ou physiquement. Il n'y a pas plus de raison à cultiver les souvenirs
pénibles que les microbes de la maladie dont on relève avec difficulté.
Ne restez pas tourné vers le passé mauvais. Voyez l'avenir qui se déploie
devant vous avec toutes les magies de l'aurore et de l'espérance..
Décidez
l'effort à accomplir. Donnez-lui dans votre esprit une formule qui
n'admette ni le doute, ni la défaillance. Ne dites pas: « Je voudrais ! »
Dites: « JE VEUX ! »
Pour
vouloir avec suite, la condition primordiale est d'avoir confiance en soi. Si
vous n'avez pas confiance, il n'est même pas utile d'essayer. Le vœu
que vous formulerez sera stérilisé par le manque de foi.
Il faut
donc fixer dans votre intellect une parole qui précise sans cesse à
votre esprit cette condition première. « J'ai confiance en moi », dira
cette parole et vous l'aurez sans cesse sous les yeux, bien apparente et comme
brillante d'un éclat étincelant, car il faut qu'elle se grave profondément en
vous. II faut que cette phrase se fixe dans votre pensée. Il est donc
nécessaire de la préciser d'une manière tangible qui ne vous permette
pas de jamais l'oublier. Par elle, vous rappellerez votre force aux heures de
fatigue ou de défaillance et, par elle, vous arriverez plus facilement à
évoquer devant vous ce type d'énergie et de volonté que vous devez incarner. Il
faut que, de jour en jour, vous vous sentiez devenir l'homme magnétique,
volontaire, sûr de sa force.
Pour
arriver à fixer cette pensée dans votre esprit, commencez par le procédé
le plus simple. Faites une pancarte sur laquelle vous inscrirez en gros
caractères, bien nets, sans fioritures :
J'AI CONFIANCE EN MOI
Cette
pancarte une fois faite, vous la placerez dans votre chambre à la place
la plus propice pour attirer et retenir vos regards. C'est là que, matin
et soir, au saut du lit et avant de vous coucher vous ferez un nouvel exercice.
Consacrez dix minutes à chaque entraînement. Faites-le bien
régulièrement avec persévérance. Surtout, ayez foi dans le succès
inévitable. Concentrez votre volonté pour lui donner le plus de force possible,
la dresser, comme un bon cheval, vers le but que vous avez fixé.
Il
sied, avant toute chose, que rien ne vous entrave dans l'exercice à
accomplir. Aussi le ferez-vous avec aussi peu de vêtements que possible,
ou du moins avec des vêtements très lâches, de manière
à ce que vos mouvements soient entièrement libres.
En
regardant la pancarte, respirez amplement, cherchez à acquérir le rythme
large des grands souffles, source de la force et du calme, aussi bien dans le
corps que dans l'être psychique. Ici, notez un détail des plus
importants. Il sied de rectifier votre position, de vous défier de tout
abandon, de, vous laisser-aller, prenez l'attitude du « garde à vous »
comme si, au lieu d'être seul dans votre chambre, vous étiez en public,
dans un: établissement sportif, par exemple. Campez-vous solidement sur vos
pieds, tous vos muscles tendus, le corps bien droit, les épaules effacées et
rejetées en arrière, la tête haute. Gonflez largement votre
poitrine, en aspirant l'air par le nez. En même temps, donnez à
votre visage une expression plus animée, le sourire de la confiance et du
courage, l'aspect de l'homme fort et qui veut réussir.
Si vous
avez une glace, regardez-vous en même temps, de manière à
constater si vous avez obtenu l'expression que vous cherchez. Constatez aussi
par vous-même que votre attitude est calme, noble, assurée, que vos
mouvements sont aisés, amples sans emphase, simples, mais non étriqués et
restreints par la timidité. Assurez-vous de votre maintien qui doit être
parfait et, quand vous avez réalisé ce premier point, faites quelques pas dans
la pièce. Etudiez votre port qui doit être aisé, simple et noble.
Acquérez la certitude que tout votre être rayonne et dégage de la force;
que vos actions, vos pensées ne se limitent pas à vous, mais qu'elles
ont des répercussions immenses sur les personnes et les êtres
environnants. Quand votre poitrine est bien développée, rejetez l'air
doucement, sans attendre et recommencez plusieurs fois, sans hâte et sans
fatigue, tout en continuant vos exercices. Quand vous avez, de votre mieux,
obtenu l'attitude qu'il vous convient de prendre, sûr de vous, certain de
la victoire, revenez à votre pancarte et dites à haute voix, avec
une volonté ferme et soutenue, en donnant à chaque mot toute sa valeur:
J'ai
confiance en moi. Je veux imiter l'exemple de ceux qui réussissent, de ceux qui
ne connaissent pas d'obstacles. Je veux mériter et obtenir succès, joie,
pouvoir, amour.
Je veux
jouer mon rôle activement. J'y consacrerai toutes mes forces. Je suis sûr
d'arriver à mon but. Je persévérerai, car, malgré les obstacles, je sais
avec certitude que la volonté bien entraînée vient à bout de tout, quand
elle est tendue vers un but juste et honorable.
Je veux
remporter la victoire, et, pour vaincre, je commencerai par une victoire sur moi-même.
Je serai digne d'estime, de confiance, de respect. Je veux être un noble
exemple. Je vaincrai toute défaillance pour mériter cette estime.
Pour
jouer fidèlement mon rôle, je prends d'abord l'attitude de celui qui
réussit. Debout, prêt à l'action, je redresse mon buste. Je tends
mes muscles. Je relève la fête. Je gonfle mes poumons et fixe dans
mon organisme les énergies ambiantes qui feront de moi un autre homme. J'ai foi
dans le succès. Mon regard est plus assuré: ma parole plus chaude, plus
vibrante, plus convaincante. Ma démarche est plus ferme, plus assurée. Je veux
traduire par mon sourire et mon renard une force paisible, qui inspire
confiance et sympathie.
Jouer
mon rôle, c'est m'efforcer de gagner les qualités intellectuelles et morales de
celui que je veux imiter. J'observe donc attentivement ce modèle idéal.
Je me pénètre de la valeur de chaque mot que je prononce.
Surtout,
je veux, je veux de toutes mes forces, de toutes les puissances qui sommeillent
en moi. Je veux accomplir un beau destin.
A
l'avenir, toutes mes paroles tendront à magnifier ma vie. Je veux vivre
une vie noble et bien remplie, qui répande le bien autour de moi, me fasse
vivre dans une atmosphère de clarté et de joie sereine. Je veux me
défaire de tout souvenir mauvais, arracher de mon cœur toute haine, toute
rancune, ne garder en moi rien qui me puisse abaisser ou avilir.
Libre,
je veux être; libre de moi-même comme des autres.
Je
m'engage sur la route de la vie avec un nouvel idéal. Je pars avec une attitude
victorieuse, une âme généreuse et belle. Je sais que je vais triompher. Je veux
être digne de ma victoire. Plein d'une ambition légitime, je veux
avancer, aussi bien dans mon travail que dans mon perfectionnement. J'ai droit
à ma place au soleil. Cette place, je l'augmenterai par mon travail, par
les connaissances que je veux acquérir, par la dignité de ma vie, par les
sympathies inspirées, par le secours donné à tous.
Je suis
maître de mes gestes, de mes pensées, de mes émotions. Je suis libre des
hérédités que j'ai vaincues, dégagé de mes impulsions que j'ai matées. Je suis
libre de toute entrave. Je marche avec une force calme dans la voie que je me
suis choisie.
J'ai
confiance en moi !
Répétez
cette formule matin et soir. Le matin, au saut du lit, cet exercice vous donne
des forces et du courage pour les travaux de la journée, vous les fait
envisager comme une tâche profitable et facile. Le soir, avant de vous
endormir, les phrases que vous répétez, les pensées qu'elle font naître en vous
se gravent dans votre esprit et continuent pendant votre sommeil à se
graver dans l'inconscient.
Pour la
mieux fixer encore, écrivez la formule en gros caractères sur un carton
ou un papier fort que vous attacherez au mur à côté de votre pancarte.
Ceci vous évitera un effort de mémoire qui, en détournant votre attention sur
les mots et leur sonorité, vous empêcherait un moment de vous pénétrer de
leur sens. Vous n'avez qu'à la lire; elle se gravera d'elle-même.
Surtout, cette formule, ne l'apprenez pas
machinalement. Au contraire, vivez-la. Pénétrez-vous en bien. Faites comme
l'artiste dont le jeu puissant émeut toute une foule. Quand votre corps se
redresse, ne le faites pas sans y songer, comme un exercice de gymnastique
pénible. Au contraire, pensez que votre énergie se redresse en même temps
que votre corps. Quand vous dites que votre regard est solide, faites qu'il le
soit en réalité. Agissez puissamment, si vous voulez que votre action profite
au but que vous vous êtes assigné. Quand vous parlez du sourire, qu'il
s'épanouisse sur vos traits, qu'il rayonne dans vos yeux; devenez l’image de
cette force que vous voulez être et que vous serez en effet, si vous
pratiquez mes conseils. Aidez-vous de la glace pour vérifier ce que vous dites,
pour rectifier ce que votre attitude peut avoir de faible, votre regard de
distrait, votre sourire de las ou de désabusé. Dans ce moment, votre glace est
le meilleur des conseillers.
Si vous avez un frère, une sœur,
un être en qui vous puissiez avoir une pleine confiance et qui ne
tournera pas vos efforts en ridicule, vous affaiblissant par une déprimante
raillerie, faites vos exercices devant lui. Entraînez-vous ensemble et, dans
les moments difficiles, l'exemple de l'un sera l'appui et le conseil de
l'autre. Une noble émulation vous soutiendra et vous profiterez chacun des
efforts de l'autre, fraternellement, en toute amitié.
Surtout, plus que toute autre chose, ne
revenez pas sur le passé. Il n'y a rien qui soit plus affaiblissant, et sans
profit. Vous avez, une fois pour toutes, reconnu vos faiblesses, vos
imperfections, vos défauts. Il n'est pas besoin d'y revenir. C'est une
tristesse avec laquelle vous avez rompu toute attache. N'y songez plus. Le
passé est mort et n'a plus droit qu'à votre oubli. C'est vers l'avenir
que doivent se tourner et vos regards et vos efforts. Tendez vers cette
nouvelle aurore de toutes les puissances de votre être. Dites-vous bien
que ce type idéal que vous voulez imiter vous l'êtes déjà; qu'il
est en vous; que c'est un être nouveau, sans aucun lien ni rapport avec
ces chagrins sur lesquels vous aviez tendance autrefois à vous
appesantir. Votre nouvelle personnalité ne les connaît pas. Vous devenez ce
nouvel être, vous n'en serez plus séparé. De jour en jour, il fait partie
de plus en plus intégrante de votre personne. Vous vivez l'un par l'autre. Il
vous guide vers l'avenir, mais, pour mériter cet appui, regardez en haut, vers
les sommets que vous vous êtes promis d'atteindre. Agissez en
conséquence. La victoire vous est promise.
Faites régulièrement vos exercices,
chaque matin et chaque soir, de préférence à la même heure. De
toutes vos forces, par tous les moyens possibles, fixez en vous ces fortes
pensées. Dans très peu de temps, l'habitude vous rendra la tâche de jour
en jour plus facile. Surtout, pas de défaillance. Il n'y a pas de motif pour
que votre entraînement, une fois commencé, arrête ses progrès et
ne mène pas au succès.
Je compte sur vous, comme à toute
heure de défaillance s'il venait à s'en produire, vous pourriez compter
sur moi.
La confiance est née en vous. Vous la sentez
installée dans votre âme. Il faut maintenant changer de formule. Faites une
autre pancarte, des mêmes dimensions, avec ces mots:
JE VEUX RÉUSSIR
Fixez la pancarte dans votre chambre,
toujours dans un endroit bien en vue. Lisez-la chaque fois qu'elle
arrêtera vos regards, mais pas d'un œil distrait. Attachez votre
esprit à tout ce que contient de possibilités et d'accomplissements ce
simple mot: réussir.
Chaque matin, répétez-vous une nouvelle
formule:
« Je veux réussir.
« Je sais que le succès n'est pas
dû au hasard. Le succès réel et durable exige un ensemble de
qualités physiques, intellectuelles et morales. La principale qualité physique
est l'endurance. Il me faut la santé. Je veux donc vivre sainement. Je ne gaspillerai
pas mes forces dans les plaisirs, ni dans les travaux inutiles. Tous mes actes
tendront vers mon but. Je serai sobre pour gagner des forces nouvelles qui me
permettront de vouloir et d'agir avec persévérance. Je veux réussir. Je sais
qu'il y a en moi des forces infinies. Je veux les libérer, les augmenter sans
cesse. Je veux gagner la victoire.
« Je veux que tous ceux qui m'entourent
constatent ma transformation. Mon attitude est meilleure. Je me redresse; mes
muscles se tendent, plus fermes. Je sens circuler en moi une vie nouvelle. J'ai
confiance en moi comme dans l'avenir. Je sais qu'il n'est pas de tâche qu'un
homme volontaire ne puisse remplir du moment qu'il l'a acceptée; je veux
accomplir cette tâche. Je rectifie mon regard: je veux qu'il soit franc, plein
d'une lumière égale, fort, prompt à répandre sa force sur tous
ceux qui en ont besoin. Je veux que ma voix soit plus assurée; qu'elle porte
mes décisions non comme des ordres, mais comme des pensées longtemps débattues.
Je veux que mon attitude soit ferme et digne, sans arrogance et sans bassesse,
sans violence et sans timidité.
« Je ne livrerai rien au hasard, car le
hasard n'existe pas et le succès auquel j'aspire ne dépend que de
moi-même. Je veux être attentif à tout, car toute chose, si
j'y attache ma pensée, peut me donner des notions nouvelles dont je puis tirer
parti. Je veux réfléchir, car toute idée approfondie renferme un enseignement
qui ne se révèle qu'à l'étude.
« Maître de mon corps, maître de mes
pensées, je veux que mon effort soit aussi le salut des autres. Je ne
contraindrai personne par la force. Les sentiments que l'on impose sont
pénibles et prompts à s'effacer. Je veux attirer les sympathies, mais je
les mériterai par mes qualités, mon attitude, mon dévouement, mon travail.
« J'ai confiance en moi. Je veux mériter la
confiance des autres. Je veux gagner ma place au soleil. Je me sens attractif,
plein, de toutes les puissances qui s'épanouissent dans mois âme.
« Je veux réussir. »
Je fais ici la même observation que
pour la première formule. Vous la répéteriez à l'infini sans
grand résultat si vous ne la viviez intensément. Il faut vous en pénétrer, la
sentir entrer dans votre pensée, par cet appui gagner de la puissance
émotionnelle qui augmentera votre élan, votre faculté de travail.
On peut répéter plusieurs fois la même
formule; il faut surtout la dire lentement, ajoutant à chaque mot la
valeur qui lui est propre. Il faut se pénétrer de sa pensée, mais il faut aussi
montrer extérieurement cette pensée, se conformer aux mots qu'on prononce.
Plus que toute chose, il faut être
sûr du succès; ne jamais douter de soi-même; il faut garder
cette confiance que l'on réussira.
De nombreux et illustres exemples peuvent
aisément vous démontrer l’excellence de ces procédés.
Quoi ! dira-t-on, suffit-il donc de dire: «
J'ai confiance en moi, je veux réussir ! » pour réussir complètement ?
Non, certes, cela ne suffit pas. Mais c'est le début de toute action.
Pour réussir, il faut des qualités réelles
d'intelligence et de travail qui ne s'acquièrent qu'à la longue.
Mais, avant de les obtenir, et même pour les acquérir, il faut commencer
par prendre confiance, par appuyer cette confiance sur une habitude d'esprit,
afin que le découragement ne détruise pas en un moment le lent travail de
plusieurs jours.
Nous ne pouvons insister ici sur l'art de
réussir. Cette étude mériterait un ouvrage spécial. Ce que nous faisons ici est
une œuvre plus générale et nous devons nous borner à des
considérations pratiques résumées en quelques mots.
Il faut, avant toute chose, détruire une
erreur qui s'est donné force de loi dans les esprits routiniers: on ne peut
réussir dans la vie que si l'on possède une fortune. Il n'est rien de
plus erroné. II n'y a qu'à regarder autour de soi pour constater que
beaucoup d'enfants riches, ayant ces possibilités données par l'argent,
s'empressent de ne rien faire. Nous voyons aussi quantité d'hommes qui, aussi
bien dans les arts que dans les affaires, ont commencé sans nul apport, sont
réellement les fils de leurs œuvres. En Amérique particulièrement,
les sommets appartiennent à des hommes qui sont nés pauvres Edison, le
plus grand inventeur des temps modernes; Rockefeller, le roi du pétrole;
Carnegie sont nés dans une condition modeste. Henry Ford, le dernier venu, le
roi de l'automobile, a commencé avec rien et tous affirment avec unanimité que
le Capital Argent n'est rien ou qu'il est de bien peu de prix auprès du
Capital Intelligence.
Nous avons dit plus haut qu'une nécessité
première est d'avoir un idéal élevé, de ne pas se limiter aux petites satisfactions
du moment, mais à chercher des buts élevés, des horizons vastes. Ce
n'est pas seulement notre avis. Carnegie, dont les doctrines ont fait leurs
preuves, le dit aussi:
« Que chacun de vous se dise : « Ma place
est au sommet ! » Soyez roi dans vos rêves. Faites le vœu
d'atteindre cette situation, avec une réputation sans tache et ne faites pas
d'autre vœu qui puisse distraire votre attention. » ( Andrew Carnegie. — L'Empire des affaires. )
Ces quelques mots, venant d'une bouche
autorisée, résument notre enseignement. Il faut, avant toute chose, avoir foi,
foi en soi-même, foi en l'avenir. Avoir une foi tellement assurée que
rien ne puisse faire fléchir la volonté qui repose sur cette confiance. On
aurait beau être « roi dans ses rêves », le trône s'écroulerait
vite si on laissait le réveil pénible détruire l'effet de ce rêve. Il
faut tenir devant les réalités difficiles; tenir le temps qu'il faut: des mois
ou des années. Tous les milliardaires qui maintenant réalisent de si grandes
choses ont eu des débuts plus que difficiles. Ils ne se sont cependant pas
découragés. Ils ont gardé une foi entière dans le résultat de leur
travail, et ce travail ne pouvait manquer d'être couronné par le
succès.
Le travail assidu est la seconde nécessité.
Non pas un travail d'amateur, mais un travail acharné, qui ne refuse rien en
vue de sa réussite, sauf ce qui pourrait blesser la conscience.
Rien ne vient sans effort. Celui qui veut
réussir ne l'ignore pas. Il sait aussi que cet effort, si dur soit-il, est
passager et que la récompense sera au-dessus de la peine. Il sait encore que la
foi facilite le travail, que l'intelligence le soutient. Il lutte donc; il
lutte sans trêve; il lutte sans défaillance, avec la certitude de la
victoire prochaine, avec la vision glorieuse de la complète réussite,
une fois accomplis les pas difficiles.
La foi et le travail ne suffisent cependant
pas. Il est des qualités intellectuelles que rien ne saurait suppléer. Il faut,
naturellement, une intelligence suffisante pour comprendre le travail auquel on
s'adonne, pour l'étudier, voir les améliorations dont il est susceptible, les
moyens de l'accomplir mieux et, s'il se peut, avec un moindre effort. Cette
intelligence pratique comporte une grande part de réflexion. Il ne faut pas
s'emballer trop sur une soi-disant découverte qui ne mènerait à
rien ou demanderait des travaux et des frais disproportionnés avec le résultat
que l'on peut en espérer. Cette réflexion vous fait voir l'objet ou l'action
sur toutes ses faces avec toutes les possibilités que l'on peut y trouver. Il
faut, pour donner à cette réflexion intelligente un poids encore plus
grand, l'étayer sur une forte logique, qualité entre toutes constructive et
sans laquelle les meilleurs efforts manquent toujours de calme et de coordination.
Une fois le plan déterminé par
l'intelligence et la logique, il ne suffit pas de s'y complaire pour le faire
aboutir. La qualité la plus utile alors est l'initiative. Il ne faut pas, quand
on a découvert soit une idée nouvelle, soit le perfectionnement utile d'une
ancienne formule, se dire soudain que l'on a tort et que le mieux sera toujours
de faire comme on a fait avant vous. L'initiative ne se laisse pas limiter
ainsi. Elle brise les vieux moules et crée des formes inédites. Mais, avant de
lui laisser libre cours, il est bon de savoir où l'on va, ce qui est le
fait de l'intelligence, car l'initiative sans frein est un torrent débordé.
Lorsqu'on a reconnu, après lent et
sûr examen, l'excellence du plan choisi, il ne faut pas se laisser
arrêter par des vétilles. Il est bon que l'initiative se transforme en
audace, en audace opiniâtre et volontaire, car une action entreprise doit
toujours être menée à bien. Rockefeller dit à ce sujet:
« Jeunes gens, rappelez-vous que la loi
élémentaire du succès dans les affaires est de voir toujours haut et
grand. Ne songez pas à remporter des avantages temporaires. Ne gaspillez
pas votre effort pour aboutir à de petits triomphes, à moins que
votre ambition ne soit jamais que de remporter de petits succès.
Regardez toujours devant vous. Etudiez avant de vous risquer: c'est une chose
prodigieuse que de voir combien il y a d'hommes, même très
intelligents, qui se lancent dans une affaire sans en avoir balancé les
chances; gardez aussi tout votre sang-froid. Ne vous laissez pas emballer parce
que vous obtenez un petit succès et ne vous laissez pas abattre parce
que vous essuyez un petit revers. Dites-vous bien, dites-vous surtout que pour
réussir dans les affaires, il n'y a ni mystères ni trucs: il y a des lois
inflexibles, des lois d'étude, de connaissance, de travail, d'endurance, de
mesure, de calme, d'honnêteté. Si vous manquez à une seule de ces
lois, vous pourrez remporter une victoire passagère, vous ne remporterez
jamais de victoire décisive et durable... » ( John-D. Rockefeller. — Mémoires publiés par Le Matin, sept. 1908.
)
Pour réussir, il faut avoir confiance en
soi. Cette confiance est absolument indispensable et on ne fera rien d'utile,
même si les circonstances étaient favorables, avec la pensée que l'on ne
réussira jamais. Cette idée déprimante fait partie de ces impulsivités que nous
devons détruire en nous avant toute chose. Napoléon avait, en son étoile, une
foi aveugle. Dans sa jeunesse, il ne doutait nullement que l'empire du monde
dût lui appartenir. Aussi ne s'arrêta-t-il jamais dans les actions
qu'il commençait. Mais, à un moment donné de sa carrière, quand
un mariage impérial et la naissance d'un héritier auraient dû lui donner
le plus de confiance, il sentit pâlir cette étoile qu'il avait toujours vu rayonner
et, du même coup, sa fortune quasi miraculeuse en fut enrayée. Il le
confia à Las Cases qui nous a transmis ses entretiens avec l'Empereur
dans son exil de Sainte-Hélène. A ce moment, évoquant le désastre de
Waterloo, Napoléon s'exprimait en ces termes:
« II est sûr, disait-il, que dans ces
circonstances je n'avais plus en moi le sentiment du succès définitif;
ce n'était plus ma confiance première: soit que l'âge, qui d'ordinaire
favorise la fortune, commençât à m'échapper, soit qu'à mes
propres yeux, dans ma propre imagination, le merveilleux de ma carrière
se trouvât entamé, toujours est-il certain que je sentais en moi qu'il me
manquait quelque chose. Ce n'était plus cette fortune attachée à mes
pas, qui se plaisait à me combler, c'était le destin sévère
auquel j'arrachais encore, comme par force, quelques faveurs, mais dont il se
vengeait tout aussitôt; car il est remarquable que je n'ai pas eu alors un
avantage qui n'ait été immédiatement suivi d'un revers. » ( Las Cases. — Mémorial de Sainte Hélène
(relation du 12 novembre).
Cependant les capacités de l'Empereur
n'étaient nullement amoindries. Sa merveilleuse campagne de France en 1814 le
démontre clairement. Mais la confiance l'avait fui. Des épreuves constantes
avaient peut-être fait fléchir le riche métal de cette volonté presque
surhumaine. Aussi, quelques lignes plus loin, rappelant ses insuccès
militaires. Napoléon dit encore:
« J'avais en moi l'instinct d'une issue
malheureuse, non que cela ait influé en rien sur mes déterminations et mes mesures,
assurément; mais j'en portais le sentiment au-dedans. de moi. »
C'est sans doute que Napoléon se trouvait en
proie au désordre qui se trouve suscité par les ambitions matérielles. Mais
celui qui ne désire que son propre et juste épanouissement ne se trouvera pas
en butte à des forces de cette sorte. Celui-là, peut suivre sa
voie sans que les autres se sentent molestés par une ambition tout intérieure
et qui n'empiète sur les désirs de personne. Celui qui vit de la sorte
n'a pas besoin de se soucier des envieux. Sa vie ne peut porter ombrage qu'aux
esprits chagrins et ceux-là portent en eux-mêmes leur juste et
prompte condamnation. C'est le sentiment de cette floraison intérieure
échappant à la méchanceté des hommes et du sort qui a fait dire à
Marc Aurèle:
« Tu peux vivre exempt de toute violence,
dans la plus profonde paix du cœur, quand même tous les hommes
vociféreraient contre toi tous les outrages imaginables. Car qui empêche
que la pensée ne se maintienne dans un plein calme, jugeant au vrai ce qui se
passe autour d'elle ? »
Comment pouvons-nous être sûrs
que nous n'avons jamais dépassé ce qui nous est permis, ce qui peut nous
laisser vivre en paix avec les hommes, quelle que soit la jalousie inhérente
à leur nature ? Nous le saurons facilement si nous prenons soin
d'examiner chaque jour l'emploi que nous avons fait des heures et des forces
qui nous ont été accordées. Pythagore donne, à cet égard, des conseils
que tout adepte se trouvera bien de suivre:
« Que tes yeux appesantis ne donnent jamais
entrée au sommeil, avant que tu n'aies passé en revue toutes tes actions de la
journée. Quelle loi ai-je violée ? Quel acte ai-je fait ? A quel devoir ai-je
failli ? Pars de là et continue. Puis, si tu as fait du mal,
reproche-le-toi; si tu as fait du bien, sois-en content. »
Ce faisant, l'homme est assuré de se
connaître pleinement. Il ne doit pas se complaire dans des erreurs qu'il est
bien forcé de reconnaître et dont il se corrigera s'il a compris qu'il ne peut
arriver à réussir sans conscience nette et pure. II faut être et
demeurer soi-même, se développer dans son propre sens en tendant toujours
à se perfectionner, mais en respectant les limites que la Nature nous a
fixées.
Ce qui fait l'homme supérieur, ce n'est pas
telle ou telle faculté spéciale, tel ou tel talent, mais une nature forte, une
conscience haute qui lui donnent les facultés nécessaires à son labeur
et l'ascendant moral de l'être honnête. Celui qui a ces qualités et
qui les développe en soi n'entreprend que des tâches auxquelles il est adapté
et, travaillant avec acharnement et lucidité, ne perdant aucun moment ni aucune
force, il est assuré du succès. Celui qui pense de la sorte
considèrera-t-il l'argent comme le but visé par ses efforts ? On peut
dire hardiment non. On ne saurait nier que l'argent offre à celui qui
l'a gagné des moyens de travail, et de bien-être qui sont très
appréciables. Mais le vrai bonheur ne se trouve pas dans un coffre-fort. Le
vrai bonheur est en soi-même. Celui qui, satisfait de sa journée, le
cœur plein d'affections familiales et de la paix naturelle à une
conscience pure, écoute le chant des oiseaux, regarde une fleur de l'herbe,
ravi de sa couleur, de sa délicatesse, de son parfum délicieux, celui-là
est plus riche que ne peut être un roi si le cœur de ce monarque est
bourrelé de craintes, de remords, d'inquiétudes. La vraie conquête du
monde, c'est de goûter ces belles heures avec l'ivresse d'un poète
et la paix d'un sage. Que souhaiter quand on a cela ?
Vouloir, s'analyser, se perfectionner, c'est
la voie que nous vous avons indiquée. Cette voie exige un effort, un effort
continu, quand on veut aller jusqu'au bout. Certains, affaiblis par la maladie
ou par un état spécial de leur esprit, affirment qu'ils ne peuvent pas faire
acte d'énergie. Pour le très petit nombre de ceux qui sont réellement
incapables de tout effort; qui ne sont pas capables d'attention, de décision,
de volonté; qui par eux-mêmes, ne peuvent soutenir un effort suivi, nous
intervenons directement.
Pour fomenter des énergies, redonner des
forces à celui qui les a perdues, du courage, l'espoir dans la vie
à celui qui se croit rayé du nombre des gens heureux, le psychologue
tient à sa disposition plusieurs méthodes suggestives qui se classent en
deux catégories:
1°. — Les unes s'adressent à la partie
mentale dans sa double forme: consciente ou inconsciente;
2°. — Les autres s'adressent à la
partie émotionnelle.
De même que l'équilibre peut
être rompu par l'oscillation d'un plateau de la balance, de même on
peut rétablir cet équilibre en agissant sur l'un ou sur l'autre des plateaux.
De là proviennent nos méthodes de suggestion directe s'adressant soit
à la pensée (consciente ou inconsciente), soit à l’émotion.
Pour la partie mentale, on peut pratiquer:
1°. — La suggestion en rafale, suggestion
brutale, nette, qu'il ne faut utiliser que si l'on se trouve en présence d'un
cas urgent, comme le danger imminent du suicide ou le désarroi
extrêmement profond qui peut conduire au même malheur ;
2°. — La suggestion imposée en sommeil
provoqué ou, mieux, à l'état de veille. Elle sert, en général, dans les
cas d'une excessive débilité mentale qui ne peut accepter ni retenir aucune
pensée;
3°. — La suggestion raisonnée qui est
toujours faite à l'état de veille avec l'assentiment du malade;
4°. — La suggestion indirecte, méthode
entièrement nouvelle que nous avons mise au point et qui tend —
véritable inoculation — à introduire des idées dans le champ mental du
malade, à son insu, bien qu'il soit à l'état de veille et qu il
se soumette ou non à l'action intentée.
Encore n'est-ce là qu'un des côtés du
problème. Nous utilisons aussi la suggestion émotionnelle qui agit avec
mille nuances depuis l'action profonde, rapide, jusqu'à l'action douce
qui demande des précautions infinies. Il faudrait un ouvrage entier pour montrer
qu'elles nuances peut contenir cette suggestion, aussi délicate et variée que
les timbres et les vibrations de la musique sous la main d'un habile exécutant.
Avec nos méthodes de rééducation, il est
donc possible de donner des idées saines à celui qui a perdu le contrôle
de lui-même, des émotions vivifiantes à celui qui se croit perdu.
Malades, dolents, ne désespérez pas ! Ayez
foi dans l'avenir. Nous voyons chaque jour des malades, des désespérés
retrouver la plénitude de leurs forces. Nous avons à notre disposition
des armes puissantes, qui ont fait leurs preuves sur des êtres plus
malades que vous. Si vous êtes soutenus, aidés, vous viendrez à
bout de votre tempérament, de vos impulsions irraisonnées. Vous arriverez
à dominer, en grande partie, les mauvais apports de votre atavisme. Vous
échapperez aux regrets, aux tourments du passé. Vous redeviendrez un être
libre, sûr de lui-même.
La route est tracée. Elle a ramené à
la santé et à la réussite un nombre infini de désemparés aujourd'hui
heureux et reconnaissants. Faites effort. Relevez la tête. Venez à
ceux qui offrent de vous soutenir, de vous guider. Sachez que le miracle est
possible. Ayez foi dans ceux qui vous disent: le salut est en vous.
Une vie nouvelle commence. Un nouveau soleil
sort des ténèbres. L'aube de la joie et de la libération vibre
déjà sous l'horizon et ne demande qu'à briller.
Résumé
Nous souffrons surtout de ne pas nous
connaître. Si nous nous analysions mieux, nous verrions en nous deux personnes:
le conscient et l'inconscient que nous devons utiliser tous deux pour nous
perfectionner, acquérir des mérites, préparer cette évolution qui est le
véritable but de notre vie. Faites de votre inconscient — réceptacle de tout le
passé — un collaborateur fidèle; du conscient un être doué de
facultés et de pouvoirs que rien ne saurait amoindrir. L'éducation tend
à renforcer le rôle du conscient, mais il ne faut pas faire disparaître
son collaborateur.
Ces deux personnalités s'affrontent en vous.
Laquelle doit primer ? C'est le conscient, certes. Ce serait une erreur, pour
les tâches essentielles, de compter sur l'inconscient, de lui confier la
direction de votre vie. Moins encore, pouvez-vous demander appui à
l'imagination passive, forme fruste, qui est incapable de faire fructifier une
idée. C'est à elle que Marc Aurèle s'adresse en ces termes:
« Que fais-tu donc ici, imagination ?
Va-t-en, de par les Dieux ! comme tu es venue; je n'ai pas besoin de toi.
»
Nous devons donc exercer notre conscient, le
renforcer toujours, développer en lui l'attention, le jugement et non le
soumettre à des pratiques inconscientes, le forcer à répéter
machinalement des phrases sans force et sans effet. Il convient à
l'homme de faire effort, de penser, de juger, d'éduquer sa volonté, car c'est
d'elles qu'il peut attendre la mise en valeur de sa personnalité. C'est donc
une erreur de compter sur l'inconscient, une autre erreur de faire disparaître
la conscience sous le poids du sommeil, de la somnolence, de l'hypnose. Nous
devons travailler en toute lucidité.
Il faut créer un pli psychique et pour cela
« jouer un rôle », diviser son travail en deux parties comme le font les
comédiens: 1° Apprendre le rôle; 2° Le vivre, s'en pénétrer, extérioriser les
idées, les sensations qu'il exprime. Ainsi se crée l'habitude qui nous facilite
la tâche, donne le pli psychique qui stabilise les résultats acquis. Une force
donne un grand appui à ce travail, c'est l'émotion.
Pour profiter à la fois de ces deux
forces — mentales et émotionnelles, — nous devons d'abord nous imposer une
première formule: « J'ai confiance en moi » jusqu'à ce que nous
ayons acquis cette confiance. Ensuite, vient une seconde formule: « Je veux
réussir ! » Ces formules, il faut les écrire sur des pancartes et les fixer
dans sa chambre, les considérer attentivement, matin et soir durant quelques
minutes, bien se pénétrer de la valeur des phrases, les vivre, en faisant des
exercices appropriés pour graver dans la pensée ces idées qui doivent prendre
corps dans notre être, le doter des facultés qui lui manquent pour
devenir celui qui réussit.
Cette donnée est basée sur l'exemple
constant des hommes qui, partis de rien, sont arrivés à des situations
prépondérantes, spécialement les milliardaires américains. Comme eux, celui qui
se transforme doit savoir que rien ne doit être livré au hasard, que tout
vient de la volonté consciente et que tout lui est promis. Cette pensée, il
faut la soutenir par un effort continu, car rien ne réussit sans travail. Ce
labeur, qui serait aride sans cela, on l'appuiera sur un idéal que nous devons
placer le plus haut possible si nous voulons devenir des êtres
véritablement supérieurs. Et, cet idéal une fois élu dans notre âme, nous
devons développer dans notre conscience ces qualités de jugement, d'attention,
de réflexion, qui nous mettront à même de la réaliser autant qu'il
est en notre pouvoir.
Un grand psychologue anglais a résumé cette
méthode dans une formule lapidaire que nous plaçons avec joie sous vos yeux,
pour vous montrer de quoi vous êtes capable dans le développement harmonieux
de tout votre être. Sir John Lubbock écrit :
« Semez un acte et vous récolterez une
habitude. Semez une habitude et vous récolterez un caractère. Semez un
caractère et vous récolterez une destinée. » (Sir J. Lubbock. — L'Emploi
de la vie. )
L'auto suggestion graphique
« Les hommes chercheront toujours des signes
extérieurs pour découvrir les pensées secrètes et les penchants cachés.
»
P. Flourens.— De la phrénologie et des
études vraies sur le cerveau.
L'AUTO SUGGESTION GRAPHIQUE
L'étroite connexité du physique et du moral.
Notre état psychique révélé par nos gestes. — Tel état d'âme impose à la
plume un mouvement déterminé, comme il donne au corps tel geste ou telle
attitude. La graphologie. — Rapport de certaines tendances physiques et morales
avec l'écriture. Exemples typiques. — Les indices révélateurs du
caractère à tirer des gestes, du port, des traits du visage, du
regard, de la démarche, de la poignée de mains. — Comment procéder pour
examiner graphologiquement une page d'écriture. — Ordonnance du texte. —
Intensité de l'écriture. — Direction des lignes. — Inclinaison des lettres. —
Dimension du graphisme. — Ecritures rondes et anguleuses. — Assemblage des
lettres et des mots, liaison des lettres. — La signature. — La lettre t. — Ce
que révèle la signature d'Edison. — Points, accents et ponctuation. —
Résultantes. — Nécessité d'imposer silence à nos muscles. — But de notre
méthode d'autosuggestion graphique: augmenter l'attention. Modifications
à apporter à notre écriture. — Résumé.
Nous avons vu l'influence de l'attitude
mentale et les bénéfices moraux et même matériels qu'on en peut attendre.
Rien n'est plus propre à nous corriger des défauts intellectuels, des
faiblesses nerveuses, des emballements émotifs qui sont d'une telle gêne
dans la vie. Sommes-nous peureux, impressionnable ? Il nous suffit d'imaginer
que nous possédons l'entière maîtrise sur nous-même, que nous
sommes un être calme, pondéré pour que, peu à peu, nos sentiments
et surtout notre système nerveux s'accoutument à suivre l'impulsion
donnée, à ne nous permettre que des actions conformes au plan que nous
nous sommes idéalement imposé. C'est ainsi que notre persévérance nous impose
le « pli psychique ». L'auto suggestion incruste dans notre conscience l'idée
que nous n'avons plus peur et, lentement mais sûrement, la crainte quitte
notre esprit, nos nerfs s'aguerrissent, nous supportons sans émotion des
secousses que nous n'aurions jamais imaginé auparavant accuser avec un tel
calme.
C'est un point que nous ne devons jamais
perdre de vue: l'étroite connexité du physique et du moral. Dans les chapitres
suivants, nous verrons que le calme physique, par exemple, le repos et la
détente musculaire, transmettent la quiétudes de notre corps à notre
esprit. Mais il en est de même inversement: notre attitude mentale
s'impose à notre attitude physique et nous devenons, extérieurement
même, l'homme ou la femme que nous désirons devenir.
Les grands nerveux, dans le cerveau desquels
les images se déroulent avec la rapidité d'un film de cinéma, les grands
impulsifs ne sont pas plus maîtres de leur attitude physique que de
l'ordonnance de leurs idées: ils font quantité de gestes mutiles, s'imposent
à leur insu un supplément de travail musculaire qui ne sert à
rien; ils crient, gesticulent, s'emportent, frappent au besoin et cette dépense
musculaire a lieu parce qu'ils ne savent pas résister au torrent de leurs
idées, à l'impétuosité de leurs émotions.
Ce rapport étroit qui existe entre notre
activité physique et notre activité psychique est nettement mis en évidence
dans la peur. Si nous ne savons pas maîtriser ce sentiment, un flot d'idées
afflue dans notre cerveau en émoi; nous multiplions le danger réel par l'image
plus ou moins terrible que nous nous en sommes faite et nous courons à toutes
jambes, sans savoir où, parfois en sens inverse de ce que nous devrions
faire pour nous mettre en sûreté.
Voyez au contraire l'homme calme, maître de
lui: il fait peu de gestes; il n'élève pas la voix, même quand il
se croit de justes motifs d'irritation. S'il se trouve dans un danger, il
craint pour sa vie autant que celui qui s'affole, mais, dominant son esprit et
son corps, il a une conception rapide de ce qui doit être fait pour
atténuer le danger. Il voit d'un coup d'œil les mesures à prendre.
Son calme réfléchi s'impose à la foule. Il crée, il dirige les secours,
improvise les soins, et, par l'emprise de sa volonté calme et pondérée, il
sauve son existence et celle des autres. Il va de soi que ces formes
différentes de pensée, ces états d'âme imposent à la personne physique
un changement qui se manifesterait même si deux corps étaient
parfaitement identiques. Ces transformations et déformations ont créé les
sciences dites d'observation, sciences qui ont fait leurs preuves d'exactitude
et dont le mécanisme est bien facile à comprendre, pour peu qu'on
veuille réfléchir.
Sommes-nous en colère ? Aussitôt,
malgré nous, nous nous crispons, nous fermons et nous tendons le poing, nous
élevons la voix, que la personne contre qui nous nous emportons se trouve ou
non en notre présence. Ces gestes nous sont bien connus et si, sans rien
entendre des paroles échangées, nous voyons quelqu'un froncer les sourcils,
brandir son poing vers une autre, nous savons avec certitude que cette personne
est en proie à des pensées tumultueuses. Il en est de même pour
une personne affligée: le pli tombant des lèvres, les paupières
qui battent, retenant difficilement les larmes, les ailes du nez qui se
resserrent, une foule d'indices très faciles à constater nous
montrent parfaitement que nous sommes en présence d'un être accablé de
douleur. Ainsi pour toutes les autres formes de sentiment; chacune a dans nos
gestes, dans notre attitude, dans notre visage, dans notre voix, dans le jeu de
tous nos muscles un signe révélateur qui lui est propre.
Dans l'impatience, par exemple, l'homme
éprouve le besoin d'user par des mouvements l'irritation causée par l'attente;
plus l'attente est anxieuse et plus désordonnés sont les mouvements. Dans une
panne de tramway, les voyageurs assis ou debout piétinent sur place comme si
cela pouvait faire venir le courant qui fait défaut. Regardez au café, le
Monsieur qui attend depuis une heure la dame qui l'a favorisé d'un rendez-vous:
il tambourine des doigts, il plie et déplie son journal, tire ses moustaches, regarde
mille fois sa montre, tourne sans cesse la tête vers la porte où
il espère voir paraître l'objet de ses rêves; il s'occupe de mille
manières pour tuer le temps avec des gestes typiques que n'aurait pas un
paisible consommateur profitant d'une heure de repos pour regarder des
illustrés en buvant une boisson plus ou moins toxique.
Ce sont là de petits faits, mais ces
petits riens réitérés traduisent une forme de caractère, et cette forme
de caractère, il est un geste, ou plutôt une succession de gestes qui
nous le révèle clairement, c'est notre écriture. Elle fournit, à
qui sait observer, la plus complète indication que nous puissions avoir
sur le tempérament et le caractère du scripteur.
La graphologie n'est pas une science «
occulte », c'est une science d'observation basée sur une connaissance
approfondie de l'être humain, physique et moral. Tel état d'âme impose
à la plume un mouvement déterminé, comme il donne au corps tel geste ou
telle attitude. La personne active aura toujours une écriture rapide. Celle qui
est indolente, paresseuse, ennemie de l'effort, marchera lentement et écrira de
même. Telle qui est désordonnée montrera aussi peu d'ordre chez elle,
dans ses affaires, sur elle, dans son habillement que dans ses lettres. Il n'y
a là aucun mystère: c'est de la plus élémentaire psychologie.
L'écriture varie, direz-vous ? Certes, mais
cela est encore une preuve de la réalité des déductions graphologiques.
L'écriture change par suite de la variation des états d'âme. Le matin, votre
écriture est généralement plus calme que plus tard dans la soirée: cela tient
à ce fait qu'aux premières heures de la journée votre organisme
est reposé; l'après-midi, sans autre cause que la fatigue du jour, vous
aurez uns écriture sensiblement plus agitée; cette agitation sera bien plus
grande si, entre temps, vous avez appris une mauvaise nouvelle, la mort d'une
personne aimée ou la perte d'une affaire sur laquelle vous comptiez beaucoup.
Si vous êtes bien portant, votre écriture ne ressemblera que très
peu à votre écriture de malade. Nous en prenons un illustre exemple dans
l'écriture de Napoléon: sa signature de l'abdication est si différente de sa
signature ordinaire, qu'elle est à peine reconnaissable.
Peut-on changer son écriture ? On peut
certes y réussir, mais il faut faire acte de volonté, déployer de l'attention.
Si l'on veut modifier réellement les traits caractéristiques de son graphisme,
il faut un temps assez long et une application soutenue et nous arrivons alors,
par la maîtrise que nous imposons à un geste physique, à nous
modifier aussi au point de vue mental. C est précisément le but du présent
chapitre de montrer comment on peut, en surveillant son écriture, arriver
à modifier son caractère, à se guérir d'un travers ou d'un
défaut, acquérir telle ou telle qualité que nous envions. Cette discipline
musculaire crée peu à peu le pli psychique qui nous donne la qualité ou
la vertu que nous désirons obtenir.
Ce n'est pas aussi facile que l'on pourrait
imaginer à première vue: cela demande un travail attentif et
surtout beaucoup de patience. Nous n'en voulons pour preuve que les lettres
anonymes que tout le monde est exposé à recevoir. Celui qui commet cet
acte méprisable s'imagine qu'en renversant ou en redressant son écriture, il
dissimulera sa personnalité et détournera les soupçons. Grossière erreur
! Les lettres, même changées quant à la direction, restent
elles-mêmes dans leurs formes, car la personne n'a pas d'un seul coup
modifié son tempérament et ses tendances. Si elle est inattentive et
désordonnée, le désir de vous être désagréable ne lui donnera pas l'idée
de mettre à leur place les accents, les points, les trémas, les virgules
et toute chose de ce genre: qu'elle écrive droit ou renversé, vous saurez que
vous avez affaire à une personne distraite, négligente ou simplement
étourdie. Et en comparant la lettre anonyme à des lettres habituelles de
cette personne vous trouverez des similitudes très frappantes.
Le docteur Encausse a rendu par l'image, de
façon amusante, le rapport de certaines tendances physiques et morales avec
l'écriture:
« Si vous êtes peu susceptible de
garder un secret, dit-il, alors vous ouvrez facilement votre bouche, aussi
facilement que vos o et vos a. Si, par contre, vous êtes discret, vous
fermez par habitude la bouche, et, par conséquence analogique, vos lettres o et
a.
image
Fig. 53. — Lettres o et a ouvertes
Celui qui ouvre la bouche pour parler
à tort à travers, sans contrôle, ouvre de même ses o et ses
a.
image
Fig. 54. — Lettres o et a fermées
Qui ferme les lèvres et ne les ouvre
qu'à bon escient, ferme également, dans son graphisme, les o et les a
« Etes-vous optimiste ? Vos barres de t
s'élancent hardiment vers le ciel comme votre imagination. Etes-vous au
contraire chagrin et pessimiste ? vos barres plongent dans le centre de la
terre comme vos idées vous portent à vous enfoncer dans un grand trou
noir.
image
Fig. 55, 56, 57. — La barre du t
S'élance-t-elle vers le ciel, c'est signe
que le scripteur a des pensées optimistes; descend-elle, au contraire, vers la
terre, c'est indice de pensées sombres et déprimantes ; enfin, est-elle droite
et nettement tracée, ferme et sans violence, la personne est pondérée, calme,
réfléchie.
«
Etes-vous nerveux, irritable, toujours prêt à formuler que vous
êtes le plus malheureux des hommes ? alors vos lettres sont pointues et
aiguës. Voyez-vous au contraire un n aux jambages calmes et bien arrondis,
alors celui qui forme cette lettre est un « papa tranquille » sachant supporter
et surtout pardonner les scènes les plus violentes.
« Votre correspondant a-t-il de l'ordre ?
S'il met exactement les points sur la lettre i, il a l'amour de l'ordre et de
l'exactitude, il est toujours très bien coiffé à l'heure
convenable. S'il n'oublie pas le point, mais le pose sur la lettre qui précède
ou sur celle qui suit la lettre i, alors il a de l'ordre seulement par
accès quand « cela lui dit », autrement il est mal coiffé et n'est
jamais absolument exact au rendez-vous. S'il oublie son point sur l'i, alors
prenez un intendant pour tenir les comptes.
image
Fig. 58. — Une lettre anguleuse
Dénote un tempérament nerveux irritable.
image
Fig. 59. — Une lettre arrondie
Indique la bonhomie, l'affabilité, la
douceur des manières.
image
Fig. 60. — Le point sur l'i bien placé
signifie ordre, exactitude.
image
Fig. 61. — Le point sur l'i très déplace ou absent: inexactitude,
inattention.
« Mettez la missive reçue bien droite et
voyez comment se terminent les lignes. Allant vers le haut, elles indiquent
l'ambition que rien ne rebutera. S'écroulant vers la terre, elles signalent le
déveinard qui manque tout par défiance de soi. Enfin allant en zigzag, elles
indiquent l'indolent travaillant par à coups et laissant doucement
passer la vie.
« On s'habille comme on écrit la lettre d.
Celui qui écrit ses d avec une simple boucle, s'habille en bohème, sans
prétention. Celui-là qui entortille trois fois en colimaçon la boucle de
ses d a l'habitude des cravates à tons criards et de l'élégance sans
goût. Cet autre, qui fait ses d régulièrement, avec une barre bien
droite, c'est le notaire ou le magistrat, moralement bien entendu. Ses costumes
sévères correspondent à sa lettre. Enfin celui qui retourne ses d
inaugure des costumes esthétiques autant qu'étranges, s'habille à
l'envers du sens commun, aime les coiffures d'un goût douteux, les
orchidées morbides et les redingotes à longue taille. »
image
Fig. 62. — L'écriture ascendante,
descendante ou dansante.
Celui qui a confiance en lui écrit en
montant. Celui qui doute de lui-même à un graphisme qui descend.
Celui dont l'écriture danse est un irrégulier, un instable dans la vie.
Le Docteur Encausse n'a cherché qu'à
rendre d'une façon suggestive quelques éléments de graphologie, mais il ne
faudrait pas les prendre au pied de la lettre car, ainsi que le dit très
justement Crépieux-Jamin: « il n'y a pas de signes particuliers, indépendants,
il n'y a que des signes généraux dont les modes sont divers. » Quand on étudie
une écriture, il faut toujours établir une résultante entre les pronostics
à tirer de tous les signes graphiques: c'est le seul procédé qui donne
des résultats d'une réelle exactitude.
image
Fig. 63 à 66. — On s'habille comme on
écrit la lettre d.
Celui qui orne ses d d'une simple boucle
s'habille négligemment. Tel qui tourne ses d en colimaçon a une recherche
précieuse dans son accoutrement. L'être pondéré s'habille et trace ses d
correctement. Enfin, le d à la hampe tourmentée est celui de l'homme
maniéré jusqu'au ridicule.
Notre caractère, nos tendances ne se
révèlent pas par un signe isolé, mais par plusieurs : quelquefois
tout notre être contribue à manifester ces tendances par des
signes très différents entre eux.
Le Docteur Héricourt affirme: « II est
d'observation courante, qu'il s'agisse de gestes spontanés inconscients ou
d'une mimique savamment étudiée:
« Que l'énergie de la volonté se traduit par
des gestes pesants, fortement accentués;
« Qu'une exposition claire et limpide ne va
pas sans gestes pondérés et nettement dessinés;
« Que les gens sensibles prennent, comme on
dit, des airs penchés;
« Que l'égoïste semble toujours se
désigner et ramener tout vers soi par les mouvements centripètes qui lui
sont habituels;
« Que l’homme franc a le geste ouvert et
net;
« Que la dissimulation a le geste fuyant
comme le regard et ses mouvements, comme ses phrases, semblent n'être
jamais terminées;
« Que l'exalté se reconnaît de loin à
l'amplitude de ses mouvements;
« Que l'homme gai et bien portant a les
gestes vifs et portés vers le haut, tandis que la tristesse incline la
tête et laisse tomber le bras;
« Que l'homme doux évite les mouvements
anguleux, toujours carrés ou pointus chez l'homme rude et de commerce
désagréable;
« Que la grâce arrondit les mouvements et
décrit des cercles;
« Que l'homme simple se remarque à la
sobriété et à l'égalité de son allure. »
Ce sont justement ces mouvements que nous
allons retrouver dans l'écriture.
L'observation nous permet de dire avec
exactitude que les signes de telle ou telle habitude mentale, que ce soit une
qualité ou un défaut, se trahiront tout aussi bien par la manière de
parler que par les gestes, le port, les traits du visage, le regard ou
l'écriture, sans parler de la démarche ou de la poignée de mains qui pourraient
donner aussi tout un inonde d'indications utiles. Il faut apprendre à
regarder et c'est un effort cérébral que l'on n'aura jamais l'occasion de
regretter, car aucun ne saurait nous être plus profitable.
Ce serait sortir de notre cadre que de vous
enseigner ici ces sciences d'observation. Nous nous en tiendrons à
quelques indications de graphologie qui vous permettront de tirer de cette
science un intéressant moyen auto suggestif.
Nous avons devant les yeux une page
d'écriture courante écrite à l'encre (et non au crayon qui déforme
certains signes: les accents, les barres de t, la ponctuation, notamment).
Regardons, tout d'abord, l'ordonnance, la disposition générale, ce qui nous
frappe au premier regard dans l'aspect total de la page; viennent ensuite
l'intensité du mouvement, la direction des lignes, la dimension et la forme des
lettres, leur assemblage. C'est de la réunion de ces indices parfois différents
sinon contradictoires, que nous tirerons un jugement moyen, motivé et
définitif.
A moins d'être doué de facultés
intuitives qui aient fait leurs preuves, lorsque nous avons quelque personne
à juger, ne cédons pas à notre impulsion première; nous
voulons étudier le caractère, le connaître plus à fond; nous
suivons la personne pendant un certain temps, remettant pour la juger que les
faits révélateurs de son caractère nous aient permis d'établir un
jugement basé sur quelque chose de plus stable que le goût inspiré
à première vue. C'est ce que nous devons faire avec la
graphologie: en présence d'une lettre, nous ne devons pas nous laisser
arrêter par une seule particularité, nous devons étudier tous les signes
qui nous frappent et ne tirer un jugement que sur l'ensemble. En agissant de la
sorte, nous restons dans le domaine de l'observation rigoureuse.
Pour nous permettre de formuler un jugement,
passons en revue, successivement les divers indices qui nous sont fournis par
une page écrite:
Ordonnance. — Si l'écriture est bien
disposée, si la marge est normale, si le premier aspect de la page nous donne
une impression de clarté, c'est que le scripteur est ordonné.
Dans le cas contraire, si la marge est
irrégulière, si la disposition est désagréable, si l'aspect de la page
est malpropre et confus, nous en tirons le même jugement que nous
tirerions de vêtements mis au hasard et sans nul goût: le scripteur
manque d'ordre.
Intensité. — Une personne très
nerveuse, impulsive, n'a jamais une écriture calme. Les lettres sont toujours
inégales. Les écritures tourmentées appartiennent généralement aux personnes
très émotives. Nous y insistons encore: l'écriture est comme le geste.
Une écriture trop serrée a quelque chose d'étriqué, de mesquin, image d'un
tempérament parfois un peu plus qu'économe. Au contraire, l'écriture large,
espacée, indique un tempérament généreux. S'il y a exagération, le scripteur a
le goût de l'ostentation, il tient à étonner la galerie et risque
de se rendre à charge par une affirmation excessive de sa personnalité.
Une écriture légère est ordinairement
le signe d'une volonté faible, d'un caractère sentimental, souvent dupe
de ses affections et surtout des illusions qu'elle se crée. Au contraire,
l'écriture appuyée dénote une nature énergique, laborieuse; elle peut avoir
moins de nuances dans l'esprit; elle est moins artiste, mais le rendement des
affaires est très supérieur. C'est une écriture d'homme qui réussit.
Une écriture pâteuse, aux boucles massuées
et pleines d'encre indique une forte tendance à la matérialité. La
personne est gourmande, sensuelle, portée à tous les plaisirs du corps,
sans aucune idéalité.
Si les boucles sont assez importantes, et
même si toutes les lettres sont renflées en forme de fuseaux, c'est un
signe du même ordre que le précédent. L'Abbé Michon en fait le signe de
l'amour charnel. M. de Rochetal élargit le diagnostic et donne ce signe comme
une indication générale de sensualisme.
Direction des lignes. — Les lignes montantes
traduisent un mouvement ascensionnel de la pensée. Le scripteur est heureux,
ambitieux. Il place au-dessus de lui le but de ses désirs et de ses volontés,
et son écriture monte autant que ses espérances. Il a de l'ardeur, de
l'entrain; il est entreprenant, jovial; c'est un homme heureux. Si l'écriture
monte d'une façon démesurée, le scripteur peut être présomptueux,
téméraire, mais ces défauts ne font de tort qu'à lui et encore un tort
purement spécial, car il vaut mieux quelquefois entreprendre trop et avoir, comme
on le dit vulgairement, les yeux plus grands que le ventre, que de rester sur
place, faute de confiance en soi et dans la destinée.
Les écritures tombantes donnent les
indications contraires: elles traduisent la tristesse, l'accablement, la peur
de faire trop ou de trop entreprendre. C'est ordinairement le signe de la
fatigue morale et physique. C'est une écriture malheureuse, car si l'on
escompte d'avance l'insuccès, on est déjà à mi-chemin pour
l'obtenir.
L'écriture horizontale, d'une parfaite
rectitude sur la ligne, est le signe de la rectitude des idées, de la raison
froide, de l'égalité d'humeur et aussi de la prudence, mais d'une prudence
active et non, comme dans le cas précédent, d'un scrupule qui touche au
découragement.
Si l'écriture est sinueuse,
c'est-à-dire si, sans s'écarter ou presque de la ligne horizontale, elle
a de très légères montées et descentes, c'est un indice de
souplesse dans les idées et le caractère. Il n'y a pas à faire
fond sur la sincérité de cette écriture mais, ce qui éloigne le scripteur de la
véritable perfidie, c'est la mobilité de son caractère. Le fond n'est
pas bon, mais il n'est pas dangereux. Si les écarts entre les montées et les
descentes sont plus sensibles, cela indique un certain déséquilibre nerveux. Le
scripteur est incapable de travail régulier et suivi. Il a de belles envolées,
rapidement suivies de profonds découragements. La plume, comme le cerveau, se
fatiguent vite.
Si l'écriture d'une seule courbe, monte au
début de la ligne et se rabaisse à la fin, elle est dite voûtée et
donne, avec plus de pondération, les pronostics de l'écriture précédente. Au
contraire, l'écriture descend-elle au début de la ligne pour remonter à
la fin ? Elle est dite « en cuvette » et donne les indications inverses. Le
scripteur, souvent par suite d'un état de fatigue physique ou de dépression
morale, est sujet au découragement, mais, sous l'impulsion d une idée ou d'un
sentiment (du devoir, par exemple), il reprend force, sinon courage, et
accomplit sa tâche quelles qu'en soient les difficultés, uniquement parce qu'il
faut la faire.
Inclinaison des lettres. — Si l'écriture est
excessivement penchée, dans le sens où elle est tracée, il y a
présomption d'impulsivité, de prédominance complète des sentiments sur
la pensée et la raison. Si, tout en étant moins penchée que la précédente,
l'écriture est tout de même inclinée, elle indique une sensitivité plus
ou moins tenue en bride par la volonté raisonnable, opposée au mouvement
passionnel.
L'écriture verticale, droite indique, au
contraire, la résistance aux passions et aux sensations: la tête dirige
le cœur et le tient fortement en bride. C'est un avantage, s'il
n'amène pas la sécheresse de sentiments et le manque de franchise et
d'imagination.
C'est ce que nous donne l'écriture renversée:
elle décèle l'absence de franchise, la dissimulation et même
l'habitude du mensonge, mais, comme toute atteinte à la Nature est
toujours punie de quelque manière, ce signe dénote très souvent
une exagération maladive, un début de folie des grandeurs qui n'est pas, comme
on le croirait, incompatible avec la méfiance,
Dimension de l'écriture. — Cette observation
est d'une psychologie très claire. Celui qui est orgueilleux est porté
à vouloir agrandir la place qu'il tient dans ce monde et son écriture qui
s'en ressent, tend à s'étaler, à prendre beaucoup plus de place
qu'il n'est nécessaire. Toutefois, il y a des nuances infinies dans cet
orgueil. Si l'écriture, quoique grande, est simple dans ses majuscules et ses
lettres à boucles, l'orgueil est personnel; il peut être puissant
sans être agressif. Mais si les lettres à boucles et les
majuscules sont ornées de fioritures plus ou moins extravagantes, l'orgueil ne
se contente pas de son propre suffrage, il tient à s'imposer aux autres
et devient franchement insupportable. La personne qui est affligée de cette
forme de caractère attire sur elle l'attention par toutes sortes de
procédés, même par un habillement bizarre. C'est à cette forme
d'esprit que nous devons les hommes à grands cheveux et à
cravates éclatantes, les femmes qui créent des modes excentriques pour se
différencier du commun des mortels. Cela n'empêche point le talent, mais
ne le prouve pas non plus. Il faut un réel mérite pour faire oublier cette pose
parfois déplacée.
Si l'écriture est plus haute que large et
sans traits inutiles, l'orgueil est une juste et naturelle fierté qui ne nuit
en rien à l'urbanité des manières et à la facilité des
rapports sociaux. Mais si la hauteur est disproportionnée, sans arriver
à l'extravagance des écritures fleuries, le scripteur n'est pas éloigné
de ces outrances de manières, de ces recherches de costumes ou
d'attitudes qui nuisent à bien des artistes dans l'esprit du public.
Cependant, il est difficile, à celui qui se sent une valeur au-dessus de
la moyenne, de se laisser confondre avec lé public; d'autre part, les grandes
envolées du génie s'unissent facilement avec ces grandes lettres. Il y à
là une mesure à chercher et des éléments dont il faut tenir
compte.
Les écritures menues sont généralement
celles des êtres doués de finesse, de ruse, et d'une certaine minutie,
pointilleux même. Il ne faut cependant pas prendre à la lettre
cette indication, car il y a parmi les hommes d'un talent et même d'un
génie reconnus des écritures minuscules. Celles de Lamartine, de Verlaine, de
Th. Gautier, de Th. de Banville sont de celles-ci.
Forme de l'écriture. — L'écriture ronde est
généralement signe de la bonté ou du moins de la politesse, qui est la bonté
sociale; elle indique de la douceur, de la bienveillance, des manières
rondes et polies.
L'écriture anguleuse, aux jambages pointus,
c'est le signe de l'énergie et même des instincts dominateurs. Il y a
mille nuances dans ces deux formes d'écriture qui indiquent la souplesse plus
ou moins grande, la bonté ou l’autorité accentuées plus ou moins selon le cas.
Assemblage des lettres et des mots, liaison
des lettres. — Si les lettres sont juxtaposées, c'est-à-dire si elles se
suivent sans que la plume ait tracé un lien entre chacune d'elles, c'est le
graphisme d'une personne très douée intuitivement. Telle est l'écriture
des poètes, des inventeurs, des utopistes qui cherchent un
système nouveau de rénovation sociale par des procédés plus ou moins
bizarres; c'est celle des rêveurs de toute catégorie.
Si les lettres sont liées, si la plume a
tracé tout le mot sans se relever, l'intuition est remplacée par la déduction.
Ici, l'inspiration est faible ou inexistante, mais l'observation peut y
suppléer surtout dans les arts ou les sciences où le génie n'est pas
absolument nécessaire. L'écriture juxtaposée est celle des poètes;
l'écriture liée est celle des scientifiques. Si l’esprit est porté aux affaires
publiques, surtout à un point de vue utilitaire, il arrive que plusieurs
mots sont liés ensemble. On en voit un exemple dans l'écriture du cardinal de
Mazarin. L'enchaînement des lettres et des mots est l'indice de l'enchaînement
des idées. Aussi les hommes d'affaires remarquables ont-ils généralement une
écriture très liée.
La signature. — C'est encore un point d'une
grande importance. C'est elle qui donne une note générale sur le
caractère du scripteur. Celui qui écrit son propre nom affirme sa
personnalité et, dans cette pensée, il est porté à se révéler davantage.
Si la signature est sobre, elle indique une
personnalité affirmée, mais qui ne croît pas avoir besoin de paraître pour
exister. C'est aussi la signature des humbles et des simples qui mettent leur
nom sans chercher à attirer l'attention. C'est d'ailleurs le même
sentiment. Les uns croient que leur nom suffit pour retenir l'esprit et le
regard; les autres pensent que le regard ni l'esprit n'ont rien à faire
avec eux.
La signature soulignée dénote de l'orgueil:
celui qui trace ainsi une forte barre au-dessous de son nom n'est pas fâché de
se souligner, de se mettre en valeur aux yeux du public.
Si la signature est soulignée en bas et en
haut, formant de la sorte une espèce de cadre, l'orgueil est dominateur,
il tend à s'imposer aux autres, à faire prévaloir sa personnalité
et ses opinions.
La signature compliquée indique un caractère
retors et processif si elle est mêlée de deux sortes de traits: les uns
horizontaux et bouclés en lacs d'amour et les autres verticaux et barrant ceux
qui ont été précédemment tracés, c'est la signature appelée « en toile
d'araignée ». C'est celle des grands diplomates ou des escrocs.
La lettre t. — Bien qu'il soit nécessaire,
pour aboutir à une étude réellement intéressante, de faire une
résultante, il est cependant des signes qui, considérés isolément, méritent une
attention spéciale par les indications très précises qu'ils nous
donnent. Telle est la lettre t que nous pouvons considérer comme l'image de la
volonté du scripteur. On comprend par là son importance.
Si le tracé du t est normal, mais que la
barre soit absente (n° 1, fig. 67) et même si la barre est très
légèrement tracée, c'est le signe d'une volonté faible et facilement
captée. Si la plupart des barres manquent dans l'ensemble de la pièce
à étudier, c'est que l'attention est faible ou distraite, ce qui est
toujours une infériorité.
Si la barre est tracée, mais mince et
légère (n° 2), la volonté est vive mais de courte durée. Plus la barre
sera jetée et légère, plus le scripteur aura de caprices et de vivacité
dans un désir changeant.
Si la barre légère est placée
au-dessus du t (n° 3), il y a grande vivacité, nombreux caprices, une grande
faiblesse sous des allures décidées. Les idées sont absolues, mais peu fixes:
c'est le signe de la volonté active, mais mal comprise et mal dirigée.
Si la barre est jetée négligemment et ne
garde pas sa rectitude (n° 4), la volonté existe, mais elle est ennemie de la
discussion. Le scripteur est conciliant.
La barre du t retournant sur elle-même
(n° 5) et formant boucle à gauche de la hampe indique la ténacité,
l'opiniâtreté que les obstacles ne découragent point. Plus la boucle est grande
et marquée, plus le scripteur a d'imagination et de vivacité.
La barre terminée par un crochet (n° 6) est
aussi un signe de ténacité, mais si la barre est légère, la volonté est
instable, à moins que ce ne soit le désir de se faire aimer et servir:
on harponne, on se cramponne. Si la boucle est ascendante, cette volonté est
active. Si la boucle est descendante, elle est passive; c'est, dit l'abbé
Michon, la ténacité dans la résistance.
Les barres de t pointues (n° 7) annoncent le
sens critique, un penchant à la raillerie, un esprit vif et mordant,
propre à jeter des « mots », des « pointes » qui peuvent blesser le
contradicteur. C'est aussi l'indice d'un esprit actif et entreprenant.
La barre ascendante (n° 8) et peu appuyée
indique l'esprit de contradiction, de chicane. Elle annonce aussi un
caractère vindicatif.
image
Fig. 67. — La lettre t manifeste la volonté
du scripteur
Ici, mille nuances. Du t non barré (absence
de volonté) jusqu'au t barré en forme de massue (volonté violente au
paroxysme), tous les sentiments s'expriment: volonté vive mais de courte dupée
(2), grande vivacité, nombreux caprices (3), volonté conciliante (4), ténacité,
opiniâtreté (5), ténacité instable et égoïste (6), sens critique,
raillerie (7), esprit de contradiction (8), étroitesse de jugement (9), esprit
agressif, entêté (10), entêtement exagéré (11), volonté concentrée
(12), opiniâtreté irraisonnée (13), absolutisme féroce (14), despotisme brutal
(15), volonté forte et lucide, puissante et opiniâtre (16 à 18).
Si elle est encore plus montante et plus
appuyée (n° 9), c'est le signe d'une autorité tracassière, mesquine et
tatillonne.
Lorsque la barre forme un angle aigu avec la
hampe (n° 10), l'esprit de contradiction est agressif et désagréable. C'est
l'entêtement, lequel n'est pas une preuve de bonne volonté.
Les barres de ce genre, quand elles sont
très longues (n°11), indiquent un entêtement encore plus prononcé.
La barre du t courte et appuyée, si elle est
horizontale (n°12), dénote une volonté forte, une énergie concentrée, une
fermeté calme. C'est aussi le gage d'un esprit clair, aux idées nettes, qui a
de l'ordre et du plan dans les idées, signe excellent pour le succès
dans la vie.
La barre courte, appuyée et descendante (n°
13) est le signe de la volonté qui ne cède pas, de l'opiniâtreté, mais
elle peut indiquer aussi que cette opiniâtreté est sans nuances et ne s'ouvre
pas à la raison.
La même barre, mais placée tout en
haut de la hampe (n° 14), donne les mêmes indices, mais sans discussion
possible, c'est l'entêtement des utopistes, l'absolutisme féroce, le
désir de s'imposer.
La barre forte, haut placée, même sans
contact avec la hampe (n° 15), surtout si elle est longue, est le signe de
l'audace, de la résolution, de l'absolutisme qui s'impose, de l'aptitude au
commandement. Le fait que cette barre est tracée en haut de la hampe implique
un despotisme d'autant plus grand que la barre est plus appuyée.
Les barres massuées (n°s 16, 17, 18), plus épaisses à la fin
qu'au commencement, sont le gage d'une forte et lucide activité. Plus cette
barre est longue, plus la volonté est tenace, puissante, opiniâtre.
Nous donnons pour exemple la signature de
Thomas A. Edison: le t du prénom, formidablement massue, indique une volonté
extraordinaire. La vie de l'illustre inventeur américain en est d'ailleurs un
exemple frappant. Edison a su déployer une volonté qui l'a fait supérieur
à tous les obstacles qu'il a rencontrés sur sa route.
Nous croyons utile, pour justifier la valeur
de ce signe graphique, de rappeler très brièvement quelles furent
les différentes étapes de la vie d'Edison.
Dès l'âge de 12 ans, il est «
traon-boy » sur le Grand-Trunk Railway où il vend des journaux, des
fruits, des légumes, des objets de toute sorte aux voyageurs. Il se spécialise
ensuite dans la vente des journaux et devient typographe, puis journaliste,
afin de « composer », dans tous les sens du mot, le journal qu'il vient de
fonder. Cet organe ne réussissant pas au gré de ses désirs, Edison change de
profession, devient télégraphiste et, dès cette époque, se fait
remarquer de ses chefs par son ingéniosité. Il rend à son administration
des services exceptionnels par la création de dispositifs électriques tout
nouveaux. Mais la liberté lui manque pour se livrer aux recherches que lui
suggère son esprit inventif. Il s'y adonne complètement, aussitôt
que cela lui est possible et commence sa triomphale carrière. Il
perfectionne le télégraphe, le téléphone, crée le microphone, invente le
phonographe, la lampe à incandescence électrique, perfectionne le
cinématographe. Son nom est attaché à la plupart des découvertes
scientifiques modernes.
Son activité est d'une telle intensité
qu'elle passe pour quasi miraculeuse, même dans son pays où
l'activité est de rigueur pour tout le monde. Mais, quels que soient les dons
du grand inventeur, il a surtout donné l'exemple d'un travail opiniâtre. Il dit
plaisamment que, dans les heureuses trouvailles par lesquelles il a apporté
tant de choses utiles au perfectionnement de la vie moderne « il y a 1 0/0
d'inspiration et 99 0/0 de transpiration », formulant ainsi que nous ne devons
pas compter seulement sur notre intuition et sur nos dons naturels, mais que
nous devons les mettre en valeur par un travail acharné, un travail en rapport
avec la grandeur du but que nous nous serons assigné.
image
Fig. 68. — Signature d'Edison
Tout l'homme s'abrite sous la barre
formidable du t du prénom Thomas. Cette barre, tout à fait typique,
montre bien cette volonté d'acier qu'a su déployer le célèbre inventeur
américain au cours de sa vie. Parti, dès l'âge de 12 ans, comme vendeur
de journaux, il est arrivé par son seul mérite à la gloire et à
la fortune.
Voici un fait qui nous fera connaître quelle
volonté Edison eut occasion de déployer dans certains moments difficiles:
Un jour, Edison avait à fournir dans
un temps donné un nombre considérable d'appareils. Faute de livrer en temps
utile, le marché était annulé et c'était une grande perte pour l'inventeur. Il
se mit au travail avec ses collaborateurs et tous travaillèrent sans
défaillance pendant 60 heures consécutives, s'accordant à peine le temps
de prendre la nourriture nécessaire à un effort si prolongé. Edison ne
prit pas plus de repos qu'il n'en permettait aux autres. C'était une tâche
formidable, mais au bout de 60 heures, les appareils étaient livrés et
fonctionnaient.
Au moment où il cherchait des
dispositifs nouveaux pour rendre son phonographe plus sensible, Edison passa
cinq jours et cinq nuits de suite, au travail pour perfectionner le cylindre de
cire et réalisa l'invention comme il l'avait primitivement conçue. On voit que
la barre de t, signe de sa véhémente énergie, n'est pas un indice trompeur.
Points, accents et ponctuation. — Ces signes
sont également de la plus grande importance. Les points sur les i sont le signe
de l'attention et des facultés qui en dérivent: prévoyance, observation, etc.
On dit, d'ailleurs, communément « mettre les points sur les i » pour faire
comprendre que l'on donne à son discours toute la précision nécessaire
à son entière compréhension et à son absolue netteté.
L'absence de points est donc une marque d’inattention, d'étourderie.
Si les points sont légers, ils dénotent de
la timidité, de la sensibilité, une volonté faible. Les points appuyés sont, au
contraire, un indice certain d'énergie. S’ils sont pâteux, le scripteur est
sensuel et gourmand, en tout cas c'est le signe d'une prédominance de la
matière sur l'esprit. Les points en forme d'accents, plus ou moins
contournés et bizarres, annoncent une originalité qui n'est pas toujours du
meilleur aloi. Il y a présomption de manies et de ridicules, d'excentricité
voulue.
Si le point est placé très haut et
très séparé de la lettre, il montre un caractère rêveur, un
esprit nuageux, porté au mysticisme. S'il est situé bas, au ras de la lettre,
il indique un esprit précis, mais sans idéalité et qui ne voit rien au-dessus
des réalités matérielles de l'existence.
Les accents bien mis à leur place et
d'une forme régulière, surtout s’ils sont petits, indiquent de l'ordre,
de la méthode, un esprit qui cherche en tout le plan, qui est conscient de son
but. Si les accents sont grands, peu appuyés, comme jetés au-dessus des
lettres, ils annoncent la vivacité de l'imagination, une inspiration poétique.
S'ils sont contournés et bizarres, ils indiquent un désir d'ostentation, de
singularité qui n'est pas toujours agréable pour l'entourage.
Il en est de même, et plus encore,
pour la ponctuation. Nous disons plus encore parce que la ponctuation est
essentielle pour la clarté et la bonne disposition de la phrase. Donc, si elle
manque, c'est que le scripteur est inattentif ou que, se comprenant, il se
soucie peu de ceux qui le liront et ne leur accorde pas cette facilité
d'éclaircissement qui vient des points, des virgules placés en leur lieu. Si,
au contraire, les points et les virgules sont exactement à leur place,
c'est signe d'ordre, de méthode. Les phrases incidentes, pour plus de clarté,
sont-elles isolées du reste de la phrase par de petits traits ? C'est signe que
le scripteur, s'il ne veut pas tromper le monde, ne veut pas davantage
être dupé par lui. Ce n'est pas méfiance absolument, mais désir de
précision et d'une attention très éveillée. Ce signe est très
important, car il contredit très souvent, dé prime abord, des indices
tirés d'autres points de l'écriture et impose la nécessité de faire une balance
entre ces pronostics contraires.
Résultantes. — Nous donnons quelques
résultantes pour faire comprendre le mécanisme de cette opération qui peut
rendre les plus grands services en nous dévoilant le caractère des
personnes avec qui nous sommes en affaires ou en relations.
1°. — t non barré, absence de volonté;
écriture arrondie, caresse; écriture fortement inclinée, impulsivité excessive,
abandon à toutes les passions, désordre moral; absence des points et
accents, désordre.
Nous sommes en présence d'une personne
paresseuse et qui cédera facilement à toutes les tentations. Si nous
avons à la mener, elle ne sera pas indocile, pourvu que nous sachions la
prendre par ses faibles; mais, si nous avons besoin de nous appuyer sur cette
personne, autant vaut rompre tout de suite.
2°. — t faiblement barrés, volonté faible;
grands mouvements de plume, imagination vive.
Résultante, sauf éléments contradictoires:
poltronnerie, parce que la poltronnerie vient de la disproportion des
imaginations terrifiantes et de la volonté qui ne sait pas leur résister.
3°. — Barres des t courtes et fines, volonté
faible; courtes et fortes, énergie, concentration de volonté.
Si les barres ont toujours la même
forme, même faibles, elles indiquent au moins la persévérance. Si elles
sont fortes, la volonté est constante et tenace. Si, au contraire, les t sont
barrés de plusieurs manières au cours du même document, la volonté
est inégale; elle admet à la fois le caprice et le despotisme. On ne
peut compter sur elle que par à coups.
Les gestes — et l'écriture, ne l'oublions
pas, est le résultat d'une série de gestes — sont en rapport avec nos états
d'âme et de santé. Si notre pensée est affolée, nos gestes, notre écriture sont
agités. Venons-nous à récupérer notre calme, aussitôt notre écriture,
comme nos gestes, redeviennent plus mesurés. La pensée donc, se manifeste,
s'extériorise par nos gestes, mais, inversement, comme on le verra dans notre
chapitre relatif à l'isolement, nos pensées et nos mouvements réagissent
si bien les uns sur les autres que nous pouvons imposer le plus grand calme
à notre esprit en arrêtant le travail de nos muscles.
Vous êtes en présence d'un homme en
colère. Il frappe du poing, pousse de grands cris, fait de grands
gestes. Il vous suffit, si vous conservez tout votre sang-froid, de lui
ordonner, d'un ton autoritaire mais calme, de cesser tout ce vacarme et de
s'exprimer raisonnablement pour qu il s'arrête bientôt de gesticuler et
que, progressivement, la détente musculaire se transpose en calme dans son
esprit. C'est en connaissant cette répercussion du travail physique sur
l'idéation que, lorsque vous apprendrez à vous isoler,
c'est-à-dire à mettre votre cerveau dans un état de calme, de
repos, vous commencerez à pratiquer la détente musculaire. Cette détente
physique amènera automatiquement le calme mental. Vous en verrez
l'utilité après le travail dans la vie courante, pour amener ou suppléer
le sommeil.
A ce moment, il s'agira d'imposer silence
à tous les mouvements de vos muscles. Mais nous n'en sommes pas
là pour l'instant. Nous devons nous contenter, d'abord, de diriger les
mouvements de notre plume et d'en tirer un bénéfice cérébral. La tâche est bien
moindre, mais elle peut être longue et elle est difficile pour quelques
uns. M. Varinard a préconisé la graphothérapie, ou cure de certains troubles
maladifs par le contrôle volontaire de notre écriture. Il est certain que cette
surveillance attentive de nos gestes peut nous être grandement utile. Les
nerveux, nous l'avons vu, ont une écriture agitée, saccadée. S’ils voulaient,
ou pouvaient modifier leur graphisme, leur état en serait certainement modifié,
au moins dans une large mesure. Certes, les lésions des centres nerveux ne
disparaîtraient pas pour cela, comme par enchantement — les cures ne sont pas
si faciles à faire, — mais bien des incommodités psychophysiques qui
résultent de ces troubles et qui les aggravent, comme une impressionnabilité
excessive, des idées noires auxquelles se comptait le malade et qui ajoutent
à son état, tout cela pourrait disparaître, et ce serait un grand
bienfait.
Nous avons tous, dans la rue, rencontré des
ataxiques. Ces malades ne sont pas maîtres de leurs membres inférieurs. Ils
marchent avec grande difficulté; ils lancent le pied en avant et ne le posent
qu'ensuite sur le sol, car ils ont perdu la faculté d'apprécier la distance.
Des médecins ont innové une méthode qui a donné des résultats intéressants
à cet égard: ils font, à terre, la marque des pas et suggèrent
au malade de diriger son attention afin de poser les pieds successivement sur
chacun des tracés. Ils doivent s'y efforcer avec toute l'assurance possible.
Et de fait, on a constaté, à la suite
d'un traitement persévérant, des améliorations notables. Etant donné que,
même en face d'une lésion médullaire aussi grave, on a pu commander aux
membres inférieurs, il est bien certain qu'il nous est possible, en état de
santé, d'imposer le calme aux mouvements de notre main.
image
Fig. 69. — La rééducation motrice de
l'ataxique.
Lorsque la lésion est nettement marquée, le
malade manifeste un défaut de coordination des mouvements volontaires. Il ne
peut marcher que difficilement. N'appréciant plus la distance, il lance les
pieds de côté et d'autre, le plus souvent en avant. Si, traçant à terre
la place des pas, on exerce sur l'ataxique une emprise psychique bien comprise,
le malade revient progressivement à une marche plus régulière.
Certes, en thérapeutique, on ne peut
généraliser cette méthode, car le grand nerveux, l'agité est incapable de faire
des efforts suivis; il s'énerve, s'impatiente, se décourage et il faudrait
demeurer à poste fixe auprès de lui pour lui inculquer, par une
douce mais constante suggestion raisonnée, l'idée de maîtrise et de calme.
Toutefois, si ce procédé ne nous apparaît
pas comme le remède infaillible dans les névroses, il présente
néanmoins, à nos yeux, une très réelle importance pour augmenter
la concentration et la maîtrise de soi-même chez les personnes nerveuses,
impulsives, impressionnables. Nous voyons la possibilité d'adjoindre à
l'acte d'écrire une auto suggestion très puissante. C'est donc dans ce
but que nous attirons l'attention de nos élèves sur cette méthode,
secondaire certes, mais qui donne cependant des résultats fort appréciables.
Est-il besoin de croire à la réalité de la graphologie pour que cette
méthode porte ses fruits ? Nullement. II suffit tout simplement de s'observer
en écrivant.
Notre méthode d'auto suggestion graphique
n'a qu'un but: augmenter l'attention. Elle crée une auto suggestion puissante,
du fait de sa fréquente répétition. Sans cesse, elle oblige l'esprit à
une orientation de pensée qui amène la formation du « pli psychique »
d'où dérivera la modification désirée. Cette modification porte tout
d’abord, nous y insistons, sur l'attention, car c'est la faculté primordiale,
celle qui commande à tous les phénomènes supérieurs de l'esprit:
jugement, mémoire, raisonnement, volonté.
Sur quoi devez-vous fixer votre attention ?
Tout simplement, chaque fois que vous tiendrez la plume, vous vous efforcerez
de donner à votre écriture les signes des facultés qui vous manquent et
dont nous avons déjà parlé, c'est-à-dire ceux de l'ordre, de la
clarté, de la volonté. Avec un peu de bonne volonté et de persévérance, cela
est facile.
Quels sont ces signes ? Nous les rappelons
ici brièvement:
Ordonnance. — Prenez l'habitude de bien
disposer votre écrit: que la marge soit régulière, les lignes bien
nettes, plutôt légèrement ascendantes qu'avec tendance à baisser;
que votre page soit propre, avec le moins de ratures possible. Même au
point de vue extérieur, vous y gagnerez; car rien n'indispose plus le lecteur
que le déchiffrage d’une page sale et d'un graphisme en désordre.
Intensité. — Puisque vous cherchez le calme
et la maîtrise de vous-même, bannissez de vos manifestations graphiques
les signes de l'emportement, de l'impulsivité; cherchez à donner
à votre écriture les marques du calme, formez complètement vos
lettres et faites un effort de volonté pour qu'elles soient égales et sans
heurts. Si vous êtes un grand nerveux, vous aurez beaucoup à
faire, vous devrez exercer sur vous-même une surveillance de tous les
instants, mais, avec un travail patient et continu, vous pouvez être
certaine d'arriver à des résultats utiles.
Direction. — La direction des lignes doit
être légèrement ascendante et vous inspirer la pensée de lutter
contre le découragement.
Dimension. — Au cours de votre écrit,
n'exagérez pas la hauteur de vos lettres, particulièrement des
majuscules, ce qui est un signe d'orgueil démesuré, toujours funeste à
votre développement.
Points, accents, ponctuation. — C'est avec
grand profit que vous vous accoutumerez à les mettre
complètement, surtout si vous arrivez à les placer, non en vous
relisant, mais au courant de l'écriture. Il n'est guère de meilleur
exercice pour développer l'attention et mettre dans l'esprit plus d'ordre et
plus de clarté.
La lettre t. — Surtout, n'oubliez pas que le
t est un signe important: c'est la marque de la volonté. Tracer cette lettre comme
elle doit l'être est pour beaucoup un exercice qui demande de véritables
efforts, une surveillance constante. Appliquez-vous à barrer tous vos t
d'une petite barre bien droite et légèrement appuyée. Si les barres sont
trop écrasées, c'est le signe peu sympathique de la brutalité, de
l'emportement; si elles sont minces et trop faibles, c'est l'indice d'une
petite volonté. Vous devez éviter l'un et l'autre de ces écueils.
En somme, cherchez à acquérir les
signes qui, dans notre exposé, représentent des qualités qui vous manquent ou
que vous estimez devoir vous êtes profitables. Si vous trouvez que c'est
tout d'abord un travail trop considérable pour le temps ou les forces dont vous
disposez, commencez par la lettre t seulement, et, une fois qu'elle sera modifiée,
passez aux accents, à la ponctuation, ensuite à la hauteur des
lettres, à la direction des lignes. En allant progressivement vous
pouvez être certain d'obtenir un résultat. Le tout est de persévérer.
Bien des gens, à première
lecture, imagineront que ce procédé ne peut donner de grands résultats. Qu'en
savent-ils ? On ne peut être certain de l'assertion que l'on formule
qu'après un essai suffisant. Notre expérience nous permet d'affirmer que
celui qui essaiera de mettre en pratique cette méthode si simple sera étonné
des résultats. La raison en est aussi claire que facile à déduire. En
tendant continuellement votre volonté vers le but que vous vous êtes
imposé, par quelque procédé que ce soit — et celui-ci a fait ses preuves — vous
créez en votre esprit ce « pli psychique » dont nous vous avons parlé, vous
prenez l'habitude de savoir regarder, vous développez votre attention. Et,
bientôt, avec un effort continu, mais peu fatigant et nullement coûteux,
vous vous trouvez en possession de qualités supérieures qui vous seront plus
utiles que vous ne l'avez imaginé.
Résumé
L'observation nous montre qu'il existe une
corrélation étroite entre notre personne physique et notre activité psychique.
Exemple: la peur donne des jambes. Sommes-nous en colère ? Nous
gesticulons, nous tendons le poing, nous frappons même. Nos états d'âme
se manifestent dans nos attitudes, dans l'intonation de notre voix, dans notre
démarche, dans notre poignée de mains, dans tous nos gestes. Et notre écriture
même — qui est, matériellement le résultat d'une succession de gestes, —
exprime, à notre insu, nos tendances, nos aptitudes, nos pensées, nos
sentiments les plus secrets.
S'il est d'observation courante que les
caractéristiques essentielles de notre personnalité se révèlent dans
notre activité musculaire, il est non moins certain qu'inversement toute
modification apportée à cette activité musculaire réagit sur notre état
psychique. Ainsi, devant le coléreux qui frappe du poing, restez calme, bien
maître de vous, conservez une parole douce et voici bientôt l'impulsion, l'élan
irraisonné de cet emporté qui se brise. Le secret de la domination sur ceux qui
nous entourent ou nous approchent est dans le calme que nous savons nous
imposer. Efforcez-vous donc d'éduquer vos gestes, d'être de plus en plus
calme. Pensez-y en accomplissant les moindres actes.
Votre graphisme vous offre un moyen
d'entretenir cette auto suggestion. Chaque jour supprimez de votre écriture
tous les signes qui traduisent une volonté insuffisante; ajoutez-y ceux qui
dénotent de l'attention, du jugement, de l'association dans les idées, une
élévation d'esprit, les grandes qualités du cœur. Atténuez les mauvais
signes qui rôdent autour de vous comme des oiseaux de mauvais augure, mais
précisez, ajoutez sans vous lasser les caractéristiques qui feront de vous un
être sain, doué des hauts pouvoirs psychiques. La possession de ces
pouvoirs vous donnera tout d'abord une notion plus nette de vos devoirs envers
vous-même, puis elle vous permettra de semer autour de vous les plus
belles pensées que vous ferez épanouir avec ces couleurs riantes qui enchantent
le Cœur et ravissent l'Esprit.
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