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Cours de magnétisme personnel

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L'EXERCICE PHYSIQUE

« Le foyer où la vie s'entretient est assez robuste. C'est votre corps. Il résiste à l'usure et peut conserver pendant plus de cent ans un peu bien entretenu. N'ayez donc nulle crainte que des flammes trop vives le consument. Veillez, au contraire, à ce que la combustion s'y fasse ardente, régulière et constante. C'est par la pratique rationnelle de l'exercice physique que vous y parviendrez. On ne meurt pas d'usure, mais d'encombrement. »

Docteur Ruffier. — Soyons forts !

« L'activité est la loi de la vie. Quand cette activité n'est pas la conséquence de notre manière de vivre ou de notre genre de vie, nous devons la remplacer artificiellement par l'exercice musculaire.»

G. Hébert. — L'éducation physique raisonnée.

« C'est la volonté de vaincre qui donne les victoires; or ce qui est vrai pour les grandes luttes qui font retentir le monde, l'est également pour les luttes obscures et cachées de chaque vie particulière. »

Henri Perreyve.

« Ce après quoi nous soupirons, ce qu'il nous faut, c'est une race de robustes esprits qui respirent le grand air du monde, qui connaissent les hommes et toutes leurs espèces, qui se fraient leur chemin au milieu du tumulte avec une parfaite possession de soi, une sage intégrité, avec calme et pourtant avec le regard vif de l'intérêt et le pouls rapide et bien battu de la force. »

Woodrow Wilson. — Etre humain.

L'EXERCICE PHYSIQUE

Nécessité de l'exercice physique pour le bon fonctionnement de la machine humaine. L'exercice est utile à tous les travailleurs. Les méfaits de l'athlétisme — L'hypertrophie musculaire et ses dangers. — Pour répondre à son but, notre exercice doit être mesuré. — Méfions-nous des exercices violents. — Ce qu'il faut acquérir: une musculature puissante, l'harmonie des lignes, la souplesse des mouvements. — Le type humain idéal: ses proportions, son poids. — La gymnastique rationnelle et ses caractéristiques essentielles. — La méthode suédoise de chambre. — Notre méthode personnelle. En quoi elle diffère des autres. Ses caractéristiques : l'exercice doit être doux, exécuté sans appareil; il doit s'accomplir selon un rythme régulier, il doit fixer notre attention; il doit être à la portée de tous. — Notre leçon type de gymnastique respiratoire. — Résultats physiques et psychiques. — Détail de nos 15 exercices d'entraînement. — Frictions du corps avec la serviette. — Effleurage manuel des membres et du ventre. — Dix minutes matin et soir pour obtenir la santé et le bonheur. — Tableau récapitulatif de nos 15 exercices de gymnastique respiratoire. — Le retour progressif vers la santé. — Les sports. — Le travail musculaire est une nécessité pour notre corps. — Comment se guérir soi-même des varices, des stases veineuses. — Les sources inépuisables de vitalité qui sont à notre portée. L'air — La lumière. — Le soleil. — L'eau. — Combattons notre tempérament qui est un état pathologique fixé. — Difficultés que rencontre chaque personne dans son retour à la normale. Les crises de retour. — Résumé.

Pour assurer le parfait fonctionnement de l'usine humaine, il ne suffit pas de nous alimenter modérément et sainement, de respirer largement et avec régularité. Il faut encore que nos muscles soient puissants, que notre corps soit souple. L'exercice nous est donc aussi utile que l'alimentation et la respiration.

Bien compris, les exercices physiques nous donnent une assurance qui vient d'une santé parfaite et de la certitude où nous sommes de ne jamais faire un mouvement qui ait l'air gauche ou emprunté. C'est, dans la vie, une force beaucoup plus grande qu'on ne pense. En outre, certains exercices, choisis avec discernement et pratiqués sans excès, stimulent nos fonctions digestives, développent notre respiration, régularisent nos mouvements cardiaques, calment notre système nerveux, activent nos éliminations.

Le Docteur Ruffier a très bien montré la nécessité où nous sommes de prendre de l'exercice.

« Lorsqu'on s'abandonne à la paresse physique, dit-il, c'est-à-dire lorsqu'on réduit au plus petit débit possible le fonctionnement de l'appareil musculaire, l'organisme subit nécessairement une déchéance progressive qui se traduit de trois façons différentes, suivant le tempérament et les conditions d'existence.

« C'est l'obésité ridicule, gênante et dangereuse qui atteint les individus à tempérament floride et à bon estomac.

« C'est l'émaciation qui offre en proie à la tuberculose ceux auxquels leur faiblesse constitutionnelle ne permet même pas d'assimiler la graisse, ce tissu morbide de qualité inférieure.

« Enfin, c'est l’auto intoxication, l'arthritisme douloureux, la neurasthénie déprimante pour les gens qui pourvus d'un organisme de valeur moyenne, demandent au travail cérébral d'assumer toute la régularisation de leurs échanges nutritifs. » (Docteur Ruffier.  Soyons fort! 3e édit., Paris, s. d., p. 13. )

D'autre part, le Docteur Francis Heckel déclare:

« Notre paresse physique nous entraîne à l'atrophie musculaire, aux troubles circulatoires, et, associée à la suralimentation, à l'artériosclérose. Le danger de la sédentarité est pis encore, car tout sédentaire devient, malgré sa sobriété, un suralimenté. La ration alimentaire doit baisser proportionnellement à l'inaction physique. L'homme assis 10 heures sur 24, couché 9 heures, debout le reste du temps par intervalles courts, c'est le type courant du citadin moderne. Les quelques instants de marche ou de station verticale active de sa journée sont les seuls moments où il soulage son cœur et aide son action circulatoire. Cette activité passagère constitue donc son véritable repos organique. C'est de cette façon qu'il faut entendre que rien n'est plus usant pour l'organisme que le repos musculaire.

« Mais plus encore, on peut affirmer que tout sédentaire devient rapidement un cardiaque fonctionnel et plus tard un cardio-vasculaire lésionnel... On peut être cardiaque sans avoir de lésion du cœur ou des vaisseaux. » (  Docteur Francis Heckel. — Culture physique, Paris, 1913, p. 38. ).

On voit combien le repos exagéré peut être grave pour notre organisme.

L'exercice est utile à tous. Il est indispensable aux travailleurs de l'esprit: instituteurs, littérateurs, savants; aux employés: vendeurs, caissiers, bureaucrates à quelque titre que ce soit; aux ouvriers dont le travail musculaire est peu actif (ceux qui surveillent des machines, par exemple); à tous ceux qui, à un titre quelconque, restent des heures assis, qu'ils soient assis au grand air comme les cochers et les chauffeurs, ou assis devant une table, un bureau, une machine; à tous ceux qui travaillent dans un air plus ou moins pur. Tous ont besoin d'exercice, d'un exercice rationnel qui fasse jouer l'ensemble de leurs muscles, qui active leurs fonctions et les mette à l'abri de ces auto-intoxications qui prédisposent aux plus graves maladies.

L'exercice vous est donc de toute utilité. Cependant, chercher à obtenir des muscles durs comme l'acier, viser à ressembler aux athlètes de foire, ce serait aller contre les lois de la nature.

De même que vous devez vous alimenter et respirer avec une sage mesure, de même les exercices physiques, auxquels vous allez vous accoutumer, doivent répondre à un but précis, II ne s'agit point d'éblouir la foule par des exploits de force, d'attirer les regards par une musculature débordante. Non pas ! Votre but est tout autre. Votre objectif, c'est assurer à tous vos organes un parfait fonctionnement, c'est acquérir une force, une agilité et une souplesse qui fassent de votre corps une machine bien au point, obéissant à votre volonté, sans résistance ni fatigue.

Certes, on a trop vanté l'athlétisme. C'est commettre une erreur, dans une société qui demande beaucoup plus à l'intelligence et à la volonté qu'à la force physique, d'être des Milon de Crotone.

D'ailleurs, l'athlète est un type anormal. Son développement musculaire excessif a dérivé son activité et s'il peut faire des efforts musculaires considérables, il est trop souvent incapable de lutter contre la maladie. Au point de vue psychique, les athlètes sont bien au-dessous de la normale.

Le Docteur Toulouse observe très judicieusement que la santé ne consiste point dans la force musculaire et que de véritables athlètes sont parfois sujets à des maladies plus fréquentes et plus graves que les autres hommes. « La santé, ajoute-t-il, ne consiste pas davantage à être gros et gras. »

Nous croyons utile d'insister sur les dangers que présente pour la machine humaine le développement excessif de nos muscles.

Le Docteur Heckel dit, de ces athlètes dont la foule admire les exploits: « Souvent ces prétendus athlètes se révéleront comme des malingres fonctionnels. S'ils sont capables de lever un haltère de 100 kilos, ils sont impuissants à courir un cent mètres dans un temps honorable. Ils risquent des accidents cardiaques s’ils veulent atteindre un tramway à la course et ne montent pas sans souffler un escalier de deux étages. Leur capacité de courir, de sauter, de nager, est réduite à rien, et ils sont bien inférieurs sur ce point à des hypotrophiques et à des pré-tuberculeux. Ils asphyxient au moindre effort répété, car cette énorme masse de muscles, aussitôt qu'elle est agitée de mouvements, dégage une telle quantité d'acide carbonique, qu'il lui faudrait un poumon deux fois plus grand que celui dont ils disposent pour dégager ce poison résiduel du travail musculaire. Leur cœur est incapable de faire l'effort nécessaire à lancer le sang en foulées vigoureuses à travers ces grosses masses qui se contractent. La dilatation cardiaque les guettent; bref, ils n'ont d’un athlète que la façade et sont en réalité des invalides. Leur résistance physique est donc petite ou nulle. Ils ont, de plus, la nécessité de nourrir à grands frais, par la viande et l'alcool, ces masses musculaires qui sont de plus en plus impuissantes à la contraction par la défaillance progressive de leur système nerveux. Aussi tombent-ils dans l'obésité et bientôt dans la cachexie des obèses, qui se mélange si souvent chez eux à la cachexie arthritique et à l'intoxication cérébrale dont leur imbécillité traditionnelle est une manifestation. La déchéance dont ils sont atteints s'inscrit en caractères bien lisibles pour le psychologue sur leur face abêtie dont le caractère bestial est d'autant plus frappant que les maxillaires se développent proportionnellement à leur fonctionnement intensif dans la mastication. Un regard voilé par l'abrutissement des paupières alourdies par l’œdème ou la graisse, des lèvres bleuâtres, des joues bouffies, un cou de taureau sillonné de cordons veineux distendus, tels sont les indices qui, pour le médecin, ne peuvent pas tromper, et permettent de classer ces malheureux hypertrophiés parmi les malades. Ce sont eux qui ont fait le plus de mal à la cause de l'athlétisme parce qu'ils ont répandu cette idée que l'athlète est un pauvre d'esprit et un mal portant. »

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Fig. 20. — Le faux athlète.

Ce faux athlète — type du lutteur de foire, du souleveur de poids — est un cas pathologique. Son hypertrophie musculaire dénote un état de déséquilibre grave. La dérivation de l'activité musculaire vers certaines régions du corps, en même temps qu'elle entraîne une modification morphologique, prive d'autres organes de force vitale. Et il n'est pas rare de voir de ces faux athlètes incapables d'accomplir une performance moyenne (la course, par exemple) en dehors de celle qui leur vaut les applaudissements du public. Au double point de vue psychique et mental, ces hypertrophiés sont presque toujours très au-dessous de la normale.

De son cote, Hébert déclare: « Quand le système musculaire travaille, il dépense de la matière vivante. Si son développement est poussé trop loin par un travail excessif eu des contractions exagérées, il peut arriver que les organes internes (poumons, cœur, appareil digestif) ne soient pas assez puissants pour fournir les matériaux nécessaires à la réparation. L’organisme est alors surmené et s'use prématurément.

« Pourquoi tant d'athlètes, ou soi-disant tels, meurent-il ? d'affections cardiaques, de phtisie, etc. ? Tout simplement parce que leur système musculaire est exagéré et non en rapport avec leur constitution organique. Ces hommes, parfaits peut-être extérieurement, ne le sont point du tout intérieurement. En forçant la nature, ils nuisent à leur organisme.

« Le développement musculaire a donc une limite qu'il ne faut pas dépasser sous peine de graves inconvénients pour la santé. Cette limite varie suivant les individus: elle dépend) essentiellement de leur constitution organique et de leur ossature ou charpente osseuse.

« Enfin, une autre raison qui fait qu'on ne doit pas rechercher un développement exagéré, c'est que la force musculaire ne dépend pas uniquement de la grosseur des muscles: elle dépend aussi de l'énergie individuelle et de l'excitation nerveuse communiquée aux muscles. « (  Georges Hébert, L'éducation physique raisonnée, 2e édit., Paris, s. d. p. 36. )

Les dangers ne sont pas moins graves lorsque la performance consiste à contracter violemment les muscles, à leur demander, dans un temps très court, un effort toujours plus grand.

« Ces inconvénients, dit le Docteur Heckel, sont la globulisation du muscle, qui se produit par tout procédé nécessitant dès le début d'une contraction, un effort complet et brusque, l'allongement du tendon aux dépens du corps musculaire, le raccourcissement de ce corps musculaire, l'ankylose en flexion ? des articulations, la diminution d'ouverture articulaire, la perte de la vitesse et de la détente, la fatigue nerveuse si les exercices avec poids sont répétés souvent, longtemps et avec une certaine vitesse, la sudation surabondante, le retentissement sur le cœur du surmenage physique, la dilatation cardiaque par stase veineuse, la tendance aux congestions de l'appareil respiratoire et cérébro-spinal; enfin la transformation lente et régulière du pratiquant en cet athlète hypertrophié et malade qui avait fait créer aux Antiques le terme de diathèse athlétique ou cachexie athlétique. »

L'excès de travail musculaire est la cause de toutes les crampes professionnelles, crampes des écrivains, des pianistes, des violonistes... L'entraînement volontaire excessif amène au même but.

« En faisant un abus exclusif de fortes flexions de l'avant-bras sur le bras (tractions, soulèvements de poids, haltères), dit Hébert, le biceps prend et conserve même au repos la forme d'une boule; de plus l'avant-bras reste légèrement fléchi sans pouvoir s'étendre naturellement. »

Le travail musculaire exagéré nous intoxique en jetant dans le torrent circulatoire une surabondance de cellules usées, une surcharge de produits de combustion. Ces déchets et ces toxiques ne pouvant être éliminés que lentement, courbaturent nos muscles, troublent nos urines.

« L'exercice abusif est très périlleux pour la fibre musculaire, dit le Docteur Monin; si l'inaction l'atrophie, l'excès de travail la mène également au même résultat, produit d'une combustion trop rapide. C'est donc une ligure de rhétorique, fort Juste, que celle employée par les entraîneurs, lorsqu'ils disent d'un cheval poussé trop loin: il a été flambé. »

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Fig. 21. — Hypertrophie musculaire par abus des exercices physiques violents,

Autant l'exercice doux et mesuré est d'une nécessité primordiale pour assurer le jeu normal de toutes nos fonctions, autant l'athlétisme mal compris est un danger. L'excès de poids lourds, de boxe, de lutte, de tous les sports violents amène une déformation du muscle très préjudiciable à la santé. En tout, sachons garder la bonne mesure.

Vous devez donc prendre de l'exercice, mais vous garder de tout excès. L'excès d'efforts musculaires courbature et durcit vos muscles; il vous intoxique, d'où une sudation excessive et des urines troubles; il perturbe le jeu de vos poumons, affole votre rythme cardiaque, épuise votre système nerveux. Si la tension musculaire est poussée à l'extrême, à l'essoufflement intense, à la pâleur du visage peuvent succéder l'asphyxie, la syncope et même la mort. Ce fut le cas du coureur de Marathon qui mourut aux portes d'Athènes en y apportant la nouvelle de la victoire. A prendre un exemple moins célèbre, c'est le fait du gibier forcé qui meurt par simple lassitude sans avoir essuyé le feu du chasseur.

Dans le cas de travail musculaire excessif, il se produit, dans l'organisme, une quantité de déchets non prévue dans notre budget et qui ne savaient, par suite de leur surabondance, être éliminés régulièrement, au fur et à mesure de leur production. Ces déchets non éliminés demeurent forcément un certain temps dans l'organisme, s'y amassent, y causent un état maladif, inflammatoire, dont les causes ne sont pas difficiles à définir. C'est pourquoi il est imprudent de poursuivre un exercice quelconque jusqu’à la courbature.

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Fig. 22. — Un mouvement dangereux pour l'articulation de l'épaule.

On voit de suite le travail excessif qu’impose à l'articulation de l'épaule la suspension aux anneaux. Le poids du corps amène une trop grande rotation de l'humérus (d'après Hébert).

En effet, qu'est-ce que la courbature ? C'est une sensation douloureuse de raidissement consécutive à la fatigue. Ceci, c'est ce que tout le monde sait. Ce qui est moins connu, c'est que ce raidissement est sensiblement le même que le raidissement cadavérique, dû à la même cause, une production plus ou moins abondante d'acide lactique dans les tissus. Cet acide lactique, en surcharge dans l'organisme, y produit un empoisonnement qui peut être rapide et mortel, comme dans le cas du héros de Marathon.

Si nos muscles sont faits pour un certain travail qu'on ne saurait dépasser sans danger, nos articulations ont un jeu qu'il ne faut pas exagérer. Or, certaines méthodes de culture physique décrivent des mouvements forcés, contre lesquels nous ne saurions trop mettre en garde nos élèves.

Ces mouvements anormaux s'adressent surtout à l'épaule. Ils se produisent dans certaines positions, principalement quand le gymnaste est suspendu aux anneaux, ou qu'il s'exerce aux barres parallèles.

Lorsque par une projection forcée des bras en arrière, le gymnaste est suspendu aux anneaux, le poids du corps produit un mouvement anormal de l'articulation de l'épaule. Cette articulation qui, normalement, ne devrait pas s'ouvrir au-delà de 40°, arrive à former un angle de 90% et souvent même, un angle plus grand. Il s'ensuit que l'articulation devient douloureuse et que le tiraillement imposé aux muscles pectoraux oblige la poitrine à s'aplatir.

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Fig. 23. — Autre position dangereuse pour la même articulation.

Quoique l'angle que forment les bras tendus avec le corps soit un peu moindre que dans la précédente position, la planche arrière n'en constitue pas moins un exercice violent qui impose à l'articulation de l'épaule un effort pour lequel elle n'est pas faite. (d'après Hébert).

La planche arrière aux anneaux amène le même surmenage de l'articulation, le même affaissement de la poitrine.

Pour les mêmes raisons, les exercices aux barres parallèles sont aussi à déconseiller. Lorsque le gymnaste a tout le poids du corps soutenu entre les deux barres parallèles par ses membres supérieurs fléchis, ses articulations de l'épaule subissent une distension trop grande et sa poitrine est gênée, paralysée dans son jeu par l'excessive projection des épaules en arrière.

Donc, méfiez-vous des exercices violents qui tendent à forcer le jeu normal des articulations.

Le but que vous devez viser, c'est d'assurer à votre organisme une musculature puissante, tout en conservant à votre corps l'harmonie de ses lignes et la souplesse de ses mouvements.

Voyez ces beautés antiques que nous a léguées l'antiquité: c'est le Gladiateur combattante l’Ephèbe d'Anticythère, le Discobole, Apollon.

Leurs muscles sont nettement marqués, quoique sans exagération; la ligne générale dénote une grande puissance, une aisance parfaite; tout est bien proportionné, symétrique.

Mais combien nos contemporains, gavés et sédentaires, se sont éloignés de ces types de beauté, de force, de santé, d'équilibre ! Voyez autour de vous, dans la rue, toutes ces démarches lourdes et pesantes, tous ces essoufflés, ces énervés, ces épuisés, ces malingres, ces dos courbés, ces ventres proéminents, ces cous boursouflés, ces faces congestionnées et tuméfiées, ces poitrines débordantes de graisse ! Et non moins laids sont ces amaigris à l'extrême, dont la silhouette squelettique et le visage aux reflets jaunâtres vous peinent et vous font penser, malgré vous, à des choses lugubres... à la mort... à l'ensevelissement... au cimetière... Et presque tous sont responsables de leur pléthore, de leur débordement maladif, de leur épuisement nerveux, de leur cachexie hideuse !

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Fig. 24. — Appui aux deux barres parallèles.

Même projection excessive des deux coudes en arrière. Mouvement anormal à déconseiller (d'après Hébert).

Ami lecteur, sache-le ! Tu dois respecter ton corps ! Tourne donc résolument tes pensées vers ces beautés antiques que le marbre nous a conservées. Veuille que ton corps soit plus puissant et plus souple, ton âme plus belle et plus généreuse ! Courage ! Tu vaincras.

II y a donc un type humain, un type de parfait équilibre.

Ses proportions et son poids, selon les âges, ont été étudiés avec soin, déterminés avec précision. Le tableau ci-joint, que nous empruntons à Hébert, nous le fait connaître pour l'homme adulte. Le cou, le biceps et le mollet chez l'homme adulte entièrement développé doivent toujours avoir la même dimension. Le tour de poitrine se prend à la partie la plus large, sous les muscles pectoraux, dans un plan bien horizontal et après une expiration profonde. La mesure de ce même tour, après une longue inspiration doit être augmenté de 5 à 8 centimètres environ. Le tour de taille se prend dans un plan horizontal passant par l'ombilic (nombril). Les autres dimensions-se prennent à l'endroit le plus développé.

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Fig. 24. — Un type de beauté antique.

Le gladiateur combattant.

On admet généralement que le poids de l'homme normal est égal, en kilos, au nombre de centimètres de sa hauteur totale dépassant le mètre. Ce poids s'entend lorsque l'homme est habillé: ainsi un homme de 1 m. 70 doit peser, vêtu, environ 70 kg. En déduisant le poids des vêtements, nous arrivons au poids de 63 à 66 kg donné par Hébert.

Pour la femme, les rapports entre la hauteur et le poids ont une légère différence. A taille égale, on admet qu'elle doit peser 1/8 à 1/10 de moins que l'homme. Ainsi une femme grande mesurant 1 m. 70 doit peser normalement 58 à 60 kg (alors que, pour cette taille, le poids de l'homme est de 63 à 66 kg). Il faut tenir compte aussi, dans les proportions, que, chez la femme, la largeur des épaules est plus grande que celle du bassin, alors que chez l'homme ces mesures sont sensiblement les mêmes.

Bien des méthodes ont été préconisées qui promettent à ceux qui les suivent de devenir des athlètes, des surhommes.

Hauteur de taille

Cou, biceps, mollet

Tour de poitrine après une expiration profonde

Tour de taille

Avant-bras

Cuisse

Poids

1 m 55

29 cm

83 à 86 cm

75 cm

23 cm

40 cm

48 à 50 kg

1 m 60

31

88 à 91 cm

77

25

45

52 à 54

1 m 70

36

1 m

82

29

56

63 à 66

1 m 75

39

1 m 05

85

31

61

70 à 74

1 m 80

42

1 m 10

87

33

66

79 à 84

Proportions que doit avoir l'homme parfaitement équilibré Tableau des mensurations de l'homme adulte (d'après Hébert)

Gardons-nous de ces excès et de ces mirages ! Toutefois, nous devons noter que des efforts, chaque jour plus nombreux, sont faits en faveur d'une gymnastique rationnelle. On abandonne de plus en plus l'emploi des agrès, des barres fixes, anneaux, trapèzes, etc.... dont on reconnaît les dangers.

En France, dès 1878, G. Demeny a cherché à donner une orientation nouvelle à l'éducation physique. Alors qu'autrefois on cherchait exclusivement à développer la force musculaire et principalement la force des bras, les enseignements de Demeny, qui se basent sur des principes anatomiques, tendent à quatre buts: beauté, santé, virilité, adresse.

Cette méthode a été reprise et développée par Hébert dont la leçon type d'entraînement complet comporte des exercices de marche, de course et de saut, des exercices à grimper, à lever et à lancer, ainsi que des exercices de défense naturelle; elle comporte, de plus, un bain d'air et des soins de la peau. La durée d'exécution de la leçon type peut varier de 30 à 90 minutes. Le programme de travail hebdomadaire doit comprendre de quatre à six séances d'une durée moyenne d'une heure, avec repos les autres jours.

Bien peu de personnes peuvent suivre cette méthode, car elle présente des difficultés qui, pour beaucoup, sont insurmontables. Elle demande beaucoup de temps. L'employé ou l'ouvrier qui travaillent du matin au soir, ou la mère qui doit surveiller ses enfants, ne peuvent quitter leur occupation, leur intérieur pour se rendre dans un stade et s'y astreindre à des exercices pénibles. Cette méthode, en effet, est assez violente; elle occasionne après chaque entraînement une lassitude générale; or, nous savons que toute fatigue, qu'elle soit musculaire ou cérébrale,traduit un état d'intoxication; se fatiguer, se surmener, se courbaturer comme ont trop tendance à le faire ceux qui s'adonnent à des exercices violents, c'est donc aller à l'encontre du but que nous poursuivons. En raison des efforts qu'elle demande, la méthode de Hébert doit être déconseillée à presque tous les malades; la leçon type d'entraînement, même réduite, est pour eux un supplice; ils ne peuvent s'y accoutumer.

D'ailleurs, cette méthode de plein air n'est pas indispensable. Nous dirons même qu'un exercice beaucoup plus doux, fait chez soi, devant la fenêtre largement ouverte, est de beaucoup préférable. La gymnastique de chambre, douée et mieux comprise, est faite sans aucun appareil. Elle s'adresse à tous: jeunes ou vieux, bien portants ou malades; tous peuvent en attendre les plus grands bienfaits.

Cette méthode d'exercices de chambre a été mise en vogue par Ling, un suédois. Elle a été préconisée par un grand nombre d'hygiénistes, et le danois Müller en est actuellement un de ses plus actifs propagandistes.

Alors que la durée d'exécution de la leçon type d'entraînement de Hébert est en moyenne d'une heure (elle peut aller de 30 à 90 minutes), les exercices préconisés par Müller ne demandent qu'un quart d'heure. Müller conseille de prendre, au milieu des exercices, une ablution et un bain, immédiatement suivis de frictions. La cure d'eau se fait dans un tub avec une pomme d'arrosoir ou une grosse éponge, puis on s'assied et se renverse dans le tub afin de mouiller tout le buste. A défaut de tub, on se frictionne le corps avec une serviette mouillée. La séance d'exercice se termine par un bain d'air. Les enseignements de Müller donnent, à qui les suit avec régularité, les plus heureux résultats; ils ne présentent aucun danger, aucun inconvénient.

Notre méthode s'inspire de la méthode suédoise. Cependant, elle est encore plus simple.

L'exercice physique doux et régulier, n'est pas seulement pour nous un moyen de développer et d'assouplir nos muscles, d'assurer le jeu parfait de nos organes, nous l'envisageons aussi comme un procédé permettant de développer notre attention, d'augmenter notre vouloir. Un corps sain, au service d'une âme forte, agissante, tel doit être notre idéal !

Les caractéristiques qui forment la base de notre méthode sont les suivantes:

1°. — L'exercice doit être doux.

Aucun mouvement de force, aucune contraction violenter et prolongée, aucun déplacement rapide des membres.

2°. — L'exercice doit être fait sans appareil.

Hébert dit très justement: « Tous les appareils, quels qu'ils soient, ne sont pas du tout indispensables ni même nécessaires. » Donc, pas d'haltères simples ou à ressorts, pas d'extenseur. Tout au plus, un simple bâton tenu dans les mains dans les exercices d'élévation parallèle des membres supérieurs pour maintenir leur écartement régulier. Mais le mieux est encore de conserver cet écartement par une attention soutenue

3°. — L'exercice doit être rythmé.

Il doit être fait avec le plus de régularité possible et chaque mouvement doit être exécuté pendant une période respiratoire.

4°. — L'exercice doit fixer notre attention.

C'est un des moyens qui permettent d'arriver à un meilleur contrôle de soi-même, de développer la volonté.

5°. — L'exercice doit être à la portée de chacun.

Tous, hommes et femmes, adultes et enfants, vieillards même, tous, malades ou bien portants, retirent de notre méthode les plus heureux résultats. Nerveux, sanguins, bilieux ou lymphatiques, tous la suivent avec succès. Chaque soir, avant de se mettre au lit, dix minutes d'exercices simples, doux, rythmés, assurent à notre organisme un meilleur fonctionnement.

Notre méthode comporte seulement 15 exercices. Nous nous sommes efforcé de les simplifier le plus possible, afin que chacun puisse les pratiquer sans peine. Vous devez les faire successivement, dans l'ordre indiqué, et sans marquer, entre eux, de temps d'arrêt appréciable.

Chaque exercice ne sera fait qu'une seule fois.

Sitôt ces 15 exercices exécutés, vous vous frictionnez vous-même tout le corps avec la main sèche ou avec une serviette également bien sèche. Exercices et frictions ne demandent que dix minutes.

Vous ferez ces exercices dans votre chambre, le soir, avant de vous mettre au lit, étant très faiblement vêtu, ou mieux encore complètement nu.

Vous vous efforcerez de garder durant toute la durée des exercices, le même rythme.

Chaque mouvement comporte deux temps: un temps d'aller et un temps de retour à la position de départ. Afin que les exercices soient parfaitement compris de nos élèves, nous avons fait dessiner tous les mouvements : chaque figure d'exercice comporte, en trait plein, la position du corps au départ et en ligne pointillée la position d'arrivée; lorsque nous l'avons jugé utile, nous avons ajouté une flèche pour bien faire comprendre la ligne générale du mouvement.

Votre respiration fera l'objet de toute votre attention. Elle sera ample, très régulière et rythmée avec les deux temps de chaque exercice: vous inspirerez l'air pendant le premier temps et vous l'expirerez au cours du second temps. Inspiration et expiration devront avoir sensiblement la même durée. Vous ne devrez pas faire d'efforts pour garder le souffle dans vos poumons: lorsque votre poitrine sera dilatée à son maximum, vous détendrez vos muscles inspirateurs et aussitôt votre poitrine et votre ventre s'affaisseront de leur propre poids. Dès que vos poumons seront vides d'air, et sans marquer de temps d'arrêt appréciable, vous les remplirez à nouveau lentement.

Vous devez chercher à respirer un air aussi pur que possible. Habituez-vous graduellement à faire vos exercices auprès d'une fenêtre grande ouverte. Si vous commencez votre entraînement pendant la saison froide, nous ne saurions trop vous conseiller de procéder avec prudence. Tout d'abord, vous ne vous exposerez pas nu directement près de la fenêtre, mais le premier jour, tout en étant encore vêtu, vous entrebâillerez très légèrement la fenêtre de la pièce contiguë à la vôtre, en laissant la porte de communication entre les deux pièces largement ouverte. Ainsi, l'air frais vous arrivera indirectement. Puis, chaque jour, vous ouvrirez un peu plus grand cette fenêtre et, lorsque vous vous sentirez bien à votre aise, vous garderez de moins en moins de vêtements sur le corps. Enfin, dès que vous serez habitué à l'air, ouvrez la fenêtre qui donne directement dans la chambre où vous vous exercez, ouvrez-la chaque jour un peu plus. Lorsque vous serez entraîné, lorsque votre corps, rendu plus fort, ne sera plus sensible aux variations de température, vous éprouverez une grande satisfaction à vous ébattre dans un air pur, sans cesse renouvelé.

J'ai dit, et j'y reviendrai au cours des chapitres suivants, qu'au point de vue psychique, l'exercice méthodique est un excellent moyen de fixer votre attention, de développer votre volonté, d'obtenir une plus grande maîtrise sur vous-même. Vous vous efforcerez donc d'être très attentif pendant toute la durée des exercices. Plus vous penserez avec une attention calme et soutenue à vos exercices et mieux ils seront faits, plus vous en bénéficierez physiquement et moralement.

Etes-vous craintif, timide, coléreux ? Etes-vous victime d'une impulsion morbide, d'un désir auquel vous ne pouvez résister, comme, par exemple, celui de fumer ? Tandis que votre corps s'exerce, votre esprit doit travailler à se libérer de ce qui, en vous, le gêne et le paralyse. Vous êtes maintenant sur la route qui va vous mener au but que vous vous êtes fixé, celui d'élever votre esprit, de le développer, de l'affranchir de toute contrainte. Vous. allez vers la parfaite connaissance de vous-même. Ne craignez pas l'effort !

Vous ne tarderez pas, d'ailleurs, à enregistrer des résultats heureux. Et, en persévérant, c'est une transformation profonde de toute votre personne, une éclosion nouvelle qui couronneront vos efforts.

Vous constaterez un développement graduel de vos muscles, un élargissement heureux de votre poitrine. Vous sentirez plus de force, plus de souplesse, plus d'agilité dans vos mouvements.

Toutes vos fonctions seront régularisées. Votre digestion deviendra plus facile, votre respiration plus profonde, votre circulation plus active. Vous n'aurez plus de digestions mauvaises, d'essoufflements pénibles, de troubles congestifs. Vous deviendrez de moins en moins frileux.

Vos éliminations seront plus régulières. Vous préviendrez les douleurs, la goutte, le rhumatisme.

Du côté de votre système nerveux, c'est plus de calme, plus de maîtrise, plus de puissance d'action que vous gagnerez. C'est un sommeil paisible et réparateur, exempt de tout rêve que vous connaîtrez chaque soir.                             

Votre cage thoracique se développera. Votre ligne générale deviendra plus harmonieuse. Vous aurez plus d'aisance, plus de maintien.

Et, en même temps que votre volonté se fortifiera, votre corps accroîtra sa résistance. Votre terrain deviendra chaque jour meilleur; il se défendra mieux contre la maladie.

Ami lecteur, sois un Sage !

Veuille que ton corps soit plus harmonieux, plus fort, plus souple, que ton âme soit plus belle, plus grande et plus généreuse. Au travail ! Surtout ne crains pas l'effort et persévère. Les premières difficultés passées, quel plaisir tu ressentiras ! Chaque jour, tu découvriras en toi-même de nouvelles raisons de vivre !

Voici les exercices que je te conseille de faire, chaque soir, très assidûment:

premier exercice

Elévation parallèle et abaissement en avant des membres supérieurs.

La position de départ est celle du garde-à-vous: talons joints, corps bien droit, jambes tendues, épaules rejetées en arrière, poitrine bien développée, bras allongés le long du corps, les paumes des mains tournées vers les cuisses. La tête doit être relevée. Regardez devant vous avec ce regard assuré que vous voulez acquérir.

Tout en les maintenant parallèles, élevez lentement les deux bras jusqu'à ce qu'ils soient dans le prolongement du corps. Vous avez ainsi décrit un demi-cercle en avant. Sans marquer de temps d'arrêt et tout en conservant les bras parallèles, revenez lentement à la position de départ.

Point très important: vous devez rythmer l'exercice avec les deux temps respiratoires. Vous inspirez l'air pendant l'élévation des bras et vous le rejetez pendant leur abaissement. Au cours du premier temps, votre diaphragme s'abaisse et chasse en avant vos organes abdominaux; votre ventre devient légèrement proéminent, tandis que vos côtes se soulèvent; en même temps, votre cage thoracique augmente de haut en bas et d'arrière en avant. Efforcez-vous de gonfler votre poitrine le plus lentement possible. Lorsque la dilatation est complète, vos bras doivent être parvenus en haut de leur course. Sans attendre, abaissez-les lentement, à mesure que vous rejetez doucement l’air de vos poumons. Respirez toujours par le nez.

Joignez à cet effort physique, un exercice psychique. Ne soyez pas distrait. Suivez, par la pensée, tous vos mouvements avec une attention calme, soutenue. Que vos gestes soient réguliers, sans saccades. Et pensez au but que vous voulez atteindre: votre perfectionnement physique, moral et intellectuel.

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Fig. 26. — Premier exercice

Deuxième EXERCICE

Elévation parallèle et abaissement des membres supérieurs de chaque côté du corps.

Ce premier exercice est excellent pour développer les bras et la poitrine.

Même position de départ.

Vous élevez vos bras lentement devant vous. Mais, lorsque vos membres supérieurs ont atteint la station verticale, au lieu de les maintenir parallèles et de les rabaisser devant vous,vous les laissez descendre de chaque côté de votre corps. Vos bras, toujours bien allongés, descendent lentement; les paumes de vos mains restent tournées vers le haut jusqu'à la position horizontale, puis, à partir de ce moment, vos mains exécutent un mouvement de rotation qui ramène vos paumes contre vos cuisses, à la position de départ.

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Fig. 27. — Deuxième exercice (Position de départ)

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Fig. 28. — Deuxième exercice

(Fin du premier temps ; arrivés en haut de leur course, les membres supérieurs, bien allongés, redescendent de chaque côté du corps).

Vous aspirez l'air pendant la durée de l'élévation des bras- et vous le rejetez pendant leur abaissement. Auto suggérez-vous.

Cet exercice développe les membres supérieurs, les épaules, la poitrine, le haut du dos.

troisième EXERCICE

Extension et flexion des avant-bras dans un plan horizontal.

Le corps étant bien campé, le buste toujours droit, la poitrine bien dégagée et les talons joints, placez vos bras de chaque côté du corps en position horizontale; vos avant-bras sont fléchis et ramenés le long des bras; vos mains, bien à plat et dans le prolongement des avant-bras, sont tournées les paumes vers le sol; l'extrémité des mains touche la poitrine.

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Fig. 29. — Troisième exercice

Premier temps. — En partant de cette position, et dans un plan toujours bien horizontal, allongez les bras de chaque côté de votre corps. Pendant ce mouvement d'extension, vos mains exécutent un mouvement de rotation qui amène, en fin de course, vos paumes en dessus.

Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez progressivement à la position de départ.

Vous remplissez d'air vos poumons, pendant l'extension des avant-bras; vous expirez l'air durant le retour à la position initiale.

Que votre esprit suive avec soin vos mouvements.

Cet exercice développe les muscles des membres supérieurs, des épaules et de la poitrine.

quatrième EXERCICE

Rotation des deux bras.

Votre corps étant bien droit, jambes tendu.es, talons joints, allongez vos bras horizontalement devant vous. Vos mains sont appliquées l'une contre l'autre, bien à plat.

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Fig. 30. — Quatrième exercice

Avec vos bras, qui resteront toujours bien tendus, exécutez un mouvement de rotation de chaque côté de votre corps. Pour décrire ce cercle, vous élevez vos bras, puis, continuant le mouvement commencé, vous les projetez en arrière, pour revenir finalement au point de départ.

Ce premier exercice terminé, refaites le même mouvement, mais en sens inverse: les membres supérieurs étant revenus à la même position de départ, vos bras s'abaissent, puis remontent en arrière en passant au-dessus de la tête, et regagnent finalement leur position initiale.

Vous aspirez profondément pendant le premier demi-cercle et vous expirez l'air en finissant le mouvement.

Efforcez-vous de faire, de chaque côté de votre corps, un cercle bien régulier et aussi grand que possible. Donnez à vôtre articulation de l'épaule le plus de jeu possible.

Ayez foi dans le succès. Cherchez à gagner plus de calme plus de maîtrise de vous.

Cet exercice développe puissamment les muscles de la. poitrine et du dos.

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Fig. 31. — Cinquième exercice

cinquième EXERCICE

Flexions et extensions simultanées des membres inférieure

Au départ, le corps est droit, les talons joints, la poitrine bien dégagée, mais les mains sont placées sur les hanches, les coudes et les épaules projetés en arrière.

Premier temps. — Fléchissant votre genou droit, amenez votre cuisse dans la position horizontale, le pied étant biem allongé; puis, tout en maintenant la cuisse dans la même position, allongez la jambe horizontalement. Votre pied reste en complète extension et votre membre inférieur ne doit plus former jusqu'à l'extrémité des orteils, qu'une ligne droite que vous élèverez le plus possible vers l'horizontale.

Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez à votre point de départ.

Refaites le même exercice de la jambe gauche. Vous inspirez pendant l'élévation et l'extension de la jambe; vous expirez pendant le second temps de l'exercice.

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Fig. 32. — Sixiéme exercice

Que votre attention veille à vous maintenir en parfait équilibre sur une seule jambe; mieux elle y arrivera et plus facilement vous obtiendrez la maîtrise de vous-même.

Regardez bien en face de vous avec la plus entière confiance dans le succès final.

Cet exercice est excellent pour développer vos membres inférieurs.

sixième EXERCICE

Rotation des membres inférieurs.

Même position de départ que pour le quatrième exercice: corps bien droit, jambes tendues, talons joints, poitrine bien dégagée en avant, épaules projetées en arrière. Mains sur les hanches.

Avec le membre inférieur droit, qui reste bien tendu pendant toute la durée de l'exercice, décrivez un cercle très régulier sur le côté de votre corps. Durant la première moitié du mouvement circulaire, vous devez allonger votre pied dans le prolongement de la jambe (pied de danseuse), puis, pendant que votre pied parcourt la fin du cercle, et par un mouvement inverse, vous ramenez le pied à sa position de départ.

Faites le même exercice de circumduction avec le membre inférieur gauche.

Veillez à ce que vos poumons se remplissent d'air pendant que votre pied décrit la première moitié du cercle; vous rejetez l'air lentement pendant la fin du parcours.

Une attention soutenue vous aidera à faire des cercles bien réguliers, tout en tenant votre équilibre sur un pied. Procédez-lentement, avec le plus de calme possible.

Conservez une physionomie décidée, souriante même, qui est le gage du succès.

Cet exercice de rotation développe les muscles des membres inférieurs et ceux des hanches.

septième exercice

Extension et flexion des genoux, mains aux hanches

Au départ, le corps est accroupi, genoux écartés, buste bien droit, mains aux hanches.

Elevez-vous lentement sur la pointe des pieds jusqu'à la station verticale. Puis, par un mouvement inverse, revenez à la position accroupie. Votre buste, toujours maintenu bien droit, coudes et épaules rejetés en arrière, doit descendre lentement et au plus bas possible. Les personnes souples et entraînées arrivent très bien à s'asseoir sur leurs talons.

Vous inspirez profondément durant l'élévation de votre corps; vous expirez pendant le retour à la position de départ.

Soyez attentif et tenez bien votre équilibre. Cherchez à faire ce mouvement avec le plus d'aisance possible.

Maintenez toujours intacte votre résolution d'acquérir par votre effort volontaire un parfait contrôle de vous-même.

Cet exercice est excellent pour développer les muscles de la région lombaire et des membres inférieurs.

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Fig. 33. — Septième exerciez

huitième EXERCICE

Extension et flexion des coudes en position accropie.

Cet exercice se fait en station accroupie, genoux largement écartés, buste droit, tête rejetée en arrière. Les mains bien à plat, sont placées derrière la tête, les extrémités des doigts se touchant à la nuque.

Au cours du premier temps, vous étendez vos bras de chaque côté du corps, selon une ligne bien horizontale. Puis, au second temps, par un mouvement inverse, vous ramenez les mains à la nuque.

Durant l'extension de vos bras, inspirez profondément; rejetez l'air pendant le retour des mains à leur point de départ.

Restez calme. Votre pensée, claire et lucide, doit veiller à ce que l'exercice soit exécuté avec la plus grande régularité.

Cherchez à maintenir votre équilibre.

Observez toujours votre discipline mentale. Veuillez acquérir de nouveaux pouvoirs. Faites appel aux forces ambiantes.

Cet exercice développe les membres supérieurs et inférieurs, ainsi que la poitrine et les épaules.

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Fig. 34. — Huitième exercice

neuvième EXERCICE

Projection du corps de côté, bras élevés de chaque côté de la tête

La poitrine est toujours bien développée, le buste campé sur les deux jambes écartées, bien tendues. Les bras sont élevés parallèlement de chaque côté de la tête, dans le prolongement du corps.

Premier temps. — Abaissez votre buste du côté droit. Vos bras doivent rester bien tendus et parallèles. Vous projetez la partie supérieure du corps le plus bas qu'il vous est possible, sans fléchir les genoux, ni bouger les pieds.

Second temps. — Redressez-vous lentement pour revenir à la position verticale.

Refaites ensuite le même mouvement, mais en abaissant le corps du côté gauche.

Aspirez l'air pendant la projection de votre corps et expirez pendant le retour à la position verticale.

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Fig. 35. — Neuvième exercice

Que votre volonté soit calme et décidée. Pensez sans cesse au but que vous voulez atteindre. Et surtout armez-vous de patience !

Cet exercice est à recommander lorsqu'il s'agit de renforcer les muscles du ventre et de la région lombaire.

dixième EXERCICE

Redressement et flexion du corps

Au départ, le corps est fléchi, les jambes bien tendues, les talons joints; les bras, parallèles, sont projetés vers le sol. La paume des mains est tournée vers les jambes. A aucun moment, les jambes ne doivent fléchir, ni les talons se déplacer.

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Fig. 36.    Dixième exercice

Premier temps. — Tout en maintenant vos bras bien parallèles, redressez lentement votre buste. Arrivées à la station verticale, les paumes de vos mains se présentent en avant et vos bras sont dans le prolongement du corps.

Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez, avec le même rythme, à la position fléchie en avant. Lorsque le corps est souple et qu'on s'y est entraîné, on arrive à la fin du second temps — sans plier les genoux et tout en maintenant les talons joints, — à toucher, l'extrémité de ses pieds.

Inspirez pendant le redressement du corps et expirez l'air pendant son abaissement.

Faites acte de volonté. Pensez à obtenir un meilleur contrôle de vous-même.

Cet exercice développe les muscles de tout le buste.

onzième EXERCICE

Mouvement de rotation du buste

Position de départ: jambes allongées et écartées mains aux hanches, buste fléchi en avant, face regardant le sol.

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Fig. 37. — Onzième exercice

Premier temps. — Décrivez un cercle avec tout votre buste, Votre buste, toujours fléchi, est projeté d'abord vers la droite et, décrivant un demi-cercle, arrive en arrière. Pendant ce premier temps, le haut du corps a exécuté un demi-cercle et votre figure, maintenant, regarde au ciel,

Deuxième temps. — Sans vous arrêter, continuez le mouvement de rotation vers la gauche et revenez à la position fléchie en avant. Pendant ce deuxième temps, votre buste a terininé, sur lui-même, le mouvement de rotation et votre face regarde à nouveau vers le sol.

Aspirez profondément pendant le premier demi-cercle; rejetez l'air lentement au cours du second demi-cercle.

Faites ensuite le même exercice, mais en tournant dans l'autre sens.

Persévérez dans votre effort. Que votre volonté soit calme, décidée !

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Fig. 38. — Douzième exercice

Cet exercice est excellent pour renforcer les muscles desreins et du ventre.

douzième exercice

Position d'escrime

Au départ, le corps est droit, les jambes bien tendues, les talons joints, les bras allongés le long du corps, la paume des mains tournée en avant.

Premier temps. — Regardez à votre droite où vous allez vous mettre en position d'escrime. Votre pied gauche reste immobile, comme rivé au sol. Détachez votre pied droit et, en le projetant à droite, fléchissez votre cuisse. Ce mouvement entraîne votre corps. En même temps, élevez votre bras droit, bien étendu, le long de votre tête; tendez à fond votre cuisse droite. Votre bras gauche n'a pas quitté sa position et votre petit doigt est toujours contre votre cuisse. Efforcez-vous de bien allonger votre corps.

Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez-à la position de départ.

Développez vos poumons au cours du premier temps et expirez l'air pendant le retour à la station verticale du départ.

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Fig. 39. — Treizième exercice

Reprenez la même position d'escrime, mais sur votre côté gauche.

Gardez toujours la même confiance en vous, le même désir de vaincre.

Cet exercice développe l'ensemble du corps.

treizième exercice

Etant allongé à terre, relever et abaisser les jambes

Etendez-vous à terre sur un tapis ou une descente de lit: corps bien droit, jambes allongées, les pieds appliqués l'un contre l'autre, mains à la nuque, poitrine bien bombée.

Premier temps. — Sans bouger votre corps, élevez lentement votre jambe droite, toujours bien tendue, en vous efforçant de la rapprocher le plus près possible de la ligne verticale.

Deuxième temps. — Tout en conservant le même rythme, revenez au point de départ.

Faites ensuite le même mouvement d'élévation et d'abaissement avec la jambe gauche toujours bien tendue. Puis, même exercice, mais en élevant ensemble les deux jambes qui doivent rester bien accolées l'une contre l'autre.

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Fig. 40. — Quatorzième exercice

Vous inspirez l'air pendant l'élévation de la jambe et vous la rejetez pendant son abaissement.

Que votre attention surveille cet exercice, qui présente, au début, quelque difficulté. Evitez que votre corps roule sur le tapis. Vous conserverez très facilement votre stabilité en écartant très largement vos coudes.

Ne perdez jamais de vue votre nouvel idéal.

Cet exercice développe spécialement les muscles du ventre et du dos. Il est excellent pour les muscles de la poitrine et des membres.

quatorzième EXERCICE

Extension et flexion des reins

Asseyez-vous à terre, les jambes bien allongées l'une contre l'autre, le corps fléchi en avant, au maximum. Etendez complètement vos bras devant vous et efforcez-vous de toucher l'extrémité de vos pieds. Vos mains doivent être étendues bien à plat, la paume tournée vers vos jambes.

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Fig. 41. — Quinzième exercice

Premier temps. — En partant de cette position et tout en.ramenant vos membres supérieurs bien allongés de chaque coté de votre tête, redressez lentement votre buste et renversez-le jusqu'à terre. Votre buste décrit ainsi un demi-cercle complet. Efforcez-vous de ne pas quitter vos talons du sol; vous y arriverez lorsque vous aurez suffisamment développé vos muscles et assoupli vos articulations.

Deuxième temps. — Par un mouvement inverse, revenez lentement à la position de départ.

Au début de votre entraînement, pour éviter que vos talons quittent le sol lorsque vous rejetez le haut du corps en arrière, engagez la pointe de vos pieds sous un meuble pesant (le bas d'une armoire ou d'un lit, par exemple). Vous aurez ainsi un point d'appui qui vous permettra de faire cet exercice avec plus de facilite.

Inspiration profonde à mesure que votre buste décrit le premier demi-cercle; expiration pendant le second temps du mouvement.

Auto suggérez-vous.

Cet exercice d'extension et de flexion des reins développe puissamment les muscles du ventre et de la région lombaire..

quinzième exercice

 Soulèvement et abaissement du corps sur les bras

Placez-vous à terre sur le ventre, le corps bien allongé, les jambes tendues, les pieds joints. Fléchissez les bras le long du corps, vos mains étant posées à terre, bien à plat, de chaque côté de la poitrine, les doigts dirigés en avant.

Premier temps. — Tous vos muscles étant bien contractés, détachez votre corps du sol en étendant lentement vos bras. A fin de course, tout le corps, qui doit former une ligne bien droite, ne repose plus que sur les mains et la pointe des pieds. Deuxième temps. Par un mouvement inverse, reposez le- corps à terre.

Emplissez d'air vos poumons pendant le soulèvement dm corps et expirez pendant le retour à la position de départ.

Continuez à vous auto-suggérer.

Cet exercice développe spécialement les membres supérieurs et les épaules.

Aussitôt que vous aurez exécuté ces 15 exercices, étant complètement déshabillé, essuyez-vous très rapidement avec une serviette bien sèche. Vous devez vous essuyer tout le corps qui a pu entrer en transpiration.

Puis, pour régulariser votre circulation, vous procédez aux frictions et aux effleurages qui complètent très utilement les exercices.

Les frictions sont faites avec une serviette bien sèche; elles s'adressent successivement au dos, à la poitrine et aux reins. Toutes les autres parties du corps sont effleurées avec les mains, qui doivent être également bien sèches. Aussi bien pour les frictions que pour les effleurages, vous devez procéder rapidement, mais toujours avec légèreté.

Frictionnez d'abord votre dos avec votre serviette — de préférence une serviette éponge dont l'effet est plus actif. La serviette, placée en travers, à la partie postérieure de votre corps, est maintenue au-dessus de l'épaule droite, par votre main droite et au-dessous de l'épaule gauche par l'autre main. Tirez sur la serviette alternativement de haut en bas et de bas en haut. Quatre ou cinq tractions dans les deux sens suffisent pour obtenir une réaction.

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Fig. 42. — Friction du dos avec une serviette sèche.

Faites la même opération en plaçant la serviette en sens inverse. L'extrémité supérieure est tenue par la main gauche au-dessus de l'épaule gauche et l'autre extrémité par la main droite sous l'épaule droite. Quatre ou cinq tractions alternativement de haut en bas et de bas en haut.

Procédez de même pour la poitrine. La serviette est placée en travers de la poitrine sur sa face antérieure et vos deux mains la montent et la descendent successivement quatre oie cinq fois de suite. Même exercice en changeant de mains, comme pour le dos.

Puis, frictionnez la région lombaire. Votre serviette, appliquée horizontalement sur les reins, est tirée de côté tantôt par une main, tantôt par l'autre. Quatre ou cinq mouvements dans chaque sens suffisent.

Ces premières frictions terminées, posez votre serviette: elle ne vous sera plus utile maintenant. C'est avec vos mains à nu et bien sèches que vous allez effleurer les autres parties de votre corps.

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Fig. 43. — Friction de la poitrine

Pour exécuter un effleurage, la main est toujours posée bien à plat, les doigts réunis l'un contre l'autre, sans être serrés cependant. La main ne doit, à aucun moment, être contractée; le poignet demeure souple. Plus l'effleurage est pratiqué avec légèreté et régularité, et plus son action est efficace.

En dehors du massage magnétique, qui se fait de haut en bas pour agir directement sur l'innervation, tout procédé de massage hygiénique, comme celui que nous envisageons ici, doit être exécuté dans le sens de la circulation veineuse de façon à favoriser le retour du sang usagé vers le cœur. Vous partez du point le plus éloigné du corps et vous vous dirigez vers la poitrine. Il est préférable, durant ce premier mouvement, de ne pas rompre le contact avec la peau. Arrivé en fin de course, vous cessez tout contact avec la peau et vous replacez vos mains au point de départ, prêt à exécuter une deuxième manipulation.

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Fig. 44. — Friction de la région lombaire.

S'il s'agit du ventre, vous massez dans le sens physiologique, c'est-à-dire en décrivant un cercle autour de l'ombilic (nombril). La main, qui ne doit avoir aucune raideur, se déplace suivant le trajet du gros intestin. Ce massage abdominal active puissamment le travail intestinal.

Ces quelques éléments vous suffisent pour exécuter vous-même les manipulations suivantes:

Commencez par effleurer votre tête et votre cou. Vous effleurez le côté droit avec la main droite, le côté gauche avec la main gauche. Posez tout d'abord votre main droite bien à plat sur le côté droit de votre front. Puis, tout en gardant le contact avec la peau, descendez votre main vers la poitrine en ayant soin que l'extrémité de vos doigts passe successivement sur la tempe, derrière l'oreille, pour descendre ensuite le long du cou. Au passage de l'oreille, incurvez votre main pour ne pas replier le pavillon de cet organe. Votre main étant arrivée à la poitrine, cessez tout contact et replacez votre main à la position de départ. Quatre ou cinq effleurages suffisent généralement pour dégager la tête.

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Fig. 45. — Effleurage manuel de la face et du cou.

Faites autant d'effleurages sur l'autre côté de la tête et du cou, avec votre main gauche.

Ces manipulations agissent directement sur les veines superficielles du cou (veines jugulaires) et, favorisant ainsi le retour du sang au cœur, elles contribuent à décongestionner la tête. Les personnes qui ont fréquemment la tête lourde se trouveront particulièrement bien de ce procédé; pour que l’effet en soit plus actif, il leur suffira d'augmenter le nombre des effleurages. Nous ne saurions trop recommander que ces manipulations soient exécutées le plus légèrement possible.

Effleurez ensuite vos membres supérieurs. Commencez par le droit: votre main gauche saisit votre poignet droit qu'elle entoure le mieux possible, puis elle remonte doucement vers l'épaule. Arrivée à ce but, elle quitte le contact et vient se replacer au poignet. Même opération à gauche. Quatre ou cinq effleurages par membre suffisent.

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Fig. 46. — Effleurage des membres supérieurs.

Pour agir sur vos membres inférieurs, asseyez-vous sur votre lit et prenez entre les deux mains l'une de vos chevilles. Vos mains, continuant d'emprisonner les masses musculaires, remontent jusqu'à la hanche. Même opération pour chaque membre inférieur. Vous la renouvelez quatre ou cinq fois de suite.

Reste le ventre. Asseyez-vous sur le bord du lit. Votre main droite étant posée bien à plat sur la paroi abdominale et sans aucune raideur, décrit autour de l'ombilic (nombril) pris comme centre, un cercle régulier. Le mouvement de rotation doit être fait dans le sens du gros intestin. Partant de la fosse iliaque droite, votre main passe au-dessus de l'ombilic immédiatement sous les côtes, redescend du côté gauche pour revenir, par le bas-ventre, au point de départ. Vous décrivez ainsi, sans arrêt et d'un mouvement uniforme, une dizaine de cercles.

Cet effleurage circulaire réveille les mouvements péristaltiques et stimule très puissamment le travail intestinal.

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Fig. 47. — Effleurage des membres inférieurs.

Ces frictions et ces effleurages ont une action très salutaire sur votre circulation. Dès qu'ils sont effectués, vous éprouvez une sensation inaccoutumée de bien-être, de calme, de détente; une chaleur agréable gagne tout votre corps; vous avez plus d'aisance, plus de souplesse dans vos mouvements ; votre tête est libre; vous sentez que vous exercez un meilleur contrôle sur vous-même. Vous vous mettez au lit plus gaiement, vous détendez bien vos muscles, vous calmez votre esprit (c'est la pratique que nous appelons isolement et à laquelle nous consacrons un prochain chapitre) et bientôt le sommeil vous gagne. Combien d'insomnies ont été guéries ainsi, après quelques jours d'entraînement ! On habitue son organisme à dormir régulièrement chaque soir à la même heure, et on s'éveille le corps dispos, l'esprit lucide, à une heure toujours la même, avec une régularité d'horloge !

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Fig. 48. — Effleurage du ventre.

On verra, par le tableau ci-contre, que pour exécuter les 15 exercices, suivis des frictions et des effleurages, il suffit, après quelques jours d'habitude, de dix minutes seulement. Chacun peut disposer de ce laps de temps avant de se coucher. Et ceux même qui, fatigués, exténués par un travail manuel ou cérébral craignent de retarder le moment de se mettre au lit, ceux-là surtout, disons-nous, ont avantage à consacrer 10 minutes à notre séance d'exercices. Ces dix minutes ne seront pas perdues, et tout au contraire, loin de gêner leur sommeil, ces quelques exercices le rendra beaucoup plus profond et réparateur. Que se passe-t-il lorsque vous êtes harassé, fatigué, tourmenté ? Vous vous mettez au lit, mais le sommeil vous fuit; vous êtes pris d'une agitation fébrile, vous vous impatientez, vous vous retournez continuellement, vous remuez dans votre tête tout un flot d'idées et de préoccupations. Au contraire, faites-vous les exercices que nous préconisons ? Vous vous glissez dans les draps avec une respiration ample, une circulation régulière, un esprit calmé et le sommeil vous gagne en quelques minutes.

Votre corps et votre esprit ont donc besoin, à la fin de la journée, de ces quelques minutes d'exercices doux. Observez-les et vous en retirerez certainement un grand bien-être.

A nos lecteurs qui ne sont pas en parfaite santé, nos exercices quoique très simples, paraîtront peut-être difficiles à exécuter. A ceux-là, nous conseillons de procéder plus doucement encore et de ne pas chercher, dès le début, à accomplir ce qu'ils jugent peut-être, en raison de leur état organique, comme un tour de force. Qu'ils pensent à revenir graduellement vers l’idéal équilibre.

La maladie ne s'installe pas du jour au lendemain dans nos organes; elle ne peut s'en aller que progressivement.

C'est petit à petit que nos rouages se dérèglent, que nos fonctions ralentissent leur rythme, que nos organes s'encrassent et se rouillent, que notre volonté faiblit. De même, c'est par étapes que nous retrouverons la santé. Pour effectuer ce retour à la vie saine, il suffit de soins attentifs et judicieusement compris. Point n'est besoin de transformer son estomac en laboratoire, d'absorber le médicament à la mode, les pilules X ou Y, de se faire injecter quelque drogue nocive. Non pas ! Il suffit de se conformer aux lois de la nature pour connaître à nouveau la santé et le bonheur !

Mais, qu'on le sache bien, ce retour à la vie normale doit être graduel. Si, en raison de votre faiblesse ou de votre lassitude, vous éprouvez quelques difficultés à exécuter notre série de mouvements, simplifiez-la au début. Faites seulement, tout d'abord, trois ou quatre exercices, ceux qui vous paraîtront les plus faciles, par exemple: le premier (élévation parallèle et abaissement en avant des membres supérieurs), le troisième (extension et flexion des avant-bras dans un plan horizontal), le sixième (rotation des membres inférieurs) et le dixième (redressement et flexion du corps). Puis, à mesure que viendront des forces, augmentez le nombre d'exercices jusqu'à adopter la série entière. En tout cas, dès le premier jour, faites bien toutes les frictions, tous les effleurages que nous conseillons ; ils ne demandent aucune fatigue et vous procureront déjà un grand bien-être.

LEÇON TYPE D'ENTRAINEMENT

(Méthode Henri Durville )

15 exercices physiques a exécuter dana sa chambre, sans appareil

exercice            MOUVEMENT A EXÉCUTER           DUREE  MOYENNE

1- Elévation parallèle et abaissement en avant des membres supérieurs.   20 secondes

2- Elévation parallèle et abaissement des membres supérieurs de chaque côté du corps   .                                                                                                                         20 s

3- Extension et flexion des avant-bras dans un plan horizontal                   20 s

4- Rotation des deux bras.                                                                             20 s

5- Flexions et extensions simultanées des membres inférieurs:

1°. — Jambe droite.                                                                                      20 s

2°. — Jambe gauche.                                                                                    20 s

6- Rotation des membres inférieurs:

1°. — Jambe droite.                                                                                      20 s

2°. — Jambe gauche.                                                                                    20 s

7- Extension et flexion des genoux, mains aux hanches                              20 s

8- Extension et flexion des coudes en position accroupie                            20 s

9- Projection du corps de côté, bras élevés de chaque côté de la tête :

1°. — Projection à droite.                                                                            20 s

2°. — Projection à gauche.                                                                          20 s

10- Redressement et flexion du corps.                                                        20 s

11- Mouvement de rotation du buste:

1°. — Rotation à droite.                                                                              20 s

2°. — Rotation à gauche.                                                                            20 s

12- 1Position d'escrime:

1°. — A droite.                                                                                           20 s

2°. — À gauche.                                                                                         20 s

13- Etant allongé à terre, relever et abaisser les jambes:

1°. Elévation de la jambe droite.                                                                20 s

2°. Elévation de la jambe gauche.                                                              20 s

3°. Elévation des deux jambes.                                                                  20 s

14- Extension et flexion des reins.                                                             20 s

15- Soulèvement et abaissement du corps sur les bras.                             20 s

Frictions avec une serviette sèche sur le dos, la poitrine et les reins et effleurages avec les mains sèches sur les autres parties du corps.                                   2 minutes 1/2

                                                                             Total, environ.        10 minutes

Etes-vous au contraire en parfaite santé, souple, bien musclé ? Accomplir les 15 exercices vous paraîtra un jeu d'enfant, Vous disposez de temps ? Faites notre série d'exercices, non seulement le soir, mais aussi le matin, au saut du lit.

Vous pouvez encore augmenter l'effet salutaire de notre leçon d'entraînement en accomplissant chaque mouvement plus à fond. Ce point mérite quelques détails:

Prenons, par exemple, le premier exercice qui consiste à élever parallèlement, puis à abaisser en avant les membres supérieurs. Dans le mouvement à fond, l'ensemble de l'exercice est le même, même position de départ, même rythme respiratoire. Mais vos bras étant arrivés à la station verticale de chaque côté de votre tête, vous vous soulevez sur la pointe des pieds, tout en conservant les talons joints. Elevez vos bras aussi haut que possible, tout en les maintenant parallèles. En même temps, faites une inspiration forcée: creusez votre ventre et dilatez la partie supérieure de votre thorax. Puis, votre poitrine étant arrivée à son maximum de développement, rejetez l'air lentement, en même temps que vous ramenez vos bras; le long du corps et que vos talons reviennent à terre.

Il vous sera facile d'exécuter à fond la plupart des autres, exercices. Mais, nous ne saurions trop le répéter, l'exercice à fond ne saurait convenir qu'aux personnes bien musclées, souples et dont le corps est en excellente santé.

Nous avons voulu que notre méthode de gymnastique soit à la portée de chacun, selon son état de santé, et c'est pourquoi nous indiquons de faire les exercices chez soi. Mais nous savons combien s'ébattre au grand air est excellent et c'est pourquoi nous conseillons, comme complément de notre leçon type d'entraînement la pratique de certains sports.

Il est des sports violents, comme la boxe, la lutte, la course, le football. Il en est d'autres qui, faits judicieusement, demandent seulement des efforts modérés, comme l'escrime, l'équitation, la bicyclette, le tennis. Il est des sports doux, comme la natation et la marche normale en terrain peu accidenté.

Nous avons dit que la fatigue musculaire ou cérébrale jette dans le torrent circulatoire un nombre considérable de cellules usées qui encombrent nos reins, organes filtres, et peuvent causer, en séjournant dans notre corps, de notables intoxications. C'est ce qui nous fait déconseiller tous les sports violents, quels que soient par ailleurs leurs avantages. Ainsi, le football, excellent pour donner de la décision et du coup d'œil, est une cause de fatigue vraiment excessive, sans compter les accidents qu'il produit chaque jour.

Nous contre indiquons également les matchs trop pénibles, de quelque sport que ce soit, aussi bien marche que bicyclette ou tout autre. Vos forces musculaires ne sont pas inépuisables et vous avez un autre profit à en tirer que la vaine gloire de marcher ou de gravir les côtes plus vite qu'un autre. Sachez garder une sage mesure. La bicyclette n'est excellente que faite à une allure modérée, le corps étant bien droit sur la selle, la poitrine bien dégagée.

La natation est un sport que nous ne saurions trop conseiller. Elle exerce tous les muscles du corps; elle les exerce sans effort. Le corps se déplace dans l'eau avec une extrême facilité. Le nageur doit sortir de l'onde avant tout refroidissement. Après le bain, se frictionner très énergiquement, puis marche active, de préférence au soleil.

A la liste des exercices utiles à notre corps, nous pouvons ajouter le chant. Le chant renforce les poumons et dilate la poitrine. Certains auteurs le conseillent dans les faiblesses de poitrine où il donne d'excellents résultats.

Habituez les enfants à courir au grand air, encouragez-les à se livrer à des sports doux, comme le tambourin, le cerceau, les barres, le ballon. Evitez toutefois qu'ils se fatiguent outre mesure.

Quant aux personnes âgées, il est naturel que le moindre sport les effraie. Elles peuvent y suppléer par de la marche au grand air. Certaines d'entre elles sont très grosses ou souffrent de douleurs, de la goutte ou du rhumatisme. La marche a le très grand avantage de faire jouer régulièrement les principaux muscles des membres et de porter son heureuse influence sur toutes les fonctions.

Tous, jeunes ou vieux, bien portants ou malades se trouveront bien de la marche. Se presser dans la foule, sautiller dans les magasins, s'entasser dans les ascenseurs, s'époumoner à gravir en hâte des escaliers, est un exercice fatigant et malsain. C'est au grand air et dans de larges avenues qu'il faut marcher !

Prenez l'habitude de marcher chaque jour et autant que possible à des heures toujours les mêmes. L'heure idéale de la promenade est le matin. Vous marcherez d'un pas actif, sans cependant être précipité. Cinq kilomètres à l'heure nous paraît une bonne moyenne. Vous limiterez la durée de l'exercice à votre résistance physique que vous ne devez pas dépasser. Il serait mauvais d'aller jusqu'à la courbature. Mais l'accoutumance vous permettra de faire, sans fatigue, de grandes rançonnées au cours desquelles vous goûterez cette sensation de bien-être et d'indépendance qui grisait le cœur et l'esprit de Jean-Jacques Rousseau.

Le travail musculaire est une nécessité pour notre corps.

On ignore trop souvent que les contractions musculaires favorisent le retour au cœur du sang usagé. Certes, bien peu de personnes s'expliquent de quelle façon le sang bleu peut remonter des parties les plus éloignées du corps vers le cœur. Vous êtes debout. Vous allez suivre, par l’imagination, une goutte de votre sang. Cette goutte est emprisonnée dans une veine de votre pied et, malgré la loi de la pesanteur qui l'attire constamment vers le centre de la terre, elle monte, elle chemine successivement de veines en veines de plus en plus grosses jusqu'à votre cœur ! Comment s'effectue cette ascension ?

Vos veines sont de longs tuyaux souples qui possèdent à l'intérieur, accolés à leur paroi, des sortes de petits nids appelés valvules, dont l'ouverture est dirigée vers le haut. Grâce à votre système nerveux grand sympathique, vos vaisseaux se contractent et se dilatent alternativement; il s'ensuit qu'à chaque contraction de vos veines, le sang contenu dans une valvule se trouve projeté et vient retomber dans une valvule placée plus haut. Le phénomène de vasoconstriction se poursuivant sans répit, votre sang usagé monte de nid en nid, d'étage en étage, jusqu'au cœur.

Il est encore un point à noter, et c'est sur celui-là que nous voulons insister à propos de la gymnastique: en se contractant, nos masses musculaires pressent entre elles nos veines et secondent ainsi le travail de contraction de nos veines Les schémas ci-contre, d'après Heckel (fig. 49 et 50), montrent très bien le rôle important que jouent les muscles dans la circulation de notre sang. Une veine est située entre deux muscles. Ceux-ci viennent-ils à se contracter ? Diminuant de longueur, ils se forment en boule et pressent sur la veine; aussitôt, des valvules où il reposait, le sang est projeté dans des valvules situées plus haut. On conçoit donc l'utilité que présente l'effort musculaire pour activer notre circulation sanguine.

Les contractions musculaires, favorisant le retour du sang au cœur, sont excellentes dans les troubles circulatoires. En effet, la plupart de ceux-ci (lourdeur de tête et froid aux pieds, migraines, somnolence après les repas...), les stases veineuses (varices, hémorroïdes...) se guérissent par un exercice doux, continu.

Beaucoup de nos élèves se sont guéris eux-mêmes, en suivant nos indications, de varices dont ils souffraient depuis des années ! Notre méthode est simple: il faut se lotionner et se masser légèrement les parties du corps atteintes de varices. Matin et soir, on se lotionner avec une grosse éponge remplie d'eau froide qu'on presse sur la partie affectée, et on renouvelle de suite trois ou quatre fois ce procédé. On laisse sécher sans essuyer, puis on se frictionne très doucement pendant quelques minutes, avec les mains sèches, posées bien à plat Aucun gant de crin, aucun corps gras, aucune poudre: peau contre peau. Les frictions sont faites des extrémités vers le cœur: on pose la main, bien à plat, à la partie la plus éloignée du cœur (le pied, par exemple) et, tout en gardant le contact, on fait refluer le sang vers le thorax. Agir doucement et régulièrement. Arrivée à l'extrémité supérieure du membre, la main qui masse quitte tout contact avec le corps et vient se placer à nouveau au point de départ pour un second effleurage.

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Fig. 49. — Schéma d'une veine entre deux muscles non contractés.

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Fig. 50. — Les muscles entrant en contraction écrasent la veine, ce qui a pour effet de faire progresser le sang vers le cœur, grâce au jeu des valvules.

Si les varices sont aux membres inférieurs — ce qui est le cas le plus fréquent — il est important, aussitôt les masses musculaires mouillées, de s'asseoir sur son lit et de bien allonger les jambes; sitôt secs, les membres inférieurs sont effleurés légèrement avec les deux mains, en partant des chevilles (malléoles) pour remonter jusqu'au bassin. Là, les mains s'éloignent du corps de façon à ne pas faire de massage en sens inverse et viennent se reposer aux chevilles d'où partira la deuxième manipulation. Les veines se dégonflent sous la main. On peut s'habiller aussitôt après si c'est le matin. Si c'est le soir, se mettre au lit. Une chaleur douce, agréable se fait bientôt sentir dans les parties massées. Toute douleur, toute gêne, toute pesanteur a disparu. En renouvelant ce procédé, régulièrement matin et soir, on peut se guérir soi-même en quelques semaines, de varices très développées.

Les variqueux ne devront pas porter de bas compresseurs qui sont un danger pour les veines. Combien de pieds gelés pendant la guerre, dans les tranchées, n'ont eu pour cause que les bandes molletières serrées à outrance ! Gardons-nous bien de mettre nos jambes dans un étau ! Tout au plus, peut-on conseiller à celui qui a des varices très volumineuses et douloureuses de les maintenir, sans les comprimer, à l'aide d une bande de toile, ou mieux d'un crêpe Velpeau. Mais sitôt que les varices ne sont plus douloureuses et diminuent de volume, supprimez tout bandage.

Notre série de 15 exercices physiques est à conseiller à tous les variqueux. La marche en terrain peu accidenté, une marche active sans être cependant trop rapide leur sera également salutaire. En faire modérément au début, mais dès que les jambes le permettent se promener par durée d'une demi-heure à une heure, à une allure de 5 kilomètres à l'heure.

L'exercice contribue à guérir les désordres de la circulation. Parmi ceux-ci, les troubles de la menstruation sont les premiers à bénéficier de ce traitement. Règles abondantes et douloureuses, retards, suppression anormale des époques, sont autant de troubles qui cèdent facilement, lorsqu'il n'y a pas de lésion grave de l'organe, par un exercice doux pratiqué en chambre ou au grand air. Notre série d'exercices est tout indiquée pour cette cure. On y joindra de la marche: une heure, au minimum, chaque jour si la santé le permet. En une ou deux fois. En tant que marche, il faut entendre un exercice actif au grand air, avec respiration profonde.

On peut encore aider plus encore ce retour à une circulation normale par des massages très doux que la femme peut faire elle-même sur la région abdominale. Etant couchée sur le dos, son buste est légèrement redressé par deux oreillers mis sous la tête et le haut des épaules, ses jambes sont fléchies de façon à bien détendre la paroi abdominale. Faire avec la main droite sèche, posée à nu sur le ventre et bien à plat, des effleurages très doux. La main décrit autour de l'ombilic un cercle parfait: partant de la région de l'estomac, elle glisse sur le côté gauche du ventre, puis arrive sur le bas-ventre, remonte sur le côté droit et revient à son point de départ. Continuer ainsi, sans arrêt, d'un mouvement régulier, pendant 10 à 12 minutes. Faire cet exercice de massothérapie matin et soir; très régulièrement.

Ces effleurages sont à conseiller dans toutes les affections chroniques de l'utérus et de ses annexes (trompes, ovaires), spécialement dans les cas si fréquents de métrite, de pertes blanches. En outre des soins internes (injections d'eau très chaude dans laquelle on mettra un désinfectant: liqueur de Labarraque...), ils contribueront à rétablir le parfait fonctionnement de ces organes.

Nous avons autour de nous des agents naturels, des sources inépuisables de vitalité, auxquels nous devrions faire appel pour assurer le parfait équilibre de nos organes. Mais ceci nous préoccupe peu. Nous ignorons trop souvent que l'air, la lumière, la chaleur, le soleil et l'eau, auxquels nous pourrions ajouter le magnétisme terrestre (voir à ce sujet Hector Durville: Physique magnétique), sont susceptibles de modifier profondément le jeu de tous nos rouages et que si nous savions les utiliser judicieusement ils nous aideraient puissamment à conquérir et à maintenir une santé parfaite.

Nous avons déjà dit, en parlant de la respiration, que vous devez rechercher un air aussi pur que possible.

Aérez ateliers et bureaux, ventilez vos appartements.

Préférez le grand air vivifiant de la campagne à l'haleine empestée des grandes agglomérations.

Pour vos promenades, recherchez les larges espaces, les squares, les bois.

Passez vos vacances en pleine campagne, à la mer ou à la montagne.

La lumière, la lumière naturelle, n'est pas moins nécessaire que l'air à notre organisme.

Voyez ces plantes qu'on prive de lumière. Mises en cave ou sous des planches, elles s'étiolent et perdent bientôt leurs belles couleurs. Et, malgré qu'elles soient moins nutritives, combien de personnes recherchent ces salades blanches, anémiées !

Regardez les arbres de la forêt. Pressés les uns contre les autres, ils élancent leurs tiges toujours plus haut. L'air et lé soleil leur sont indispensables pour vivre.

Le rôle que joue la lumière dans le règne animal n'est pas moins important.

Edwards a fait l'expérience suivante: il a placé des têtards dans deux boîtes percées de trous, l'une opaque, l'autre transparente. Ces deux boîtes ont été déposées au fond d'une rivière. Trois semaines après, la boîte transparente contenait des grenouilles, alors que le récipient opaque n'était encore habité que par des têtards. Les deux boîtes étaient placés dans les mêmes conditions et les têtards étaient de même âge. C'est donc bien la lumière qui, pénétrant dans la boîte transparente, a activé au fond de l'eau la croissance des têtards.

A tout ce qui vit, la lumière est indispensable. Lavoisier a dit très justement: « L'organisation, le mouvement spontané, la vie, n'existent, à la surface de la terre, que dans les lieux exposés à la lumière. On dirait que la fable du flambeau de Prométhée était l'expression de cette vérité physiologique qui n'avait point échappé aux anciens. Sans la lumière, la nature était sans vie, elle était morte et inanimée. Un Dieu bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu, sur la surface de la terre, l'organisation, le sentiment et la pensée. »

Aimez donc la lumière, la lumière naturelle qui nous vient du soleil. Faites la pénétrer largement partout où vous vivez. Evitez les tentures opaques, les doubles rideaux qui, non seulement emmagasinent la poussière, mais empêchent l'air de pénétrer abondamment dans votre appartement.

Levez-vous tôt et couchez-vous de même. Evitez de travailler à la lumière artificielle et spécialement à la lumière électrique qui impose à vos centres nerveux une très grande fatigue.

Le soleil est la grande source de vitalité. A elle, nous devrions sans cesse recourir. Et, pourtant, combien de jolis teints craignent ses rayons ardents !

C'est grâce au soleil que peut s'accomplir la fonction chlorophyllienne qui donne aux feuillages leur belle couleur verte.

Chez les animaux, l'action solaire est non moins puissante. Morren a rempli deux vases d’eau pure. L'un est éclairé par le soleil et des infusoires y apparaissent bientôt; mais ces infiniment petits ne se développent pas dans le vase placé hors d'atteinte des rayons solaires.

Hector Durville a montré dans sa Physique magnétique que le soleil exerce sur notre organisme une puissante action- magnétique. Elle est positive, stimulante.

Recherchez donc le soleil.

« Pour être salubre, dit le Docteur Monin, votre logement doit être abondamment abreuvé de rayons solaires. Sans eux, l'anémie, les chairs molles, le sang liquéfié, la scrofule et le rachitisme vous menacent, vous et votre descendance. Où le soleil n'entre pas, le médecin entre. »

Préférez toujours, dans vos promenades, les endroits ensoleillés. Vous vous y accoutumerez progressivement pour éviter l'insolation.

L'énergie solaire a une telle vertu vivifiante qu'elle est employé chaque jour davantage dans la cure des maladies, C'est l'héliothérapie. Ce traitement naturel donne des résultats heureux dans toutes les faiblesses du corps, dans l'anémie, le lymphatisme. Il fait merveille dans la tuberculose.

Enfin, l'eau sous forme de lavages, de lotions, de douches et de bains vous sera d'un précieux secours.

Il est essentiel que toute la peau de votre corps respire. C'est un moyen de vous mettre en contact toujours plus intime avec les forces extérieures. Lavez-vous donc largement et souvent. Un grand lavage quotidien, tub ou bain, est nécessaire, Accoutumez-vous surtout pendant la saison chaude, à l'eau froide ou à la température ambiante. Les personnes nerveuses se trouveront mieux en employant de l'eau tiède.

Lorsque vous avez exécuté notre série de 15 exercices, vous pouvez avec avantage vous lotionner au-dessus d'un tub. Mieux encore, prenez un grand bain si vous avez chez vous l'installation convenable. Après vous être bien séché le corps, procédez aux frictions avec la serviette sèche et aux effleurages avec les mains.

Au bord de la mer, prenez des bains et, surtout, ne craignez pas l'air vif, car il ne peut vous être que très salutaire, C'est une erreur de croire que l'air vif est néfaste aux nerveux, mais ceux-ci ont besoin de s'y accoutumer.

Vous ne sauriez croire, avant de l'avoir expérimenté, tout le profit que vous pouvez retirer des moyens physiques et des agents naturels. Comprenez-en l'importance et rompez résolument avec vos habitudes si elles ne sont pas conformes aux lois de la nature.

Cependant, le retour à l'équilibre ne saurait se faire quelquefois sans heurts. C'est, ou votre tempérament, ou votre imprévoyance qui sont cause des difficultés que vous allez peut-être rencontrer.

II faut bien se rendre compte que ce que nous appelons tempérament est un état anormal, un véritable déséquilibre organique. Nous ne devrions pas avoir en nous une prédominante qui nous fait nerveux, sanguin, lymphatique ou bilieux, types d'organismes en suractivité ou en sous-activité. Nous devrions être bien équilibrés. Le tempérament doit être considéré comme une prédisposition maladive.

Ecoutons ce que dit, des différents tempéraments, le Docteur Gaston Durville:

« Le lymphatique est si bien un anormal qu'il est particulièrement prédisposé aux migraines, aux affections digestives, aux maladies des glandes. On peut considérer ce tempérament comme la persistance anormale d'un type infantile, comme une sorte d'arrêt dans l'évolution de l'être...

« Le sanguin est un être en suractivité; il est aussi un cas pathologique. Son foie est gros... A la suractivité organique se joignent bientôt des signes évidents de fléchissement; ils se caractérisent par de la pléthore, qui a son origine dans le système digestif...

« Le bilieux est un anormal, lui aussi; c'est une tare héréditaire. Son foie est héréditairement touché; le plus souvent il est petit; la fonction biliaire est défectueuse.

« Quant à l'atrabilaire (qui équivaut à peu près au tempérament nerveux), c'est un vieux, quel que soit son âge. »

Le sanguin et le bilieux sont en suractivité, le lymphatique et l'atrabilaire en sous-activité. Nous pouvons, comme l'a fait le Docteur Gaston Durville dans sa Cure Naturiste, schématiser ces différences d'activités organiques et les comparer à l'équilibre normal. Traçons une courbe que coupera de part et d'autre une ligne droite. La ligne droite représente la santé, le parfait fonctionnement de la machine humaine. Aux deux extrémités de la courbe, nous avons le lymphatique et l'atrabilaire qui sont au-dessous de la normale; au-dessus de la ligne droite se placent les deux tempéraments en suractivité: le sanguin et le bilieux.

Mais que chacun le sache, notre tempérament n'est pas une empreinte, une suggestion que nous subissons fatalement. Vous pouvez — vous devez même — lutter contre votre hérédité. L'alimentation, la respiration, les exercices physiques sont déjà d'importants facteurs qui vous aideront puissamment dans la lutte que vous allez entreprendre.

Le Docteur Gaston Durville a très bien noté les difficultés que rencontre chaque personne dans son retour à la parfaite santé. Il dit dans son Art de devenir énergique:

« II ne faut pas croire que le retour d'un tempérament vers la normale, et l'évolution du caractère qui en est la conséquence, puissent se faire en quelques semaines. Quoique l'organisme soit renouvelable dans toutes ses parties, il lui faut le temps de se réparer et d'éliminer ses poisons.

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Fig. 51. — La courbe des tempéraments.

Ce schéma montre les 4 tempéraments inscrits sur une courbe qui est coupée par une droite. Celle-ci représente la ligne idéale de la santé. En dessous d'elle, deux tempéraments: le lymphatique et l'atrabilaire. Au-dessus: le sanguin et le bilieux, type en suractivité (Ces 4 tempéraments manifestent la Loi du Cycle que nous avons envisagée longuement dans notre Science secrète. Se reporter à cet ouvrage pour détails. ).

« II ne faut pas croire non plus que la cure puisse être conduite uniformément et sans à coups. Il y a des arrêts, des moments de fléchissement, de rechutes. Les rechutes, d'ailleurs, n'ont rien qui doive effrayer: elles sont inévitables; bien plus, elles sont nécessaires. Il n'est pas exagéré de dire qu'elles constituent de véritables étapes vers la guérison. Le spécialiste compétent les connaît; il les voit venir longtemps à l'avance et se réjouit de leur apparition: c'est qu'avant de guérir, toute affection chronique revit en abrégé le cycle par lequel elle est passée, et subit une série d'oscillations où les bonnes périodes alternent avec les mauvaises. Chacune de ces oscillations a une durée déterminée. Et la « cadence biologique » est même si nette, qu'il est possible, étant donné les rechutes précédentes, d'annoncer dans les grandes lignes les signes pathologiques dominants de la rechute prochaine. Pourquoi ces importantes données sont-elles passées, on peut dire, inaperçues, de la médecine médicamenteuse ? — Parce que les produits chimiques ou concentrés qui constituent la base de la thérapeutique moderne produisent des réactions violentes et antinaturelles qui perturbent le merveilleux rythme fonctionnel de l'organisme. »

Les médecins naturistes connaissent très bien ces crises de retour. De leur côté, les magnétiseurs ont noté ces alternatives de mieux-être et de descente au cours de leurs traitements.

Ainsi, Hector Durville écrit : « Les « crises de retour », sont caractérisées par des retours successifs très bien marqués de la maladie, vers sa période de début. » — Ces retours successifs sont souvent violents ; le patient, non prévenu, pourrait croire que la cure ne lui réussit pas; le médecin lui-même s'y tromperait s'il n'avait l'expérience: « Tant que je n'eus pas, continue Hector Durville, découvert la loi qui préside au retour des différentes crises, j'eus bien des déceptions, et bon nombre de malades que je devais guérir abandonnèrent le traitement dans un moment critique, parce que je ne savais pas les convaincre de la nécessité de ces retours offensifs de la maladie vers le passé. » (Hector Durville. — Théories et procédés du magnétisme, 3e édit., Paris, s. d., p. 483.)

Sachez donc que si vous êtes malade, affaibli, des crises viendront forcément. Si vous êtes atteint de douleurs rhumatismales ou autres, le changement de régime et les exercices vous les réveilleront pendant un certain temps. Mais surtout ne désespérez pas ! Vous le savez maintenant: douleurs, fatigue physique et morale, dépression, abattement... sont autant de signes favorables qui vous feront entrevoir plus proche votre délivrance.

Ayez confiance ! Notre méthode vous permettra de revenir à un mieux être fort appréciable, à un équilibre très stable.

Mais pour éviter tout découragement, il est indispensable que vous sachiez que le retour à la normale ne peut s'effectuer sans quelques difficultés. Devant vous, nettement, apparaît le but que vous vous êtes fixé. Mais la voie qui y mène est accidentée. Votre retour à la normale ne peut donc pas s'effectuer d'un pas uniforme. A certains moments, la route vous paraîtra facile, douce, de plus en plus agréable. Mais au cours de votre ascension, vous découvrirez peut-être quelques endroits pénibles à franchir. Vous vous sentirez fatigué et l'effort à fournir pour terminer votre course, vous semblera au-dessus de vos forces.

Ami lecteur, sache que beaucoup d'autres, avant toi, ont suivi cette même route, qu'ils ont éprouvé les mêmes fatigues, : mais qu'ils ont cependant triomphé ! Ne te décourage donc pas ! Garde confiance et persévère ! Plus tu t'exerceras et plus tu seras à même de produire l'effort libérateur. Et, de jour en jour, à mesure des succès que tu remporteras, la route te semblera plus courte et plus douce!

Courage donc ! D'ailleurs, nous voici arrivés au terme de la cure organique et tu vas te soucier maintenant de la cure morale. Les pages suivantes vont libérer en toi de nouvelles énergies elles vont faire naître en ton esprit de nouvelles raisons d'espérer !

Résumé

Pour assurer son meilleur rendement, l'usine humaine a besoin d'aliments judicieusement choisis, d'air pur et d'un exercice doux et sagement compris.

L'exercice permet à l'être humain de se tenir à égale distance de l'obésité et de la maigreur; il nous donne des muscles puissants, des articulations souples. Il active les échanges organiques, facilite nos éliminations, assure en un mot à toutes nos fonctions une parfaite régularité.

Mais l'exercice, pour être excellent, doit être doux et proportionné à nos résistances. Nous devons nous efforcer de nous rapprocher autant que possible du type de beauté dont nous avons indiqué les proportions.

La méthode de gymnastique de chambre que je préconise est simple, rationnelle, accessible à tous: malades ou bien portants, jeunes ou vieux, campagnards ou citadins en tireront le meilleur profit. Efforcez-vous, matin et soir, d'exécuter les 15 exercices que je vous indique. Chaque séance ne vous demandera, effleurages compris, que 10 minutes. Astreignez-vous à ce petit effort, même si vous êtes très occupé ! Le bénéfice que vous en retirerez sera grand : le soir c'est d'un doux sommeil, profond et réparateur, que vous vous endormirez et le matin, au saut du lit, quelle lucidité, quelle gaieté envahiront tout votre être et vous disposeront au travail de la journée !

En dehors de ces séances d'entraînement, prenez l'habitude de marcher au grand air, recherchez les vastes avenues, les squares ensoleillés.

C'est avec sérénité que vous considérerez l'avenir, car vous vous sentirez chaque jour en possession d'une énergie nouvelle.

L'auto suggestion émotionnelle dans la Cure morale

« L'homme irrésolu lutte toute sa vie contre le malheur. »

Hésiode.

« Jusque à quand tarderas-tu à te juger toi-même digne de réaliser le meilleur ? »

Epictète.

« Souviens-toi que ce qui commande en toi devient inexpugnable quand il se ramasse en lui-même. »

Marc-Aurèle.

« J'ai vu presque tous les « voulants » arriver au but de leur vouloir. Est-ce que la volonté ne serait qu'un fluide aimanté qui, par son intensité, deviendrait une force inconnue, magnétique, ayant le pouvoir de l'attirement des choses et des faits ? »

DE Goncourt.

« II est évident que l'on s'ignore soi-même tant qu'on n'a pas découvert le meilleur qui est en soi, tant qu'on ne s'est pas donné de cœur à la plus haute activité dont on soit capable. »

Woodrow Wilson.— Quand un homme se trouve-lui-même.

« II n'y a pas la moindre utilité à vouloir aider des gens qui ne s'aident pas eux-mêmes. Vous ne pouvez hisser quelqu'un à une échelle, s'il ne consent à grimper un peu lui-même; quand vous cesserez de le pousser, il tombera et se blessera. »

A. Carnegie.— L'Empire des affaires.

« Adoptez la devise du cadran solaire: Je ne marque que les heures ensoleillées. »

O.-S. Marden. — La Joie de vivre.

L'AUTO SUGGESTION ÉMOTIONNELLE

dans la Cure morale

« Connais-toi toi-même. » — Notre premier devoir est de nous perfectionner. — Comment acquérir des forces mentales. — Les deux êtres distincts qui sont en nous: le conscient et l'inconscient. — Directeur et sous-directeur au travail côte à côte dans l'usine humaine. — Participation du conscient et de l'inconscient dans tout phénomène psychique. — Le conscient et l’inconscient dans l'activité émotionnelle. — Nous devons toujours tendre à renforcer en nous le contrôle volontaire. — Exemple de collaboration entre le conscient et l'inconscient: la double mémoire. — Nous devons nous efforcer de décharger le plus possible le conscient des travaux que l'inconscient peut faire automatiquement. — L'erreur que commettent les psychologues qui veulent faire de l'inconscient le personnage de premier plan. — Devons-nous faire des impulsifs, ou des volontaires ? — Erreur de vouloir opposer volonté à imagination. — Le « bluff » en matière d'éducation psychique. Ce qu'il faut en penser. — Une formule simpliste de guérison: « Ça va... ça va... » Son effet diminue par l'accoutumance .— L'imagination passive, source de faiblesse. — Un abîme entre les deux méthodes: celle qui table exclusivement sur l'inconscient et la nôtre qui met en jeu le conscient et, par lui, les facultés supérieures de l'esprit. — La suggestion émotionnelle que nous intentons de loin. Rôle des pensées protectrices. — L'imagination créatrice volontaire et ce que nous devons en attendre. — Erreur de vouloir s'auto suggérer en état de somnolence ou d'hypnose. La psychanalyse: ses dangers. — Malade, aie confiance, relève la tête ! — Une minute décisive. — Les forces sur lesquelles nous devons compter: la pensée et l'émotion. — Un exemple à imiter: l'homme magnétique. — Un type de santé, de force, de joie, de bonheur, de succès. — La pensée se réalise d'autant mieux qu'elle éveille en nous des émotions. — Caractéristiques de notre méthode d’autosuggestion émotionnelle. — Comment on joue son rôle: 1° étude du texte, 2° vivre le rôle. — Ne dites pas: « Je voudrais » ; dites: « Je veux ». — « J'ai confiance en moi ». — « Je veux réussir. » — Les qualités physiques, intellectuelles et morales à acquérir. — Nécessité de la confiance en soi. Napoléon voit pâlir son étoile. — L'aide directe du suggesteur. — Résumé.

Avant toute chose, il importe que celui qui veut conquérir ou reprendre la maîtrise de soi se rende un compte parfait de ses possibilités, de ses forces, de ses faiblesses. Ce n'est pas sans cause que le Temple de Delphes portait cette parole, prise plus tard comme base de l'enseignement ésotérique de Socrate: « Connais-toi toi-même ». De nos jours, cet enseignement est aussi nécessaire, plus nécessaire peut-être qu'il n'a jamais été, car nous vivons à une époque fiévreuse où peu de gens prennent le temps et la peine d'analyser leurs sensations, d'étudier leur caractère, de suivre le conseil donné par Apollon à ceux qui fréquentaient son Temple.

Certes, nous nous connaissons bien peu. De ce manque d'analyse viennent la plupart de nos maux. Nous ne savons pas qui nous sommes. Nous obéissons, pour diriger cette personnalité si mal connue, à des lois, à des préjugés, à des modes mêmes, qui peuvent avoir de bons côtés pour certains, qui sont funestes pour d'autres. Ne nous souciant ni de notre corps, ni de notre esprit, nous ne cherchons pas ce qui peut servir utilement leur équilibre. De cet état d'ignorance où nous sommes, pour la plupart des règles de la vie normale, naissent les douleurs physiques et morales.

Ce laisser-aller est préjudiciable au corps, à notre vie personnelle comme à celle de nos descendants qui pâtiront, comme nous en avons souffert nous-mêmes, des règles de l'hérédité. Cette ignorance nous fait manger sans choix et sans mesure, abuser de tous les plaisirs, renoncer à toute hygiène. Des troubles en résultent dont nous sommes ensuite tout surpris, bien que rien ne soit plus naturel.

Nos négligences ne sont pas sans porter atteinte à notre esprit. Nous avons peine à lutter contre les opinions qui nous viennent du dehors. Nous prenons tout effort en haine.

Pour le cœur, nous nous desséchons dans un égoïsme douillet qui nous fait renoncer aux grands enthousiasmes. Le moindre changement dans cet état de choses nous semble le pire malheur. Nous en prenons un caractère tatillon et chagrin, exagérant outre mesure ce qui nous touche pour nous désintéresser des biens communs. En un mot, nous restreignons notre horizon sentimental au point que nous fermons notre vue sur tout ce qui est grand, noble, digne de nous. Nous ne portons attention qu'à nos petites peines que nous devrions oublier, aussi bien pour notre bonheur que pour notre évolution.

C'est en conséquence de cet état d'âme que l'ignorant est toujours en proie à mille tourments, qu'il dorlote des peines minuscules quand elles ne sont pas imaginaires, qu'il se trouve en désarroi pour des vétilles, qu'il se rend malade réellement, pour ne pas gêner ses plus nuisibles appétits.

Toute autre est la vie de celui qui sait. II trouve dans la mesure qui lui a été enseignée, ce rythme parfait qui donne la santé à son corps, le bonheur à son âme, la paix à son esprit, le succès à ses entreprises; car il a mesuré son fardeau à ses forces; il n'entreprend que ce qu'il est capable de réussir et son désintéressement, sa connaissance du véritable bien lui font considérer les richesses matérielles comme un levier utile, comme un agréable moyen de bien-être, mais jamais comme un but digne de ses efforts.

La paix appartient à celui qui sait. Pour celui-ci, rien n'est livré au hasard, car le hasard n'existe pas. Toute chose subit des lois et ces lois lui sont connues. La santé, le bonheur, le succès se méritent. Il n'y a pas de chance, si l'on considère ce mot comme le nom d'une déesse capricieuse, et les circonstances même qui nous semblent les plus fortuites sont celles que nous avons les plus méritées.

Ces lois, il nous appartient de les découvrir. Elles sont l'équilibre extérieur et intérieur de ce monde qui nous entoure. Corps, esprit, cœur, tout, en nous, est soumis à ces mêmes lois. Si nous apprenions à nous connaître, nous verrions combien était juste la conception des anciens qui faisaient de l'homme un microcosme, une réduction du grand univers.

Il nous suffirait d’observer pour voir combien ces lois sont générales, mais nous marchons sans regarder autour de nous, sans réfléchir à ce qui a pu nous frapper incidemment. Nous ne nous soucions de rien, jusqu'au jour où un fait, un mot nous mettent sur le chemin de la vérité. Alors le monde change de face. De ce jour, la vie devient belle, harmonieuse; Nous ne sommes plus tentés de considérer notre labeur comme inutile, ni comme stérile ou trop restreint le champ où nous évoluons. Cet enclos qui nous déplaisait nous apparaît maintenant comme un magnifique jardin. Nous apprenons à l'aimer et, au lieu de le cultiver de mauvaise grâce, nous le retournons avec amour; nous demandons au soleil d'en féconder la moindre parcelle; nous semons de toutes parts les graines de nos belles espérances qui fleuriront bientôt et dont chaque moisson sera riche, miraculeuse, car la vie se donne à qui l'aime, la comprend, la répand autour de soi. Nos œuvres fleuriront autour de nous comme des plantes choisies; elles s'ouvriront dans la joie, car celui qui sait prend son plus grand plaisir à donner ces fleurs et ces fruits qui sont les résultats dont son labeur est couronné. C'est le magnifique automne d'une laborieuse année; les celliers sont comblés; les corbeilles débordent. L'hiver, la mort peuvent venir.

Dès que nous nous connaissons, notre premier devoir est de nous perfectionner. Nous devons tenir notre corps en parfait état, rendre notre esprit capable de penser sainement, d'agir en connaissance de cause, en pleine puissance de tons ses moyens, mettre notre cœur en état de vibrer pleinement aux belles émotions. C est seulement en observant tous ces points que nous obtiendrons en nous une synthèse merveilleuse.

Celui qui prend conscience de lui-même, des possibilités qui dorment au plus profond de son esprit et de son cœur transforme bientôt sa vie, la rend digne d'être vécue; il cesse d'être le pessimiste toujours à la recherche de ce qui peut blesser, dont la vie est un long cauchemar. Au contraire, le sage, le philosophe découvrent des motifs de joie et d’espérance en toute chose; ils se résignent aux maux inévitables, rançon de l'évolution.

Avant toute chose, il importe de savoir que cette transformation nécessaire n'est nullement au-dessus de nos forces. Nous ne conseillerons jamais à personne de se soumettre à une ascèse extraordinaire qui peut détruire sa santé, son équilibre physique et psychique; Au contraire, cet équilibre est notre but. C'est par négligence ou par abus que nous rendons notre corps malade. Nous le faisons dépérir par le surmenage, nous l'engorgeons de nourritures superflues. Telle est notre faute, telle est l'origine de la maladie. Peut-être souffrons-nous déjà d'une tare héréditaire qui nous rend plus faibles dans la lutte pour la santé. Mais, du jour où nous savons, il nous est possible de diminuer le fardeau qui nous a été imposé par la faute de nos ascendants.

Il en est de même pour l'esprit. Nous ne savons pas vouloir. C'est que les méthodes éducatives actuelles ne font rien pour la volonté. Et pourtant cette faculté est susceptible d'un développement harmonieux. On fait peu de chose pour éduquer nos facultés supérieures: attention, jugement, mémoire, association des idées, imagination. Nous ne savons pas sentir; nous ne savons pas céder volontairement à une belle émotion.

Une autre faute de l'éducation moderne c'est que, si l'on cherche à accroître la volonté, c'est aux dépens de la sensibilité. C'est pourtant une erreur grossière d'opposer la faculté de penser à la faculté de sentir. Ces deux formes d'activité sont également nécessaires. Penser et sentir sont les deux plateaux d'une même balance qui ne trouvera jamais son équilibre, si l'on vient à supprimer l'un des plateaux.

Certes, à lui seul, le champ de la volonté est immense. Dans notre coupable ignorance, nous laissons sommeiller en nous des facultés qui, si elles étaient normalement développées, transformeraient notre vie, nous donneraient des armes dans les luttes de chaque jour. Si nous savions « cultiver notre jardin », nous prendrions un contact plus intime avec la vie, nous élargirions et aiguiserions notre observation; nous rendrions notre jugement plus sûr et plus sagace; notre mémoire plus vaste et plus fidèle; nos associations d'idées plus riches et plus ingénieuses; en un mot, notre vie mentale serait infiniment plus ample et plus puissante.

En nous, comme une mine de diamants sous le sol aride, en nous sommeillent des forces qui, si nous savions les libérer, magnifieraient notre vie, nous feraient accomplir des merveilles. Chacun possède un trésor. Il nous appartient de le découvrir, de l'exploiter. Il suffit de vouloir.

Mais comment apprendre à vouloir?

Vouloir, c'est, dans le domaine de l'esprit, la clé qui ouvre toutes les portes. Il n'est pas d'obstacle insurmontable à celui qui sait et qui veut avec persévérance.

Aujourd’hui, les circonstances vous entravent. Il vous semble que vos plus légitimes désirs ne se réaliseront jamais. N'écoutez pas les mauvais conseils de cette heure de dépression. Ce qui vous fait défaut, soyez-en bien sûr, c'est la volonté.

« Je voudrais, dites-vous; je voudrais, mais je ne puis. Je trouve sans cesse des obstacles qui s'opposent à tout ce que je voudrais faire », et dépité, rebuté, vous vous retirez de la lutte. Telle est bien votre erreur, homme de peu de foi !

Imaginez un médecin assez sot pour dire à un enfant débile, anémié, que tout est perdu, que jamais il ne remontera la pente, que tous ses efforts seront vains. L'enfant ne tentera même pas d'effort, il dépérira. Au contraire, le médecin, vraiment digne de ce nom, sait très bien qu'un régime sain, des exercices appropriés, la vie au grand air, une alimentation choisie rendront bientôt des forces au petit malade. Il lui fait partager sa foi, le surveille, l'encourage, le stimule de toute manière et l'enfant guérit.

Il en est de même pour la volonté. A celui qui est las de lutter, qui manque de forces morales, de ressort, d'énergie psychique, dont les décisions sont insuffisantes, le psychologue dit:

« Ayez foi. Les forces vont venir. Elles dorment en vous. Faites effort, luttez. Les forces cachées vont surgir, s'épanouir. Persévérez, elles vont se développer, vous transformer. De faible que vous êtes, vous allez devenir puissant et robuste. Cessez de pleurer. Relevez la tête. Rejetez les idées noires. Ne croyez pas que vos forces vont vous trahir...»

Rien n'est impossible à qui veut véritablement; il n'est pas de déshérités. Certes, chacun ne peut devenir un athlète — est-il vraiment enviable de l'être ? — mais chacun, en toute certitude, peut acquérir la force morale, la décision, le contrôle sur soi-même, l'attention, la volonté qui sont nécessaires dans la vie.

Ces pages ont pour but de vous montrer comment acquérir des forces mentales; comment avoir prise sur les énergies qui sommeillent en vous, prise sur les autres, prise sur les événements. Cette tâche n'est pas au-dessus de vos forces. Si vous vous décidez à faire cet effort, c'est une vie nouvelle qui s'ouvre devant vos pas. Après un effort, un labeur qui durera d'autant moins que vous l'entreprendrez avec courage, la réussite vous sera aisée, la chance vous sourira.

La chance ! C'est en vous développant que vous comprendrez toute la valeur de ce mot si souvent et si mal prononcé.

La chance vous appartiendra dès que vous aurez décidé de lutter. Ce n'est pas une entité changeante, capricieuse. Elle obéit à qui sait vouloir. Nous l'attirons par nos pensées quand nous avons appris à les diriger; nous l'attirons irrésistiblement comme l'aimant attire l'aiguille de la boussole. Si nous savons vouloir, nous la fixons, nous l'obligeons à rester avec nous.

N'avez-vous jamais remarqué combien certains êtres possèdent un pouvoir, une emprise autour d'eux ? Ce rayonnement est réel, mais il n'a rien de mystérieux ou de surnaturel pour qui connaît les phénomènes psychiques. Inconsciemment peut-être, ces êtres savent vouloir, mais rien ne vous est plus loisible que d'apprendre aussi. Vous réussirez aussi bien qu'eux, mieux même car vous connaîtrez la valeur des énergies qui sont en vous.                                     

Pour réussir, le point essentiel est donc de se perfectionner, d'acquérir de la volonté. Mais que sera cette volonté ? Celui qui l'exprime dit, par cela même, volonté calme, suivie, réfléchie, persévérante. Pas d'élans brusques. Au contraire, une patience sûre de la réussite. Il faut aussi un altruisme qui vous fait considérer votre réussite personnelle comme l'accroissement du bien de tous. Ces nobles sentiments, si opposés à l'arrivisme, sont nécessaires pour attirer à vous les forces que doit capter et retenir la volonté. Il faut être ou devenir un noble exemple pour les autres; il faut que notre vie bien remplie leur soit comme un enseignement. Ce n'est pas seulement pour nous que nous travaillons, mais pour accroître l’œuvre commune.

L'homme ne vient pas sur terre poussé par le hasard. Il est le produit de tout un passé: passé personnel en premier lieu; passé collectif ensuite.

Nous ne saurions nous appesantir ici sur ce point que nous avons plus largement traité dans nos deux ouvrages: la Science secrète et les Forces supérieures. Nous nous bornerons à quelques mots rapides qui serviront de préambule au problème de l'auto suggestion émotionnelle dans la cure morale.

Le passé de chaque homme représente une somme d'efforts considérables. Les pensées que nous avons accumulées forment un trésor prodigieux. De ce trésor surgissent les traditions, les coutumes, les habitudes. Et ce trésor, nous l'ignorons; il faut des circonstances tout à fait exceptionnelles pour que nous en ayons conscience. Il n'en existe pas moins.

De notre ancêtre le plus reculé, la pensée s'est perfectionnée à travers les âges. L'être, d'abord, a été mû par des instincts, assez semblables à ceux qui régissent l'animal. Après ces instincts, accordés à tout être vivant pour qu'il puisse conserver et perpétuer l'existence, des habitudes sont venues qui ont en quelque sorte codifié ces instincts. Enfin, très lentement, les actes volontaires ont fini par se faire jour. C'est seulement après des centaines de siècles que le cerveau s'est formé, tel que nous le connaissons. La pensée s'est manifestée, entraînée; une langue rudimentaire, puis des vocables plus divers se sont créés. De progrès en progrès, avec des erreurs et des triomphes, la civilisation est devenue celle que nous voyons de nos jours.

Oui, des liens puissants nous relient à tout le passé. Nous avons évolué, depuis l'homme des cavernes. Nous avons affiné nos facultés, gagné des pouvoirs. Mais pouvons-nous dire, si grand soit, à l'heure actuelle, notre acquis, que nous sommes aussi conscients que nous le désirons ? Pouvons-nous dire que nous sommes toujours des êtres libres, indépendants, agissant exclusivement parce que nous le jugeons bon ? La foule le croit; mais, comme bien des opinions du vulgaire, celle-ci est absolument fausse.

En réalité, il y a en nous deux êtres distincts que les psychologues appellent le conscient et l'inconscient. Nous avons déjà comparé le premier au directeur d'une usine, le second au sous-directeur. Dans la personne humaine, ces deux êtres se juxtaposent, n'existent pas l'un sans l'autre. Tous deux ont zinc part dans tout acte, toute décision, toute opinion, tout sentiment. Fait bien connu des psychologues, c'est l'inconscient qui, dans cette vie à deux, joue le rôle le plus important.

Dans la Science secrète, nous avons comparé la personnalité humaine à un iceberg. Le bloc de glace est dérivé par le courant comme nous-mêmes sommes entraînés par des forces supérieures. Une partie du bloc émerge de l'eau — un dixième — c'est la partie-consciente. Ce qui est dans l'eau (les 9/10) c'est la part de l'inconscient. Conscient et inconscient sont, comme dans le bloc de glace, inséparables; ils collaborent à toutes les manifestations de notre vie organique, psychique, intellectuelle, à tous les faits de pensée, de conscience. C'est un fait primordial qu'il ne faut pas oublier.

L'apport du passé est un lourd fardeau dont nous ne pouvons nous défaire. C'est notre inconscient qui traîne tout ce poids. Chez l'animal inférieur, cet inconscient est seul à exister; il est le siège de l'instinct, le réceptacle de tous les apports héréditaires. Chez les êtres plus évolués, il garde les habitudes acquises, subit les influences ambiantes. C'est cet ensemble qui crée le premier pli psychique, qui forme le caractère, détermine le tempérament, conditions premières de notre manière de voir, de sentir et d'agir. C'est ce pli qui, en premier lieu, nous impose notre ligne de conduite. Mais l'homme se perfectionne et, à mesure qu'il acquiert une plus grande conscience de sa personnalité, il apprend à résister à toutes les impulsions qu'il juge néfastes.

De jour en jour, ce perfectionnement s'accroît. Non seulement chaque homme, mais l'humanité tout entière tend sans cesse vers le mieux-être, suit la loi évolutive.

La somme des expériences passées nous rend déjà de grands services. De tout temps, les sages, les philosophes ont compris la nécessité de se perfectionner, de rendre meilleures, tout ensemble, les facultés intellectuelles et les puissances émotionnelles.

Cette tâche est considérable et ce n'est pas trop des deux éléments de notre personnalité: conscient et inconscient pour la mener à bien. Aussi les voyons-nous toujours travailler côte à côte comme le directeur et le sous-directeur d'une usine. Tous deux doivent conjuguer leurs efforts en vue d'un fonctionnement avantageux pour tous. C'est de ce travail commun que doit naître le progrès. Le conscient (directeur de l'usine humaine), quand il entend bien son rôle, observe, juge, s'instruit, recueille les observations de tous pour en faire une opinion précise propre à le diriger dans la marche de ses affaires. Quand il a augmenté et groupé ce bagage de notions, il s'est fait une idée nette de toute chose et c'est seulement alors qu'il peut, en pleine connaissance de cause, donner au sous-directeur (inconscient) les ordres qu'il doit faire exécuter par le personnel inférieur. Le sous-directeur classe à son tour les données qui lui ont été transmises. Ce classement, cette sorte de fichier intellectuel est une part importante de sa besogne. En cas de besoin, le directeur aura recours à lui pour obtenir immédiatement les fiches qu'il souhaite en vue de son travail personnel. Donc, plus le classement sera net et bien fait et plus le directeur trouvera son œuvre facilitée, mieux l'usine fonctionnera au mieux des intérêts de chacun.

Comment le directeur et le sous-directeur peuvent-ils s'acquitter de cette tâche à la fois distincte et commune ? Ils le peuvent grâce à un ensemble de facultés. Ces facultés leur sont communes, mais ils les exercent chacun différemment. La conscience est en possession de l'initiative, des vues nettes, des notions vivantes. L'inconscient a une besogne automatique, qui demande à la fois, pour être bien menée, plus d'ordre et d'application soutenue. Ce dernier est un sous-ordre, certes, mais il n'est pas de collaborateur plus utile. Nous allons voir quel est le rôle de chacun.

Pour ce faire, restons dans le domaine des facultés supérieures et voyons rapidement leur utilisation par le conscient et l'inconscient. Ici se trouvent en présence deux puissances qui agissent différemment. Toutes deux interviennent dans le domaine mental et dans le domaine émotionnel.

Pénétrons tout d'abord dans; le domaine mental.

La faculté primordiale est l'attention, base de tous les phénomènes psychologiques. Sans l'attention, aucun perfectionnement ne pourrait exister. Les sensations ne feraient que traverser l'organisme sang y laisser de trace, comme l'eau traverse un crible.

Toutes nos facultés psychiques découlent de l'attention: c'est elle qui nous fait voir les objets. Une notion étant acquise, nous pouvons la comparer à d'autres: le jugement intervient. Ensuite, cette perception et ce jugement se lient, presque automatiquement à des idées plus ou moins vastes, plus ou moins variées et donnent lieu à des associations d'idées. Ces notions, ces comparaisons, les jugements qui en découlent, les idées qui s'unissent à eux sont enregistrés par la mémoire qui enrichit nos archives et peut, le cas échéant, les reproduire telles quelles ou donner à l'imagination des thèmes qu'elle peut broder à l'infini pour produire d'autres idées et d'autres images.

Dans toutes ces opérations de l'esprit: attention, jugement, association d'idées, mémoire, imagination, les deux entités — conscient et inconscient — ont leur part, car toutes deux, toujours, vivent côte à côte, s'interpénètrent.

Montrons quelle est la part de chacune d'elles. Tout d'abord pour l'attention.

Prenons la forme consciente: je tiens un caillou, je l'étudie suivant les motifs qui me sont fournis par une culture antérieure. Si je ne suis pas à même de rechercher sa composition, en tout cas, je puis constater sa couleur, sa dureté, sa contexture, les particularités plus ou moins frappantes de sa forme. Mais, en général, nous n'exerçons guère cette faculté d'attention. Nous ne savons pas voir. Nous regardons à peine. C'est de là que vient la faiblesse de nos facultés. Nous passons en aveugle devant le spectacle merveilleux du monde.

La forme inconsciente de l'attention est encore plus primitive. Nous sommes au cinéma, plongés dans l'obscurité. Soudain, la lumière jaillit et, nous qui avons atteint l'âge adulte, nous faisons le même mouvement que le tout petit, nous nous tournons spontanément vers la source de cette lumière. Nous ne pensons aucunement à observer pourquoi et comment cette lumière se produit; c'est un besoin presque physique de la contempler. Il s'agit là d'un acte purement inconscient.

Le jugement s'exerce de même sous les deux aspects conscient et inconscient.

Si nous étions conscients, nous jugerions sans parti pris, ne nous inspirant que de la réalité des faits, et nos jugements auraient la précision de la mathématique. Mais il s'en faut de beaucoup que les choses aillent ainsi. Le sachant, ou à notre insu, nous avons mille affections, mille habitudes, mille idées préconçues qui ne nous permettent pas de discuter les faits et les idées avec l'impartialité qu'ils méritent. Le rôle de l'inconscient devient énorme. Nos habitudes de famille, de nationalité, de religion, d'étude même, nous font une sorte d'armure en présence de certains faits. Il en est que nous n'admettrons jamais, même devant la formelle évidence. Du moins, nous devrons nous faire violence pour les discuter honnêtement. Si nous sommes contraints par la réalité à voir ce qui ne nous plait point, nous sommes brutaux dans nos jugements et nos sensations nous entraînent souvent où le conscient ne veut pas aller. Pour prendre un fait tangible, dans l'amour et les autres affections nous ne voulons voir de l'être aimé que ce qui nous plait en lui et nous lui prêtons au besoin des attraits qu'il n'a jamais possédés.

L'association des idées procède également des deux formes consciente et inconsciente. Nous avons tous le pouvoir d'unir les idées les unes aux autres. Si nous songeons à une feuille d'arbre, nous lui trouvons un rapport avec une brandie, la branche avec le tronc et ce sont les associations en quelque sorte nécessaires, mais nous en pouvons former d'autres à l'infini. Ici, le travail est tout à fait conscient; mais, le plus souvent, l'association des idées se fait de la manière la plus spontanée. Le fait le plus caractéristique de cette association inconsciente des idées est le rêve. Le rêve est fait en général de nos perceptions récentes groupées suivant un ordre arbitraire par l'inconscient pendant que le conscient se repose. Par exemple, un repas mal digéré nous donne une sensation de pesanteur sur l'estomac; une rencontre désagréable nous a laissé aussi une impression de gêne. Le rêve associe ces deux sensations et nous fait voir le gêneur assis sur notre épigastre. Dans la vie courante, le même phénomène se produit dans la conversation à bâtons rompus. Les gens du monde se réunissent, un mot appelle une idée souvent fort différente de celle qui présidait au propos de tout à l'heure; mais comme le cercle est formé de personnes ayant les mêmes habitudes d'esprit, ces bonds ne déconcertent personne et tous ont l'esprit d'à propos qui leur permet de riposter sans retard aux paroles prononcées.

Notre mémoire nous offre une dualité semblable. Les faits enregistrés se gravent et se reproduisent.

J'ouvre un livre, je lis quelques vers, ils me plaisent; je les relis pour les conserver présents à l'esprit; je m'en souviens quand je le souhaite. Ici, manifestation consciente. Mais la mémoire est beaucoup plus intense encore quand elle agit de manière inconsciente. Je n'en veux pour preuve que ces phrases musicales qui s'incrustent dans notre inconscient au point d'en devenir une gêne, une obsession.

Prenons cette obsession pour type. L'air entendu, une romance, un refrain nous poursuivent; nous ne pouvons nous en dégager. Dans notre sommeil, mille et mille souvenirs que nous avions perdus, que nous croyions avoir oubliés, surgissent soudain à la faveur du rêve. Qu'un choc émotionnel survienne et ces pensées, ces images réapparaissent dans un éclair. Prenons encore un exemple typique: un naufragé, dans la minute où il croit mourir, revoit, dans une brusque lumière, tout ce qui fut son passé et souvent des détails infimes. Nous en avons cité bien des cas dans notre Science secrète.

Ces impressions, ces souvenirs, sont en nous à l'état latent. Ils y demeurent sans même que nous le sachions et nous sommes bien longtemps, parfois même toute notre vie, sans connaître les richesses que nous possédons. Que faut-il pour ramener au jour quelques souvenirs ? La vue d'un objet, d'un arbre, d'une maison, d'un site; un air que fredonne quelque mendiant, une parole qui nous frappe, un geste qui nous émeut, une inflexion de voix, un regard, une poignée de main, le contour d'un visage, une silhouette vaguement entrevue... Sans motif plausible pour nous, le souvenir que nous croyions ; aboli et qui dormait en quelque pli obscur de notre cerveau surgit du fond de la conscience, s'impose à nous, crée une association imprévue d'idées qui modifie notre jugement, nous fait aimer ou haïr, à travers l'objet présent, la sensation de joie ou de douleur d'autrefois. Dans cette action, le rôle de l'inconscient est immense. Il est le gardien fidèle de toutes les images reçues, de toutes nos sensations; c'est lui qui nous les présente dans un ordre imprévu mais impérieux, dans les heures violentes.

Plus encore dans l'imagination, le jeu de l'inconscient et du conscient prend des proportions considérables. L'imagination est la faculté qui nous permet non plus de grouper des images anciennes mais d'en créer de nouvelles, faites de toutes pièces.

L imagination peut agir dans le domaine conscient, mais il est rare que ce domaine lui suffise. Essayez de créer volontairement une image que vous n'ayez jamais vue, qui ne ressemble à rien qui soit connu de vous, vous en éprouverez une assez grande difficulté. Cependant l'artiste est obligé, quand il veut donner la vie matérielle à un personnage de drame, de le voir tel que l'auteur a pu le forger dans sa pensée souvent abstraite. S'il est vraiment un grand artiste, il nous fait oublier ce qu'il est personnellement. Ce n'est plus Un tel ou un tel que nous regardons sur la scène, c'est Roméo, c'est Shylock, le Tartufe ou Chérubin. Cette perfection dans la réalisation d'un type imaginaire est d'une extrême difficulté; aussi, bien peu y réussissent. Il faut un génie naturel, beaucoup d'observation et de puissance émotionnelle.

Dans sa forme inconsciente, l'imagination se donne beaucoup plus librement carrière. C'est cette forme de l'imagination que Malebranche a nommée « la folle du logis ». Si nous la laissons agir sans contrôle, elle ne saurait garder aux faits et aux choses leurs proportions véritables. Dans la frayeur, par exemple, l'imagination joue un rôle prépondérant. Nous sommes dans un bois, la nuit. En réalité, nul danger ne nous menace, mais l'angoisse de la solitude; le bruit des feuillages, le hululement des oiseaux nocturnes, tout cela nous trouble. L'inquiétude gagne notre esprit et débride notre imagination. Sous son impulsion, les arbres prennent des dimensions et des formes fantastiques : tel devient un géant, cet autre un voleur embusqué avec une arme redoutable; la racine se transforme en serpent; tout nous apparaît comme un piège. La terreur véritable nous prive de tous nos moyens. Qu'à ce moment, un bruit inattendu se propage dans les ténèbres, il nous est impossible de penser que c'est le galop d'un lapin ou le cri d'un oiseau de nuit. C'est nécessairement le début d'une aventure épouvantable et, selon l'état de nos nerfs, nous prenons une course folle, ou bien nous roulons à terre, le cœur défaillant.

L'imagination est une telle force que nous la voyons, par contre, rappeler à la vie ceux qui étaient possédés par quelque forte passion et qui y puisent l'énergie de lutter contre le mal. L'avare n'a pas besoin de voir, de palper son trésor pour éprouver la joie que lui donne sa fortune; il lui suffit de voir l'or, de l'entendre, d'y penser même pour créer en son esprit l'image de la « chère cassette » qui contient plus que sa vie. Le voluptueux, l'homme épris n'a pas besoin de voir la femme aimée ou désirée; il suffit d'un portrait, d'une lettre, moins encore, d'un parfum respiré dans la rue, d'une coiffure, d'un ruban, pour que le souvenir de l'être aimé lui soit présent et, avec lui, les sensations voluptueuses qui accompagnent sa présence. L'alcoolique, le glouton pensent à une bouteille, à un festin, et l'eau leur en vient à la bouche. Le joueur, rien qu'à imaginer la table de jeu ou le champ de courses, éprouve déjà le frisson qui lui serre le cœur au moment où son enjeu s'évapore ou se multiplie suivant le caprice du sort. Dans les jours de mélancolie, la tombe de ceux qui nous ont quittés nous fait revoir leurs traits chéris, revivre les heures douées qui nous ont fait le mieux apprécier leur caractère et leur tendresse. Dans tous ces cas, c'est le processus inconscient qui s'impose à nous avec force, qui nous contraint à voir, à entendre, à éprouver ce que nous ne recherchons peut-être pas, ce qui est peut-être un remords.

Dans tout fait psychique, nous voyons donc l'inconscient agir sur nous avec puissance.

Nous pensons, mais nous sentons aussi et c'est surtout dans le sentiment que l'inconscient prend une part énorme à notre vie, nous soutient ou nous abat, aiguise nos perceptions ou les oblitère.

Nous traversons un paysage dont l'harmonie nous enivre. Un calme inattendu nous pénètre et nous charme. Cet arbre, cette fontaine, ce ciel délicatement bleu ne se contentent pas de faire vibrer en nous les émotions que leur vue nous inspire; ils nous rappellent des villégiatures précédentes, des souvenirs, des joies, des peines, qui font de nous une personne toute différente de celle qui est descendue du train.

Nous entendons une chanson, une symphonie : leur rythme, leur mélodie rappellent à notre esprit un monde de sensations oubliées. Tel chant, doux et mélancolique, paraîtra une prière à un esprit religieux, et il verra sa mère prier ou quelque figure chérie, dans l'attitude de l'extase. Celte mélodie est peut-être un regret du pays ou la séparation de l'aimée: thèmes qu'un autre auditeur y verra et animera de ses souvenirs personnels. La voix d'un ami subitement entendue nous saisit d'une joie singulière dans certains moments plus sensibles. Il nous paraît, dans une période de chagrin, que cette voix nous amène un réconfort, que cet ami vient à nous comme un envoyé céleste.

Marchons dans la campagne, un jour de repos, alors que les préoccupations de la vie nous laissent l’esprit paisible. Cette maison qui n'a jamais retenu notre attention nous paraît tout à coup celle du bonheur. Nous la trouvons pareille à la maison de notre enfance, à celle qui semblait si grande quand nos pas trébuchaient. Un monde d'images et de souvenirs reparaît à notre pensée comme des bulles à la surface de l'eau. Des cloches sonnent au lointain; toutes les sensations religieuses de notre enfance se tissent à cette harmonie si douée à écouter dans la paix du soir. C'est le village de l'enfance avec ses maisons basses, ses haies pleines de mûres où nous avons tant grappillé et dont nous nous rappelons tout, excepté les épines. Un parfum nous rappelle une présence féminine et c'est beaucoup dans cette faculté d'éveiller nos souvenirs que le parfum prend sa puissance. Mais ce parfum lui-même est évoqué à son tour par des circonstances extérieures. Un tableau nous montre un rosier chargé de ses fleurs; nous l'imaginons vivant, nous respirons sa tiède baleine et nous rapprochons d'elle des images, des parfums qui nous furent chers.

En somme, à moins d'éducation particulière, nous n'avons que peu de maîtrise dans notre vie émotionnelle. C'est ce qui fait dire à Hœffding: « C'est surtout dans le développement des sentiments que les impressions inconscientes jouent un grand rôle. Le sentiment n'est pas seulement déterminé par des sensations et par des représentations claires et précises, mais encore par des influences imperceptibles, dont la somme seule compte pour la conscience. De là ce qu'il y a de mystérieux et d'inexpliqué dans l'essence de tant de sentiments; ils sont surtout dans leurs premiers mouvements, inintelligibles pour l'individu qui les éprouve, parce qu'il en ignore les causes précises. »

Tous les faits que nous venons de passer en revue montrent le rôle immense que joue en nous la partie inconsciente de notre personnalité. C'est l'inconscient qui fait battre notre cœur qui préside à toutes nos fonctions organiques. Il est prépondérant dans tout acte de pensée, dans tout sentiment, dans toute émotion. L'inconscient est le réservoir où s'accumulent, avec tous les apports du passé, les fruits de notre expérience.

Pour la clarté de notre enseignement, nous avons étudié l'inconscient et le conscient comme s'il s'agissait de deux entités séparées, mais ce serait une erreur de croire qu'il en est ainsi dans la réalité de la vie, que ces deux êtres peuvent agir l'un sans l'autre et même qu'il y a avantage à laisser à l'inconscient son entière liberté. Cette erreur ne tarderait pas à amener les abus les plus funestes.

Au contraire, nous devons toujours tendre à renforcer en nous le contrôle volontaire. Si nous laissions à l'inconscient une liberté excessive, il ne tarderait pas à nous engager dans une voie qui nous serait extrêmement préjudiciable. Cela nous est très facile à constater dans certaines circonstances où l'inconscient devient momentanément notre maître, où il cesse de se trouver sous le contrôle de la conscience. Par exemple, dans le cas d'obsession, d'idée fixe, où, sous l'empire de l’inconscient, la conscience est oblitérée par une pensée, souvent sans importance, qui prend des proportions si grandes que l'on ne voit plus autre chose. Nous le voyons également dans les rêves où l'inconscient, laissé libre d'agir à sa guise, nous fait associer les idées les plus disparates dans l'ordre le plus arbitraire. Ce mécanisme est encore plus apparent dans le trac où tout contrôle disparaît. L'inconscient, emballé en quelque sorte sur une piste, ne trouve plus ni frein, ni obstacle et ne tarde pas à nous jeter dans les embarras les plus extrêmes. On voit, dans ce cas, les réflexes les plus inattendus se produire: le traqueur souffre de palpitations, de troubles de la digestion ou des sécrétions. En un mot, le traqueur ne peut plus compter sur l'autorité de sa volonté et, livré à son inconscient, perd tous ses moyens d'un seul coup.

Dans certains cas pathologiques, l'inconscient peut même prendre temporairement la place de la conscience et agir en son lieu et place. Nous avons étudié dans notre Science secrète — où nous nous sommes appesantis longuement sur la vie mentale, — les cas célèbres de Félida, étudiée par le Docteur Azam de Miss Beauchamp, étudiée par le professeur Morton Prince, d'Hélène Smith étudiée par le Professeur Flournoy et divers autres aussi caractéristiques.

Ces personnes, dont la psychologie maladive a été longuement observée, avaient plusieurs états de conscience qui prenaient successivement la place de l'être réel, du conscient. Ces cas sont extrêmement curieux et ils peuvent être reproduits expérimentalement par un suggesteur habile. Il est possible d'imposer, en suggestion, une personnalité toute différente de celle du sujet, qui vivra de son existence propre, sans laisser à la vraie conscience du sujet la possibilité de se manifester. Chez les fous, le phénomène est plus complet encore. L'inconscient est seul à vivre; le conscient est complètement obnubilée

II ne faut pas davantage considérer l'inconscient comme un danger constant et que l'on doit tenir sous clef. Bien éduqué, il peut, au contraire, devenir un être précieux, mais il doit toujours demeurer sous l'autorité, sous le contrôle du conscient. C'est celui-ci qui, à l'origine, doit juger si l'habitude à acquérir est bonne et profitable, si la faculté à développer rendra de véritables services. C'est seulement après cette étude que l'inconscient a le droit de prendre cette habitude, de développer cette faculté, de même que le sous-directeur d'une usine ne doit se permettre de prendre aucune décision importante sans le consentement ou l'ordre de son directeur. Il devra ensuite faire exécuter le programme de travail par les sous-ordres.

Le but de l’éducation psychique est de renforcer la conscience, d'augmenter sa maîtrise sur l'inconscient, qui, bien gouverné, devient un fidèle serviteur.

Prenons un exemple qui montrera le mécanisme de cette collaboration:

Voici une jeune fille qui veut être dactylographe. Elle doit connaître la place des touches et acquérir une dextérité suffisante pour la frappe. Ce double travail s'effectue en deux périodes bien distinctes:

1er stade. — Au début, la dactylographie exige de la jeune fille un effort conscient. Tous les mouvements qu'elle fait doivent être contrôlés avec attention. Il faut qu'elle observe avec soin la place des touches, et chaque pose de doigt est à la fois un geste du corps et un travail de l'esprit; encore les erreurs sont-elles nombreuses, au début.

2e stade. — L'habitude est enfin acquise; les doigts se sont déliés; la dactylographe n'a plus besoin de songer à ses mains qui agissent guidées par l'habitude. La frappe est automatique. Le conscient ne fait plus effort que pour suivre le texte à transcrire, dans le travail matériel. C'est l'inconscient qui agit. A ce stade, le conscient est parfaitement libre de se livrer à une toute autre besogne comme celle de rédiger la réponse, le texte, le roman que les doigts, mus par l'inconscient, écrivent sans en avoir connaissance.

On voit très bien ici le rôle de l'inconscient: c'est un serviteur fidèle, mais pour être utilisé comme tel, le conscient s'est vu obligé, tout d'abord, d'étudier, de juger, de contrôler ]a notion qu'il fallait enseigner à son aide, après avoir vu que cette notion était utile et bonne à acquérir. On peut dire, sans crainte d'erreur, que rien d'utile, vraiment, ne peut être accompli de façon constante, suivie que sur l'ordre du conscient.

Je reprends en mon nom personnel l'exemple de la collaboration du conscient et de l'inconscient dans l'écriture à la machine. J'ai commencé, il y a quelque vingt ans, à me servir de cet objet. Après quelques jours d'application, j'ai connu mon clavier. Il m'en a fallu davantage pour obtenir la dextérité, la rapidité nécessaires, sans lesquelles la dactylographie n'est pas utile. J'ai donc fait, au début, un effort conscient. Mais dès que la place des touches a été fixée dans ma mémoire, mes doigts ont continué leur besogne, guidés seulement par l'inconscient. Depuis 20 ans, j'ai gardé la même vitesse au clavier, mais, fait à noter, je frappe maintenant sans prêter aucune attention à ce que font mes mains. Si je ferme les yeux devant mon clavier et que l'on me demande où se trouve une lettre: n, par exemple, je suis incapable de dire où elle est. Mais que je veuille écrire ou qu'on me dicte un texte, immédiatement, sans aucune hésitation, je puis le transcrire sans faute, sans confusion. Ce simple fait suffît à démontrer l'existence de deux mémoires différentes: le conscient a oublié, l'inconscient se souvient.

Cette dualité de la mémoire est extrêmement importante à noter dès maintenant, car elle nous fait constater les divers stades de l'éducation que nous devons donner à notre volonté. Au début, toute notion que nous acquérons, est acquise par un effort conscient. Plus nous apportons d'attention à cette étude, plus rapidement et mieux le résultat est obtenu. A l'acte volontaire, succède ensuite l'habitude. Le conscient cède la place à l'inconscient. L'effort initial crée le pli psychique qui ne s'effacera plus guère. Cela fait, le conscient n'a plus aucun effort à faire, il s'en remet à l'inconscient et à ses sous-ordres. Plus les notions à acquérir seront complexes et délicates, plus le premier stade nécessitera de travail et d'application, mais, par la suite, il n'y aura aucune peine consciente; l’inconscient sera discipliné.

Ce phénomène de la double mémoire — consciente et inconsciente — ne se produit pas seulement dans la dactylographie. On le trouve dans tout fait de conscience. Il n'en est pas de plus fréquent. On peut même le considérer comme une règle générale. Il est si constant qu'il passe inaperçu devant nos yeux.

Je me rends pour la première fois chez une personne. Je regarde la rue, je cherche le numéro, je considère la maison, je m'informe auprès du concierge, je gravis l'escalier ou prends l'ascenseur, je m'arrête à l'étage indiqué. Sur le palier, je fais un effort de mémoire pour me rappeler à quelle porte je dois sonner. Pour arriver à mon but, j'ai dû mettre sans cesse en action ma conscience: j'ai regardé, observé, réfléchi.

Me vient-il à l'idée de voir à nouveau cette personne ? Je me rends chez elle avec beaucoup moins d'efforts, car un grand nombre de notions me sont restées en mémoire. Je n'ai plus recours au concierge; je reconnais l'étage et, si j'hésite un instant sur le palier, cette hésitation n'est pas longue.

Que cette visite se renouvelle et devienne une habitude fréquente, je ne songe même plus à regarder; mon inconscient me dirige, tandis que je pense, soit au plaisir de voir des amis, soit à l'entretien d'affaires auquel je vais me livrer.

L'inconscient décharge le conscient de tout travail qui peut être fait automatiquement. C'est là son principal rôle. Celui du conscient est d'observer, de comparer, de juger.

Prenons encore un exemple. Pour apprendre à jouer du piano ou de tout autre instrument, le premier stade est celui de l'effort conscient, le deuxième stade est automatique. Dans le premier, l'esprit a fort à faire pour guider les doigts sur les touches, mais quand l'habitude est acquise, l'esprit laisse agir l'inconscient et se préoccupe d'autre chose, de l'interprétation de la phrase musicale, du sentiment à exprimer.

Chacun exerce ainsi la fonction qui lui est propre: après étude, l'inconscient décharge le conscient de tout le travail qui peut être automatiquement accompli. Libéré de ce soin, le conscient peut faire une besogne d'ordre supérieur, où il est beaucoup plus utile.

Vous trouverez des exemples du même genre partout autour de vous. Tous les ouvriers habiles en leur art sont passés par les mêmes stades. Au début, ils ont appris à force d'attention à se servir de leur outil, mais, par la suite, ce travail manuel est devenu automatique; ils ont pu alors chercher les délicatesses de leur art et accomplir des besognes qui demandent un soin et un goût tout intellectuels. En tout ceci, nous le voyons, le rôle de l’inconscient est celui d'un suppléant, d'un secrétaire, à qui l'initiative ne doit jamais appartenir.

De ces constatations, une loi ressort pour nous. Nous devons nous efforcer de décharger le plus possible le conscient des travaux que l'inconscient peut faire automatiquement. Mais l'inconscient reste au second plan. Ce serait commettre une grosse erreur de croire que l'inconscient peut agir de lui-même sans contrôle préalable. C'est toujours le conscient qui doit avant toute chose, juger la valeur des notions, les passer au crible de la raison.

Quand l'éducation psychique a été imparfaite, quand l'inconscient domine sur le conscient, nous disons que la personne est « inconsciente ». Cela peut se dire de l'enfant qui n'a pas encore atteint l'âge où il peut juger et maîtriser ses impulsivités; du vieillard tombé en enfance et qui n'a plus ses facultés; du fou, de l'halluciné qui, pour un motif ou un autre, ont perdu tout contrôle volontaire. Tous ces êtres, trop jeunes ou affaiblis, manquent de synthèse mentale; leur conscient n'est pas à son poste.

Expérimentalement, nous pouvons arriver au même fait. Plongeons en hypnose un sujet sensible. Que se passe-t-il dans son champ mental ? Le conscient est endormi, obnubilé; c'est l'inconscient qui accepte la suggestion imposée et qui l'exécute dans la limite permise.

On conçoit par-là quelle utilité il y a pour nous à devenir de plus en plus conscients. Ce serait une erreur aussi grossière que préjudiciable d'abdiquer notre conscience, car nous restreindrions du même coup le champ de nos perceptions et nous finirions par perdre le sens précieux de la responsabilité. Nous devons tendre à former une synthèse harmonique de notre conscient et de notre inconscient, si nous voulons que le sous-directeur, sans empiéter sur ses droits, soit toujours à son poste et s'y conduise en bon et fidèle collaborateur. C'est seulement alors, quand nous aurons obtenu cette synthèse, ce parfait contrôle, cette maîtrise de notre inconscient, que nous viendrons à bout de nos impulsions mauvaises, de nos hérédités morbides, des habitudes néfastes si fortement ancrées qu'elles soient, des plis psychiques, des suggestions ataviques, des faiblesses, des tares même qui entravent notre progression.

Ne plus contrôler l'inconscient, lui laisser la prédominance dans tous les actes de la vie, es serait infailliblement faire reparaître tous les bas instincts qui nous viennent de notre plus mauvaise ancestralité; ce serait rétrograder.

Si nous insistons si longuement sur ce point, c'est pour montrer combien est grande l'erreur que commettent ceux qui tablent uniquement sur l'inconscient pour donner à l'être humain une maîtrise plus complète. C'est de l'inconscient qu'ils attendent les résolutions heureuses, les forces vives qui doivent nous apporter la force, la santé, le succès, le bonheur ! Quelle erreur ! C'est la même qui pousserait un préfet de police à confier aux voleurs la garde du trésor public ou des biens particuliers. Agir ainsi, c'est prendre le contre-pied du problème. Ce n'est pas un moyen pratique pour en avoir la solution.

Nous voici donc en présence de deux thèses entièrement opposées:

M. E. Coué, qui appelle sa méthode « auto suggestion consciente » — et, en cela, il commet un abus de langage — table uniquement sur l'inconscient mis en éveil par l'imagination pour accomplir en nous des miracles. La méthode du psychologue nancéen se réduit à ce fait : faisons un rêve, le plus doucement possible, sans effort; imaginons que nous sommes en parfaite santé, que rien, à l'avenir, ne pourra troubler notre quiétude, entamer notre équilibre physique, nuire à notre joie, à nos succès matériels ou intellectuels. Si nous l'imaginons suivant la formule, santé, joie, bonheur, succès viendront comme par enchantement. Surtout, ayons bien soin de ne pas accomplir un acte volontaire, ne faisons pas le moindre effort, nous perdrions tout le fruit du traitement commencé. Ce qu'il faut, c'est répéter le plus machinalement possible une formule apprise une fois pour toutes, une formule de quelques mots dont il ne faut pas chercher le sens, d'ailleurs fort évident. Mais surtout, surtout, éviter tout acte volontaire.

Fort d'une expérience déjà longue et journellement poursuivie, nous n'hésitons pas à dire qu'une telle conception est erronée. Si on se conforme à la lettre de ses prescriptions, on va nettement à l'encontre de ce qui, à notre avis, est nécessaire pour la mise en valeur de l'être humain. Nous voyons même là un grand danger que nous ne sommes pas le premier à signaler, car il saute, de prime abord, au regard des moins prévenus: ce procédé est contraire à toutes les lois de l'éducation, puisque au lieu de soumettre les impulsivités au contrôle de la conscience, il cherche à créer des impulsifs, à désintégrer la synthèse mentale au lieu de la renforcer. C'est là qu'est, à notre sens, le danger de cette méthode.

Depuis les âges les plus reculés, le lent travail de la civilisation a été de dégager le conscient de l'inconscient, d'augmenter son domaine parmi les facultés humaines, d'agrandir son pouvoir de contrôle sur les actions même qui semblent lui appartenir le moins. Voici maintenant qu'il nous faudrait abandonner le terrain conquis, retourner en arrière, revenir à ces temps barbares où l'homme cédait sans contrôle à toutes ses impulsivités, et cela sans l'excuse d'un sentiment violent.

Ce ne sont pas des impulsifs qu'il faut créer. Bien au contraire, c'est des volontaires qu'il faut sans cesse accroître le nombre. Il n'est pas possible, en bonne règle, de retirer le gouvernement de notre usine à l'être intelligent et adapté au commandement qu'est le directeur pour le confier au sous-directeur qui ne possède ni les mêmes facultés, ni la même préparation. Il est impossible d'attendre de celui-ci des ordres judicieux et, surtout, continus. Certes, dans un moment d'enthousiasme ou dans un danger tragique, l'inconscient peut prendre des déterminations utiles, accomplir des actions sublimes, dépasser même ce que ferait la conscience. Mais, en dehors de ces moments extrêmes, en supprimant le choc émotionnel qui exalte ses forces, magnifie sa lucidité, l'inconscient est sujet à trop de troubles pour que nous lui fassions confiance. C’est lui qui déprime le conscient par ses tracs spontanés, ses peurs injustifiées, ses défaillances imprévisibles, ses anxiétés sans cause, tout ce qui occasionne des déperditions d'énergie. C'est aussi l'inconscient qui subit et transmet la poussée des instincts bas et animaux, les tentations mauvaises. Il ne peut, il ne doit donc agir que sous le contrôle d'un être plus froid, plus clairvoyant, mieux adapté à la lutte et à l'action prolongée. Le directeur est fait pour avoir la haute main sur tout cela, et bien des forces seraient perdues si les rôles étaient intervertis. Toute autre conception, est erronée; les résultats qu'elle peut donner sont précaires et transitoires. Les déboires sont nombreux pour ceux qui ont tout attendu de la formule répétée machinalement.

Ces déceptions, n'ont, pour le psychologue, rien qui le puisse surprendre. Il suffit de réfléchir. Le choc émotionnel peut et doit avoir des répercussions profondes dans l'organisme, mais on ne peut attendre de pareils effets d'une phrase répétée à satiété et qui, par ce fait même, perd de sa puissance suggestive. Le moment ne tarde à venir où on la dit aussi froidement et distraitement qu'un phonographe pourrait le faire.

M. E. Coué pose le problème en ces termes: Volonté ou Imagination ? De laquelle de ces facultés devons-nous attendre le soulagement de nos maux, la transformation de notre être, — ce qui est la même question transposée sur un autre plan. M. Coué affirme que, si le conflit se produit entre la volonté et l'imagination, c'est toujours cette dernière qui l'emporte. Ceci n'est pas exact et dépend du naturel des personnes à traiter. D'ailleurs le problème est mal posé.

Nous avons vu que le conscient et l'inconscient ont les mêmes facultés à leur disposition. Tous deux les régissent soit ensemble, soit séparément, mais en des formes bien différentes. Les facultés supérieures — les seules qui nous intéressent en ce moment — sont: l'attention, le jugement, l'association d'idées, la mémoire, l'imagination, la volonté. Pour toutes ces facultés, nous avons vu qu'elles s'exerçaient sous des formes très variables suivant qu'elles étaient contrôlées par la conscience ou qu'elles échappaient à ce contrôle. Les deux termes à opposer ne sont donc pas volonté et imagination, mais conscient et inconscient, c'est-à-dire deux êtres bien distincts, ayant chacun son caractère propre, son mode d'agir, son habitude de se conduire très personnelle et impossible à confondre avec le procédé de l'autre. Chacun d'eux possède une forme de volonté — il y en a tant de formes et tant de gradations ! — il possède une forme de l'imagination plus ou moins active, plus ou moins passive, suivant qu'elle vit sous l'impulsion du conscient qui va chercher les images ou de l'inconscient qui les subit d'où qu'elles se présentent, et sans les contrôler aucunement. Nous pourrions nous étendre longuement sur ces manifestations des diverses facultés suivant le domaine où elles s'exercent, mais force nous est de nous restreindre, d'éviter les longs développements.

Quoique en peu de mots, serrons cependant de près le problème. Nous avons vu que la théorie, au premier abord, se présente comme une pétition de principes. Passons à l'examen des faits qui seuls doivent nous décider à opter pour telle méthode plutôt que pour telle autre.

Si nous en croyons M. Coué, il suffit, pour se guérir soi-même, de se répéter chaque jour, un certain nombre de fois, la même formule: « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux... », ou plus simplement: « Ça va, ça va... » La phrase ne doit pas attirer notre attention et son sens doit nous être, en quelque sorte, indifférent. Il faut rendre la récitation aussi machinale que possible. Il faut, insiste M. Coué « répéter cette phrase comme on récite des litanies. » II devrait ajouter quand on les récite sans aucune piété, ni effusion de cœur, ce qui donne des prières plutôt faibles !

Mais M. Coué a foi dans sa formule et, cette foi, il tâche de nous la faire partager. Tout d'abord, il cherche à frapper notre imagination. En réunion publique, cela est facile. La foule, même formée d'unités très supérieures, la foule est toujours suggestible. Il se dégage d'elle une sorte de magnétisme passif qui rend les masses, quelles qu'elles soient, éminemment faibles et crédules. En outre, pour les auditeurs nouveaux, cette étrange méthode présente l'attrait du mystère. Et, pour étonner la galerie, prendre encore plus d'empire sur les êtres à suggérer, M. Coué a recours à un subterfuge: « Fermez la main, dit-il d'un ton jovial, et dites-vous que vous ne pouvez pas l'ouvrir. »

La personne impressionnable qui se prête à l'expérience est bien naturellement émue. Tous les yeux des spectateurs convergeant sur elle lui causent un trouble d'autant plus grand qu'elle est plus sensitive. La suggestion qui se présente à elle la trouve donc absolument désarmée. A ce moment on lui affirmerait avec énergie que malgré tous ses efforts, elle ne peut pas ouvrir la main, qu'elle se verrait peut-être dans l'impossibilité réelle de le faire. Ceci, c'est l'expérience banale que réalisent facilement tous les hypnotiseurs de scène. Mais l'expérience proposée par M. Coué est plus facile encore. Le suggéré créant lui-même l'image et la pensée de son impuissance, il n'y a pas de lutte dans son esprit. Il a fermé sa main avec l'idée qu'il ne pourra pas la rouvrir; il ne tente même pas de desserrer les doigts. D'ailleurs, le tenterait-il que, la plupart du temps, il n'y réussirait pas. Pour d'autres raisons, ce grand émotif se trouve dans la même situation que l'artiste en scène, qui est soudain complètement inhibé par le trac et qui perd le fil de ses idées, se trouble, balbutie, bien heureux encore si d'autres troubles plus gênants ne lui surviennent pas sous l’influence de l'inconscient. Dans le cas qui nous occupe, l'inhibition est motrice et elle porte sur le mouvement des muscles extenseurs des doigts.

Tout ceci est exact pour les sujets sensibles et perméables à la suggestion. Mais il est des êtres qui ne veulent rien accepter sans contrôle, ceux que l'on appelle familièrement les fortes têtes et à qui l'on ne saurait faire prendre des vessies pour des lanternes. On leur dit, comme aux autres: « Fermez la main et dites-vous que vous ne pouvez pas l'ouvrir. » La « forte-tête » a beau se répéter honnêtement la phrase sacramentelle, il a beau se dire qu'on lui a commandé de ne pas ouvrir la main, dès qu'on lui dit: « Essayez ! », il essaye et réussit sans aucune difficulté à étendre les doigts qui devaient demeurer noués. La suggestion n'a pas été acceptée par ce sceptique; ses mains n'ont pas été bridées, immobilisées; il les ouvre sitôt qu'il le veut. « Justement, affirme M. Coué, ceci vient à l'appui de ma thèse. Voici le conflit devenu flagrant entre l'Imagination et la Volonté. Vous avez imaginé que vous pouviez ouvrir votre main et vous avez pu. » Le triomphe est facile, mais il n'est qu'apparent. Le suggéré peut dire, en toute honnêteté, qu'il n'a rien imaginé du tout, qu'il a voulu voir. Et, en effet, il a vu que la suggestion ne prenait pas sur lui. Aussi, cette démonstration, malgré l'effet qu'elle peut produire, soit en réunion publique, soit dans un cercle où tous les assistants sont des fidèles de sa méthode, cette démonstration est absolument puérile et elle ne prouve rien.

M. Coué rencontre-t-il une personne suffisamment crédule ou émotive ? Il lui donne aisément un choc émotionnel. Ce choc a sa répercussion dans le champ mental. Il décontenance le néophyte, l'empêche de réfléchir. L'opérateur a tôt fait de profiter du désarroi obtenu pour montrer sa suggestion comme irrésistible, par le procédé enfantin qu'il a choisi. Puisque votre imagination, dit-il, aussitôt à la personne troublée, a été capable de paralyser momentanément le travail musculaire de votre main, cette même faculté aura le même pouvoir à l'intérieur de votre organisme. Pouvoir double, celui de contracter ou de détendre, d'augmenter ou de paralyser vos fonctions vitales. Vous allez instantanément être soulagé de tous vos maux... Et voici notre patient, tremblant et crédule, qui attend le miracle et déjà le croît possible. A cette minute où tout contrôle est aboli dans son esprit, il reçoit la formule comme un charme enveloppé de mystère. Il est troublé encore, mais plein de confiance et il se répétera ce soir, du ton le plus monotone, avec la plus complète atonie d'esprit qu'il lui sera possible de réaliser: « Ça va, ça va ! » et il s'endormira paisiblement. Durant les premières heures, durant les premiers jours si sa foi est robuste, son imagination se donnera carrière et peuplera ses pensées et ses songes de rêveries délicieuses où tous ses maux seront abolis.

Mais l'imagination, sous cette forme passive, n'est-elle pas « la folle du logis ? » Elle est essentiellement instable, d'autant plus sujette à variations que le sujet est plus nerveux et impressionnable. Dans des phénomènes aussi violents, l'oscillation est de règle. Aujourd'hui, elle est frappée par le guérisseur dont chaque mot devient parole d'évangile; elle construit donc des rêves magnifiques et se croit guérie presque magiquement. Mais demain ? Demain, en toute certitude, une autre orientation de pensée se sera produite, la réaction s'opérera sous une forme ou sous une autre et l'effet de la formule magique ne se produira plus que très mollement. Au reste, le choc émotionnel s'use par l'accoutumance. Le sujet, d'abord soumis, reprend peu à peu possession de ses facultés psychiques. Le voici qui observe, qui raisonne, qui doute. Maintenant, il ne se laissera plus surprendre. S'il lui vient à l'idée de se soumettre de nouveau à l'expérience qui l'avait tant frappé la veille, il se rendra compte sans difficulté que ce qu'il ne pouvait faire hier, il le peut parfaitement aujourd'hui. Il peut à volonté, ouvrir sa main ou la garder fermée. La formule est donc sans effet ! C'est que le choc émotionnel une fois effacé par l'accoutumance, ce n'est plus l'imagination qui mène le jeu mais l'attention, la volonté, le jugement. Dès lors s'écroule le château de cartes et l'auto suggestion, sur laquelle tout avait été fondé, n'a plus de prise sur le sujet.

Le psychologue voit tout de suite l'écueil de cette méthode. Compter sur les réactions émotionnelles inconscientes — qui doivent être d'une telle puissance qu'elles éclipsent les facultés supérieures de l'esprit — c'est, par cela même, réduire à quelques malades, gravement névrosés, la portée d'une telle forme de suggestion. Ceci explique les nombreux insuccès de la méthode auto suggestive qui tente, rêve chimérique, d'utiliser en thérapeutique organique ou morale, les capricieuses fantaisies de l'imagination. Que cette technique donne de bons résultats quand il s'agit d'êtres très impressionnables, de névropathes, nul ne le conteste; mais que ces résultats soient profonds, durables, non. L'expérience journalière le prouve.

Les résultats durables — encore sont-ils limités à des cas sans lésion organique profonde, sans trouble mental, sans désarroi moral bien déterminé, — ces résultats sont dus à ce que précisément, les malades, les déprimés dans leur désir de guérir, de rétablir leur équilibre, font précisément le contraire de ce que M. Coué leur commande. Ils se répètent bien la formule, mais non pas machinalement, sans y prêter nulle attention ; ils y mettent une foi ardente, robuste; ils se sentent émus, secoués. C'est cette volonté active, fortement tendue, cette émotion entretenue par le vif désir de la guérison qui est le véritable agent thérapeutique.

Le « bluff », pour M. Coué — et il le reconnaît volontiers— est l'élément fondamental qui fait travailler l'imagination. Du fait de ce curieux subterfuge, il peut arriver à certains effets légers. Mais, nous ne saurions trop le répéter: dans la très grande majorité des cas les résultats sont illusoires. Que peut-on d'ailleurs attendre de durable d'une telle méthode éducative ? La personne traitée demeure comme auparavant avec ses mêmes faiblesses, ses mêmes tendances morbides, son même manque d'attention, d'association d'idées, de jugement, de volonté. Elle garde surtout sa même impressionnabilité, qu'elle aggrave encore par la forme du traitement. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce que les mêmes causes reproduisent sans cesse les mêmes effets et que des circonstances violentes amènent les mêmes troubles, les mêmes craintes, le même manque de confiance en soi, le même cortège de misères, de faiblesses, de dépressions, de déboires.

Un psychologue ne saurait s'y tromper. M. Coué table sur l'imagination passive, qui est une source de faiblesse, pour donner de nouvelles forces, pour obtenir une amélioration. Les termes de la question en démontrent l'illogisme et l'insolubilité par les moyens mis en œuvre. Il suffit pour s'en rendre compte de généraliser à toutes les facultés ce que M. Coué demande à l'imagination:

Voici un élève en classe. Son professeur le voit distrait, occupé de toute autre chose que de son cours et lui en fait le reproche, mais l'élève lui répond : « II n'est nullement utile que j'écoute vos paroles, je n'ai qu'à me dire ça va... ça va, d'ici quelques minutes, je saurai parfaitement tout ce que je n'ai pas entendu... »

Pour le jugement, il n'est nul besoin de se creuser la tête pour découvrir les moyens d'obvier à une situation difficile. On se répète: « ça va, ça va... » et, tout à coup, la solution désirée se présente dans un éclair, comme un diablotin de féerie.

La mémoire agira de même. On se promènera bientôt avec son livre dans sa poche et, après avoir répété « ça entre, ça entre... » un nombre rituel de fois, on aura appris le sanscrit ou les fables de Lafontaine.

Les associations d'idées, qui ont une telle importance, à la fois dans l'instruction et dans la direction de la vie, ne seront pas davantage guidées ou imposées. On dira « ça va, ça va... » et, soudainement, la pensée que vous cherchiez, le mot dont vous aviez besoin arriveront à votre esprit. Il suffit de dire ces mots, de décrire ces impossibilités pour voir à quel point elles sont absurdes. Chaque jour, la pratique dément la théorie et, chaque jour, les faits démontrent que l'on ne gagne rien sans peine, que l'effort seul est récompensé, que l'homme n'a que ce qu'il mérite — heureux encore s'il a ce qu'il a mérité.

Quelle est donc la méthode que nous préconisons, celle qui, depuis 15 années, nous a donné sans cesse des résultats satisfaisants et durables ? Elle consiste, avant toute chose, à développer les facultés supérieures de l'esprit. Elles seules accroissent notre bagage psychique, intellectuel et moral. Elles seules peuvent combattre efficacement — de façon durable et non pas seulement l'espace d'un matin — nos tendances inférieures, nos défauts, nos faiblesses.

Les outils qui nous permettront de buriner en traits nouveaux sur le solide métal de notre âme fortifiée, ce sont les facultés supérieures: l'attention, le jugement, l'association d'idées, la mémoire, l’imagination. Toutes doivent concourir à nous doter d'une volonté ferme, puissante, toujours égale à elle-même. Mais, pour en arriver là, nous devons utiliser ces facultés dans leur mode le plus actif. Durant l'effort mental, la période de mise au point, il ne faut point d'automatisme. Ne fermons pas les yeux pour voir; ouvrons-les tout grands sur la réalité du monde, afin que pas un détail ne nous échappe, afin qu'aucun obstacle ne nous surprenne.

Pour arriver aisément au but, il faut jouer son rôle. Pour ce faire, je fais appel, certes, aux ressources de l'imagination. Il faut évoquer devant ses yeux le personnage que l'on veut imiter, que l'on veut devenir, le camper, lui donner de la vie, le parer de toutes les qualités qu'on envie. Ici, l'imagination se montre puissante, constructive, active surtout et c'est la seule qui porte des fruits au plus profond de la personne humaine, qui l'émeuve puissamment et détermine dans l'esprit le « pli psychique » qui rend stable — automatique, mais après un puissant contrôle — le résultat précédemment acquis.

II y a donc un abîme entre les deux méthodes; l'une tablant exclusivement sur l'inconscient, utilisant la force la plus fruste de l'imagination, et la nôtre qui met en jeu le conscient et, par lui, les forces supérieures de l'esprit. La première séduit évidemment ceux qui ont peur de la lutte, qui trouvent bon d'être passifs et qui préfèrent à des résolutions utiles l'espoir chimérique de se guérir en répétant à satiété une formule. Ils obtiennent quelquefois des résultats momentanés mais qui, par l'accoutumance rapide, ne tardent pas à s'oblitérer plus vite encore qu'ils se sont produits. La nôtre a non seulement pour avantage de libérer dans l'organisme des forces vives, sans cesse entretenues par une orientation de pensée, une émotion heureuse, mais elle renforce l'attention, le jugement, l'association des idées, la mémoire, l'imagination dans leur forme la plus élevée et c'est toute la conscience qui gagne et s'épanouit. Nous ne voulons restreindre aucune des facultés supérieures de l'esprit; au contraire nous faisons de chacune d'elles un instrument de plus en plus précis. Ce n'est donc pas un petit résultat ni un résultat passager que nous promettons à nos élèves, mais une transformation profonde, un complet épanouissement.

Que faire, en présence de méthodes si différentes ? Accorder foi à notre parole, suivre la multitude de ceux qui ont été transformés, qui nous manifestent chaque jour un enthousiasme plus vif. Ensuite, faire comme eux, suivre leurs traces, vouloir les imiter dans leur progression continue. Les premiers efforts nécessitent quelquefois un peu d'énergie, mais, eu retour, que de satisfactions ! Quelle joie de trouver au fond de soi-même des forces vives ! Quelle joie de sentir tous les ressorts du corps et de l'âme agir avec souplesse et précision comme une machine parfaite ! Quelle joie de diriger ses actions en pleine conscience, de voir la santé refleurir comme une plante que l’on porte aux doux rayons du soleil !

Ce qu'il faut, c'est acquérir la certitude que personne n'est au-dessous de sa tâche. Certes, il faut s'astreindre à jouer son rôle, à le vivre activement, à s'en pénétrer. Mais comme la tâche est facilitée, dès que la nécessité nous apparaît en pleine lumière, dès que nous savons qu'avec un peu de bonne volonté et de persévérance nos facultés vont se perfectionner sans cesse. L'effort n'est-il pas d'ailleurs la loi de la vie ? Nous n'avons donc pas à le redouter. C'est l'inaction qui est nuisible. Quand notre cœur s'arrête, la mort ne tarde point. De même, l'inertie de nos facultés les abaisse et les déprime.

 Si l'homme est qualifié pour l'action, il faut reconnaître que la femme l'est moins. L'homme, en général, est plus volontaire, la femme est plus impressionnable. Chez l'un, la volonté domine, chez l'autre une sensibilité qui est à la fois sa limite et sa force. C'est pourquoi ces deux êtres si différents sont complémentaires l'un de l'autre. On ne saurait considérer la femme comme inférieure, si peu que ce soit, au point de vue psychique et mental; mais il est certain qu'elle aura plus de difficulté à vouloir, surtout d'une volonté calme, ferme et constante. C'est pourquoi elle est d'ordinaire plus portée que l'homme à chercher une protection, un appui sur quoi baser sa volonté parfois chancelante. C'est le rôle de la religion, dont tous les rites sont combinés pour être le rappel des vérités considérées comme utiles à la direction de la vie, dont toutes les cérémonies sont réglées pour émouvoir, pour transposer du matériel au plus élevé ce pouvoir émotionnel qui est sa caractéristique. La femme — et bon nombre d'hommes — demande à la religion un appui, et, par elle, fait appel à des forces bienfaisantes dont la présence ressentie fomente son espoir, soutient ses bonnes résolutions dans la lutte et la fait se résigner aux douleurs que l'on ne saurait éviter.

Voyez un fait plus modeste: la croyance en quelque amulette porte-bonheur. Il semble, du point de vue rationnel, qu'il n'y a aucun avantage à porter telle ou telle chose, mais, si on y puise des forces, la sensation d'être assisté par des éléments invisibles donne lieu à une auto suggestion qui peut être d'un grand bien. On ne peut le nier, cette amulette, cette cérémonie religieuse sont, pour la femme et pour certains hommes impressionnables, un appui moral. La femme surtout y trouve un réconfort dont sa sensibilité est émue. Son espoir renaît après la crise. Elle se trouve armée d'une volonté plus calme, d'une force qui ne lui serait pas directement venue. Nous utilisons cette réceptivité émotionnelle — surtout dominante chez la femme — pour une forme nouvelle d'auto suggestion.

Nous l'avons déjà dit par ailleurs, l'être humain est en contact avec l'extérieur par deux sources différentes: le cerveau et le cœur. Ces sources ne sont point antinomiques; elles s'équilibrent l'une l'autre comme feraient les deux plateaux d'une balance. Si l’équilibre est parfait, si les deux plateaux se sentent véritablement solidaires, pour peu que l'on touche à l'un d'eux, l'autre ne manque pas d'osciller. Nous utilisons ces deux voies d'accès pour agir sur l'être humain. De là nos méthodes qui tendent, suivant les cas, à donner soit la secousse morale, soit le choc émotionnel. Ces actions dans les deux champs — mental et émotionnel — ont mille nuances; mais ceci est un problème trop important et trop délicat pour être envisagé ici. Nous en avons fourni des éléments dans notre Science secrète, et nous nous proposons d'y revenir plus en détail dans des travaux ultérieurs.

Disons seulement — et c'est le but de cette diversion — que l'action émotionnelle peut être faite par le thérapeute soit sur les malades qui sont directement auprès de lui, soit chez ceux qui se trouvent retenus au loin. A vrai dire, dans les deux cas, les procédés mis en œuvre sont fort différents. Journellement, nous voyons des malades, des déprimés, des désespérés revenir à la vie, renaître à nos yeux sous l'influence d'une pensée, d'un choc émotionnel. Nous les galvanisons, nous les transformons, nous libérons en eux des forces vives qu'ils ne soupçonnaient même pas. C'est le miracle, nous crient-ils ! Oui, le miracle ! Il est souvent possible.

De loin, notre action est toute différente. La suggestion émotionnelle que nous intentons est plus douce. Elle s'inspire des actions protectrices et s'entoure d'un certain mystère. Alors, la pensée du guérisseur trouve dans la partie émotionnelle de celui qu'il traite, un champ propice à son action. Le malade, le dolent, à heure fixe, se recueille. Il s'isole dans une pièce silencieuse. Il élève son esprit, il ouvre son cœur aux effluves qui lui sont envoyés. Il reçoit bientôt la pensée amie qui vient vers lui, la messagère de bonheur qui l'entoure, le protège. Une auto suggestion puissante naît, s'incruste dans l'inconscient, gagne le conscient qui l'accepte. Elle tire sa force du mystère, du rite, du silence; elle est retenue et chaque jour renforcée par un nouvel apport de pensées, et la guérison s'accomplit ! Le malade sent les effluves bienfaisants apaiser ses douleurs. Des émotions douées et salutaires provoquées par les pensées ainsi transmises, déterminent en lui une quiétude nouvelle, augmentent un bien-être sur lequel il ne comptait plus. Des symptômes meilleurs apparaissent. De jour en jour, devant les résultats acquis, la foi se renforce, et la foi n'est-elle pas capable de soulever les montagnes ?

Les pensées protectrices agissent d'autant mieux sur le malade que celui-ci seconde volontairement leur action. Tout l’effort du psychologue doit tendre à faire agir, penser, vibrer. Il n'a rien à espérer de la passivité déprimante. Il doit s'en écarter au contraire pour laisser tout pouvoir à l'action. On doit penser dès le début du traitement que, la période douloureuse passée, l'être se retrouvera prêt à agir, à éduquer les autres, à porter plus de calme dans ses propres pensées, à prendre des décisions nouvelles pour aider ceux qui ont besoin de lui après avoir reconquis son propre équilibre moral. C'est après cette première guérison que l'être, remis en possession de lui-même, est enfin capable de jouer réellement son rôle.

Nous avons déjà exposé ce principe que, pour façonner d'abord sa pensée, puis ses habitudes selon que l'on a souhaité devenir, le moyen le plus sûr et le plus pratique est de jouer un rôle.

Pour jouer ce rôle, il faut, à l'instar des grands comédiens, imaginer que l'on est déjà le personnage que l'on veut devenir. On doit en prendre, autant que faire se peut, autant que l'on peut se les figurer, les attitudes, les gestes, l'intonation de voix, le regard, la démarche, toutes les formes extérieures. On s'efforce d'agir, dans toutes les circonstances, comme on pense qu'agirait celui que l'on veut imiter, dans des circonstances analogues, et on conforme sa pensée à ce que l'on connaît des siennes.

Contrairement à d'autres méthodes, on n'attend pas la guérison ou le succès d'une parole ou d'une formule répétée machinalement, en soumettant l'intelligence et la volonté lucide à l'impulsivité créée. Au contraire, on est attentif, conscient de l'importance du rôle qu'on s'est imposé. On pourrait même s'exagérer sans danger cette importance, tant il convient de savoir ce que l'on est en train de faire et pourquoi on l'a entrepris. Dans ces conditions on ne tarde pas à constater les heureux résultats de la méthode que l'on a choisie. L'habitude volontaire crée le pli psychique sans lequel ces résultats ne conserveraient pas un caractère durable.

A quoi la volonté fait-elle appel pour réussir dans son œuvre de reconstruction de la personnalité ? A l'imagination, certes, mais non plus à une imagination folle, déréglée, sans contrôle. Il s'agit ici d'une tout autre forme de l'imagination, d'une forme supérieure: l'imagination, représentative, faculté qui nous permet de faire apparaître à notre esprit l'image qu'il a choisie, avec une netteté toujours plus grande, à l'exclusion de toute autre image. Ici l'imagination fait apparaître le personnage à imiter. Chez la personne entraînée, cette imagination devient même créatrice; elle ne se borne plus à imiter, à copier; elle donne la possibilité d'innover, de construire des types supérieurs à ceux que nous rencontrons dans la vie quotidienne. Ce type idéal, nous le construisons logiquement avec des données empruntées à tout ce que nous estimons grand et puissant autour de nous, de même qu'un habile artiste emprunte à plusieurs modèles divers traits nécessaires à construire sur la toile ou dans le marbre son idéal de beauté parfaite. Oit voit donc qu'il ne saurait être question ici de l'imagination créatrice automatique étudiée par Baillarger et Paul Janet, mais de l'imagination créatrice volontaire, consciente, qui exige du discernement. L'auto suggéré n'est plus un être passif qui marmonne des formules aussi indifféremment que ferait un moulin à prières. Il met volontairement ses facultés psychiques en action et obtient ainsi un résultat bien supérieur.

De cet état, M. P. C. Jagot a donné une image assez heureuse :

« L'inconscient, dit-il, figure à peu près la chambre noire de l'appareil photographique. En disposant convenablement devant l'objectif, qui sera ici l'imagination, une idée quelconque, celle-ci se cliché dans l'inconscient, qui en tire ensuite automatiquement, en  nous-même, une épreuve génératrice. ». (Paul C. Jagot. Méthode pratique d'auto suggestion, Paris, s. d. (1923)  p. 58. )

On conçoit très bien que cette sorte de prise de vues ne saurait se faire au hasard et qu'elle doit être dirigée par un opérateur ayant du discernement, de la méthode, du sens artistique, faute de quoi les clichés seraient sans valeur. Un choix est nécessaire, et ce choix demande du goût et du jugement, sinon ces clichés ne seraient qu'un poids mort sans utilité pour le sujet. Une collection n'a pas de valeur par le nombre des objets collectionnés, sans quoi le plus obscur bazar serait supérieur au Musée du Louvre; c'est la valeur artistique et intrinsèque de chacun des objets réunis qui fait l'importance de la collection. Le premier stade de cette forme d'auto suggestion est donc toujours la mise en œuvre du conscient. Ensuite, seulement, l'inconscient accomplit sa mission de conserver les clichés, de les classer méthodiquement, de manière à pouvoir les faire paraître en cas de besoin, au moment où le conscient en exprimera le désir.

D'autres erreurs sont à signaler dans les méthodes de rééducation de la personnalité humaine. Certains psychologues ont cru bien faire de dépasser le but, de nier totalement les bienfaits de l'imagination; ils ont voulu la supprimer entièrement. C'est une faute grave. Il faut une imagination, il faut des images sensibles qui puissent servir de base à l'acte conscient, à l'effort utile. L'imagination joue un rôle très important dans toute notre production intellectuelle. Une imagination faible, aride, quasi nulle est néfaste pour l'être humain qui se trouve ainsi dépossédé de l'une de ses facultés les plus créatrices. Il est donc nuisible de la nier ou de la traiter en ennemie.

Certains psychologues, imaginant que l'intervention de l'imagination est nécessairement funeste, ont supposé que leur suggestion prendrait mieux si leur malade était privé de toute réaction, mis en état de somnolence. Ainsi, le Docteur Coste de Lagrave pense que le meilleur état pour pratiquer l'autosuggestion est la somnolence qui précède ou accompagne le sommeil.

« Dans cette somnolence, dit-il, toutes les facultés sont au repos. L'abstraction de l'individu peut être complète. Par abstraction, on entend cette puissance de l'individu à se séparer du monde extérieur pour ne penser qu'à un seul objet. Certains savants, mathématiciens ou philosophes, sont arrivés à la puissance d'abstraction par un travail continu et par un entraînement obtenu dans la période de veille. Cette abstraction a lieu bien plus facilement dans la somnolence qui accompagne le sommeil. » ( Docteur Coste de Lagrave. — Petite méthode d'auto suggestion. Revue de l’hypnotisme, mai 1902 )

L'erreur que nous signalions vient ici de la fâcheuse confusion de deux états bien différents: l'isolement et la concentration mentale. Le premier est la détente, le repos de l'esprit, et la seconde est sa période d'effort. Il faut cependant distinguer: de deux choses l'une, ou notre activité s'éteint, ou nous concentrons toute notre pensée en vue d'un effet à produire, d'un acte à accomplir.

Si notre activité s'éteint, si nous somnolons, il n'est pas possible de nous donner un ordre qui soit dûment enregistré et qui puisse être exécuté fidèlement. Au contraire, si notre lustre psychique brille de tous ses feux, si notre attention donne son effort maximum, nous nous concentrons autant qu'il nous est possible et nous obtenons précisément — et seulement ainsi — cet état d'abstraction dont parle le Docteur Coste de Lagrave. Cet état d'abstraction est l'inverse de la somnolence, de la détente, de cet état psychique que nous appelons l'isolement, état qui s'oppose à la concentration mentale, puisqu'il est la privation aussi complète que possible de toute pensée, tandis que la concentration — que le Docteur Coste de Lagrave appelle abstraction — est l'attention poussée à l'extrême sur un seul point donné.

La même erreur — et plus grande encore — est commise par ceux qui s'imaginent pouvoir éduquer leurs facultés en se plaçant eux-mêmes dans un état d'hypnose. Cette erreur provient de ce que nombre d'auteurs, au cours de ces cinquante dernières années, ont affirmé qu'il était possible, en plongeant quelqu'un dans le sommeil, de lui faire croire que ses troubles disparaissaient, de lui donner ainsi la sensation qu'il était guéri, de le guérir en le portant à agir de la même manière que s'il était guéri en réalité. C'est là une erreur, ainsi que nous le verrons dans le présent Cours. Après étude, on peut dire que la suggestion imposée a fait faillite. La conscience — surtout la conscience en possession des facultés qu'elle doit régir, — n'accepte pas qu'on la rudoie, qu'on la brutalise. Il y a toujours, même au fond des sujets les plus passifs, un légitime désir d'indépendance, un besoin de liberté qui nous fait rejeter toute contrainte, toute main mise sur notre conscience. Donc, par cette voie, le psychologue n'obtiendra que des résultats illusoires, le plus souvent passagers. C'est pour ce motif que nous avons substitué à cette méthode illogique et immorale de la suggestion imposée, la méthode rationnelle et éducative de la suggestion raisonnée. L'affirmation des premiers suggesteurs (Liébeault, surtout) qui ne voyaient de salut que dans la suggestion imposée en état d'hypnose a fait naître cette méthode d'auto suggestion en sommeil provoqué par un procédé ou par l'autre. Cette méthode étant basée sur une erreur, ne peut donner que des résultats illusoires ! La raison en est toujours la même; Si nous somnolons, si nous dormons, si nous nous privons de la collaboration de nos facultés supérieures, notre conscience est éteinte; elle ne peut accepter les suggestions qui lui sont offertes; il lui est donc impossible de faire accepter à l'inconscient des données qu'elle n'a point admises en connaissance de cause, et qu'elle ne saurait ordonner. Seule, la conscience a qualité et puissance pour donner des ordres, quand ces ordres lui sont connus, quand elle a déterminé par elle-même s'ils sont utiles ou nuisibles.

Délaissant l'inconscient, certains psychologues ont pénétré dans la conscience pour en rechercher les imperfections et les tares. C'est de là que proviennent les méthodes répandues spécialement en Suisse, sous le nom de psychanalyse. Nous découvrons dans cette méthode un autre écueil, au moins aussi grave que ceux que nous venons de montrer à notre lecteur. En premier lieu, il est difficile, sinon impossible, au malade de pénétrer dans sa conscience, de voir clair dans ses troubles, d'avoir à la fois le déséquilibre du malade et la lucidité du médecin. Le pourrait-il qu'il y aurait, dans cette analyse de soi-même, un danger facile à comprendre. Certes, il faut que le malade comprenne son état, se rende compte de ses troubles, de ses défaillances. Mais, à les regarder constamment et attentivement, à les détailler, à y penser sans cesse, il ne peut manquer de les aggraver, car nous sommes naturellement portés à voir en noir et de façon tragique ce qui nous cause de la douleur et de l'ennui. Si ce n'est pas absolument dans tous l'es cas on peut être affirmatif en ce qui concerne une immense majorité.

Prenons, pour exemple, un traqueur. Il sait qu'hier, en affrontant le public, il s'est soudain trouvé saisi par le trac. Ses jambes ont tremblé. Tout a tourné devant lui. La rampe n'a plus été qu'un brouillard lumineux. Sa gorge s'est rétrécie de manière à ne plus laisser passer la voix. Une pâleur extrême a retenu son sang ou bien il s'est empourpré d'un afflux subit. A la seule idée de rentrer en scène, le souvenir de cette défaillance lui est extrêmement pénible. S'il se conforme à la méthode des psychanalystes, notre malade va évoquer ses troubles, les vivre de nouveau, se sentir derechef pâlir, rougir, trembler, suffoquer. Il puise dans ce souvenir la certitude que la soirée qui va venir, si elle n'est pire que la précédente, sera du moins aussi mauvaise. Plus il évoquera son trouble, plus il en scrutera les causes et les effets, plus il en augmentera l'appréhension et par conséquent l'intensité. On peut être certain que, loin de guérir, il deviendra de jour en jour plus malade.

Ce qu'il faut, au contraire, c'est ne plus penser à ses faiblesses, à ses déboires, à ses tristesses, à tout ce qui a été dans le passé une cause de douleur et un amoindrissement. C'est l'avenir que nous devons considérer. Il n'est pas de ruine qui ne se relève. La Nature nous en fait voir le magnifique exemple. L'hiver a tout détruit en apparence. La neige s'est amoncelée. Les pluies ont ravagé ce qui fut le jardin délicieux et, dès que le premier rayon du printemps se fait sentir, les fleurs reparaissent dans leur souriante délicatesse, les oiseaux refont leur nid sur l'arbre dont chaque branche est un bouquet de feuillages, de parfums et de chansons. Tout n'est qu'espoir, joie, poésie, vie et bonheur à profusion.

Et pour vous, qui souffrez aujourd'hui, quel sera votre avenir ? Ce sera un épanouissement de toutes les qualités qui sommeillent en vous. Que le soleil paraisse, qu'un ami vous apporte la bonne parole et vous allez renaître. Cet avenir tout proche, nous le magnifierons ensemble. Tous deux, nous allons semer les fleurs que les nouveaux bonheurs ne vont pas tarder à faire éclore. Je veillerai sur vous, afin qu'un bras ami soit prêt à vous soutenir aux heures de défaillance.

Vous vous croyez peut-être incapable de surmonter fatigues et chagrins. Désirez les qualités qui vous sont nécessaires, souhaitez les pouvoirs dont vous avez besoin, faites appel aux facultés dont vous ne sentez pas encore l'existence mais qui sont latentes en vous. Désirez reprendre ou tenir la place dans les activités du monde, dans ce foyer qui est le meilleur but que puisse atteindre un cœur aimant et sûr. Vous êtes un élément de la grande famille humaine. Il serait coupable de demeurer inactif quand tous vos frères travaillent.

Jouez votre rôle ! Voyez le sommet où brille le temple de la paix. Partez à l'assaut des pentes escarpées. Je vous aiderai dans ce labeur. J'ôterai les pierres du chemin. Ne vous laissez pas abattre. Voyez haut et grand. A mesure que vous vous élèverez, un plus vaste panorama se déroulera devant vos yeux et vous éloignera de la terre, de ses intérêts cupides, de ses liens bas et vulgaires. Cherchez votre affranchissement loin des marais impurs. Vous allez entreprendre cette ascension. Ayez d'abord la foi qui vous soutiendra dans l'effort. Ayez foi dans vos forces qui vont naître et croître sans cesse; foi en moi qui vous seconderai; foi dans le succès final qui ne saurait manquer de couronner votre laborieux effort.

Ne vous croyez jamais au-dessous de la tâche. Sachez avec certitude qu'il n'est aucune tare qu'on ne puisse combattre, de fardeau héréditaire qu'une ascèse judicieuse ne puisse alléger, de troubles qu'une volonté ferme et claire ne puisse réduire, de faiblesses qu'un effort constant ne puisse surmonter, de désarroi moral qui ne puisse trouver la paix dans la certitude de la vérité, dans une lumière toujours grandissante. Par une direction clairvoyante, vous pouvez venir à bout de tout ce qui vous inquiète.

Rompez surtout, rompez entièrement avec le passé douloureux, avec les souvenirs mauvais, avec les funestes rancunes. Ne conservez dans votre cœur aucun de ces sentiments; qui avilissent et dégradent.

Avant de vous mettre en marche vers les sommets lumineux, regardez-moi bien en face. Je veux lire dans vos regards le désir de vivre une vie droite, forte, honnête, en pleine possession de toutes les facultés qui sont l'honneur de l'être humain. Si vous avez des intentions pures, les mains nettes, le cœur plein de nobles pensées, vous trouverez toujours un appui dans ma pensée. Si dans vos yeux voilés de pleurs, je vois de la souffrance, de l'accablement; si je vous sens ployé sous le fardeau de vos peines, j'accourrai à vous de tout mon cœur. Unissons nos efforts, ayez la volonté de briser ce qui vous enserre, ce qui vous opprime. Tentez de vous élever vers les clairs sommets. Magnifiez votre âme par les plus vastes, les plus sublimes espérances et vous les réaliserez. C'est à vous qu'il appartient de faire l'effort, mais je soutiendrai vos pas sur la route. Soyez-en certain. Ayez la certitude de vaincre et vous vaincrez.

Lorsqu'un malade vient à moi, courbé par la douleur, prostré, abattu, il m'est souvent facile de lui rendre la vie, le courage, la santé. Dès qu'il a franchi le seuil, un regard ami, une poignée de main fraternelle, une parole chaude, la compréhension de sa peine et de sa fatigue, et voici le dolent saisi de confiance qui me confie ses tourments, qui m'ouvre son âme toute grande. Cette confidence même est déjà un soulagement à ses maux. Celui qui souffre, qui n'est pas toujours compris par son entourage est heureux d'avoir trouvé sur sa route un peu de douceur, de compassion, une force calme et non la raillerie de ceux qui nient sa douleur. Avec quelle joie il accueille les paroles qui réconfortent, qui galvanisent, qui transfigurent !

Très souvent, je vois le malade désemparé, privé de tout ressort, de toute foi, dégoûté et las de la vie. Il faut bien peu de chose, la certitude d'un appui, pour que ce malade renaisse, voie de nouveau s'ouvrir devant lui les longues perspectives des travaux à faire, des affections à nouer, du foyer à construire. C'est une résurrection. C'est le miracle. Oui, c'est le miracle et, parfois en quelques minutes, celui qui était entré lourd de douleur, courbé comme un vieillard, renaît et se ranime, rit à l'aube de ce nouveau jour. C'est que le psychologue, celui qui pénètre le secret des âmes, peut, souvent avec une rapidité déconcertante, libérer dans le malade, qui se croit à bout de ressources morales et nerveuses, des énergies formidables. L'asthénique pour qui la moindre décision était un effort impossible se lève et prend courage. Le neurasthénique brise le cercle de pensées déprimantes dans lequel il était enfermé et retrouve sa pensée claire. Le dolent qui ne voyait pas d'autre issue que le suicide, sort de l'ombre épaisse et s'ébat dans la joyeuse lumière. C'est un miracle, dit-on !

Quels miracles ne ferions-nous pas, si chacun savait ! Si chacun avait connaissance de toutes les énergies qui sommeillent en lui. Celui qui a la clé de ce trésor dit au paralytique: « Lève-loi », et il marche. Le choc émotionnel est une force presque infinie dont chacun pourrait disposer, s'il prenait la légère peine de se préparer à cette connaissance, aux devoirs que crée une force, une science qu'on possède. Quelquefois, il ne faut qu'un mot, qu'un geste pour faire revivre un mourant, faire sortir de l'atonie celui qui avait perdu tout espoir.

Tous devraient pouvoir dire avec la certitude de réussir, avec la force qui naît de la vérité :

« Malade, aie confiance, relève la tête. Tu vas guérir. La flamme que tu vois briller dans mes yeux, cet éclair de joie qui illumine toute ma vie, qui m'embrase de ses feux; cette ardeur joyeuse qui me transporte, je veux qu'elle brille en toi. Une étincelle se cache sous la cendre de tes déceptions. Je vais la ranimer, et quand reparaîtra la flamme, je veillerai sur elle comme les initiés du sanctuaire veillaient sur le feu sacré. Dès cette minute, mes espoirs sont déjà les tiens. Que ma certitude soit la tienne ! Je ferai de toi un homme, un être entièrement nouveau sur lequel les peines, les douleurs n'auront plus de prise, un dominateur du monde intellectuel, dédaigneux des vils intérêts... »

Le mal dont vous souffrez, je l'ai déjà vaincu. Vous souffrez, avant tout, de ne pas vous connaître. Si vous saviez quelles forces merveilleuses, quelle puissances magiques sommeillent au fond de vous ! Si vous saviez quelles facultés vous possédez qui vous sont encore cachées et que nous allons éveiller, faire éclore pour vous redonner la joie ! Il faut que cette joie vous vienne. Prenez conscience de vous-même. Cessez d'être celui qu'on plaint, inutile fardeau de lui-même et des autres. Réagissez ! Relevez-vous ! Vous le devez à vous-même, à votre famille, à votre entourage, à votre race pour qui vous devez être un exemple. Il le faut. Vous allez réussir.

La minute où je vous parle est décisive. Je vous dis: relevez la tête, levez-vous et marchez. Comprenez bien mes paroles. Acceptez-les avec la même ardeur que je mets à vous les dire. Elles vont changer votre vie. Toutes les merveilles du monde vont apparaître à vos veux.

Vous qui me lisez, écoutez ce que dit Victor Morgan:

« Si, distinctement, dans le fond de votre âme, s'élève, ne fût-ce que la durée d'un éclair, la conviction, la certitude que vous désirez être un grand caractère, que vous pouvez l'être, que vous le serez, ô alors ! Alors, de toute la puissance de ma foi, de mon enthousiasme, de mon amour, je vous crie victoire ! Victoire éternelle ! Gardez religieusement en votre âme le souvenir de ce jour bienheureux... Puis mettez-vous à l’œuvre et, bravement, patiemment, parcourez la route, étape par étape. » (Victor Morgan. — La Voie du chevalier, Paris, s. d. )

Ne croyez pas que, pour arriver au but que je vous montre, il soit nécessaire de posséder des forces démesurées, d'avoir pratiqué des ascèses extraordinaires. Vivez sainement, selon les lois que la Nature vous impose, et vos forces seront assez abondantes.

Analysez-vous sans vanité et sans crainte. Connaissez vos faiblesses. Mais, quand vous les aurez pénétrées, ne vous y éternisez pas. Ne vous épuisez pas sur ces constatations pénibles. Construisez un rêve grandiose sur les ruines du mal que vous aurez détruit. Créez votre avenir. Voyez-le haut et grand. Il faut viser haut pour atteindre le but. Cherchez tout ce qui donne des ailes. Trop de choses vous attirent en bas.

En vous, l'espoir se lève comme le soleil du matin. Le fardeau qui vous opprimait s'évanouit. Le brouillard se dissipe. Votre cœur se réjouit. Que vous font les événements extérieurs ? Ce n'est pas vous qui êtes leur jouet. A présent, vous allez les vaincre, les diriger comme il convient. Si vous ne pouvez en changer le cours, du moins vous en serez le maître.

Sachez bien qu'il n'est pas d’idéal trop haut pour l'homme qui a conscience de sa dignité. Les plus magnifiques espoirs sont permis à celui qui a placé son désir au-dessus de lui-même. Tout vous sera accordé du moment où, renonçant à toutes compétitions intéressées, vous aurez mis votre bonheur en conformité avec celui de ceux qui vous entourent.

Victor Morgan l'a dit judicieusement:

« II n'y a aucune limite à la quantité de force créatrice, exécutive, que nous pouvons emmagasiner et canaliser, si notre volonté la dirige conformément au plan supérieur de l'Univers, c'est-à-dire l'emploie en actions constructives, aptes à perfectionner notre corps et notre âme et assurer le bien de nos semblables. Pour savoir si vous possédez ce pouvoir, il faut commencer à agir comme si vous le possédiez. Il faut dire au paralytique qui est en vous: Lève-toi et marche. Admettez donc pour commencer que vous possédez le pouvoir et, maintenant cette croyance provisoire devant vous par d'énergiques affirmations, agissez comme si vous le sentiez dans votre cœur; et elle se transformera en savoir né de l'expérience et, par suite, définitif. »

Prenez donc confiance, ami. Rendez-vous bien compte de l'entreprise que vous faites et ne la croyez pas au-dessus de vos forces. Elle est à la mesure de votre confiance en vous-même. A la mesure de la confiance en celui qui vous offre sa direction dans le chemin qu'il a déjà parcouru. Acquérez cette confiance avant de vous engager sur la route.

Cette foi qui soutient votre cœur, il est nécessaire qu'elle se reflète sur vos traits, que votre attitude en témoigne. Relevez noblement cette tête abattue. N'ayez plus honte de vous-même. Si vous avez commis des fautes, si vous avez glissé sur des pentes trop faciles à celui qui ne domine plus ses mauvais penchants, ses hérédités funestes, n'oubliez jamais que nulle chute n'est définitive, qu'il n'est pas de faute sans rachat. Dites-vous, comme au paralytique: « Lève-toi et marche ! » Levez-vous. Ne restez plus étendu sur le bord du chemin. Votre voix est déjà plus ferme, prête à tous les commandements. Vos pas sont plus assurés, prêts à vous porter sur les routes claires qui montent vers les grands sommets. Vos gestes, placés maintenant sous la domination d'une volonté lucide, n'ont plus rien de fébrile, ni de troublé; ils sont ceux d'un paisible dominateur.

Dirigez aussi votre pensée. Dites-vous que vous avez toutes raisons de croire au succès, au bonheur, à la santé; qu'ils font partie du souverain pouvoir que vous allez obtenir. Représentez-vous sans cesse, en pleine conscience, avec le plus possible d'énergie, de foi ardente, que vous possédez les moyens d'acquérir ces dons qui vous avaient fui, que vous n'êtes pas un déshérité de la vie, comme vous l'aviez cru dans vos heures de dépression,

Les peines passées sont pour nous comme un long tunnel, mais déjà, tout au bout de la sombre avenue, rayonne la clarté du ciel reconquis. Après le cycle des tourments, la joie illumine votre destin. Voici l'aurore. Le jour est victorieux des ténèbres.

Ecoutez la voix de ceux qui savent. Ils ont appris, non sans peine, ce qu'ils doivent faire pour vous soutenir. Acceptez la main fraternelle qui se tend vers vous. Ayez foi dans le calme souriant qui fait ma force et fera la vôtre. Instruisez-vous par les exemples de ceux qui vous ont précédé sur la voie, qui ont subi les mêmes épreuves, qui ont souffert, qui ont triomphé. Oui, levez-vous! Marchez ! Relevez la tête ! Déjà le fardeau de vos maux se fait moins lourd à votre fatigue. Dégagez-vous des forces mauvaises qui vous retenaient prisonnier. Faites acte d'indépendance. La liberté est promise à celui qui sait la gagner. Un homme nouveau va surgir de ce corps que vous imaginiez trop vite enseveli, comme Lazare, dans les ténèbres du tombeau.

Nous arrivons ici au point capital de l'enseignement. La Foi que vous avez acquise vous met en route. Elle décide votre départ. Elle vous donne le viatique de vos premières forces. Sans elle, sans l'exemple qui vous a frappé, sans le courage qui vous a été insufflé, vous ne prendriez jamais peut-être la détermination de gravir la montagne. Mais la Foi ne saurait suffire sans l'ardente persévérance.

Il faut joindre à la foi qui vous est inspirée un développement conscient, volontaire; vous rendre compte de l'effort à faire; gagner les forces qu'il faudra mettre en œuvre, en suivant les lois. Car il y a des lois éternelles dont nous ne pouvons nous libérer.

Deux forces sont en nous. Elles vont nous permettre de transformer du tout au tout notre vie. Ce sont des forces capitales, extraordinairement puissantes, que tout homme possède et qui, quand il en a découvert l'existence, qu'il a appris à s'en servir, sont les artisans quotidiens du miracle. Ces forces sont: la pensée et l'émotion.

La pensée, qui nous vient des plus hautes facultés de notre personnalité mentale, elle est, à qui sait s'en servir, un instrument parfait de force et de précision. Mais cette pensée a besoin d'être animée. Elle serait sans valeur si elle n'était projetée au-dehors par l'émotion qui lui donne sa force de propulsion, la fait triompher des obstacles.

Deux modes d'action nous mettent en rapport avec l'extérieur: le cerveau, qui émet notre consciente pensée; le cœur, qui, sous le choc de l'émotion, surtout de l'émotion consciente et consentie, projette au-dehors cette pensée avec des forces infinies.

Ne désaccordons pas le merveilleux instrument qui nous a été confié. Ne séparons pas la puissance mentale de la puissance émotionnelle. Nous arriverons ainsi à faire vivre profondément la pensée qui, sans cela, serait froide et insensible; nous secourons le joug des forces adverses. Mais cet accord, il faut le faire volontairement. Il faut être maître, à la fois, de ses émotions et de ses pensées. Il appartient à notre conscient, de combattre les mauvaises et de soutenir les bonnes, de les développer, de les amplifier. Ce libre choix, cet appui donné à ce que nous estimons juste, cette maîtrise de nous-même, tel est le but que nous poursuivons.

Voyons d'abord le domaine de la pensée. C'est, nous l'avons dit, l'élément de toute notre vie mentale. La pensée vous apporte la connaissance lucide des choses et de leurs rapports, mais elle ne saurait se contenter de ce rôle et c'est un principe bien connu des psychologues: « La pensée a tendance à se traduire en actes. » Cet axiome est à la base de toutes les méthodes de suggestion et d'auto suggestion.

La pensée se manifeste en nous sous deux formes. Tantôt spontanément, elle nous offre des faits ou des images que rien ne nous faisait prévoir. Nous avons entendu un air, nous le fredonnons sans y songer, machinalement sous l'empire d'une pensée spontanée.

Mais nous pensons aussi volontairement; nous rassemblons en nous des éléments épars d'images et de sensations pour en tirer un jugement. Nous entendons conter une belle action qui demande du courage, de l'intrépidité. Des termes de comparaison se présentent à notre esprit. Mille souvenirs héroïques se font jour. Sous l'impulsion du bel exemple, nous nous sentons transformés par des forces qui se trouvent libérées en nous.

Cette pensée nous transforme, mais hélas ! trop momentanément. Il ne suffit pas d'une seule pensée, d'un seul bel exemple pour modifier toute notre vie. Nous devons créer en nous, par tous les moyens possibles, une nouvelle orientation de nos pensées qui, à leur tour, orienteront notre vie. Ce n'est que par cet effort continu que nous arriverons à la victoire, Pour y parvenir, faisons déjà le premier pas: remplaçons la pensée seule par une forme bien plus active et plus vivante: la représentation mentale.

Qu'est-ce qu'une représentation mentale ? C'est un ensemble de pensées qui, par une habitude plus ou moins longue, plus ou moins facile à acquérir, arrive à déterminer un état, à nous présenter au commandement, ou à peu près, l'image aussi nette que possible de ce que nous désirons voir.

Prenons, pour exemple, le fait de vouloir. La simple pensée nous montre déjà ce que nous faisons quand nous voulons quelque chose, la vue intérieure de cette chose, la pensée que nous avons, avec plus ou moins de force, de l'obtenir, en employant les moyens utiles. Mais, suivant l'état d'esprit du sujet qui tâche à se représenter cette volition, combien les images seront différentes ! Pour un, malade, le fait de vouloir sera un caprice, une sorte de rage, tandis que, pour un être calme et raisonnable, cette volition sera paisible, forte et continue.

Pour mieux faire comprendre le mécanisme psychologique d'une représentation mentale, développons notre exemple.

Je cherche à me représenter les pensées, les désirs, les actes de celui qui veut une chose déterminée. Pour nous, qui connaissons la puissance de cette pensée, l'idée de volonté ne saurait se disjoindre de celle d'une volonté tenace, opiniâtre, qui a raison de tous les obstacles, assurée qu'elle est de les tourner ou de les rompre, à qui rien ne résiste parce qu'elle sait tout prévoir et tout supporter pour parvenir au but indiqué. Pour mieux me représenter l'homme qui veut, je fais appel à mes souvenirs qui me montrent et coordonnent à mes yeux mille images du même ordre. Il n'est plus question ici d'une seule idée, d'une image isolée. Non. Une idée en appelle une autre, une image se rattache à une autre image, leur succession crée une sorte de film cinématographique. Ma pensée, faisant appel à ces images jadis perçues, se bâtit une histoire entière, crée ou rappelle un personnage, un type idéal de l'homme volontaire, de l'homme qui réussit.

Que vois-je ? Ceci, qui m'est une leçon. Je me représente le type le plus élevé de l'homme volontaire, de celui qui veut avec obstination mais sans éclat, qui n'use pas sa force en vaines manifestations, dont la volonté est toujours égale à elle-même. Ici, point de parade, aucun désir d'écraser ou de molester autrui. Ce que veut l'homme de volonté, tel que je l'imagine, c'est mériter sa place par des qualités puissantes, par des pensées nobles. Il veut conquérir sa place sans empiéter sur celle des autres. Tel est l'homme que nous voyons et que nous voulons imiter.

Que fait cet homme qui réussit et dont nous évoquons l'image ?

Il agit d'abord sur lui-même.

Avant de chercher à dominer le sort, il a, tout d'abord, dominé ses réflexes, ses impulsivités, ses hérédités, ses mauvais penchants. Il est parvenu à se rendre libre intérieurement avant de le devenir dans la vie sociale. Il est calme en tout lieu, en toute circonstance.

Cet homme ordonne ses pensées; il ne les disperse pas, ne les éparpille pas, comme des forces inconsidérées. Il les groupe dans le meilleur ordre pour qu'elles lui soient utiles. Il sait parfaitement ce qu'il veut; il connaît, il pèse ses moyens d'action. Aussi est-il sûr du succès, malgré les difficultés qu'il peut rencontrer dans sa voie. Rien ne le démonte, ne le déconcerte. Il sait qu'il vaincra parce qu'il veut.

Il n'oblitère pas les sentiments de son cœur, sa sensibilité native. Bien au contraire, il vibre puissamment. Il est actif, courageux, entreprenant; son ardeur donne des ailes aux décisions que prend la pensée dans les froides discussions intérieures. Sachant où il va, peu lui importent les routines, les sentiers battus. Ce n'est pas le chemin des autres qu'il suit, mais le sien propre. Il est l'audace même, mais cette audace est raisonnée. Il persévère dans les voies qu'il a choisies parce qu'il sait que ces voies sont bonnes, qu'il les a longtemps étudiées. Son intelligence est vive et active. Il observe. Sans cesse, il réfléchit, se documente et ne laisse rien au hasard. Il sait que le hasard n'existe pas, aussi n'espère-t-il rien du coup de chance inattendu. Tout effet a une cause, et cette cause il importe de la connaître. Il n'est pour l'homme intelligent d'autre chance que celle qui résulte d'une activité clairvoyante, d'une loyauté à toute épreuve, d'une volonté que rien n'arrête dans l'accomplissement du bien.

L'homme volontaire agit sur les autres.

Il sait, au besoin, ne pas résister aux inévitables circonstances. Il s'adapte; il se plie, sans toutefois s'abaisser, renoncer ou abdiquer. Il attend lorsqu'il doit attendre, sans plus de haine ou de colère qu'en aurait un homme contraint par un violent orage à chercher un abri momentané. Ce n'est pas de montrer le poing au ciel qui l'empêchera de tonner, et toute colère est une faiblesse. L'homme volontaire entre donc dans les milieux où il doit agir, mais, par la force calme qui émane de toute volonté lucide. Il transforme lentement le milieu dans lequel il vit. Il ne crie point avec fureur et ne roule pas des yeux irrités. Sa parole calme répand une affectueuse conviction. Son regard doux et magnétique lui attire des sympathies. Dans les conseils où sa lucidité le fait admettre, sa voix est prépondérante. Il rayonne autour de lui et son regard est un rayon qui porte la lumière et la chaleur dans les propos les plus arides. Ses manières courtoises, sans nulle servilité, le font estimer de chacun. Ceux qui le voient pour la première fois se sentent attirés vers lui; ils le revoient et désirent se l'attacher; on recherche sa compagnie, sa collaboration. De bonnes pensées émanent de lui. Une calme gaieté rend plus agréable la fermeté de son caractère qui n'a jamais rien de sombre ou de chagrin. Sa droiture luit dans ses regards. On sait que l'on peut compter sur lui dans les circonstances pénibles et que son cœur est grand ouvert à toutes les misères.

L'homme qui sait vouloir agit sur les événements.

Ceci peut paraître bizarre, mais c'est un fait indéniable. Inexplicablement, tout lui sourit, tout lui vient. Les esprits superficiels disent qu'il a de la chance. Ils ignorent le pouvoir de la pensée; ils ne savent pas que cet être rayonnant attire non seulement les hommes, mais les êtres et les choses. Qu'il prenne en main une affaire en voie de tomber, il aura tôt fait de la remettre en bonne voie. C'est qu'il a un jugement sain, qu'il n'entreprendra pas à l'aveuglette une chose nouvelle ou inconnue. Il a une grande connaissance de son métier, une activité puissante, une autorité bienveillante qui galvanise tout autour de lui. Il trouve les collaborateurs qui lui conviennent; il les intéresse à son effort. Il groupe autour de lui juste ceux qu'il lui faut. Il les reconnaît à première vue et les emploie dans les travaux où ils lui fourniront le meilleur rendement, car il sait voir, analyser, comprendre quelles sont les facultés de chacun et le parti qu'on peut en tirer aussi bien pour soi que pour les personnes employées.

On voit, par toutes les qualités et les faits que nous présente l'étude de l'homme volontaire, quelle différence existe entre la pensée unique et passagère et la représentation mentale, volontairement appelée et scrutée. Ce sont des représentations mentales qu'il nous faut créer pour nous modifier dans le sens des qualités qui nous manquent ou que nous n'avons pas suffisamment développées. Nous devons faire vivre devant nous de nobles exemples et nous efforcer à les imiter.

C'est donc une erreur, pour qui veut se rééduquer, se transformer, de se répéter un seul mot, une seule phrase, sans y rien ajouter de soi-même. Cette répétition machinale, ces paroles de perroquet conseillées par quelques-uns sont naturellement sans effet. Si même nous y ajoutions quelques applications, le résultat serait bien pauvre, car notre effort est trop limité pour être fructueux.

Ce qu'il faut, pour arriver à une véritable rééducation, c'est voir un type très net, l'évoquer devant son intellect, le faire vivre. Ce qu'il faut, c'est vivre nous-mêmes suivant ce modèle.

Il est nécessaire de se représenter aussi réellement, aussi objectivement que possible l'être que nous voulons devenir. Il faut voir devant nous le type que nous souhaitons imiter; type de santé, de force, de joie, de bonheur, de succès. Mais cela ne suffit point. Avant toute chose, il nous faut avoir un noble idéal.

Si nous ne possédons pas ce noble idéal, à quoi serviront les peines que nous avons prise ? Vers quel but nous conduira la route que nous venons de tracer ? Nous avons créé un être de foi, de droiture, de désintéressement, et, si nous nous confinons dans nos intérêts égoïstes, nous ne sommes pas capables de l'imiter. Si nous supportons les fatigues d'une excursion en montagne, c'est que nous espérons, une fois le sommet atteint, contempler le panorama des plaines et des collines. Cette excursion serait inutilement fatigante si, une fois arrivés au bout de nos peines, nous devions regarder un mur ou toute autre chose banale.

Epictète a très hautement indiqué cette tendance nécessaire: « Sans tarder, fixe-toi à toi-même une sorte de caractère et de type de conduite auquel tu te conformeras, soit que tu te trouves seul en présence de toi-même, soit que tu te trouves en présence des hommes. »    ( Manuel d'Epictète, XXXIII. )

Ce qu'il importe avant toute chose de savoir, c'est que, dans une ample mesure, nous sommes libres. Nous devons détruire en nous les conceptions fatalistes. Ces tendances adoptées par Pascal sont néfastes à la direction de la volonté. Elles lui font voir le monde comme une sorte de rail dont il ne nous est pas possible de nous écarter. C'est un danger considérable, car le résultat de cette doctrine désolante est de figer absolument toute initiative dans l'esprit et dans le cœur de l'homme, de le livrer pieds et poings liés à ce qu'il imagine être la fatalité.

Certes, il est indéniable que nous sommes déterminés. Personnellement, nous acceptons l'idée du karma. Nous acceptons la notion d'un karma personnel et d'un karma collectif. Nous savons que nous sommes limités aussi bien par nos hérédités ataviques que par nos fautes antérieures. Mais nous savons aussi que nous sommes en ce monde pour avancer, nous perfectionner, sans quoi cette vie serait inutile. Nous devons nous épurer par le travail, nous devons dégager le conscient, lui soumettre l'inconscient, gagner les qualités qui nous manquent, réveiller celles que nous avons laissé tomber en sommeil, faire croître et vibrer en nous ces puissances émotionnelles qui magnifient la vie humaine, qui font de nos cœurs une lyre chantant aux vents de l'esprit comme les arbres sous la brise.

Nous faisons partie de la grande comédie humaine. Nous y avons à jouer un rôle déterminé. Ce rôle a été fixé par nos états antérieurs; mais, si nous ne pouvons changer ce rôle, nous pouvons et nous devons perfectionner notre jeu, faire tout notre possible pour que la pièce jouée soit la plus belle possible, nous dévouer à son succès, même si le rôle qui nous a été donné est sans joie et sans gloire. Ce rôle, nous devons l'accepter librement et avec joie. On ne remplit bien un rôle que si on le joue volontairement. On le remplit mieux encore si on crée ses moyens d'émotion.

Nous devons jouer sans cesse ce rôle. C'est pourquoi nous ne devons pas imaginer qu'une seule pensée va nous transformer instantanément; qu'une baguette féerique va faire en nous ce miracle, qu'une seule représentation mentale fera jaillir de nous la force dont nous avons besoin.

Dans notre esprit, le tourbillon est si violent des formes et des pensées que, pour créer un état d'âme, pour installer à demeure une pensée vraiment utile, il faut une répétition continue et suivie des mêmes vouloirs, des mêmes pensées. Nous devons donc persévérer dans notre évocation mentale, la continuer, la multiplier, jusqu'à ce que nous soyons devenus tels que nous voulons devenir.

Epictète a donné une forme saisissante à ce précepte:

« Toute habitude, dit-il, tout talent, se forment et se fortifient par les actions qui leur sont analogues. Marchez pour être marcheur; courez, pour être coureur. Voulez-vous savoir lire ? Lisez. Savoir écrire ? Ecrivez. Restez couché dix jours, puis essayez de faire une longue route, et vous verrez comme vos jambes seront fortes ! Une fois pour toutes, si vous voulez prendre l'habitude d'une chose, faites cette chose. » (XIIIe entretien d'Epictète. )

Quand vous aurez suivi cet entraînement, quand vous aurez créé en vous cette habitude, la maîtrise de vos pensées sera automatique, vous l'obtiendrez comme un simple réflexe. C'est ce que le Docteur Marcel Viard exprime ainsi dans son Art de penser:

« Comme tous les phénomènes naturels, nos pensées se forment quasi automatiquement. Mais il faut que l'esprit se rende compte de ce fonctionnement, qui est le fonctionnement normal. Pour arriver à ce résultat, il est indispensable de faire observer à l'esprit une discipline très sévère. Les pensées apparaîtront alors dans un ordre déterminé, selon leur mode naturel ou suivant notre volonté. Et, lorsque, par un travail opiniâtre, nous serons arrivé à les contrôler, à les obliger à apparaître et à se succéder à leur tour, par une concentration énergique, nous les aurons disciplinées et nous retirerons de ce fait les plus grandes jouissances intellectuelles. » (  Docteur Marcel Viard. — L'Art de penser, 2e éd., Paris, s. d. )

On le voit, rien n'est moins passif que cette méthode. Elle oblige l'esprit à agir constamment sur lui-même, à ordonner la production et l'agencement des pensées. Elle en entretient, le flot et lui bâtit des digues, charmantes et fleuries si vous voulez y apporter une formule poétique, mais qui n'en contiennent pas moins et dirigent ces pensées dont vous avez acquis la domination.

Cette action ne va pas sans un effort parfois méritoire. Sabatier définit ainsi la nécessité de cet effort continu:

« L'effort est le facteur nécessaire et supérieur de toute transformation. Tout ce qui provoque l'effort, tout ce qui exige un effort devient cause de changement et peut être cause de progrès. Mais, par contre, la suppression ou même l'insuffisance de l'effort conduisent fatalement à la stagnation et plus encore au recul, à la régression. » ( Sabatier. — Philosophie de l'effort. )

Nous pouvons donc résumer ainsi ce que nous venons de dire :

Nous ne devons pas nous contenter de chercher une pensée isolée, une vague image aussitôt effacée que présentée à notre esprit. Il nous faut, au contraire, créer une représentation mentale aussi vivante que durable et la réitérer, la compléter jusqu'à ce que nous ayons réussi à nous transformer.

Nous devons posséder un idéal, le plus élevé possible, afin qu'il nous guide et nous éclaire dans le chemin que nous devons suivre.

Nous devons renouveler sans cesse l'effort que nous avons fait et qui ne saurait aboutir sans cette continuité.. Ce labeur nous paraîtra, sans doute, au début, difficile et pénible, mais le disciple sait d'avance qu'il sera toujours aidé; il a la certitude que son effort sera couronné de succès, aussi sa tâche devient-elle aisée quand il en a compris l'importance et les probabilités.

Encore ne faut-il voir en tout ce que nous venons de dire que la moitié de l’œuvre à accomplir. Nous avons vu que nous avons en nous deux facteurs d'action: le cœur et le cerveau; qu'il nous est nécessaire tout ensemble de penser et de sentir. Notre bilan intellectuel et moral se présente à nous comme les deux plateaux d'une balance et, tant que les deux plateaux ne seront pas dans un équilibre parfait, nous ne serons point parvenus à notre dessein final. Il faut, avant toute chose, que l'un des plateaux ne se sente pas favorisé, n'ait pas tendance à l'emporter sur l'autre. Quelles que soient nos préférences, toute tendance excessive, toute prédominance trop forte détruirait un équilibre laborieusement obtenu. Ce n'est que par cet équilibre que nous réaliserons une parfaite synthèse.

Nous avons exposé le principe bien connu en psychologie que toute pensée a tendance à se traduire en actes. Mais cette définition comporte par elle-même une restriction. Le psychologue dit que la pensée tend à se réaliser, mais il ne saurait affirmer sans erreur que cette tendance est toujours réalisée. Bien souvent, au contraire, elle se trouve empêchée.

Pourquoi cet arrêt ? D'où provient-il ?

La tendance de la pensée à se traduire en acte se réalise d'autant mieux qu'elle éveille en nous des émotions.

L'idée pure, abstraite, ne se réalise que rarement; elle dessèche, rend pessimiste celui qui s'y adonne sans contre-poids, parce qu'elle n'éveille en lui aucun sens émotif. L'émotion, au contraire, donne des ailes à la pensée, la rend créatrice. C'est l'émotion qui magnifie notre pensée de toutes les beautés de la parole et du rythme; qui la fleurit de toutes les grâces de l'illusion. Musset a dit avec autant de grâce que de justesse: Le cœur seul est poète. Mais le cœur n'est pas seulement sensible pour le sens artistique. Le mot émotion, veut dire, étymologiquement, ce qui met en mouvement, ce qui fait agir. Si nous ne subissons aucun choc émotionnel, nous réfléchissons stérilement sur les possibilités d'une action; ce n'est que l'émotion qui « nous sort de nous-même » pour nous la faire exécuter.

L'émotion apporte à l'esprit les notions du monde visible. Ce qu'Aristote exprime ainsi: « II n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait préalablement été dans les sens. » C'est-à-dire qu'aucune pensée ne naît sans qu'une sensation soit venue, soit de l'extérieur, soit de nous-même pour fixer dans l'esprit une donnée nouvelle. Cette donnée a donc été amenée par la voie des sens, que ce soit la vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat ou le goût.

Tout acte voulu par la conscience sera d'autant plus puissant qu'il sera accompagné d'émotions. C'est le sentiment qui déclenche les actes d'une sublimité transcendante. Voyez Jésus. Au moment où on le conduit devant le tombeau de Lazare, il ne se livre point à quelque dissertation sur la possibilité de ressusciter les morts. L'Evangile dit seulement: « Jésus pleura ». Son cœur est violemment ému. Le souvenir de son ami mort, de cette affection perdue exalte en lui les pouvoirs du thaumaturge et Lazare sort du tombeau. Dans tous les actes de la vie, Jésus ne montre qu'amour et tendresse; et ce rédempteur du monde, sans autres armes que l'amour et le sacrifice, détruit les forces immenses de l'empire romain.

Prenons exemple sur notre mémoire. C'est la violence du sentiment qui accompagne la perception qui la grave plus ou moins profondément dans notre esprit. Un homme verra mille robes sans y prêter aucune attention; il se souviendra des moindres détails du vêtement que portait sa mère, sa sœur, sa femme, dans un moment de joie ou de peine, surtout dans une séparation où il a voulu fixer en lui l'image de celle qu'il allait quitter. Nous nous souvenons d'autant mieux d'un événement qu'il nous émeut, nous secoue. Si on a vu un écrasé, ce spectacle terrifiant se grave dans l'esprit, peut même devenir une obsession chez les personnes très sensibles. Un souvenir puissant se crée jusqu'à devenir évocatoire. Mille détails du lieu où l'on est passé bien des fois sans y apporter aucune attention entrent dans l'esprit pour n'en plus sortir. On voit la place où le malheur s'est produit, les passants groupés, la victime et le sang sur les pavés; on se rappelle longuement les plaintes déchirantes de celui qui souffrait. Plus ce fait vous aura ému, plus il vous aura profondément troublé, plus le souvenir en demeurera vivace et ineffaçable.

Il est de toute évidence que, si nous n'éprouvions aucun, sentiment, la vie serait pour nous bien terne et monotone. Il ne faut cependant pas se donner à n'importe quel sentiment. C'est ici que le jugement doit intervenir et que le choix est nécessaire. Il y a sentiments et sentiments, comme il y a pensées et pensées. Nous devons fuir de notre mieux tous les sentiments mauvais, toutes les impulsivités qui nous amoindrissent: la haine, la rancune, la jalousie en ce qui concerne les autres et, pour nous-mêmes, la tristesse où l'on se complait, la crainte, la peur, la colère et tous les emportements qui usent inutilement nos forces.

Nous devons cultiver les sentiments qui sont bons, qui exaltent en nous la faculté d'agir: la joie, le désir du bien, la confiance.

Il existe en nous des forces mauvaises, des facultés que nous avons le devoir de combattre, si nous voulons atteindre une plus grande perfection. L'égoïsme est le fond de tous les vices. La plupart des vertus sont, au contraire, édifiées sur l'altruisme: la droiture, l'équité, la bonté, le dévouement, là tolérance, la patience, la vaillance, la sincérité en sont la preuve.

Les sentiments, les vertus et les vices ont sur nous une action énorme et qui fait comprendre à celui qui s'en rend compte l'immense portée de l'éducation. On ne saurait commencer trop jeune à combattre ses mauvaises qualités, à exalter les bonnes, à créer dans son être un foyer sympathique exaltant l'action saine. Le Docteur Frédault a longuement étudié ce point et conclut ainsi:

« Les passions oppressives, la crainte, la terreur, la consternation, l'abattement, la contrariété, nous laissent sous le coup de l'action de l'objectif, tandis que les passions exaltantes nous mettent au-dessus de l'objectif par leur énergie. Aussi, comme on l'a dit justement, les premières nous laissent en proie aux actions morbides, tandis que les secondes nous en préservent et nous en délivrent. » ( Docteur F. Frédault. — Les Passions.)

II faut donc que nous recherchions autour de nous, que nous voyions, de parti pris, en toute chose, ce qui est bien, ce qui est beau. Il n'est pas de mal absolu en ce monde et le remède est bien souvent à côté du mal à combattre. Avant toute chose, en nous et partout, nous devons rechercher la vérité, car elle est bien plus belle que les plus riantes illusions. Nous devons exalter la vertu, le courage, nous enthousiasmer pour tout ce qui est noble et beau et nous trouverons des forces vives, abondantes, qui jailliront en nous de cette exaltation féconde. Malheur à qui ne sait pas s'émouvoir devant la nature, devant l'héroïsme ! Les sources de toute joie lui sont fermées.

Voici donc deux points essentiels de notre méthode d'autosuggestion:

Disciplinons notre pensée pour produire des actes tels que notre devoir, notre perfectionnement les exige.

Générons de l'émotion pour que ces actes jaillissent de nous avec l'impétuosité d'une source, qu'ils atteignent leur plein effet, car rien de bon et de beau ne se fait sans effusion et sans amour.

De ce fait, notre méthode pourrait donc s'appeler auto suggestion émotionnelle, pour la différencier des autres méthodes qui se limitent à un seul côté de la question, soit en libérant l'inconscient sans contrôle, soit en ne se préoccupent que de la pensée.

Nous estimons qu'il faut unir les deux dans la vie. Pour y arriver, durant la période d'entraînement, il est important de jouer un rôle, le rôle qui nous est le plus utile, que nous nous sommes assigné après conseil et après étude, en y mettant le plus de pensée, d'application consciente qu'il nous sera possible, mais aussi en y apportant le plus de sentiment, en y mettant le plus possible de notre vie et de notre cœur. Celui qui se perfectionne de la sorte ne tarde pas à connaître la source de toutes nos joies véritables. Il n'est point de raison pour négliger les unes au profit des autres. A côté des satisfactions de l'esprit, nous ne devons pas nous priver des joies du sentiment. Une belle pensée, un bon livre nous sont utiles, mais ils ne le sont pas plus que le transport causé par la vue de cette Nature où Dieu se révèle à notre cœur, pas plus que la pure joie que nous offrent les beaux vers, la belle musique et surtout les affections pures qui sont le charme du foyer.

Nous devons jouer notre rôle, mais ce rôle n'est pas le même pour tous et on peut le jouer de diverses manières.

Comme le remarque l'ex président Wilson: « On peut jouer son rôle de bien des façons : il y en a qui apportent dans leur jeu une certaine passion naturelle, une ardeur directe et sans art, sans nuance et sans grâce, ignorante des maîtres et ignorante de l'esprit qui anime toute l'intrigue; d'autres réservent tout leur souci au costume et ne pensent qu'à l'effet à produire sur le public; mais il en est quelques-uns qui jouent comme ceux qui ont maîtrisé les secrets d'un art difficile, se subordonnant délibérément au grand dessein et à la pensée du drame, se donnant sans réserves comme de bons serviteurs, s'interdisant tout entêtement capricieux et toute excentricité personnelle, et prêtant ainsi cœur, ton et geste au parfait déroulement de l'action. Ceux-là sont les hommes qui se sont trouvés, et ils manifestent cette tranquille aisance qui accompagne un parfait ajustement. » (  Woodrow Wilson. — Quand un homme se trouve lui-même, 1922, p. 69. )

C'est parler avec sagesse. Celui qui a compris ainsi les enseignements que nous donnons peut dire avec certitude que l'homme devient ce qu'il veut, quand il le veut avec suite et y travaille avec autant de foi que de persévérance. L'homme se crée lui-même et ne doit qu'à son effort le chemin qu'il fait dans la vie. Libre à lui d'avancer ou de rester en arrière, tandis que les autres progressent sur le chemin de la vie. Tous subissent des maux, rencontrent des obstacles, mais quelles que soient les entraves, on a toujours le moyen d'avancer, de se perfectionner.

Comment faut-il jouer ce rôle ? Nous croyons avoir à peu près sinon tout dit, du moins tout effleuré, tout exposé de ce qui peut faire comprendre notre entraînement, ses procédés et sa portée. Nous avons mis en valeur le rôle de la pensée et celui de l'émotion. Nous avons démontré à quel point ces deux facultés doivent rester inséparables. Ces deux points acquis, nous pouvons maintenant apprendre comment nous devons jouer pratiquement notre rôle. Ce labeur comporte deux principales étapes. Nous devons procéder comme fait l'artiste dramatique:

1°. —Apprendre le texte;

2°. — Le vivre.

1°. — Etude du texte.

La période primitive est ingrate et de peu d'attraits. Il faut que l'artiste apprenne son texte de la même manière qu'un enfant étudie sa leçon. Il le lit, il le répète, il le grave dans sa mémoire. Il l'étudié phrase par phrase, sans rechercher en rien un effet dramatique, jusqu'à ce qu'il le sache parfaitement et que la connaissance du texte ne soit pas pour lui une difficulté dans la seconde partie de sa réalisation.

2°. — Vivre le rôle.

Ici, le travail est plus difficile, mais il est beaucoup plus intéressant. L'artiste ne cherche pas à se rappeler plus ou moins machinalement un texte qui l'intéresse ou ne l'intéresse pas. Il lui faut devenir le personnage qu'il fait vivre. Il en prend le costume; il en recherche les attitudes; il en imagine les gestes, recherche les intonations que pourrait employer, pour prononcer tel mot, le personnage qu'il doit représenter. Il faut qu'il fasse le plus possible abstraction de sa propre personnalité, qu'il devienne un roi ou un ivrogne, qu'il vive de la vie de ces êtres si différents de lui-même et cependant, il faut qu'il garde contrôle sur lui-même pour voir si son roi, son mendiant, son ivrogne sont adaptés à la réalité. Le succès de l'artiste dépend de sa puissance émotionnelle. Très rares sont ceux qui arrivent à une absolue perfection, qui se font oublier pour faire vivre le personnage qu'ils incarnent.

A notre tour, procédons comme a fait l'artiste. Etudions d'abord notre rôle; nous chercherons ensuite à le vivre puissamment.

Pour étudier le rôle, nous ferons d'abord appel à notre faculté d'association d'idées. Nous avons vu comment nous devons placer sous les regards de notre esprit le personnage que nous devons imiter. Il nous faut ensuite voir comment il se conduit dans la vie, quelles réactions il oppose aux circonstances qui nous semblent capitales.

Que ferait l'homme volontaire devant cet ennui qui nous laisse actuellement sans force ? Il hausserait sans doute les épaules; il n'y a pas de raison pour que nous n'en fassions de même. Nous devons ainsi le suivre, l'étudier avec soin, disséquer chacun de ses actes, pénétrer chacun de ses sentiments.

Pour cette étude du personnage à jouer, de ses actions, de ses réflexes, de ses sentiments, nous donnerons carrière aux facultés les plus hautes de notre personnalité mentale. Nous ferons travailler notre intelligence, notre réflexion, notre observation, notre imagination et, plus ces facultés joueront avec force et conscience, plus nous gagnerons en puissance, plus nous obtiendrons un résultat net et rapide.

Il nous faut ensuite et surtout vivre le rôle. Que fait l'artiste ? Il s'adapte à l'être qu'il veut devenir. Il observe ses gestes; il éduque son regard; il modifie sa voix; il adapte son port à l'âge, à la force, au rang social de son modèle. Il met tout son être en rapport avec ce que lui représente la vie qu'il doit exprimer non pour soi-même mais pour celui qu'il est devenu. Il lui faut donc une entière maîtrise de sa personnalité: maîtrise du corps, maîtrise de la pensée, maîtrise des émotions. Nous devons agir de même. Il nous faut conformer notre vie, nos gestes, nos pensées, à l'image que nous nous sommes faite de l'être que nous voulons devenir.

L'artiste, suivant son talent, met un temps plus ou moins long à devenir ce qu'il veut être. Nous ferons encore comme lui; nous agirons progressivement. Il ne faut pas imaginer que nous arriverons au sommet d'un seul bond; cela ne s'est jamais vu. Le travail est quelquefois lent, mais il faut songer que chaque effort trouve toujours sa récompense, que chaque étape nous approche du but et que nous avons toute la vie pour arriver à la perfection. L'effort fait bien vite place à la joie. Il y a d'ailleurs une satisfaction réelle dans le fait d'apprendre, de se perfectionner, de comprendre mieux le plan du monde où nous sommes, d'y adhérer plus pleinement, de nous affranchir de la tyrannie du corps, de se libérer de ses impulsions, de briser les entraves qui faisaient tituber notre marche, de rompre avec le passé qui est notre plus lourd fardeau.

II nous faut insister encore et toujours sur le double mécanisme qui fait l'objet de notre méthode, sur notre double vie mentale et émotionnelle dont nous ne devons négliger aucun élément. Chacune de ces formes de notre vie agit sur l'autre et nous ne pouvons les séparer sans commettre de graves erreurs.

L'attention est à la base de notre vie mentale. C'est elle qui accueille les notions, qui les grave dans la pensée d'un burin plus ou moins tenace. Avec une attention faible, il est impossible de posséder des notions bien nettes, que nous puissions conserver aussi longtemps que nous en aurons besoin. Au contraire, avec une attention forte, nous possédons la qualité primordiale qui conditionne les autres; nous avons la certitude d'une complète réussite.

Selon Maine de Biran, l'attention n'augmente pas l’intensité de la sensation, mais la netteté de la perception.

Plus nous aurons vu avec attention, plus l'image enregistrée sera nette et précise, plus le souvenir sera tenace et puissant.

Si nous voulons posséder cette netteté de perception si utile à notre vie intellectuelle, à notre perfectionnement, il faut que nous nous astreignions à regarder ce qui nous entoure, à le voir dans son détail et dans sa proportion, à observer, à comparer, afin que rien ne nous échappe de ce que nous enregistrons. Le résultat de cette éducation sensorielle, c'est que, par le travail de l'attention, toutes nos facultés s'amplifient: le jugement est plus judicieux et plus rapide, les associations d'idées plus promptes et plus étendues, la mémoire plus vaste et plus soumise, l'imagination plus fertile, plus apte à fournir des matériaux à la pensée.

Au début, nous aurons quelque effort à faire pour adopter ce mode de travail, mais l'habitude est vite créée, et elle est pour l'esprit une source infinie de richesse. D'ailleurs, le travail même se trouve facilité par cette accoutumance et se fait presque de soi-même, avec un effort moindre, chaque fois que nous y songeons. Telle est, vous le savez, la loi de l'habitude. L'effort diminue en raison inverse de sa continuité.

Donc, lorsque cette habitude sera pleinement acquise, le développement psychique s'opérera avec la plus grande facilité. Avant de commencer l'excursion, la montagne à gravir nous épouvantait par sa masse. Une fois le voyage entrepris, les détails gracieux de la route nous voilent le pénible effort. Cet effort lui-même diminue rapidement par une application chaque jour plus grande. Les succès quotidiens nous encouragent dans la voie, accroissent le désir d'avancer et renforcent la foi par leur réalisation.

Il est encore un autre point sur lequel nous devons insister. C'est le rapport qui existe entre notre personnalité extérieure et notre personnalité intérieure. Le physique et le moral sont étroitement unis.

Fouillée, qui est un philosophe en même temps qu'un observateur, dit : « Une loi psychologique bien connue veut que chaque état d'âme et ses signes extérieurs soient indissolublement associés; non seulement l'état d'âme produit son expression au dehors, mais l'expression, à son tour, tend à éveiller l'état d'âme. »                                        _

Notre activité physique est en rapport avec notre état d'âme. Dans certains cas, la réflexion peut amener une immobilité momentanée. Le promeneur méditatif qui fixe son attention sur une idée abstraite, s'arrête, se prend le menton, fronce plus ou moins les sourcils. L'attitude réfléchie ou attentive est une attitude immobile. Ce n'est pas un état de résolution musculaire comme le sommeil et la rêverie, c'est un état où les muscles eux-mêmes se trouvent en activité.

Quand le travail cérébral devient excessif, il n'est pas rare que les muscles se trouvent aussi dans une agitation extrême. Il va de soi que ce travail musculaire ne se porte pas sur les mouvements extérieurs, mais le rythme respiratoire, les palpitations du cœur, les battements des artères sont profondément modifiés.

Ce travail cérébral échappe-t-il au contrôle volontaire ? Alors nous voyons l'homme qui pense ou médite avec intensité pareil à ces grands nerveux dont tous les psychologues connaissent l'agitation musculaire extrême, la parole rapide, les gestes saccadés et souvent incohérents.

Tout au contraire, l'homme magnétique, celui qui peut et sait vouloir, domine ses gestes, ses attitudes. Toute sa personne reflète le calme parce que le calme est dans ses pensées. Son esprit est net et lucide, parce qu'il n'y laisse pas entrer d'idées excessives ou erronées. Cette attitude extérieure provient de ses habitudes de pensée.

Il est nécessaire pour celui qui veut se guérir, se perfectionner, acquérir les qualités morales, le calme et la force qui lui manquent encore, de chercher quelles sont les attitudes de l'homme magnétique et volontaire, de se créer un extérieur qui soit en rapport avec l'attitude mentale que l'on prétend adopter.

Voici donc un état nouveau que vous devez établir en toute votre personne. A l'extérieur, il est indispensable que vous vous donniez aussi naturellement et aussi complètement qu'il est en vous, l'attitude de l'être calme et volontaire à qui vous prêtez, après étude et contrôle, la possibilité de réussir, de se débarrasser de troubles qui vous sont pénibles.

A l'intérieur, rejetez toutes les pensées déprimantes. Chassez le doute qui vous porte à ne pas faire ce que vous aviez résolu, à ne pas croire dans les pensées qui doivent être votre salut. Expulsez les craintes qui renforcent encore cette impression pénible. Cessez de vous complaire dans votre tristesse, dans tous les souvenirs pénibles qui ne devraient pas rester dans votre cœur, car c'est un poids mort, un sujet de trouble. Mettez à la place de ces obstacles intérieurs, le plus que vous pourrez de pensées de joie et de force, tous les espoirs légitimes, toutes les grandes aspirations qui soulèvent au-dessus des agitations de là vie, des intérêts mesquins, de l'envie et de la rancune. Entretenez dans votre esprit et dans votre cœur des idées actives, constructives, telles qu'elles puissent vous soutenir dans les difficultés inévitables, au lieu d'en accroître le poids.

Rompez délibérément avec le passé dont vous avez eu à souffrir, que ce soit moralement ou physiquement. Il n'y a pas plus de raison à cultiver les souvenirs pénibles que les microbes de la maladie dont on relève avec difficulté. Ne restez pas tourné vers le passé mauvais. Voyez l'avenir qui se déploie devant vous avec toutes les magies de l'aurore et de l'espérance..

Décidez l'effort à accomplir. Donnez-lui dans votre esprit une formule qui n'admette ni le doute, ni la défaillance. Ne dites pas: « Je voudrais ! » Dites: « JE VEUX ! »

Pour vouloir avec suite, la condition primordiale est d'avoir confiance en soi. Si vous n'avez pas confiance, il n'est même pas utile d'essayer. Le vœu que vous formulerez sera stérilisé par le manque de foi.

Il faut donc fixer dans votre intellect une parole qui précise sans cesse à votre esprit cette condition première. « J'ai confiance en moi », dira cette parole et vous l'aurez sans cesse sous les yeux, bien apparente et comme brillante d'un éclat étincelant, car il faut qu'elle se grave profondément en vous. II faut que cette phrase se fixe dans votre pensée. Il est donc nécessaire de la préciser d'une manière tangible qui ne vous permette pas de jamais l'oublier. Par elle, vous rappellerez votre force aux heures de fatigue ou de défaillance et, par elle, vous arriverez plus facilement à évoquer devant vous ce type d'énergie et de volonté que vous devez incarner. Il faut que, de jour en jour, vous vous sentiez devenir l'homme magnétique, volontaire, sûr de sa force.

Pour arriver à fixer cette pensée dans votre esprit, commencez par le procédé le plus simple. Faites une pancarte sur laquelle vous inscrirez en gros caractères, bien nets, sans fioritures :

J'AI CONFIANCE EN MOI

Cette pancarte une fois faite, vous la placerez dans votre chambre à la place la plus propice pour attirer et retenir vos regards. C'est là que, matin et soir, au saut du lit et avant de vous coucher vous ferez un nouvel exercice. Consacrez dix minutes à chaque entraînement. Faites-le bien régulièrement avec persévérance. Surtout, ayez foi dans le succès inévitable. Concentrez votre volonté pour lui donner le plus de force possible, la dresser, comme un bon cheval, vers le but que vous avez fixé.

Il sied, avant toute chose, que rien ne vous entrave dans l'exercice à accomplir. Aussi le ferez-vous avec aussi peu de vêtements que possible, ou du moins avec des vêtements très lâches, de manière à ce que vos mouvements soient entièrement libres.

En regardant la pancarte, respirez amplement, cherchez à acquérir le rythme large des grands souffles, source de la force et du calme, aussi bien dans le corps que dans l'être psychique. Ici, notez un détail des plus importants. Il sied de rectifier votre position, de vous défier de tout abandon, de, vous laisser-aller, prenez l'attitude du « garde à vous » comme si, au lieu d'être seul dans votre chambre, vous étiez en public, dans un: établissement sportif, par exemple. Campez-vous solidement sur vos pieds, tous vos muscles tendus, le corps bien droit, les épaules effacées et rejetées en arrière, la tête haute. Gonflez largement votre poitrine, en aspirant l'air par le nez. En même temps, donnez à votre visage une expression plus animée, le sourire de la confiance et du courage, l'aspect de l'homme fort et qui veut réussir.

Si vous avez une glace, regardez-vous en même temps, de manière à constater si vous avez obtenu l'expression que vous cherchez. Constatez aussi par vous-même que votre attitude est calme, noble, assurée, que vos mouvements sont aisés, amples sans emphase, simples, mais non étriqués et restreints par la timidité. Assurez-vous de votre maintien qui doit être parfait et, quand vous avez réalisé ce premier point, faites quelques pas dans la pièce. Etudiez votre port qui doit être aisé, simple et noble. Acquérez la certitude que tout votre être rayonne et dégage de la force; que vos actions, vos pensées ne se limitent pas à vous, mais qu'elles ont des répercussions immenses sur les personnes et les êtres environnants. Quand votre poitrine est bien développée, rejetez l'air doucement, sans attendre et recommencez plusieurs fois, sans hâte et sans fatigue, tout en continuant vos exercices. Quand vous avez, de votre mieux, obtenu l'attitude qu'il vous convient de prendre, sûr de vous, certain de la victoire, revenez à votre pancarte et dites à haute voix, avec une volonté ferme et soutenue, en donnant à chaque mot toute sa valeur:

J'ai confiance en moi. Je veux imiter l'exemple de ceux qui réussissent, de ceux qui ne connaissent pas d'obstacles. Je veux mériter et obtenir succès, joie, pouvoir, amour.

Je veux jouer mon rôle activement. J'y consacrerai toutes mes forces. Je suis sûr d'arriver à mon but. Je persévérerai, car, malgré les obstacles, je sais avec certitude que la volonté bien entraînée vient à bout de tout, quand elle est tendue vers un but juste et honorable.

Je veux remporter la victoire, et, pour vaincre, je commencerai par une victoire sur moi-même. Je serai digne d'estime, de confiance, de respect. Je veux être un noble exemple. Je vaincrai toute défaillance pour mériter cette estime.

Pour jouer fidèlement mon rôle, je prends d'abord l'attitude de celui qui réussit. Debout, prêt à l'action, je redresse mon buste. Je tends mes muscles. Je relève la fête. Je gonfle mes poumons et fixe dans mon organisme les énergies ambiantes qui feront de moi un autre homme. J'ai foi dans le succès. Mon regard est plus assuré: ma parole plus chaude, plus vibrante, plus convaincante. Ma démarche est plus ferme, plus assurée. Je veux traduire par mon sourire et mon renard une force paisible, qui inspire confiance et sympathie.

Jouer mon rôle, c'est m'efforcer de gagner les qualités intellectuelles et morales de celui que je veux imiter. J'observe donc attentivement ce modèle idéal. Je me pénètre de la valeur de chaque mot que je prononce.

Surtout, je veux, je veux de toutes mes forces, de toutes les puissances qui sommeillent en moi. Je veux accomplir un beau destin.

A l'avenir, toutes mes paroles tendront à magnifier ma vie. Je veux vivre une vie noble et bien remplie, qui répande le bien autour de moi, me fasse vivre dans une atmosphère de clarté et de joie sereine. Je veux me défaire de tout souvenir mauvais, arracher de mon cœur toute haine, toute rancune, ne garder en moi rien qui me puisse abaisser ou avilir.

Libre, je veux être; libre de moi-même comme des autres.

Je m'engage sur la route de la vie avec un nouvel idéal. Je pars avec une attitude victorieuse, une âme généreuse et belle. Je sais que je vais triompher. Je veux être digne de ma victoire. Plein d'une ambition légitime, je veux avancer, aussi bien dans mon travail que dans mon perfectionnement. J'ai droit à ma place au soleil. Cette place, je l'augmenterai par mon travail, par les connaissances que je veux acquérir, par la dignité de ma vie, par les sympathies inspirées, par le secours donné à tous.

Je suis maître de mes gestes, de mes pensées, de mes émotions. Je suis libre des hérédités que j'ai vaincues, dégagé de mes impulsions que j'ai matées. Je suis libre de toute entrave. Je marche avec une force calme dans la voie que je me suis choisie.

J'ai confiance en moi !

Répétez cette formule matin et soir. Le matin, au saut du lit, cet exercice vous donne des forces et du courage pour les travaux de la journée, vous les fait envisager comme une tâche profitable et facile. Le soir, avant de vous endormir, les phrases que vous répétez, les pensées qu'elle font naître en vous se gravent dans votre esprit et continuent pendant votre sommeil à se graver dans l'inconscient.

Pour la mieux fixer encore, écrivez la formule en gros caractères sur un carton ou un papier fort que vous attacherez au mur à côté de votre pancarte. Ceci vous évitera un effort de mémoire qui, en détournant votre attention sur les mots et leur sonorité, vous empêcherait un moment de vous pénétrer de leur sens. Vous n'avez qu'à la lire; elle se gravera d'elle-même.

Surtout, cette formule, ne l'apprenez pas machinalement. Au contraire, vivez-la. Pénétrez-vous en bien. Faites comme l'artiste dont le jeu puissant émeut toute une foule. Quand votre corps se redresse, ne le faites pas sans y songer, comme un exercice de gymnastique pénible. Au contraire, pensez que votre énergie se redresse en même temps que votre corps. Quand vous dites que votre regard est solide, faites qu'il le soit en réalité. Agissez puissamment, si vous voulez que votre action profite au but que vous vous êtes assigné. Quand vous parlez du sourire, qu'il s'épanouisse sur vos traits, qu'il rayonne dans vos yeux; devenez l’image de cette force que vous voulez être et que vous serez en effet, si vous pratiquez mes conseils. Aidez-vous de la glace pour vérifier ce que vous dites, pour rectifier ce que votre attitude peut avoir de faible, votre regard de distrait, votre sourire de las ou de désabusé. Dans ce moment, votre glace est le meilleur des conseillers.

Si vous avez un frère, une sœur, un être en qui vous puissiez avoir une pleine confiance et qui ne tournera pas vos efforts en ridicule, vous affaiblissant par une déprimante raillerie, faites vos exercices devant lui. Entraînez-vous ensemble et, dans les moments difficiles, l'exemple de l'un sera l'appui et le conseil de l'autre. Une noble émulation vous soutiendra et vous profiterez chacun des efforts de l'autre, fraternellement, en toute amitié.

Surtout, plus que toute autre chose, ne revenez pas sur le passé. Il n'y a rien qui soit plus affaiblissant, et sans profit. Vous avez, une fois pour toutes, reconnu vos faiblesses, vos imperfections, vos défauts. Il n'est pas besoin d'y revenir. C'est une tristesse avec laquelle vous avez rompu toute attache. N'y songez plus. Le passé est mort et n'a plus droit qu'à votre oubli. C'est vers l'avenir que doivent se tourner et vos regards et vos efforts. Tendez vers cette nouvelle aurore de toutes les puissances de votre être. Dites-vous bien que ce type idéal que vous voulez imiter vous l'êtes déjà; qu'il est en vous; que c'est un être nouveau, sans aucun lien ni rapport avec ces chagrins sur lesquels vous aviez tendance autrefois à vous appesantir. Votre nouvelle personnalité ne les connaît pas. Vous devenez ce nouvel être, vous n'en serez plus séparé. De jour en jour, il fait partie de plus en plus intégrante de votre personne. Vous vivez l'un par l'autre. Il vous guide vers l'avenir, mais, pour mériter cet appui, regardez en haut, vers les sommets que vous vous êtes promis d'atteindre. Agissez en conséquence. La victoire vous est promise.

Faites régulièrement vos exercices, chaque matin et chaque soir, de préférence à la même heure. De toutes vos forces, par tous les moyens possibles, fixez en vous ces fortes pensées. Dans très peu de temps, l'habitude vous rendra la tâche de jour en jour plus facile. Surtout, pas de défaillance. Il n'y a pas de motif pour que votre entraînement, une fois commencé, arrête ses progrès et ne mène pas au succès.

Je compte sur vous, comme à toute heure de défaillance s'il venait à s'en produire, vous pourriez compter sur moi.

La confiance est née en vous. Vous la sentez installée dans votre âme. Il faut maintenant changer de formule. Faites une autre pancarte, des mêmes dimensions, avec ces mots:

JE VEUX RÉUSSIR

Fixez la pancarte dans votre chambre, toujours dans un endroit bien en vue. Lisez-la chaque fois qu'elle arrêtera vos regards, mais pas d'un œil distrait. Attachez votre esprit à tout ce que contient de possibilités et d'accomplissements ce simple mot: réussir.

Chaque matin, répétez-vous une nouvelle formule:

« Je veux réussir.

« Je sais que le succès n'est pas dû au hasard. Le succès réel et durable exige un ensemble de qualités physiques, intellectuelles et morales. La principale qualité physique est l'endurance. Il me faut la santé. Je veux donc vivre sainement. Je ne gaspillerai pas mes forces dans les plaisirs, ni dans les travaux inutiles. Tous mes actes tendront vers mon but. Je serai sobre pour gagner des forces nouvelles qui me permettront de vouloir et d'agir avec persévérance. Je veux réussir. Je sais qu'il y a en moi des forces infinies. Je veux les libérer, les augmenter sans cesse. Je veux gagner la victoire.

« Je veux que tous ceux qui m'entourent constatent ma transformation. Mon attitude est meilleure. Je me redresse; mes muscles se tendent, plus fermes. Je sens circuler en moi une vie nouvelle. J'ai confiance en moi comme dans l'avenir. Je sais qu'il n'est pas de tâche qu'un homme volontaire ne puisse remplir du moment qu'il l'a acceptée; je veux accomplir cette tâche. Je rectifie mon regard: je veux qu'il soit franc, plein d'une lumière égale, fort, prompt à répandre sa force sur tous ceux qui en ont besoin. Je veux que ma voix soit plus assurée; qu'elle porte mes décisions non comme des ordres, mais comme des pensées longtemps débattues. Je veux que mon attitude soit ferme et digne, sans arrogance et sans bassesse, sans violence et sans timidité.

« Je ne livrerai rien au hasard, car le hasard n'existe pas et le succès auquel j'aspire ne dépend que de moi-même. Je veux être attentif à tout, car toute chose, si j'y attache ma pensée, peut me donner des notions nouvelles dont je puis tirer parti. Je veux réfléchir, car toute idée approfondie renferme un enseignement qui ne se révèle qu'à l'étude.

« Maître de mon corps, maître de mes pensées, je veux que mon effort soit aussi le salut des autres. Je ne contraindrai personne par la force. Les sentiments que l'on impose sont pénibles et prompts à s'effacer. Je veux attirer les sympathies, mais je les mériterai par mes qualités, mon attitude, mon dévouement, mon travail.

« J'ai confiance en moi. Je veux mériter la confiance des autres. Je veux gagner ma place au soleil. Je me sens attractif, plein, de toutes les puissances qui s'épanouissent dans mois âme.

« Je veux réussir. »

Je fais ici la même observation que pour la première formule. Vous la répéteriez à l'infini sans grand résultat si vous ne la viviez intensément. Il faut vous en pénétrer, la sentir entrer dans votre pensée, par cet appui gagner de la puissance émotionnelle qui augmentera votre élan, votre faculté de travail.

On peut répéter plusieurs fois la même formule; il faut surtout la dire lentement, ajoutant à chaque mot la valeur qui lui est propre. Il faut se pénétrer de sa pensée, mais il faut aussi montrer extérieurement cette pensée, se conformer aux mots qu'on prononce.

Plus que toute chose, il faut être sûr du succès; ne jamais douter de soi-même; il faut garder cette confiance que l'on réussira.

De nombreux et illustres exemples peuvent aisément vous démontrer l’excellence de ces procédés.

Quoi ! dira-t-on, suffit-il donc de dire: « J'ai confiance en moi, je veux réussir ! » pour réussir complètement ? Non, certes, cela ne suffit pas. Mais c'est le début de toute action.

Pour réussir, il faut des qualités réelles d'intelligence et de travail qui ne s'acquièrent qu'à la longue. Mais, avant de les obtenir, et même pour les acquérir, il faut commencer par prendre confiance, par appuyer cette confiance sur une habitude d'esprit, afin que le découragement ne détruise pas en un moment le lent travail de plusieurs jours.

Nous ne pouvons insister ici sur l'art de réussir. Cette étude mériterait un ouvrage spécial. Ce que nous faisons ici est une œuvre plus générale et nous devons nous borner à des considérations pratiques résumées en quelques mots.

Il faut, avant toute chose, détruire une erreur qui s'est donné force de loi dans les esprits routiniers: on ne peut réussir dans la vie que si l'on possède une fortune. Il n'est rien de plus erroné. II n'y a qu'à regarder autour de soi pour constater que beaucoup d'enfants riches, ayant ces possibilités données par l'argent, s'empressent de ne rien faire. Nous voyons aussi quantité d'hommes qui, aussi bien dans les arts que dans les affaires, ont commencé sans nul apport, sont réellement les fils de leurs œuvres. En Amérique particulièrement, les sommets appartiennent à des hommes qui sont nés pauvres Edison, le plus grand inventeur des temps modernes; Rockefeller, le roi du pétrole; Carnegie sont nés dans une condition modeste. Henry Ford, le dernier venu, le roi de l'automobile, a commencé avec rien et tous affirment avec unanimité que le Capital Argent n'est rien ou qu'il est de bien peu de prix auprès du Capital Intelligence.

Nous avons dit plus haut qu'une nécessité première est d'avoir un idéal élevé, de ne pas se limiter aux petites satisfactions du moment, mais à chercher des buts élevés, des horizons vastes. Ce n'est pas seulement notre avis. Carnegie, dont les doctrines ont fait leurs preuves, le dit aussi:

« Que chacun de vous se dise : « Ma place est au sommet ! » Soyez roi dans vos rêves. Faites le vœu d'atteindre cette situation, avec une réputation sans tache et ne faites pas d'autre vœu qui puisse distraire votre attention. » (  Andrew Carnegie. — L'Empire des affaires. )

Ces quelques mots, venant d'une bouche autorisée, résument notre enseignement. Il faut, avant toute chose, avoir foi, foi en soi-même, foi en l'avenir. Avoir une foi tellement assurée que rien ne puisse faire fléchir la volonté qui repose sur cette confiance. On aurait beau être « roi dans ses rêves », le trône s'écroulerait vite si on laissait le réveil pénible détruire l'effet de ce rêve. Il faut tenir devant les réalités difficiles; tenir le temps qu'il faut: des mois ou des années. Tous les milliardaires qui maintenant réalisent de si grandes choses ont eu des débuts plus que difficiles. Ils ne se sont cependant pas découragés. Ils ont gardé une foi entière dans le résultat de leur travail, et ce travail ne pouvait manquer d'être couronné par le succès.

Le travail assidu est la seconde nécessité. Non pas un travail d'amateur, mais un travail acharné, qui ne refuse rien en vue de sa réussite, sauf ce qui pourrait blesser la conscience.

Rien ne vient sans effort. Celui qui veut réussir ne l'ignore pas. Il sait aussi que cet effort, si dur soit-il, est passager et que la récompense sera au-dessus de la peine. Il sait encore que la foi facilite le travail, que l'intelligence le soutient. Il lutte donc; il lutte sans trêve; il lutte sans défaillance, avec la certitude de la victoire prochaine, avec la vision glorieuse de la complète réussite, une fois accomplis les pas difficiles.

La foi et le travail ne suffisent cependant pas. Il est des qualités intellectuelles que rien ne saurait suppléer. Il faut, naturellement, une intelligence suffisante pour comprendre le travail auquel on s'adonne, pour l'étudier, voir les améliorations dont il est susceptible, les moyens de l'accomplir mieux et, s'il se peut, avec un moindre effort. Cette intelligence pratique comporte une grande part de réflexion. Il ne faut pas s'emballer trop sur une soi-disant découverte qui ne mènerait à rien ou demanderait des travaux et des frais disproportionnés avec le résultat que l'on peut en espérer. Cette réflexion vous fait voir l'objet ou l'action sur toutes ses faces avec toutes les possibilités que l'on peut y trouver. Il faut, pour donner à cette réflexion intelligente un poids encore plus grand, l'étayer sur une forte logique, qualité entre toutes constructive et sans laquelle les meilleurs efforts manquent toujours de calme et de coordination.

Une fois le plan déterminé par l'intelligence et la logique, il ne suffit pas de s'y complaire pour le faire aboutir. La qualité la plus utile alors est l'initiative. Il ne faut pas, quand on a découvert soit une idée nouvelle, soit le perfectionnement utile d'une ancienne formule, se dire soudain que l'on a tort et que le mieux sera toujours de faire comme on a fait avant vous. L'initiative ne se laisse pas limiter ainsi. Elle brise les vieux moules et crée des formes inédites. Mais, avant de lui laisser libre cours, il est bon de savoir où l'on va, ce qui est le fait de l'intelligence, car l'initiative sans frein est un torrent débordé.

Lorsqu'on a reconnu, après lent et sûr examen, l'excellence du plan choisi, il ne faut pas se laisser arrêter par des vétilles. Il est bon que l'initiative se transforme en audace, en audace opiniâtre et volontaire, car une action entreprise doit toujours être menée à bien. Rockefeller dit à ce sujet:

« Jeunes gens, rappelez-vous que la loi élémentaire du succès dans les affaires est de voir toujours haut et grand. Ne songez pas à remporter des avantages temporaires. Ne gaspillez pas votre effort pour aboutir à de petits triomphes, à moins que votre ambition ne soit jamais que de remporter de petits succès. Regardez toujours devant vous. Etudiez avant de vous risquer: c'est une chose prodigieuse que de voir combien il y a d'hommes, même très intelligents, qui se lancent dans une affaire sans en avoir balancé les chances; gardez aussi tout votre sang-froid. Ne vous laissez pas emballer parce que vous obtenez un petit succès et ne vous laissez pas abattre parce que vous essuyez un petit revers. Dites-vous bien, dites-vous surtout que pour réussir dans les affaires, il n'y a ni mystères ni trucs: il y a des lois inflexibles, des lois d'étude, de connaissance, de travail, d'endurance, de mesure, de calme, d'honnêteté. Si vous manquez à une seule de ces lois, vous pourrez remporter une victoire passagère, vous ne remporterez jamais de victoire décisive et durable... » (  John-D. Rockefeller. — Mémoires publiés par Le Matin, sept. 1908. )

Pour réussir, il faut avoir confiance en soi. Cette confiance est absolument indispensable et on ne fera rien d'utile, même si les circonstances étaient favorables, avec la pensée que l'on ne réussira jamais. Cette idée déprimante fait partie de ces impulsivités que nous devons détruire en nous avant toute chose. Napoléon avait, en son étoile, une foi aveugle. Dans sa jeunesse, il ne doutait nullement que l'empire du monde dût lui appartenir. Aussi ne s'arrêta-t-il jamais dans les actions qu'il commençait. Mais, à un moment donné de sa carrière, quand un mariage impérial et la naissance d'un héritier auraient dû lui donner le plus de confiance, il sentit pâlir cette étoile qu'il avait toujours vu rayonner et, du même coup, sa fortune quasi miraculeuse en fut enrayée. Il le confia à Las Cases qui nous a transmis ses entretiens avec l'Empereur dans son exil de Sainte-Hélène. A ce moment, évoquant le désastre de Waterloo, Napoléon s'exprimait en ces termes:

« II est sûr, disait-il, que dans ces circonstances je n'avais plus en moi le sentiment du succès définitif; ce n'était plus ma confiance première: soit que l'âge, qui d'ordinaire favorise la fortune, commençât à m'échapper, soit qu'à mes propres yeux, dans ma propre imagination, le merveilleux de ma carrière se trouvât entamé, toujours est-il certain que je sentais en moi qu'il me manquait quelque chose. Ce n'était plus cette fortune attachée à mes pas, qui se plaisait à me combler, c'était le destin sévère auquel j'arrachais encore, comme par force, quelques faveurs, mais dont il se vengeait tout aussitôt; car il est remarquable que je n'ai pas eu alors un avantage qui n'ait été immédiatement suivi d'un revers. » (  Las Cases. — Mémorial de Sainte Hélène (relation du 12 novembre).

Cependant les capacités de l'Empereur n'étaient nullement amoindries. Sa merveilleuse campagne de France en 1814 le démontre clairement. Mais la confiance l'avait fui. Des épreuves constantes avaient peut-être fait fléchir le riche métal de cette volonté presque surhumaine. Aussi, quelques lignes plus loin, rappelant ses insuccès militaires. Napoléon dit encore:

« J'avais en moi l'instinct d'une issue malheureuse, non que cela ait influé en rien sur mes déterminations et mes mesures, assurément; mais j'en portais le sentiment au-dedans. de moi. »

C'est sans doute que Napoléon se trouvait en proie au désordre qui se trouve suscité par les ambitions matérielles. Mais celui qui ne désire que son propre et juste épanouissement ne se trouvera pas en butte à des forces de cette sorte. Celui-là, peut suivre sa voie sans que les autres se sentent molestés par une ambition tout intérieure et qui n'empiète sur les désirs de personne. Celui qui vit de la sorte n'a pas besoin de se soucier des envieux. Sa vie ne peut porter ombrage qu'aux esprits chagrins et ceux-là portent en eux-mêmes leur juste et prompte condamnation. C'est le sentiment de cette floraison intérieure échappant à la méchanceté des hommes et du sort qui a fait dire à Marc Aurèle:

« Tu peux vivre exempt de toute violence, dans la plus profonde paix du cœur, quand même tous les hommes vociféreraient contre toi tous les outrages imaginables. Car qui empêche que la pensée ne se maintienne dans un plein calme, jugeant au vrai ce qui se passe autour d'elle ? »

Comment pouvons-nous être sûrs que nous n'avons jamais dépassé ce qui nous est permis, ce qui peut nous laisser vivre en paix avec les hommes, quelle que soit la jalousie inhérente à leur nature ? Nous le saurons facilement si nous prenons soin d'examiner chaque jour l'emploi que nous avons fait des heures et des forces qui nous ont été accordées. Pythagore donne, à cet égard, des conseils que tout adepte se trouvera bien de suivre:

« Que tes yeux appesantis ne donnent jamais entrée au sommeil, avant que tu n'aies passé en revue toutes tes actions de la journée. Quelle loi ai-je violée ? Quel acte ai-je fait ? A quel devoir ai-je failli ? Pars de là et continue. Puis, si tu as fait du mal, reproche-le-toi; si tu as fait du bien, sois-en content. »

Ce faisant, l'homme est assuré de se connaître pleinement. Il ne doit pas se complaire dans des erreurs qu'il est bien forcé de reconnaître et dont il se corrigera s'il a compris qu'il ne peut arriver à réussir sans conscience nette et pure. II faut être et demeurer soi-même, se développer dans son propre sens en tendant toujours à se perfectionner, mais en respectant les limites que la Nature nous a fixées.

Ce qui fait l'homme supérieur, ce n'est pas telle ou telle faculté spéciale, tel ou tel talent, mais une nature forte, une conscience haute qui lui donnent les facultés nécessaires à son labeur et l'ascendant moral de l'être honnête. Celui qui a ces qualités et qui les développe en soi n'entreprend que des tâches auxquelles il est adapté et, travaillant avec acharnement et lucidité, ne perdant aucun moment ni aucune force, il est assuré du succès. Celui qui pense de la sorte considèrera-t-il l'argent comme le but visé par ses efforts ? On peut dire hardiment non. On ne saurait nier que l'argent offre à celui qui l'a gagné des moyens de travail, et de bien-être qui sont très appréciables. Mais le vrai bonheur ne se trouve pas dans un coffre-fort. Le vrai bonheur est en soi-même. Celui qui, satisfait de sa journée, le cœur plein d'affections familiales et de la paix naturelle à une conscience pure, écoute le chant des oiseaux, regarde une fleur de l'herbe, ravi de sa couleur, de sa délicatesse, de son parfum délicieux, celui-là est plus riche que ne peut être un roi si le cœur de ce monarque est bourrelé de craintes, de remords, d'inquiétudes. La vraie conquête du monde, c'est de goûter ces belles heures avec l'ivresse d'un poète et la paix d'un sage. Que souhaiter quand on a cela ?

Vouloir, s'analyser, se perfectionner, c'est la voie que nous vous avons indiquée. Cette voie exige un effort, un effort continu, quand on veut aller jusqu'au bout. Certains, affaiblis par la maladie ou par un état spécial de leur esprit, affirment qu'ils ne peuvent pas faire acte d'énergie. Pour le très petit nombre de ceux qui sont réellement incapables de tout effort; qui ne sont pas capables d'attention, de décision, de volonté; qui par eux-mêmes, ne peuvent soutenir un effort suivi, nous intervenons directement.

Pour fomenter des énergies, redonner des forces à celui qui les a perdues, du courage, l'espoir dans la vie à celui qui se croit rayé du nombre des gens heureux, le psychologue tient à sa disposition plusieurs méthodes suggestives qui se classent en deux catégories:

1°. — Les unes s'adressent à la partie mentale dans sa double forme: consciente ou inconsciente;

2°. — Les autres s'adressent à la partie émotionnelle.

De même que l'équilibre peut être rompu par l'oscillation d'un plateau de la balance, de même on peut rétablir cet équilibre en agissant sur l'un ou sur l'autre des plateaux. De là proviennent nos méthodes de suggestion directe s'adressant soit à la pensée (consciente ou inconsciente), soit à l’émotion.

Pour la partie mentale, on peut pratiquer:

1°. — La suggestion en rafale, suggestion brutale, nette, qu'il ne faut utiliser que si l'on se trouve en présence d'un cas urgent, comme le danger imminent du suicide ou le désarroi extrêmement profond qui peut conduire au même malheur ;

2°. — La suggestion imposée en sommeil provoqué ou, mieux, à l'état de veille. Elle sert, en général, dans les cas d'une excessive débilité mentale qui ne peut accepter ni retenir aucune pensée;

3°. — La suggestion raisonnée qui est toujours faite à l'état de veille avec l'assentiment du malade;

4°. — La suggestion indirecte, méthode entièrement nouvelle que nous avons mise au point et qui tend — véritable inoculation — à introduire des idées dans le champ mental du malade, à son insu, bien qu'il soit à l'état de veille et qu il se soumette ou non à l'action intentée.

Encore n'est-ce là qu'un des côtés du problème. Nous utilisons aussi la suggestion émotionnelle qui agit avec mille nuances depuis l'action profonde, rapide, jusqu'à l'action douce qui demande des précautions infinies. Il faudrait un ouvrage entier pour montrer qu'elles nuances peut contenir cette suggestion, aussi délicate et variée que les timbres et les vibrations de la musique sous la main d'un habile exécutant.

Avec nos méthodes de rééducation, il est donc possible de donner des idées saines à celui qui a perdu le contrôle de lui-même, des émotions vivifiantes à celui qui se croit perdu.

Malades, dolents, ne désespérez pas ! Ayez foi dans l'avenir. Nous voyons chaque jour des malades, des désespérés retrouver la plénitude de leurs forces. Nous avons à notre disposition des armes puissantes, qui ont fait leurs preuves sur des êtres plus malades que vous. Si vous êtes soutenus, aidés, vous viendrez à bout de votre tempérament, de vos impulsions irraisonnées. Vous arriverez à dominer, en grande partie, les mauvais apports de votre atavisme. Vous échapperez aux regrets, aux tourments du passé. Vous redeviendrez un être libre, sûr de lui-même.

La route est tracée. Elle a ramené à la santé et à la réussite un nombre infini de désemparés aujourd'hui heureux et reconnaissants. Faites effort. Relevez la tête. Venez à ceux qui offrent de vous soutenir, de vous guider. Sachez que le miracle est possible. Ayez foi dans ceux qui vous disent: le salut est en vous.

Une vie nouvelle commence. Un nouveau soleil sort des ténèbres. L'aube de la joie et de la libération vibre déjà sous l'horizon et ne demande qu'à briller.

Résumé

Nous souffrons surtout de ne pas nous connaître. Si nous nous analysions mieux, nous verrions en nous deux personnes: le conscient et l'inconscient que nous devons utiliser tous deux pour nous perfectionner, acquérir des mérites, préparer cette évolution qui est le véritable but de notre vie. Faites de votre inconscient — réceptacle de tout le passé — un collaborateur fidèle; du conscient un être doué de facultés et de pouvoirs que rien ne saurait amoindrir. L'éducation tend à renforcer le rôle du conscient, mais il ne faut pas faire disparaître son collaborateur.

Ces deux personnalités s'affrontent en vous. Laquelle doit primer ? C'est le conscient, certes. Ce serait une erreur, pour les tâches essentielles, de compter sur l'inconscient, de lui confier la direction de votre vie. Moins encore, pouvez-vous demander appui à l'imagination passive, forme fruste, qui est incapable de faire fructifier une idée. C'est à elle que Marc Aurèle s'adresse en ces termes:

« Que fais-tu donc ici, imagination ? Va-t-en, de par les Dieux ! comme tu es venue; je n'ai pas besoin de toi. »

Nous devons donc exercer notre conscient, le renforcer toujours, développer en lui l'attention, le jugement et non le soumettre à des pratiques inconscientes, le forcer à répéter machinalement des phrases sans force et sans effet. Il convient à l'homme de faire effort, de penser, de juger, d'éduquer sa volonté, car c'est d'elles qu'il peut attendre la mise en valeur de sa personnalité. C'est donc une erreur de compter sur l'inconscient, une autre erreur de faire disparaître la conscience sous le poids du sommeil, de la somnolence, de l'hypnose. Nous devons travailler en toute lucidité.

Il faut créer un pli psychique et pour cela « jouer un rôle », diviser son travail en deux parties comme le font les comédiens: 1° Apprendre le rôle; 2° Le vivre, s'en pénétrer, extérioriser les idées, les sensations qu'il exprime. Ainsi se crée l'habitude qui nous facilite la tâche, donne le pli psychique qui stabilise les résultats acquis. Une force donne un grand appui à ce travail, c'est l'émotion.

Pour profiter à la fois de ces deux forces — mentales et émotionnelles, — nous devons d'abord nous imposer une première formule: « J'ai confiance en moi » jusqu'à ce que nous ayons acquis cette confiance. Ensuite, vient une seconde formule: « Je veux réussir ! » Ces formules, il faut les écrire sur des pancartes et les fixer dans sa chambre, les considérer attentivement, matin et soir durant quelques minutes, bien se pénétrer de la valeur des phrases, les vivre, en faisant des exercices appropriés pour graver dans la pensée ces idées qui doivent prendre corps dans notre être, le doter des facultés qui lui manquent pour devenir celui qui réussit.

Cette donnée est basée sur l'exemple constant des hommes qui, partis de rien, sont arrivés à des situations prépondérantes, spécialement les milliardaires américains. Comme eux, celui qui se transforme doit savoir que rien ne doit être livré au hasard, que tout vient de la volonté consciente et que tout lui est promis. Cette pensée, il faut la soutenir par un effort continu, car rien ne réussit sans travail. Ce labeur, qui serait aride sans cela, on l'appuiera sur un idéal que nous devons placer le plus haut possible si nous voulons devenir des êtres véritablement supérieurs. Et, cet idéal une fois élu dans notre âme, nous devons développer dans notre conscience ces qualités de jugement, d'attention, de réflexion, qui nous mettront à même de la réaliser autant qu'il est en notre pouvoir.

Un grand psychologue anglais a résumé cette méthode dans une formule lapidaire que nous plaçons avec joie sous vos yeux, pour vous montrer de quoi vous êtes capable dans le développement harmonieux de tout votre être. Sir John Lubbock écrit :

« Semez un acte et vous récolterez une habitude. Semez une habitude et vous récolterez un caractère. Semez un caractère et vous récolterez une destinée. » (Sir J. Lubbock. — L'Emploi de la vie. )

L'auto suggestion graphique

« Les hommes chercheront toujours des signes extérieurs pour découvrir les pensées secrètes et les penchants cachés. »

P. Flourens.— De la phrénologie et des études vraies sur le cerveau.

L'AUTO SUGGESTION GRAPHIQUE

L'étroite connexité du physique et du moral. Notre état psychique révélé par nos gestes. — Tel état d'âme impose à la plume un mouvement déterminé, comme il donne au corps tel geste ou telle attitude. La graphologie. — Rapport de certaines tendances physiques et morales avec l'écriture. Exemples typiques. — Les indices révélateurs du caractère à tirer des gestes, du port, des traits du visage, du regard, de la démarche, de la poignée de mains. — Comment procéder pour examiner graphologiquement une page d'écriture. — Ordonnance du texte. — Intensité de l'écriture. — Direction des lignes. — Inclinaison des lettres. — Dimension du graphisme. — Ecritures rondes et anguleuses. — Assemblage des lettres et des mots, liaison des lettres. — La signature. — La lettre t. — Ce que révèle la signature d'Edison. — Points, accents et ponctuation. — Résultantes. — Nécessité d'imposer silence à nos muscles. — But de notre méthode d'autosuggestion graphique: augmenter l'attention. Modifications à apporter à notre écriture. — Résumé.

Nous avons vu l'influence de l'attitude mentale et les bénéfices moraux et même matériels qu'on en peut attendre. Rien n'est plus propre à nous corriger des défauts intellectuels, des faiblesses nerveuses, des emballements émotifs qui sont d'une telle gêne dans la vie. Sommes-nous peureux, impressionnable ? Il nous suffit d'imaginer que nous possédons l'entière maîtrise sur nous-même, que nous sommes un être calme, pondéré pour que, peu à peu, nos sentiments et surtout notre système nerveux s'accoutument à suivre l'impulsion donnée, à ne nous permettre que des actions conformes au plan que nous nous sommes idéalement imposé. C'est ainsi que notre persévérance nous impose le « pli psychique ». L'auto suggestion incruste dans notre conscience l'idée que nous n'avons plus peur et, lentement mais sûrement, la crainte quitte notre esprit, nos nerfs s'aguerrissent, nous supportons sans émotion des secousses que nous n'aurions jamais imaginé auparavant accuser avec un tel calme.

C'est un point que nous ne devons jamais perdre de vue: l'étroite connexité du physique et du moral. Dans les chapitres suivants, nous verrons que le calme physique, par exemple, le repos et la détente musculaire, transmettent la quiétudes de notre corps à notre esprit. Mais il en est de même inversement: notre attitude mentale s'impose à notre attitude physique et nous devenons, extérieurement même, l'homme ou la femme que nous désirons devenir.

Les grands nerveux, dans le cerveau desquels les images se déroulent avec la rapidité d'un film de cinéma, les grands impulsifs ne sont pas plus maîtres de leur attitude physique que de l'ordonnance de leurs idées: ils font quantité de gestes mutiles, s'imposent à leur insu un supplément de travail musculaire qui ne sert à rien; ils crient, gesticulent, s'emportent, frappent au besoin et cette dépense musculaire a lieu parce qu'ils ne savent pas résister au torrent de leurs idées, à l'impétuosité de leurs émotions.

Ce rapport étroit qui existe entre notre activité physique et notre activité psychique est nettement mis en évidence dans la peur. Si nous ne savons pas maîtriser ce sentiment, un flot d'idées afflue dans notre cerveau en émoi; nous multiplions le danger réel par l'image plus ou moins terrible que nous nous en sommes faite et nous courons à toutes jambes, sans savoir où, parfois en sens inverse de ce que nous devrions faire pour nous mettre en sûreté.

Voyez au contraire l'homme calme, maître de lui: il fait peu de gestes; il n'élève pas la voix, même quand il se croit de justes motifs d'irritation. S'il se trouve dans un danger, il craint pour sa vie autant que celui qui s'affole, mais, dominant son esprit et son corps, il a une conception rapide de ce qui doit être fait pour atténuer le danger. Il voit d'un coup d'œil les mesures à prendre. Son calme réfléchi s'impose à la foule. Il crée, il dirige les secours, improvise les soins, et, par l'emprise de sa volonté calme et pondérée, il sauve son existence et celle des autres. Il va de soi que ces formes différentes de pensée, ces états d'âme imposent à la personne physique un changement qui se manifesterait même si deux corps étaient parfaitement identiques. Ces transformations et déformations ont créé les sciences dites d'observation, sciences qui ont fait leurs preuves d'exactitude et dont le mécanisme est bien facile à comprendre, pour peu qu'on veuille réfléchir.

Sommes-nous en colère ? Aussitôt, malgré nous, nous nous crispons, nous fermons et nous tendons le poing, nous élevons la voix, que la personne contre qui nous nous emportons se trouve ou non en notre présence. Ces gestes nous sont bien connus et si, sans rien entendre des paroles échangées, nous voyons quelqu'un froncer les sourcils, brandir son poing vers une autre, nous savons avec certitude que cette personne est en proie à des pensées tumultueuses. Il en est de même pour une personne affligée: le pli tombant des lèvres, les paupières qui battent, retenant difficilement les larmes, les ailes du nez qui se resserrent, une foule d'indices très faciles à constater nous montrent parfaitement que nous sommes en présence d'un être accablé de douleur. Ainsi pour toutes les autres formes de sentiment; chacune a dans nos gestes, dans notre attitude, dans notre visage, dans notre voix, dans le jeu de tous nos muscles un signe révélateur qui lui est propre.

Dans l'impatience, par exemple, l'homme éprouve le besoin d'user par des mouvements l'irritation causée par l'attente; plus l'attente est anxieuse et plus désordonnés sont les mouvements. Dans une panne de tramway, les voyageurs assis ou debout piétinent sur place comme si cela pouvait faire venir le courant qui fait défaut. Regardez au café, le Monsieur qui attend depuis une heure la dame qui l'a favorisé d'un rendez-vous: il tambourine des doigts, il plie et déplie son journal, tire ses moustaches, regarde mille fois sa montre, tourne sans cesse la tête vers la porte où il espère voir paraître l'objet de ses rêves; il s'occupe de mille manières pour tuer le temps avec des gestes typiques que n'aurait pas un paisible consommateur profitant d'une heure de repos pour regarder des illustrés en buvant une boisson plus ou moins toxique.

Ce sont là de petits faits, mais ces petits riens réitérés traduisent une forme de caractère, et cette forme de caractère, il est un geste, ou plutôt une succession de gestes qui nous le révèle clairement, c'est notre écriture. Elle fournit, à qui sait observer, la plus complète indication que nous puissions avoir sur le tempérament et le caractère du scripteur.

La graphologie n'est pas une science « occulte », c'est une science d'observation basée sur une connaissance approfondie de l'être humain, physique et moral. Tel état d'âme impose à la plume un mouvement déterminé, comme il donne au corps tel geste ou telle attitude. La personne active aura toujours une écriture rapide. Celle qui est indolente, paresseuse, ennemie de l'effort, marchera lentement et écrira de même. Telle qui est désordonnée montrera aussi peu d'ordre chez elle, dans ses affaires, sur elle, dans son habillement que dans ses lettres. Il n'y a là aucun mystère: c'est de la plus élémentaire psychologie.

L'écriture varie, direz-vous ? Certes, mais cela est encore une preuve de la réalité des déductions graphologiques. L'écriture change par suite de la variation des états d'âme. Le matin, votre écriture est généralement plus calme que plus tard dans la soirée: cela tient à ce fait qu'aux premières heures de la journée votre organisme est reposé; l'après-midi, sans autre cause que la fatigue du jour, vous aurez uns écriture sensiblement plus agitée; cette agitation sera bien plus grande si, entre temps, vous avez appris une mauvaise nouvelle, la mort d'une personne aimée ou la perte d'une affaire sur laquelle vous comptiez beaucoup. Si vous êtes bien portant, votre écriture ne ressemblera que très peu à votre écriture de malade. Nous en prenons un illustre exemple dans l'écriture de Napoléon: sa signature de l'abdication est si différente de sa signature ordinaire, qu'elle est à peine reconnaissable.

Peut-on changer son écriture ? On peut certes y réussir, mais il faut faire acte de volonté, déployer de l'attention. Si l'on veut modifier réellement les traits caractéristiques de son graphisme, il faut un temps assez long et une application soutenue et nous arrivons alors, par la maîtrise que nous imposons à un geste physique, à nous modifier aussi au point de vue mental. C est précisément le but du présent chapitre de montrer comment on peut, en surveillant son écriture, arriver à modifier son caractère, à se guérir d'un travers ou d'un défaut, acquérir telle ou telle qualité que nous envions. Cette discipline musculaire crée peu à peu le pli psychique qui nous donne la qualité ou la vertu que nous désirons obtenir.

Ce n'est pas aussi facile que l'on pourrait imaginer à première vue: cela demande un travail attentif et surtout beaucoup de patience. Nous n'en voulons pour preuve que les lettres anonymes que tout le monde est exposé à recevoir. Celui qui commet cet acte méprisable s'imagine qu'en renversant ou en redressant son écriture, il dissimulera sa personnalité et détournera les soupçons. Grossière erreur ! Les lettres, même changées quant à la direction, restent elles-mêmes dans leurs formes, car la personne n'a pas d'un seul coup modifié son tempérament et ses tendances. Si elle est inattentive et désordonnée, le désir de vous être désagréable ne lui donnera pas l'idée de mettre à leur place les accents, les points, les trémas, les virgules et toute chose de ce genre: qu'elle écrive droit ou renversé, vous saurez que vous avez affaire à une personne distraite, négligente ou simplement étourdie. Et en comparant la lettre anonyme à des lettres habituelles de cette personne vous trouverez des similitudes très frappantes.

Le docteur Encausse a rendu par l'image, de façon amusante, le rapport de certaines tendances physiques et morales avec l'écriture:

« Si vous êtes peu susceptible de garder un secret, dit-il, alors vous ouvrez facilement votre bouche, aussi facilement que vos o et vos a. Si, par contre, vous êtes discret, vous fermez par habitude la bouche, et, par conséquence analogique, vos lettres o et a.

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Fig. 53. — Lettres o et a ouvertes

Celui qui ouvre la bouche pour parler à tort à travers, sans contrôle, ouvre de même ses o et ses a.

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Fig. 54. — Lettres o et a fermées

Qui ferme les lèvres et ne les ouvre qu'à bon escient, ferme également, dans son graphisme, les o et les a

 

« Etes-vous optimiste ? Vos barres de t s'élancent hardiment vers le ciel comme votre imagination. Etes-vous au contraire chagrin et pessimiste ? vos barres plongent dans le centre de la terre comme vos idées vous portent à vous enfoncer dans un grand trou noir.

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Fig. 55, 56, 57. — La barre du t

S'élance-t-elle vers le ciel, c'est signe que le scripteur a des pensées optimistes; descend-elle, au contraire, vers la terre, c'est indice de pensées sombres et déprimantes ; enfin, est-elle droite et nettement tracée, ferme et sans violence, la personne est pondérée, calme, réfléchie.

 « Etes-vous nerveux, irritable, toujours prêt à formuler que vous êtes le plus malheureux des hommes ? alors vos lettres sont pointues et aiguës. Voyez-vous au contraire un n aux jambages calmes et bien arrondis, alors celui qui forme cette lettre est un « papa tranquille » sachant supporter et surtout pardonner les scènes les plus violentes.

« Votre correspondant a-t-il de l'ordre ? S'il met exactement les points sur la lettre i, il a l'amour de l'ordre et de l'exactitude, il est toujours très bien coiffé à l'heure convenable. S'il n'oublie pas le point, mais le pose sur la lettre qui précède ou sur celle qui suit la lettre i, alors il a de l'ordre seulement par accès quand « cela lui dit », autrement il est mal coiffé et n'est jamais absolument exact au rendez-vous. S'il oublie son point sur l'i, alors prenez un intendant pour tenir les comptes.

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Fig. 58. — Une lettre anguleuse

Dénote un tempérament nerveux irritable.

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Fig. 59. — Une lettre arrondie

Indique la bonhomie, l'affabilité, la douceur des manières.

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Fig. 60. — Le point sur l'i bien placé signifie ordre, exactitude.

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Fig. 61. — Le   point sur l'i très déplace ou absent: inexactitude, inattention.

« Mettez la missive reçue bien droite et voyez comment se terminent les lignes. Allant vers le haut, elles indiquent l'ambition que rien ne rebutera. S'écroulant vers la terre, elles signalent le déveinard qui manque tout par défiance de soi. Enfin allant en zigzag, elles indiquent l'indolent travaillant par à coups et laissant doucement passer la vie.

« On s'habille comme on écrit la lettre d. Celui qui écrit ses d avec une simple boucle, s'habille en bohème, sans prétention. Celui-là qui entortille trois fois en colimaçon la boucle de ses d a l'habitude des cravates à tons criards et de l'élégance sans goût. Cet autre, qui fait ses d régulièrement, avec une barre bien droite, c'est le notaire ou le magistrat, moralement bien entendu. Ses costumes sévères correspondent à sa lettre. Enfin celui qui retourne ses d inaugure des costumes esthétiques autant qu'étranges, s'habille à l'envers du sens commun, aime les coiffures d'un goût douteux, les orchidées morbides et les redingotes à longue taille. »

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Fig. 62. — L'écriture ascendante, descendante ou dansante.

Celui qui a confiance en lui écrit en montant. Celui qui doute de lui-même à un graphisme qui descend. Celui dont l'écriture danse est un irrégulier, un instable dans la vie.

Le Docteur Encausse n'a cherché qu'à rendre d'une façon suggestive quelques éléments de graphologie, mais il ne faudrait pas les prendre au pied de la lettre car, ainsi que le dit très justement Crépieux-Jamin: « il n'y a pas de signes particuliers, indépendants, il n'y a que des signes généraux dont les modes sont divers. » Quand on étudie une écriture, il faut toujours établir une résultante entre les pronostics à tirer de tous les signes graphiques: c'est le seul procédé qui donne des résultats d'une réelle exactitude.

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Fig. 63 à 66. — On s'habille comme on écrit la lettre d.

Celui qui orne ses d d'une simple boucle s'habille négligemment. Tel qui tourne ses d en colimaçon a une recherche précieuse dans son accoutrement. L'être pondéré s'habille et trace ses d correctement. Enfin, le d à la hampe tourmentée est celui de l'homme maniéré jusqu'au ridicule.

Notre caractère, nos tendances ne se révèlent pas par un signe isolé, mais par plusieurs : quelquefois tout notre être contribue à manifester ces tendances par des signes très différents entre eux.

Le Docteur Héricourt affirme: « II est d'observation courante, qu'il s'agisse de gestes spontanés inconscients ou d'une mimique savamment étudiée:

« Que l'énergie de la volonté se traduit par des gestes pesants, fortement accentués;

« Qu'une exposition claire et limpide ne va pas sans gestes pondérés et nettement dessinés;

« Que les gens sensibles prennent, comme on dit, des airs penchés;

« Que l'égoïste semble toujours se désigner et ramener tout vers soi par les mouvements centripètes qui lui sont habituels;

« Que l’homme franc a le geste ouvert et net;

« Que la dissimulation a le geste fuyant comme le regard et ses mouvements, comme ses phrases, semblent n'être jamais terminées;

« Que l'exalté se reconnaît de loin à l'amplitude de ses mouvements;

« Que l'homme gai et bien portant a les gestes vifs et portés vers le haut, tandis que la tristesse incline la tête et laisse tomber le bras;

« Que l'homme doux évite les mouvements anguleux, toujours carrés ou pointus chez l'homme rude et de commerce désagréable;

« Que la grâce arrondit les mouvements et décrit des cercles;

« Que l'homme simple se remarque à la sobriété et à l'égalité de son allure. »

Ce sont justement ces mouvements que nous allons retrouver dans l'écriture.

L'observation nous permet de dire avec exactitude que les signes de telle ou telle habitude mentale, que ce soit une qualité ou un défaut, se trahiront tout aussi bien par la manière de parler que par les gestes, le port, les traits du visage, le regard ou l'écriture, sans parler de la démarche ou de la poignée de mains qui pourraient donner aussi tout un inonde d'indications utiles. Il faut apprendre à regarder et c'est un effort cérébral que l'on n'aura jamais l'occasion de regretter, car aucun ne saurait nous être plus profitable.

Ce serait sortir de notre cadre que de vous enseigner ici ces sciences d'observation. Nous nous en tiendrons à quelques indications de graphologie qui vous permettront de tirer de cette science un intéressant moyen auto suggestif.

Nous avons devant les yeux une page d'écriture courante écrite à l'encre (et non au crayon qui déforme certains signes: les accents, les barres de t, la ponctuation, notamment). Regardons, tout d'abord, l'ordonnance, la disposition générale, ce qui nous frappe au premier regard dans l'aspect total de la page; viennent ensuite l'intensité du mouvement, la direction des lignes, la dimension et la forme des lettres, leur assemblage. C'est de la réunion de ces indices parfois différents sinon contradictoires, que nous tirerons un jugement moyen, motivé et définitif.

A moins d'être doué de facultés intuitives qui aient fait leurs preuves, lorsque nous avons quelque personne à juger, ne cédons pas à notre impulsion première; nous voulons étudier le caractère, le connaître plus à fond; nous suivons la personne pendant un certain temps, remettant pour la juger que les faits révélateurs de son caractère nous aient permis d'établir un jugement basé sur quelque chose de plus stable que le goût inspiré à première vue. C'est ce que nous devons faire avec la graphologie: en présence d'une lettre, nous ne devons pas nous laisser arrêter par une seule particularité, nous devons étudier tous les signes qui nous frappent et ne tirer un jugement que sur l'ensemble. En agissant de la sorte, nous restons dans le domaine de l'observation rigoureuse.

Pour nous permettre de formuler un jugement, passons en revue, successivement les divers indices qui nous sont fournis par une page écrite:

Ordonnance. — Si l'écriture est bien disposée, si la marge est normale, si le premier aspect de la page nous donne une impression de clarté, c'est que le scripteur est ordonné.

Dans le cas contraire, si la marge est irrégulière, si la disposition est désagréable, si l'aspect de la page est malpropre et confus, nous en tirons le même jugement que nous tirerions de vêtements mis au hasard et sans nul goût: le scripteur manque d'ordre.

Intensité. — Une personne très nerveuse, impulsive, n'a jamais une écriture calme. Les lettres sont toujours inégales. Les écritures tourmentées appartiennent généralement aux personnes très émotives. Nous y insistons encore: l'écriture est comme le geste. Une écriture trop serrée a quelque chose d'étriqué, de mesquin, image d'un tempérament parfois un peu plus qu'économe. Au contraire, l'écriture large, espacée, indique un tempérament généreux. S'il y a exagération, le scripteur a le goût de l'ostentation, il tient à étonner la galerie et risque de se rendre à charge par une affirmation excessive de sa personnalité.

Une écriture légère est ordinairement le signe d'une volonté faible, d'un caractère sentimental, souvent dupe de ses affections et surtout des illusions qu'elle se crée. Au contraire, l'écriture appuyée dénote une nature énergique, laborieuse; elle peut avoir moins de nuances dans l'esprit; elle est moins artiste, mais le rendement des affaires est très supérieur. C'est une écriture d'homme qui réussit.

Une écriture pâteuse, aux boucles massuées et pleines d'encre indique une forte tendance à la matérialité. La personne est gourmande, sensuelle, portée à tous les plaisirs du corps, sans aucune idéalité.

Si les boucles sont assez importantes, et même si toutes les lettres sont renflées en forme de fuseaux, c'est un signe du même ordre que le précédent. L'Abbé Michon en fait le signe de l'amour charnel. M. de Rochetal élargit le diagnostic et donne ce signe comme une indication générale de sensualisme.

Direction des lignes. — Les lignes montantes traduisent un mouvement ascensionnel de la pensée. Le scripteur est heureux, ambitieux. Il place au-dessus de lui le but de ses désirs et de ses volontés, et son écriture monte autant que ses espérances. Il a de l'ardeur, de l'entrain; il est entreprenant, jovial; c'est un homme heureux. Si l'écriture monte d'une façon démesurée, le scripteur peut être présomptueux, téméraire, mais ces défauts ne font de tort qu'à lui et encore un tort purement spécial, car il vaut mieux quelquefois entreprendre trop et avoir, comme on le dit vulgairement, les yeux plus grands que le ventre, que de rester sur place, faute de confiance en soi et dans la destinée.

Les écritures tombantes donnent les indications contraires: elles traduisent la tristesse, l'accablement, la peur de faire trop ou de trop entreprendre. C'est ordinairement le signe de la fatigue morale et physique. C'est une écriture malheureuse, car si l'on escompte d'avance l'insuccès, on est déjà à mi-chemin pour l'obtenir.

L'écriture horizontale, d'une parfaite rectitude sur la ligne, est le signe de la rectitude des idées, de la raison froide, de l'égalité d'humeur et aussi de la prudence, mais d'une prudence active et non, comme dans le cas précédent, d'un scrupule qui touche au découragement.

Si l'écriture est sinueuse, c'est-à-dire si, sans s'écarter ou presque de la ligne horizontale, elle a de très légères montées et descentes, c'est un indice de souplesse dans les idées et le caractère. Il n'y a pas à faire fond sur la sincérité de cette écriture mais, ce qui éloigne le scripteur de la véritable perfidie, c'est la mobilité de son caractère. Le fond n'est pas bon, mais il n'est pas dangereux. Si les écarts entre les montées et les descentes sont plus sensibles, cela indique un certain déséquilibre nerveux. Le scripteur est incapable de travail régulier et suivi. Il a de belles envolées, rapidement suivies de profonds découragements. La plume, comme le cerveau, se fatiguent vite.

Si l'écriture d'une seule courbe, monte au début de la ligne et se rabaisse à la fin, elle est dite voûtée et donne, avec plus de pondération, les pronostics de l'écriture précédente. Au contraire, l'écriture descend-elle au début de la ligne pour remonter à la fin ? Elle est dite « en cuvette » et donne les indications inverses. Le scripteur, souvent par suite d'un état de fatigue physique ou de dépression morale, est sujet au découragement, mais, sous l'impulsion d une idée ou d'un sentiment (du devoir, par exemple), il reprend force, sinon courage, et accomplit sa tâche quelles qu'en soient les difficultés, uniquement parce qu'il faut la faire.

Inclinaison des lettres. — Si l'écriture est excessivement penchée, dans le sens où elle est tracée, il y a présomption d'impulsivité, de prédominance complète des sentiments sur la pensée et la raison. Si, tout en étant moins penchée que la précédente, l'écriture est tout de même inclinée, elle indique une sensitivité plus ou moins tenue en bride par la volonté raisonnable, opposée au mouvement passionnel.

L'écriture verticale, droite indique, au contraire, la résistance aux passions et aux sensations: la tête dirige le cœur et le tient fortement en bride. C'est un avantage, s'il n'amène pas la sécheresse de sentiments et le manque de franchise et d'imagination.

C'est ce que nous donne l'écriture renversée: elle décèle l'absence de franchise, la dissimulation et même l'habitude du mensonge, mais, comme toute atteinte à la Nature est toujours punie de quelque manière, ce signe dénote très souvent une exagération maladive, un début de folie des grandeurs qui n'est pas, comme on le croirait, incompatible avec la méfiance,

Dimension de l'écriture. — Cette observation est d'une psychologie très claire. Celui qui est orgueilleux est porté à vouloir agrandir la place qu'il tient dans ce monde et son écriture qui s'en ressent, tend à s'étaler, à prendre beaucoup plus de place qu'il n'est nécessaire. Toutefois, il y a des nuances infinies dans cet orgueil. Si l'écriture, quoique grande, est simple dans ses majuscules et ses lettres à boucles, l'orgueil est personnel; il peut être puissant sans être agressif. Mais si les lettres à boucles et les majuscules sont ornées de fioritures plus ou moins extravagantes, l'orgueil ne se contente pas de son propre suffrage, il tient à s'imposer aux autres et devient franchement insupportable. La personne qui est affligée de cette forme de caractère attire sur elle l'attention par toutes sortes de procédés, même par un habillement bizarre. C'est à cette forme d'esprit que nous devons les hommes à grands cheveux et à cravates éclatantes, les femmes qui créent des modes excentriques pour se différencier du commun des mortels. Cela n'empêche point le talent, mais ne le prouve pas non plus. Il faut un réel mérite pour faire oublier cette pose parfois déplacée.

Si l'écriture est plus haute que large et sans traits inutiles, l'orgueil est une juste et naturelle fierté qui ne nuit en rien à l'urbanité des manières et à la facilité des rapports sociaux. Mais si la hauteur est disproportionnée, sans arriver à l'extravagance des écritures fleuries, le scripteur n'est pas éloigné de ces outrances de manières, de ces recherches de costumes ou d'attitudes qui nuisent à bien des artistes dans l'esprit du public. Cependant, il est difficile, à celui qui se sent une valeur au-dessus de la moyenne, de se laisser confondre avec lé public; d'autre part, les grandes envolées du génie s'unissent facilement avec ces grandes lettres. Il y à là une mesure à chercher et des éléments dont il faut tenir compte.

Les écritures menues sont généralement celles des êtres doués de finesse, de ruse, et d'une certaine minutie, pointilleux même. Il ne faut cependant pas prendre à la lettre cette indication, car il y a parmi les hommes d'un talent et même d'un génie reconnus des écritures minuscules. Celles de Lamartine, de Verlaine, de Th. Gautier, de Th. de Banville sont de celles-ci.

Forme de l'écriture. — L'écriture ronde est généralement signe de la bonté ou du moins de la politesse, qui est la bonté sociale; elle indique de la douceur, de la bienveillance, des manières rondes et polies.

L'écriture anguleuse, aux jambages pointus, c'est le signe de l'énergie et même des instincts dominateurs. Il y a mille nuances dans ces deux formes d'écriture qui indiquent la souplesse plus ou moins grande, la bonté ou l’autorité accentuées plus ou moins selon le cas.

Assemblage des lettres et des mots, liaison des lettres. — Si les lettres sont juxtaposées, c'est-à-dire si elles se suivent sans que la plume ait tracé un lien entre chacune d'elles, c'est le graphisme d'une personne très douée intuitivement. Telle est l'écriture des poètes, des inventeurs, des utopistes qui cherchent un système nouveau de rénovation sociale par des procédés plus ou moins bizarres; c'est celle des rêveurs de toute catégorie.

Si les lettres sont liées, si la plume a tracé tout le mot sans se relever, l'intuition est remplacée par la déduction. Ici, l'inspiration est faible ou inexistante, mais l'observation peut y suppléer surtout dans les arts ou les sciences où le génie n'est pas absolument nécessaire. L'écriture juxtaposée est celle des poètes; l'écriture liée est celle des scientifiques. Si l’esprit est porté aux affaires publiques, surtout à un point de vue utilitaire, il arrive que plusieurs mots sont liés ensemble. On en voit un exemple dans l'écriture du cardinal de Mazarin. L'enchaînement des lettres et des mots est l'indice de l'enchaînement des idées. Aussi les hommes d'affaires remarquables ont-ils généralement une écriture très liée.

La signature. — C'est encore un point d'une grande importance. C'est elle qui donne une note générale sur le caractère du scripteur. Celui qui écrit son propre nom affirme sa personnalité et, dans cette pensée, il est porté à se révéler davantage.

Si la signature est sobre, elle indique une personnalité affirmée, mais qui ne croît pas avoir besoin de paraître pour exister. C'est aussi la signature des humbles et des simples qui mettent leur nom sans chercher à attirer l'attention. C'est d'ailleurs le même sentiment. Les uns croient que leur nom suffit pour retenir l'esprit et le regard; les autres pensent que le regard ni l'esprit n'ont rien à faire avec eux.

La signature soulignée dénote de l'orgueil: celui qui trace ainsi une forte barre au-dessous de son nom n'est pas fâché de se souligner, de se mettre en valeur aux yeux du public.

Si la signature est soulignée en bas et en haut, formant de la sorte une espèce de cadre, l'orgueil est dominateur, il tend à s'imposer aux autres, à faire prévaloir sa personnalité et ses opinions.

La signature compliquée indique un caractère retors et processif si elle est mêlée de deux sortes de traits: les uns horizontaux et bouclés en lacs d'amour et les autres verticaux et barrant ceux qui ont été précédemment tracés, c'est la signature appelée « en toile d'araignée ». C'est celle des grands diplomates ou des escrocs.

La lettre t. — Bien qu'il soit nécessaire, pour aboutir à une étude réellement intéressante, de faire une résultante, il est cependant des signes qui, considérés isolément, méritent une attention spéciale par les indications très précises qu'ils nous donnent. Telle est la lettre t que nous pouvons considérer comme l'image de la volonté du scripteur. On comprend par là son importance.

Si le tracé du t est normal, mais que la barre soit absente (n° 1, fig. 67) et même si la barre est très légèrement tracée, c'est le signe d'une volonté faible et facilement captée. Si la plupart des barres manquent dans l'ensemble de la pièce à étudier, c'est que l'attention est faible ou distraite, ce qui est toujours une infériorité.

Si la barre est tracée, mais mince et légère (n° 2), la volonté est vive mais de courte durée. Plus la barre sera jetée et légère, plus le scripteur aura de caprices et de vivacité dans un désir changeant.

Si la barre légère est placée au-dessus du t (n° 3), il y a grande vivacité, nombreux caprices, une grande faiblesse sous des allures décidées. Les idées sont absolues, mais peu fixes: c'est le signe de la volonté active, mais mal comprise et mal dirigée.

Si la barre est jetée négligemment et ne garde pas sa rectitude (n° 4), la volonté existe, mais elle est ennemie de la discussion. Le scripteur est conciliant.

La barre du t retournant sur elle-même (n° 5) et formant boucle à gauche de la hampe indique la ténacité, l'opiniâtreté que les obstacles ne découragent point. Plus la boucle est grande et marquée, plus le scripteur a d'imagination et de vivacité.

La barre terminée par un crochet (n° 6) est aussi un signe de ténacité, mais si la barre est légère, la volonté est instable, à moins que ce ne soit le désir de se faire aimer et servir: on harponne, on se cramponne. Si la boucle est ascendante, cette volonté est active. Si la boucle est descendante, elle est passive; c'est, dit l'abbé Michon, la ténacité dans la résistance.

Les barres de t pointues (n° 7) annoncent le sens critique, un penchant à la raillerie, un esprit vif et mordant, propre à jeter des « mots », des « pointes » qui peuvent blesser le contradicteur. C'est aussi l'indice d'un esprit actif et entreprenant.

La barre ascendante (n° 8) et peu appuyée indique l'esprit de contradiction, de chicane. Elle annonce aussi un caractère vindicatif.

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Fig. 67. — La lettre t manifeste la volonté du scripteur

Ici, mille nuances. Du t non barré (absence de volonté) jusqu'au t barré en forme de massue (volonté violente au paroxysme), tous les sentiments s'expriment: volonté vive mais de courte dupée (2), grande vivacité, nombreux caprices (3), volonté conciliante (4), ténacité, opiniâtreté (5), ténacité instable et égoïste (6), sens critique, raillerie (7), esprit de contradiction (8), étroitesse de jugement (9), esprit agressif, entêté (10), entêtement exagéré (11), volonté concentrée (12), opiniâtreté irraisonnée (13), absolutisme féroce (14), despotisme brutal (15), volonté forte et lucide, puissante et opiniâtre (16 à 18).

Si elle est encore plus montante et plus appuyée (n° 9), c'est le signe d'une autorité tracassière, mesquine et tatillonne.

Lorsque la barre forme un angle aigu avec la hampe (n° 10), l'esprit de contradiction est agressif et désagréable. C'est l'entêtement, lequel n'est pas une preuve de bonne volonté.

Les barres de ce genre, quand elles sont très longues (n°11), indiquent un entêtement encore plus prononcé.

La barre du t courte et appuyée, si elle est horizontale (n°12), dénote une volonté forte, une énergie concentrée, une fermeté calme. C'est aussi le gage d'un esprit clair, aux idées nettes, qui a de l'ordre et du plan dans les idées, signe excellent pour le succès dans la vie.

La barre courte, appuyée et descendante (n° 13) est le signe de la volonté qui ne cède pas, de l'opiniâtreté, mais elle peut indiquer aussi que cette opiniâtreté est sans nuances et ne s'ouvre pas à la raison.

La même barre, mais placée tout en haut de la hampe (n° 14), donne les mêmes indices, mais sans discussion possible, c'est l'entêtement des utopistes, l'absolutisme féroce, le désir de s'imposer.

La barre forte, haut placée, même sans contact avec la hampe (n° 15), surtout si elle est longue, est le signe de l'audace, de la résolution, de l'absolutisme qui s'impose, de l'aptitude au commandement. Le fait que cette barre est tracée en haut de la hampe implique un despotisme d'autant plus grand que la barre est plus appuyée.

Les barres massuées (n°s 16, 17, 18), plus épaisses à la fin qu'au commencement, sont le gage d'une forte et lucide activité. Plus cette barre est longue, plus la volonté est tenace, puissante, opiniâtre.

Nous donnons pour exemple la signature de Thomas A. Edison: le t du prénom, formidablement massue, indique une volonté extraordinaire. La vie de l'illustre inventeur américain en est d'ailleurs un exemple frappant. Edison a su déployer une volonté qui l'a fait supérieur à tous les obstacles qu'il a rencontrés sur sa route.

Nous croyons utile, pour justifier la valeur de ce signe graphique, de rappeler très brièvement quelles furent les différentes étapes de la vie d'Edison.

Dès l'âge de 12 ans, il est « traon-boy » sur le Grand-Trunk Railway où il vend des journaux, des fruits, des légumes, des objets de toute sorte aux voyageurs. Il se spécialise ensuite dans la vente des journaux et devient typographe, puis journaliste, afin de « composer », dans tous les sens du mot, le journal qu'il vient de fonder. Cet organe ne réussissant pas au gré de ses désirs, Edison change de profession, devient télégraphiste et, dès cette époque, se fait remarquer de ses chefs par son ingéniosité. Il rend à son administration des services exceptionnels par la création de dispositifs électriques tout nouveaux. Mais la liberté lui manque pour se livrer aux recherches que lui suggère son esprit inventif. Il s'y adonne complètement, aussitôt que cela lui est possible et commence sa triomphale carrière. Il perfectionne le télégraphe, le téléphone, crée le microphone, invente le phonographe, la lampe à incandescence électrique, perfectionne le cinématographe. Son nom est attaché à la plupart des découvertes scientifiques modernes.

Son activité est d'une telle intensité qu'elle passe pour quasi miraculeuse, même dans son pays où l'activité est de rigueur pour tout le monde. Mais, quels que soient les dons du grand inventeur, il a surtout donné l'exemple d'un travail opiniâtre. Il dit plaisamment que, dans les heureuses trouvailles par lesquelles il a apporté tant de choses utiles au perfectionnement de la vie moderne « il y a 1 0/0 d'inspiration et 99 0/0 de transpiration », formulant ainsi que nous ne devons pas compter seulement sur notre intuition et sur nos dons naturels, mais que nous devons les mettre en valeur par un travail acharné, un travail en rapport avec la grandeur du but que nous nous serons assigné.

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Fig. 68. — Signature d'Edison

Tout l'homme s'abrite sous la barre formidable du t du prénom Thomas. Cette barre, tout à fait typique, montre bien cette volonté d'acier qu'a su déployer le célèbre inventeur américain au cours de sa vie. Parti, dès l'âge de 12 ans, comme vendeur de journaux, il est arrivé par son seul mérite à la gloire et à la fortune.

Voici un fait qui nous fera connaître quelle volonté Edison eut occasion de déployer dans certains moments difficiles:

Un jour, Edison avait à fournir dans un temps donné un nombre considérable d'appareils. Faute de livrer en temps utile, le marché était annulé et c'était une grande perte pour l'inventeur. Il se mit au travail avec ses collaborateurs et tous travaillèrent sans défaillance pendant 60 heures consécutives, s'accordant à peine le temps de prendre la nourriture nécessaire à un effort si prolongé. Edison ne prit pas plus de repos qu'il n'en permettait aux autres. C'était une tâche formidable, mais au bout de 60 heures, les appareils étaient livrés et fonctionnaient.

Au moment où il cherchait des dispositifs nouveaux pour rendre son phonographe plus sensible, Edison passa cinq jours et cinq nuits de suite, au travail pour perfectionner le cylindre de cire et réalisa l'invention comme il l'avait primitivement conçue. On voit que la barre de t, signe de sa véhémente énergie, n'est pas un indice trompeur.

Points, accents et ponctuation. — Ces signes sont également de la plus grande importance. Les points sur les i sont le signe de l'attention et des facultés qui en dérivent: prévoyance, observation, etc. On dit, d'ailleurs, communément « mettre les points sur les i » pour faire comprendre que l'on donne à son discours toute la précision nécessaire à son entière compréhension et à son absolue netteté. L'absence de points est donc une marque d’inattention, d'étourderie.

Si les points sont légers, ils dénotent de la timidité, de la sensibilité, une volonté faible. Les points appuyés sont, au contraire, un indice certain d'énergie. S’ils sont pâteux, le scripteur est sensuel et gourmand, en tout cas c'est le signe d'une prédominance de la matière sur l'esprit. Les points en forme d'accents, plus ou moins contournés et bizarres, annoncent une originalité qui n'est pas toujours du meilleur aloi. Il y a présomption de manies et de ridicules, d'excentricité voulue.

Si le point est placé très haut et très séparé de la lettre, il montre un caractère rêveur, un esprit nuageux, porté au mysticisme. S'il est situé bas, au ras de la lettre, il indique un esprit précis, mais sans idéalité et qui ne voit rien au-dessus des réalités matérielles de l'existence.

Les accents bien mis à leur place et d'une forme régulière, surtout s’ils sont petits, indiquent de l'ordre, de la méthode, un esprit qui cherche en tout le plan, qui est conscient de son but. Si les accents sont grands, peu appuyés, comme jetés au-dessus des lettres, ils annoncent la vivacité de l'imagination, une inspiration poétique. S'ils sont contournés et bizarres, ils indiquent un désir d'ostentation, de singularité qui n'est pas toujours agréable pour l'entourage.

Il en est de même, et plus encore, pour la ponctuation. Nous disons plus encore parce que la ponctuation est essentielle pour la clarté et la bonne disposition de la phrase. Donc, si elle manque, c'est que le scripteur est inattentif ou que, se comprenant, il se soucie peu de ceux qui le liront et ne leur accorde pas cette facilité d'éclaircissement qui vient des points, des virgules placés en leur lieu. Si, au contraire, les points et les virgules sont exactement à leur place, c'est signe d'ordre, de méthode. Les phrases incidentes, pour plus de clarté, sont-elles isolées du reste de la phrase par de petits traits ? C'est signe que le scripteur, s'il ne veut pas tromper le monde, ne veut pas davantage être dupé par lui. Ce n'est pas méfiance absolument, mais désir de précision et d'une attention très éveillée. Ce signe est très important, car il contredit très souvent, dé prime abord, des indices tirés d'autres points de l'écriture et impose la nécessité de faire une balance entre ces pronostics contraires.

Résultantes. — Nous donnons quelques résultantes pour faire comprendre le mécanisme de cette opération qui peut rendre les plus grands services en nous dévoilant le caractère des personnes avec qui nous sommes en affaires ou en relations.

1°. — t non barré, absence de volonté; écriture arrondie, caresse; écriture fortement inclinée, impulsivité excessive, abandon à toutes les passions, désordre moral; absence des points et accents, désordre.

Nous sommes en présence d'une personne paresseuse et qui cédera facilement à toutes les tentations. Si nous avons à la mener, elle ne sera pas indocile, pourvu que nous sachions la prendre par ses faibles; mais, si nous avons besoin de nous appuyer sur cette personne, autant vaut rompre tout de suite.

2°. — t faiblement barrés, volonté faible; grands mouvements de plume, imagination vive.

Résultante, sauf éléments contradictoires: poltronnerie, parce que la poltronnerie vient de la disproportion des imaginations terrifiantes et de la volonté qui ne sait pas leur résister.

3°. — Barres des t courtes et fines, volonté faible; courtes et fortes, énergie, concentration de volonté.

Si les barres ont toujours la même forme, même faibles, elles indiquent au moins la persévérance. Si elles sont fortes, la volonté est constante et tenace. Si, au contraire, les t sont barrés de plusieurs manières au cours du même document, la volonté est inégale; elle admet à la fois le caprice et le despotisme. On ne peut compter sur elle que par à coups.

Les gestes — et l'écriture, ne l'oublions pas, est le résultat d'une série de gestes — sont en rapport avec nos états d'âme et de santé. Si notre pensée est affolée, nos gestes, notre écriture sont agités. Venons-nous à récupérer notre calme, aussitôt notre écriture, comme nos gestes, redeviennent plus mesurés. La pensée donc, se manifeste, s'extériorise par nos gestes, mais, inversement, comme on le verra dans notre chapitre relatif à l'isolement, nos pensées et nos mouvements réagissent si bien les uns sur les autres que nous pouvons imposer le plus grand calme à notre esprit en arrêtant le travail de nos muscles.

Vous êtes en présence d'un homme en colère. Il frappe du poing, pousse de grands cris, fait de grands gestes. Il vous suffit, si vous conservez tout votre sang-froid, de lui ordonner, d'un ton autoritaire mais calme, de cesser tout ce vacarme et de s'exprimer raisonnablement pour qu il s'arrête bientôt de gesticuler et que, progressivement, la détente musculaire se transpose en calme dans son esprit. C'est en connaissant cette répercussion du travail physique sur l'idéation que, lorsque vous apprendrez à vous isoler, c'est-à-dire à mettre votre cerveau dans un état de calme, de repos, vous commencerez à pratiquer la détente musculaire. Cette détente physique amènera automatiquement le calme mental. Vous en verrez l'utilité après le travail dans la vie courante, pour amener ou suppléer le sommeil.

A ce moment, il s'agira d'imposer silence à tous les mouvements de vos muscles. Mais nous n'en sommes pas là pour l'instant. Nous devons nous contenter, d'abord, de diriger les mouvements de notre plume et d'en tirer un bénéfice cérébral. La tâche est bien moindre, mais elle peut être longue et elle est difficile pour quelques uns. M. Varinard a préconisé la graphothérapie, ou cure de certains troubles maladifs par le contrôle volontaire de notre écriture. Il est certain que cette surveillance attentive de nos gestes peut nous être grandement utile. Les nerveux, nous l'avons vu, ont une écriture agitée, saccadée. S’ils voulaient, ou pouvaient modifier leur graphisme, leur état en serait certainement modifié, au moins dans une large mesure. Certes, les lésions des centres nerveux ne disparaîtraient pas pour cela, comme par enchantement — les cures ne sont pas si faciles à faire, — mais bien des incommodités psychophysiques qui résultent de ces troubles et qui les aggravent, comme une impressionnabilité excessive, des idées noires auxquelles se comptait le malade et qui ajoutent à son état, tout cela pourrait disparaître, et ce serait un grand bienfait.

Nous avons tous, dans la rue, rencontré des ataxiques. Ces malades ne sont pas maîtres de leurs membres inférieurs. Ils marchent avec grande difficulté; ils lancent le pied en avant et ne le posent qu'ensuite sur le sol, car ils ont perdu la faculté d'apprécier la distance. Des médecins ont innové une méthode qui a donné des résultats intéressants à cet égard: ils font, à terre, la marque des pas et suggèrent au malade de diriger son attention afin de poser les pieds successivement sur chacun des tracés. Ils doivent s'y efforcer avec toute l'assurance possible.

Et de fait, on a constaté, à la suite d'un traitement persévérant, des améliorations notables. Etant donné que, même en face d'une lésion médullaire aussi grave, on a pu commander aux membres inférieurs, il est bien certain qu'il nous est possible, en état de santé, d'imposer le calme aux mouvements de notre main.

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Fig. 69. — La rééducation motrice de l'ataxique.

Lorsque la lésion est nettement marquée, le malade manifeste un défaut de coordination des mouvements volontaires. Il ne peut marcher que difficilement. N'appréciant plus la distance, il lance les pieds de côté et d'autre, le plus souvent en avant. Si, traçant à terre la place des pas, on exerce sur l'ataxique une emprise psychique bien comprise, le malade revient progressivement à une marche plus régulière.

Certes, en thérapeutique, on ne peut généraliser cette méthode, car le grand nerveux, l'agité est incapable de faire des efforts suivis; il s'énerve, s'impatiente, se décourage et il faudrait demeurer à poste fixe auprès de lui pour lui inculquer, par une douce mais constante suggestion raisonnée, l'idée de maîtrise et de calme.

Toutefois, si ce procédé ne nous apparaît pas comme le remède infaillible dans les névroses, il présente néanmoins, à nos yeux, une très réelle importance pour augmenter la concentration et la maîtrise de soi-même chez les personnes nerveuses, impulsives, impressionnables. Nous voyons la possibilité d'adjoindre à l'acte d'écrire une auto suggestion très puissante. C'est donc dans ce but que nous attirons l'attention de nos élèves sur cette méthode, secondaire certes, mais qui donne cependant des résultats fort appréciables. Est-il besoin de croire à la réalité de la graphologie pour que cette méthode porte ses fruits ? Nullement. II suffit tout simplement de s'observer en écrivant.

Notre méthode d'auto suggestion graphique n'a qu'un but: augmenter l'attention. Elle crée une auto suggestion puissante, du fait de sa fréquente répétition. Sans cesse, elle oblige l'esprit à une orientation de pensée qui amène la formation du « pli psychique » d'où dérivera la modification désirée. Cette modification porte tout d’abord, nous y insistons, sur l'attention, car c'est la faculté primordiale, celle qui commande à tous les phénomènes supérieurs de l'esprit: jugement, mémoire, raisonnement, volonté.

Sur quoi devez-vous fixer votre attention ? Tout simplement, chaque fois que vous tiendrez la plume, vous vous efforcerez de donner à votre écriture les signes des facultés qui vous manquent et dont nous avons déjà parlé, c'est-à-dire ceux de l'ordre, de la clarté, de la volonté. Avec un peu de bonne volonté et de persévérance, cela est facile.

Quels sont ces signes ? Nous les rappelons ici brièvement:

Ordonnance. — Prenez l'habitude de bien disposer votre écrit: que la marge soit régulière, les lignes bien nettes, plutôt légèrement ascendantes qu'avec tendance à baisser; que votre page soit propre, avec le moins de ratures possible. Même au point de vue extérieur, vous y gagnerez; car rien n'indispose plus le lecteur que le déchiffrage d’une page sale et d'un graphisme en désordre.

Intensité. — Puisque vous cherchez le calme et la maîtrise de vous-même, bannissez de vos manifestations graphiques les signes de l'emportement, de l'impulsivité; cherchez à donner à votre écriture les marques du calme, formez complètement vos lettres et faites un effort de volonté pour qu'elles soient égales et sans heurts. Si vous êtes un grand nerveux, vous aurez beaucoup à faire, vous devrez exercer sur vous-même une surveillance de tous les instants, mais, avec un travail patient et continu, vous pouvez être certaine d'arriver à des résultats utiles.

Direction. — La direction des lignes doit être légèrement ascendante et vous inspirer la pensée de lutter contre le découragement.

Dimension. — Au cours de votre écrit, n'exagérez pas la hauteur de vos lettres, particulièrement des majuscules, ce qui est un signe d'orgueil démesuré, toujours funeste à votre développement.

Points, accents, ponctuation. — C'est avec grand profit que vous vous accoutumerez à les mettre complètement, surtout si vous arrivez à les placer, non en vous relisant, mais au courant de l'écriture. Il n'est guère de meilleur exercice pour développer l'attention et mettre dans l'esprit plus d'ordre et plus de clarté.

La lettre t. — Surtout, n'oubliez pas que le t est un signe important: c'est la marque de la volonté. Tracer cette lettre comme elle doit l'être est pour beaucoup un exercice qui demande de véritables efforts, une surveillance constante. Appliquez-vous à barrer tous vos t d'une petite barre bien droite et légèrement appuyée. Si les barres sont trop écrasées, c'est le signe peu sympathique de la brutalité, de l'emportement; si elles sont minces et trop faibles, c'est l'indice d'une petite volonté. Vous devez éviter l'un et l'autre de ces écueils.

En somme, cherchez à acquérir les signes qui, dans notre exposé, représentent des qualités qui vous manquent ou que vous estimez devoir vous êtes profitables. Si vous trouvez que c'est tout d'abord un travail trop considérable pour le temps ou les forces dont vous disposez, commencez par la lettre t seulement, et, une fois qu'elle sera modifiée, passez aux accents, à la ponctuation, ensuite à la hauteur des lettres, à la direction des lignes. En allant progressivement vous pouvez être certain d'obtenir un résultat. Le tout est de persévérer.

Bien des gens, à première lecture, imagineront que ce procédé ne peut donner de grands résultats. Qu'en savent-ils ? On ne peut être certain de l'assertion que l'on formule qu'après un essai suffisant. Notre expérience nous permet d'affirmer que celui qui essaiera de mettre en pratique cette méthode si simple sera étonné des résultats. La raison en est aussi claire que facile à déduire. En tendant continuellement votre volonté vers le but que vous vous êtes imposé, par quelque procédé que ce soit — et celui-ci a fait ses preuves — vous créez en votre esprit ce « pli psychique » dont nous vous avons parlé, vous prenez l'habitude de savoir regarder, vous développez votre attention. Et, bientôt, avec un effort continu, mais peu fatigant et nullement coûteux, vous vous trouvez en possession de qualités supérieures qui vous seront plus utiles que vous ne l'avez imaginé.

Résumé

L'observation nous montre qu'il existe une corrélation étroite entre notre personne physique et notre activité psychique. Exemple: la peur donne des jambes. Sommes-nous en colère ? Nous gesticulons, nous tendons le poing, nous frappons même. Nos états d'âme se manifestent dans nos attitudes, dans l'intonation de notre voix, dans notre démarche, dans notre poignée de mains, dans tous nos gestes. Et notre écriture même — qui est, matériellement le résultat d'une succession de gestes, — exprime, à notre insu, nos tendances, nos aptitudes, nos pensées, nos sentiments les plus secrets.

S'il est d'observation courante que les caractéristiques essentielles de notre personnalité se révèlent dans notre activité musculaire, il est non moins certain qu'inversement toute modification apportée à cette activité musculaire réagit sur notre état psychique. Ainsi, devant le coléreux qui frappe du poing, restez calme, bien maître de vous, conservez une parole douce et voici bientôt l'impulsion, l'élan irraisonné de cet emporté qui se brise. Le secret de la domination sur ceux qui nous entourent ou nous approchent est dans le calme que nous savons nous imposer. Efforcez-vous donc d'éduquer vos gestes, d'être de plus en plus calme. Pensez-y en accomplissant les moindres actes.

Votre graphisme vous offre un moyen d'entretenir cette auto suggestion. Chaque jour supprimez de votre écriture tous les signes qui traduisent une volonté insuffisante; ajoutez-y ceux qui dénotent de l'attention, du jugement, de l'association dans les idées, une élévation d'esprit, les grandes qualités du cœur. Atténuez les mauvais signes qui rôdent autour de vous comme des oiseaux de mauvais augure, mais précisez, ajoutez sans vous lasser les caractéristiques qui feront de vous un être sain, doué des hauts pouvoirs psychiques. La possession de ces pouvoirs vous donnera tout d'abord une notion plus nette de vos devoirs envers vous-même, puis elle vous permettra de semer autour de vous les plus belles pensées que vous ferez épanouir avec ces couleurs riantes qui enchantent le Cœur et ravissent l'Esprit.

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