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Cours de magnétisme personnel

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L'auto suggestion émotionnelle dans la Cure organique

« L'homme irrésolu lutte toute sa vie contre le malheur. »

Hésiode.

 

« Jusque à quand tarderas-tu à te juger toi-même digne de réaliser le meilleur ? »

Epictète.

 

« Souviens-toi que ce qui commande en toi devient inexpugnable quand il se ramasse en lui-même. »

Marc-Aurèle.

« J'ai vu presque tous les « voulants » arriver au but de leur vouloir. Est-ce que la volonté ne serait qu'un fluide aimanté qui, par son intensité, deviendrait une force inconnue, magnétique, ayant le pouvoir de l'attirement des choses et des faits ? »

DE Goncourt.

 

« II est évident que l'on s'ignore soi-même tant qu'on n'a pas découvert le meilleur qui est en soi, tant qu'on ne s'est pas donné de cœur à la plus haute activité dont on soit capable. »

Woodrow Wilson.— Quand un homme se trouve-lui-même.

 

« II n'y a pas la moindre utilité à vouloir aider des gens qui ne s'aident pas eux-mêmes. Vous ne pouvez hisser quelqu'un à une échelle, s'il ne consent à grimper un peu lui-même; quand vous cesserez de le pousser, il tombera et se blessera. »

A. Carnegie.— L'Empire des affaires.

 

« Adoptez la devise du cadran solaire: Je ne marque que les heures ensoleillées. »

O.-S. Marden. — La Joie de vivre.

 

L'AUTO SUGGESTION ÉMOTIONNELLE

dans la Cure morale

 

« Connais-toi toi-même. » — Notre premier devoir est de nous perfectionner. — Comment acquérir des forces mentales. — Les deux êtres distincts qui sont en nous: le conscient et l'inconscient. — Directeur et sous-directeur au travail côte à côte dans l'usine humaine. — Participation du conscient et de l'inconscient dans tout phénomène psychique. — Le conscient et l’inconscient dans l'activité émotionnelle. — Nous devons toujours tendre à renforcer en nous le contrôle volontaire. — Exemple de collaboration entre le conscient et l'inconscient: la double mémoire. — Nous devons nous efforcer de décharger le plus possible le conscient des travaux que l'inconscient peut faire automatiquement. — L'erreur que commettent les psychologues qui veulent faire de l'inconscient le personnage de premier plan. — Devons-nous faire des impulsifs, ou des volontaires ? — Erreur de vouloir opposer volonté à imagination. — Le « bluff » en matière d'éducation psychique. Ce qu'il faut en penser. — Une formule simpliste de guérison: « Ça va... ça va... » Son effet diminue par l'accoutumance .— L'imagination passive, source de faiblesse. — Un abîme entre les deux méthodes: celle qui table exclusivement sur l'inconscient et la nôtre qui met en jeu le conscient et, par lui, les facultés supérieures de l'esprit. — La suggestion émotionnelle que nous intentons de loin. Rôle des pensées protectrices. — L'imagination créatrice volontaire et ce que nous devons en attendre. — Erreur de vouloir s'auto suggérer en état de somnolence ou d'hypnose. La psychanalyse: ses dangers. — Malade, aie confiance, relève la tête ! — Une minute décisive. — Les forces sur lesquelles nous devons compter: la pensée et l'émotion. — Un exemple à imiter: l'homme magnétique. — Un type de santé, de force, de joie, de bonheur, de succès. — La pensée se réalise d'autant mieux qu'elle éveille en nous des émotions. — Caractéristiques de notre méthode d’autosuggestion émotionnelle. — Comment on joue son rôle: 1° étude du texte, 2° vivre le rôle. — Ne dites pas: « Je voudrais » ; dites: « Je veux ». — « J'ai confiance en moi ». — « Je veux réussir. » — Les qualités physiques, intellectuelles et morales à acquérir. — Nécessité de la confiance en soi. Napoléon voit pâlir son étoile. — L'aide directe du suggesteur. — Résumé.

 

Avant toute chose, il importe que celui qui veut conquérir ou reprendre la maîtrise de soi se rende un compte parfait de ses possibilités, de ses forces, de ses faiblesses. Ce n'est pas sans cause que le Temple de Delphes portait cette parole, prise plus tard comme base de l'enseignement ésotérique de Socrate: « Connais-toi toi-même ». De nos jours, cet enseignement est aussi nécessaire, plus nécessaire peut-être qu'il n'a jamais été, car nous vivons à une époque fiévreuse où peu de gens prennent le temps et la peine d'analyser leurs sensations, d'étudier leur caractère, de suivre le conseil donné par Apollon à ceux qui fréquentaient son Temple.

Certes, nous nous connaissons bien peu. De ce manque d'analyse viennent la plupart de nos maux. Nous ne savons pas qui nous sommes. Nous obéissons, pour diriger cette personnalité si mal connue, à des lois, à des préjugés, à des modes mêmes, qui peuvent avoir de bons côtés pour certains, qui sont funestes pour d'autres. Ne nous souciant ni de notre corps, ni de notre esprit, nous ne cherchons pas ce qui peut servir utilement leur équilibre. De cet état d'ignorance où nous sommes, pour la plupart des règles de la vie normale, naissent les douleurs physiques et morales.

Ce laisser-aller est préjudiciable au corps, à notre vie personnelle comme à celle de nos descendants qui pâtiront, comme nous en avons souffert nous-mêmes, des règles de l'hérédité. Cette ignorance nous fait manger sans choix et sans mesure, abuser de tous les plaisirs, renoncer à toute hygiène. Des troubles en résultent dont nous sommes ensuite tout surpris, bien que rien ne soit plus naturel.

Nos négligences ne sont pas sans porter atteinte à notre esprit. Nous avons peine à lutter contre les opinions qui nous viennent du dehors. Nous prenons tout effort en haine.

Pour le cœur, nous nous desséchons dans un égoïsme douillet qui nous fait renoncer aux grands enthousiasmes. Le moindre changement dans cet état de choses nous semble le pire malheur. Nous en prenons un caractère tatillon et chagrin, exagérant outre mesure ce qui nous touche pour nous désintéresser des biens communs. En un mot, nous restreignons notre horizon sentimental au point que nous fermons notre vue sur tout ce qui est grand, noble, digne de nous. Nous ne portons attention qu'à nos petites peines que nous devrions oublier, aussi bien pour notre bonheur que pour notre évolution.

C'est en conséquence de cet état d'âme que l'ignorant est toujours en proie à mille tourments, qu'il dorlote des peines minuscules quand elles ne sont pas imaginaires, qu'il se trouve en désarroi pour des vétilles, qu'il se rend malade réellement, pour ne pas gêner ses plus nuisibles appétits.

Toute autre est la vie de celui qui sait. II trouve dans la mesure qui lui a été enseignée, ce rythme parfait qui donne la santé à son corps, le bonheur à son âme, la paix à son esprit, le succès à ses entreprises; car il a mesuré son fardeau à ses forces; il n'entreprend que ce qu'il est capable de réussir et son désintéressement, sa connaissance du véritable bien lui font considérer les richesses matérielles comme un levier utile, comme un agréable moyen de bien-être, mais jamais comme un but digne de ses efforts.

La paix appartient à celui qui sait. Pour celui-ci, rien n'est livré au hasard, car le hasard n'existe pas. Toute chose subit des lois et ces lois lui sont connues. La santé, le bonheur, le succès se méritent. Il n'y a pas de chance, si l'on considère ce mot comme le nom d'une déesse capricieuse, et les circonstances même qui nous semblent les plus fortuites sont celles que nous avons les plus méritées.

Ces lois, il nous appartient de les découvrir. Elles sont l'équilibre extérieur et intérieur de ce monde qui nous entoure. Corps, esprit, cœur, tout, en nous, est soumis à ces mêmes lois. Si nous apprenions à nous connaître, nous verrions combien était juste la conception des anciens qui faisaient de l'homme un microcosme, une réduction du grand univers.

Il nous suffirait d’observer pour voir combien ces lois sont générales, mais nous marchons sans regarder autour de nous, sans réfléchir à ce qui a pu nous frapper incidemment. Nous ne nous soucions de rien, jusqu'au jour où un fait, un mot nous mettent sur le chemin de la vérité. Alors le monde change de face. De ce jour, la vie devient belle, harmonieuse; Nous ne sommes plus tentés de considérer notre labeur comme inutile, ni comme stérile ou trop restreint le champ où nous évoluons. Cet enclos qui nous déplaisait nous apparaît maintenant comme un magnifique jardin. Nous apprenons à l'aimer et, au lieu de le cultiver de mauvaise grâce, nous le retournons avec amour; nous demandons au soleil d'en féconder la moindre parcelle; nous semons de toutes parts les graines de nos belles espérances qui fleuriront bientôt et dont chaque moisson sera riche, miraculeuse, car la vie se donne à qui l'aime, la comprend, la répand autour de soi. Nos œuvres fleuriront autour de nous comme des plantes choisies; elles s'ouvriront dans la joie, car celui qui sait prend son plus grand plaisir à donner ces fleurs et ces fruits qui sont les résultats dont son labeur est couronné. C'est le magnifique automne d'une laborieuse année; les celliers sont comblés; les corbeilles débordent. L'hiver, la mort peuvent venir.

Dès que nous nous connaissons, notre premier devoir est de nous perfectionner. Nous devons tenir notre corps en parfait état, rendre notre esprit capable de penser sainement, d'agir en connaissance de cause, en pleine puissance de tons ses moyens, mettre notre cœur en état de vibrer pleinement aux belles émotions. C est seulement en observant tous ces points que nous obtiendrons en nous une synthèse merveilleuse.

Celui qui prend conscience de lui-même, des possibilités qui dorment au plus profond de son esprit et de son cœur transforme bientôt sa vie, la rend digne d'être vécue; il cesse d'être le pessimiste toujours à la recherche de ce qui peut blesser, dont la vie est un long cauchemar. Au contraire, le sage, le philosophe découvrent des motifs de joie et d’espérance en toute chose; ils se résignent aux maux inévitables, rançon de l'évolution.

Avant toute chose, il importe de savoir que cette transformation nécessaire n'est nullement au-dessus de nos forces. Nous ne conseillerons jamais à personne de se soumettre à une ascèse extraordinaire qui peut détruire sa santé, son équilibre physique et psychique; Au contraire, cet équilibre est notre but. C'est par négligence ou par abus que nous rendons notre corps malade. Nous le faisons dépérir par le surmenage, nous l'engorgeons de nourritures superflues. Telle est notre faute, telle est l'origine de la maladie. Peut-être souffrons-nous déjà d'une tare héréditaire qui nous rend plus faibles dans la lutte pour la santé. Mais, du jour où nous savons, il nous est possible de diminuer le fardeau qui nous a été imposé par la faute de nos ascendants.

Il en est de même pour l'esprit. Nous ne savons pas vouloir. C'est que les méthodes éducatives actuelles ne font rien pour la volonté. Et pourtant cette faculté est susceptible d'un développement harmonieux. On fait peu de chose pour éduquer nos facultés supérieures: attention, jugement, mémoire, association des idées, imagination. Nous ne savons pas sentir; nous ne savons pas céder volontairement à une belle émotion.

Une autre faute de l'éducation moderne c'est que, si l'on cherche à accroître la volonté, c'est aux dépens de la sensibilité. C'est pourtant une erreur grossière d'opposer la faculté de penser à la faculté de sentir. Ces deux formes d'activité sont également nécessaires. Penser et sentir sont les deux plateaux d'une même balance qui ne trouvera jamais son équilibre, si l'on vient à supprimer l'un des plateaux.

Certes, à lui seul, le champ de la volonté est immense. Dans notre coupable ignorance, nous laissons sommeiller en nous des facultés qui, si elles étaient normalement développées, transformeraient notre vie, nous donneraient des armes dans les luttes de chaque jour. Si nous savions « cultiver notre jardin », nous prendrions un contact plus intime avec la vie, nous élargirions et aiguiserions notre observation; nous rendrions notre jugement plus sûr et plus sagace; notre mémoire plus vaste et plus fidèle; nos associations d'idées plus riches et plus ingénieuses; en un mot, notre vie mentale serait infiniment plus ample et plus puissante.

En nous, comme une mine de diamants sous le sol aride, en nous sommeillent des forces qui, si nous savions les libérer, magnifieraient notre vie, nous feraient accomplir des merveilles. Chacun possède un trésor. Il nous appartient de le découvrir, de l'exploiter. Il suffit de vouloir.

Mais comment apprendre à vouloir?

Vouloir, c'est, dans le domaine de l'esprit, la clé qui ouvre toutes les portes. Il n'est pas d'obstacle insurmontable à celui qui sait et qui veut avec persévérance.

Aujourd’hui, les circonstances vous entravent. Il vous semble que vos plus légitimes désirs ne se réaliseront jamais. N'écoutez pas les mauvais conseils de cette heure de dépression. Ce qui vous fait défaut, soyez-en bien sûr, c'est la volonté.

« Je voudrais, dites-vous; je voudrais, mais je ne puis. Je trouve sans cesse des obstacles qui s'opposent à tout ce que je voudrais faire », et dépité, rebuté, vous vous retirez de la lutte. Telle est bien votre erreur, homme de peu de foi !

Imaginez un médecin assez sot pour dire à un enfant débile, anémié, que tout est perdu, que jamais il ne remontera la pente, que tous ses efforts seront vains. L'enfant ne tentera même pas d'effort, il dépérira. Au contraire, le médecin, vraiment digne de ce nom, sait très bien qu'un régime sain, des exercices appropriés, la vie au grand air, une alimentation choisie rendront bientôt des forces au petit malade. Il lui fait partager sa foi, le surveille, l'encourage, le stimule de toute manière et l'enfant guérit.

Il en est de même pour la volonté. A celui qui est las de lutter, qui manque de forces morales, de ressort, d'énergie psychique, dont les décisions sont insuffisantes, le psychologue dit:

« Ayez foi. Les forces vont venir. Elles dorment en vous. Faites effort, luttez. Les forces cachées vont surgir, s'épanouir. Persévérez, elles vont se développer, vous transformer. De faible que vous êtes, vous allez devenir puissant et robuste. Cessez de pleurer. Relevez la tête. Rejetez les idées noires. Ne croyez pas que vos forces vont vous trahir...»

Rien n'est impossible à qui veut véritablement; il n'est pas de déshérités. Certes, chacun ne peut devenir un athlète — est-il vraiment enviable de l'être ? — mais chacun, en toute certitude, peut acquérir la force morale, la décision, le contrôle sur soi-même, l'attention, la volonté qui sont nécessaires dans la vie.

 

Ces pages ont pour but de vous montrer comment acquérir des forces mentales; comment avoir prise sur les énergies qui sommeillent en vous, prise sur les autres, prise sur les événements. Cette tâche n'est pas au-dessus de vos forces. Si vous vous décidez à faire cet effort, c'est une vie nouvelle qui s'ouvre devant vos pas. Après un effort, un labeur qui durera d'autant moins que vous l'entreprendrez avec courage, la réussite vous sera aisée, la chance vous sourira.

La chance ! C'est en vous développant que vous comprendrez toute la valeur de ce mot si souvent et si mal prononcé.

La chance vous appartiendra dès que vous aurez décidé de lutter. Ce n'est pas une entité changeante, capricieuse. Elle obéit à qui sait vouloir. Nous l'attirons par nos pensées quand nous avons appris à les diriger; nous l'attirons irrésistiblement comme l'aimant attire l'aiguille de la boussole. Si nous savons vouloir, nous la fixons, nous l'obligeons à rester avec nous.

N'avez-vous jamais remarqué combien certains êtres possèdent un pouvoir, une emprise autour d'eux ? Ce rayonnement est réel, mais il n'a rien de mystérieux ou de surnaturel pour qui connaît les phénomènes psychiques. Inconsciemment peut-être, ces êtres savent vouloir, mais rien ne vous est plus loisible que d'apprendre aussi. Vous réussirez aussi bien qu'eux, mieux même car vous connaîtrez la valeur des énergies qui sont en vous.                                     

Pour réussir, le point essentiel est donc de se perfectionner, d'acquérir de la volonté. Mais que sera cette volonté ? Celui qui l'exprime dit, par cela même, volonté calme, suivie, réfléchie, persévérante. Pas d'élans brusques. Au contraire, une patience sûre de la réussite. Il faut aussi un altruisme qui vous fait considérer votre réussite personnelle comme l'accroissement du bien de tous. Ces nobles sentiments, si opposés à l'arrivisme, sont nécessaires pour attirer à vous les forces que doit capter et retenir la volonté. Il faut être ou devenir un noble exemple pour les autres; il faut que notre vie bien remplie leur soit comme un enseignement. Ce n'est pas seulement pour nous que nous travaillons, mais pour accroître l’œuvre commune.

L'homme ne vient pas sur terre poussé par le hasard. Il est le produit de tout un passé: passé personnel en premier lieu; passé collectif ensuite.

Nous ne saurions nous appesantir ici sur ce point que nous avons plus largement traité dans nos deux ouvrages: la Science secrète et les Forces supérieures. Nous nous bornerons à quelques mots rapides qui serviront de préambule au problème de l'auto suggestion émotionnelle dans la cure morale.

Le passé de chaque homme représente une somme d'efforts considérables. Les pensées que nous avons accumulées forment un trésor prodigieux. De ce trésor surgissent les traditions, les coutumes, les habitudes. Et ce trésor, nous l'ignorons; il faut des circonstances tout à fait exceptionnelles pour que nous en ayons conscience. Il n'en existe pas moins.

De notre ancêtre le plus reculé, la pensée s'est perfectionnée à travers les âges. L'être, d'abord, a été mû par des instincts, assez semblables à ceux qui régissent l'animal. Après ces instincts, accordés à tout être vivant pour qu'il puisse conserver et perpétuer l'existence, des habitudes sont venues qui ont en quelque sorte codifié ces instincts. Enfin, très lentement, les actes volontaires ont fini par se faire jour. C'est seulement après des centaines de siècles que le cerveau s'est formé, tel que nous le connaissons. La pensée s'est manifestée, entraînée; une langue rudimentaire, puis des vocables plus divers se sont créés. De progrès en progrès, avec des erreurs et des triomphes, la civilisation est devenue celle que nous voyons de nos jours.

Oui, des liens puissants nous relient à tout le passé. Nous avons évolué, depuis l'homme des cavernes. Nous avons affiné nos facultés, gagné des pouvoirs. Mais pouvons-nous dire, si grand soit, à l'heure actuelle, notre acquis, que nous sommes aussi conscients que nous le désirons ? Pouvons-nous dire que nous sommes toujours des êtres libres, indépendants, agissant exclusivement parce que nous le jugeons bon ? La foule le croit; mais, comme bien des opinions du vulgaire, celle-ci est absolument fausse.

 

En réalité, il y a en nous deux êtres distincts que les psychologues appellent le conscient et l'inconscient. Nous avons déjà comparé le premier au directeur d'une usine, le second au sous-directeur. Dans la personne humaine, ces deux êtres se juxtaposent, n'existent pas l'un sans l'autre. Tous deux ont zinc part dans tout acte, toute décision, toute opinion, tout sentiment. Fait bien connu des psychologues, c'est l'inconscient qui, dans cette vie à deux, joue le rôle le plus important.

Dans la Science secrète, nous avons comparé la personnalité humaine à un iceberg. Le bloc de glace est dérivé par le courant comme nous-mêmes sommes entraînés par des forces supérieures. Une partie du bloc émerge de l'eau — un dixième — c'est la partie-consciente. Ce qui est dans l'eau (les 9/10) c'est la part de l'inconscient. Conscient et inconscient sont, comme dans le bloc de glace, inséparables; ils collaborent à toutes les manifestations de notre vie organique, psychique, intellectuelle, à tous les faits de pensée, de conscience. C'est un fait primordial qu'il ne faut pas oublier.

L'apport du passé est un lourd fardeau dont nous ne pouvons nous défaire. C'est notre inconscient qui traîne tout ce poids. Chez l'animal inférieur, cet inconscient est seul à exister; il est le siège de l'instinct, le réceptacle de tous les apports héréditaires. Chez les êtres plus évolués, il garde les habitudes acquises, subit les influences ambiantes. C'est cet ensemble qui crée le premier pli psychique, qui forme le caractère, détermine le tempérament, conditions premières de notre manière de voir, de sentir et d'agir. C'est ce pli qui, en premier lieu, nous impose notre ligne de conduite. Mais l'homme se perfectionne et, à mesure qu'il acquiert une plus grande conscience de sa personnalité, il apprend à résister à toutes les impulsions qu'il juge néfastes.

De jour en jour, ce perfectionnement s'accroît. Non seulement chaque homme, mais l'humanité tout entière tend sans cesse vers le mieux-être, suit la loi évolutive.

La somme des expériences passées nous rend déjà de grands services. De tout temps, les sages, les philosophes ont compris la nécessité de se perfectionner, de rendre meilleures, tout ensemble, les facultés intellectuelles et les puissances émotionnelles.

Cette tâche est considérable et ce n'est pas trop des deux éléments de notre personnalité: conscient et inconscient pour la mener à bien. Aussi les voyons-nous toujours travailler côte à côte comme le directeur et le sous-directeur d'une usine. Tous deux doivent conjuguer leurs efforts en vue d'un fonctionnement avantageux pour tous. C'est de ce travail commun que doit naître le progrès. Le conscient (directeur de l'usine humaine), quand il entend bien son rôle, observe, juge, s'instruit, recueille les observations de tous pour en faire une opinion précise propre à le diriger dans la marche de ses affaires. Quand il a augmenté et groupé ce bagage de notions, il s'est fait une idée nette de toute chose et c'est seulement alors qu'il peut, en pleine connaissance de cause, donner au sous-directeur (inconscient) les ordres qu'il doit faire exécuter par le personnel inférieur. Le sous-directeur classe à son tour les données qui lui ont été transmises. Ce classement, cette sorte de fichier intellectuel est une part importante de sa besogne. En cas de besoin, le directeur aura recours à lui pour obtenir immédiatement les fiches qu'il souhaite en vue de son travail personnel. Donc, plus le classement sera net et bien fait et plus le directeur trouvera son œuvre facilitée, mieux l'usine fonctionnera au mieux des intérêts de chacun.

Comment le directeur et le sous-directeur peuvent-ils s'acquitter de cette tâche à la fois distincte et commune ? Ils le peuvent grâce à un ensemble de facultés. Ces facultés leur sont communes, mais ils les exercent chacun différemment. La conscience est en possession de l'initiative, des vues nettes, des notions vivantes. L'inconscient a une besogne automatique, qui demande à la fois, pour être bien menée, plus d'ordre et d'application soutenue. Ce dernier est un sous-ordre, certes, mais il n'est pas de collaborateur plus utile. Nous allons voir quel est le rôle de chacun.

Pour ce faire, restons dans le domaine des facultés supérieures et voyons rapidement leur utilisation par le conscient et l'inconscient. Ici se trouvent en présence deux puissances qui agissent différemment. Toutes deux interviennent dans le domaine mental et dans le domaine émotionnel.

 

 

Pénétrons tout d'abord dans; le domaine mental.

La faculté primordiale est l'attention, base de tous les phénomènes psychologiques. Sans l'attention, aucun perfectionnement ne pourrait exister. Les sensations ne feraient que traverser l'organisme sang y laisser de trace, comme l'eau traverse un crible.

Toutes nos facultés psychiques découlent de l'attention: c'est elle qui nous fait voir les objets. Une notion étant acquise, nous pouvons la comparer à d'autres: le jugement intervient. Ensuite, cette perception et ce jugement se lient, presque automatiquement à des idées plus ou moins vastes, plus ou moins variées et donnent lieu à des associations d'idées. Ces notions, ces comparaisons, les jugements qui en découlent, les idées qui s'unissent à eux sont enregistrés par la mémoire qui enrichit nos archives et peut, le cas échéant, les reproduire telles quelles ou donner à l'imagination des thèmes qu'elle peut broder à l'infini pour produire d'autres idées et d'autres images.

Dans toutes ces opérations de l'esprit: attention, jugement, association d'idées, mémoire, imagination, les deux entités — conscient et inconscient — ont leur part, car toutes deux, toujours, vivent côte à côte, s'interpénètrent.

Montrons quelle est la part de chacune d'elles. Tout d'abord pour l'attention.

Prenons la forme consciente: je tiens un caillou, je l'étudie suivant les motifs qui me sont fournis par une culture antérieure. Si je ne suis pas à même de rechercher sa composition, en tout cas, je puis constater sa couleur, sa dureté, sa contexture, les particularités plus ou moins frappantes de sa forme. Mais, en général, nous n'exerçons guère cette faculté d'attention. Nous ne savons pas voir. Nous regardons à peine. C'est de là que vient la faiblesse de nos facultés. Nous passons en aveugle devant le spectacle merveilleux du monde.

La forme inconsciente de l'attention est encore plus primitive. Nous sommes au cinéma, plongés dans l'obscurité. Soudain, la lumière jaillit et, nous qui avons atteint l'âge adulte, nous faisons le même mouvement que le tout petit, nous nous tournons spontanément vers la source de cette lumière. Nous ne pensons aucunement à observer pourquoi et comment cette lumière se produit; c'est un besoin presque physique de la contempler. Il s'agit là d'un acte purement inconscient.

Le jugement s'exerce de même sous les deux aspects conscient et inconscient.

Si nous étions conscients, nous jugerions sans parti pris, ne nous inspirant que de la réalité des faits, et nos jugements auraient la précision de la mathématique. Mais il s'en faut de beaucoup que les choses aillent ainsi. Le sachant, ou à notre insu, nous avons mille affections, mille habitudes, mille idées préconçues qui ne nous permettent pas de discuter les faits et les idées avec l'impartialité qu'ils méritent. Le rôle de l'inconscient devient énorme. Nos habitudes de famille, de nationalité, de religion, d'étude même, nous font une sorte d'armure en présence de certains faits. Il en est que nous n'admettrons jamais, même devant la formelle évidence. Du moins, nous devrons nous faire violence pour les discuter honnêtement. Si nous sommes contraints par la réalité à voir ce qui ne nous plait point, nous sommes brutaux dans nos jugements et nos sensations nous entraînent souvent où le conscient ne veut pas aller. Pour prendre un fait tangible, dans l'amour et les autres affections nous ne voulons voir de l'être aimé que ce qui nous plait en lui et nous lui prêtons au besoin des attraits qu'il n'a jamais possédés.

L'association des idées procède également des deux formes consciente et inconsciente. Nous avons tous le pouvoir d'unir les idées les unes aux autres. Si nous songeons à une feuille d'arbre, nous lui trouvons un rapport avec une brandie, la branche avec le tronc et ce sont les associations en quelque sorte nécessaires, mais nous en pouvons former d'autres à l'infini. Ici, le travail est tout à fait conscient; mais, le plus souvent, l'association des idées se fait de la manière la plus spontanée. Le fait le plus caractéristique de cette association inconsciente des idées est le rêve. Le rêve est fait en général de nos perceptions récentes groupées suivant un ordre arbitraire par l'inconscient pendant que le conscient se repose. Par exemple, un repas mal digéré nous donne une sensation de pesanteur sur l'estomac; une rencontre désagréable nous a laissé aussi une impression de gêne. Le rêve associe ces deux sensations et nous fait voir le gêneur assis sur notre épigastre. Dans la vie courante, le même phénomène se produit dans la conversation à bâtons rompus. Les gens du monde se réunissent, un mot appelle une idée souvent fort différente de celle qui présidait au propos de tout à l'heure; mais comme le cercle est formé de personnes ayant les mêmes habitudes d'esprit, ces bonds ne déconcertent personne et tous ont l'esprit d'à propos qui leur permet de riposter sans retard aux paroles prononcées.

Notre mémoire nous offre une dualité semblable. Les faits enregistrés se gravent et se reproduisent.

J'ouvre un livre, je lis quelques vers, ils me plaisent; je les relis pour les conserver présents à l'esprit; je m'en souviens quand je le souhaite. Ici, manifestation consciente. Mais la mémoire est beaucoup plus intense encore quand elle agit de manière inconsciente. Je n'en veux pour preuve que ces phrases musicales qui s'incrustent dans notre inconscient au point d'en devenir une gêne, une obsession.

Prenons cette obsession pour type. L'air entendu, une romance, un refrain nous poursuivent; nous ne pouvons nous en dégager. Dans notre sommeil, mille et mille souvenirs que nous avions perdus, que nous croyions avoir oubliés, surgissent soudain à la faveur du rêve. Qu'un choc émotionnel survienne et ces pensées, ces images réapparaissent dans un éclair. Prenons encore un exemple typique: un naufragé, dans la minute où il croit mourir, revoit, dans une brusque lumière, tout ce qui fut son passé et souvent des détails infimes. Nous en avons cité bien des cas dans notre Science secrète.

Ces impressions, ces souvenirs, sont en nous à l'état latent. Ils y demeurent sans même que nous le sachions et nous sommes bien longtemps, parfois même toute notre vie, sans connaître les richesses que nous possédons. Que faut-il pour ramener au jour quelques souvenirs ? La vue d'un objet, d'un arbre, d'une maison, d'un site; un air que fredonne quelque mendiant, une parole qui nous frappe, un geste qui nous émeut, une inflexion de voix, un regard, une poignée de main, le contour d'un visage, une silhouette vaguement entrevue... Sans motif plausible pour nous, le souvenir que nous croyions ; aboli et qui dormait en quelque pli obscur de notre cerveau surgit du fond de la conscience, s'impose à nous, crée une association imprévue d'idées qui modifie notre jugement, nous fait aimer ou haïr, à travers l'objet présent, la sensation de joie ou de douleur d'autrefois. Dans cette action, le rôle de l'inconscient est immense. Il est le gardien fidèle de toutes les images reçues, de toutes nos sensations; c'est lui qui nous les présente dans un ordre imprévu mais impérieux, dans les heures violentes.

Plus encore dans l'imagination, le jeu de l'inconscient et du conscient prend des proportions considérables. L'imagination est la faculté qui nous permet non plus de grouper des images anciennes mais d'en créer de nouvelles, faites de toutes pièces.

L imagination peut agir dans le domaine conscient, mais il est rare que ce domaine lui suffise. Essayez de créer volontairement une image que vous n'ayez jamais vue, qui ne ressemble à rien qui soit connu de vous, vous en éprouverez une assez grande difficulté. Cependant l'artiste est obligé, quand il veut donner la vie matérielle à un personnage de drame, de le voir tel que l'auteur a pu le forger dans sa pensée souvent abstraite. S'il est vraiment un grand artiste, il nous fait oublier ce qu'il est personnellement. Ce n'est plus Un tel ou un tel que nous regardons sur la scène, c'est Roméo, c'est Shylock, le Tartufe ou Chérubin. Cette perfection dans la réalisation d'un type imaginaire est d'une extrême difficulté; aussi, bien peu y réussissent. Il faut un génie naturel, beaucoup d'observation et de puissance émotionnelle.

Dans sa forme inconsciente, l'imagination se donne beaucoup plus librement carrière. C'est cette forme de l'imagination que Malebranche a nommée « la folle du logis ». Si nous la laissons agir sans contrôle, elle ne saurait garder aux faits et aux choses leurs proportions véritables. Dans la frayeur, par exemple, l'imagination joue un rôle prépondérant. Nous sommes dans un bois, la nuit. En réalité, nul danger ne nous menace, mais l'angoisse de la solitude; le bruit des feuillages, le hululement des oiseaux nocturnes, tout cela nous trouble. L'inquiétude gagne notre esprit et débride notre imagination. Sous son impulsion, les arbres prennent des dimensions et des formes fantastiques : tel devient un géant, cet autre un voleur embusqué avec une arme redoutable; la racine se transforme en serpent; tout nous apparaît comme un piège. La terreur véritable nous prive de tous nos moyens. Qu'à ce moment, un bruit inattendu se propage dans les ténèbres, il nous est impossible de penser que c'est le galop d'un lapin ou le cri d'un oiseau de nuit. C'est nécessairement le début d'une aventure épouvantable et, selon l'état de nos nerfs, nous prenons une course folle, ou bien nous roulons à terre, le cœur défaillant.

L'imagination est une telle force que nous la voyons, par contre, rappeler à la vie ceux qui étaient possédés par quelque forte passion et qui y puisent l'énergie de lutter contre le mal. L'avare n'a pas besoin de voir, de palper son trésor pour éprouver la joie que lui donne sa fortune; il lui suffit de voir l'or, de l'entendre, d'y penser même pour créer en son esprit l'image de la « chère cassette » qui contient plus que sa vie. Le voluptueux, l'homme épris n'a pas besoin de voir la femme aimée ou désirée; il suffit d'un portrait, d'une lettre, moins encore, d'un parfum respiré dans la rue, d'une coiffure, d'un ruban, pour que le souvenir de l'être aimé lui soit présent et, avec lui, les sensations voluptueuses qui accompagnent sa présence. L'alcoolique, le glouton pensent à une bouteille, à un festin, et l'eau leur en vient à la bouche. Le joueur, rien qu'à imaginer la table de jeu ou le champ de courses, éprouve déjà le frisson qui lui serre le cœur au moment où son enjeu s'évapore ou se multiplie suivant le caprice du sort. Dans les jours de mélancolie, la tombe de ceux qui nous ont quittés nous fait revoir leurs traits chéris, revivre les heures douées qui nous ont fait le mieux apprécier leur caractère et leur tendresse. Dans tous ces cas, c'est le processus inconscient qui s'impose à nous avec force, qui nous contraint à voir, à entendre, à éprouver ce que nous ne recherchons peut-être pas, ce qui est peut-être un remords.

Dans tout fait psychique, nous voyons donc l'inconscient agir sur nous avec puissance.

 

Nous pensons, mais nous sentons aussi et c'est surtout dans le sentiment que l'inconscient prend une part énorme à notre vie, nous soutient ou nous abat, aiguise nos perceptions ou les oblitère.

Nous traversons un paysage dont l'harmonie nous enivre. Un calme inattendu nous pénètre et nous charme. Cet arbre, cette fontaine, ce ciel délicatement bleu ne se contentent pas de faire vibrer en nous les émotions que leur vue nous inspire; ils nous rappellent des villégiatures précédentes, des souvenirs, des joies, des peines, qui font de nous une personne toute différente de celle qui est descendue du train.

Nous entendons une chanson, une symphonie : leur rythme, leur mélodie rappellent à notre esprit un monde de sensations oubliées. Tel chant, doux et mélancolique, paraîtra une prière à un esprit religieux, et il verra sa mère prier ou quelque figure chérie, dans l'attitude de l'extase. Celte mélodie est peut-être un regret du pays ou la séparation de l'aimée: thèmes qu'un autre auditeur y verra et animera de ses souvenirs personnels. La voix d'un ami subitement entendue nous saisit d'une joie singulière dans certains moments plus sensibles. Il nous paraît, dans une période de chagrin, que cette voix nous amène un réconfort, que cet ami vient à nous comme un envoyé céleste.

Marchons dans la campagne, un jour de repos, alors que les préoccupations de la vie nous laissent l’esprit paisible. Cette maison qui n'a jamais retenu notre attention nous paraît tout à coup celle du bonheur. Nous la trouvons pareille à la maison de notre enfance, à celle qui semblait si grande quand nos pas trébuchaient. Un monde d'images et de souvenirs reparaît à notre pensée comme des bulles à la surface de l'eau. Des cloches sonnent au lointain; toutes les sensations religieuses de notre enfance se tissent à cette harmonie si douée à écouter dans la paix du soir. C'est le village de l'enfance avec ses maisons basses, ses haies pleines de mûres où nous avons tant grappillé et dont nous nous rappelons tout, excepté les épines. Un parfum nous rappelle une présence féminine et c'est beaucoup dans cette faculté d'éveiller nos souvenirs que le parfum prend sa puissance. Mais ce parfum lui-même est évoqué à son tour par des circonstances extérieures. Un tableau nous montre un rosier chargé de ses fleurs; nous l'imaginons vivant, nous respirons sa tiède baleine et nous rapprochons d'elle des images, des parfums qui nous furent chers.

En somme, à moins d'éducation particulière, nous n'avons que peu de maîtrise dans notre vie émotionnelle. C'est ce qui fait dire à Hœffding: « C'est surtout dans le développement des sentiments que les impressions inconscientes jouent un grand rôle. Le sentiment n'est pas seulement déterminé par des sensations et par des représentations claires et précises, mais encore par des influences imperceptibles, dont la somme seule compte pour la conscience. De là ce qu'il y a de mystérieux et d'inexpliqué dans l'essence de tant de sentiments; ils sont surtout dans leurs premiers mouvements, inintelligibles pour l'individu qui les éprouve, parce qu'il en ignore les causes précises. »

Tous les faits que nous venons de passer en revue montrent le rôle immense que joue en nous la partie inconsciente de notre personnalité. C'est l'inconscient qui fait battre notre cœur qui préside à toutes nos fonctions organiques. Il est prépondérant dans tout acte de pensée, dans tout sentiment, dans toute émotion. L'inconscient est le réservoir où s'accumulent, avec tous les apports du passé, les fruits de notre expérience.

Pour la clarté de notre enseignement, nous avons étudié l'inconscient et le conscient comme s'il s'agissait de deux entités séparées, mais ce serait une erreur de croire qu'il en est ainsi dans la réalité de la vie, que ces deux êtres peuvent agir l'un sans l'autre et même qu'il y a avantage à laisser à l'inconscient son entière liberté. Cette erreur ne tarderait pas à amener les abus les plus funestes.

Au contraire, nous devons toujours tendre à renforcer en nous le contrôle volontaire. Si nous laissions à l'inconscient une liberté excessive, il ne tarderait pas à nous engager dans une voie qui nous serait extrêmement préjudiciable. Cela nous est très facile à constater dans certaines circonstances où l'inconscient devient momentanément notre maître, où il cesse de se trouver sous le contrôle de la conscience. Par exemple, dans le cas d'obsession, d'idée fixe, où, sous l'empire de l’inconscient, la conscience est oblitérée par une pensée, souvent sans importance, qui prend des proportions si grandes que l'on ne voit plus autre chose. Nous le voyons également dans les rêves où l'inconscient, laissé libre d'agir à sa guise, nous fait associer les idées les plus disparates dans l'ordre le plus arbitraire. Ce mécanisme est encore plus apparent dans le trac où tout contrôle disparaît. L'inconscient, emballé en quelque sorte sur une piste, ne trouve plus ni frein, ni obstacle et ne tarde pas à nous jeter dans les embarras les plus extrêmes. On voit, dans ce cas, les réflexes les plus inattendus se produire: le traqueur souffre de palpitations, de troubles de la digestion ou des sécrétions. En un mot, le traqueur ne peut plus compter sur l'autorité de sa volonté et, livré à son inconscient, perd tous ses moyens d'un seul coup.

Dans certains cas pathologiques, l'inconscient peut même prendre temporairement la place de la conscience et agir en son lieu et place. Nous avons étudié dans notre Science secrète — où nous nous sommes appesantis longuement sur la vie mentale, — les cas célèbres de Félida, étudiée par le Docteur Azam de Miss Beauchamp, étudiée par le professeur Morton Prince, d'Hélène Smith étudiée par le Professeur Flournoy et divers autres aussi caractéristiques.

Ces personnes, dont la psychologie maladive a été longuement observée, avaient plusieurs états de conscience qui prenaient successivement la place de l'être réel, du conscient. Ces cas sont extrêmement curieux et ils peuvent être reproduits expérimentalement par un suggesteur habile. Il est possible d'imposer, en suggestion, une personnalité toute différente de celle du sujet, qui vivra de son existence propre, sans laisser à la vraie conscience du sujet la possibilité de se manifester. Chez les fous, le phénomène est plus complet encore. L'inconscient est seul à vivre; le conscient est complètement obnubilée

II ne faut pas davantage considérer l'inconscient comme un danger constant et que l'on doit tenir sous clef. Bien éduqué, il peut, au contraire, devenir un être précieux, mais il doit toujours demeurer sous l'autorité, sous le contrôle du conscient. C'est celui-ci qui, à l'origine, doit juger si l'habitude à acquérir est bonne et profitable, si la faculté à développer rendra de véritables services. C'est seulement après cette étude que l'inconscient a le droit de prendre cette habitude, de développer cette faculté, de même que le sous-directeur d'une usine ne doit se permettre de prendre aucune décision importante sans le consentement ou l'ordre de son directeur. Il devra ensuite faire exécuter le programme de travail par les sous-ordres.

 

Le but de l’éducation psychique est de renforcer la conscience, d'augmenter sa maîtrise sur l'inconscient, qui, bien gouverné, devient un fidèle serviteur.

Prenons un exemple qui montrera le mécanisme de cette collaboration:

Voici une jeune fille qui veut être dactylographe. Elle doit connaître la place des touches et acquérir une dextérité suffisante pour la frappe. Ce double travail s'effectue en deux périodes bien distinctes:

1er stade. — Au début, la dactylographie exige de la jeune fille un effort conscient. Tous les mouvements qu'elle fait doivent être contrôlés avec attention. Il faut qu'elle observe avec soin la place des touches, et chaque pose de doigt est à la fois un geste du corps et un travail de l'esprit; encore les erreurs sont-elles nombreuses, au début.

2e stade. — L'habitude est enfin acquise; les doigts se sont déliés; la dactylographe n'a plus besoin de songer à ses mains qui agissent guidées par l'habitude. La frappe est automatique. Le conscient ne fait plus effort que pour suivre le texte à transcrire, dans le travail matériel. C'est l'inconscient qui agit. A ce stade, le conscient est parfaitement libre de se livrer à une toute autre besogne comme celle de rédiger la réponse, le texte, le roman que les doigts, mus par l'inconscient, écrivent sans en avoir connaissance.

On voit très bien ici le rôle de l'inconscient: c'est un serviteur fidèle, mais pour être utilisé comme tel, le conscient s'est vu obligé, tout d'abord, d'étudier, de juger, de contrôler ]a notion qu'il fallait enseigner à son aide, après avoir vu que cette notion était utile et bonne à acquérir. On peut dire, sans crainte d'erreur, que rien d'utile, vraiment, ne peut être accompli de façon constante, suivie que sur l'ordre du conscient.

Je reprends en mon nom personnel l'exemple de la collaboration du conscient et de l'inconscient dans l'écriture à la machine. J'ai commencé, il y a quelque vingt ans, à me servir de cet objet. Après quelques jours d'application, j'ai connu mon clavier. Il m'en a fallu davantage pour obtenir la dextérité, la rapidité nécessaires, sans lesquelles la dactylographie n'est pas utile. J'ai donc fait, au début, un effort conscient. Mais dès que la place des touches a été fixée dans ma mémoire, mes doigts ont continué leur besogne, guidés seulement par l'inconscient. Depuis 20 ans, j'ai gardé la même vitesse au clavier, mais, fait à noter, je frappe maintenant sans prêter aucune attention à ce que font mes mains. Si je ferme les yeux devant mon clavier et que l'on me demande où se trouve une lettre: n, par exemple, je suis incapable de dire où elle est. Mais que je veuille écrire ou qu'on me dicte un texte, immédiatement, sans aucune hésitation, je puis le transcrire sans faute, sans confusion. Ce simple fait suffît à démontrer l'existence de deux mémoires différentes: le conscient a oublié, l'inconscient se souvient.

Cette dualité de la mémoire est extrêmement importante à noter dès maintenant, car elle nous fait constater les divers stades de l'éducation que nous devons donner à notre volonté. Au début, toute notion que nous acquérons, est acquise par un effort conscient. Plus nous apportons d'attention à cette étude, plus rapidement et mieux le résultat est obtenu. A l'acte volontaire, succède ensuite l'habitude. Le conscient cède la place à l'inconscient. L'effort initial crée le pli psychique qui ne s'effacera plus guère. Cela fait, le conscient n'a plus aucun effort à faire, il s'en remet à l'inconscient et à ses sous-ordres. Plus les notions à acquérir seront complexes et délicates, plus le premier stade nécessitera de travail et d'application, mais, par la suite, il n'y aura aucune peine consciente; l’inconscient sera discipliné.

 

Ce phénomène de la double mémoire — consciente et inconsciente — ne se produit pas seulement dans la dactylographie. On le trouve dans tout fait de conscience. Il n'en est pas de plus fréquent. On peut même le considérer comme une règle générale. Il est si constant qu'il passe inaperçu devant nos yeux.

Je me rends pour la première fois chez une personne. Je regarde la rue, je cherche le numéro, je considère la maison, je m'informe auprès du concierge, je gravis l'escalier ou prends l'ascenseur, je m'arrête à l'étage indiqué. Sur le palier, je fais un effort de mémoire pour me rappeler à quelle porte je dois sonner. Pour arriver à mon but, j'ai dû mettre sans cesse en action ma conscience: j'ai regardé, observé, réfléchi.

Me vient-il à l'idée de voir à nouveau cette personne ? Je me rends chez elle avec beaucoup moins d'efforts, car un grand nombre de notions me sont restées en mémoire. Je n'ai plus recours au concierge; je reconnais l'étage et, si j'hésite un instant sur le palier, cette hésitation n'est pas longue.

Que cette visite se renouvelle et devienne une habitude fréquente, je ne songe même plus à regarder; mon inconscient me dirige, tandis que je pense, soit au plaisir de voir des amis, soit à l'entretien d'affaires auquel je vais me livrer.

L'inconscient décharge le conscient de tout travail qui peut être fait automatiquement. C'est là son principal rôle. Celui du conscient est d'observer, de comparer, de juger.

Prenons encore un exemple. Pour apprendre à jouer du piano ou de tout autre instrument, le premier stade est celui de l'effort conscient, le deuxième stade est automatique. Dans le premier, l'esprit a fort à faire pour guider les doigts sur les touches, mais quand l'habitude est acquise, l'esprit laisse agir l'inconscient et se préoccupe d'autre chose, de l'interprétation de la phrase musicale, du sentiment à exprimer.

Chacun exerce ainsi la fonction qui lui est propre: après étude, l'inconscient décharge le conscient de tout le travail qui peut être automatiquement accompli. Libéré de ce soin, le conscient peut faire une besogne d'ordre supérieur, où il est beaucoup plus utile.

Vous trouverez des exemples du même genre partout autour de vous. Tous les ouvriers habiles en leur art sont passés par les mêmes stades. Au début, ils ont appris à force d'attention à se servir de leur outil, mais, par la suite, ce travail manuel est devenu automatique; ils ont pu alors chercher les délicatesses de leur art et accomplir des besognes qui demandent un soin et un goût tout intellectuels. En tout ceci, nous le voyons, le rôle de l’inconscient est celui d'un suppléant, d'un secrétaire, à qui l'initiative ne doit jamais appartenir.

 

De ces constatations, une loi ressort pour nous. Nous devons nous efforcer de décharger le plus possible le conscient des travaux que l'inconscient peut faire automatiquement. Mais l'inconscient reste au second plan. Ce serait commettre une grosse erreur de croire que l'inconscient peut agir de lui-même sans contrôle préalable. C'est toujours le conscient qui doit avant toute chose, juger la valeur des notions, les passer au crible de la raison.

Quand l'éducation psychique a été imparfaite, quand l'inconscient domine sur le conscient, nous disons que la personne est « inconsciente ». Cela peut se dire de l'enfant qui n'a pas encore atteint l'âge où il peut juger et maîtriser ses impulsivités; du vieillard tombé en enfance et qui n'a plus ses facultés; du fou, de l'halluciné qui, pour un motif ou un autre, ont perdu tout contrôle volontaire. Tous ces êtres, trop jeunes ou affaiblis, manquent de synthèse mentale; leur conscient n'est pas à son poste.

Expérimentalement, nous pouvons arriver au même fait. Plongeons en hypnose un sujet sensible. Que se passe-t-il dans son champ mental ? Le conscient est endormi, obnubilé; c'est l'inconscient qui accepte la suggestion imposée et qui l'exécute dans la limite permise.

On conçoit par-là quelle utilité il y a pour nous à devenir de plus en plus conscients. Ce serait une erreur aussi grossière que préjudiciable d'abdiquer notre conscience, car nous restreindrions du même coup le champ de nos perceptions et nous finirions par perdre le sens précieux de la responsabilité. Nous devons tendre à former une synthèse harmonique de notre conscient et de notre inconscient, si nous voulons que le sous-directeur, sans empiéter sur ses droits, soit toujours à son poste et s'y conduise en bon et fidèle collaborateur. C'est seulement alors, quand nous aurons obtenu cette synthèse, ce parfait contrôle, cette maîtrise de notre inconscient, que nous viendrons à bout de nos impulsions mauvaises, de nos hérédités morbides, des habitudes néfastes si fortement ancrées qu'elles soient, des plis psychiques, des suggestions ataviques, des faiblesses, des tares même qui entravent notre progression.

Ne plus contrôler l'inconscient, lui laisser la prédominance dans tous les actes de la vie, es serait infailliblement faire reparaître tous les bas instincts qui nous viennent de notre plus mauvaise ancestralité; ce serait rétrograder.

 

Si nous insistons si longuement sur ce point, c'est pour montrer combien est grande l'erreur que commettent ceux qui tablent uniquement sur l'inconscient pour donner à l'être humain une maîtrise plus complète. C'est de l'inconscient qu'ils attendent les résolutions heureuses, les forces vives qui doivent nous apporter la force, la santé, le succès, le bonheur ! Quelle erreur ! C'est la même qui pousserait un préfet de police à confier aux voleurs la garde du trésor public ou des biens particuliers. Agir ainsi, c'est prendre le contre-pied du problème. Ce n'est pas un moyen pratique pour en avoir la solution.

Nous voici donc en présence de deux thèses entièrement opposées:

M. E. Coué, qui appelle sa méthode « auto suggestion consciente » — et, en cela, il commet un abus de langage — table uniquement sur l'inconscient mis en éveil par l'imagination pour accomplir en nous des miracles. La méthode du psychologue nancéen se réduit à ce fait : faisons un rêve, le plus doucement possible, sans effort; imaginons que nous sommes en parfaite santé, que rien, à l'avenir, ne pourra troubler notre quiétude, entamer notre équilibre physique, nuire à notre joie, à nos succès matériels ou intellectuels. Si nous l'imaginons suivant la formule, santé, joie, bonheur, succès viendront comme par enchantement. Surtout, ayons bien soin de ne pas accomplir un acte volontaire, ne faisons pas le moindre effort, nous perdrions tout le fruit du traitement commencé. Ce qu'il faut, c'est répéter le plus machinalement possible une formule apprise une fois pour toutes, une formule de quelques mots dont il ne faut pas chercher le sens, d'ailleurs fort évident. Mais surtout, surtout, éviter tout acte volontaire.

Fort d'une expérience déjà longue et journellement poursuivie, nous n'hésitons pas à dire qu'une telle conception est erronée. Si on se conforme à la lettre de ses prescriptions, on va nettement à l'encontre de ce qui, à notre avis, est nécessaire pour la mise en valeur de l'être humain. Nous voyons même là un grand danger que nous ne sommes pas le premier à signaler, car il saute, de prime abord, au regard des moins prévenus: ce procédé est contraire à toutes les lois de l'éducation, puisque au lieu de soumettre les impulsivités au contrôle de la conscience, il cherche à créer des impulsifs, à désintégrer la synthèse mentale au lieu de la renforcer. C'est là qu'est, à notre sens, le danger de cette méthode.

 

Depuis les âges les plus reculés, le lent travail de la civilisation a été de dégager le conscient de l'inconscient, d'augmenter son domaine parmi les facultés humaines, d'agrandir son pouvoir de contrôle sur les actions même qui semblent lui appartenir le moins. Voici maintenant qu'il nous faudrait abandonner le terrain conquis, retourner en arrière, revenir à ces temps barbares où l'homme cédait sans contrôle à toutes ses impulsivités, et cela sans l'excuse d'un sentiment violent.

Ce ne sont pas des impulsifs qu'il faut créer. Bien au contraire, c'est des volontaires qu'il faut sans cesse accroître le nombre. Il n'est pas possible, en bonne règle, de retirer le gouvernement de notre usine à l'être intelligent et adapté au commandement qu'est le directeur pour le confier au sous-directeur qui ne possède ni les mêmes facultés, ni la même préparation. Il est impossible d'attendre de celui-ci des ordres judicieux et, surtout, continus. Certes, dans un moment d'enthousiasme ou dans un danger tragique, l'inconscient peut prendre des déterminations utiles, accomplir des actions sublimes, dépasser même ce que ferait la conscience. Mais, en dehors de ces moments extrêmes, en supprimant le choc émotionnel qui exalte ses forces, magnifie sa lucidité, l'inconscient est sujet à trop de troubles pour que nous lui fassions confiance. C’est lui qui déprime le conscient par ses tracs spontanés, ses peurs injustifiées, ses défaillances imprévisibles, ses anxiétés sans cause, tout ce qui occasionne des déperditions d'énergie. C'est aussi l'inconscient qui subit et transmet la poussée des instincts bas et animaux, les tentations mauvaises. Il ne peut, il ne doit donc agir que sous le contrôle d'un être plus froid, plus clairvoyant, mieux adapté à la lutte et à l'action prolongée. Le directeur est fait pour avoir la haute main sur tout cela, et bien des forces seraient perdues si les rôles étaient intervertis. Toute autre conception, est erronée; les résultats qu'elle peut donner sont précaires et transitoires. Les déboires sont nombreux pour ceux qui ont tout attendu de la formule répétée machinalement.

Ces déceptions, n'ont, pour le psychologue, rien qui le puisse surprendre. Il suffit de réfléchir. Le choc émotionnel peut et doit avoir des répercussions profondes dans l'organisme, mais on ne peut attendre de pareils effets d'une phrase répétée à satiété et qui, par ce fait même, perd de sa puissance suggestive. Le moment ne tarde à venir où on la dit aussi froidement et distraitement qu'un phonographe pourrait le faire.

 

M. E. Coué pose le problème en ces termes: Volonté ou Imagination ? De laquelle de ces facultés devons-nous attendre le soulagement de nos maux, la transformation de notre être, — ce qui est la même question transposée sur un autre plan. M. Coué affirme que, si le conflit se produit entre la volonté et l'imagination, c'est toujours cette dernière qui l'emporte. Ceci n'est pas exact et dépend du naturel des personnes à traiter. D'ailleurs le problème est mal posé.

Nous avons vu que le conscient et l'inconscient ont les mêmes facultés à leur disposition. Tous deux les régissent soit ensemble, soit séparément, mais en des formes bien différentes. Les facultés supérieures — les seules qui nous intéressent en ce moment — sont: l'attention, le jugement, l'association d'idées, la mémoire, l'imagination, la volonté. Pour toutes ces facultés, nous avons vu qu'elles s'exerçaient sous des formes très variables suivant qu'elles étaient contrôlées par la conscience ou qu'elles échappaient à ce contrôle. Les deux termes à opposer ne sont donc pas volonté et imagination, mais conscient et inconscient, c'est-à-dire deux êtres bien distincts, ayant chacun son caractère propre, son mode d'agir, son habitude de se conduire très personnelle et impossible à confondre avec le procédé de l'autre. Chacun d'eux possède une forme de volonté — il y en a tant de formes et tant de gradations ! — il possède une forme de l'imagination plus ou moins active, plus ou moins passive, suivant qu'elle vit sous l'impulsion du conscient qui va chercher les images ou de l'inconscient qui les subit d'où qu'elles se présentent, et sans les contrôler aucunement. Nous pourrions nous étendre longuement sur ces manifestations des diverses facultés suivant le domaine où elles s'exercent, mais force nous est de nous restreindre, d'éviter les longs développements.

Quoique en peu de mots, serrons cependant de près le problème. Nous avons vu que la théorie, au premier abord, se présente comme une pétition de principes. Passons à l'examen des faits qui seuls doivent nous décider à opter pour telle méthode plutôt que pour telle autre.

 

Si nous en croyons M. Coué, il suffit, pour se guérir soi-même, de se répéter chaque jour, un certain nombre de fois, la même formule: « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux... », ou plus simplement: « Ça va, ça va... » La phrase ne doit pas attirer notre attention et son sens doit nous être, en quelque sorte, indifférent. Il faut rendre la récitation aussi machinale que possible. Il faut, insiste M. Coué « répéter cette phrase comme on récite des litanies. » II devrait ajouter quand on les récite sans aucune piété, ni effusion de cœur, ce qui donne des prières plutôt faibles !

Mais M. Coué a foi dans sa formule et, cette foi, il tâche de nous la faire partager. Tout d'abord, il cherche à frapper notre imagination. En réunion publique, cela est facile. La foule, même formée d'unités très supérieures, la foule est toujours suggestible. Il se dégage d'elle une sorte de magnétisme passif qui rend les masses, quelles qu'elles soient, éminemment faibles et crédules. En outre, pour les auditeurs nouveaux, cette étrange méthode présente l'attrait du mystère. Et, pour étonner la galerie, prendre encore plus d'empire sur les êtres à suggérer, M. Coué a recours à un subterfuge: « Fermez la main, dit-il d'un ton jovial, et dites-vous que vous ne pouvez pas l'ouvrir. »

La personne impressionnable qui se prête à l'expérience est bien naturellement émue. Tous les yeux des spectateurs convergeant sur elle lui causent un trouble d'autant plus grand qu'elle est plus sensitive. La suggestion qui se présente à elle la trouve donc absolument désarmée. A ce moment on lui affirmerait avec énergie que malgré tous ses efforts, elle ne peut pas ouvrir la main, qu'elle se verrait peut-être dans l'impossibilité réelle de le faire. Ceci, c'est l'expérience banale que réalisent facilement tous les hypnotiseurs de scène. Mais l'expérience proposée par M. Coué est plus facile encore. Le suggéré créant lui-même l'image et la pensée de son impuissance, il n'y a pas de lutte dans son esprit. Il a fermé sa main avec l'idée qu'il ne pourra pas la rouvrir; il ne tente même pas de desserrer les doigts. D'ailleurs, le tenterait-il que, la plupart du temps, il n'y réussirait pas. Pour d'autres raisons, ce grand émotif se trouve dans la même situation que l'artiste en scène, qui est soudain complètement inhibé par le trac et qui perd le fil de ses idées, se trouble, balbutie, bien heureux encore si d'autres troubles plus gênants ne lui surviennent pas sous l’influence de l'inconscient. Dans le cas qui nous occupe, l'inhibition est motrice et elle porte sur le mouvement des muscles extenseurs des doigts.

Tout ceci est exact pour les sujets sensibles et perméables à la suggestion. Mais il est des êtres qui ne veulent rien accepter sans contrôle, ceux que l'on appelle familièrement les fortes têtes et à qui l'on ne saurait faire prendre des vessies pour des lanternes. On leur dit, comme aux autres: « Fermez la main et dites-vous que vous ne pouvez pas l'ouvrir. » La « forte-tête » a beau se répéter honnêtement la phrase sacramentelle, il a beau se dire qu'on lui a commandé de ne pas ouvrir la main, dès qu'on lui dit: « Essayez ! », il essaye et réussit sans aucune difficulté à étendre les doigts qui devaient demeurer noués. La suggestion n'a pas été acceptée par ce sceptique; ses mains n'ont pas été bridées, immobilisées; il les ouvre sitôt qu'il le veut. « Justement, affirme M. Coué, ceci vient à l'appui de ma thèse. Voici le conflit devenu flagrant entre l'Imagination et la Volonté. Vous avez imaginé que vous pouviez ouvrir votre main et vous avez pu. » Le triomphe est facile, mais il n'est qu'apparent. Le suggéré peut dire, en toute honnêteté, qu'il n'a rien imaginé du tout, qu'il a voulu voir. Et, en effet, il a vu que la suggestion ne prenait pas sur lui. Aussi, cette démonstration, malgré l'effet qu'elle peut produire, soit en réunion publique, soit dans un cercle où tous les assistants sont des fidèles de sa méthode, cette démonstration est absolument puérile et elle ne prouve rien.

 

M. Coué rencontre-t-il une personne suffisamment crédule ou émotive ? Il lui donne aisément un choc émotionnel. Ce choc a sa répercussion dans le champ mental. Il décontenance le néophyte, l'empêche de réfléchir. L'opérateur a tôt fait de profiter du désarroi obtenu pour montrer sa suggestion comme irrésistible, par le procédé enfantin qu'il a choisi. Puisque votre imagination, dit-il, aussitôt à la personne troublée, a été capable de paralyser momentanément le travail musculaire de votre main, cette même faculté aura le même pouvoir à l'intérieur de votre organisme. Pouvoir double, celui de contracter ou de détendre, d'augmenter ou de paralyser vos fonctions vitales. Vous allez instantanément être soulagé de tous vos maux... Et voici notre patient, tremblant et crédule, qui attend le miracle et déjà le croît possible. A cette minute où tout contrôle est aboli dans son esprit, il reçoit la formule comme un charme enveloppé de mystère. Il est troublé encore, mais plein de confiance et il se répétera ce soir, du ton le plus monotone, avec la plus complète atonie d'esprit qu'il lui sera possible de réaliser: « Ça va, ça va ! » et il s'endormira paisiblement. Durant les premières heures, durant les premiers jours si sa foi est robuste, son imagination se donnera carrière et peuplera ses pensées et ses songes de rêveries délicieuses où tous ses maux seront abolis.

Mais l'imagination, sous cette forme passive, n'est-elle pas « la folle du logis ? » Elle est essentiellement instable, d'autant plus sujette à variations que le sujet est plus nerveux et impressionnable. Dans des phénomènes aussi violents, l'oscillation est de règle. Aujourd'hui, elle est frappée par le guérisseur dont chaque mot devient parole d'évangile; elle construit donc des rêves magnifiques et se croit guérie presque magiquement. Mais demain ? Demain, en toute certitude, une autre orientation de pensée se sera produite, la réaction s'opérera sous une forme ou sous une autre et l'effet de la formule magique ne se produira plus que très mollement. Au reste, le choc émotionnel s'use par l'accoutumance. Le sujet, d'abord soumis, reprend peu à peu possession de ses facultés psychiques. Le voici qui observe, qui raisonne, qui doute. Maintenant, il ne se laissera plus surprendre. S'il lui vient à l'idée de se soumettre de nouveau à l'expérience qui l'avait tant frappé la veille, il se rendra compte sans difficulté que ce qu'il ne pouvait faire hier, il le peut parfaitement aujourd'hui. Il peut à volonté, ouvrir sa main ou la garder fermée. La formule est donc sans effet ! C'est que le choc émotionnel une fois effacé par l'accoutumance, ce n'est plus l'imagination qui mène le jeu mais l'attention, la volonté, le jugement. Dès lors s'écroule le château de cartes et l'auto suggestion, sur laquelle tout avait été fondé, n'a plus de prise sur le sujet.

 

Le psychologue voit tout de suite l'écueil de cette méthode. Compter sur les réactions émotionnelles inconscientes — qui doivent être d'une telle puissance qu'elles éclipsent les facultés supérieures de l'esprit — c'est, par cela même, réduire à quelques malades, gravement névrosés, la portée d'une telle forme de suggestion. Ceci explique les nombreux insuccès de la méthode auto suggestive qui tente, rêve chimérique, d'utiliser en thérapeutique organique ou morale, les capricieuses fantaisies de l'imagination. Que cette technique donne de bons résultats quand il s'agit d'êtres très impressionnables, de névropathes, nul ne le conteste; mais que ces résultats soient profonds, durables, non. L'expérience journalière le prouve.

Les résultats durables — encore sont-ils limités à des cas sans lésion organique profonde, sans trouble mental, sans désarroi moral bien déterminé, — ces résultats sont dus à ce que précisément, les malades, les déprimés dans leur désir de guérir, de rétablir leur équilibre, font précisément le contraire de ce que M. Coué leur commande. Ils se répètent bien la formule, mais non pas machinalement, sans y prêter nulle attention ; ils y mettent une foi ardente, robuste; ils se sentent émus, secoués. C'est cette volonté active, fortement tendue, cette émotion entretenue par le vif désir de la guérison qui est le véritable agent thérapeutique.

Le « bluff », pour M. Coué — et il le reconnaît volontiers— est l'élément fondamental qui fait travailler l'imagination. Du fait de ce curieux subterfuge, il peut arriver à certains effets légers. Mais, nous ne saurions trop le répéter: dans la très grande majorité des cas les résultats sont illusoires. Que peut-on d'ailleurs attendre de durable d'une telle méthode éducative ? La personne traitée demeure comme auparavant avec ses mêmes faiblesses, ses mêmes tendances morbides, son même manque d'attention, d'association d'idées, de jugement, de volonté. Elle garde surtout sa même impressionnabilité, qu'elle aggrave encore par la forme du traitement. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce que les mêmes causes reproduisent sans cesse les mêmes effets et que des circonstances violentes amènent les mêmes troubles, les mêmes craintes, le même manque de confiance en soi, le même cortège de misères, de faiblesses, de dépressions, de déboires.

Un psychologue ne saurait s'y tromper. M. Coué table sur l'imagination passive, qui est une source de faiblesse, pour donner de nouvelles forces, pour obtenir une amélioration. Les termes de la question en démontrent l'illogisme et l'insolubilité par les moyens mis en œuvre. Il suffit pour s'en rendre compte de généraliser à toutes les facultés ce que M. Coué demande à l'imagination:

Voici un élève en classe. Son professeur le voit distrait, occupé de toute autre chose que de son cours et lui en fait le reproche, mais l'élève lui répond : « II n'est nullement utile que j'écoute vos paroles, je n'ai qu'à me dire ça va... ça va, d'ici quelques minutes, je saurai parfaitement tout ce que je n'ai pas entendu... »

Pour le jugement, il n'est nul besoin de se creuser la tête pour découvrir les moyens d'obvier à une situation difficile. On se répète: « ça va, ça va... » et, tout à coup, la solution désirée se présente dans un éclair, comme un diablotin de féerie.

La mémoire agira de même. On se promènera bientôt avec son livre dans sa poche et, après avoir répété « ça entre, ça entre... » un nombre rituel de fois, on aura appris le sanscrit ou les fables de Lafontaine.

Les associations d'idées, qui ont une telle importance, à la fois dans l'instruction et dans la direction de la vie, ne seront pas davantage guidées ou imposées. On dira « ça va, ça va... » et, soudainement, la pensée que vous cherchiez, le mot dont vous aviez besoin arriveront à votre esprit. Il suffit de dire ces mots, de décrire ces impossibilités pour voir à quel point elles sont absurdes. Chaque jour, la pratique dément la théorie et, chaque jour, les faits démontrent que l'on ne gagne rien sans peine, que l'effort seul est récompensé, que l'homme n'a que ce qu'il mérite — heureux encore s'il a ce qu'il a mérité.

Quelle est donc la méthode que nous préconisons, celle qui, depuis 15 années, nous a donné sans cesse des résultats satisfaisants et durables ? Elle consiste, avant toute chose, à développer les facultés supérieures de l'esprit. Elles seules accroissent notre bagage psychique, intellectuel et moral. Elles seules peuvent combattre efficacement — de façon durable et non pas seulement l'espace d'un matin — nos tendances inférieures, nos défauts, nos faiblesses.

Les outils qui nous permettront de buriner en traits nouveaux sur le solide métal de notre âme fortifiée, ce sont les facultés supérieures: l'attention, le jugement, l'association d'idées, la mémoire, l’imagination. Toutes doivent concourir à nous doter d'une volonté ferme, puissante, toujours égale à elle-même. Mais, pour en arriver là, nous devons utiliser ces facultés dans leur mode le plus actif. Durant l'effort mental, la période de mise au point, il ne faut point d'automatisme. Ne fermons pas les yeux pour voir; ouvrons-les tout grands sur la réalité du monde, afin que pas un détail ne nous échappe, afin qu'aucun obstacle ne nous surprenne.

Pour arriver aisément au but, il faut jouer son rôle. Pour ce faire, je fais appel, certes, aux ressources de l'imagination. Il faut évoquer devant ses yeux le personnage que l'on veut imiter, que l'on veut devenir, le camper, lui donner de la vie, le parer de toutes les qualités qu'on envie. Ici, l'imagination se montre puissante, constructive, active surtout et c'est la seule qui porte des fruits au plus profond de la personne humaine, qui l'émeuve puissamment et détermine dans l'esprit le « pli psychique » qui rend stable — automatique, mais après un puissant contrôle — le résultat précédemment acquis.

 

II y a donc un abîme entre les deux méthodes; l'une tablant exclusivement sur l'inconscient, utilisant la force la plus fruste de l'imagination, et la nôtre qui met en jeu le conscient et, par lui, les forces supérieures de l'esprit. La première séduit évidemment ceux qui ont peur de la lutte, qui trouvent bon d'être passifs et qui préfèrent à des résolutions utiles l'espoir chimérique de se guérir en répétant à satiété une formule. Ils obtiennent quelquefois des résultats momentanés mais qui, par l'accoutumance rapide, ne tardent pas à s'oblitérer plus vite encore qu'ils se sont produits. La nôtre a non seulement pour avantage de libérer dans l'organisme des forces vives, sans cesse entretenues par une orientation de pensée, une émotion heureuse, mais elle renforce l'attention, le jugement, l'association des idées, la mémoire, l'imagination dans leur forme la plus élevée et c'est toute la conscience qui gagne et s'épanouit. Nous ne voulons restreindre aucune des facultés supérieures de l'esprit; au contraire nous faisons de chacune d'elles un instrument de plus en plus précis. Ce n'est donc pas un petit résultat ni un résultat passager que nous promettons à nos élèves, mais une transformation profonde, un complet épanouissement.

Que faire, en présence de méthodes si différentes ? Accorder foi à notre parole, suivre la multitude de ceux qui ont été transformés, qui nous manifestent chaque jour un enthousiasme plus vif. Ensuite, faire comme eux, suivre leurs traces, vouloir les imiter dans leur progression continue. Les premiers efforts nécessitent quelquefois un peu d'énergie, mais, eu retour, que de satisfactions ! Quelle joie de trouver au fond de soi-même des forces vives ! Quelle joie de sentir tous les ressorts du corps et de l'âme agir avec souplesse et précision comme une machine parfaite ! Quelle joie de diriger ses actions en pleine conscience, de voir la santé refleurir comme une plante que l’on porte aux doux rayons du soleil !

Ce qu'il faut, c'est acquérir la certitude que personne n'est au-dessous de sa tâche. Certes, il faut s'astreindre à jouer son rôle, à le vivre activement, à s'en pénétrer. Mais comme la tâche est facilitée, dès que la nécessité nous apparaît en pleine lumière, dès que nous savons qu'avec un peu de bonne volonté et de persévérance nos facultés vont se perfectionner sans cesse. L'effort n'est-il pas d'ailleurs la loi de la vie ? Nous n'avons donc pas à le redouter. C'est l'inaction qui est nuisible. Quand notre cœur s'arrête, la mort ne tarde point. De même, l'inertie de nos facultés les abaisse et les déprime.

 

 Si l'homme est qualifié pour l'action, il faut reconnaître que la femme l'est moins. L'homme, en général, est plus volontaire, la femme est plus impressionnable. Chez l'un, la volonté domine, chez l'autre une sensibilité qui est à la fois sa limite et sa force. C'est pourquoi ces deux êtres si différents sont complémentaires l'un de l'autre. On ne saurait considérer la femme comme inférieure, si peu que ce soit, au point de vue psychique et mental; mais il est certain qu'elle aura plus de difficulté à vouloir, surtout d'une volonté calme, ferme et constante. C'est pourquoi elle est d'ordinaire plus portée que l'homme à chercher une protection, un appui sur quoi baser sa volonté parfois chancelante. C'est le rôle de la religion, dont tous les rites sont combinés pour être le rappel des vérités considérées comme utiles à la direction de la vie, dont toutes les cérémonies sont réglées pour émouvoir, pour transposer du matériel au plus élevé ce pouvoir émotionnel qui est sa caractéristique. La femme — et bon nombre d'hommes — demande à la religion un appui, et, par elle, fait appel à des forces bienfaisantes dont la présence ressentie fomente son espoir, soutient ses bonnes résolutions dans la lutte et la fait se résigner aux douleurs que l'on ne saurait éviter.

Voyez un fait plus modeste: la croyance en quelque amulette porte-bonheur. Il semble, du point de vue rationnel, qu'il n'y a aucun avantage à porter telle ou telle chose, mais, si on y puise des forces, la sensation d'être assisté par des éléments invisibles donne lieu à une auto suggestion qui peut être d'un grand bien. On ne peut le nier, cette amulette, cette cérémonie religieuse sont, pour la femme et pour certains hommes impressionnables, un appui moral. La femme surtout y trouve un réconfort dont sa sensibilité est émue. Son espoir renaît après la crise. Elle se trouve armée d'une volonté plus calme, d'une force qui ne lui serait pas directement venue. Nous utilisons cette réceptivité émotionnelle — surtout dominante chez la femme — pour une forme nouvelle d'auto suggestion.

Nous l'avons déjà dit par ailleurs, l'être humain est en contact avec l'extérieur par deux sources différentes: le cerveau et le cœur. Ces sources ne sont point antinomiques; elles s'équilibrent l'une l'autre comme feraient les deux plateaux d'une balance. Si l’équilibre est parfait, si les deux plateaux se sentent véritablement solidaires, pour peu que l'on touche à l'un d'eux, l'autre ne manque pas d'osciller. Nous utilisons ces deux voies d'accès pour agir sur l'être humain. De là nos méthodes qui tendent, suivant les cas, à donner soit la secousse morale, soit le choc émotionnel. Ces actions dans les deux champs — mental et émotionnel — ont mille nuances; mais ceci est un problème trop important et trop délicat pour être envisagé ici. Nous en avons fourni des éléments dans notre Science secrète, et nous nous proposons d'y revenir plus en détail dans des travaux ultérieurs.

Disons seulement — et c'est le but de cette diversion — que l'action émotionnelle peut être faite par le thérapeute soit sur les malades qui sont directement auprès de lui, soit chez ceux qui se trouvent retenus au loin. A vrai dire, dans les deux cas, les procédés mis en œuvre sont fort différents. Journellement, nous voyons des malades, des déprimés, des désespérés revenir à la vie, renaître à nos yeux sous l'influence d'une pensée, d'un choc émotionnel. Nous les galvanisons, nous les transformons, nous libérons en eux des forces vives qu'ils ne soupçonnaient même pas. C'est le miracle, nous crient-ils ! Oui, le miracle ! Il est souvent possible.

De loin, notre action est toute différente. La suggestion émotionnelle que nous intentons est plus douce. Elle s'inspire des actions protectrices et s'entoure d'un certain mystère. Alors, la pensée du guérisseur trouve dans la partie émotionnelle de celui qu'il traite, un champ propice à son action. Le malade, le dolent, à heure fixe, se recueille. Il s'isole dans une pièce silencieuse. Il élève son esprit, il ouvre son cœur aux effluves qui lui sont envoyés. Il reçoit bientôt la pensée amie qui vient vers lui, la messagère de bonheur qui l'entoure, le protège. Une auto suggestion puissante naît, s'incruste dans l'inconscient, gagne le conscient qui l'accepte. Elle tire sa force du mystère, du rite, du silence; elle est retenue et chaque jour renforcée par un nouvel apport de pensées, et la guérison s'accomplit ! Le malade sent les effluves bienfaisants apaiser ses douleurs. Des émotions douées et salutaires provoquées par les pensées ainsi transmises, déterminent en lui une quiétude nouvelle, augmentent un bien-être sur lequel il ne comptait plus. Des symptômes meilleurs apparaissent. De jour en jour, devant les résultats acquis, la foi se renforce, et la foi n'est-elle pas capable de soulever les montagnes ?

Les pensées protectrices agissent d'autant mieux sur le malade que celui-ci seconde volontairement leur action. Tout l’effort du psychologue doit tendre à faire agir, penser, vibrer. Il n'a rien à espérer de la passivité déprimante. Il doit s'en écarter au contraire pour laisser tout pouvoir à l'action. On doit penser dès le début du traitement que, la période douloureuse passée, l'être se retrouvera prêt à agir, à éduquer les autres, à porter plus de calme dans ses propres pensées, à prendre des décisions nouvelles pour aider ceux qui ont besoin de lui après avoir reconquis son propre équilibre moral. C'est après cette première guérison que l'être, remis en possession de lui-même, est enfin capable de jouer réellement son rôle.

 

Nous avons déjà exposé ce principe que, pour façonner d'abord sa pensée, puis ses habitudes selon que l'on a souhaité devenir, le moyen le plus sûr et le plus pratique est de jouer un rôle.

Pour jouer ce rôle, il faut, à l'instar des grands comédiens, imaginer que l'on est déjà le personnage que l'on veut devenir. On doit en prendre, autant que faire se peut, autant que l'on peut se les figurer, les attitudes, les gestes, l'intonation de voix, le regard, la démarche, toutes les formes extérieures. On s'efforce d'agir, dans toutes les circonstances, comme on pense qu'agirait celui que l'on veut imiter, dans des circonstances analogues, et on conforme sa pensée à ce que l'on connaît des siennes.

Contrairement à d'autres méthodes, on n'attend pas la guérison ou le succès d'une parole ou d'une formule répétée machinalement, en soumettant l'intelligence et la volonté lucide à l'impulsivité créée. Au contraire, on est attentif, conscient de l'importance du rôle qu'on s'est imposé. On pourrait même s'exagérer sans danger cette importance, tant il convient de savoir ce que l'on est en train de faire et pourquoi on l'a entrepris. Dans ces conditions on ne tarde pas à constater les heureux résultats de la méthode que l'on a choisie. L'habitude volontaire crée le pli psychique sans lequel ces résultats ne conserveraient pas un caractère durable.

A quoi la volonté fait-elle appel pour réussir dans son œuvre de reconstruction de la personnalité ? A l'imagination, certes, mais non plus à une imagination folle, déréglée, sans contrôle. Il s'agit ici d'une tout autre forme de l'imagination, d'une forme supérieure: l'imagination, représentative, faculté qui nous permet de faire apparaître à notre esprit l'image qu'il a choisie, avec une netteté toujours plus grande, à l'exclusion de toute autre image. Ici l'imagination fait apparaître le personnage à imiter. Chez la personne entraînée, cette imagination devient même créatrice; elle ne se borne plus à imiter, à copier; elle donne la possibilité d'innover, de construire des types supérieurs à ceux que nous rencontrons dans la vie quotidienne. Ce type idéal, nous le construisons logiquement avec des données empruntées à tout ce que nous estimons grand et puissant autour de nous, de même qu'un habile artiste emprunte à plusieurs modèles divers traits nécessaires à construire sur la toile ou dans le marbre son idéal de beauté parfaite. Oit voit donc qu'il ne saurait être question ici de l'imagination créatrice automatique étudiée par Baillarger et Paul Janet, mais de l'imagination créatrice volontaire, consciente, qui exige du discernement. L'auto suggéré n'est plus un être passif qui marmonne des formules aussi indifféremment que ferait un moulin à prières. Il met volontairement ses facultés psychiques en action et obtient ainsi un résultat bien supérieur.

De cet état, M. P. C. Jagot a donné une image assez heureuse :

« L'inconscient, dit-il, figure à peu près la chambre noire de l'appareil photographique. En disposant convenablement devant l'objectif, qui sera ici l'imagination, une idée quelconque, celle-ci se cliché dans l'inconscient, qui en tire ensuite automatiquement, en  nous-même, une épreuve génératrice. ». (Paul C. Jagot. Méthode pratique d'auto suggestion, Paris, s. d. (1923)  p. 58. )

On conçoit très bien que cette sorte de prise de vues ne saurait se faire au hasard et qu'elle doit être dirigée par un opérateur ayant du discernement, de la méthode, du sens artistique, faute de quoi les clichés seraient sans valeur. Un choix est nécessaire, et ce choix demande du goût et du jugement, sinon ces clichés ne seraient qu'un poids mort sans utilité pour le sujet. Une collection n'a pas de valeur par le nombre des objets collectionnés, sans quoi le plus obscur bazar serait supérieur au Musée du Louvre; c'est la valeur artistique et intrinsèque de chacun des objets réunis qui fait l'importance de la collection. Le premier stade de cette forme d'auto suggestion est donc toujours la mise en œuvre du conscient. Ensuite, seulement, l'inconscient accomplit sa mission de conserver les clichés, de les classer méthodiquement, de manière à pouvoir les faire paraître en cas de besoin, au moment où le conscient en exprimera le désir.

 

D'autres erreurs sont à signaler dans les méthodes de rééducation de la personnalité humaine. Certains psychologues ont cru bien faire de dépasser le but, de nier totalement les bienfaits de l'imagination; ils ont voulu la supprimer entièrement. C'est une faute grave. Il faut une imagination, il faut des images sensibles qui puissent servir de base à l'acte conscient, à l'effort utile. L'imagination joue un rôle très important dans toute notre production intellectuelle. Une imagination faible, aride, quasi nulle est néfaste pour l'être humain qui se trouve ainsi dépossédé de l'une de ses facultés les plus créatrices. Il est donc nuisible de la nier ou de la traiter en ennemie.

Certains psychologues, imaginant que l'intervention de l'imagination est nécessairement funeste, ont supposé que leur suggestion prendrait mieux si leur malade était privé de toute réaction, mis en état de somnolence. Ainsi, le Docteur Coste de Lagrave pense que le meilleur état pour pratiquer l'autosuggestion est la somnolence qui précède ou accompagne le sommeil.

« Dans cette somnolence, dit-il, toutes les facultés sont au repos. L'abstraction de l'individu peut être complète. Par abstraction, on entend cette puissance de l'individu à se séparer du monde extérieur pour ne penser qu'à un seul objet. Certains savants, mathématiciens ou philosophes, sont arrivés à la puissance d'abstraction par un travail continu et par un entraînement obtenu dans la période de veille. Cette abstraction a lieu bien plus facilement dans la somnolence qui accompagne le sommeil. » ( Docteur Coste de Lagrave. — Petite méthode d'auto suggestion. Revue de l’hypnotisme, mai 1902 )

L'erreur que nous signalions vient ici de la fâcheuse confusion de deux états bien différents: l'isolement et la concentration mentale. Le premier est la détente, le repos de l'esprit, et la seconde est sa période d'effort. Il faut cependant distinguer: de deux choses l'une, ou notre activité s'éteint, ou nous concentrons toute notre pensée en vue d'un effet à produire, d'un acte à accomplir.

Si notre activité s'éteint, si nous somnolons, il n'est pas possible de nous donner un ordre qui soit dûment enregistré et qui puisse être exécuté fidèlement. Au contraire, si notre lustre psychique brille de tous ses feux, si notre attention donne son effort maximum, nous nous concentrons autant qu'il nous est possible et nous obtenons précisément — et seulement ainsi — cet état d'abstraction dont parle le Docteur Coste de Lagrave. Cet état d'abstraction est l'inverse de la somnolence, de la détente, de cet état psychique que nous appelons l'isolement, état qui s'oppose à la concentration mentale, puisqu'il est la privation aussi complète que possible de toute pensée, tandis que la concentration — que le Docteur Coste de Lagrave appelle abstraction — est l'attention poussée à l'extrême sur un seul point donné.

La même erreur — et plus grande encore — est commise par ceux qui s'imaginent pouvoir éduquer leurs facultés en se plaçant eux-mêmes dans un état d'hypnose. Cette erreur provient de ce que nombre d'auteurs, au cours de ces cinquante dernières années, ont affirmé qu'il était possible, en plongeant quelqu'un dans le sommeil, de lui faire croire que ses troubles disparaissaient, de lui donner ainsi la sensation qu'il était guéri, de le guérir en le portant à agir de la même manière que s'il était guéri en réalité. C'est là une erreur, ainsi que nous le verrons dans le présent Cours. Après étude, on peut dire que la suggestion imposée a fait faillite. La conscience — surtout la conscience en possession des facultés qu'elle doit régir, — n'accepte pas qu'on la rudoie, qu'on la brutalise. Il y a toujours, même au fond des sujets les plus passifs, un légitime désir d'indépendance, un besoin de liberté qui nous fait rejeter toute contrainte, toute main mise sur notre conscience. Donc, par cette voie, le psychologue n'obtiendra que des résultats illusoires, le plus souvent passagers. C'est pour ce motif que nous avons substitué à cette méthode illogique et immorale de la suggestion imposée, la méthode rationnelle et éducative de la suggestion raisonnée. L'affirmation des premiers suggesteurs (Liébeault, surtout) qui ne voyaient de salut que dans la suggestion imposée en état d'hypnose a fait naître cette méthode d'auto suggestion en sommeil provoqué par un procédé ou par l'autre. Cette méthode étant basée sur une erreur, ne peut donner que des résultats illusoires ! La raison en est toujours la même; Si nous somnolons, si nous dormons, si nous nous privons de la collaboration de nos facultés supérieures, notre conscience est éteinte; elle ne peut accepter les suggestions qui lui sont offertes; il lui est donc impossible de faire accepter à l'inconscient des données qu'elle n'a point admises en connaissance de cause, et qu'elle ne saurait ordonner. Seule, la conscience a qualité et puissance pour donner des ordres, quand ces ordres lui sont connus, quand elle a déterminé par elle-même s'ils sont utiles ou nuisibles.

Délaissant l'inconscient, certains psychologues ont pénétré dans la conscience pour en rechercher les imperfections et les tares. C'est de là que proviennent les méthodes répandues spécialement en Suisse, sous le nom de psychanalyse. Nous découvrons dans cette méthode un autre écueil, au moins aussi grave que ceux que nous venons de montrer à notre lecteur. En premier lieu, il est difficile, sinon impossible, au malade de pénétrer dans sa conscience, de voir clair dans ses troubles, d'avoir à la fois le déséquilibre du malade et la lucidité du médecin. Le pourrait-il qu'il y aurait, dans cette analyse de soi-même, un danger facile à comprendre. Certes, il faut que le malade comprenne son état, se rende compte de ses troubles, de ses défaillances. Mais, à les regarder constamment et attentivement, à les détailler, à y penser sans cesse, il ne peut manquer de les aggraver, car nous sommes naturellement portés à voir en noir et de façon tragique ce qui nous cause de la douleur et de l'ennui. Si ce n'est pas absolument dans tous l'es cas on peut être affirmatif en ce qui concerne une immense majorité.

Prenons, pour exemple, un traqueur. Il sait qu'hier, en affrontant le public, il s'est soudain trouvé saisi par le trac. Ses jambes ont tremblé. Tout a tourné devant lui. La rampe n'a plus été qu'un brouillard lumineux. Sa gorge s'est rétrécie de manière à ne plus laisser passer la voix. Une pâleur extrême a retenu son sang ou bien il s'est empourpré d'un afflux subit. A la seule idée de rentrer en scène, le souvenir de cette défaillance lui est extrêmement pénible. S'il se conforme à la méthode des psychanalystes, notre malade va évoquer ses troubles, les vivre de nouveau, se sentir derechef pâlir, rougir, trembler, suffoquer. Il puise dans ce souvenir la certitude que la soirée qui va venir, si elle n'est pire que la précédente, sera du moins aussi mauvaise. Plus il évoquera son trouble, plus il en scrutera les causes et les effets, plus il en augmentera l'appréhension et par conséquent l'intensité. On peut être certain que, loin de guérir, il deviendra de jour en jour plus malade.

Ce qu'il faut, au contraire, c'est ne plus penser à ses faiblesses, à ses déboires, à ses tristesses, à tout ce qui a été dans le passé une cause de douleur et un amoindrissement. C'est l'avenir que nous devons considérer. Il n'est pas de ruine qui ne se relève. La Nature nous en fait voir le magnifique exemple. L'hiver a tout détruit en apparence. La neige s'est amoncelée. Les pluies ont ravagé ce qui fut le jardin délicieux et, dès que le premier rayon du printemps se fait sentir, les fleurs reparaissent dans leur souriante délicatesse, les oiseaux refont leur nid sur l'arbre dont chaque branche est un bouquet de feuillages, de parfums et de chansons. Tout n'est qu'espoir, joie, poésie, vie et bonheur à profusion.

Et pour vous, qui souffrez aujourd'hui, quel sera votre avenir ? Ce sera un épanouissement de toutes les qualités qui sommeillent en vous. Que le soleil paraisse, qu'un ami vous apporte la bonne parole et vous allez renaître. Cet avenir tout proche, nous le magnifierons ensemble. Tous deux, nous allons semer les fleurs que les nouveaux bonheurs ne vont pas tarder à faire éclore. Je veillerai sur vous, afin qu'un bras ami soit prêt à vous soutenir aux heures de défaillance.

Vous vous croyez peut-être incapable de surmonter fatigues et chagrins. Désirez les qualités qui vous sont nécessaires, souhaitez les pouvoirs dont vous avez besoin, faites appel aux facultés dont vous ne sentez pas encore l'existence mais qui sont latentes en vous. Désirez reprendre ou tenir la place dans les activités du monde, dans ce foyer qui est le meilleur but que puisse atteindre un cœur aimant et sûr. Vous êtes un élément de la grande famille humaine. Il serait coupable de demeurer inactif quand tous vos frères travaillent.

Jouez votre rôle ! Voyez le sommet où brille le temple de la paix. Partez à l'assaut des pentes escarpées. Je vous aiderai dans ce labeur. J'ôterai les pierres du chemin. Ne vous laissez pas abattre. Voyez haut et grand. A mesure que vous vous élèverez, un plus vaste panorama se déroulera devant vos yeux et vous éloignera de la terre, de ses intérêts cupides, de ses liens bas et vulgaires. Cherchez votre affranchissement loin des marais impurs. Vous allez entreprendre cette ascension. Ayez d'abord la foi qui vous soutiendra dans l'effort. Ayez foi dans vos forces qui vont naître et croître sans cesse; foi en moi qui vous seconderai; foi dans le succès final qui ne saurait manquer de couronner votre laborieux effort.

Ne vous croyez jamais au-dessous de la tâche. Sachez avec certitude qu'il n'est aucune tare qu'on ne puisse combattre, de fardeau héréditaire qu'une ascèse judicieuse ne puisse alléger, de troubles qu'une volonté ferme et claire ne puisse réduire, de faiblesses qu'un effort constant ne puisse surmonter, de désarroi moral qui ne puisse trouver la paix dans la certitude de la vérité, dans une lumière toujours grandissante. Par une direction clairvoyante, vous pouvez venir à bout de tout ce qui vous inquiète.

Rompez surtout, rompez entièrement avec le passé douloureux, avec les souvenirs mauvais, avec les funestes rancunes. Ne conservez dans votre cœur aucun de ces sentiments; qui avilissent et dégradent.

Avant de vous mettre en marche vers les sommets lumineux, regardez-moi bien en face. Je veux lire dans vos regards le désir de vivre une vie droite, forte, honnête, en pleine possession de toutes les facultés qui sont l'honneur de l'être humain. Si vous avez des intentions pures, les mains nettes, le cœur plein de nobles pensées, vous trouverez toujours un appui dans ma pensée. Si dans vos yeux voilés de pleurs, je vois de la souffrance, de l'accablement; si je vous sens ployé sous le fardeau de vos peines, j'accourrai à vous de tout mon cœur. Unissons nos efforts, ayez la volonté de briser ce qui vous enserre, ce qui vous opprime. Tentez de vous élever vers les clairs sommets. Magnifiez votre âme par les plus vastes, les plus sublimes espérances et vous les réaliserez. C'est à vous qu'il appartient de faire l'effort, mais je soutiendrai vos pas sur la route. Soyez-en certain. Ayez la certitude de vaincre et vous vaincrez.

Lorsqu'un malade vient à moi, courbé par la douleur, prostré, abattu, il m'est souvent facile de lui rendre la vie, le courage, la santé. Dès qu'il a franchi le seuil, un regard ami, une poignée de main fraternelle, une parole chaude, la compréhension de sa peine et de sa fatigue, et voici le dolent saisi de confiance qui me confie ses tourments, qui m'ouvre son âme toute grande. Cette confidence même est déjà un soulagement à ses maux. Celui qui souffre, qui n'est pas toujours compris par son entourage est heureux d'avoir trouvé sur sa route un peu de douceur, de compassion, une force calme et non la raillerie de ceux qui nient sa douleur. Avec quelle joie il accueille les paroles qui réconfortent, qui galvanisent, qui transfigurent !

Très souvent, je vois le malade désemparé, privé de tout ressort, de toute foi, dégoûté et las de la vie. Il faut bien peu de chose, la certitude d'un appui, pour que ce malade renaisse, voie de nouveau s'ouvrir devant lui les longues perspectives des travaux à faire, des affections à nouer, du foyer à construire. C'est une résurrection. C'est le miracle. Oui, c'est le miracle et, parfois en quelques minutes, celui qui était entré lourd de douleur, courbé comme un vieillard, renaît et se ranime, rit à l'aube de ce nouveau jour. C'est que le psychologue, celui qui pénètre le secret des âmes, peut, souvent avec une rapidité déconcertante, libérer dans le malade, qui se croit à bout de ressources morales et nerveuses, des énergies formidables. L'asthénique pour qui la moindre décision était un effort impossible se lève et prend courage. Le neurasthénique brise le cercle de pensées déprimantes dans lequel il était enfermé et retrouve sa pensée claire. Le dolent qui ne voyait pas d'autre issue que le suicide, sort de l'ombre épaisse et s'ébat dans la joyeuse lumière. C'est un miracle, dit-on !

Quels miracles ne ferions-nous pas, si chacun savait ! Si chacun avait connaissance de toutes les énergies qui sommeillent en lui. Celui qui a la clé de ce trésor dit au paralytique: « Lève-loi », et il marche. Le choc émotionnel est une force presque infinie dont chacun pourrait disposer, s'il prenait la légère peine de se préparer à cette connaissance, aux devoirs que crée une force, une science qu'on possède. Quelquefois, il ne faut qu'un mot, qu'un geste pour faire revivre un mourant, faire sortir de l'atonie celui qui avait perdu tout espoir.

Tous devraient pouvoir dire avec la certitude de réussir, avec la force qui naît de la vérité :

« Malade, aie confiance, relève la tête. Tu vas guérir. La flamme que tu vois briller dans mes yeux, cet éclair de joie qui illumine toute ma vie, qui m'embrase de ses feux; cette ardeur joyeuse qui me transporte, je veux qu'elle brille en toi. Une étincelle se cache sous la cendre de tes déceptions. Je vais la ranimer, et quand reparaîtra la flamme, je veillerai sur elle comme les initiés du sanctuaire veillaient sur le feu sacré. Dès cette minute, mes espoirs sont déjà les tiens. Que ma certitude soit la tienne ! Je ferai de toi un homme, un être entièrement nouveau sur lequel les peines, les douleurs n'auront plus de prise, un dominateur du monde intellectuel, dédaigneux des vils intérêts... »

Le mal dont vous souffrez, je l'ai déjà vaincu. Vous souffrez, avant tout, de ne pas vous connaître. Si vous saviez quelles forces merveilleuses, quelle puissances magiques sommeillent au fond de vous ! Si vous saviez quelles facultés vous possédez qui vous sont encore cachées et que nous allons éveiller, faire éclore pour vous redonner la joie ! Il faut que cette joie vous vienne. Prenez conscience de vous-même. Cessez d'être celui qu'on plaint, inutile fardeau de lui-même et des autres. Réagissez ! Relevez-vous ! Vous le devez à vous-même, à votre famille, à votre entourage, à votre race pour qui vous devez être un exemple. Il le faut. Vous allez réussir.

La minute où je vous parle est décisive. Je vous dis: relevez la tête, levez-vous et marchez. Comprenez bien mes paroles. Acceptez-les avec la même ardeur que je mets à vous les dire. Elles vont changer votre vie. Toutes les merveilles du monde vont apparaître à vos veux.

Vous qui me lisez, écoutez ce que dit Victor Morgan:

« Si, distinctement, dans le fond de votre âme, s'élève, ne fût-ce que la durée d'un éclair, la conviction, la certitude que vous désirez être un grand caractère, que vous pouvez l'être, que vous le serez, ô alors ! Alors, de toute la puissance de ma foi, de mon enthousiasme, de mon amour, je vous crie victoire ! Victoire éternelle ! Gardez religieusement en votre âme le souvenir de ce jour bienheureux... Puis mettez-vous à l’œuvre et, bravement, patiemment, parcourez la route, étape par étape. » (Victor Morgan. — La Voie du chevalier, Paris, s. d. )

Ne croyez pas que, pour arriver au but que je vous montre, il soit nécessaire de posséder des forces démesurées, d'avoir pratiqué des ascèses extraordinaires. Vivez sainement, selon les lois que la Nature vous impose, et vos forces seront assez abondantes.

Analysez-vous sans vanité et sans crainte. Connaissez vos faiblesses. Mais, quand vous les aurez pénétrées, ne vous y éternisez pas. Ne vous épuisez pas sur ces constatations pénibles. Construisez un rêve grandiose sur les ruines du mal que vous aurez détruit. Créez votre avenir. Voyez-le haut et grand. Il faut viser haut pour atteindre le but. Cherchez tout ce qui donne des ailes. Trop de choses vous attirent en bas.

En vous, l'espoir se lève comme le soleil du matin. Le fardeau qui vous opprimait s'évanouit. Le brouillard se dissipe. Votre cœur se réjouit. Que vous font les événements extérieurs ? Ce n'est pas vous qui êtes leur jouet. A présent, vous allez les vaincre, les diriger comme il convient. Si vous ne pouvez en changer le cours, du moins vous en serez le maître.

Sachez bien qu'il n'est pas d’idéal trop haut pour l'homme qui a conscience de sa dignité. Les plus magnifiques espoirs sont permis à celui qui a placé son désir au-dessus de lui-même. Tout vous sera accordé du moment où, renonçant à toutes compétitions intéressées, vous aurez mis votre bonheur en conformité avec celui de ceux qui vous entourent.

Victor Morgan l'a dit judicieusement:

« II n'y a aucune limite à la quantité de force créatrice, exécutive, que nous pouvons emmagasiner et canaliser, si notre volonté la dirige conformément au plan supérieur de l'Univers, c'est-à-dire l'emploie en actions constructives, aptes à perfectionner notre corps et notre âme et assurer le bien de nos semblables. Pour savoir si vous possédez ce pouvoir, il faut commencer à agir comme si vous le possédiez. Il faut dire au paralytique qui est en vous: Lève-toi et marche. Admettez donc pour commencer que vous possédez le pouvoir et, maintenant cette croyance provisoire devant vous par d'énergiques affirmations, agissez comme si vous le sentiez dans votre cœur; et elle se transformera en savoir né de l'expérience et, par suite, définitif. »

Prenez donc confiance, ami. Rendez-vous bien compte de l'entreprise que vous faites et ne la croyez pas au-dessus de vos forces. Elle est à la mesure de votre confiance en vous-même. A la mesure de la confiance en celui qui vous offre sa direction dans le chemin qu'il a déjà parcouru. Acquérez cette confiance avant de vous engager sur la route.

Cette foi qui soutient votre cœur, il est nécessaire qu'elle se reflète sur vos traits, que votre attitude en témoigne. Relevez noblement cette tête abattue. N'ayez plus honte de vous-même. Si vous avez commis des fautes, si vous avez glissé sur des pentes trop faciles à celui qui ne domine plus ses mauvais penchants, ses hérédités funestes, n'oubliez jamais que nulle chute n'est définitive, qu'il n'est pas de faute sans rachat. Dites-vous, comme au paralytique: « Lève-toi et marche ! » Levez-vous. Ne restez plus étendu sur le bord du chemin. Votre voix est déjà plus ferme, prête à tous les commandements. Vos pas sont plus assurés, prêts à vous porter sur les routes claires qui montent vers les grands sommets. Vos gestes, placés maintenant sous la domination d'une volonté lucide, n'ont plus rien de fébrile, ni de troublé; ils sont ceux d'un paisible dominateur.

Dirigez aussi votre pensée. Dites-vous que vous avez toutes raisons de croire au succès, au bonheur, à la santé; qu'ils font partie du souverain pouvoir que vous allez obtenir. Représentez-vous sans cesse, en pleine conscience, avec le plus possible d'énergie, de foi ardente, que vous possédez les moyens d'acquérir ces dons qui vous avaient fui, que vous n'êtes pas un déshérité de la vie, comme vous l'aviez cru dans vos heures de dépression,

Les peines passées sont pour nous comme un long tunnel, mais déjà, tout au bout de la sombre avenue, rayonne la clarté du ciel reconquis. Après le cycle des tourments, la joie illumine votre destin. Voici l'aurore. Le jour est victorieux des ténèbres.

Ecoutez la voix de ceux qui savent. Ils ont appris, non sans peine, ce qu'ils doivent faire pour vous soutenir. Acceptez la main fraternelle qui se tend vers vous. Ayez foi dans le calme souriant qui fait ma force et fera la vôtre. Instruisez-vous par les exemples de ceux qui vous ont précédé sur la voie, qui ont subi les mêmes épreuves, qui ont souffert, qui ont triomphé. Oui, levez-vous! Marchez ! Relevez la tête ! Déjà le fardeau de vos maux se fait moins lourd à votre fatigue. Dégagez-vous des forces mauvaises qui vous retenaient prisonnier. Faites acte d'indépendance. La liberté est promise à celui qui sait la gagner. Un homme nouveau va surgir de ce corps que vous imaginiez trop vite enseveli, comme Lazare, dans les ténèbres du tombeau.

 

Nous arrivons ici au point capital de l'enseignement. La Foi que vous avez acquise vous met en route. Elle décide votre départ. Elle vous donne le viatique de vos premières forces. Sans elle, sans l'exemple qui vous a frappé, sans le courage qui vous a été insufflé, vous ne prendriez jamais peut-être la détermination de gravir la montagne. Mais la Foi ne saurait suffire sans l'ardente persévérance.

Il faut joindre à la foi qui vous est inspirée un développement conscient, volontaire; vous rendre compte de l'effort à faire; gagner les forces qu'il faudra mettre en œuvre, en suivant les lois. Car il y a des lois éternelles dont nous ne pouvons nous libérer.

Deux forces sont en nous. Elles vont nous permettre de transformer du tout au tout notre vie. Ce sont des forces capitales, extraordinairement puissantes, que tout homme possède et qui, quand il en a découvert l'existence, qu'il a appris à s'en servir, sont les artisans quotidiens du miracle. Ces forces sont: la pensée et l'émotion.

La pensée, qui nous vient des plus hautes facultés de notre personnalité mentale, elle est, à qui sait s'en servir, un instrument parfait de force et de précision. Mais cette pensée a besoin d'être animée. Elle serait sans valeur si elle n'était projetée au-dehors par l'émotion qui lui donne sa force de propulsion, la fait triompher des obstacles.

Deux modes d'action nous mettent en rapport avec l'extérieur: le cerveau, qui émet notre consciente pensée; le cœur, qui, sous le choc de l'émotion, surtout de l'émotion consciente et consentie, projette au-dehors cette pensée avec des forces infinies.

Ne désaccordons pas le merveilleux instrument qui nous a été confié. Ne séparons pas la puissance mentale de la puissance émotionnelle. Nous arriverons ainsi à faire vivre profondément la pensée qui, sans cela, serait froide et insensible; nous secourons le joug des forces adverses. Mais cet accord, il faut le faire volontairement. Il faut être maître, à la fois, de ses émotions et de ses pensées. Il appartient à notre conscient, de combattre les mauvaises et de soutenir les bonnes, de les développer, de les amplifier. Ce libre choix, cet appui donné à ce que nous estimons juste, cette maîtrise de nous-même, tel est le but que nous poursuivons.

Voyons d'abord le domaine de la pensée. C'est, nous l'avons dit, l'élément de toute notre vie mentale. La pensée vous apporte la connaissance lucide des choses et de leurs rapports, mais elle ne saurait se contenter de ce rôle et c'est un principe bien connu des psychologues: « La pensée a tendance à se traduire en actes. » Cet axiome est à la base de toutes les méthodes de suggestion et d'auto suggestion.

La pensée se manifeste en nous sous deux formes. Tantôt spontanément, elle nous offre des faits ou des images que rien ne nous faisait prévoir. Nous avons entendu un air, nous le fredonnons sans y songer, machinalement sous l'empire d'une pensée spontanée.

Mais nous pensons aussi volontairement; nous rassemblons en nous des éléments épars d'images et de sensations pour en tirer un jugement. Nous entendons conter une belle action qui demande du courage, de l'intrépidité. Des termes de comparaison se présentent à notre esprit. Mille souvenirs héroïques se font jour. Sous l'impulsion du bel exemple, nous nous sentons transformés par des forces qui se trouvent libérées en nous.

Cette pensée nous transforme, mais hélas ! trop momentanément. Il ne suffit pas d'une seule pensée, d'un seul bel exemple pour modifier toute notre vie. Nous devons créer en nous, par tous les moyens possibles, une nouvelle orientation de nos pensées qui, à leur tour, orienteront notre vie. Ce n'est que par cet effort continu que nous arriverons à la victoire, Pour y parvenir, faisons déjà le premier pas: remplaçons la pensée seule par une forme bien plus active et plus vivante: la représentation mentale.

Qu'est-ce qu'une représentation mentale ? C'est un ensemble de pensées qui, par une habitude plus ou moins longue, plus ou moins facile à acquérir, arrive à déterminer un état, à nous présenter au commandement, ou à peu près, l'image aussi nette que possible de ce que nous désirons voir.

Prenons, pour exemple, le fait de vouloir. La simple pensée nous montre déjà ce que nous faisons quand nous voulons quelque chose, la vue intérieure de cette chose, la pensée que nous avons, avec plus ou moins de force, de l'obtenir, en employant les moyens utiles. Mais, suivant l'état d'esprit du sujet qui tâche à se représenter cette volition, combien les images seront différentes ! Pour un, malade, le fait de vouloir sera un caprice, une sorte de rage, tandis que, pour un être calme et raisonnable, cette volition sera paisible, forte et continue.

 

Pour mieux faire comprendre le mécanisme psychologique d'une représentation mentale, développons notre exemple.

Je cherche à me représenter les pensées, les désirs, les actes de celui qui veut une chose déterminée. Pour nous, qui connaissons la puissance de cette pensée, l'idée de volonté ne saurait se disjoindre de celle d'une volonté tenace, opiniâtre, qui a raison de tous les obstacles, assurée qu'elle est de les tourner ou de les rompre, à qui rien ne résiste parce qu'elle sait tout prévoir et tout supporter pour parvenir au but indiqué. Pour mieux me représenter l'homme qui veut, je fais appel à mes souvenirs qui me montrent et coordonnent à mes yeux mille images du même ordre. Il n'est plus question ici d'une seule idée, d'une image isolée. Non. Une idée en appelle une autre, une image se rattache à une autre image, leur succession crée une sorte de film cinématographique. Ma pensée, faisant appel à ces images jadis perçues, se bâtit une histoire entière, crée ou rappelle un personnage, un type idéal de l'homme volontaire, de l'homme qui réussit.

Que vois-je ? Ceci, qui m'est une leçon. Je me représente le type le plus élevé de l'homme volontaire, de celui qui veut avec obstination mais sans éclat, qui n'use pas sa force en vaines manifestations, dont la volonté est toujours égale à elle-même. Ici, point de parade, aucun désir d'écraser ou de molester autrui. Ce que veut l'homme de volonté, tel que je l'imagine, c'est mériter sa place par des qualités puissantes, par des pensées nobles. Il veut conquérir sa place sans empiéter sur celle des autres. Tel est l'homme que nous voyons et que nous voulons imiter.

Que fait cet homme qui réussit et dont nous évoquons l'image ?

Il agit d'abord sur lui-même.

Avant de chercher à dominer le sort, il a, tout d'abord, dominé ses réflexes, ses impulsivités, ses hérédités, ses mauvais penchants. Il est parvenu à se rendre libre intérieurement avant de le devenir dans la vie sociale. Il est calme en tout lieu, en toute circonstance.

Cet homme ordonne ses pensées; il ne les disperse pas, ne les éparpille pas, comme des forces inconsidérées. Il les groupe dans le meilleur ordre pour qu'elles lui soient utiles. Il sait parfaitement ce qu'il veut; il connaît, il pèse ses moyens d'action. Aussi est-il sûr du succès, malgré les difficultés qu'il peut rencontrer dans sa voie. Rien ne le démonte, ne le déconcerte. Il sait qu'il vaincra parce qu'il veut.

Il n'oblitère pas les sentiments de son cœur, sa sensibilité native. Bien au contraire, il vibre puissamment. Il est actif, courageux, entreprenant; son ardeur donne des ailes aux décisions que prend la pensée dans les froides discussions intérieures. Sachant où il va, peu lui importent les routines, les sentiers battus. Ce n'est pas le chemin des autres qu'il suit, mais le sien propre. Il est l'audace même, mais cette audace est raisonnée. Il persévère dans les voies qu'il a choisies parce qu'il sait que ces voies sont bonnes, qu'il les a longtemps étudiées. Son intelligence est vive et active. Il observe. Sans cesse, il réfléchit, se documente et ne laisse rien au hasard. Il sait que le hasard n'existe pas, aussi n'espère-t-il rien du coup de chance inattendu. Tout effet a une cause, et cette cause il importe de la connaître. Il n'est pour l'homme intelligent d'autre chance que celle qui résulte d'une activité clairvoyante, d'une loyauté à toute épreuve, d'une volonté que rien n'arrête dans l'accomplissement du bien.

 

L'homme volontaire agit sur les autres.

 

Il sait, au besoin, ne pas résister aux inévitables circonstances. Il s'adapte; il se plie, sans toutefois s'abaisser, renoncer ou abdiquer. Il attend lorsqu'il doit attendre, sans plus de haine ou de colère qu'en aurait un homme contraint par un violent orage à chercher un abri momentané. Ce n'est pas de montrer le poing au ciel qui l'empêchera de tonner, et toute colère est une faiblesse. L'homme volontaire entre donc dans les milieux où il doit agir, mais, par la force calme qui émane de toute volonté lucide. Il transforme lentement le milieu dans lequel il vit. Il ne crie point avec fureur et ne roule pas des yeux irrités. Sa parole calme répand une affectueuse conviction. Son regard doux et magnétique lui attire des sympathies. Dans les conseils où sa lucidité le fait admettre, sa voix est prépondérante. Il rayonne autour de lui et son regard est un rayon qui porte la lumière et la chaleur dans les propos les plus arides. Ses manières courtoises, sans nulle servilité, le font estimer de chacun. Ceux qui le voient pour la première fois se sentent attirés vers lui; ils le revoient et désirent se l'attacher; on recherche sa compagnie, sa collaboration. De bonnes pensées émanent de lui. Une calme gaieté rend plus agréable la fermeté de son caractère qui n'a jamais rien de sombre ou de chagrin. Sa droiture luit dans ses regards. On sait que l'on peut compter sur lui dans les circonstances pénibles et que son cœur est grand ouvert à toutes les misères.

 

L'homme qui sait vouloir agit sur les événements.

 

Ceci peut paraître bizarre, mais c'est un fait indéniable. Inexplicablement, tout lui sourit, tout lui vient. Les esprits superficiels disent qu'il a de la chance. Ils ignorent le pouvoir de la pensée; ils ne savent pas que cet être rayonnant attire non seulement les hommes, mais les êtres et les choses. Qu'il prenne en main une affaire en voie de tomber, il aura tôt fait de la remettre en bonne voie. C'est qu'il a un jugement sain, qu'il n'entreprendra pas à l'aveuglette une chose nouvelle ou inconnue. Il a une grande connaissance de son métier, une activité puissante, une autorité bienveillante qui galvanise tout autour de lui. Il trouve les collaborateurs qui lui conviennent; il les intéresse à son effort. Il groupe autour de lui juste ceux qu'il lui faut. Il les reconnaît à première vue et les emploie dans les travaux où ils lui fourniront le meilleur rendement, car il sait voir, analyser, comprendre quelles sont les facultés de chacun et le parti qu'on peut en tirer aussi bien pour soi que pour les personnes employées.

 

On voit, par toutes les qualités et les faits que nous présente l'étude de l'homme volontaire, quelle différence existe entre la pensée unique et passagère et la représentation mentale, volontairement appelée et scrutée. Ce sont des représentations mentales qu'il nous faut créer pour nous modifier dans le sens des qualités qui nous manquent ou que nous n'avons pas suffisamment développées. Nous devons faire vivre devant nous de nobles exemples et nous efforcer à les imiter.

C'est donc une erreur, pour qui veut se rééduquer, se transformer, de se répéter un seul mot, une seule phrase, sans y rien ajouter de soi-même. Cette répétition machinale, ces paroles de perroquet conseillées par quelques-uns sont naturellement sans effet. Si même nous y ajoutions quelques applications, le résultat serait bien pauvre, car notre effort est trop limité pour être fructueux.

Ce qu'il faut, pour arriver à une véritable rééducation, c'est voir un type très net, l'évoquer devant son intellect, le faire vivre. Ce qu'il faut, c'est vivre nous-mêmes suivant ce modèle.

Il est nécessaire de se représenter aussi réellement, aussi objectivement que possible l'être que nous voulons devenir. Il faut voir devant nous le type que nous souhaitons imiter; type de santé, de force, de joie, de bonheur, de succès. Mais cela ne suffit point. Avant toute chose, il nous faut avoir un noble idéal.

Si nous ne possédons pas ce noble idéal, à quoi serviront les peines que nous avons prise ? Vers quel but nous conduira la route que nous venons de tracer ? Nous avons créé un être de foi, de droiture, de désintéressement, et, si nous nous confinons dans nos intérêts égoïstes, nous ne sommes pas capables de l'imiter. Si nous supportons les fatigues d'une excursion en montagne, c'est que nous espérons, une fois le sommet atteint, contempler le panorama des plaines et des collines. Cette excursion serait inutilement fatigante si, une fois arrivés au bout de nos peines, nous devions regarder un mur ou toute autre chose banale.

Epictète a très hautement indiqué cette tendance nécessaire: « Sans tarder, fixe-toi à toi-même une sorte de caractère et de type de conduite auquel tu te conformeras, soit que tu te trouves seul en présence de toi-même, soit que tu te trouves en présence des hommes. »    ( Manuel d'Epictète, XXXIII. )

Ce qu'il importe avant toute chose de savoir, c'est que, dans une ample mesure, nous sommes libres. Nous devons détruire en nous les conceptions fatalistes. Ces tendances adoptées par Pascal sont néfastes à la direction de la volonté. Elles lui font voir le monde comme une sorte de rail dont il ne nous est pas possible de nous écarter. C'est un danger considérable, car le résultat de cette doctrine désolante est de figer absolument toute initiative dans l'esprit et dans le cœur de l'homme, de le livrer pieds et poings liés à ce qu'il imagine être la fatalité.

Certes, il est indéniable que nous sommes déterminés. Personnellement, nous acceptons l'idée du karma. Nous acceptons la notion d'un karma personnel et d'un karma collectif. Nous savons que nous sommes limités aussi bien par nos hérédités ataviques que par nos fautes antérieures. Mais nous savons aussi que nous sommes en ce monde pour avancer, nous perfectionner, sans quoi cette vie serait inutile. Nous devons nous épurer par le travail, nous devons dégager le conscient, lui soumettre l'inconscient, gagner les qualités qui nous manquent, réveiller celles que nous avons laissé tomber en sommeil, faire croître et vibrer en nous ces puissances émotionnelles qui magnifient la vie humaine, qui font de nos cœurs une lyre chantant aux vents de l'esprit comme les arbres sous la brise.

Nous faisons partie de la grande comédie humaine. Nous y avons à jouer un rôle déterminé. Ce rôle a été fixé par nos états antérieurs; mais, si nous ne pouvons changer ce rôle, nous pouvons et nous devons perfectionner notre jeu, faire tout notre possible pour que la pièce jouée soit la plus belle possible, nous dévouer à son succès, même si le rôle qui nous a été donné est sans joie et sans gloire. Ce rôle, nous devons l'accepter librement et avec joie. On ne remplit bien un rôle que si on le joue volontairement. On le remplit mieux encore si on crée ses moyens d'émotion.

Nous devons jouer sans cesse ce rôle. C'est pourquoi nous ne devons pas imaginer qu'une seule pensée va nous transformer instantanément; qu'une baguette féerique va faire en nous ce miracle, qu'une seule représentation mentale fera jaillir de nous la force dont nous avons besoin.

Dans notre esprit, le tourbillon est si violent des formes et des pensées que, pour créer un état d'âme, pour installer à demeure une pensée vraiment utile, il faut une répétition continue et suivie des mêmes vouloirs, des mêmes pensées. Nous devons donc persévérer dans notre évocation mentale, la continuer, la multiplier, jusqu'à ce que nous soyons devenus tels que nous voulons devenir.

Epictète a donné une forme saisissante à ce précepte:

« Toute habitude, dit-il, tout talent, se forment et se fortifient par les actions qui leur sont analogues. Marchez pour être marcheur; courez, pour être coureur. Voulez-vous savoir lire ? Lisez. Savoir écrire ? Ecrivez. Restez couché dix jours, puis essayez de faire une longue route, et vous verrez comme vos jambes seront fortes ! Une fois pour toutes, si vous voulez prendre l'habitude d'une chose, faites cette chose. » (XIIIe entretien d'Epictète. )

Quand vous aurez suivi cet entraînement, quand vous aurez créé en vous cette habitude, la maîtrise de vos pensées sera automatique, vous l'obtiendrez comme un simple réflexe. C'est ce que le Docteur Marcel Viard exprime ainsi dans son Art de penser:

« Comme tous les phénomènes naturels, nos pensées se forment quasi automatiquement. Mais il faut que l'esprit se rende compte de ce fonctionnement, qui est le fonctionnement normal. Pour arriver à ce résultat, il est indispensable de faire observer à l'esprit une discipline très sévère. Les pensées apparaîtront alors dans un ordre déterminé, selon leur mode naturel ou suivant notre volonté. Et, lorsque, par un travail opiniâtre, nous serons arrivé à les contrôler, à les obliger à apparaître et à se succéder à leur tour, par une concentration énergique, nous les aurons disciplinées et nous retirerons de ce fait les plus grandes jouissances intellectuelles. » (  Docteur Marcel Viard. — L'Art de penser, 2e éd., Paris, s. d. )

On le voit, rien n'est moins passif que cette méthode. Elle oblige l'esprit à agir constamment sur lui-même, à ordonner la production et l'agencement des pensées. Elle en entretient, le flot et lui bâtit des digues, charmantes et fleuries si vous voulez y apporter une formule poétique, mais qui n'en contiennent pas moins et dirigent ces pensées dont vous avez acquis la domination.

Cette action ne va pas sans un effort parfois méritoire. Sabatier définit ainsi la nécessité de cet effort continu:

« L'effort est le facteur nécessaire et supérieur de toute transformation. Tout ce qui provoque l'effort, tout ce qui exige un effort devient cause de changement et peut être cause de progrès. Mais, par contre, la suppression ou même l'insuffisance de l'effort conduisent fatalement à la stagnation et plus encore au recul, à la régression. » ( Sabatier. — Philosophie de l'effort. )

Nous pouvons donc résumer ainsi ce que nous venons de dire :

Nous ne devons pas nous contenter de chercher une pensée isolée, une vague image aussitôt effacée que présentée à notre esprit. Il nous faut, au contraire, créer une représentation mentale aussi vivante que durable et la réitérer, la compléter jusqu'à ce que nous ayons réussi à nous transformer.

Nous devons posséder un idéal, le plus élevé possible, afin qu'il nous guide et nous éclaire dans le chemin que nous devons suivre.

Nous devons renouveler sans cesse l'effort que nous avons fait et qui ne saurait aboutir sans cette continuité.. Ce labeur nous paraîtra, sans doute, au début, difficile et pénible, mais le disciple sait d'avance qu'il sera toujours aidé; il a la certitude que son effort sera couronné de succès, aussi sa tâche devient-elle aisée quand il en a compris l'importance et les probabilités.

 

Encore ne faut-il voir en tout ce que nous venons de dire que la moitié de l’œuvre à accomplir. Nous avons vu que nous avons en nous deux facteurs d'action: le cœur et le cerveau; qu'il nous est nécessaire tout ensemble de penser et de sentir. Notre bilan intellectuel et moral se présente à nous comme les deux plateaux d'une balance et, tant que les deux plateaux ne seront pas dans un équilibre parfait, nous ne serons point parvenus à notre dessein final. Il faut, avant toute chose, que l'un des plateaux ne se sente pas favorisé, n'ait pas tendance à l'emporter sur l'autre. Quelles que soient nos préférences, toute tendance excessive, toute prédominance trop forte détruirait un équilibre laborieusement obtenu. Ce n'est que par cet équilibre que nous réaliserons une parfaite synthèse.

Nous avons exposé le principe bien connu en psychologie que toute pensée a tendance à se traduire en actes. Mais cette définition comporte par elle-même une restriction. Le psychologue dit que la pensée tend à se réaliser, mais il ne saurait affirmer sans erreur que cette tendance est toujours réalisée. Bien souvent, au contraire, elle se trouve empêchée.

Pourquoi cet arrêt ? D'où provient-il ?

La tendance de la pensée à se traduire en acte se réalise d'autant mieux qu'elle éveille en nous des émotions.

L'idée pure, abstraite, ne se réalise que rarement; elle dessèche, rend pessimiste celui qui s'y adonne sans contre-poids, parce qu'elle n'éveille en lui aucun sens émotif. L'émotion, au contraire, donne des ailes à la pensée, la rend créatrice. C'est l'émotion qui magnifie notre pensée de toutes les beautés de la parole et du rythme; qui la fleurit de toutes les grâces de l'illusion. Musset a dit avec autant de grâce que de justesse: Le cœur seul est poète. Mais le cœur n'est pas seulement sensible pour le sens artistique. Le mot émotion, veut dire, étymologiquement, ce qui met en mouvement, ce qui fait agir. Si nous ne subissons aucun choc émotionnel, nous réfléchissons stérilement sur les possibilités d'une action; ce n'est que l'émotion qui « nous sort de nous-même » pour nous la faire exécuter.

L'émotion apporte à l'esprit les notions du monde visible. Ce qu'Aristote exprime ainsi: « II n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait préalablement été dans les sens. » C'est-à-dire qu'aucune pensée ne naît sans qu'une sensation soit venue, soit de l'extérieur, soit de nous-même pour fixer dans l'esprit une donnée nouvelle. Cette donnée a donc été amenée par la voie des sens, que ce soit la vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat ou le goût.

Tout acte voulu par la conscience sera d'autant plus puissant qu'il sera accompagné d'émotions. C'est le sentiment qui déclenche les actes d'une sublimité transcendante. Voyez Jésus. Au moment où on le conduit devant le tombeau de Lazare, il ne se livre point à quelque dissertation sur la possibilité de ressusciter les morts. L'Evangile dit seulement: « Jésus pleura ». Son cœur est violemment ému. Le souvenir de son ami mort, de cette affection perdue exalte en lui les pouvoirs du thaumaturge et Lazare sort du tombeau. Dans tous les actes de la vie, Jésus ne montre qu'amour et tendresse; et ce rédempteur du monde, sans autres armes que l'amour et le sacrifice, détruit les forces immenses de l'empire romain.

Prenons exemple sur notre mémoire. C'est la violence du sentiment qui accompagne la perception qui la grave plus ou moins profondément dans notre esprit. Un homme verra mille robes sans y prêter aucune attention; il se souviendra des moindres détails du vêtement que portait sa mère, sa sœur, sa femme, dans un moment de joie ou de peine, surtout dans une séparation où il a voulu fixer en lui l'image de celle qu'il allait quitter. Nous nous souvenons d'autant mieux d'un événement qu'il nous émeut, nous secoue. Si on a vu un écrasé, ce spectacle terrifiant se grave dans l'esprit, peut même devenir une obsession chez les personnes très sensibles. Un souvenir puissant se crée jusqu'à devenir évocatoire. Mille détails du lieu où l'on est passé bien des fois sans y apporter aucune attention entrent dans l'esprit pour n'en plus sortir. On voit la place où le malheur s'est produit, les passants groupés, la victime et le sang sur les pavés; on se rappelle longuement les plaintes déchirantes de celui qui souffrait. Plus ce fait vous aura ému, plus il vous aura profondément troublé, plus le souvenir en demeurera vivace et ineffaçable.

Il est de toute évidence que, si nous n'éprouvions aucun, sentiment, la vie serait pour nous bien terne et monotone. Il ne faut cependant pas se donner à n'importe quel sentiment. C'est ici que le jugement doit intervenir et que le choix est nécessaire. Il y a sentiments et sentiments, comme il y a pensées et pensées. Nous devons fuir de notre mieux tous les sentiments mauvais, toutes les impulsivités qui nous amoindrissent: la haine, la rancune, la jalousie en ce qui concerne les autres et, pour nous-mêmes, la tristesse où l'on se complait, la crainte, la peur, la colère et tous les emportements qui usent inutilement nos forces.

Nous devons cultiver les sentiments qui sont bons, qui exaltent en nous la faculté d'agir: la joie, le désir du bien, la confiance.

Il existe en nous des forces mauvaises, des facultés que nous avons le devoir de combattre, si nous voulons atteindre une plus grande perfection. L'égoïsme est le fond de tous les vices. La plupart des vertus sont, au contraire, édifiées sur l'altruisme: la droiture, l'équité, la bonté, le dévouement, là tolérance, la patience, la vaillance, la sincérité en sont la preuve.

Les sentiments, les vertus et les vices ont sur nous une action énorme et qui fait comprendre à celui qui s'en rend compte l'immense portée de l'éducation. On ne saurait commencer trop jeune à combattre ses mauvaises qualités, à exalter les bonnes, à créer dans son être un foyer sympathique exaltant l'action saine. Le Docteur Frédault a longuement étudié ce point et conclut ainsi:

« Les passions oppressives, la crainte, la terreur, la consternation, l'abattement, la contrariété, nous laissent sous le coup de l'action de l'objectif, tandis que les passions exaltantes nous mettent au-dessus de l'objectif par leur énergie. Aussi, comme on l'a dit justement, les premières nous laissent en proie aux actions morbides, tandis que les secondes nous en préservent et nous en délivrent. » ( Docteur F. Frédault. — Les Passions.)

II faut donc que nous recherchions autour de nous, que nous voyions, de parti pris, en toute chose, ce qui est bien, ce qui est beau. Il n'est pas de mal absolu en ce monde et le remède est bien souvent à côté du mal à combattre. Avant toute chose, en nous et partout, nous devons rechercher la vérité, car elle est bien plus belle que les plus riantes illusions. Nous devons exalter la vertu, le courage, nous enthousiasmer pour tout ce qui est noble et beau et nous trouverons des forces vives, abondantes, qui jailliront en nous de cette exaltation féconde. Malheur à qui ne sait pas s'émouvoir devant la nature, devant l'héroïsme ! Les sources de toute joie lui sont fermées.

 

Voici donc deux points essentiels de notre méthode d'autosuggestion:

Disciplinons notre pensée pour produire des actes tels que notre devoir, notre perfectionnement les exige.

Générons de l'émotion pour que ces actes jaillissent de nous avec l'impétuosité d'une source, qu'ils atteignent leur plein effet, car rien de bon et de beau ne se fait sans effusion et sans amour.

De ce fait, notre méthode pourrait donc s'appeler auto suggestion émotionnelle, pour la différencier des autres méthodes qui se limitent à un seul côté de la question, soit en libérant l'inconscient sans contrôle, soit en ne se préoccupent que de la pensée.

Nous estimons qu'il faut unir les deux dans la vie. Pour y arriver, durant la période d'entraînement, il est important de jouer un rôle, le rôle qui nous est le plus utile, que nous nous sommes assigné après conseil et après étude, en y mettant le plus de pensée, d'application consciente qu'il nous sera possible, mais aussi en y apportant le plus de sentiment, en y mettant le plus possible de notre vie et de notre cœur. Celui qui se perfectionne de la sorte ne tarde pas à connaître la source de toutes nos joies véritables. Il n'est point de raison pour négliger les unes au profit des autres. A côté des satisfactions de l'esprit, nous ne devons pas nous priver des joies du sentiment. Une belle pensée, un bon livre nous sont utiles, mais ils ne le sont pas plus que le transport causé par la vue de cette Nature où Dieu se révèle à notre cœur, pas plus que la pure joie que nous offrent les beaux vers, la belle musique et surtout les affections pures qui sont le charme du foyer.

Nous devons jouer notre rôle, mais ce rôle n'est pas le même pour tous et on peut le jouer de diverses manières.

Comme le remarque l'ex président Wilson: « On peut jouer son rôle de bien des façons : il y en a qui apportent dans leur jeu une certaine passion naturelle, une ardeur directe et sans art, sans nuance et sans grâce, ignorante des maîtres et ignorante de l'esprit qui anime toute l'intrigue; d'autres réservent tout leur souci au costume et ne pensent qu'à l'effet à produire sur le public; mais il en est quelques-uns qui jouent comme ceux qui ont maîtrisé les secrets d'un art difficile, se subordonnant délibérément au grand dessein et à la pensée du drame, se donnant sans réserves comme de bons serviteurs, s'interdisant tout entêtement capricieux et toute excentricité personnelle, et prêtant ainsi cœur, ton et geste au parfait déroulement de l'action. Ceux-là sont les hommes qui se sont trouvés, et ils manifestent cette tranquille aisance qui accompagne un parfait ajustement. » (  Woodrow Wilson. — Quand un homme se trouve lui-même, 1922, p. 69. )

C'est parler avec sagesse. Celui qui a compris ainsi les enseignements que nous donnons peut dire avec certitude que l'homme devient ce qu'il veut, quand il le veut avec suite et y travaille avec autant de foi que de persévérance. L'homme se crée lui-même et ne doit qu'à son effort le chemin qu'il fait dans la vie. Libre à lui d'avancer ou de rester en arrière, tandis que les autres progressent sur le chemin de la vie. Tous subissent des maux, rencontrent des obstacles, mais quelles que soient les entraves, on a toujours le moyen d'avancer, de se perfectionner.

Comment faut-il jouer ce rôle ? Nous croyons avoir à peu près sinon tout dit, du moins tout effleuré, tout exposé de ce qui peut faire comprendre notre entraînement, ses procédés et sa portée. Nous avons mis en valeur le rôle de la pensée et celui de l'émotion. Nous avons démontré à quel point ces deux facultés doivent rester inséparables. Ces deux points acquis, nous pouvons maintenant apprendre comment nous devons jouer pratiquement notre rôle. Ce labeur comporte deux principales étapes. Nous devons procéder comme fait l'artiste dramatique:

1°. —Apprendre le texte;

2°. — Le vivre.

 

1°. — Etude du texte.

 

La période primitive est ingrate et de peu d'attraits. Il faut que l'artiste apprenne son texte de la même manière qu'un enfant étudie sa leçon. Il le lit, il le répète, il le grave dans sa mémoire. Il l'étudié phrase par phrase, sans rechercher en rien un effet dramatique, jusqu'à ce qu'il le sache parfaitement et que la connaissance du texte ne soit pas pour lui une difficulté dans la seconde partie de sa réalisation.

 

2°. — Vivre le rôle.

 

Ici, le travail est plus difficile, mais il est beaucoup plus intéressant. L'artiste ne cherche pas à se rappeler plus ou moins machinalement un texte qui l'intéresse ou ne l'intéresse pas. Il lui faut devenir le personnage qu'il fait vivre. Il en prend le costume; il en recherche les attitudes; il en imagine les gestes, recherche les intonations que pourrait employer, pour prononcer tel mot, le personnage qu'il doit représenter. Il faut qu'il fasse le plus possible abstraction de sa propre personnalité, qu'il devienne un roi ou un ivrogne, qu'il vive de la vie de ces êtres si différents de lui-même et cependant, il faut qu'il garde contrôle sur lui-même pour voir si son roi, son mendiant, son ivrogne sont adaptés à la réalité. Le succès de l'artiste dépend de sa puissance émotionnelle. Très rares sont ceux qui arrivent à une absolue perfection, qui se font oublier pour faire vivre le personnage qu'ils incarnent.

A notre tour, procédons comme a fait l'artiste. Etudions d'abord notre rôle; nous chercherons ensuite à le vivre puissamment.

Pour étudier le rôle, nous ferons d'abord appel à notre faculté d'association d'idées. Nous avons vu comment nous devons placer sous les regards de notre esprit le personnage que nous devons imiter. Il nous faut ensuite voir comment il se conduit dans la vie, quelles réactions il oppose aux circonstances qui nous semblent capitales.

Que ferait l'homme volontaire devant cet ennui qui nous laisse actuellement sans force ? Il hausserait sans doute les épaules; il n'y a pas de raison pour que nous n'en fassions de même. Nous devons ainsi le suivre, l'étudier avec soin, disséquer chacun de ses actes, pénétrer chacun de ses sentiments.

Pour cette étude du personnage à jouer, de ses actions, de ses réflexes, de ses sentiments, nous donnerons carrière aux facultés les plus hautes de notre personnalité mentale. Nous ferons travailler notre intelligence, notre réflexion, notre observation, notre imagination et, plus ces facultés joueront avec force et conscience, plus nous gagnerons en puissance, plus nous obtiendrons un résultat net et rapide.

Il nous faut ensuite et surtout vivre le rôle. Que fait l'artiste ? Il s'adapte à l'être qu'il veut devenir. Il observe ses gestes; il éduque son regard; il modifie sa voix; il adapte son port à l'âge, à la force, au rang social de son modèle. Il met tout son être en rapport avec ce que lui représente la vie qu'il doit exprimer non pour soi-même mais pour celui qu'il est devenu. Il lui faut donc une entière maîtrise de sa personnalité: maîtrise du corps, maîtrise de la pensée, maîtrise des émotions. Nous devons agir de même. Il nous faut conformer notre vie, nos gestes, nos pensées, à l'image que nous nous sommes faite de l'être que nous voulons devenir.

L'artiste, suivant son talent, met un temps plus ou moins long à devenir ce qu'il veut être. Nous ferons encore comme lui; nous agirons progressivement. Il ne faut pas imaginer que nous arriverons au sommet d'un seul bond; cela ne s'est jamais vu. Le travail est quelquefois lent, mais il faut songer que chaque effort trouve toujours sa récompense, que chaque étape nous approche du but et que nous avons toute la vie pour arriver à la perfection. L'effort fait bien vite place à la joie. Il y a d'ailleurs une satisfaction réelle dans le fait d'apprendre, de se perfectionner, de comprendre mieux le plan du monde où nous sommes, d'y adhérer plus pleinement, de nous affranchir de la tyrannie du corps, de se libérer de ses impulsions, de briser les entraves qui faisaient tituber notre marche, de rompre avec le passé qui est notre plus lourd fardeau.

 

II nous faut insister encore et toujours sur le double mécanisme qui fait l'objet de notre méthode, sur notre double vie mentale et émotionnelle dont nous ne devons négliger aucun élément. Chacune de ces formes de notre vie agit sur l'autre et nous ne pouvons les séparer sans commettre de graves erreurs.

L'attention est à la base de notre vie mentale. C'est elle qui accueille les notions, qui les grave dans la pensée d'un burin plus ou moins tenace. Avec une attention faible, il est impossible de posséder des notions bien nettes, que nous puissions conserver aussi longtemps que nous en aurons besoin. Au contraire, avec une attention forte, nous possédons la qualité primordiale qui conditionne les autres; nous avons la certitude d'une complète réussite.

Selon Maine de Biran, l'attention n'augmente pas l’intensité de la sensation, mais la netteté de la perception.

Plus nous aurons vu avec attention, plus l'image enregistrée sera nette et précise, plus le souvenir sera tenace et puissant.

Si nous voulons posséder cette netteté de perception si utile à notre vie intellectuelle, à notre perfectionnement, il faut que nous nous astreignions à regarder ce qui nous entoure, à le voir dans son détail et dans sa proportion, à observer, à comparer, afin que rien ne nous échappe de ce que nous enregistrons. Le résultat de cette éducation sensorielle, c'est que, par le travail de l'attention, toutes nos facultés s'amplifient: le jugement est plus judicieux et plus rapide, les associations d'idées plus promptes et plus étendues, la mémoire plus vaste et plus soumise, l'imagination plus fertile, plus apte à fournir des matériaux à la pensée.

Au début, nous aurons quelque effort à faire pour adopter ce mode de travail, mais l'habitude est vite créée, et elle est pour l'esprit une source infinie de richesse. D'ailleurs, le travail même se trouve facilité par cette accoutumance et se fait presque de soi-même, avec un effort moindre, chaque fois que nous y songeons. Telle est, vous le savez, la loi de l'habitude. L'effort diminue en raison inverse de sa continuité.

Donc, lorsque cette habitude sera pleinement acquise, le développement psychique s'opérera avec la plus grande facilité. Avant de commencer l'excursion, la montagne à gravir nous épouvantait par sa masse. Une fois le voyage entrepris, les détails gracieux de la route nous voilent le pénible effort. Cet effort lui-même diminue rapidement par une application chaque jour plus grande. Les succès quotidiens nous encouragent dans la voie, accroissent le désir d'avancer et renforcent la foi par leur réalisation.

Il est encore un autre point sur lequel nous devons insister. C'est le rapport qui existe entre notre personnalité extérieure et notre personnalité intérieure. Le physique et le moral sont étroitement unis.

Fouillée, qui est un philosophe en même temps qu'un observateur, dit : « Une loi psychologique bien connue veut que chaque état d'âme et ses signes extérieurs soient indissolublement associés; non seulement l'état d'âme produit son expression au dehors, mais l'expression, à son tour, tend à éveiller l'état d'âme. »                                        _

Notre activité physique est en rapport avec notre état d'âme. Dans certains cas, la réflexion peut amener une immobilité momentanée. Le promeneur méditatif qui fixe son attention sur une idée abstraite, s'arrête, se prend le menton, fronce plus ou moins les sourcils. L'attitude réfléchie ou attentive est une attitude immobile. Ce n'est pas un état de résolution musculaire comme le sommeil et la rêverie, c'est un état où les muscles eux-mêmes se trouvent en activité.

Quand le travail cérébral devient excessif, il n'est pas rare que les muscles se trouvent aussi dans une agitation extrême. Il va de soi que ce travail musculaire ne se porte pas sur les mouvements extérieurs, mais le rythme respiratoire, les palpitations du cœur, les battements des artères sont profondément modifiés.

Ce travail cérébral échappe-t-il au contrôle volontaire ? Alors nous voyons l'homme qui pense ou médite avec intensité pareil à ces grands nerveux dont tous les psychologues connaissent l'agitation musculaire extrême, la parole rapide, les gestes saccadés et souvent incohérents.

Tout au contraire, l'homme magnétique, celui qui peut et sait vouloir, domine ses gestes, ses attitudes. Toute sa personne reflète le calme parce que le calme est dans ses pensées. Son esprit est net et lucide, parce qu'il n'y laisse pas entrer d'idées excessives ou erronées. Cette attitude extérieure provient de ses habitudes de pensée.

Il est nécessaire pour celui qui veut se guérir, se perfectionner, acquérir les qualités morales, le calme et la force qui lui manquent encore, de chercher quelles sont les attitudes de l'homme magnétique et volontaire, de se créer un extérieur qui soit en rapport avec l'attitude mentale que l'on prétend adopter.

Voici donc un état nouveau que vous devez établir en toute votre personne. A l'extérieur, il est indispensable que vous vous donniez aussi naturellement et aussi complètement qu'il est en vous, l'attitude de l'être calme et volontaire à qui vous prêtez, après étude et contrôle, la possibilité de réussir, de se débarrasser de troubles qui vous sont pénibles.

A l'intérieur, rejetez toutes les pensées déprimantes. Chassez le doute qui vous porte à ne pas faire ce que vous aviez résolu, à ne pas croire dans les pensées qui doivent être votre salut. Expulsez les craintes qui renforcent encore cette impression pénible. Cessez de vous complaire dans votre tristesse, dans tous les souvenirs pénibles qui ne devraient pas rester dans votre cœur, car c'est un poids mort, un sujet de trouble. Mettez à la place de ces obstacles intérieurs, le plus que vous pourrez de pensées de joie et de force, tous les espoirs légitimes, toutes les grandes aspirations qui soulèvent au-dessus des agitations de là vie, des intérêts mesquins, de l'envie et de la rancune. Entretenez dans votre esprit et dans votre cœur des idées actives, constructives, telles qu'elles puissent vous soutenir dans les difficultés inévitables, au lieu d'en accroître le poids.

Rompez délibérément avec le passé dont vous avez eu à souffrir, que ce soit moralement ou physiquement. Il n'y a pas plus de raison à cultiver les souvenirs pénibles que les microbes de la maladie dont on relève avec difficulté. Ne restez pas tourné vers le passé mauvais. Voyez l'avenir qui se déploie devant vous avec toutes les magies de l'aurore et de l'espérance..

Décidez l'effort à accomplir. Donnez-lui dans votre esprit une formule qui n'admette ni le doute, ni la défaillance. Ne dites pas: « Je voudrais ! » Dites: « JE VEUX ! »

 

Pour vouloir avec suite, la condition primordiale est d'avoir confiance en soi. Si vous n'avez pas confiance, il n'est même pas utile d'essayer. Le vœu que vous formulerez sera stérilisé par le manque de foi.

Il faut donc fixer dans votre intellect une parole qui précise sans cesse à votre esprit cette condition première. « J'ai confiance en moi », dira cette parole et vous l'aurez sans cesse sous les yeux, bien apparente et comme brillante d'un éclat étincelant, car il faut qu'elle se grave profondément en vous. II faut que cette phrase se fixe dans votre pensée. Il est donc nécessaire de la préciser d'une manière tangible qui ne vous permette pas de jamais l'oublier. Par elle, vous rappellerez votre force aux heures de fatigue ou de défaillance et, par elle, vous arriverez plus facilement à évoquer devant vous ce type d'énergie et de volonté que vous devez incarner. Il faut que, de jour en jour, vous vous sentiez devenir l'homme magnétique, volontaire, sûr de sa force.

Pour arriver à fixer cette pensée dans votre esprit, commencez par le procédé le plus simple. Faites une pancarte sur laquelle vous inscrirez en gros caractères, bien nets, sans fioritures :

 

 

J'AI CONFIANCE EN MOI

 

Cette pancarte une fois faite, vous la placerez dans votre chambre à la place la plus propice pour attirer et retenir vos regards. C'est là que, matin et soir, au saut du lit et avant de vous coucher vous ferez un nouvel exercice. Consacrez dix minutes à chaque entraînement. Faites-le bien régulièrement avec persévérance. Surtout, ayez foi dans le succès inévitable. Concentrez votre volonté pour lui donner le plus de force possible, la dresser, comme un bon cheval, vers le but que vous avez fixé.

Il sied, avant toute chose, que rien ne vous entrave dans l'exercice à accomplir. Aussi le ferez-vous avec aussi peu de vêtements que possible, ou du moins avec des vêtements très lâches, de manière à ce que vos mouvements soient entièrement libres.

En regardant la pancarte, respirez amplement, cherchez à acquérir le rythme large des grands souffles, source de la force et du calme, aussi bien dans le corps que dans l'être psychique. Ici, notez un détail des plus importants. Il sied de rectifier votre position, de vous défier de tout abandon, de, vous laisser-aller, prenez l'attitude du « garde à vous » comme si, au lieu d'être seul dans votre chambre, vous étiez en public, dans un: établissement sportif, par exemple. Campez-vous solidement sur vos pieds, tous vos muscles tendus, le corps bien droit, les épaules effacées et rejetées en arrière, la tête haute. Gonflez largement votre poitrine, en aspirant l'air par le nez. En même temps, donnez à votre visage une expression plus animée, le sourire de la confiance et du courage, l'aspect de l'homme fort et qui veut réussir.

Si vous avez une glace, regardez-vous en même temps, de manière à constater si vous avez obtenu l'expression que vous cherchez. Constatez aussi par vous-même que votre attitude est calme, noble, assurée, que vos mouvements sont aisés, amples sans emphase, simples, mais non étriqués et restreints par la timidité. Assurez-vous de votre maintien qui doit être parfait et, quand vous avez réalisé ce premier point, faites quelques pas dans la pièce. Etudiez votre port qui doit être aisé, simple et noble. Acquérez la certitude que tout votre être rayonne et dégage de la force; que vos actions, vos pensées ne se limitent pas à vous, mais qu'elles ont des répercussions immenses sur les personnes et les êtres environnants. Quand votre poitrine est bien développée, rejetez l'air doucement, sans attendre et recommencez plusieurs fois, sans hâte et sans fatigue, tout en continuant vos exercices. Quand vous avez, de votre mieux, obtenu l'attitude qu'il vous convient de prendre, sûr de vous, certain de la victoire, revenez à votre pancarte et dites à haute voix, avec une volonté ferme et soutenue, en donnant à chaque mot toute sa valeur:

 

J'ai confiance en moi. Je veux imiter l'exemple de ceux qui réussissent, de ceux qui ne connaissent pas d'obstacles. Je veux mériter et obtenir succès, joie, pouvoir, amour.

Je veux jouer mon rôle activement. J'y consacrerai toutes mes forces. Je suis sûr d'arriver à mon but. Je persévérerai, car, malgré les obstacles, je sais avec certitude que la volonté bien entraînée vient à bout de tout, quand elle est tendue vers un but juste et honorable.

Je veux remporter la victoire, et, pour vaincre, je commencerai par une victoire sur moi-même. Je serai digne d'estime, de confiance, de respect. Je veux être un noble exemple. Je vaincrai toute défaillance pour mériter cette estime.

Pour jouer fidèlement mon rôle, je prends d'abord l'attitude de celui qui réussit. Debout, prêt à l'action, je redresse mon buste. Je tends mes muscles. Je relève la fête. Je gonfle mes poumons et fixe dans mon organisme les énergies ambiantes qui feront de moi un autre homme. J'ai foi dans le succès. Mon regard est plus assuré: ma parole plus chaude, plus vibrante, plus convaincante. Ma démarche est plus ferme, plus assurée. Je veux traduire par mon sourire et mon renard une force paisible, qui inspire confiance et sympathie.

Jouer mon rôle, c'est m'efforcer de gagner les qualités intellectuelles et morales de celui que je veux imiter. J'observe donc attentivement ce modèle idéal. Je me pénètre de la valeur de chaque mot que je prononce.

Surtout, je veux, je veux de toutes mes forces, de toutes les puissances qui sommeillent en moi. Je veux accomplir un beau destin.

A l'avenir, toutes mes paroles tendront à magnifier ma vie. Je veux vivre une vie noble et bien remplie, qui répande le bien autour de moi, me fasse vivre dans une atmosphère de clarté et de joie sereine. Je veux me défaire de tout souvenir mauvais, arracher de mon cœur toute haine, toute rancune, ne garder en moi rien qui me puisse abaisser ou avilir.

Libre, je veux être; libre de moi-même comme des autres.

Je m'engage sur la route de la vie avec un nouvel idéal. Je pars avec une attitude victorieuse, une âme généreuse et belle. Je sais que je vais triompher. Je veux être digne de ma victoire. Plein d'une ambition légitime, je veux avancer, aussi bien dans mon travail que dans mon perfectionnement. J'ai droit à ma place au soleil. Cette place, je l'augmenterai par mon travail, par les connaissances que je veux acquérir, par la dignité de ma vie, par les sympathies inspirées, par le secours donné à tous.

Je suis maître de mes gestes, de mes pensées, de mes émotions. Je suis libre des hérédités que j'ai vaincues, dégagé de mes impulsions que j'ai matées. Je suis libre de toute entrave. Je marche avec une force calme dans la voie que je me suis choisie.

J'ai confiance en moi !

 

Répétez cette formule matin et soir. Le matin, au saut du lit, cet exercice vous donne des forces et du courage pour les travaux de la journée, vous les fait envisager comme une tâche profitable et facile. Le soir, avant de vous endormir, les phrases que vous répétez, les pensées qu'elle font naître en vous se gravent dans votre esprit et continuent pendant votre sommeil à se graver dans l'inconscient.

Pour la mieux fixer encore, écrivez la formule en gros caractères sur un carton ou un papier fort que vous attacherez au mur à côté de votre pancarte. Ceci vous évitera un effort de mémoire qui, en détournant votre attention sur les mots et leur sonorité, vous empêcherait un moment de vous pénétrer de leur sens. Vous n'avez qu'à la lire; elle se gravera d'elle-même.

Surtout, cette formule, ne l'apprenez pas machinalement. Au contraire, vivez-la. Pénétrez-vous en bien. Faites comme l'artiste dont le jeu puissant émeut toute une foule. Quand votre corps se redresse, ne le faites pas sans y songer, comme un exercice de gymnastique pénible. Au contraire, pensez que votre énergie se redresse en même temps que votre corps. Quand vous dites que votre regard est solide, faites qu'il le soit en réalité. Agissez puissamment, si vous voulez que votre action profite au but que vous vous êtes assigné. Quand vous parlez du sourire, qu'il s'épanouisse sur vos traits, qu'il rayonne dans vos yeux; devenez l’image de cette force que vous voulez être et que vous serez en effet, si vous pratiquez mes conseils. Aidez-vous de la glace pour vérifier ce que vous dites, pour rectifier ce que votre attitude peut avoir de faible, votre regard de distrait, votre sourire de las ou de désabusé. Dans ce moment, votre glace est le meilleur des conseillers.

Si vous avez un frère, une sœur, un être en qui vous puissiez avoir une pleine confiance et qui ne tournera pas vos efforts en ridicule, vous affaiblissant par une déprimante raillerie, faites vos exercices devant lui. Entraînez-vous ensemble et, dans les moments difficiles, l'exemple de l'un sera l'appui et le conseil de l'autre. Une noble émulation vous soutiendra et vous profiterez chacun des efforts de l'autre, fraternellement, en toute amitié.

Surtout, plus que toute autre chose, ne revenez pas sur le passé. Il n'y a rien qui soit plus affaiblissant, et sans profit. Vous avez, une fois pour toutes, reconnu vos faiblesses, vos imperfections, vos défauts. Il n'est pas besoin d'y revenir. C'est une tristesse avec laquelle vous avez rompu toute attache. N'y songez plus. Le passé est mort et n'a plus droit qu'à votre oubli. C'est vers l'avenir que doivent se tourner et vos regards et vos efforts. Tendez vers cette nouvelle aurore de toutes les puissances de votre être. Dites-vous bien que ce type idéal que vous voulez imiter vous l'êtes déjà; qu'il est en vous; que c'est un être nouveau, sans aucun lien ni rapport avec ces chagrins sur lesquels vous aviez tendance autrefois à vous appesantir. Votre nouvelle personnalité ne les connaît pas. Vous devenez ce nouvel être, vous n'en serez plus séparé. De jour en jour, il fait partie de plus en plus intégrante de votre personne. Vous vivez l'un par l'autre. Il vous guide vers l'avenir, mais, pour mériter cet appui, regardez en haut, vers les sommets que vous vous êtes promis d'atteindre. Agissez en conséquence. La victoire vous est promise.

Faites régulièrement vos exercices, chaque matin et chaque soir, de préférence à la même heure. De toutes vos forces, par tous les moyens possibles, fixez en vous ces fortes pensées. Dans très peu de temps, l'habitude vous rendra la tâche de jour en jour plus facile. Surtout, pas de défaillance. Il n'y a pas de motif pour que votre entraînement, une fois commencé, arrête ses progrès et ne mène pas au succès.

Je compte sur vous, comme à toute heure de défaillance s'il venait à s'en produire, vous pourriez compter sur moi.

 

La confiance est née en vous. Vous la sentez installée dans votre âme. Il faut maintenant changer de formule. Faites une autre pancarte, des mêmes dimensions, avec ces mots:

 

JE VEUX RÉUSSIR

 

Fixez la pancarte dans votre chambre, toujours dans un endroit bien en vue. Lisez-la chaque fois qu'elle arrêtera vos regards, mais pas d'un œil distrait. Attachez votre esprit à tout ce que contient de possibilités et d'accomplissements ce simple mot: réussir.

Chaque matin, répétez-vous une nouvelle formule:

 

« Je veux réussir.

« Je sais que le succès n'est pas dû au hasard. Le succès réel et durable exige un ensemble de qualités physiques, intellectuelles et morales. La principale qualité physique est l'endurance. Il me faut la santé. Je veux donc vivre sainement. Je ne gaspillerai pas mes forces dans les plaisirs, ni dans les travaux inutiles. Tous mes actes tendront vers mon but. Je serai sobre pour gagner des forces nouvelles qui me permettront de vouloir et d'agir avec persévérance. Je veux réussir. Je sais qu'il y a en moi des forces infinies. Je veux les libérer, les augmenter sans cesse. Je veux gagner la victoire.

« Je veux que tous ceux qui m'entourent constatent ma transformation. Mon attitude est meilleure. Je me redresse; mes muscles se tendent, plus fermes. Je sens circuler en moi une vie nouvelle. J'ai confiance en moi comme dans l'avenir. Je sais qu'il n'est pas de tâche qu'un homme volontaire ne puisse remplir du moment qu'il l'a acceptée; je veux accomplir cette tâche. Je rectifie mon regard: je veux qu'il soit franc, plein d'une lumière égale, fort, prompt à répandre sa force sur tous ceux qui en ont besoin. Je veux que ma voix soit plus assurée; qu'elle porte mes décisions non comme des ordres, mais comme des pensées longtemps débattues. Je veux que mon attitude soit ferme et digne, sans arrogance et sans bassesse, sans violence et sans timidité.

« Je ne livrerai rien au hasard, car le hasard n'existe pas et le succès auquel j'aspire ne dépend que de moi-même. Je veux être attentif à tout, car toute chose, si j'y attache ma pensée, peut me donner des notions nouvelles dont je puis tirer parti. Je veux réfléchir, car toute idée approfondie renferme un enseignement qui ne se révèle qu'à l'étude.

« Maître de mon corps, maître de mes pensées, je veux que mon effort soit aussi le salut des autres. Je ne contraindrai personne par la force. Les sentiments que l'on impose sont pénibles et prompts à s'effacer. Je veux attirer les sympathies, mais je les mériterai par mes qualités, mon attitude, mon dévouement, mon travail.

« J'ai confiance en moi. Je veux mériter la confiance des autres. Je veux gagner ma place au soleil. Je me sens attractif, plein, de toutes les puissances qui s'épanouissent dans mois âme.

« Je veux réussir. »

 

Je fais ici la même observation que pour la première formule. Vous la répéteriez à l'infini sans grand résultat si vous ne la viviez intensément. Il faut vous en pénétrer, la sentir entrer dans votre pensée, par cet appui gagner de la puissance émotionnelle qui augmentera votre élan, votre faculté de travail.

On peut répéter plusieurs fois la même formule; il faut surtout la dire lentement, ajoutant à chaque mot la valeur qui lui est propre. Il faut se pénétrer de sa pensée, mais il faut aussi montrer extérieurement cette pensée, se conformer aux mots qu'on prononce.

Plus que toute chose, il faut être sûr du succès; ne jamais douter de soi-même; il faut garder cette confiance que l'on réussira.

 

De nombreux et illustres exemples peuvent aisément vous démontrer l’excellence de ces procédés.

Quoi ! dira-t-on, suffit-il donc de dire: « J'ai confiance en moi, je veux réussir ! » pour réussir complètement ? Non, certes, cela ne suffit pas. Mais c'est le début de toute action.

Pour réussir, il faut des qualités réelles d'intelligence et de travail qui ne s'acquièrent qu'à la longue. Mais, avant de les obtenir, et même pour les acquérir, il faut commencer par prendre confiance, par appuyer cette confiance sur une habitude d'esprit, afin que le découragement ne détruise pas en un moment le lent travail de plusieurs jours.

 

Nous ne pouvons insister ici sur l'art de réussir. Cette étude mériterait un ouvrage spécial. Ce que nous faisons ici est une œuvre plus générale et nous devons nous borner à des considérations pratiques résumées en quelques mots.

Il faut, avant toute chose, détruire une erreur qui s'est donné force de loi dans les esprits routiniers: on ne peut réussir dans la vie que si l'on possède une fortune. Il n'est rien de plus erroné. II n'y a qu'à regarder autour de soi pour constater que beaucoup d'enfants riches, ayant ces possibilités données par l'argent, s'empressent de ne rien faire. Nous voyons aussi quantité d'hommes qui, aussi bien dans les arts que dans les affaires, ont commencé sans nul apport, sont réellement les fils de leurs œuvres. En Amérique particulièrement, les sommets appartiennent à des hommes qui sont nés pauvres Edison, le plus grand inventeur des temps modernes; Rockefeller, le roi du pétrole; Carnegie sont nés dans une condition modeste. Henry Ford, le dernier venu, le roi de l'automobile, a commencé avec rien et tous affirment avec unanimité que le Capital Argent n'est rien ou qu'il est de bien peu de prix auprès du Capital Intelligence.

Nous avons dit plus haut qu'une nécessité première est d'avoir un idéal élevé, de ne pas se limiter aux petites satisfactions du moment, mais à chercher des buts élevés, des horizons vastes. Ce n'est pas seulement notre avis. Carnegie, dont les doctrines ont fait leurs preuves, le dit aussi:

« Que chacun de vous se dise : « Ma place est au sommet ! » Soyez roi dans vos rêves. Faites le vœu d'atteindre cette situation, avec une réputation sans tache et ne faites pas d'autre vœu qui puisse distraire votre attention. » (  Andrew Carnegie. — L'Empire des affaires. )

Ces quelques mots, venant d'une bouche autorisée, résument notre enseignement. Il faut, avant toute chose, avoir foi, foi en soi-même, foi en l'avenir. Avoir une foi tellement assurée que rien ne puisse faire fléchir la volonté qui repose sur cette confiance. On aurait beau être « roi dans ses rêves », le trône s'écroulerait vite si on laissait le réveil pénible détruire l'effet de ce rêve. Il faut tenir devant les réalités difficiles; tenir le temps qu'il faut: des mois ou des années. Tous les milliardaires qui maintenant réalisent de si grandes choses ont eu des débuts plus que difficiles. Ils ne se sont cependant pas découragés. Ils ont gardé une foi entière dans le résultat de leur travail, et ce travail ne pouvait manquer d'être couronné par le succès.

Le travail assidu est la seconde nécessité. Non pas un travail d'amateur, mais un travail acharné, qui ne refuse rien en vue de sa réussite, sauf ce qui pourrait blesser la conscience.

Rien ne vient sans effort. Celui qui veut réussir ne l'ignore pas. Il sait aussi que cet effort, si dur soit-il, est passager et que la récompense sera au-dessus de la peine. Il sait encore que la foi facilite le travail, que l'intelligence le soutient. Il lutte donc; il lutte sans trêve; il lutte sans défaillance, avec la certitude de la victoire prochaine, avec la vision glorieuse de la complète réussite, une fois accomplis les pas difficiles.

La foi et le travail ne suffisent cependant pas. Il est des qualités intellectuelles que rien ne saurait suppléer. Il faut, naturellement, une intelligence suffisante pour comprendre le travail auquel on s'adonne, pour l'étudier, voir les améliorations dont il est susceptible, les moyens de l'accomplir mieux et, s'il se peut, avec un moindre effort. Cette intelligence pratique comporte une grande part de réflexion. Il ne faut pas s'emballer trop sur une soi-disant découverte qui ne mènerait à rien ou demanderait des travaux et des frais disproportionnés avec le résultat que l'on peut en espérer. Cette réflexion vous fait voir l'objet ou l'action sur toutes ses faces avec toutes les possibilités que l'on peut y trouver. Il faut, pour donner à cette réflexion intelligente un poids encore plus grand, l'étayer sur une forte logique, qualité entre toutes constructive et sans laquelle les meilleurs efforts manquent toujours de calme et de coordination.

Une fois le plan déterminé par l'intelligence et la logique, il ne suffit pas de s'y complaire pour le faire aboutir. La qualité la plus utile alors est l'initiative. Il ne faut pas, quand on a découvert soit une idée nouvelle, soit le perfectionnement utile d'une ancienne formule, se dire soudain que l'on a tort et que le mieux sera toujours de faire comme on a fait avant vous. L'initiative ne se laisse pas limiter ainsi. Elle brise les vieux moules et crée des formes inédites. Mais, avant de lui laisser libre cours, il est bon de savoir où l'on va, ce qui est le fait de l'intelligence, car l'initiative sans frein est un torrent débordé.

Lorsqu'on a reconnu, après lent et sûr examen, l'excellence du plan choisi, il ne faut pas se laisser arrêter par des vétilles. Il est bon que l'initiative se transforme en audace, en audace opiniâtre et volontaire, car une action entreprise doit toujours être menée à bien. Rockefeller dit à ce sujet:

« Jeunes gens, rappelez-vous que la loi élémentaire du succès dans les affaires est de voir toujours haut et grand. Ne songez pas à remporter des avantages temporaires. Ne gaspillez pas votre effort pour aboutir à de petits triomphes, à moins que votre ambition ne soit jamais que de remporter de petits succès. Regardez toujours devant vous. Etudiez avant de vous risquer: c'est une chose prodigieuse que de voir combien il y a d'hommes, même très intelligents, qui se lancent dans une affaire sans en avoir balancé les chances; gardez aussi tout votre sang-froid. Ne vous laissez pas emballer parce que vous obtenez un petit succès et ne vous laissez pas abattre parce que vous essuyez un petit revers. Dites-vous bien, dites-vous surtout que pour réussir dans les affaires, il n'y a ni mystères ni trucs: il y a des lois inflexibles, des lois d'étude, de connaissance, de travail, d'endurance, de mesure, de calme, d'honnêteté. Si vous manquez à une seule de ces lois, vous pourrez remporter une victoire passagère, vous ne remporterez jamais de victoire décisive et durable... » (  John-D. Rockefeller. — Mémoires publiés par Le Matin, sept. 1908. )

Pour réussir, il faut avoir confiance en soi. Cette confiance est absolument indispensable et on ne fera rien d'utile, même si les circonstances étaient favorables, avec la pensée que l'on ne réussira jamais. Cette idée déprimante fait partie de ces impulsivités que nous devons détruire en nous avant toute chose. Napoléon avait, en son étoile, une foi aveugle. Dans sa jeunesse, il ne doutait nullement que l'empire du monde dût lui appartenir. Aussi ne s'arrêta-t-il jamais dans les actions qu'il commençait. Mais, à un moment donné de sa carrière, quand un mariage impérial et la naissance d'un héritier auraient dû lui donner le plus de confiance, il sentit pâlir cette étoile qu'il avait toujours vu rayonner et, du même coup, sa fortune quasi miraculeuse en fut enrayée. Il le confia à Las Cases qui nous a transmis ses entretiens avec l'Empereur dans son exil de Sainte-Hélène. A ce moment, évoquant le désastre de Waterloo, Napoléon s'exprimait en ces termes:

« II est sûr, disait-il, que dans ces circonstances je n'avais plus en moi le sentiment du succès définitif; ce n'était plus ma confiance première: soit que l'âge, qui d'ordinaire favorise la fortune, commençât à m'échapper, soit qu'à mes propres yeux, dans ma propre imagination, le merveilleux de ma carrière se trouvât entamé, toujours est-il certain que je sentais en moi qu'il me manquait quelque chose. Ce n'était plus cette fortune attachée à mes pas, qui se plaisait à me combler, c'était le destin sévère auquel j'arrachais encore, comme par force, quelques faveurs, mais dont il se vengeait tout aussitôt; car il est remarquable que je n'ai pas eu alors un avantage qui n'ait été immédiatement suivi d'un revers. » (  Las Cases. — Mémorial de Sainte Hélène (relation du 12 novembre).

Cependant les capacités de l'Empereur n'étaient nullement amoindries. Sa merveilleuse campagne de France en 1814 le démontre clairement. Mais la confiance l'avait fui. Des épreuves constantes avaient peut-être fait fléchir le riche métal de cette volonté presque surhumaine. Aussi, quelques lignes plus loin, rappelant ses insuccès militaires. Napoléon dit encore:

« J'avais en moi l'instinct d'une issue malheureuse, non que cela ait influé en rien sur mes déterminations et mes mesures, assurément; mais j'en portais le sentiment au-dedans. de moi. »

C'est sans doute que Napoléon se trouvait en proie au désordre qui se trouve suscité par les ambitions matérielles. Mais celui qui ne désire que son propre et juste épanouissement ne se trouvera pas en butte à des forces de cette sorte. Celui-là, peut suivre sa voie sans que les autres se sentent molestés par une ambition tout intérieure et qui n'empiète sur les désirs de personne. Celui qui vit de la sorte n'a pas besoin de se soucier des envieux. Sa vie ne peut porter ombrage qu'aux esprits chagrins et ceux-là portent en eux-mêmes leur juste et prompte condamnation. C'est le sentiment de cette floraison intérieure échappant à la méchanceté des hommes et du sort qui a fait dire à Marc Aurèle:

« Tu peux vivre exempt de toute violence, dans la plus profonde paix du cœur, quand même tous les hommes vociféreraient contre toi tous les outrages imaginables. Car qui empêche que la pensée ne se maintienne dans un plein calme, jugeant au vrai ce qui se passe autour d'elle ? »

Comment pouvons-nous être sûrs que nous n'avons jamais dépassé ce qui nous est permis, ce qui peut nous laisser vivre en paix avec les hommes, quelle que soit la jalousie inhérente à leur nature ? Nous le saurons facilement si nous prenons soin d'examiner chaque jour l'emploi que nous avons fait des heures et des forces qui nous ont été accordées. Pythagore donne, à cet égard, des conseils que tout adepte se trouvera bien de suivre:

« Que tes yeux appesantis ne donnent jamais entrée au sommeil, avant que tu n'aies passé en revue toutes tes actions de la journée. Quelle loi ai-je violée ? Quel acte ai-je fait ? A quel devoir ai-je failli ? Pars de là et continue. Puis, si tu as fait du mal, reproche-le-toi; si tu as fait du bien, sois-en content. »

Ce faisant, l'homme est assuré de se connaître pleinement. Il ne doit pas se complaire dans des erreurs qu'il est bien forcé de reconnaître et dont il se corrigera s'il a compris qu'il ne peut arriver à réussir sans conscience nette et pure. II faut être et demeurer soi-même, se développer dans son propre sens en tendant toujours à se perfectionner, mais en respectant les limites que la Nature nous a fixées.

Ce qui fait l'homme supérieur, ce n'est pas telle ou telle faculté spéciale, tel ou tel talent, mais une nature forte, une conscience haute qui lui donnent les facultés nécessaires à son labeur et l'ascendant moral de l'être honnête. Celui qui a ces qualités et qui les développe en soi n'entreprend que des tâches auxquelles il est adapté et, travaillant avec acharnement et lucidité, ne perdant aucun moment ni aucune force, il est assuré du succès. Celui qui pense de la sorte considèrera-t-il l'argent comme le but visé par ses efforts ? On peut dire hardiment non. On ne saurait nier que l'argent offre à celui qui l'a gagné des moyens de travail, et de bien-être qui sont très appréciables. Mais le vrai bonheur ne se trouve pas dans un coffre-fort. Le vrai bonheur est en soi-même. Celui qui, satisfait de sa journée, le cœur plein d'affections familiales et de la paix naturelle à une conscience pure, écoute le chant des oiseaux, regarde une fleur de l'herbe, ravi de sa couleur, de sa délicatesse, de son parfum délicieux, celui-là est plus riche que ne peut être un roi si le cœur de ce monarque est bourrelé de craintes, de remords, d'inquiétudes. La vraie conquête du monde, c'est de goûter ces belles heures avec l'ivresse d'un poète et la paix d'un sage. Que souhaiter quand on a cela ?

Vouloir, s'analyser, se perfectionner, c'est la voie que nous vous avons indiquée. Cette voie exige un effort, un effort continu, quand on veut aller jusqu'au bout. Certains, affaiblis par la maladie ou par un état spécial de leur esprit, affirment qu'ils ne peuvent pas faire acte d'énergie. Pour le très petit nombre de ceux qui sont réellement incapables de tout effort; qui ne sont pas capables d'attention, de décision, de volonté; qui par eux-mêmes, ne peuvent soutenir un effort suivi, nous intervenons directement.

Pour fomenter des énergies, redonner des forces à celui qui les a perdues, du courage, l'espoir dans la vie à celui qui se croit rayé du nombre des gens heureux, le psychologue tient à sa disposition plusieurs méthodes suggestives qui se classent en deux catégories:

1°. — Les unes s'adressent à la partie mentale dans sa double forme: consciente ou inconsciente;

2°. — Les autres s'adressent à la partie émotionnelle.

De même que l'équilibre peut être rompu par l'oscillation d'un plateau de la balance, de même on peut rétablir cet équilibre en agissant sur l'un ou sur l'autre des plateaux. De là proviennent nos méthodes de suggestion directe s'adressant soit à la pensée (consciente ou inconsciente), soit à l’émotion.

Pour la partie mentale, on peut pratiquer:

1°. — La suggestion en rafale, suggestion brutale, nette, qu'il ne faut utiliser que si l'on se trouve en présence d'un cas urgent, comme le danger imminent du suicide ou le désarroi extrêmement profond qui peut conduire au même malheur ;

2°. — La suggestion imposée en sommeil provoqué ou, mieux, à l'état de veille. Elle sert, en général, dans les cas d'une excessive débilité mentale qui ne peut accepter ni retenir aucune pensée;

3°. — La suggestion raisonnée qui est toujours faite à l'état de veille avec l'assentiment du malade;

4°. — La suggestion indirecte, méthode entièrement nouvelle que nous avons mise au point et qui tend — véritable inoculation — à introduire des idées dans le champ mental du malade, à son insu, bien qu'il soit à l'état de veille et qu il se soumette ou non à l'action intentée.

Encore n'est-ce là qu'un des côtés du problème. Nous utilisons aussi la suggestion émotionnelle qui agit avec mille nuances depuis l'action profonde, rapide, jusqu'à l'action douce qui demande des précautions infinies. Il faudrait un ouvrage entier pour montrer qu'elles nuances peut contenir cette suggestion, aussi délicate et variée que les timbres et les vibrations de la musique sous la main d'un habile exécutant.

Avec nos méthodes de rééducation, il est donc possible de donner des idées saines à celui qui a perdu le contrôle de lui-même, des émotions vivifiantes à celui qui se croit perdu.

Malades, dolents, ne désespérez pas ! Ayez foi dans l'avenir. Nous voyons chaque jour des malades, des désespérés retrouver la plénitude de leurs forces. Nous avons à notre disposition des armes puissantes, qui ont fait leurs preuves sur des êtres plus malades que vous. Si vous êtes soutenus, aidés, vous viendrez à bout de votre tempérament, de vos impulsions irraisonnées. Vous arriverez à dominer, en grande partie, les mauvais apports de votre atavisme. Vous échapperez aux regrets, aux tourments du passé. Vous redeviendrez un être libre, sûr de lui-même.

La route est tracée. Elle a ramené à la santé et à la réussite un nombre infini de désemparés aujourd'hui heureux et reconnaissants. Faites effort. Relevez la tête. Venez à ceux qui offrent de vous soutenir, de vous guider. Sachez que le miracle est possible. Ayez foi dans ceux qui vous disent: le salut est en vous.

Une vie nouvelle commence. Un nouveau soleil sort des ténèbres. L'aube de la joie et de la libération vibre déjà sous l'horizon et ne demande qu'à briller.

 

Résumé

 

Nous souffrons surtout de ne pas nous connaître. Si nous nous analysions mieux, nous verrions en nous deux personnes: le conscient et l'inconscient que nous devons utiliser tous deux pour nous perfectionner, acquérir des mérites, préparer cette évolution qui est le véritable but de notre vie. Faites de votre inconscient — réceptacle de tout le passé — un collaborateur fidèle; du conscient un être doué de facultés et de pouvoirs que rien ne saurait amoindrir. L'éducation tend à renforcer le rôle du conscient, mais il ne faut pas faire disparaître son collaborateur.

Ces deux personnalités s'affrontent en vous. Laquelle doit primer ? C'est le conscient, certes. Ce serait une erreur, pour les tâches essentielles, de compter sur l'inconscient, de lui confier la direction de votre vie. Moins encore, pouvez-vous demander appui à l'imagination passive, forme fruste, qui est incapable de faire fructifier une idée. C'est à elle que Marc Aurèle s'adresse en ces termes:

« Que fais-tu donc ici, imagination ? Va-t-en, de par les Dieux ! comme tu es venue; je n'ai pas besoin de toi. »

Nous devons donc exercer notre conscient, le renforcer toujours, développer en lui l'attention, le jugement et non le soumettre à des pratiques inconscientes, le forcer à répéter machinalement des phrases sans force et sans effet. Il convient à l'homme de faire effort, de penser, de juger, d'éduquer sa volonté, car c'est d'elles qu'il peut attendre la mise en valeur de sa personnalité. C'est donc une erreur de compter sur l'inconscient, une autre erreur de faire disparaître la conscience sous le poids du sommeil, de la somnolence, de l'hypnose. Nous devons travailler en toute lucidité.

Il faut créer un pli psychique et pour cela « jouer un rôle », diviser son travail en deux parties comme le font les comédiens: 1° Apprendre le rôle; 2° Le vivre, s'en pénétrer, extérioriser les idées, les sensations qu'il exprime. Ainsi se crée l'habitude qui nous facilite la tâche, donne le pli psychique qui stabilise les résultats acquis. Une force donne un grand appui à ce travail, c'est l'émotion.

Pour profiter à la fois de ces deux forces — mentales et émotionnelles, — nous devons d'abord nous imposer une première formule: « J'ai confiance en moi » jusqu'à ce que nous ayons acquis cette confiance. Ensuite, vient une seconde formule: « Je veux réussir ! » Ces formules, il faut les écrire sur des pancartes et les fixer dans sa chambre, les considérer attentivement, matin et soir durant quelques minutes, bien se pénétrer de la valeur des phrases, les vivre, en faisant des exercices appropriés pour graver dans la pensée ces idées qui doivent prendre corps dans notre être, le doter des facultés qui lui manquent pour devenir celui qui réussit.

Cette donnée est basée sur l'exemple constant des hommes qui, partis de rien, sont arrivés à des situations prépondérantes, spécialement les milliardaires américains. Comme eux, celui qui se transforme doit savoir que rien ne doit être livré au hasard, que tout vient de la volonté consciente et que tout lui est promis. Cette pensée, il faut la soutenir par un effort continu, car rien ne réussit sans travail. Ce labeur, qui serait aride sans cela, on l'appuiera sur un idéal que nous devons placer le plus haut possible si nous voulons devenir des êtres véritablement supérieurs. Et, cet idéal une fois élu dans notre âme, nous devons développer dans notre conscience ces qualités de jugement, d'attention, de réflexion, qui nous mettront à même de la réaliser autant qu'il est en notre pouvoir.

Un grand psychologue anglais a résumé cette méthode dans une formule lapidaire que nous plaçons avec joie sous vos yeux, pour vous montrer de quoi vous êtes capable dans le développement harmonieux de tout votre être. Sir John Lubbock écrit :

« Semez un acte et vous récolterez une habitude. Semez une habitude et vous récolterez un caractère. Semez un caractère et vous récolterez une destinée. » (Sir J. Lubbock. — L'Emploi de la vie. )

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