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L'auto suggestion émotionnelle dans la Cure
organique
« L'homme irrésolu lutte
toute sa vie contre le malheur. »
Hésiode.
« Jusque à quand
tarderas-tu à te juger toi-même digne de réaliser le meilleur ? »
Epictète.
« Souviens-toi que ce
qui commande en toi devient inexpugnable quand il se ramasse en lui-même.
»
Marc-Aurèle.
« J'ai vu presque tous les
« voulants » arriver au but de leur vouloir. Est-ce que la volonté ne
serait qu'un fluide aimanté qui, par son intensité, deviendrait une force
inconnue, magnétique, ayant le pouvoir de l'attirement des choses et des faits
? »
DE Goncourt.
« II est évident que
l'on s'ignore soi-même tant qu'on n'a pas découvert le meilleur qui est
en soi, tant qu'on ne s'est pas donné de cœur à la plus haute
activité dont on soit capable. »
Woodrow Wilson.— Quand un
homme se trouve-lui-même.
« II n'y a pas la
moindre utilité à vouloir aider des gens qui ne s'aident pas
eux-mêmes. Vous ne pouvez hisser quelqu'un à une échelle, s'il ne
consent à grimper un peu lui-même; quand vous cesserez de le
pousser, il tombera et se blessera. »
A. Carnegie.— L'Empire des
affaires.
« Adoptez la devise du
cadran solaire: Je ne marque que les heures ensoleillées. »
O.-S. Marden. — La Joie de
vivre.
L'AUTO
SUGGESTION ÉMOTIONNELLE
dans
la Cure morale
« Connais-toi
toi-même. » — Notre premier devoir est de nous perfectionner. — Comment
acquérir des forces mentales. — Les deux êtres distincts qui sont en
nous: le conscient et l'inconscient. — Directeur et sous-directeur au travail
côte à côte dans l'usine humaine. — Participation du conscient et de
l'inconscient dans tout phénomène psychique. — Le conscient et
l’inconscient dans l'activité émotionnelle. — Nous devons toujours tendre
à renforcer en nous le contrôle volontaire. — Exemple de collaboration
entre le conscient et l'inconscient: la double mémoire. — Nous devons nous
efforcer de décharger le plus possible le conscient des travaux que
l'inconscient peut faire automatiquement. — L'erreur que commettent les
psychologues qui veulent faire de l'inconscient le personnage de premier plan. —
Devons-nous faire des impulsifs, ou des volontaires ? — Erreur de vouloir
opposer volonté à imagination. — Le « bluff » en matière
d'éducation psychique. Ce qu'il faut en penser. — Une formule simpliste de
guérison: « Ça va... ça va... » Son effet diminue par l'accoutumance .—
L'imagination passive, source de faiblesse. — Un abîme entre les deux méthodes:
celle qui table exclusivement sur l'inconscient et la nôtre qui met en jeu le
conscient et, par lui, les facultés supérieures de l'esprit. — La suggestion
émotionnelle que nous intentons de loin. Rôle des pensées protectrices. —
L'imagination créatrice volontaire et ce que nous devons en attendre. — Erreur
de vouloir s'auto suggérer en état de somnolence ou d'hypnose. La psychanalyse:
ses dangers. — Malade, aie confiance, relève la tête ! — Une
minute décisive. — Les forces sur lesquelles nous devons compter: la pensée et
l'émotion. — Un exemple à imiter: l'homme magnétique. — Un type de
santé, de force, de joie, de bonheur, de succès. — La pensée se réalise
d'autant mieux qu'elle éveille en nous des émotions. — Caractéristiques de
notre méthode d’autosuggestion émotionnelle. — Comment on joue son rôle: 1°
étude du texte, 2° vivre le rôle. — Ne dites pas: « Je voudrais » ; dites: « Je
veux ». — « J'ai confiance en moi ». — « Je veux réussir. » — Les qualités
physiques, intellectuelles et morales à acquérir. — Nécessité de la
confiance en soi. Napoléon voit pâlir son étoile. — L'aide directe du
suggesteur. — Résumé.
Avant toute chose, il
importe que celui qui veut conquérir ou reprendre la maîtrise de soi se rende
un compte parfait de ses possibilités, de ses forces, de ses faiblesses. Ce
n'est pas sans cause que le Temple de Delphes portait cette parole, prise plus
tard comme base de l'enseignement ésotérique de Socrate: « Connais-toi
toi-même ». De nos jours, cet enseignement est aussi nécessaire, plus
nécessaire peut-être qu'il n'a jamais été, car nous vivons à une
époque fiévreuse où peu de gens prennent le temps et la peine d'analyser
leurs sensations, d'étudier leur caractère, de suivre le conseil donné
par Apollon à ceux qui fréquentaient son Temple.
Certes, nous nous
connaissons bien peu. De ce manque d'analyse viennent la plupart de nos maux.
Nous ne savons pas qui nous sommes. Nous obéissons, pour diriger cette personnalité
si mal connue, à des lois, à des préjugés, à des modes
mêmes, qui peuvent avoir de bons côtés pour certains, qui sont funestes
pour d'autres. Ne nous souciant ni de notre corps, ni de notre esprit, nous ne
cherchons pas ce qui peut servir utilement leur équilibre. De cet état
d'ignorance où nous sommes, pour la plupart des règles de la vie
normale, naissent les douleurs physiques et morales.
Ce laisser-aller est
préjudiciable au corps, à notre vie personnelle comme à celle de
nos descendants qui pâtiront, comme nous en avons souffert nous-mêmes,
des règles de l'hérédité. Cette ignorance nous fait manger sans choix et
sans mesure, abuser de tous les plaisirs, renoncer à toute
hygiène. Des troubles en résultent dont nous sommes ensuite tout
surpris, bien que rien ne soit plus naturel.
Nos négligences ne sont pas
sans porter atteinte à notre esprit. Nous avons peine à lutter
contre les opinions qui nous viennent du dehors. Nous prenons tout effort en
haine.
Pour le cœur, nous nous
desséchons dans un égoïsme douillet qui nous fait renoncer aux grands
enthousiasmes. Le moindre changement dans cet état de choses nous semble le
pire malheur. Nous en prenons un caractère tatillon et chagrin,
exagérant outre mesure ce qui nous touche pour nous désintéresser des biens
communs. En un mot, nous restreignons notre horizon sentimental au point que
nous fermons notre vue sur tout ce qui est grand, noble, digne de nous. Nous ne
portons attention qu'à nos petites peines que nous devrions oublier,
aussi bien pour notre bonheur que pour notre évolution.
C'est en conséquence de cet
état d'âme que l'ignorant est toujours en proie à mille tourments, qu'il
dorlote des peines minuscules quand elles ne sont pas imaginaires, qu'il se
trouve en désarroi pour des vétilles, qu'il se rend malade réellement, pour ne
pas gêner ses plus nuisibles appétits.
Toute autre est la vie de
celui qui sait. II trouve dans la mesure qui lui a été enseignée, ce rythme
parfait qui donne la santé à son corps, le bonheur à son âme, la
paix à son esprit, le succès à ses entreprises; car il a
mesuré son fardeau à ses forces; il n'entreprend que ce qu'il est
capable de réussir et son désintéressement, sa connaissance du véritable bien
lui font considérer les richesses matérielles comme un levier utile, comme un
agréable moyen de bien-être, mais jamais comme un but digne de ses
efforts.
La paix appartient à
celui qui sait. Pour celui-ci, rien n'est livré au hasard, car le hasard
n'existe pas. Toute chose subit des lois et ces lois lui sont connues. La
santé, le bonheur, le succès se méritent. Il n'y a pas de chance, si
l'on considère ce mot comme le nom d'une déesse capricieuse, et les
circonstances même qui nous semblent les plus fortuites sont celles que
nous avons les plus méritées.
Ces lois, il nous appartient
de les découvrir. Elles sont l'équilibre extérieur et intérieur de ce monde qui
nous entoure. Corps, esprit, cœur, tout, en nous, est soumis à ces
mêmes lois. Si nous apprenions à nous connaître, nous verrions
combien était juste la conception des anciens qui faisaient de l'homme un
microcosme, une réduction du grand univers.
Il nous suffirait d’observer
pour voir combien ces lois sont générales, mais nous marchons sans regarder
autour de nous, sans réfléchir à ce qui a pu nous frapper incidemment.
Nous ne nous soucions de rien, jusqu'au jour où un fait, un mot nous
mettent sur le chemin de la vérité. Alors le monde change de face. De ce jour,
la vie devient belle, harmonieuse; Nous ne sommes plus tentés de considérer
notre labeur comme inutile, ni comme stérile ou trop restreint le champ
où nous évoluons. Cet enclos qui nous déplaisait nous apparaît
maintenant comme un magnifique jardin. Nous apprenons à l'aimer et, au
lieu de le cultiver de mauvaise grâce, nous le retournons avec amour; nous
demandons au soleil d'en féconder la moindre parcelle; nous semons de toutes
parts les graines de nos belles espérances qui fleuriront bientôt et dont
chaque moisson sera riche, miraculeuse, car la vie se donne à qui
l'aime, la comprend, la répand autour de soi. Nos œuvres fleuriront autour
de nous comme des plantes choisies; elles s'ouvriront dans la joie, car celui
qui sait prend son plus grand plaisir à donner ces fleurs et ces fruits
qui sont les résultats dont son labeur est couronné. C'est le magnifique automne
d'une laborieuse année; les celliers sont comblés; les corbeilles débordent.
L'hiver, la mort peuvent venir.
Dès que nous nous
connaissons, notre premier devoir est de nous perfectionner. Nous devons tenir
notre corps en parfait état, rendre notre esprit capable de penser sainement,
d'agir en connaissance de cause, en pleine puissance de tons ses moyens, mettre
notre cœur en état de vibrer pleinement aux belles émotions. C est
seulement en observant tous ces points que nous obtiendrons en nous une synthèse
merveilleuse.
Celui qui prend conscience
de lui-même, des possibilités qui dorment au plus profond de son esprit
et de son cœur transforme bientôt sa vie, la rend digne d'être
vécue; il cesse d'être le pessimiste toujours à la recherche de ce
qui peut blesser, dont la vie est un long cauchemar. Au contraire, le sage, le
philosophe découvrent des motifs de joie et d’espérance en toute chose; ils se
résignent aux maux inévitables, rançon de l'évolution.
Avant toute chose, il
importe de savoir que cette transformation nécessaire n'est nullement au-dessus
de nos forces. Nous ne conseillerons jamais à personne de se soumettre
à une ascèse extraordinaire qui peut détruire sa santé, son
équilibre physique et psychique; Au contraire, cet équilibre est notre but. C'est
par négligence ou par abus que nous rendons notre corps malade. Nous le faisons
dépérir par le surmenage, nous l'engorgeons de nourritures superflues. Telle
est notre faute, telle est l'origine de la maladie. Peut-être
souffrons-nous déjà d'une tare héréditaire qui nous rend plus faibles
dans la lutte pour la santé. Mais, du jour où nous savons, il nous est
possible de diminuer le fardeau qui nous a été imposé par la faute de nos
ascendants.
Il en est de même pour
l'esprit. Nous ne savons pas vouloir. C'est que les méthodes éducatives
actuelles ne font rien pour la volonté. Et pourtant cette faculté est
susceptible d'un développement harmonieux. On fait peu de chose pour éduquer
nos facultés supérieures: attention, jugement, mémoire, association des idées,
imagination. Nous ne savons pas sentir; nous ne savons pas céder volontairement
à une belle émotion.
Une autre faute de
l'éducation moderne c'est que, si l'on cherche à accroître la volonté,
c'est aux dépens de la sensibilité. C'est pourtant une erreur grossière
d'opposer la faculté de penser à la faculté de sentir. Ces deux formes
d'activité sont également nécessaires. Penser et sentir sont les deux plateaux
d'une même balance qui ne trouvera jamais son équilibre, si l'on vient à
supprimer l'un des plateaux.
Certes, à lui seul,
le champ de la volonté est immense. Dans notre coupable ignorance, nous
laissons sommeiller en nous des facultés qui, si elles étaient normalement
développées, transformeraient notre vie, nous donneraient des armes dans les
luttes de chaque jour. Si nous savions « cultiver notre jardin », nous
prendrions un contact plus intime avec la vie, nous élargirions et aiguiserions
notre observation; nous rendrions notre jugement plus sûr et plus sagace;
notre mémoire plus vaste et plus fidèle; nos associations d'idées plus
riches et plus ingénieuses; en un mot, notre vie mentale serait infiniment plus
ample et plus puissante.
En nous, comme une mine de
diamants sous le sol aride, en nous sommeillent des forces qui, si nous savions
les libérer, magnifieraient notre vie, nous feraient accomplir des merveilles.
Chacun possède un trésor. Il nous appartient de le découvrir, de
l'exploiter. Il suffit de vouloir.
Mais comment apprendre
à vouloir?
Vouloir, c'est, dans le
domaine de l'esprit, la clé qui ouvre toutes les portes. Il n'est pas
d'obstacle insurmontable à celui qui sait et qui veut avec persévérance.
Aujourd’hui, les
circonstances vous entravent. Il vous semble que vos plus légitimes désirs ne
se réaliseront jamais. N'écoutez pas les mauvais conseils de cette heure de
dépression. Ce qui vous fait défaut, soyez-en bien sûr, c'est la volonté.
« Je voudrais, dites-vous;
je voudrais, mais je ne puis. Je trouve sans cesse des obstacles qui s'opposent
à tout ce que je voudrais faire », et dépité, rebuté, vous vous retirez
de la lutte. Telle est bien votre erreur, homme de peu de foi !
Imaginez un médecin assez
sot pour dire à un enfant débile, anémié, que tout est perdu, que jamais
il ne remontera la pente, que tous ses efforts seront vains. L'enfant ne
tentera même pas d'effort, il dépérira. Au contraire, le médecin,
vraiment digne de ce nom, sait très bien qu'un régime sain, des
exercices appropriés, la vie au grand air, une alimentation choisie rendront
bientôt des forces au petit malade. Il lui fait partager sa foi, le surveille,
l'encourage, le stimule de toute manière et l'enfant guérit.
Il en est de même pour
la volonté. A celui qui est las de lutter, qui manque de forces morales, de
ressort, d'énergie psychique, dont les décisions sont insuffisantes, le
psychologue dit:
« Ayez foi. Les forces vont
venir. Elles dorment en vous. Faites effort, luttez. Les forces cachées vont
surgir, s'épanouir. Persévérez, elles vont se développer, vous transformer. De
faible que vous êtes, vous allez devenir puissant et robuste. Cessez de
pleurer. Relevez la tête. Rejetez les idées noires. Ne croyez pas que vos
forces vont vous trahir...»
Rien n'est impossible
à qui veut véritablement; il n'est pas de déshérités. Certes, chacun ne
peut devenir un athlète — est-il vraiment enviable de l'être ? —
mais chacun, en toute certitude, peut acquérir la force morale, la décision, le
contrôle sur soi-même, l'attention, la volonté qui sont nécessaires dans
la vie.
Ces pages ont pour but de
vous montrer comment acquérir des forces mentales; comment avoir prise sur les
énergies qui sommeillent en vous, prise sur les autres, prise sur les
événements. Cette tâche n'est pas au-dessus de vos forces. Si vous vous décidez
à faire cet effort, c'est une vie nouvelle qui s'ouvre devant vos pas.
Après un effort, un labeur qui durera d'autant moins que vous
l'entreprendrez avec courage, la réussite vous sera aisée, la chance vous
sourira.
La chance ! C'est en vous
développant que vous comprendrez toute la valeur de ce mot si souvent et si mal
prononcé.
La chance vous appartiendra
dès que vous aurez décidé de lutter. Ce n'est pas une entité changeante,
capricieuse. Elle obéit à qui sait vouloir. Nous l'attirons par nos
pensées quand nous avons appris à les diriger; nous l'attirons irrésistiblement
comme l'aimant attire l'aiguille de la boussole. Si nous savons vouloir, nous
la fixons, nous l'obligeons à rester avec nous.
N'avez-vous jamais remarqué
combien certains êtres possèdent un pouvoir, une emprise autour
d'eux ? Ce rayonnement est réel, mais il n'a rien de mystérieux ou de
surnaturel pour qui connaît les phénomènes psychiques. Inconsciemment
peut-être, ces êtres savent vouloir, mais rien ne vous est plus
loisible que d'apprendre aussi. Vous réussirez aussi bien qu'eux, mieux
même car vous connaîtrez la valeur des énergies qui sont en vous.
Pour réussir, le point
essentiel est donc de se perfectionner, d'acquérir de la volonté. Mais que sera
cette volonté ? Celui qui l'exprime dit, par cela même, volonté calme,
suivie, réfléchie, persévérante. Pas d'élans brusques. Au contraire, une
patience sûre de la réussite. Il faut aussi un altruisme qui vous fait
considérer votre réussite personnelle comme l'accroissement du bien de tous.
Ces nobles sentiments, si opposés à l'arrivisme, sont nécessaires pour
attirer à vous les forces que doit capter et retenir la volonté. Il faut
être ou devenir un noble exemple pour les autres; il faut que notre vie
bien remplie leur soit comme un enseignement. Ce n'est pas seulement pour nous
que nous travaillons, mais pour accroître l’œuvre commune.
L'homme ne vient pas sur
terre poussé par le hasard. Il est le produit de tout un passé: passé personnel
en premier lieu; passé collectif ensuite.
Nous ne saurions nous
appesantir ici sur ce point que nous avons plus largement traité dans nos deux
ouvrages: la Science secrète et les Forces supérieures. Nous nous
bornerons à quelques mots rapides qui serviront de préambule au
problème de l'auto suggestion émotionnelle dans la cure morale.
Le passé de chaque homme
représente une somme d'efforts considérables. Les pensées que nous avons
accumulées forment un trésor prodigieux. De ce trésor surgissent les
traditions, les coutumes, les habitudes. Et ce trésor, nous l'ignorons; il faut
des circonstances tout à fait exceptionnelles pour que nous en ayons
conscience. Il n'en existe pas moins.
De notre ancêtre le
plus reculé, la pensée s'est perfectionnée à travers les âges.
L'être, d'abord, a été mû par des instincts, assez semblables
à ceux qui régissent l'animal. Après ces instincts, accordés
à tout être vivant pour qu'il puisse conserver et perpétuer
l'existence, des habitudes sont venues qui ont en quelque sorte codifié ces
instincts. Enfin, très lentement, les actes volontaires ont fini par se
faire jour. C'est seulement après des centaines de siècles que le
cerveau s'est formé, tel que nous le connaissons. La pensée s'est manifestée,
entraînée; une langue rudimentaire, puis des vocables plus divers se sont
créés. De progrès en progrès, avec des erreurs et des triomphes,
la civilisation est devenue celle que nous voyons de nos jours.
Oui, des liens puissants
nous relient à tout le passé. Nous avons évolué, depuis l'homme des
cavernes. Nous avons affiné nos facultés, gagné des pouvoirs. Mais pouvons-nous
dire, si grand soit, à l'heure actuelle, notre acquis, que nous sommes
aussi conscients que nous le désirons ? Pouvons-nous dire que nous sommes
toujours des êtres libres, indépendants, agissant exclusivement parce que
nous le jugeons bon ? La foule le croit; mais, comme bien des opinions du
vulgaire, celle-ci est absolument fausse.
En réalité, il y a en nous
deux êtres distincts que les psychologues appellent le conscient et
l'inconscient. Nous avons déjà comparé le premier au directeur d'une
usine, le second au sous-directeur. Dans la personne humaine, ces deux
êtres se juxtaposent, n'existent pas l'un sans l'autre. Tous deux ont
zinc part dans tout acte, toute décision, toute opinion, tout sentiment. Fait
bien connu des psychologues, c'est l'inconscient qui, dans cette vie à
deux, joue le rôle le plus important.
Dans la Science
secrète, nous avons comparé la personnalité humaine à un iceberg.
Le bloc de glace est dérivé par le courant comme nous-mêmes sommes
entraînés par des forces supérieures. Une partie du bloc émerge de l'eau — un
dixième — c'est la partie-consciente. Ce qui est dans l'eau (les 9/10) c'est
la part de l'inconscient. Conscient et inconscient sont, comme dans le bloc de
glace, inséparables; ils collaborent à toutes les manifestations de
notre vie organique, psychique, intellectuelle, à tous les faits de
pensée, de conscience. C'est un fait primordial qu'il ne faut pas oublier.
L'apport du passé est un
lourd fardeau dont nous ne pouvons nous défaire. C'est notre inconscient qui
traîne tout ce poids. Chez l'animal inférieur, cet inconscient est seul
à exister; il est le siège de l'instinct, le réceptacle de tous
les apports héréditaires. Chez les êtres plus évolués, il garde les
habitudes acquises, subit les influences ambiantes. C'est cet ensemble qui crée
le premier pli psychique, qui forme le caractère, détermine le
tempérament, conditions premières de notre manière de voir, de
sentir et d'agir. C'est ce pli qui, en premier lieu, nous impose notre ligne de
conduite. Mais l'homme se perfectionne et, à mesure qu'il acquiert une
plus grande conscience de sa personnalité, il apprend à résister
à toutes les impulsions qu'il juge néfastes.
De jour en jour, ce
perfectionnement s'accroît. Non seulement chaque homme, mais l'humanité tout
entière tend sans cesse vers le mieux-être, suit la loi évolutive.
La somme des expériences
passées nous rend déjà de grands services. De tout temps, les sages, les
philosophes ont compris la nécessité de se perfectionner, de rendre meilleures,
tout ensemble, les facultés intellectuelles et les puissances émotionnelles.
Cette tâche est considérable
et ce n'est pas trop des deux éléments de notre personnalité: conscient et
inconscient pour la mener à bien. Aussi les voyons-nous toujours
travailler côte à côte comme le directeur et le sous-directeur d'une
usine. Tous deux doivent conjuguer leurs efforts en vue d'un fonctionnement
avantageux pour tous. C'est de ce travail commun que doit naître le
progrès. Le conscient (directeur de l'usine humaine), quand il entend
bien son rôle, observe, juge, s'instruit, recueille les observations de tous
pour en faire une opinion précise propre à le diriger dans la marche de
ses affaires. Quand il a augmenté et groupé ce bagage de notions, il s'est fait
une idée nette de toute chose et c'est seulement alors qu'il peut, en pleine
connaissance de cause, donner au sous-directeur (inconscient) les ordres qu'il
doit faire exécuter par le personnel inférieur. Le sous-directeur classe
à son tour les données qui lui ont été transmises. Ce classement, cette
sorte de fichier intellectuel est une part importante de sa besogne. En cas de
besoin, le directeur aura recours à lui pour obtenir immédiatement les
fiches qu'il souhaite en vue de son travail personnel. Donc, plus le classement
sera net et bien fait et plus le directeur trouvera son œuvre facilitée,
mieux l'usine fonctionnera au mieux des intérêts de chacun.
Comment le directeur et le
sous-directeur peuvent-ils s'acquitter de cette tâche à la fois
distincte et commune ? Ils le peuvent grâce à un ensemble de facultés.
Ces facultés leur sont communes, mais ils les exercent chacun différemment. La
conscience est en possession de l'initiative, des vues nettes, des notions
vivantes. L'inconscient a une besogne automatique, qui demande à la
fois, pour être bien menée, plus d'ordre et d'application soutenue. Ce
dernier est un sous-ordre, certes, mais il n'est pas de collaborateur plus
utile. Nous allons voir quel est le rôle de chacun.
Pour ce faire, restons dans
le domaine des facultés supérieures et voyons rapidement leur utilisation par
le conscient et l'inconscient. Ici se trouvent en présence deux puissances qui
agissent différemment. Toutes deux interviennent dans le domaine mental et dans
le domaine émotionnel.
Pénétrons tout d'abord dans;
le domaine mental.
La faculté primordiale est
l'attention, base de tous les phénomènes psychologiques. Sans
l'attention, aucun perfectionnement ne pourrait exister. Les sensations ne
feraient que traverser l'organisme sang y laisser de trace, comme l'eau
traverse un crible.
Toutes nos facultés
psychiques découlent de l'attention: c'est elle qui nous fait voir les objets.
Une notion étant acquise, nous pouvons la comparer à d'autres: le
jugement intervient. Ensuite, cette perception et ce jugement se lient, presque
automatiquement à des idées plus ou moins vastes, plus ou moins variées
et donnent lieu à des associations d'idées. Ces notions, ces
comparaisons, les jugements qui en découlent, les idées qui s'unissent à
eux sont enregistrés par la mémoire qui enrichit nos archives et peut, le cas
échéant, les reproduire telles quelles ou donner à l'imagination des
thèmes qu'elle peut broder à l'infini pour produire d'autres
idées et d'autres images.
Dans toutes ces opérations
de l'esprit: attention, jugement, association d'idées, mémoire, imagination,
les deux entités — conscient et inconscient — ont leur part, car toutes deux,
toujours, vivent côte à côte, s'interpénètrent.
Montrons quelle est la part
de chacune d'elles. Tout d'abord pour l'attention.
Prenons la forme consciente:
je tiens un caillou, je l'étudie suivant les motifs qui me sont fournis par une
culture antérieure. Si je ne suis pas à même de rechercher sa
composition, en tout cas, je puis constater sa couleur, sa dureté, sa contexture,
les particularités plus ou moins frappantes de sa forme. Mais, en général, nous
n'exerçons guère cette faculté d'attention. Nous ne savons pas voir.
Nous regardons à peine. C'est de là que vient la faiblesse de nos
facultés. Nous passons en aveugle devant le spectacle merveilleux du monde.
La forme inconsciente de
l'attention est encore plus primitive. Nous sommes au cinéma, plongés dans
l'obscurité. Soudain, la lumière jaillit et, nous qui avons atteint
l'âge adulte, nous faisons le même mouvement que le tout petit, nous nous
tournons spontanément vers la source de cette lumière. Nous ne pensons
aucunement à observer pourquoi et comment cette lumière se
produit; c'est un besoin presque physique de la contempler. Il s'agit là
d'un acte purement inconscient.
Le jugement s'exerce de
même sous les deux aspects conscient et inconscient.
Si nous étions conscients,
nous jugerions sans parti pris, ne nous inspirant que de la réalité des faits,
et nos jugements auraient la précision de la mathématique. Mais il s'en faut de
beaucoup que les choses aillent ainsi. Le sachant, ou à notre insu, nous
avons mille affections, mille habitudes, mille idées préconçues qui ne nous
permettent pas de discuter les faits et les idées avec l'impartialité qu'ils
méritent. Le rôle de l'inconscient devient énorme. Nos habitudes de famille, de
nationalité, de religion, d'étude même, nous font une sorte d'armure en
présence de certains faits. Il en est que nous n'admettrons jamais, même
devant la formelle évidence. Du moins, nous devrons nous faire violence pour
les discuter honnêtement. Si nous sommes contraints par la réalité
à voir ce qui ne nous plait point, nous sommes brutaux dans nos
jugements et nos sensations nous entraînent souvent où le conscient ne
veut pas aller. Pour prendre un fait tangible, dans l'amour et les autres
affections nous ne voulons voir de l'être aimé que ce qui nous plait en
lui et nous lui prêtons au besoin des attraits qu'il n'a jamais possédés.
L'association des idées
procède également des deux formes consciente et inconsciente. Nous avons
tous le pouvoir d'unir les idées les unes aux autres. Si nous songeons à
une feuille d'arbre, nous lui trouvons un rapport avec une brandie, la branche
avec le tronc et ce sont les associations en quelque sorte nécessaires, mais nous
en pouvons former d'autres à l'infini. Ici, le travail est tout à
fait conscient; mais, le plus souvent, l'association des idées se fait de la
manière la plus spontanée. Le fait le plus caractéristique de cette
association inconsciente des idées est le rêve. Le rêve est fait en
général de nos perceptions récentes groupées suivant un ordre arbitraire par
l'inconscient pendant que le conscient se repose. Par exemple, un repas mal
digéré nous donne une sensation de pesanteur sur l'estomac; une rencontre désagréable
nous a laissé aussi une impression de gêne. Le rêve associe ces
deux sensations et nous fait voir le gêneur assis sur notre épigastre.
Dans la vie courante, le même phénomène se produit dans la
conversation à bâtons rompus. Les gens du monde se réunissent, un mot
appelle une idée souvent fort différente de celle qui présidait au propos de
tout à l'heure; mais comme le cercle est formé de personnes ayant les
mêmes habitudes d'esprit, ces bonds ne déconcertent personne et tous ont
l'esprit d'à propos qui leur permet de riposter sans retard aux paroles
prononcées.
Notre mémoire nous offre une
dualité semblable. Les faits enregistrés se gravent et se reproduisent.
J'ouvre un livre, je lis
quelques vers, ils me plaisent; je les relis pour les conserver présents
à l'esprit; je m'en souviens quand je le souhaite. Ici, manifestation
consciente. Mais la mémoire est beaucoup plus intense encore quand elle agit de
manière inconsciente. Je n'en veux pour preuve que ces phrases musicales
qui s'incrustent dans notre inconscient au point d'en devenir une gêne,
une obsession.
Prenons cette obsession pour
type. L'air entendu, une romance, un refrain nous poursuivent; nous ne pouvons
nous en dégager. Dans notre sommeil, mille et mille souvenirs que nous avions
perdus, que nous croyions avoir oubliés, surgissent soudain à la faveur
du rêve. Qu'un choc émotionnel survienne et ces pensées, ces images
réapparaissent dans un éclair. Prenons encore un exemple typique: un naufragé,
dans la minute où il croit mourir, revoit, dans une brusque
lumière, tout ce qui fut son passé et souvent des détails infimes. Nous
en avons cité bien des cas dans notre Science secrète.
Ces impressions, ces
souvenirs, sont en nous à l'état latent. Ils y demeurent sans même
que nous le sachions et nous sommes bien longtemps, parfois même toute
notre vie, sans connaître les richesses que nous possédons. Que faut-il pour
ramener au jour quelques souvenirs ? La vue d'un objet, d'un arbre, d'une
maison, d'un site; un air que fredonne quelque mendiant, une parole qui nous
frappe, un geste qui nous émeut, une inflexion de voix, un regard, une poignée
de main, le contour d'un visage, une silhouette vaguement entrevue... Sans
motif plausible pour nous, le souvenir que nous croyions ; aboli et qui dormait
en quelque pli obscur de notre cerveau surgit du fond de la conscience,
s'impose à nous, crée une association imprévue d'idées qui modifie notre
jugement, nous fait aimer ou haïr, à travers l'objet présent, la
sensation de joie ou de douleur d'autrefois. Dans cette action, le rôle de
l'inconscient est immense. Il est le gardien fidèle de toutes les images
reçues, de toutes nos sensations; c'est lui qui nous les présente dans un ordre
imprévu mais impérieux, dans les heures violentes.
Plus encore dans l'imagination,
le jeu de l'inconscient et du conscient prend des proportions considérables.
L'imagination est la faculté qui nous permet non plus de grouper des images
anciennes mais d'en créer de nouvelles, faites de toutes pièces.
L imagination peut agir dans
le domaine conscient, mais il est rare que ce domaine lui suffise. Essayez de
créer volontairement une image que vous n'ayez jamais vue, qui ne ressemble
à rien qui soit connu de vous, vous en éprouverez une assez grande
difficulté. Cependant l'artiste est obligé, quand il veut donner la vie
matérielle à un personnage de drame, de le voir tel que l'auteur a pu le
forger dans sa pensée souvent abstraite. S'il est vraiment un grand artiste, il
nous fait oublier ce qu'il est personnellement. Ce n'est plus Un tel ou un tel
que nous regardons sur la scène, c'est Roméo, c'est Shylock, le Tartufe
ou Chérubin. Cette perfection dans la réalisation d'un type imaginaire est
d'une extrême difficulté; aussi, bien peu y réussissent. Il faut un génie
naturel, beaucoup d'observation et de puissance émotionnelle.
Dans sa forme inconsciente,
l'imagination se donne beaucoup plus librement carrière. C'est cette
forme de l'imagination que Malebranche a nommée « la folle du logis ». Si nous
la laissons agir sans contrôle, elle ne saurait garder aux faits et aux choses
leurs proportions véritables. Dans la frayeur, par exemple, l'imagination joue
un rôle prépondérant. Nous sommes dans un bois, la nuit. En réalité, nul danger
ne nous menace, mais l'angoisse de la solitude; le bruit des feuillages, le
hululement des oiseaux nocturnes, tout cela nous trouble. L'inquiétude gagne
notre esprit et débride notre imagination. Sous son impulsion, les arbres
prennent des dimensions et des formes fantastiques : tel devient un géant, cet
autre un voleur embusqué avec une arme redoutable; la racine se transforme en
serpent; tout nous apparaît comme un piège. La terreur véritable nous
prive de tous nos moyens. Qu'à ce moment, un bruit inattendu se propage
dans les ténèbres, il nous est impossible de penser que c'est le galop
d'un lapin ou le cri d'un oiseau de nuit. C'est nécessairement le début d'une
aventure épouvantable et, selon l'état de nos nerfs, nous prenons une course
folle, ou bien nous roulons à terre, le cœur défaillant.
L'imagination est une telle
force que nous la voyons, par contre, rappeler à la vie ceux qui étaient
possédés par quelque forte passion et qui y puisent l'énergie de lutter contre
le mal. L'avare n'a pas besoin de voir, de palper son trésor pour éprouver la
joie que lui donne sa fortune; il lui suffit de voir l'or, de l'entendre, d'y
penser même pour créer en son esprit l'image de la « chère
cassette » qui contient plus que sa vie. Le voluptueux, l'homme épris n'a pas
besoin de voir la femme aimée ou désirée; il suffit d'un portrait, d'une
lettre, moins encore, d'un parfum respiré dans la rue, d'une coiffure, d'un
ruban, pour que le souvenir de l'être aimé lui soit présent et, avec lui,
les sensations voluptueuses qui accompagnent sa présence. L'alcoolique, le
glouton pensent à une bouteille, à un festin, et l'eau leur en
vient à la bouche. Le joueur, rien qu'à imaginer la table de jeu
ou le champ de courses, éprouve déjà le frisson qui lui serre le
cœur au moment où son enjeu s'évapore ou se multiplie suivant le
caprice du sort. Dans les jours de mélancolie, la tombe de ceux qui nous ont
quittés nous fait revoir leurs traits chéris, revivre les heures douées qui
nous ont fait le mieux apprécier leur caractère et leur tendresse. Dans
tous ces cas, c'est le processus inconscient qui s'impose à nous avec
force, qui nous contraint à voir, à entendre, à éprouver
ce que nous ne recherchons peut-être pas, ce qui est peut-être un
remords.
Dans tout fait psychique,
nous voyons donc l'inconscient agir sur nous avec puissance.
Nous pensons, mais nous
sentons aussi et c'est surtout dans le sentiment que l'inconscient prend une
part énorme à notre vie, nous soutient ou nous abat, aiguise nos
perceptions ou les oblitère.
Nous traversons un paysage
dont l'harmonie nous enivre. Un calme inattendu nous pénètre et nous
charme. Cet arbre, cette fontaine, ce ciel délicatement bleu ne se contentent
pas de faire vibrer en nous les émotions que leur vue nous inspire; ils nous
rappellent des villégiatures précédentes, des souvenirs, des joies, des peines,
qui font de nous une personne toute différente de celle qui est descendue du
train.
Nous entendons une chanson,
une symphonie : leur rythme, leur mélodie rappellent à notre esprit un
monde de sensations oubliées. Tel chant, doux et mélancolique, paraîtra une
prière à un esprit religieux, et il verra sa mère prier ou
quelque figure chérie, dans l'attitude de l'extase. Celte mélodie est
peut-être un regret du pays ou la séparation de l'aimée: thèmes
qu'un autre auditeur y verra et animera de ses souvenirs personnels. La voix
d'un ami subitement entendue nous saisit d'une joie singulière dans
certains moments plus sensibles. Il nous paraît, dans une période de chagrin,
que cette voix nous amène un réconfort, que cet ami vient à nous
comme un envoyé céleste.
Marchons dans la campagne,
un jour de repos, alors que les préoccupations de la vie nous laissent l’esprit
paisible. Cette maison qui n'a jamais retenu notre attention nous paraît tout
à coup celle du bonheur. Nous la trouvons pareille à la maison de
notre enfance, à celle qui semblait si grande quand nos pas
trébuchaient. Un monde d'images et de souvenirs reparaît à notre pensée
comme des bulles à la surface de l'eau. Des cloches sonnent au lointain;
toutes les sensations religieuses de notre enfance se tissent à cette
harmonie si douée à écouter dans la paix du soir. C'est le village de
l'enfance avec ses maisons basses, ses haies pleines de mûres où
nous avons tant grappillé et dont nous nous rappelons tout, excepté les épines.
Un parfum nous rappelle une présence féminine et c'est beaucoup dans cette
faculté d'éveiller nos souvenirs que le parfum prend sa puissance. Mais ce
parfum lui-même est évoqué à son tour par des circonstances
extérieures. Un tableau nous montre un rosier chargé de ses fleurs; nous l'imaginons
vivant, nous respirons sa tiède baleine et nous rapprochons d'elle des
images, des parfums qui nous furent chers.
En somme, à moins
d'éducation particulière, nous n'avons que peu de maîtrise dans notre
vie émotionnelle. C'est ce qui fait dire à Hœffding: « C'est
surtout dans le développement des sentiments que les impressions inconscientes
jouent un grand rôle. Le sentiment n'est pas seulement déterminé par des
sensations et par des représentations claires et précises, mais encore par des
influences imperceptibles, dont la somme seule compte pour la conscience. De
là ce qu'il y a de mystérieux et d'inexpliqué dans l'essence de tant de
sentiments; ils sont surtout dans leurs premiers mouvements, inintelligibles
pour l'individu qui les éprouve, parce qu'il en ignore les causes précises. »
Tous les faits que nous
venons de passer en revue montrent le rôle immense que joue en nous la partie
inconsciente de notre personnalité. C'est l'inconscient qui fait battre notre
cœur qui préside à toutes nos fonctions organiques. Il est
prépondérant dans tout acte de pensée, dans tout sentiment, dans toute émotion.
L'inconscient est le réservoir où s'accumulent, avec tous les apports du
passé, les fruits de notre expérience.
Pour la clarté de notre
enseignement, nous avons étudié l'inconscient et le conscient comme s'il
s'agissait de deux entités séparées, mais ce serait une erreur de croire qu'il
en est ainsi dans la réalité de la vie, que ces deux êtres peuvent agir
l'un sans l'autre et même qu'il y a avantage à laisser à
l'inconscient son entière liberté. Cette erreur ne tarderait pas
à amener les abus les plus funestes.
Au contraire, nous devons
toujours tendre à renforcer en nous le contrôle volontaire. Si nous
laissions à l'inconscient une liberté excessive, il ne tarderait pas
à nous engager dans une voie qui nous serait extrêmement
préjudiciable. Cela nous est très facile à constater dans
certaines circonstances où l'inconscient devient momentanément notre
maître, où il cesse de se trouver sous le contrôle de la conscience. Par
exemple, dans le cas d'obsession, d'idée fixe, où, sous l'empire de
l’inconscient, la conscience est oblitérée par une pensée, souvent sans
importance, qui prend des proportions si grandes que l'on ne voit plus autre
chose. Nous le voyons également dans les rêves où l'inconscient,
laissé libre d'agir à sa guise, nous fait associer les idées les plus
disparates dans l'ordre le plus arbitraire. Ce mécanisme est encore plus
apparent dans le trac où tout contrôle disparaît. L'inconscient, emballé
en quelque sorte sur une piste, ne trouve plus ni frein, ni obstacle et ne
tarde pas à nous jeter dans les embarras les plus extrêmes. On
voit, dans ce cas, les réflexes les plus inattendus se produire: le traqueur
souffre de palpitations, de troubles de la digestion ou des sécrétions. En un
mot, le traqueur ne peut plus compter sur l'autorité de sa volonté et, livré
à son inconscient, perd tous ses moyens d'un seul coup.
Dans certains cas
pathologiques, l'inconscient peut même prendre temporairement la place de
la conscience et agir en son lieu et place. Nous avons étudié dans notre
Science secrète — où nous nous sommes appesantis longuement sur
la vie mentale, — les cas célèbres de Félida, étudiée par le Docteur
Azam de Miss Beauchamp, étudiée par le professeur Morton Prince,
d'Hélène Smith étudiée par le Professeur Flournoy et divers autres aussi
caractéristiques.
Ces personnes, dont la
psychologie maladive a été longuement observée, avaient plusieurs états de
conscience qui prenaient successivement la place de l'être réel, du
conscient. Ces cas sont extrêmement curieux et ils peuvent être
reproduits expérimentalement par un suggesteur habile. Il est possible
d'imposer, en suggestion, une personnalité toute différente de celle du sujet,
qui vivra de son existence propre, sans laisser à la vraie conscience du
sujet la possibilité de se manifester. Chez les fous, le phénomène est
plus complet encore. L'inconscient est seul à vivre; le conscient est
complètement obnubilée
II ne faut pas davantage
considérer l'inconscient comme un danger constant et que l'on doit tenir sous
clef. Bien éduqué, il peut, au contraire, devenir un être précieux, mais
il doit toujours demeurer sous l'autorité, sous le contrôle du conscient. C'est
celui-ci qui, à l'origine, doit juger si l'habitude à acquérir
est bonne et profitable, si la faculté à développer rendra de véritables
services. C'est seulement après cette étude que l'inconscient a le droit
de prendre cette habitude, de développer cette faculté, de même que le
sous-directeur d'une usine ne doit se permettre de prendre aucune décision
importante sans le consentement ou l'ordre de son directeur. Il devra ensuite
faire exécuter le programme de travail par les sous-ordres.
Le but de l’éducation
psychique est de renforcer la conscience, d'augmenter sa maîtrise sur
l'inconscient, qui, bien gouverné, devient un fidèle serviteur.
Prenons un exemple qui
montrera le mécanisme de cette collaboration:
Voici une jeune fille qui
veut être dactylographe. Elle doit connaître la place des touches et
acquérir une dextérité suffisante pour la frappe. Ce double travail s'effectue
en deux périodes bien distinctes:
1er stade. — Au
début, la dactylographie exige de la jeune fille un effort conscient. Tous les
mouvements qu'elle fait doivent être contrôlés avec attention. Il faut
qu'elle observe avec soin la place des touches, et chaque pose de doigt est
à la fois un geste du corps et un travail de l'esprit; encore les
erreurs sont-elles nombreuses, au début.
2e stade. —
L'habitude est enfin acquise; les doigts se sont déliés; la dactylographe n'a
plus besoin de songer à ses mains qui agissent guidées par l'habitude.
La frappe est automatique. Le conscient ne fait plus effort que pour suivre le
texte à transcrire, dans le travail matériel. C'est l'inconscient qui
agit. A ce stade, le conscient est parfaitement libre de se livrer à une
toute autre besogne comme celle de rédiger la réponse, le texte, le roman que
les doigts, mus par l'inconscient, écrivent sans en avoir connaissance.
On voit très bien ici
le rôle de l'inconscient: c'est un serviteur fidèle, mais pour
être utilisé comme tel, le conscient s'est vu obligé, tout d'abord,
d'étudier, de juger, de contrôler ]a notion qu'il fallait enseigner à
son aide, après avoir vu que cette notion était utile et bonne à
acquérir. On peut dire, sans crainte d'erreur, que rien d'utile, vraiment, ne
peut être accompli de façon constante, suivie que sur l'ordre du
conscient.
Je reprends en mon nom
personnel l'exemple de la collaboration du conscient et de l'inconscient dans
l'écriture à la machine. J'ai commencé, il y a quelque vingt ans,
à me servir de cet objet. Après quelques jours d'application,
j'ai connu mon clavier. Il m'en a fallu davantage pour obtenir la dextérité, la
rapidité nécessaires, sans lesquelles la dactylographie n'est pas utile. J'ai
donc fait, au début, un effort conscient. Mais dès que la place des
touches a été fixée dans ma mémoire, mes doigts ont continué leur besogne,
guidés seulement par l'inconscient. Depuis 20 ans, j'ai gardé la même vitesse
au clavier, mais, fait à noter, je frappe maintenant sans prêter
aucune attention à ce que font mes mains. Si je ferme les yeux devant
mon clavier et que l'on me demande où se trouve une lettre: n, par
exemple, je suis incapable de dire où elle est. Mais que je veuille
écrire ou qu'on me dicte un texte, immédiatement, sans aucune hésitation, je
puis le transcrire sans faute, sans confusion. Ce simple fait suffît à
démontrer l'existence de deux mémoires différentes: le conscient a oublié, l'inconscient
se souvient.
Cette dualité de la mémoire
est extrêmement importante à noter dès maintenant, car elle
nous fait constater les divers stades de l'éducation que nous devons donner
à notre volonté. Au début, toute notion que nous acquérons, est acquise
par un effort conscient. Plus nous apportons d'attention à cette étude,
plus rapidement et mieux le résultat est obtenu. A l'acte volontaire,
succède ensuite l'habitude. Le conscient cède la place à
l'inconscient. L'effort initial crée le pli psychique qui ne s'effacera plus
guère. Cela fait, le conscient n'a plus aucun effort à faire, il
s'en remet à l'inconscient et à ses sous-ordres. Plus les notions
à acquérir seront complexes et délicates, plus le premier stade nécessitera
de travail et d'application, mais, par la suite, il n'y aura aucune peine
consciente; l’inconscient sera discipliné.
Ce phénomène de la
double mémoire — consciente et inconsciente — ne se produit pas seulement dans
la dactylographie. On le trouve dans tout fait de conscience. Il n'en est pas
de plus fréquent. On peut même le considérer comme une règle
générale. Il est si constant qu'il passe inaperçu devant nos yeux.
Je me rends pour la
première fois chez une personne. Je regarde la rue, je cherche le
numéro, je considère la maison, je m'informe auprès du concierge,
je gravis l'escalier ou prends l'ascenseur, je m'arrête à l'étage
indiqué. Sur le palier, je fais un effort de mémoire pour me rappeler à
quelle porte je dois sonner. Pour arriver à mon but, j'ai dû
mettre sans cesse en action ma conscience: j'ai regardé, observé, réfléchi.
Me vient-il à l'idée
de voir à nouveau cette personne ? Je me rends chez elle avec beaucoup
moins d'efforts, car un grand nombre de notions me sont restées en mémoire. Je
n'ai plus recours au concierge; je reconnais l'étage et, si j'hésite un instant
sur le palier, cette hésitation n'est pas longue.
Que cette visite se
renouvelle et devienne une habitude fréquente, je ne songe même plus
à regarder; mon inconscient me dirige, tandis que je pense, soit au
plaisir de voir des amis, soit à l'entretien d'affaires auquel je vais
me livrer.
L'inconscient décharge le
conscient de tout travail qui peut être fait automatiquement. C'est
là son principal rôle. Celui du conscient est d'observer, de comparer,
de juger.
Prenons encore un exemple.
Pour apprendre à jouer du piano ou de tout autre instrument, le premier
stade est celui de l'effort conscient, le deuxième stade est
automatique. Dans le premier, l'esprit a fort à faire pour guider les
doigts sur les touches, mais quand l'habitude est acquise, l'esprit laisse agir
l'inconscient et se préoccupe d'autre chose, de l'interprétation de la phrase
musicale, du sentiment à exprimer.
Chacun exerce ainsi la
fonction qui lui est propre: après étude, l'inconscient décharge le conscient
de tout le travail qui peut être automatiquement accompli. Libéré de ce
soin, le conscient peut faire une besogne d'ordre supérieur, où il est
beaucoup plus utile.
Vous trouverez des exemples
du même genre partout autour de vous. Tous les ouvriers habiles en leur
art sont passés par les mêmes stades. Au début, ils ont appris à
force d'attention à se servir de leur outil, mais, par la suite, ce
travail manuel est devenu automatique; ils ont pu alors chercher les
délicatesses de leur art et accomplir des besognes qui demandent un soin et un
goût tout intellectuels. En tout ceci, nous le voyons, le rôle de l’inconscient
est celui d'un suppléant, d'un secrétaire, à qui l'initiative ne doit
jamais appartenir.
De ces constatations, une
loi ressort pour nous. Nous devons nous efforcer de décharger le plus possible
le conscient des travaux que l'inconscient peut faire automatiquement. Mais
l'inconscient reste au second plan. Ce serait commettre une grosse erreur de
croire que l'inconscient peut agir de lui-même sans contrôle préalable.
C'est toujours le conscient qui doit avant toute chose, juger la valeur des
notions, les passer au crible de la raison.
Quand l'éducation psychique
a été imparfaite, quand l'inconscient domine sur le conscient, nous disons que
la personne est « inconsciente ». Cela peut se dire de l'enfant qui n'a pas
encore atteint l'âge où il peut juger et maîtriser ses impulsivités; du
vieillard tombé en enfance et qui n'a plus ses facultés; du fou, de l'halluciné
qui, pour un motif ou un autre, ont perdu tout contrôle volontaire. Tous ces
êtres, trop jeunes ou affaiblis, manquent de synthèse mentale;
leur conscient n'est pas à son poste.
Expérimentalement, nous
pouvons arriver au même fait. Plongeons en hypnose un sujet sensible. Que
se passe-t-il dans son champ mental ? Le conscient est endormi, obnubilé; c'est
l'inconscient qui accepte la suggestion imposée et qui l'exécute dans la limite
permise.
On conçoit par-là
quelle utilité il y a pour nous à devenir de plus en plus conscients. Ce
serait une erreur aussi grossière que préjudiciable d'abdiquer notre
conscience, car nous restreindrions du même coup le champ de nos
perceptions et nous finirions par perdre le sens précieux de la responsabilité.
Nous devons tendre à former une synthèse harmonique de notre
conscient et de notre inconscient, si nous voulons que le sous-directeur, sans
empiéter sur ses droits, soit toujours à son poste et s'y conduise en
bon et fidèle collaborateur. C'est seulement alors, quand nous aurons
obtenu cette synthèse, ce parfait contrôle, cette maîtrise de notre
inconscient, que nous viendrons à bout de nos impulsions mauvaises, de
nos hérédités morbides, des habitudes néfastes si fortement ancrées qu'elles
soient, des plis psychiques, des suggestions ataviques, des faiblesses, des
tares même qui entravent notre progression.
Ne plus contrôler
l'inconscient, lui laisser la prédominance dans tous les actes de la vie, es
serait infailliblement faire reparaître tous les bas instincts qui nous
viennent de notre plus mauvaise ancestralité; ce serait rétrograder.
Si nous insistons si
longuement sur ce point, c'est pour montrer combien est grande l'erreur que
commettent ceux qui tablent uniquement sur l'inconscient pour donner à
l'être humain une maîtrise plus complète. C'est de l'inconscient
qu'ils attendent les résolutions heureuses, les forces vives qui doivent nous
apporter la force, la santé, le succès, le bonheur ! Quelle erreur
! C'est la même qui pousserait un préfet de police à confier aux
voleurs la garde du trésor public ou des biens particuliers. Agir ainsi, c'est
prendre le contre-pied du problème. Ce n'est pas un moyen pratique pour
en avoir la solution.
Nous voici donc en présence
de deux thèses entièrement opposées:
M. E. Coué, qui appelle sa
méthode « auto suggestion consciente » — et, en cela, il commet un abus de
langage — table uniquement sur l'inconscient mis en éveil par l'imagination
pour accomplir en nous des miracles. La méthode du psychologue nancéen se
réduit à ce fait : faisons un rêve, le plus doucement possible,
sans effort; imaginons que nous sommes en parfaite santé, que rien, à
l'avenir, ne pourra troubler notre quiétude, entamer notre équilibre physique,
nuire à notre joie, à nos succès matériels ou
intellectuels. Si nous l'imaginons suivant la formule, santé, joie, bonheur,
succès viendront comme par enchantement. Surtout, ayons bien soin de ne
pas accomplir un acte volontaire, ne faisons pas le moindre effort, nous
perdrions tout le fruit du traitement commencé. Ce qu'il faut, c'est répéter le
plus machinalement possible une formule apprise une fois pour toutes, une
formule de quelques mots dont il ne faut pas chercher le sens, d'ailleurs fort
évident. Mais surtout, surtout, éviter tout acte volontaire.
Fort d'une expérience
déjà longue et journellement poursuivie, nous n'hésitons pas à
dire qu'une telle conception est erronée. Si on se conforme à la lettre
de ses prescriptions, on va nettement à l'encontre de ce qui, à
notre avis, est nécessaire pour la mise en valeur de l'être humain. Nous
voyons même là un grand danger que nous ne sommes pas le premier
à signaler, car il saute, de prime abord, au regard des moins prévenus:
ce procédé est contraire à toutes les lois de l'éducation, puisque au
lieu de soumettre les impulsivités au contrôle de la conscience, il cherche
à créer des impulsifs, à désintégrer la synthèse mentale
au lieu de la renforcer. C'est là qu'est, à notre sens, le danger
de cette méthode.
Depuis les âges les plus
reculés, le lent travail de la civilisation a été de dégager le conscient de
l'inconscient, d'augmenter son domaine parmi les facultés humaines, d'agrandir
son pouvoir de contrôle sur les actions même qui semblent lui appartenir
le moins. Voici maintenant qu'il nous faudrait abandonner le terrain conquis,
retourner en arrière, revenir à ces temps barbares où
l'homme cédait sans contrôle à toutes ses impulsivités, et cela sans
l'excuse d'un sentiment violent.
Ce ne sont pas des impulsifs
qu'il faut créer. Bien au contraire, c'est des volontaires qu'il faut sans
cesse accroître le nombre. Il n'est pas possible, en bonne règle, de
retirer le gouvernement de notre usine à l'être intelligent et
adapté au commandement qu'est le directeur pour le confier au sous-directeur
qui ne possède ni les mêmes facultés, ni la même
préparation. Il est impossible d'attendre de celui-ci des ordres judicieux et,
surtout, continus. Certes, dans un moment d'enthousiasme ou dans un danger
tragique, l'inconscient peut prendre des déterminations utiles, accomplir des
actions sublimes, dépasser même ce que ferait la conscience. Mais, en
dehors de ces moments extrêmes, en supprimant le choc émotionnel qui
exalte ses forces, magnifie sa lucidité, l'inconscient est sujet à trop
de troubles pour que nous lui fassions confiance. C’est lui qui déprime le
conscient par ses tracs spontanés, ses peurs injustifiées, ses défaillances
imprévisibles, ses anxiétés sans cause, tout ce qui occasionne des déperditions
d'énergie. C'est aussi l'inconscient qui subit et transmet la poussée des
instincts bas et animaux, les tentations mauvaises. Il ne peut, il ne doit donc
agir que sous le contrôle d'un être plus froid, plus clairvoyant, mieux
adapté à la lutte et à l'action prolongée. Le directeur est fait
pour avoir la haute main sur tout cela, et bien des forces seraient perdues si
les rôles étaient intervertis. Toute autre conception, est erronée; les
résultats qu'elle peut donner sont précaires et transitoires. Les déboires sont
nombreux pour ceux qui ont tout attendu de la formule répétée machinalement.
Ces déceptions, n'ont, pour
le psychologue, rien qui le puisse surprendre. Il suffit de réfléchir. Le choc
émotionnel peut et doit avoir des répercussions profondes dans l'organisme,
mais on ne peut attendre de pareils effets d'une phrase répétée à
satiété et qui, par ce fait même, perd de sa puissance suggestive. Le
moment ne tarde à venir où on la dit aussi froidement et
distraitement qu'un phonographe pourrait le faire.
M. E. Coué pose le
problème en ces termes: Volonté ou Imagination ? De laquelle de ces
facultés devons-nous attendre le soulagement de nos maux, la transformation de
notre être, — ce qui est la même question transposée sur un autre
plan. M. Coué affirme que, si le conflit se produit entre la volonté et
l'imagination, c'est toujours cette dernière qui l'emporte. Ceci n'est
pas exact et dépend du naturel des personnes à traiter. D'ailleurs le
problème est mal posé.
Nous avons vu que le
conscient et l'inconscient ont les mêmes facultés à leur
disposition. Tous deux les régissent soit ensemble, soit séparément, mais en
des formes bien différentes. Les facultés supérieures — les seules qui nous
intéressent en ce moment — sont: l'attention, le jugement, l'association
d'idées, la mémoire, l'imagination, la volonté. Pour toutes ces facultés, nous
avons vu qu'elles s'exerçaient sous des formes très variables suivant
qu'elles étaient contrôlées par la conscience ou qu'elles échappaient à
ce contrôle. Les deux termes à opposer ne sont donc pas volonté et
imagination, mais conscient et inconscient, c'est-à-dire deux
êtres bien distincts, ayant chacun son caractère propre, son mode
d'agir, son habitude de se conduire très personnelle et impossible
à confondre avec le procédé de l'autre. Chacun d'eux possède une
forme de volonté — il y en a tant de formes et tant de gradations ! — il
possède une forme de l'imagination plus ou moins active, plus ou moins
passive, suivant qu'elle vit sous l'impulsion du conscient qui va chercher les
images ou de l'inconscient qui les subit d'où qu'elles se présentent, et
sans les contrôler aucunement. Nous pourrions nous étendre longuement sur ces
manifestations des diverses facultés suivant le domaine où elles
s'exercent, mais force nous est de nous restreindre, d'éviter les longs
développements.
Quoique en peu de mots,
serrons cependant de près le problème. Nous avons vu que la
théorie, au premier abord, se présente comme une pétition de principes. Passons
à l'examen des faits qui seuls doivent nous décider à opter pour
telle méthode plutôt que pour telle autre.
Si nous en croyons M. Coué,
il suffit, pour se guérir soi-même, de se répéter chaque jour, un certain
nombre de fois, la même formule: « Tous les jours, à tous points
de vue, je vais de mieux en mieux... », ou plus simplement: « Ça va, ça va... »
La phrase ne doit pas attirer notre attention et son sens doit nous être,
en quelque sorte, indifférent. Il faut rendre la récitation aussi machinale que
possible. Il faut, insiste M. Coué « répéter cette phrase comme on récite des
litanies. » II devrait ajouter quand on les récite sans aucune piété, ni
effusion de cœur, ce qui donne des prières plutôt faibles !
Mais M. Coué a foi dans sa
formule et, cette foi, il tâche de nous la faire partager. Tout d'abord, il
cherche à frapper notre imagination. En réunion publique, cela est
facile. La foule, même formée d'unités très supérieures, la foule
est toujours suggestible. Il se dégage d'elle une sorte de magnétisme passif
qui rend les masses, quelles qu'elles soient, éminemment faibles et crédules.
En outre, pour les auditeurs nouveaux, cette étrange méthode présente l'attrait
du mystère. Et, pour étonner la galerie, prendre encore plus d'empire
sur les êtres à suggérer, M. Coué a recours à un
subterfuge: « Fermez la main, dit-il d'un ton jovial, et dites-vous que vous ne
pouvez pas l'ouvrir. »
La personne impressionnable
qui se prête à l'expérience est bien naturellement émue. Tous les
yeux des spectateurs convergeant sur elle lui causent un trouble d'autant plus
grand qu'elle est plus sensitive. La suggestion qui se présente à elle
la trouve donc absolument désarmée. A ce moment on lui affirmerait avec énergie
que malgré tous ses efforts, elle ne peut pas ouvrir la main, qu'elle se
verrait peut-être dans l'impossibilité réelle de le faire. Ceci, c'est
l'expérience banale que réalisent facilement tous les hypnotiseurs de
scène. Mais l'expérience proposée par M. Coué est plus facile encore. Le
suggéré créant lui-même l'image et la pensée de son impuissance, il n'y a
pas de lutte dans son esprit. Il a fermé sa main avec l'idée qu'il ne pourra
pas la rouvrir; il ne tente même pas de desserrer les doigts. D'ailleurs,
le tenterait-il que, la plupart du temps, il n'y réussirait pas. Pour d'autres
raisons, ce grand émotif se trouve dans la même situation que l'artiste
en scène, qui est soudain complètement inhibé par le trac et qui
perd le fil de ses idées, se trouble, balbutie, bien heureux encore si d'autres
troubles plus gênants ne lui surviennent pas sous l’influence de
l'inconscient. Dans le cas qui nous occupe, l'inhibition est motrice et elle
porte sur le mouvement des muscles extenseurs des doigts.
Tout ceci est exact pour les
sujets sensibles et perméables à la suggestion. Mais il est des
êtres qui ne veulent rien accepter sans contrôle, ceux que l'on appelle
familièrement les fortes têtes et à qui l'on ne saurait
faire prendre des vessies pour des lanternes. On leur dit, comme aux autres: «
Fermez la main et dites-vous que vous ne pouvez pas l'ouvrir. » La «
forte-tête » a beau se répéter honnêtement la phrase sacramentelle,
il a beau se dire qu'on lui a commandé de ne pas ouvrir la main, dès
qu'on lui dit: « Essayez ! », il essaye et réussit sans aucune difficulté
à étendre les doigts qui devaient demeurer noués. La suggestion n'a pas
été acceptée par ce sceptique; ses mains n'ont pas été bridées, immobilisées;
il les ouvre sitôt qu'il le veut. « Justement, affirme M. Coué, ceci vient
à l'appui de ma thèse. Voici le conflit devenu flagrant entre
l'Imagination et la Volonté. Vous avez imaginé que vous pouviez ouvrir votre
main et vous avez pu. » Le triomphe est facile, mais il n'est qu'apparent. Le
suggéré peut dire, en toute honnêteté, qu'il n'a rien imaginé du tout,
qu'il a voulu voir. Et, en effet, il a vu que la suggestion ne prenait pas sur
lui. Aussi, cette démonstration, malgré l'effet qu'elle peut produire, soit en
réunion publique, soit dans un cercle où tous les assistants sont des
fidèles de sa méthode, cette démonstration est absolument puérile et
elle ne prouve rien.
M. Coué rencontre-t-il une
personne suffisamment crédule ou émotive ? Il lui donne aisément un choc
émotionnel. Ce choc a sa répercussion dans le champ mental. Il décontenance le
néophyte, l'empêche de réfléchir. L'opérateur a tôt fait de profiter du
désarroi obtenu pour montrer sa suggestion comme irrésistible, par le procédé
enfantin qu'il a choisi. Puisque votre imagination, dit-il, aussitôt à
la personne troublée, a été capable de paralyser momentanément le travail
musculaire de votre main, cette même faculté aura le même pouvoir
à l'intérieur de votre organisme. Pouvoir double, celui de contracter ou
de détendre, d'augmenter ou de paralyser vos fonctions vitales. Vous allez
instantanément être soulagé de tous vos maux... Et voici notre patient,
tremblant et crédule, qui attend le miracle et déjà le croît possible. A
cette minute où tout contrôle est aboli dans son esprit, il reçoit la
formule comme un charme enveloppé de mystère. Il est troublé encore,
mais plein de confiance et il se répétera ce soir, du ton le plus monotone,
avec la plus complète atonie d'esprit qu'il lui sera possible de
réaliser: « Ça va, ça va ! » et il s'endormira paisiblement. Durant les
premières heures, durant les premiers jours si sa foi est robuste, son
imagination se donnera carrière et peuplera ses pensées et ses songes de
rêveries délicieuses où tous ses maux seront abolis.
Mais l'imagination, sous
cette forme passive, n'est-elle pas « la folle du logis ? » Elle est
essentiellement instable, d'autant plus sujette à variations que le
sujet est plus nerveux et impressionnable. Dans des phénomènes aussi violents,
l'oscillation est de règle. Aujourd'hui, elle est frappée par le
guérisseur dont chaque mot devient parole d'évangile; elle construit donc des
rêves magnifiques et se croit guérie presque magiquement. Mais demain ?
Demain, en toute certitude, une autre orientation de pensée se sera produite,
la réaction s'opérera sous une forme ou sous une autre et l'effet de la formule
magique ne se produira plus que très mollement. Au reste, le choc
émotionnel s'use par l'accoutumance. Le sujet, d'abord soumis, reprend peu
à peu possession de ses facultés psychiques. Le voici qui observe, qui
raisonne, qui doute. Maintenant, il ne se laissera plus surprendre. S'il lui
vient à l'idée de se soumettre de nouveau à l'expérience qui
l'avait tant frappé la veille, il se rendra compte sans difficulté que ce qu'il
ne pouvait faire hier, il le peut parfaitement aujourd'hui. Il peut à
volonté, ouvrir sa main ou la garder fermée. La formule est donc sans effet !
C'est que le choc émotionnel une fois effacé par l'accoutumance, ce n'est plus
l'imagination qui mène le jeu mais l'attention, la volonté, le jugement.
Dès lors s'écroule le château de cartes et l'auto suggestion, sur
laquelle tout avait été fondé, n'a plus de prise sur le sujet.
Le psychologue voit tout de
suite l'écueil de cette méthode. Compter sur les réactions émotionnelles
inconscientes — qui doivent être d'une telle puissance qu'elles éclipsent
les facultés supérieures de l'esprit — c'est, par cela même, réduire
à quelques malades, gravement névrosés, la portée d'une telle forme de
suggestion. Ceci explique les nombreux insuccès de la méthode auto
suggestive qui tente, rêve chimérique, d'utiliser en thérapeutique
organique ou morale, les capricieuses fantaisies de l'imagination. Que cette
technique donne de bons résultats quand il s'agit d'êtres très
impressionnables, de névropathes, nul ne le conteste; mais que ces résultats
soient profonds, durables, non. L'expérience journalière le prouve.
Les résultats durables —
encore sont-ils limités à des cas sans lésion organique profonde, sans
trouble mental, sans désarroi moral bien déterminé, — ces résultats sont dus
à ce que précisément, les malades, les déprimés dans leur désir de
guérir, de rétablir leur équilibre, font précisément le contraire de ce que M.
Coué leur commande. Ils se répètent bien la formule, mais non pas
machinalement, sans y prêter nulle attention ; ils y mettent une foi
ardente, robuste; ils se sentent émus, secoués. C'est cette volonté active,
fortement tendue, cette émotion entretenue par le vif désir de la guérison qui
est le véritable agent thérapeutique.
Le « bluff », pour M. Coué —
et il le reconnaît volontiers— est l'élément fondamental qui fait travailler
l'imagination. Du fait de ce curieux subterfuge, il peut arriver à
certains effets légers. Mais, nous ne saurions trop le répéter: dans la
très grande majorité des cas les résultats sont illusoires. Que peut-on
d'ailleurs attendre de durable d'une telle méthode éducative ? La personne
traitée demeure comme auparavant avec ses mêmes faiblesses, ses
mêmes tendances morbides, son même manque d'attention,
d'association d'idées, de jugement, de volonté. Elle garde surtout sa
même impressionnabilité, qu'elle aggrave encore par la forme du
traitement. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce que les mêmes
causes reproduisent sans cesse les mêmes effets et que des circonstances
violentes amènent les mêmes troubles, les mêmes craintes, le
même manque de confiance en soi, le même cortège de
misères, de faiblesses, de dépressions, de déboires.
Un psychologue ne saurait
s'y tromper. M. Coué table sur l'imagination passive, qui est une source de
faiblesse, pour donner de nouvelles forces, pour obtenir une amélioration. Les
termes de la question en démontrent l'illogisme et l'insolubilité par les
moyens mis en œuvre. Il suffit pour s'en rendre compte de généraliser
à toutes les facultés ce que M. Coué demande à l'imagination:
Voici un élève en
classe. Son professeur le voit distrait, occupé de toute autre chose que de son
cours et lui en fait le reproche, mais l'élève lui répond : « II n'est
nullement utile que j'écoute vos paroles, je n'ai qu'à me dire ça va...
ça va, d'ici quelques minutes, je saurai parfaitement tout ce que je n'ai pas
entendu... »
Pour le jugement, il n'est
nul besoin de se creuser la tête pour découvrir les moyens d'obvier
à une situation difficile. On se répète: « ça va, ça va... » et,
tout à coup, la solution désirée se présente dans un éclair, comme un
diablotin de féerie.
La mémoire agira de
même. On se promènera bientôt avec son livre dans sa poche et,
après avoir répété « ça entre, ça entre... » un nombre rituel de
fois, on aura appris le sanscrit ou les fables de Lafontaine.
Les associations d'idées,
qui ont une telle importance, à la fois dans l'instruction et dans la
direction de la vie, ne seront pas davantage guidées ou imposées. On dira « ça
va, ça va... » et, soudainement, la pensée que vous cherchiez, le mot dont vous
aviez besoin arriveront à votre esprit. Il suffit de dire ces mots, de
décrire ces impossibilités pour voir à quel point elles sont absurdes.
Chaque jour, la pratique dément la théorie et, chaque jour, les faits
démontrent que l'on ne gagne rien sans peine, que l'effort seul est récompensé,
que l'homme n'a que ce qu'il mérite — heureux encore s'il a ce qu'il a mérité.
Quelle est donc la méthode
que nous préconisons, celle qui, depuis 15 années, nous a donné sans cesse des
résultats satisfaisants et durables ? Elle consiste, avant toute chose,
à développer les facultés supérieures de l'esprit. Elles seules
accroissent notre bagage psychique, intellectuel et moral. Elles seules peuvent
combattre efficacement — de façon durable et non pas seulement l'espace d'un
matin — nos tendances inférieures, nos défauts, nos faiblesses.
Les outils qui nous
permettront de buriner en traits nouveaux sur le solide métal de notre âme
fortifiée, ce sont les facultés supérieures: l'attention, le jugement,
l'association d'idées, la mémoire, l’imagination. Toutes doivent concourir
à nous doter d'une volonté ferme, puissante, toujours égale à
elle-même. Mais, pour en arriver là, nous devons utiliser ces
facultés dans leur mode le plus actif. Durant l'effort mental, la période de
mise au point, il ne faut point d'automatisme. Ne fermons pas les yeux pour
voir; ouvrons-les tout grands sur la réalité du monde, afin que pas un détail
ne nous échappe, afin qu'aucun obstacle ne nous surprenne.
Pour arriver aisément au
but, il faut jouer son rôle. Pour ce faire, je fais appel, certes, aux
ressources de l'imagination. Il faut évoquer devant ses yeux le personnage que
l'on veut imiter, que l'on veut devenir, le camper, lui donner de la vie, le
parer de toutes les qualités qu'on envie. Ici, l'imagination se montre
puissante, constructive, active surtout et c'est la seule qui porte des fruits
au plus profond de la personne humaine, qui l'émeuve puissamment et détermine
dans l'esprit le « pli psychique » qui rend stable — automatique, mais
après un puissant contrôle — le résultat précédemment acquis.
II y a donc un abîme entre
les deux méthodes; l'une tablant exclusivement sur l'inconscient, utilisant la
force la plus fruste de l'imagination, et la nôtre qui met en jeu le conscient
et, par lui, les forces supérieures de l'esprit. La première séduit
évidemment ceux qui ont peur de la lutte, qui trouvent bon d'être passifs
et qui préfèrent à des résolutions utiles l'espoir chimérique de
se guérir en répétant à satiété une formule. Ils obtiennent quelquefois
des résultats momentanés mais qui, par l'accoutumance rapide, ne tardent pas
à s'oblitérer plus vite encore qu'ils se sont produits. La nôtre a non
seulement pour avantage de libérer dans l'organisme des forces vives, sans
cesse entretenues par une orientation de pensée, une émotion heureuse, mais
elle renforce l'attention, le jugement, l'association des idées, la mémoire,
l'imagination dans leur forme la plus élevée et c'est toute la conscience qui
gagne et s'épanouit. Nous ne voulons restreindre aucune des facultés
supérieures de l'esprit; au contraire nous faisons de chacune d'elles un
instrument de plus en plus précis. Ce n'est donc pas un petit résultat ni un
résultat passager que nous promettons à nos élèves, mais une
transformation profonde, un complet épanouissement.
Que faire, en présence de
méthodes si différentes ? Accorder foi à notre parole, suivre la
multitude de ceux qui ont été transformés, qui nous manifestent chaque jour un
enthousiasme plus vif. Ensuite, faire comme eux, suivre leurs traces, vouloir
les imiter dans leur progression continue. Les premiers efforts nécessitent
quelquefois un peu d'énergie, mais, eu retour, que de satisfactions ! Quelle
joie de trouver au fond de soi-même des forces vives ! Quelle joie de
sentir tous les ressorts du corps et de l'âme agir avec souplesse et précision
comme une machine parfaite ! Quelle joie de diriger ses actions en pleine
conscience, de voir la santé refleurir comme une plante que l’on porte aux doux
rayons du soleil !
Ce qu'il faut, c'est
acquérir la certitude que personne n'est au-dessous de sa tâche. Certes, il
faut s'astreindre à jouer son rôle, à le vivre activement,
à s'en pénétrer. Mais comme la tâche est facilitée, dès que la
nécessité nous apparaît en pleine lumière, dès que nous savons
qu'avec un peu de bonne volonté et de persévérance nos facultés vont se
perfectionner sans cesse. L'effort n'est-il pas d'ailleurs la loi de la vie ?
Nous n'avons donc pas à le redouter. C'est l'inaction qui est nuisible.
Quand notre cœur s'arrête, la mort ne tarde point. De même,
l'inertie de nos facultés les abaisse et les déprime.
Si l'homme est qualifié pour l'action, il faut reconnaître que la
femme l'est moins. L'homme, en général, est plus volontaire, la femme est plus
impressionnable. Chez l'un, la volonté domine, chez l'autre une sensibilité qui
est à la fois sa limite et sa force. C'est pourquoi ces deux êtres
si différents sont complémentaires l'un de l'autre. On ne saurait considérer la
femme comme inférieure, si peu que ce soit, au point de vue psychique et
mental; mais il est certain qu'elle aura plus de difficulté à vouloir,
surtout d'une volonté calme, ferme et constante. C'est pourquoi elle est
d'ordinaire plus portée que l'homme à chercher une protection, un appui
sur quoi baser sa volonté parfois chancelante. C'est le rôle de la religion,
dont tous les rites sont combinés pour être le rappel des vérités
considérées comme utiles à la direction de la vie, dont toutes les
cérémonies sont réglées pour émouvoir, pour transposer du matériel au plus
élevé ce pouvoir émotionnel qui est sa caractéristique. La femme — et bon
nombre d'hommes — demande à la religion un appui, et, par elle, fait
appel à des forces bienfaisantes dont la présence ressentie fomente son
espoir, soutient ses bonnes résolutions dans la lutte et la fait se résigner
aux douleurs que l'on ne saurait éviter.
Voyez un fait plus modeste:
la croyance en quelque amulette porte-bonheur. Il semble, du point de vue
rationnel, qu'il n'y a aucun avantage à porter telle ou telle chose,
mais, si on y puise des forces, la sensation d'être assisté par des
éléments invisibles donne lieu à une auto suggestion qui peut être
d'un grand bien. On ne peut le nier, cette amulette, cette cérémonie religieuse
sont, pour la femme et pour certains hommes impressionnables, un appui moral.
La femme surtout y trouve un réconfort dont sa sensibilité est émue. Son espoir
renaît après la crise. Elle se trouve armée d'une volonté plus calme,
d'une force qui ne lui serait pas directement venue. Nous utilisons cette
réceptivité émotionnelle — surtout dominante chez la femme — pour une forme
nouvelle d'auto suggestion.
Nous l'avons déjà dit
par ailleurs, l'être humain est en contact avec l'extérieur par deux
sources différentes: le cerveau et le cœur. Ces sources ne sont point
antinomiques; elles s'équilibrent l'une l'autre comme feraient les deux plateaux
d'une balance. Si l’équilibre est parfait, si les deux plateaux se sentent
véritablement solidaires, pour peu que l'on touche à l'un d'eux, l'autre
ne manque pas d'osciller. Nous utilisons ces deux voies d'accès pour
agir sur l'être humain. De là nos méthodes qui tendent, suivant
les cas, à donner soit la secousse morale, soit le choc émotionnel. Ces
actions dans les deux champs — mental et émotionnel — ont mille nuances; mais
ceci est un problème trop important et trop délicat pour être
envisagé ici. Nous en avons fourni des éléments dans notre Science
secrète, et nous nous proposons d'y revenir plus en détail dans des
travaux ultérieurs.
Disons seulement — et c'est
le but de cette diversion — que l'action émotionnelle peut être faite par
le thérapeute soit sur les malades qui sont directement auprès de lui,
soit chez ceux qui se trouvent retenus au loin. A vrai dire, dans les deux cas,
les procédés mis en œuvre sont fort différents. Journellement, nous voyons
des malades, des déprimés, des désespérés revenir à la vie, renaître
à nos yeux sous l'influence d'une pensée, d'un choc émotionnel. Nous les
galvanisons, nous les transformons, nous libérons en eux des forces vives
qu'ils ne soupçonnaient même pas. C'est le miracle, nous crient-ils !
Oui, le miracle ! Il est souvent possible.
De loin, notre action est
toute différente. La suggestion émotionnelle que nous intentons est plus douce.
Elle s'inspire des actions protectrices et s'entoure d'un certain
mystère. Alors, la pensée du guérisseur trouve dans la partie
émotionnelle de celui qu'il traite, un champ propice à son action. Le
malade, le dolent, à heure fixe, se recueille. Il s'isole dans une
pièce silencieuse. Il élève son esprit, il ouvre son cœur
aux effluves qui lui sont envoyés. Il reçoit bientôt la pensée amie qui vient
vers lui, la messagère de bonheur qui l'entoure, le protège. Une
auto suggestion puissante naît, s'incruste dans l'inconscient, gagne le
conscient qui l'accepte. Elle tire sa force du mystère, du rite, du
silence; elle est retenue et chaque jour renforcée par un nouvel apport de
pensées, et la guérison s'accomplit ! Le malade sent les effluves bienfaisants
apaiser ses douleurs. Des émotions douées et salutaires provoquées par les
pensées ainsi transmises, déterminent en lui une quiétude nouvelle, augmentent
un bien-être sur lequel il ne comptait plus. Des symptômes meilleurs
apparaissent. De jour en jour, devant les résultats acquis, la foi se renforce,
et la foi n'est-elle pas capable de soulever les montagnes ?
Les pensées protectrices
agissent d'autant mieux sur le malade que celui-ci seconde volontairement leur
action. Tout l’effort du psychologue doit tendre à faire agir, penser,
vibrer. Il n'a rien à espérer de la passivité déprimante. Il doit s'en
écarter au contraire pour laisser tout pouvoir à l'action. On doit
penser dès le début du traitement que, la période douloureuse passée,
l'être se retrouvera prêt à agir, à éduquer les
autres, à porter plus de calme dans ses propres pensées, à
prendre des décisions nouvelles pour aider ceux qui ont besoin de lui
après avoir reconquis son propre équilibre moral. C'est après
cette première guérison que l'être, remis en possession de
lui-même, est enfin capable de jouer réellement son rôle.
Nous avons déjà
exposé ce principe que, pour façonner d'abord sa pensée, puis ses habitudes
selon que l'on a souhaité devenir, le moyen le plus sûr et le plus
pratique est de jouer un rôle.
Pour jouer ce rôle, il faut,
à l'instar des grands comédiens, imaginer que l'on est déjà le
personnage que l'on veut devenir. On doit en prendre, autant que faire se peut,
autant que l'on peut se les figurer, les attitudes, les gestes, l'intonation de
voix, le regard, la démarche, toutes les formes extérieures. On s'efforce
d'agir, dans toutes les circonstances, comme on pense qu'agirait celui que l'on
veut imiter, dans des circonstances analogues, et on conforme sa pensée
à ce que l'on connaît des siennes.
Contrairement à
d'autres méthodes, on n'attend pas la guérison ou le succès d'une parole
ou d'une formule répétée machinalement, en soumettant l'intelligence et la
volonté lucide à l'impulsivité créée. Au contraire, on est attentif,
conscient de l'importance du rôle qu'on s'est imposé. On pourrait même
s'exagérer sans danger cette importance, tant il convient de savoir ce que l'on
est en train de faire et pourquoi on l'a entrepris. Dans ces conditions on ne
tarde pas à constater les heureux résultats de la méthode que l'on a
choisie. L'habitude volontaire crée le pli psychique sans lequel ces résultats
ne conserveraient pas un caractère durable.
A quoi la volonté fait-elle
appel pour réussir dans son œuvre de reconstruction de la personnalité ? A
l'imagination, certes, mais non plus à une imagination folle, déréglée,
sans contrôle. Il s'agit ici d'une tout autre forme de l'imagination, d'une
forme supérieure: l'imagination, représentative, faculté qui nous permet de
faire apparaître à notre esprit l'image qu'il a choisie, avec une
netteté toujours plus grande, à l'exclusion de toute autre image. Ici
l'imagination fait apparaître le personnage à imiter. Chez la personne
entraînée, cette imagination devient même créatrice; elle ne se borne
plus à imiter, à copier; elle donne la possibilité d'innover, de
construire des types supérieurs à ceux que nous rencontrons dans la vie
quotidienne. Ce type idéal, nous le construisons logiquement avec des données
empruntées à tout ce que nous estimons grand et puissant autour de nous,
de même qu'un habile artiste emprunte à plusieurs modèles
divers traits nécessaires à construire sur la toile ou dans le marbre
son idéal de beauté parfaite. Oit voit donc qu'il ne saurait être
question ici de l'imagination créatrice automatique étudiée par Baillarger et
Paul Janet, mais de l'imagination créatrice volontaire, consciente, qui exige
du discernement. L'auto suggéré n'est plus un être passif qui marmonne
des formules aussi indifféremment que ferait un moulin à prières.
Il met volontairement ses facultés psychiques en action et obtient ainsi un
résultat bien supérieur.
De cet état, M. P. C. Jagot
a donné une image assez heureuse :
« L'inconscient, dit-il,
figure à peu près la chambre noire de l'appareil photographique.
En disposant convenablement devant l'objectif, qui sera ici l'imagination, une
idée quelconque, celle-ci se cliché dans l'inconscient, qui en tire ensuite
automatiquement, en nous-même,
une épreuve génératrice. ». (Paul C. Jagot. Méthode pratique d'auto suggestion,
Paris, s. d. (1923) p. 58. )
On conçoit très bien
que cette sorte de prise de vues ne saurait se faire au hasard et qu'elle doit
être dirigée par un opérateur ayant du discernement, de la méthode, du
sens artistique, faute de quoi les clichés seraient sans valeur. Un choix est
nécessaire, et ce choix demande du goût et du jugement, sinon ces clichés
ne seraient qu'un poids mort sans utilité pour le sujet. Une collection n'a pas
de valeur par le nombre des objets collectionnés, sans quoi le plus obscur
bazar serait supérieur au Musée du Louvre; c'est la valeur artistique et
intrinsèque de chacun des objets réunis qui fait l'importance de la collection.
Le premier stade de cette forme d'auto suggestion est donc toujours la mise en
œuvre du conscient. Ensuite, seulement, l'inconscient accomplit sa mission
de conserver les clichés, de les classer méthodiquement, de manière
à pouvoir les faire paraître en cas de besoin, au moment où le
conscient en exprimera le désir.
D'autres erreurs sont
à signaler dans les méthodes de rééducation de la personnalité humaine.
Certains psychologues ont cru bien faire de dépasser le but, de nier totalement
les bienfaits de l'imagination; ils ont voulu la supprimer entièrement.
C'est une faute grave. Il faut une imagination, il faut des images sensibles
qui puissent servir de base à l'acte conscient, à l'effort utile.
L'imagination joue un rôle très important dans toute notre production
intellectuelle. Une imagination faible, aride, quasi nulle est néfaste pour
l'être humain qui se trouve ainsi dépossédé de l'une de ses facultés les
plus créatrices. Il est donc nuisible de la nier ou de la traiter en ennemie.
Certains psychologues,
imaginant que l'intervention de l'imagination est nécessairement funeste, ont
supposé que leur suggestion prendrait mieux si leur malade était privé de toute
réaction, mis en état de somnolence. Ainsi, le Docteur Coste de Lagrave pense
que le meilleur état pour pratiquer l'autosuggestion est la somnolence qui
précède ou accompagne le sommeil.
« Dans cette somnolence,
dit-il, toutes les facultés sont au repos. L'abstraction de l'individu peut
être complète. Par abstraction, on entend cette puissance de
l'individu à se séparer du monde extérieur pour ne penser qu'à un
seul objet. Certains savants, mathématiciens ou philosophes, sont arrivés
à la puissance d'abstraction par un travail continu et par un
entraînement obtenu dans la période de veille. Cette abstraction a lieu bien
plus facilement dans la somnolence qui accompagne le sommeil. » ( Docteur Coste
de Lagrave. — Petite méthode d'auto suggestion. Revue de l’hypnotisme, mai 1902
)
L'erreur que nous signalions
vient ici de la fâcheuse confusion de deux états bien différents: l'isolement
et la concentration mentale. Le premier est la détente, le repos de l'esprit,
et la seconde est sa période d'effort. Il faut cependant distinguer: de deux
choses l'une, ou notre activité s'éteint, ou nous concentrons toute notre
pensée en vue d'un effet à produire, d'un acte à accomplir.
Si notre activité s'éteint,
si nous somnolons, il n'est pas possible de nous donner un ordre qui soit
dûment enregistré et qui puisse être exécuté fidèlement. Au
contraire, si notre lustre psychique brille de tous ses feux, si notre
attention donne son effort maximum, nous nous concentrons autant qu'il nous est
possible et nous obtenons précisément — et seulement ainsi — cet état
d'abstraction dont parle le Docteur Coste de Lagrave. Cet état d'abstraction
est l'inverse de la somnolence, de la détente, de cet état psychique que nous
appelons l'isolement, état qui s'oppose à la concentration mentale,
puisqu'il est la privation aussi complète que possible de toute pensée,
tandis que la concentration — que le Docteur Coste de Lagrave appelle
abstraction — est l'attention poussée à l'extrême sur un seul
point donné.
La même erreur — et plus grande encore
— est commise par ceux qui s'imaginent pouvoir éduquer leurs facultés en se
plaçant eux-mêmes dans un état d'hypnose. Cette erreur provient de ce que
nombre d'auteurs, au cours de ces cinquante dernières années, ont
affirmé qu'il était possible, en plongeant quelqu'un dans le sommeil, de lui
faire croire que ses troubles disparaissaient, de lui donner ainsi la sensation
qu'il était guéri, de le guérir en le portant à agir de la même
manière que s'il était guéri en réalité. C'est là une erreur,
ainsi que nous le verrons dans le présent Cours. Après étude, on peut
dire que la suggestion imposée a fait faillite. La conscience — surtout la
conscience en possession des facultés qu'elle doit régir, — n'accepte pas qu'on
la rudoie, qu'on la brutalise. Il y a toujours, même au fond des sujets
les plus passifs, un légitime désir d'indépendance, un besoin de liberté qui
nous fait rejeter toute contrainte, toute main mise sur notre conscience. Donc,
par cette voie, le psychologue n'obtiendra que des résultats illusoires, le
plus souvent passagers. C'est pour ce motif que nous avons substitué à
cette méthode illogique et immorale de la suggestion imposée, la méthode
rationnelle et éducative de la suggestion raisonnée. L'affirmation des premiers
suggesteurs (Liébeault, surtout) qui ne voyaient de salut que dans la
suggestion imposée en état d'hypnose a fait naître cette méthode d'auto
suggestion en sommeil provoqué par un procédé ou par l'autre. Cette méthode
étant basée sur une erreur, ne peut donner que des résultats illusoires ! La
raison en est toujours la même; Si nous somnolons, si nous dormons, si nous
nous privons de la collaboration de nos facultés supérieures, notre conscience
est éteinte; elle ne peut accepter les suggestions qui lui sont offertes; il
lui est donc impossible de faire accepter à l'inconscient des données
qu'elle n'a point admises en connaissance de cause, et qu'elle ne saurait
ordonner. Seule, la conscience a qualité et puissance pour donner des ordres,
quand ces ordres lui sont connus, quand elle a déterminé par elle-même
s'ils sont utiles ou nuisibles.
Délaissant l'inconscient, certains
psychologues ont pénétré dans la conscience pour en rechercher les
imperfections et les tares. C'est de là que proviennent les méthodes
répandues spécialement en Suisse, sous le nom de psychanalyse. Nous découvrons
dans cette méthode un autre écueil, au moins aussi grave que ceux que nous
venons de montrer à notre lecteur. En premier lieu, il est difficile,
sinon impossible, au malade de pénétrer dans sa conscience, de voir clair dans
ses troubles, d'avoir à la fois le déséquilibre du malade et la lucidité
du médecin. Le pourrait-il qu'il y aurait, dans cette analyse de
soi-même, un danger facile à comprendre. Certes, il faut que le
malade comprenne son état, se rende compte de ses troubles, de ses
défaillances. Mais, à les regarder constamment et attentivement,
à les détailler, à y penser sans cesse, il ne peut manquer de les
aggraver, car nous sommes naturellement portés à voir en noir et de
façon tragique ce qui nous cause de la douleur et de l'ennui. Si ce n'est pas
absolument dans tous l'es cas on peut être affirmatif en ce qui concerne
une immense majorité.
Prenons, pour exemple, un
traqueur. Il sait qu'hier, en affrontant le public, il s'est soudain trouvé
saisi par le trac. Ses jambes ont tremblé. Tout a tourné devant lui. La rampe
n'a plus été qu'un brouillard lumineux. Sa gorge s'est rétrécie de
manière à ne plus laisser passer la voix. Une pâleur
extrême a retenu son sang ou bien il s'est empourpré d'un afflux subit. A
la seule idée de rentrer en scène, le souvenir de cette défaillance lui
est extrêmement pénible. S'il se conforme à la méthode des
psychanalystes, notre malade va évoquer ses troubles, les vivre de nouveau, se
sentir derechef pâlir, rougir, trembler, suffoquer. Il puise dans ce souvenir
la certitude que la soirée qui va venir, si elle n'est pire que la précédente,
sera du moins aussi mauvaise. Plus il évoquera son trouble, plus il en scrutera
les causes et les effets, plus il en augmentera l'appréhension et par
conséquent l'intensité. On peut être certain que, loin de guérir, il deviendra
de jour en jour plus malade.
Ce qu'il faut, au contraire,
c'est ne plus penser à ses faiblesses, à ses déboires, à
ses tristesses, à tout ce qui a été dans le passé une cause de douleur
et un amoindrissement. C'est l'avenir que nous devons considérer. Il n'est pas
de ruine qui ne se relève. La Nature nous en fait voir le magnifique
exemple. L'hiver a tout détruit en apparence. La neige s'est amoncelée. Les
pluies ont ravagé ce qui fut le jardin délicieux et, dès que le premier
rayon du printemps se fait sentir, les fleurs reparaissent dans leur souriante
délicatesse, les oiseaux refont leur nid sur l'arbre dont chaque branche est un
bouquet de feuillages, de parfums et de chansons. Tout n'est qu'espoir, joie,
poésie, vie et bonheur à profusion.
Et pour vous, qui souffrez
aujourd'hui, quel sera votre avenir ? Ce sera un épanouissement de toutes les
qualités qui sommeillent en vous. Que le soleil paraisse, qu'un ami vous
apporte la bonne parole et vous allez renaître. Cet avenir tout proche, nous le
magnifierons ensemble. Tous deux, nous allons semer les fleurs que les nouveaux
bonheurs ne vont pas tarder à faire éclore. Je veillerai sur vous, afin
qu'un bras ami soit prêt à vous soutenir aux heures de
défaillance.
Vous vous croyez
peut-être incapable de surmonter fatigues et chagrins. Désirez les
qualités qui vous sont nécessaires, souhaitez les pouvoirs dont vous avez
besoin, faites appel aux facultés dont vous ne sentez pas encore l'existence
mais qui sont latentes en vous. Désirez reprendre ou tenir la place dans les
activités du monde, dans ce foyer qui est le meilleur but que puisse atteindre
un cœur aimant et sûr. Vous êtes un élément de la grande
famille humaine. Il serait coupable de demeurer inactif quand tous vos
frères travaillent.
Jouez votre rôle ! Voyez le
sommet où brille le temple de la paix. Partez à l'assaut des
pentes escarpées. Je vous aiderai dans ce labeur. J'ôterai les pierres du
chemin. Ne vous laissez pas abattre. Voyez haut et grand. A mesure que vous
vous élèverez, un plus vaste panorama se déroulera devant vos yeux et
vous éloignera de la terre, de ses intérêts cupides, de ses liens bas et
vulgaires. Cherchez votre affranchissement loin des marais impurs. Vous allez
entreprendre cette ascension. Ayez d'abord la foi qui vous soutiendra dans
l'effort. Ayez foi dans vos forces qui vont naître et croître sans cesse; foi
en moi qui vous seconderai; foi dans le succès final qui ne saurait
manquer de couronner votre laborieux effort.
Ne vous croyez jamais
au-dessous de la tâche. Sachez avec certitude qu'il n'est aucune tare qu'on ne
puisse combattre, de fardeau héréditaire qu'une ascèse judicieuse ne
puisse alléger, de troubles qu'une volonté ferme et claire ne puisse réduire,
de faiblesses qu'un effort constant ne puisse surmonter, de désarroi moral qui
ne puisse trouver la paix dans la certitude de la vérité, dans une
lumière toujours grandissante. Par une direction clairvoyante, vous
pouvez venir à bout de tout ce qui vous inquiète.
Rompez surtout, rompez
entièrement avec le passé douloureux, avec les souvenirs mauvais, avec
les funestes rancunes. Ne conservez dans votre cœur aucun de ces
sentiments; qui avilissent et dégradent.
Avant de vous mettre en
marche vers les sommets lumineux, regardez-moi bien en face. Je veux lire dans
vos regards le désir de vivre une vie droite, forte, honnête, en pleine
possession de toutes les facultés qui sont l'honneur de l'être humain. Si
vous avez des intentions pures, les mains nettes, le cœur plein de nobles
pensées, vous trouverez toujours un appui dans ma pensée. Si dans vos yeux
voilés de pleurs, je vois de la souffrance, de l'accablement; si je vous sens
ployé sous le fardeau de vos peines, j'accourrai à vous de tout mon
cœur. Unissons nos efforts, ayez la volonté de briser ce qui vous enserre,
ce qui vous opprime. Tentez de vous élever vers les clairs sommets. Magnifiez
votre âme par les plus vastes, les plus sublimes espérances et vous les
réaliserez. C'est à vous qu'il appartient de faire l'effort, mais je
soutiendrai vos pas sur la route. Soyez-en certain. Ayez la certitude de
vaincre et vous vaincrez.
Lorsqu'un malade vient
à moi, courbé par la douleur, prostré, abattu, il m'est souvent facile
de lui rendre la vie, le courage, la santé. Dès qu'il a franchi le
seuil, un regard ami, une poignée de main fraternelle, une parole chaude, la
compréhension de sa peine et de sa fatigue, et voici le dolent saisi de
confiance qui me confie ses tourments, qui m'ouvre son âme toute grande. Cette
confidence même est déjà un soulagement à ses maux. Celui
qui souffre, qui n'est pas toujours compris par son entourage est heureux
d'avoir trouvé sur sa route un peu de douceur, de compassion, une force calme
et non la raillerie de ceux qui nient sa douleur. Avec quelle joie il accueille
les paroles qui réconfortent, qui galvanisent, qui transfigurent !
Très souvent, je vois
le malade désemparé, privé de tout ressort, de toute foi, dégoûté et las
de la vie. Il faut bien peu de chose, la certitude d'un appui, pour que ce
malade renaisse, voie de nouveau s'ouvrir devant lui les longues perspectives
des travaux à faire, des affections à nouer, du foyer à
construire. C'est une résurrection. C'est le miracle. Oui, c'est le miracle et,
parfois en quelques minutes, celui qui était entré lourd de douleur, courbé
comme un vieillard, renaît et se ranime, rit à l'aube de ce nouveau
jour. C'est que le psychologue, celui qui pénètre le secret des âmes,
peut, souvent avec une rapidité déconcertante, libérer dans le malade, qui se
croit à bout de ressources morales et nerveuses, des énergies
formidables. L'asthénique pour qui la moindre décision était un effort
impossible se lève et prend courage. Le neurasthénique brise le cercle
de pensées déprimantes dans lequel il était enfermé et retrouve sa pensée
claire. Le dolent qui ne voyait pas d'autre issue que le suicide, sort de
l'ombre épaisse et s'ébat dans la joyeuse lumière. C'est un miracle,
dit-on !
Quels miracles ne
ferions-nous pas, si chacun savait ! Si chacun avait connaissance de toutes les
énergies qui sommeillent en lui. Celui qui a la clé de ce trésor dit au
paralytique: « Lève-loi », et il marche. Le choc émotionnel est une
force presque infinie dont chacun pourrait disposer, s'il prenait la
légère peine de se préparer à cette connaissance, aux devoirs que
crée une force, une science qu'on possède. Quelquefois, il ne faut qu'un
mot, qu'un geste pour faire revivre un mourant, faire sortir de l'atonie celui
qui avait perdu tout espoir.
Tous devraient pouvoir dire
avec la certitude de réussir, avec la force qui naît de la vérité :
« Malade, aie confiance,
relève la tête. Tu vas guérir. La flamme que tu vois briller dans
mes yeux, cet éclair de joie qui illumine toute ma vie, qui m'embrase de ses
feux; cette ardeur joyeuse qui me transporte, je veux qu'elle brille en toi.
Une étincelle se cache sous la cendre de tes déceptions. Je vais la ranimer, et
quand reparaîtra la flamme, je veillerai sur elle comme les initiés du
sanctuaire veillaient sur le feu sacré. Dès cette minute, mes espoirs
sont déjà les tiens. Que ma certitude soit la tienne ! Je ferai de toi
un homme, un être entièrement nouveau sur lequel les peines, les
douleurs n'auront plus de prise, un dominateur du monde intellectuel,
dédaigneux des vils intérêts... »
Le mal dont vous souffrez,
je l'ai déjà vaincu. Vous souffrez, avant tout, de ne pas vous
connaître. Si vous saviez quelles forces merveilleuses, quelle puissances
magiques sommeillent au fond de vous ! Si vous saviez quelles facultés vous
possédez qui vous sont encore cachées et que nous allons éveiller, faire éclore
pour vous redonner la joie ! Il faut que cette joie vous vienne. Prenez
conscience de vous-même. Cessez d'être celui qu'on plaint, inutile
fardeau de lui-même et des autres. Réagissez ! Relevez-vous ! Vous le
devez à vous-même, à votre famille, à votre
entourage, à votre race pour qui vous devez être un exemple. Il le
faut. Vous allez réussir.
La minute où je vous
parle est décisive. Je vous dis: relevez la tête, levez-vous et marchez.
Comprenez bien mes paroles. Acceptez-les avec la même ardeur que je mets
à vous les dire. Elles vont changer votre vie. Toutes les merveilles du
monde vont apparaître à vos veux.
Vous qui me lisez, écoutez
ce que dit Victor Morgan:
« Si, distinctement, dans le
fond de votre âme, s'élève, ne fût-ce que la durée d'un éclair, la
conviction, la certitude que vous désirez être un grand caractère,
que vous pouvez l'être, que vous le serez, ô alors ! Alors, de toute la
puissance de ma foi, de mon enthousiasme, de mon amour, je vous crie victoire !
Victoire éternelle ! Gardez religieusement en votre âme le souvenir de ce jour
bienheureux... Puis mettez-vous à l’œuvre et, bravement,
patiemment, parcourez la route, étape par étape. » (Victor Morgan. — La Voie du
chevalier, Paris, s. d. )
Ne croyez pas que, pour
arriver au but que je vous montre, il soit nécessaire de posséder des forces
démesurées, d'avoir pratiqué des ascèses extraordinaires. Vivez
sainement, selon les lois que la Nature vous impose, et vos forces seront assez
abondantes.
Analysez-vous sans vanité et
sans crainte. Connaissez vos faiblesses. Mais, quand vous les aurez pénétrées,
ne vous y éternisez pas. Ne vous épuisez pas sur ces constatations pénibles.
Construisez un rêve grandiose sur les ruines du mal que vous aurez
détruit. Créez votre avenir. Voyez-le haut et grand. Il faut viser haut pour
atteindre le but. Cherchez tout ce qui donne des ailes. Trop de choses vous
attirent en bas.
En vous, l'espoir se
lève comme le soleil du matin. Le fardeau qui vous opprimait s'évanouit.
Le brouillard se dissipe. Votre cœur se réjouit. Que vous font les
événements extérieurs ? Ce n'est pas vous qui êtes leur jouet. A présent,
vous allez les vaincre, les diriger comme il convient. Si vous ne pouvez en
changer le cours, du moins vous en serez le maître.
Sachez bien qu'il n'est pas d’idéal
trop haut pour l'homme qui a conscience de sa dignité. Les plus magnifiques
espoirs sont permis à celui qui a placé son désir au-dessus de
lui-même. Tout vous sera accordé du moment où, renonçant à
toutes compétitions intéressées, vous aurez mis votre bonheur en conformité
avec celui de ceux qui vous entourent.
Victor Morgan l'a dit
judicieusement:
« II n'y a aucune limite
à la quantité de force créatrice, exécutive, que nous pouvons
emmagasiner et canaliser, si notre volonté la dirige conformément au plan
supérieur de l'Univers, c'est-à-dire l'emploie en actions constructives,
aptes à perfectionner notre corps et notre âme et assurer le bien de nos
semblables. Pour savoir si vous possédez ce pouvoir, il faut commencer à
agir comme si vous le possédiez. Il faut dire au paralytique qui est en vous:
Lève-toi et marche. Admettez donc pour commencer que vous possédez le
pouvoir et, maintenant cette croyance provisoire devant vous par d'énergiques
affirmations, agissez comme si vous le sentiez dans votre cœur; et elle se
transformera en savoir né de l'expérience et, par suite, définitif. »
Prenez donc confiance, ami.
Rendez-vous bien compte de l'entreprise que vous faites et ne la croyez pas
au-dessus de vos forces. Elle est à la mesure de votre confiance en
vous-même. A la mesure de la confiance en celui qui vous offre sa
direction dans le chemin qu'il a déjà parcouru. Acquérez cette confiance
avant de vous engager sur la route.
Cette foi qui soutient votre
cœur, il est nécessaire qu'elle se reflète sur vos traits, que
votre attitude en témoigne. Relevez noblement cette tête abattue. N'ayez
plus honte de vous-même. Si vous avez commis des fautes, si vous avez
glissé sur des pentes trop faciles à celui qui ne domine plus ses
mauvais penchants, ses hérédités funestes, n'oubliez jamais que nulle chute
n'est définitive, qu'il n'est pas de faute sans rachat. Dites-vous, comme au
paralytique: « Lève-toi et marche ! » Levez-vous. Ne restez plus étendu
sur le bord du chemin. Votre voix est déjà plus ferme, prête
à tous les commandements. Vos pas sont plus assurés, prêts
à vous porter sur les routes claires qui montent vers les grands
sommets. Vos gestes, placés maintenant sous la domination d'une volonté lucide,
n'ont plus rien de fébrile, ni de troublé; ils sont ceux d'un paisible
dominateur.
Dirigez aussi votre pensée.
Dites-vous que vous avez toutes raisons de croire au succès, au bonheur,
à la santé; qu'ils font partie du souverain pouvoir que vous allez
obtenir. Représentez-vous sans cesse, en pleine conscience, avec le plus
possible d'énergie, de foi ardente, que vous possédez les moyens d'acquérir ces
dons qui vous avaient fui, que vous n'êtes pas un déshérité de la vie,
comme vous l'aviez cru dans vos heures de dépression,
Les peines passées sont pour
nous comme un long tunnel, mais déjà, tout au bout de la sombre avenue,
rayonne la clarté du ciel reconquis. Après le cycle des tourments, la
joie illumine votre destin. Voici l'aurore. Le jour est victorieux des
ténèbres.
Ecoutez la voix de ceux qui
savent. Ils ont appris, non sans peine, ce qu'ils doivent faire pour vous
soutenir. Acceptez la main fraternelle qui se tend vers vous. Ayez foi dans le
calme souriant qui fait ma force et fera la vôtre. Instruisez-vous par les
exemples de ceux qui vous ont précédé sur la voie, qui ont subi les mêmes
épreuves, qui ont souffert, qui ont triomphé. Oui, levez-vous! Marchez !
Relevez la tête ! Déjà le fardeau de vos maux se fait moins lourd
à votre fatigue. Dégagez-vous des forces mauvaises qui vous retenaient
prisonnier. Faites acte d'indépendance. La liberté est promise à celui
qui sait la gagner. Un homme nouveau va surgir de ce corps que vous imaginiez
trop vite enseveli, comme Lazare, dans les ténèbres du tombeau.
Nous arrivons ici au point
capital de l'enseignement. La Foi que vous avez acquise vous met en route. Elle
décide votre départ. Elle vous donne le viatique de vos premières
forces. Sans elle, sans l'exemple qui vous a frappé, sans le courage qui vous a
été insufflé, vous ne prendriez jamais peut-être la détermination de
gravir la montagne. Mais la Foi ne saurait suffire sans l'ardente persévérance.
Il faut joindre à la
foi qui vous est inspirée un développement conscient, volontaire; vous rendre
compte de l'effort à faire; gagner les forces qu'il faudra mettre en
œuvre, en suivant les lois. Car il y a des lois éternelles dont nous ne
pouvons nous libérer.
Deux forces sont en nous.
Elles vont nous permettre de transformer du tout au tout notre vie. Ce sont des
forces capitales, extraordinairement puissantes, que tout homme possède
et qui, quand il en a découvert l'existence, qu'il a appris à s'en
servir, sont les artisans quotidiens du miracle. Ces forces sont: la pensée et
l'émotion.
La pensée, qui nous vient
des plus hautes facultés de notre personnalité mentale, elle est, à qui
sait s'en servir, un instrument parfait de force et de précision. Mais cette
pensée a besoin d'être animée. Elle serait sans valeur si elle n'était
projetée au-dehors par l'émotion qui lui donne sa force de propulsion, la fait
triompher des obstacles.
Deux modes d'action nous
mettent en rapport avec l'extérieur: le cerveau, qui émet notre consciente
pensée; le cœur, qui, sous le choc de l'émotion, surtout de l'émotion
consciente et consentie, projette au-dehors cette pensée avec des forces infinies.
Ne désaccordons pas le
merveilleux instrument qui nous a été confié. Ne séparons pas la puissance
mentale de la puissance émotionnelle. Nous arriverons ainsi à faire
vivre profondément la pensée qui, sans cela, serait froide et insensible; nous
secourons le joug des forces adverses. Mais cet accord, il faut le faire
volontairement. Il faut être maître, à la fois, de ses émotions et
de ses pensées. Il appartient à notre conscient, de combattre les
mauvaises et de soutenir les bonnes, de les développer, de les amplifier. Ce
libre choix, cet appui donné à ce que nous estimons juste, cette
maîtrise de nous-même, tel est le but que nous poursuivons.
Voyons d'abord le domaine de
la pensée. C'est, nous l'avons dit, l'élément de toute notre vie mentale. La
pensée vous apporte la connaissance lucide des choses et de leurs rapports,
mais elle ne saurait se contenter de ce rôle et c'est un principe bien connu
des psychologues: « La pensée a tendance à se traduire en actes. » Cet
axiome est à la base de toutes les méthodes de suggestion et d'auto
suggestion.
La pensée se manifeste en
nous sous deux formes. Tantôt spontanément, elle nous offre des faits ou des
images que rien ne nous faisait prévoir. Nous avons entendu un air, nous le
fredonnons sans y songer, machinalement sous l'empire d'une pensée spontanée.
Mais nous pensons aussi
volontairement; nous rassemblons en nous des éléments épars d'images et de
sensations pour en tirer un jugement. Nous entendons conter une belle action
qui demande du courage, de l'intrépidité. Des termes de comparaison se
présentent à notre esprit. Mille souvenirs héroïques se font jour.
Sous l'impulsion du bel exemple, nous nous sentons transformés par des forces
qui se trouvent libérées en nous.
Cette pensée nous
transforme, mais hélas ! trop momentanément. Il ne suffit pas d'une seule
pensée, d'un seul bel exemple pour modifier toute notre vie. Nous devons créer
en nous, par tous les moyens possibles, une nouvelle orientation de nos pensées
qui, à leur tour, orienteront notre vie. Ce n'est que par cet effort
continu que nous arriverons à la victoire, Pour y parvenir, faisons
déjà le premier pas: remplaçons la pensée seule par une forme bien plus
active et plus vivante: la représentation mentale.
Qu'est-ce qu'une
représentation mentale ? C'est un ensemble de pensées qui, par une habitude
plus ou moins longue, plus ou moins facile à acquérir, arrive à
déterminer un état, à nous présenter au commandement, ou à peu
près, l'image aussi nette que possible de ce que nous désirons voir.
Prenons, pour exemple, le
fait de vouloir. La simple pensée nous montre déjà ce que nous faisons
quand nous voulons quelque chose, la vue intérieure de cette chose, la pensée
que nous avons, avec plus ou moins de force, de l'obtenir, en employant les moyens
utiles. Mais, suivant l'état d'esprit du sujet qui tâche à se
représenter cette volition, combien les images seront différentes ! Pour un,
malade, le fait de vouloir sera un caprice, une sorte de rage, tandis que, pour
un être calme et raisonnable, cette volition sera paisible, forte et
continue.
Pour mieux faire comprendre
le mécanisme psychologique d'une représentation mentale, développons notre
exemple.
Je cherche à me
représenter les pensées, les désirs, les actes de celui qui veut une chose
déterminée. Pour nous, qui connaissons la puissance de cette pensée, l'idée de
volonté ne saurait se disjoindre de celle d'une volonté tenace, opiniâtre, qui
a raison de tous les obstacles, assurée qu'elle est de les tourner ou de les
rompre, à qui rien ne résiste parce qu'elle sait tout prévoir et tout
supporter pour parvenir au but indiqué. Pour mieux me représenter l'homme qui
veut, je fais appel à mes souvenirs qui me montrent et coordonnent
à mes yeux mille images du même ordre. Il n'est plus question ici
d'une seule idée, d'une image isolée. Non. Une idée en appelle une autre, une
image se rattache à une autre image, leur succession crée une sorte de
film cinématographique. Ma pensée, faisant appel à ces images jadis
perçues, se bâtit une histoire entière, crée ou rappelle un personnage,
un type idéal de l'homme volontaire, de l'homme qui réussit.
Que vois-je ? Ceci, qui
m'est une leçon. Je me représente le type le plus élevé de l'homme volontaire,
de celui qui veut avec obstination mais sans éclat, qui n'use pas sa force en
vaines manifestations, dont la volonté est toujours égale à
elle-même. Ici, point de parade, aucun désir d'écraser ou de molester
autrui. Ce que veut l'homme de volonté, tel que je l'imagine, c'est mériter sa
place par des qualités puissantes, par des pensées nobles. Il veut conquérir sa
place sans empiéter sur celle des autres. Tel est l'homme que nous voyons et
que nous voulons imiter.
Que fait cet homme qui
réussit et dont nous évoquons l'image ?
Il agit d'abord sur
lui-même.
Avant de chercher à
dominer le sort, il a, tout d'abord, dominé ses réflexes, ses impulsivités, ses
hérédités, ses mauvais penchants. Il est parvenu à se rendre libre
intérieurement avant de le devenir dans la vie sociale. Il est calme en tout
lieu, en toute circonstance.
Cet homme ordonne ses
pensées; il ne les disperse pas, ne les éparpille pas, comme des forces
inconsidérées. Il les groupe dans le meilleur ordre pour qu'elles lui soient
utiles. Il sait parfaitement ce qu'il veut; il connaît, il pèse ses
moyens d'action. Aussi est-il sûr du succès, malgré les
difficultés qu'il peut rencontrer dans sa voie. Rien ne le démonte, ne le
déconcerte. Il sait qu'il vaincra parce qu'il veut.
Il n'oblitère pas les
sentiments de son cœur, sa sensibilité native. Bien au contraire, il vibre
puissamment. Il est actif, courageux, entreprenant; son ardeur donne des ailes
aux décisions que prend la pensée dans les froides discussions intérieures.
Sachant où il va, peu lui importent les routines, les sentiers battus.
Ce n'est pas le chemin des autres qu'il suit, mais le sien propre. Il est
l'audace même, mais cette audace est raisonnée. Il persévère dans
les voies qu'il a choisies parce qu'il sait que ces voies sont bonnes, qu'il
les a longtemps étudiées. Son intelligence est vive et active. Il observe. Sans
cesse, il réfléchit, se documente et ne laisse rien au hasard. Il sait que le
hasard n'existe pas, aussi n'espère-t-il rien du coup de chance
inattendu. Tout effet a une cause, et cette cause il importe de la connaître.
Il n'est pour l'homme intelligent d'autre chance que celle qui résulte d'une
activité clairvoyante, d'une loyauté à toute épreuve, d'une volonté que
rien n'arrête dans l'accomplissement du bien.
L'homme
volontaire agit sur les autres.
Il sait, au besoin, ne pas
résister aux inévitables circonstances. Il s'adapte; il se plie, sans toutefois
s'abaisser, renoncer ou abdiquer. Il attend lorsqu'il doit attendre, sans plus
de haine ou de colère qu'en aurait un homme contraint par un violent
orage à chercher un abri momentané. Ce n'est pas de montrer le poing au
ciel qui l'empêchera de tonner, et toute colère est une faiblesse.
L'homme volontaire entre donc dans les milieux où il doit agir, mais,
par la force calme qui émane de toute volonté lucide. Il transforme lentement
le milieu dans lequel il vit. Il ne crie point avec fureur et ne roule pas des
yeux irrités. Sa parole calme répand une affectueuse conviction. Son regard
doux et magnétique lui attire des sympathies. Dans les conseils où sa
lucidité le fait admettre, sa voix est prépondérante. Il rayonne autour de lui
et son regard est un rayon qui porte la lumière et la chaleur dans les
propos les plus arides. Ses manières courtoises, sans nulle servilité,
le font estimer de chacun. Ceux qui le voient pour la première fois se
sentent attirés vers lui; ils le revoient et désirent se l'attacher; on
recherche sa compagnie, sa collaboration. De bonnes pensées émanent de lui. Une
calme gaieté rend plus agréable la fermeté de son caractère qui n'a
jamais rien de sombre ou de chagrin. Sa droiture luit dans ses regards. On sait
que l'on peut compter sur lui dans les circonstances pénibles et que son
cœur est grand ouvert à toutes les misères.
L'homme
qui sait vouloir agit sur les événements.
Ceci peut paraître bizarre,
mais c'est un fait indéniable. Inexplicablement, tout lui sourit, tout lui
vient. Les esprits superficiels disent qu'il a de la chance. Ils ignorent le
pouvoir de la pensée; ils ne savent pas que cet être rayonnant attire non
seulement les hommes, mais les êtres et les choses. Qu'il prenne en main
une affaire en voie de tomber, il aura tôt fait de la remettre en bonne voie.
C'est qu'il a un jugement sain, qu'il n'entreprendra pas à l'aveuglette
une chose nouvelle ou inconnue. Il a une grande connaissance de son métier, une
activité puissante, une autorité bienveillante qui galvanise tout autour de
lui. Il trouve les collaborateurs qui lui conviennent; il les intéresse
à son effort. Il groupe autour de lui juste ceux qu'il lui faut. Il les
reconnaît à première vue et les emploie dans les travaux
où ils lui fourniront le meilleur rendement, car il sait voir, analyser,
comprendre quelles sont les facultés de chacun et le parti qu'on peut en tirer
aussi bien pour soi que pour les personnes employées.
On voit, par toutes les
qualités et les faits que nous présente l'étude de l'homme volontaire, quelle
différence existe entre la pensée unique et passagère et la
représentation mentale, volontairement appelée et scrutée. Ce sont des
représentations mentales qu'il nous faut créer pour nous modifier dans le sens
des qualités qui nous manquent ou que nous n'avons pas suffisamment
développées. Nous devons faire vivre devant nous de nobles exemples et nous
efforcer à les imiter.
C'est donc une erreur, pour
qui veut se rééduquer, se transformer, de se répéter un seul mot, une seule
phrase, sans y rien ajouter de soi-même. Cette répétition machinale, ces
paroles de perroquet conseillées par quelques-uns sont naturellement sans
effet. Si même nous y ajoutions quelques applications, le résultat serait
bien pauvre, car notre effort est trop limité pour être fructueux.
Ce qu'il faut, pour arriver
à une véritable rééducation, c'est voir un type très net,
l'évoquer devant son intellect, le faire vivre. Ce qu'il faut, c'est vivre
nous-mêmes suivant ce modèle.
Il est nécessaire de se
représenter aussi réellement, aussi objectivement que possible l'être que
nous voulons devenir. Il faut voir devant nous le type que nous souhaitons
imiter; type de santé, de force, de joie, de bonheur, de succès. Mais
cela ne suffit point. Avant toute chose, il nous faut avoir un noble idéal.
Si nous ne possédons pas ce
noble idéal, à quoi serviront les peines que nous avons prise ? Vers
quel but nous conduira la route que nous venons de tracer ? Nous avons créé un
être de foi, de droiture, de désintéressement, et, si nous nous confinons
dans nos intérêts égoïstes, nous ne sommes pas capables de l'imiter.
Si nous supportons les fatigues d'une excursion en montagne, c'est que nous
espérons, une fois le sommet atteint, contempler le panorama des plaines et des
collines. Cette excursion serait inutilement fatigante si, une fois arrivés au
bout de nos peines, nous devions regarder un mur ou toute autre chose banale.
Epictète a
très hautement indiqué cette tendance nécessaire: « Sans tarder,
fixe-toi à toi-même une sorte de caractère et de type de
conduite auquel tu te conformeras, soit que tu te trouves seul en présence de
toi-même, soit que tu te trouves en présence des hommes. » ( Manuel d'Epictète, XXXIII. )
Ce qu'il importe avant toute
chose de savoir, c'est que, dans une ample mesure, nous sommes libres. Nous
devons détruire en nous les conceptions fatalistes. Ces tendances adoptées par
Pascal sont néfastes à la direction de la volonté. Elles lui font voir
le monde comme une sorte de rail dont il ne nous est pas possible de nous
écarter. C'est un danger considérable, car le résultat de cette doctrine
désolante est de figer absolument toute initiative dans l'esprit et dans le
cœur de l'homme, de le livrer pieds et poings liés à ce qu'il
imagine être la fatalité.
Certes, il est indéniable
que nous sommes déterminés. Personnellement, nous acceptons l'idée du karma.
Nous acceptons la notion d'un karma personnel et d'un karma collectif. Nous
savons que nous sommes limités aussi bien par nos hérédités ataviques que par
nos fautes antérieures. Mais nous savons aussi que nous sommes en ce monde pour
avancer, nous perfectionner, sans quoi cette vie serait inutile. Nous devons
nous épurer par le travail, nous devons dégager le conscient, lui soumettre
l'inconscient, gagner les qualités qui nous manquent, réveiller celles que nous
avons laissé tomber en sommeil, faire croître et vibrer en nous ces puissances
émotionnelles qui magnifient la vie humaine, qui font de nos cœurs une lyre
chantant aux vents de l'esprit comme les arbres sous la brise.
Nous faisons partie de la
grande comédie humaine. Nous y avons à jouer un rôle déterminé. Ce rôle
a été fixé par nos états antérieurs; mais, si nous ne pouvons changer ce rôle,
nous pouvons et nous devons perfectionner notre jeu, faire tout notre possible
pour que la pièce jouée soit la plus belle possible, nous dévouer
à son succès, même si le rôle qui nous a été donné est sans
joie et sans gloire. Ce rôle, nous devons l'accepter librement et avec joie. On
ne remplit bien un rôle que si on le joue volontairement. On le remplit mieux
encore si on crée ses moyens d'émotion.
Nous devons jouer sans cesse
ce rôle. C'est pourquoi nous ne devons pas imaginer qu'une seule pensée va nous
transformer instantanément; qu'une baguette féerique va faire en nous ce
miracle, qu'une seule représentation mentale fera jaillir de nous la force dont
nous avons besoin.
Dans notre esprit, le
tourbillon est si violent des formes et des pensées que, pour créer un état
d'âme, pour installer à demeure une pensée vraiment utile, il faut une
répétition continue et suivie des mêmes vouloirs, des mêmes
pensées. Nous devons donc persévérer dans notre évocation mentale, la
continuer, la multiplier, jusqu'à ce que nous soyons devenus tels que
nous voulons devenir.
Epictète a donné une
forme saisissante à ce précepte:
« Toute habitude, dit-il,
tout talent, se forment et se fortifient par les actions qui leur sont
analogues. Marchez pour être marcheur; courez, pour être coureur.
Voulez-vous savoir lire ? Lisez. Savoir écrire ? Ecrivez. Restez couché dix
jours, puis essayez de faire une longue route, et vous verrez comme vos jambes
seront fortes ! Une fois pour toutes, si vous voulez prendre l'habitude d'une
chose, faites cette chose. » (XIIIe entretien d'Epictète. )
Quand vous aurez suivi cet
entraînement, quand vous aurez créé en vous cette habitude, la maîtrise de vos
pensées sera automatique, vous l'obtiendrez comme un simple réflexe. C'est ce
que le Docteur Marcel Viard exprime ainsi dans son Art de penser:
« Comme tous les
phénomènes naturels, nos pensées se forment quasi automatiquement. Mais
il faut que l'esprit se rende compte de ce fonctionnement, qui est le
fonctionnement normal. Pour arriver à ce résultat, il est indispensable
de faire observer à l'esprit une discipline très sévère.
Les pensées apparaîtront alors dans un ordre déterminé, selon leur mode naturel
ou suivant notre volonté. Et, lorsque, par un travail opiniâtre, nous serons
arrivé à les contrôler, à les obliger à apparaître et
à se succéder à leur tour, par une concentration énergique, nous
les aurons disciplinées et nous retirerons de ce fait les plus grandes
jouissances intellectuelles. » ( Docteur Marcel Viard. — L'Art de penser, 2e éd., Paris,
s. d. )
On le voit, rien n'est moins
passif que cette méthode. Elle oblige l'esprit à agir constamment sur
lui-même, à ordonner la production et l'agencement des pensées.
Elle en entretient, le flot et lui bâtit des digues, charmantes et fleuries si
vous voulez y apporter une formule poétique, mais qui n'en contiennent pas
moins et dirigent ces pensées dont vous avez acquis la domination.
Cette action ne va pas sans
un effort parfois méritoire. Sabatier définit ainsi la nécessité de cet effort
continu:
« L'effort est le facteur
nécessaire et supérieur de toute transformation. Tout ce qui provoque l'effort,
tout ce qui exige un effort devient cause de changement et peut être
cause de progrès. Mais, par contre, la suppression ou même
l'insuffisance de l'effort conduisent fatalement à la stagnation et plus
encore au recul, à la régression. » ( Sabatier. — Philosophie de
l'effort. )
Nous pouvons donc résumer
ainsi ce que nous venons de dire :
Nous ne devons pas nous
contenter de chercher une pensée isolée, une vague image aussitôt effacée que
présentée à notre esprit. Il nous faut, au contraire, créer une
représentation mentale aussi vivante que durable et la réitérer, la compléter
jusqu'à ce que nous ayons réussi à nous transformer.
Nous devons posséder un
idéal, le plus élevé possible, afin qu'il nous guide et nous éclaire dans le
chemin que nous devons suivre.
Nous devons renouveler sans
cesse l'effort que nous avons fait et qui ne saurait aboutir sans cette
continuité.. Ce labeur nous paraîtra, sans doute, au début, difficile et pénible,
mais le disciple sait d'avance qu'il sera toujours aidé; il a la certitude que
son effort sera couronné de succès, aussi sa tâche devient-elle aisée
quand il en a compris l'importance et les probabilités.
Encore ne faut-il voir en
tout ce que nous venons de dire que la moitié de l’œuvre à
accomplir. Nous avons vu que nous avons en nous deux facteurs d'action: le
cœur et le cerveau; qu'il nous est nécessaire tout ensemble de penser et
de sentir. Notre bilan intellectuel et moral se présente à nous comme
les deux plateaux d'une balance et, tant que les deux plateaux ne seront pas
dans un équilibre parfait, nous ne serons point parvenus à notre dessein
final. Il faut, avant toute chose, que l'un des plateaux ne se sente pas
favorisé, n'ait pas tendance à l'emporter sur l'autre. Quelles que
soient nos préférences, toute tendance excessive, toute prédominance trop forte
détruirait un équilibre laborieusement obtenu. Ce n'est que par cet équilibre
que nous réaliserons une parfaite synthèse.
Nous avons exposé le
principe bien connu en psychologie que toute pensée a tendance à se
traduire en actes. Mais cette définition comporte par elle-même une
restriction. Le psychologue dit que la pensée tend à se réaliser, mais
il ne saurait affirmer sans erreur que cette tendance est toujours réalisée.
Bien souvent, au contraire, elle se trouve empêchée.
Pourquoi cet arrêt ?
D'où provient-il ?
La tendance de la pensée
à se traduire en acte se réalise d'autant mieux qu'elle éveille en nous
des émotions.
L'idée pure, abstraite, ne
se réalise que rarement; elle dessèche, rend pessimiste celui qui s'y
adonne sans contre-poids, parce qu'elle n'éveille en lui aucun sens émotif.
L'émotion, au contraire, donne des ailes à la pensée, la rend créatrice.
C'est l'émotion qui magnifie notre pensée de toutes les beautés de la parole et
du rythme; qui la fleurit de toutes les grâces de l'illusion. Musset a dit avec
autant de grâce que de justesse: Le cœur seul est poète. Mais le
cœur n'est pas seulement sensible pour le sens artistique. Le mot émotion,
veut dire, étymologiquement, ce qui met en mouvement, ce qui fait agir. Si nous
ne subissons aucun choc émotionnel, nous réfléchissons stérilement sur les
possibilités d'une action; ce n'est que l'émotion qui « nous sort de
nous-même » pour nous la faire exécuter.
L'émotion apporte à
l'esprit les notions du monde visible. Ce qu'Aristote exprime ainsi: « II n'y a
rien dans l'intelligence qui n'ait préalablement été dans les sens. »
C'est-à-dire qu'aucune pensée ne naît sans qu'une sensation soit venue,
soit de l'extérieur, soit de nous-même pour fixer dans l'esprit une
donnée nouvelle. Cette donnée a donc été amenée par la voie des sens, que ce
soit la vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat ou le goût.
Tout acte voulu par la
conscience sera d'autant plus puissant qu'il sera accompagné d'émotions. C'est
le sentiment qui déclenche les actes d'une sublimité transcendante. Voyez
Jésus. Au moment où on le conduit devant le tombeau de Lazare, il ne se
livre point à quelque dissertation sur la possibilité de ressusciter les
morts. L'Evangile dit seulement: « Jésus pleura ». Son cœur est violemment
ému. Le souvenir de son ami mort, de cette affection perdue exalte en lui les
pouvoirs du thaumaturge et Lazare sort du tombeau. Dans tous les actes de la
vie, Jésus ne montre qu'amour et tendresse; et ce rédempteur du monde, sans
autres armes que l'amour et le sacrifice, détruit les forces immenses de
l'empire romain.
Prenons exemple sur notre
mémoire. C'est la violence du sentiment qui accompagne la perception qui la
grave plus ou moins profondément dans notre esprit. Un homme verra mille robes
sans y prêter aucune attention; il se souviendra des moindres détails du
vêtement que portait sa mère, sa sœur, sa femme, dans un
moment de joie ou de peine, surtout dans une séparation où il a voulu
fixer en lui l'image de celle qu'il allait quitter. Nous nous souvenons
d'autant mieux d'un événement qu'il nous émeut, nous secoue. Si on a vu un
écrasé, ce spectacle terrifiant se grave dans l'esprit, peut même devenir
une obsession chez les personnes très sensibles. Un souvenir puissant se
crée jusqu'à devenir évocatoire. Mille détails du lieu où l'on
est passé bien des fois sans y apporter aucune attention entrent dans l'esprit
pour n'en plus sortir. On voit la place où le malheur s'est produit, les
passants groupés, la victime et le sang sur les pavés; on se rappelle
longuement les plaintes déchirantes de celui qui souffrait. Plus ce fait vous
aura ému, plus il vous aura profondément troublé, plus le souvenir en demeurera
vivace et ineffaçable.
Il est de toute évidence
que, si nous n'éprouvions aucun, sentiment, la vie serait pour nous bien terne
et monotone. Il ne faut cependant pas se donner à n'importe quel
sentiment. C'est ici que le jugement doit intervenir et que le choix est
nécessaire. Il y a sentiments et sentiments, comme il y a pensées et pensées.
Nous devons fuir de notre mieux tous les sentiments mauvais, toutes les
impulsivités qui nous amoindrissent: la haine, la rancune, la jalousie en ce
qui concerne les autres et, pour nous-mêmes, la tristesse où l'on
se complait, la crainte, la peur, la colère et tous les emportements qui
usent inutilement nos forces.
Nous devons cultiver les
sentiments qui sont bons, qui exaltent en nous la faculté d'agir: la joie, le
désir du bien, la confiance.
Il existe en nous des forces
mauvaises, des facultés que nous avons le devoir de combattre, si nous voulons
atteindre une plus grande perfection. L'égoïsme est le fond de tous les
vices. La plupart des vertus sont, au contraire, édifiées sur l'altruisme: la
droiture, l'équité, la bonté, le dévouement, là tolérance, la patience,
la vaillance, la sincérité en sont la preuve.
Les sentiments, les vertus
et les vices ont sur nous une action énorme et qui fait comprendre à
celui qui s'en rend compte l'immense portée de l'éducation. On ne saurait
commencer trop jeune à combattre ses mauvaises qualités, à
exalter les bonnes, à créer dans son être un foyer sympathique
exaltant l'action saine. Le Docteur Frédault a longuement étudié ce point et conclut
ainsi:
« Les passions oppressives,
la crainte, la terreur, la consternation, l'abattement, la contrariété, nous
laissent sous le coup de l'action de l'objectif, tandis que les passions
exaltantes nous mettent au-dessus de l'objectif par leur énergie. Aussi, comme
on l'a dit justement, les premières nous laissent en proie aux actions
morbides, tandis que les secondes nous en préservent et nous en délivrent. » ( Docteur
F. Frédault. — Les Passions.)
II faut donc que nous
recherchions autour de nous, que nous voyions, de parti pris, en toute chose,
ce qui est bien, ce qui est beau. Il n'est pas de mal absolu en ce monde et le
remède est bien souvent à côté du mal à combattre. Avant
toute chose, en nous et partout, nous devons rechercher la vérité, car elle est
bien plus belle que les plus riantes illusions. Nous devons exalter la vertu,
le courage, nous enthousiasmer pour tout ce qui est noble et beau et nous
trouverons des forces vives, abondantes, qui jailliront en nous de cette
exaltation féconde. Malheur à qui ne sait pas s'émouvoir devant la
nature, devant l'héroïsme ! Les sources de toute joie lui sont fermées.
Voici donc deux points
essentiels de notre méthode d'autosuggestion:
Disciplinons notre pensée
pour produire des actes tels que notre devoir, notre perfectionnement les
exige.
Générons de l'émotion pour
que ces actes jaillissent de nous avec l'impétuosité d'une source, qu'ils
atteignent leur plein effet, car rien de bon et de beau ne se fait sans
effusion et sans amour.
De ce fait, notre méthode
pourrait donc s'appeler auto suggestion émotionnelle, pour la différencier des
autres méthodes qui se limitent à un seul côté de la question, soit en
libérant l'inconscient sans contrôle, soit en ne se préoccupent que de la
pensée.
Nous estimons qu'il faut
unir les deux dans la vie. Pour y arriver, durant la période d'entraînement, il
est important de jouer un rôle, le rôle qui nous est le plus utile, que nous
nous sommes assigné après conseil et après étude, en y mettant le
plus de pensée, d'application consciente qu'il nous sera possible, mais aussi
en y apportant le plus de sentiment, en y mettant le plus possible de notre vie
et de notre cœur. Celui qui se perfectionne de la sorte ne tarde pas
à connaître la source de toutes nos joies véritables. Il n'est point de
raison pour négliger les unes au profit des autres. A côté des satisfactions de
l'esprit, nous ne devons pas nous priver des joies du sentiment. Une belle
pensée, un bon livre nous sont utiles, mais ils ne le sont pas plus que le
transport causé par la vue de cette Nature où Dieu se révèle
à notre cœur, pas plus que la pure joie que nous offrent les beaux
vers, la belle musique et surtout les affections pures qui sont le charme du
foyer.
Nous devons jouer notre
rôle, mais ce rôle n'est pas le même pour tous et on peut le jouer de
diverses manières.
Comme le remarque l'ex
président Wilson: « On peut jouer son rôle de bien des façons : il y en a qui
apportent dans leur jeu une certaine passion naturelle, une ardeur directe et
sans art, sans nuance et sans grâce, ignorante des maîtres et ignorante de
l'esprit qui anime toute l'intrigue; d'autres réservent tout leur souci au
costume et ne pensent qu'à l'effet à produire sur le public; mais
il en est quelques-uns qui jouent comme ceux qui ont maîtrisé les secrets d'un
art difficile, se subordonnant délibérément au grand dessein et à la
pensée du drame, se donnant sans réserves comme de bons serviteurs,
s'interdisant tout entêtement capricieux et toute excentricité
personnelle, et prêtant ainsi cœur, ton et geste au parfait
déroulement de l'action. Ceux-là sont les hommes qui se sont trouvés, et
ils manifestent cette tranquille aisance qui accompagne un parfait ajustement.
» ( Woodrow Wilson. — Quand un homme se
trouve lui-même, 1922, p. 69. )
C'est parler avec sagesse.
Celui qui a compris ainsi les enseignements que nous donnons peut dire avec
certitude que l'homme devient ce qu'il veut, quand il le veut avec suite et y
travaille avec autant de foi que de persévérance. L'homme se crée
lui-même et ne doit qu'à son effort le chemin qu'il fait dans la
vie. Libre à lui d'avancer ou de rester en arrière, tandis que
les autres progressent sur le chemin de la vie. Tous subissent des maux,
rencontrent des obstacles, mais quelles que soient les entraves, on a toujours
le moyen d'avancer, de se perfectionner.
Comment faut-il jouer ce
rôle ? Nous croyons avoir à peu près sinon tout dit, du moins
tout effleuré, tout exposé de ce qui peut faire comprendre notre entraînement,
ses procédés et sa portée. Nous avons mis en valeur le rôle de la pensée et
celui de l'émotion. Nous avons démontré à quel point ces deux facultés
doivent rester inséparables. Ces deux points acquis, nous pouvons maintenant
apprendre comment nous devons jouer pratiquement notre rôle. Ce labeur comporte
deux principales étapes. Nous devons procéder comme fait l'artiste dramatique:
1°. —Apprendre le texte;
2°. — Le vivre.
1°.
— Etude
du texte.
La période primitive est
ingrate et de peu d'attraits. Il faut que l'artiste apprenne son texte de la
même manière qu'un enfant étudie sa leçon. Il le lit, il le
répète, il le grave dans sa mémoire. Il l'étudié phrase par phrase, sans
rechercher en rien un effet dramatique, jusqu'à ce qu'il le sache
parfaitement et que la connaissance du texte ne soit pas pour lui une
difficulté dans la seconde partie de sa réalisation.
2°.
— Vivre
le rôle.
Ici, le travail est plus
difficile, mais il est beaucoup plus intéressant. L'artiste ne cherche pas
à se rappeler plus ou moins machinalement un texte qui l'intéresse ou ne
l'intéresse pas. Il lui faut devenir le personnage qu'il fait vivre. Il en
prend le costume; il en recherche les attitudes; il en imagine les gestes,
recherche les intonations que pourrait employer, pour prononcer tel mot, le
personnage qu'il doit représenter. Il faut qu'il fasse le plus possible
abstraction de sa propre personnalité, qu'il devienne un roi ou un ivrogne,
qu'il vive de la vie de ces êtres si différents de lui-même et
cependant, il faut qu'il garde contrôle sur lui-même pour voir si son
roi, son mendiant, son ivrogne sont adaptés à la réalité. Le
succès de l'artiste dépend de sa puissance émotionnelle. Très
rares sont ceux qui arrivent à une absolue perfection, qui se font
oublier pour faire vivre le personnage qu'ils incarnent.
A notre tour, procédons
comme a fait l'artiste. Etudions d'abord notre rôle; nous chercherons ensuite
à le vivre puissamment.
Pour étudier le rôle, nous
ferons d'abord appel à notre faculté d'association d'idées. Nous avons
vu comment nous devons placer sous les regards de notre esprit le personnage
que nous devons imiter. Il nous faut ensuite voir comment il se conduit dans la
vie, quelles réactions il oppose aux circonstances qui nous semblent capitales.
Que ferait l'homme
volontaire devant cet ennui qui nous laisse actuellement sans force ? Il
hausserait sans doute les épaules; il n'y a pas de raison pour que nous n'en
fassions de même. Nous devons ainsi le suivre, l'étudier avec soin,
disséquer chacun de ses actes, pénétrer chacun de ses sentiments.
Pour cette étude du
personnage à jouer, de ses actions, de ses réflexes, de ses sentiments,
nous donnerons carrière aux facultés les plus hautes de notre
personnalité mentale. Nous ferons travailler notre intelligence, notre
réflexion, notre observation, notre imagination et, plus ces facultés joueront
avec force et conscience, plus nous gagnerons en puissance, plus nous
obtiendrons un résultat net et rapide.
Il nous faut ensuite et
surtout vivre le rôle. Que fait l'artiste ? Il s'adapte à l'être
qu'il veut devenir. Il observe ses gestes; il éduque son regard; il modifie sa
voix; il adapte son port à l'âge, à la force, au rang social de
son modèle. Il met tout son être en rapport avec ce que lui
représente la vie qu'il doit exprimer non pour soi-même mais pour celui
qu'il est devenu. Il lui faut donc une entière maîtrise de sa
personnalité: maîtrise du corps, maîtrise de la pensée, maîtrise des émotions.
Nous devons agir de même. Il nous faut conformer notre vie, nos gestes,
nos pensées, à l'image que nous nous sommes faite de l'être que
nous voulons devenir.
L'artiste, suivant son
talent, met un temps plus ou moins long à devenir ce qu'il veut
être. Nous ferons encore comme lui; nous agirons progressivement. Il ne
faut pas imaginer que nous arriverons au sommet d'un seul bond; cela ne s'est
jamais vu. Le travail est quelquefois lent, mais il faut songer que chaque
effort trouve toujours sa récompense, que chaque étape nous approche du but et
que nous avons toute la vie pour arriver à la perfection. L'effort fait
bien vite place à la joie. Il y a d'ailleurs une satisfaction réelle
dans le fait d'apprendre, de se perfectionner, de comprendre mieux le plan du
monde où nous sommes, d'y adhérer plus pleinement, de nous affranchir de
la tyrannie du corps, de se libérer de ses impulsions, de briser les entraves
qui faisaient tituber notre marche, de rompre avec le passé qui est notre plus
lourd fardeau.
II nous faut insister encore
et toujours sur le double mécanisme qui fait l'objet de notre méthode, sur
notre double vie mentale et émotionnelle dont nous ne devons négliger aucun
élément. Chacune de ces formes de notre vie agit sur l'autre et nous ne pouvons
les séparer sans commettre de graves erreurs.
L'attention est à la
base de notre vie mentale. C'est elle qui accueille les notions, qui les grave
dans la pensée d'un burin plus ou moins tenace. Avec une attention faible, il
est impossible de posséder des notions bien nettes, que nous puissions
conserver aussi longtemps que nous en aurons besoin. Au contraire, avec une
attention forte, nous possédons la qualité primordiale qui conditionne les
autres; nous avons la certitude d'une complète réussite.
Selon Maine de Biran,
l'attention n'augmente pas l’intensité de la sensation, mais la netteté de la
perception.
Plus nous aurons vu avec attention,
plus l'image enregistrée sera nette et précise, plus le souvenir sera tenace et
puissant.
Si nous voulons posséder
cette netteté de perception si utile à notre vie intellectuelle,
à notre perfectionnement, il faut que nous nous astreignions à
regarder ce qui nous entoure, à le voir dans son détail et dans sa
proportion, à observer, à comparer, afin que rien ne nous échappe
de ce que nous enregistrons. Le résultat de cette éducation sensorielle, c'est
que, par le travail de l'attention, toutes nos facultés s'amplifient: le
jugement est plus judicieux et plus rapide, les associations d'idées plus
promptes et plus étendues, la mémoire plus vaste et plus soumise, l'imagination
plus fertile, plus apte à fournir des matériaux à la pensée.
Au début, nous aurons
quelque effort à faire pour adopter ce mode de travail, mais l'habitude
est vite créée, et elle est pour l'esprit une source infinie de richesse.
D'ailleurs, le travail même se trouve facilité par cette accoutumance et
se fait presque de soi-même, avec un effort moindre, chaque fois que nous
y songeons. Telle est, vous le savez, la loi de l'habitude. L'effort diminue en
raison inverse de sa continuité.
Donc, lorsque cette habitude
sera pleinement acquise, le développement psychique s'opérera avec la plus
grande facilité. Avant de commencer l'excursion, la montagne à gravir
nous épouvantait par sa masse. Une fois le voyage entrepris, les détails
gracieux de la route nous voilent le pénible effort. Cet effort lui-même
diminue rapidement par une application chaque jour plus grande. Les
succès quotidiens nous encouragent dans la voie, accroissent le désir
d'avancer et renforcent la foi par leur réalisation.
Il est encore un autre point
sur lequel nous devons insister. C'est le rapport qui existe entre notre
personnalité extérieure et notre personnalité intérieure. Le physique et le
moral sont étroitement unis.
Fouillée, qui est un
philosophe en même temps qu'un observateur, dit : « Une loi psychologique
bien connue veut que chaque état d'âme et ses signes extérieurs soient
indissolublement associés; non seulement l'état d'âme produit son expression au
dehors, mais l'expression, à son tour, tend à éveiller l'état
d'âme. »
_
Notre activité physique est
en rapport avec notre état d'âme. Dans certains cas, la réflexion peut amener
une immobilité momentanée. Le promeneur méditatif qui fixe son attention sur
une idée abstraite, s'arrête, se prend le menton, fronce plus ou moins
les sourcils. L'attitude réfléchie ou attentive est une attitude immobile. Ce
n'est pas un état de résolution musculaire comme le sommeil et la
rêverie, c'est un état où les muscles eux-mêmes se trouvent
en activité.
Quand le travail cérébral
devient excessif, il n'est pas rare que les muscles se trouvent aussi dans une
agitation extrême. Il va de soi que ce travail musculaire ne se porte pas
sur les mouvements extérieurs, mais le rythme respiratoire, les palpitations du
cœur, les battements des artères sont profondément modifiés.
Ce travail cérébral échappe-t-il
au contrôle volontaire ? Alors nous voyons l'homme qui pense ou médite avec
intensité pareil à ces grands nerveux dont tous les psychologues
connaissent l'agitation musculaire extrême, la parole rapide, les gestes
saccadés et souvent incohérents.
Tout au contraire, l'homme
magnétique, celui qui peut et sait vouloir, domine ses gestes, ses attitudes.
Toute sa personne reflète le calme parce que le calme est dans ses
pensées. Son esprit est net et lucide, parce qu'il n'y laisse pas entrer d'idées
excessives ou erronées. Cette attitude extérieure provient de ses habitudes de
pensée.
Il est nécessaire pour celui
qui veut se guérir, se perfectionner, acquérir les qualités morales, le calme
et la force qui lui manquent encore, de chercher quelles sont les attitudes de
l'homme magnétique et volontaire, de se créer un extérieur qui soit en rapport
avec l'attitude mentale que l'on prétend adopter.
Voici donc un état nouveau
que vous devez établir en toute votre personne. A l'extérieur, il est
indispensable que vous vous donniez aussi naturellement et aussi
complètement qu'il est en vous, l'attitude de l'être calme et
volontaire à qui vous prêtez, après étude et contrôle, la
possibilité de réussir, de se débarrasser de troubles qui vous sont pénibles.
A l'intérieur, rejetez
toutes les pensées déprimantes. Chassez le doute qui vous porte à ne pas
faire ce que vous aviez résolu, à ne pas croire dans les pensées qui
doivent être votre salut. Expulsez les craintes qui renforcent encore
cette impression pénible. Cessez de vous complaire dans votre tristesse, dans
tous les souvenirs pénibles qui ne devraient pas rester dans votre cœur,
car c'est un poids mort, un sujet de trouble. Mettez à la place de ces
obstacles intérieurs, le plus que vous pourrez de pensées de joie et de force,
tous les espoirs légitimes, toutes les grandes aspirations qui soulèvent
au-dessus des agitations de là vie, des intérêts mesquins, de
l'envie et de la rancune. Entretenez dans votre esprit et dans votre cœur
des idées actives, constructives, telles qu'elles puissent vous soutenir dans
les difficultés inévitables, au lieu d'en accroître le poids.
Rompez délibérément avec le
passé dont vous avez eu à souffrir, que ce soit moralement ou
physiquement. Il n'y a pas plus de raison à cultiver les souvenirs
pénibles que les microbes de la maladie dont on relève avec difficulté.
Ne restez pas tourné vers le passé mauvais. Voyez l'avenir qui se déploie
devant vous avec toutes les magies de l'aurore et de l'espérance..
Décidez l'effort à
accomplir. Donnez-lui dans votre esprit une formule qui n'admette ni le doute,
ni la défaillance. Ne dites pas: « Je voudrais ! » Dites: « JE VEUX ! »
Pour vouloir avec suite, la
condition primordiale est d'avoir confiance en soi. Si vous n'avez pas
confiance, il n'est même pas utile d'essayer. Le vœu que vous
formulerez sera stérilisé par le manque de foi.
Il faut donc fixer dans
votre intellect une parole qui précise sans cesse à votre esprit cette
condition première. « J'ai confiance en moi », dira cette parole et vous
l'aurez sans cesse sous les yeux, bien apparente et comme brillante d'un éclat
étincelant, car il faut qu'elle se grave profondément en vous. II faut que
cette phrase se fixe dans votre pensée. Il est donc nécessaire de la préciser
d'une manière tangible qui ne vous permette pas de jamais l'oublier. Par
elle, vous rappellerez votre force aux heures de fatigue ou de défaillance et,
par elle, vous arriverez plus facilement à évoquer devant vous ce type
d'énergie et de volonté que vous devez incarner. Il faut que, de jour en jour,
vous vous sentiez devenir l'homme magnétique, volontaire, sûr de sa
force.
Pour arriver à fixer
cette pensée dans votre esprit, commencez par le procédé le plus simple. Faites
une pancarte sur laquelle vous inscrirez en gros caractères, bien nets,
sans fioritures :
J'AI CONFIANCE EN MOI
Cette pancarte une fois
faite, vous la placerez dans votre chambre à la place la plus propice
pour attirer et retenir vos regards. C'est là que, matin et soir, au
saut du lit et avant de vous coucher vous ferez un nouvel exercice. Consacrez
dix minutes à chaque entraînement. Faites-le bien régulièrement
avec persévérance. Surtout, ayez foi dans le succès inévitable.
Concentrez votre volonté pour lui donner le plus de force possible, la dresser,
comme un bon cheval, vers le but que vous avez fixé.
Il sied, avant toute chose,
que rien ne vous entrave dans l'exercice à accomplir. Aussi le
ferez-vous avec aussi peu de vêtements que possible, ou du moins avec des
vêtements très lâches, de manière à ce que vos
mouvements soient entièrement libres.
En regardant la pancarte,
respirez amplement, cherchez à acquérir le rythme large des grands
souffles, source de la force et du calme, aussi bien dans le corps que dans
l'être psychique. Ici, notez un détail des plus importants. Il sied de
rectifier votre position, de vous défier de tout abandon, de, vous
laisser-aller, prenez l'attitude du « garde à vous » comme si, au lieu
d'être seul dans votre chambre, vous étiez en public, dans un:
établissement sportif, par exemple. Campez-vous solidement sur vos pieds, tous
vos muscles tendus, le corps bien droit, les épaules effacées et rejetées en
arrière, la tête haute. Gonflez largement votre poitrine, en
aspirant l'air par le nez. En même temps, donnez à votre visage
une expression plus animée, le sourire de la confiance et du courage, l'aspect
de l'homme fort et qui veut réussir.
Si vous avez une glace,
regardez-vous en même temps, de manière à constater si vous
avez obtenu l'expression que vous cherchez. Constatez aussi par vous-même
que votre attitude est calme, noble, assurée, que vos mouvements sont aisés,
amples sans emphase, simples, mais non étriqués et restreints par la timidité.
Assurez-vous de votre maintien qui doit être parfait et, quand vous avez
réalisé ce premier point, faites quelques pas dans la pièce. Etudiez
votre port qui doit être aisé, simple et noble. Acquérez la certitude que
tout votre être rayonne et dégage de la force; que vos actions, vos
pensées ne se limitent pas à vous, mais qu'elles ont des répercussions
immenses sur les personnes et les êtres environnants. Quand votre
poitrine est bien développée, rejetez l'air doucement, sans attendre et
recommencez plusieurs fois, sans hâte et sans fatigue, tout en continuant vos
exercices. Quand vous avez, de votre mieux, obtenu l'attitude qu'il vous
convient de prendre, sûr de vous, certain de la victoire, revenez
à votre pancarte et dites à haute voix, avec une volonté ferme et
soutenue, en donnant à chaque mot toute sa valeur:
J'ai confiance en moi. Je
veux imiter l'exemple de ceux qui réussissent, de ceux qui ne connaissent pas
d'obstacles. Je veux mériter et obtenir succès, joie, pouvoir, amour.
Je veux jouer mon rôle
activement. J'y consacrerai toutes mes forces. Je suis sûr d'arriver
à mon but. Je persévérerai, car, malgré les obstacles, je sais avec
certitude que la volonté bien entraînée vient à bout de tout, quand elle
est tendue vers un but juste et honorable.
Je veux remporter la
victoire, et, pour vaincre, je commencerai par une victoire sur moi-même.
Je serai digne d'estime, de confiance, de respect. Je veux être un noble
exemple. Je vaincrai toute défaillance pour mériter cette estime.
Pour jouer fidèlement
mon rôle, je prends d'abord l'attitude de celui qui réussit. Debout, prêt
à l'action, je redresse mon buste. Je tends mes muscles. Je
relève la fête. Je gonfle mes poumons et fixe dans mon organisme
les énergies ambiantes qui feront de moi un autre homme. J'ai foi dans le
succès. Mon regard est plus assuré: ma parole plus chaude, plus vibrante,
plus convaincante. Ma démarche est plus ferme, plus assurée. Je veux traduire
par mon sourire et mon renard une force paisible, qui inspire confiance et
sympathie.
Jouer mon rôle, c'est
m'efforcer de gagner les qualités intellectuelles et morales de celui que je
veux imiter. J'observe donc attentivement ce modèle idéal. Je me
pénètre de la valeur de chaque mot que je prononce.
Surtout, je veux, je veux de
toutes mes forces, de toutes les puissances qui sommeillent en moi. Je veux
accomplir un beau destin.
A l'avenir, toutes mes
paroles tendront à magnifier ma vie. Je veux vivre une vie noble et bien
remplie, qui répande le bien autour de moi, me fasse vivre dans une
atmosphère de clarté et de joie sereine. Je veux me défaire de tout
souvenir mauvais, arracher de mon cœur toute haine, toute rancune, ne
garder en moi rien qui me puisse abaisser ou avilir.
Libre, je veux être;
libre de moi-même comme des autres.
Je m'engage sur la route de
la vie avec un nouvel idéal. Je pars avec une attitude victorieuse, une âme
généreuse et belle. Je sais que je vais triompher. Je veux être digne de
ma victoire. Plein d'une ambition légitime, je veux avancer, aussi bien dans
mon travail que dans mon perfectionnement. J'ai droit à ma place au
soleil. Cette place, je l'augmenterai par mon travail, par les connaissances
que je veux acquérir, par la dignité de ma vie, par les sympathies inspirées,
par le secours donné à tous.
Je suis maître de mes
gestes, de mes pensées, de mes émotions. Je suis libre des hérédités que j'ai
vaincues, dégagé de mes impulsions que j'ai matées. Je suis libre de toute
entrave. Je marche avec une force calme dans la voie que je me suis choisie.
J'ai confiance en moi !
Répétez cette formule matin
et soir. Le matin, au saut du lit, cet exercice vous donne des forces et du
courage pour les travaux de la journée, vous les fait envisager comme une tâche
profitable et facile. Le soir, avant de vous endormir, les phrases que vous
répétez, les pensées qu'elle font naître en vous se gravent dans votre esprit et
continuent pendant votre sommeil à se graver dans l'inconscient.
Pour la mieux fixer encore,
écrivez la formule en gros caractères sur un carton ou un papier fort
que vous attacherez au mur à côté de votre pancarte. Ceci vous évitera
un effort de mémoire qui, en détournant votre attention sur les mots et leur
sonorité, vous empêcherait un moment de vous pénétrer de leur sens. Vous
n'avez qu'à la lire; elle se gravera d'elle-même.
Surtout, cette formule, ne l'apprenez pas
machinalement. Au contraire, vivez-la. Pénétrez-vous en bien. Faites comme
l'artiste dont le jeu puissant émeut toute une foule. Quand votre corps se
redresse, ne le faites pas sans y songer, comme un exercice de gymnastique
pénible. Au contraire, pensez que votre énergie se redresse en même temps
que votre corps. Quand vous dites que votre regard est solide, faites qu'il le
soit en réalité. Agissez puissamment, si vous voulez que votre action profite
au but que vous vous êtes assigné. Quand vous parlez du sourire, qu'il
s'épanouisse sur vos traits, qu'il rayonne dans vos yeux; devenez l’image de
cette force que vous voulez être et que vous serez en effet, si vous
pratiquez mes conseils. Aidez-vous de la glace pour vérifier ce que vous dites,
pour rectifier ce que votre attitude peut avoir de faible, votre regard de
distrait, votre sourire de las ou de désabusé. Dans ce moment, votre glace est
le meilleur des conseillers.
Si vous avez un frère, une sœur,
un être en qui vous puissiez avoir une pleine confiance et qui ne
tournera pas vos efforts en ridicule, vous affaiblissant par une déprimante
raillerie, faites vos exercices devant lui. Entraînez-vous ensemble et, dans
les moments difficiles, l'exemple de l'un sera l'appui et le conseil de
l'autre. Une noble émulation vous soutiendra et vous profiterez chacun des
efforts de l'autre, fraternellement, en toute amitié.
Surtout, plus que toute autre chose, ne
revenez pas sur le passé. Il n'y a rien qui soit plus affaiblissant, et sans
profit. Vous avez, une fois pour toutes, reconnu vos faiblesses, vos
imperfections, vos défauts. Il n'est pas besoin d'y revenir. C'est une
tristesse avec laquelle vous avez rompu toute attache. N'y songez plus. Le
passé est mort et n'a plus droit qu'à votre oubli. C'est vers l'avenir
que doivent se tourner et vos regards et vos efforts. Tendez vers cette
nouvelle aurore de toutes les puissances de votre être. Dites-vous bien
que ce type idéal que vous voulez imiter vous l'êtes déjà; qu'il
est en vous; que c'est un être nouveau, sans aucun lien ni rapport avec
ces chagrins sur lesquels vous aviez tendance autrefois à vous
appesantir. Votre nouvelle personnalité ne les connaît pas. Vous devenez ce
nouvel être, vous n'en serez plus séparé. De jour en jour, il fait partie
de plus en plus intégrante de votre personne. Vous vivez l'un par l'autre. Il
vous guide vers l'avenir, mais, pour mériter cet appui, regardez en haut, vers
les sommets que vous vous êtes promis d'atteindre. Agissez en
conséquence. La victoire vous est promise.
Faites régulièrement vos exercices,
chaque matin et chaque soir, de préférence à la même heure. De
toutes vos forces, par tous les moyens possibles, fixez en vous ces fortes
pensées. Dans très peu de temps, l'habitude vous rendra la tâche de jour
en jour plus facile. Surtout, pas de défaillance. Il n'y a pas de motif pour
que votre entraînement, une fois commencé, arrête ses progrès et
ne mène pas au succès.
Je compte sur vous, comme à toute
heure de défaillance s'il venait à s'en produire, vous pourriez compter
sur moi.
La confiance est née en vous. Vous la sentez
installée dans votre âme. Il faut maintenant changer de formule. Faites une
autre pancarte, des mêmes dimensions, avec ces mots:
JE VEUX RÉUSSIR
Fixez la pancarte dans votre chambre,
toujours dans un endroit bien en vue. Lisez-la chaque fois qu'elle
arrêtera vos regards, mais pas d'un œil distrait. Attachez votre
esprit à tout ce que contient de possibilités et d'accomplissements ce
simple mot: réussir.
Chaque matin, répétez-vous une nouvelle
formule:
« Je veux réussir.
« Je sais que le succès n'est pas
dû au hasard. Le succès réel et durable exige un ensemble de
qualités physiques, intellectuelles et morales. La principale qualité physique
est l'endurance. Il me faut la santé. Je veux donc vivre sainement. Je ne gaspillerai
pas mes forces dans les plaisirs, ni dans les travaux inutiles. Tous mes actes
tendront vers mon but. Je serai sobre pour gagner des forces nouvelles qui me
permettront de vouloir et d'agir avec persévérance. Je veux réussir. Je sais
qu'il y a en moi des forces infinies. Je veux les libérer, les augmenter sans
cesse. Je veux gagner la victoire.
« Je veux que tous ceux qui m'entourent
constatent ma transformation. Mon attitude est meilleure. Je me redresse; mes
muscles se tendent, plus fermes. Je sens circuler en moi une vie nouvelle. J'ai
confiance en moi comme dans l'avenir. Je sais qu'il n'est pas de tâche qu'un
homme volontaire ne puisse remplir du moment qu'il l'a acceptée; je veux
accomplir cette tâche. Je rectifie mon regard: je veux qu'il soit franc, plein
d'une lumière égale, fort, prompt à répandre sa force sur tous
ceux qui en ont besoin. Je veux que ma voix soit plus assurée; qu'elle porte
mes décisions non comme des ordres, mais comme des pensées longtemps débattues.
Je veux que mon attitude soit ferme et digne, sans arrogance et sans bassesse,
sans violence et sans timidité.
« Je ne livrerai rien au hasard, car le
hasard n'existe pas et le succès auquel j'aspire ne dépend que de
moi-même. Je veux être attentif à tout, car toute chose, si
j'y attache ma pensée, peut me donner des notions nouvelles dont je puis tirer
parti. Je veux réfléchir, car toute idée approfondie renferme un enseignement
qui ne se révèle qu'à l'étude.
« Maître de mon corps, maître de mes
pensées, je veux que mon effort soit aussi le salut des autres. Je ne
contraindrai personne par la force. Les sentiments que l'on impose sont
pénibles et prompts à s'effacer. Je veux attirer les sympathies, mais je
les mériterai par mes qualités, mon attitude, mon dévouement, mon travail.
« J'ai confiance en moi. Je veux mériter la
confiance des autres. Je veux gagner ma place au soleil. Je me sens attractif,
plein, de toutes les puissances qui s'épanouissent dans mois âme.
« Je veux réussir. »
Je fais ici la même observation que
pour la première formule. Vous la répéteriez à l'infini sans
grand résultat si vous ne la viviez intensément. Il faut vous en pénétrer, la
sentir entrer dans votre pensée, par cet appui gagner de la puissance
émotionnelle qui augmentera votre élan, votre faculté de travail.
On peut répéter plusieurs fois la même
formule; il faut surtout la dire lentement, ajoutant à chaque mot la
valeur qui lui est propre. Il faut se pénétrer de sa pensée, mais il faut aussi
montrer extérieurement cette pensée, se conformer aux mots qu'on prononce.
Plus que toute chose, il faut être
sûr du succès; ne jamais douter de soi-même; il faut garder
cette confiance que l'on réussira.
De nombreux et illustres exemples peuvent
aisément vous démontrer l’excellence de ces procédés.
Quoi ! dira-t-on, suffit-il donc de dire: «
J'ai confiance en moi, je veux réussir ! » pour réussir complètement ?
Non, certes, cela ne suffit pas. Mais c'est le début de toute action.
Pour réussir, il faut des qualités réelles
d'intelligence et de travail qui ne s'acquièrent qu'à la longue.
Mais, avant de les obtenir, et même pour les acquérir, il faut commencer
par prendre confiance, par appuyer cette confiance sur une habitude d'esprit,
afin que le découragement ne détruise pas en un moment le lent travail de
plusieurs jours.
Nous ne pouvons insister ici sur l'art de
réussir. Cette étude mériterait un ouvrage spécial. Ce que nous faisons ici est
une œuvre plus générale et nous devons nous borner à des
considérations pratiques résumées en quelques mots.
Il faut, avant toute chose, détruire une
erreur qui s'est donné force de loi dans les esprits routiniers: on ne peut
réussir dans la vie que si l'on possède une fortune. Il n'est rien de
plus erroné. II n'y a qu'à regarder autour de soi pour constater que
beaucoup d'enfants riches, ayant ces possibilités données par l'argent,
s'empressent de ne rien faire. Nous voyons aussi quantité d'hommes qui, aussi
bien dans les arts que dans les affaires, ont commencé sans nul apport, sont
réellement les fils de leurs œuvres. En Amérique particulièrement,
les sommets appartiennent à des hommes qui sont nés pauvres Edison, le
plus grand inventeur des temps modernes; Rockefeller, le roi du pétrole;
Carnegie sont nés dans une condition modeste. Henry Ford, le dernier venu, le
roi de l'automobile, a commencé avec rien et tous affirment avec unanimité que
le Capital Argent n'est rien ou qu'il est de bien peu de prix auprès du
Capital Intelligence.
Nous avons dit plus haut qu'une nécessité
première est d'avoir un idéal élevé, de ne pas se limiter aux petites satisfactions
du moment, mais à chercher des buts élevés, des horizons vastes. Ce
n'est pas seulement notre avis. Carnegie, dont les doctrines ont fait leurs
preuves, le dit aussi:
« Que chacun de vous se dise : « Ma place
est au sommet ! » Soyez roi dans vos rêves. Faites le vœu
d'atteindre cette situation, avec une réputation sans tache et ne faites pas
d'autre vœu qui puisse distraire votre attention. » ( Andrew Carnegie. — L'Empire des affaires. )
Ces quelques mots, venant d'une bouche
autorisée, résument notre enseignement. Il faut, avant toute chose, avoir foi,
foi en soi-même, foi en l'avenir. Avoir une foi tellement assurée que
rien ne puisse faire fléchir la volonté qui repose sur cette confiance. On
aurait beau être « roi dans ses rêves », le trône s'écroulerait
vite si on laissait le réveil pénible détruire l'effet de ce rêve. Il
faut tenir devant les réalités difficiles; tenir le temps qu'il faut: des mois
ou des années. Tous les milliardaires qui maintenant réalisent de si grandes
choses ont eu des débuts plus que difficiles. Ils ne se sont cependant pas
découragés. Ils ont gardé une foi entière dans le résultat de leur
travail, et ce travail ne pouvait manquer d'être couronné par le
succès.
Le travail assidu est la seconde nécessité.
Non pas un travail d'amateur, mais un travail acharné, qui ne refuse rien en
vue de sa réussite, sauf ce qui pourrait blesser la conscience.
Rien ne vient sans effort. Celui qui veut
réussir ne l'ignore pas. Il sait aussi que cet effort, si dur soit-il, est
passager et que la récompense sera au-dessus de la peine. Il sait encore que la
foi facilite le travail, que l'intelligence le soutient. Il lutte donc; il
lutte sans trêve; il lutte sans défaillance, avec la certitude de la
victoire prochaine, avec la vision glorieuse de la complète réussite,
une fois accomplis les pas difficiles.
La foi et le travail ne suffisent cependant
pas. Il est des qualités intellectuelles que rien ne saurait suppléer. Il faut,
naturellement, une intelligence suffisante pour comprendre le travail auquel on
s'adonne, pour l'étudier, voir les améliorations dont il est susceptible, les
moyens de l'accomplir mieux et, s'il se peut, avec un moindre effort. Cette
intelligence pratique comporte une grande part de réflexion. Il ne faut pas
s'emballer trop sur une soi-disant découverte qui ne mènerait à
rien ou demanderait des travaux et des frais disproportionnés avec le résultat
que l'on peut en espérer. Cette réflexion vous fait voir l'objet ou l'action
sur toutes ses faces avec toutes les possibilités que l'on peut y trouver. Il
faut, pour donner à cette réflexion intelligente un poids encore plus
grand, l'étayer sur une forte logique, qualité entre toutes constructive et
sans laquelle les meilleurs efforts manquent toujours de calme et de coordination.
Une fois le plan déterminé par
l'intelligence et la logique, il ne suffit pas de s'y complaire pour le faire
aboutir. La qualité la plus utile alors est l'initiative. Il ne faut pas, quand
on a découvert soit une idée nouvelle, soit le perfectionnement utile d'une
ancienne formule, se dire soudain que l'on a tort et que le mieux sera toujours
de faire comme on a fait avant vous. L'initiative ne se laisse pas limiter
ainsi. Elle brise les vieux moules et crée des formes inédites. Mais, avant de
lui laisser libre cours, il est bon de savoir où l'on va, ce qui est le
fait de l'intelligence, car l'initiative sans frein est un torrent débordé.
Lorsqu'on a reconnu, après lent et
sûr examen, l'excellence du plan choisi, il ne faut pas se laisser
arrêter par des vétilles. Il est bon que l'initiative se transforme en
audace, en audace opiniâtre et volontaire, car une action entreprise doit
toujours être menée à bien. Rockefeller dit à ce sujet:
« Jeunes gens, rappelez-vous que la loi
élémentaire du succès dans les affaires est de voir toujours haut et
grand. Ne songez pas à remporter des avantages temporaires. Ne gaspillez
pas votre effort pour aboutir à de petits triomphes, à moins que
votre ambition ne soit jamais que de remporter de petits succès.
Regardez toujours devant vous. Etudiez avant de vous risquer: c'est une chose
prodigieuse que de voir combien il y a d'hommes, même très
intelligents, qui se lancent dans une affaire sans en avoir balancé les
chances; gardez aussi tout votre sang-froid. Ne vous laissez pas emballer parce
que vous obtenez un petit succès et ne vous laissez pas abattre parce
que vous essuyez un petit revers. Dites-vous bien, dites-vous surtout que pour
réussir dans les affaires, il n'y a ni mystères ni trucs: il y a des lois
inflexibles, des lois d'étude, de connaissance, de travail, d'endurance, de
mesure, de calme, d'honnêteté. Si vous manquez à une seule de ces
lois, vous pourrez remporter une victoire passagère, vous ne remporterez
jamais de victoire décisive et durable... » ( John-D. Rockefeller. — Mémoires publiés par Le Matin, sept. 1908.
)
Pour réussir, il faut avoir confiance en
soi. Cette confiance est absolument indispensable et on ne fera rien d'utile,
même si les circonstances étaient favorables, avec la pensée que l'on ne
réussira jamais. Cette idée déprimante fait partie de ces impulsivités que nous
devons détruire en nous avant toute chose. Napoléon avait, en son étoile, une
foi aveugle. Dans sa jeunesse, il ne doutait nullement que l'empire du monde
dût lui appartenir. Aussi ne s'arrêta-t-il jamais dans les actions
qu'il commençait. Mais, à un moment donné de sa carrière, quand
un mariage impérial et la naissance d'un héritier auraient dû lui donner
le plus de confiance, il sentit pâlir cette étoile qu'il avait toujours vu rayonner
et, du même coup, sa fortune quasi miraculeuse en fut enrayée. Il le
confia à Las Cases qui nous a transmis ses entretiens avec l'Empereur
dans son exil de Sainte-Hélène. A ce moment, évoquant le désastre de
Waterloo, Napoléon s'exprimait en ces termes:
« II est sûr, disait-il, que dans ces
circonstances je n'avais plus en moi le sentiment du succès définitif;
ce n'était plus ma confiance première: soit que l'âge, qui d'ordinaire
favorise la fortune, commençât à m'échapper, soit qu'à mes
propres yeux, dans ma propre imagination, le merveilleux de ma carrière
se trouvât entamé, toujours est-il certain que je sentais en moi qu'il me
manquait quelque chose. Ce n'était plus cette fortune attachée à mes
pas, qui se plaisait à me combler, c'était le destin sévère
auquel j'arrachais encore, comme par force, quelques faveurs, mais dont il se
vengeait tout aussitôt; car il est remarquable que je n'ai pas eu alors un
avantage qui n'ait été immédiatement suivi d'un revers. » ( Las Cases. — Mémorial de Sainte Hélène
(relation du 12 novembre).
Cependant les capacités de l'Empereur
n'étaient nullement amoindries. Sa merveilleuse campagne de France en 1814 le
démontre clairement. Mais la confiance l'avait fui. Des épreuves constantes
avaient peut-être fait fléchir le riche métal de cette volonté presque
surhumaine. Aussi, quelques lignes plus loin, rappelant ses insuccès
militaires. Napoléon dit encore:
« J'avais en moi l'instinct d'une issue
malheureuse, non que cela ait influé en rien sur mes déterminations et mes mesures,
assurément; mais j'en portais le sentiment au-dedans. de moi. »
C'est sans doute que Napoléon se trouvait en
proie au désordre qui se trouve suscité par les ambitions matérielles. Mais
celui qui ne désire que son propre et juste épanouissement ne se trouvera pas
en butte à des forces de cette sorte. Celui-là, peut suivre sa
voie sans que les autres se sentent molestés par une ambition tout intérieure
et qui n'empiète sur les désirs de personne. Celui qui vit de la sorte
n'a pas besoin de se soucier des envieux. Sa vie ne peut porter ombrage qu'aux
esprits chagrins et ceux-là portent en eux-mêmes leur juste et
prompte condamnation. C'est le sentiment de cette floraison intérieure
échappant à la méchanceté des hommes et du sort qui a fait dire à
Marc Aurèle:
« Tu peux vivre exempt de toute violence,
dans la plus profonde paix du cœur, quand même tous les hommes
vociféreraient contre toi tous les outrages imaginables. Car qui empêche
que la pensée ne se maintienne dans un plein calme, jugeant au vrai ce qui se
passe autour d'elle ? »
Comment pouvons-nous être sûrs
que nous n'avons jamais dépassé ce qui nous est permis, ce qui peut nous
laisser vivre en paix avec les hommes, quelle que soit la jalousie inhérente
à leur nature ? Nous le saurons facilement si nous prenons soin
d'examiner chaque jour l'emploi que nous avons fait des heures et des forces
qui nous ont été accordées. Pythagore donne, à cet égard, des conseils
que tout adepte se trouvera bien de suivre:
« Que tes yeux appesantis ne donnent jamais
entrée au sommeil, avant que tu n'aies passé en revue toutes tes actions de la
journée. Quelle loi ai-je violée ? Quel acte ai-je fait ? A quel devoir ai-je
failli ? Pars de là et continue. Puis, si tu as fait du mal,
reproche-le-toi; si tu as fait du bien, sois-en content. »
Ce faisant, l'homme est assuré de se
connaître pleinement. Il ne doit pas se complaire dans des erreurs qu'il est
bien forcé de reconnaître et dont il se corrigera s'il a compris qu'il ne peut
arriver à réussir sans conscience nette et pure. II faut être et
demeurer soi-même, se développer dans son propre sens en tendant toujours
à se perfectionner, mais en respectant les limites que la Nature nous a
fixées.
Ce qui fait l'homme supérieur, ce n'est pas
telle ou telle faculté spéciale, tel ou tel talent, mais une nature forte, une
conscience haute qui lui donnent les facultés nécessaires à son labeur
et l'ascendant moral de l'être honnête. Celui qui a ces qualités et
qui les développe en soi n'entreprend que des tâches auxquelles il est adapté
et, travaillant avec acharnement et lucidité, ne perdant aucun moment ni aucune
force, il est assuré du succès. Celui qui pense de la sorte
considèrera-t-il l'argent comme le but visé par ses efforts ? On peut
dire hardiment non. On ne saurait nier que l'argent offre à celui qui
l'a gagné des moyens de travail, et de bien-être qui sont très
appréciables. Mais le vrai bonheur ne se trouve pas dans un coffre-fort. Le
vrai bonheur est en soi-même. Celui qui, satisfait de sa journée, le
cœur plein d'affections familiales et de la paix naturelle à une
conscience pure, écoute le chant des oiseaux, regarde une fleur de l'herbe,
ravi de sa couleur, de sa délicatesse, de son parfum délicieux, celui-là
est plus riche que ne peut être un roi si le cœur de ce monarque est
bourrelé de craintes, de remords, d'inquiétudes. La vraie conquête du
monde, c'est de goûter ces belles heures avec l'ivresse d'un poète
et la paix d'un sage. Que souhaiter quand on a cela ?
Vouloir, s'analyser, se perfectionner, c'est
la voie que nous vous avons indiquée. Cette voie exige un effort, un effort
continu, quand on veut aller jusqu'au bout. Certains, affaiblis par la maladie
ou par un état spécial de leur esprit, affirment qu'ils ne peuvent pas faire
acte d'énergie. Pour le très petit nombre de ceux qui sont réellement
incapables de tout effort; qui ne sont pas capables d'attention, de décision,
de volonté; qui par eux-mêmes, ne peuvent soutenir un effort suivi, nous
intervenons directement.
Pour fomenter des énergies, redonner des
forces à celui qui les a perdues, du courage, l'espoir dans la vie
à celui qui se croit rayé du nombre des gens heureux, le psychologue
tient à sa disposition plusieurs méthodes suggestives qui se classent en
deux catégories:
1°. — Les unes s'adressent à la partie
mentale dans sa double forme: consciente ou inconsciente;
2°. — Les autres s'adressent à la
partie émotionnelle.
De même que l'équilibre peut
être rompu par l'oscillation d'un plateau de la balance, de même on
peut rétablir cet équilibre en agissant sur l'un ou sur l'autre des plateaux.
De là proviennent nos méthodes de suggestion directe s'adressant soit
à la pensée (consciente ou inconsciente), soit à l’émotion.
Pour la partie mentale, on peut pratiquer:
1°. — La suggestion en rafale, suggestion
brutale, nette, qu'il ne faut utiliser que si l'on se trouve en présence d'un
cas urgent, comme le danger imminent du suicide ou le désarroi
extrêmement profond qui peut conduire au même malheur ;
2°. — La suggestion imposée en sommeil
provoqué ou, mieux, à l'état de veille. Elle sert, en général, dans les
cas d'une excessive débilité mentale qui ne peut accepter ni retenir aucune
pensée;
3°. — La suggestion raisonnée qui est
toujours faite à l'état de veille avec l'assentiment du malade;
4°. — La suggestion indirecte, méthode
entièrement nouvelle que nous avons mise au point et qui tend —
véritable inoculation — à introduire des idées dans le champ mental du
malade, à son insu, bien qu'il soit à l'état de veille et qu il
se soumette ou non à l'action intentée.
Encore n'est-ce là qu'un des côtés du
problème. Nous utilisons aussi la suggestion émotionnelle qui agit avec
mille nuances depuis l'action profonde, rapide, jusqu'à l'action douce
qui demande des précautions infinies. Il faudrait un ouvrage entier pour montrer
qu'elles nuances peut contenir cette suggestion, aussi délicate et variée que
les timbres et les vibrations de la musique sous la main d'un habile exécutant.
Avec nos méthodes de rééducation, il est
donc possible de donner des idées saines à celui qui a perdu le contrôle
de lui-même, des émotions vivifiantes à celui qui se croit perdu.
Malades, dolents, ne désespérez pas ! Ayez
foi dans l'avenir. Nous voyons chaque jour des malades, des désespérés
retrouver la plénitude de leurs forces. Nous avons à notre disposition
des armes puissantes, qui ont fait leurs preuves sur des êtres plus
malades que vous. Si vous êtes soutenus, aidés, vous viendrez à
bout de votre tempérament, de vos impulsions irraisonnées. Vous arriverez
à dominer, en grande partie, les mauvais apports de votre atavisme. Vous
échapperez aux regrets, aux tourments du passé. Vous redeviendrez un être
libre, sûr de lui-même.
La route est tracée. Elle a ramené à
la santé et à la réussite un nombre infini de désemparés aujourd'hui
heureux et reconnaissants. Faites effort. Relevez la tête. Venez à
ceux qui offrent de vous soutenir, de vous guider. Sachez que le miracle est
possible. Ayez foi dans ceux qui vous disent: le salut est en vous.
Une vie nouvelle commence. Un nouveau soleil
sort des ténèbres. L'aube de la joie et de la libération vibre
déjà sous l'horizon et ne demande qu'à briller.
Résumé
Nous souffrons surtout de ne pas nous
connaître. Si nous nous analysions mieux, nous verrions en nous deux personnes:
le conscient et l'inconscient que nous devons utiliser tous deux pour nous
perfectionner, acquérir des mérites, préparer cette évolution qui est le
véritable but de notre vie. Faites de votre inconscient — réceptacle de tout le
passé — un collaborateur fidèle; du conscient un être doué de
facultés et de pouvoirs que rien ne saurait amoindrir. L'éducation tend
à renforcer le rôle du conscient, mais il ne faut pas faire disparaître
son collaborateur.
Ces deux personnalités s'affrontent en vous.
Laquelle doit primer ? C'est le conscient, certes. Ce serait une erreur, pour
les tâches essentielles, de compter sur l'inconscient, de lui confier la
direction de votre vie. Moins encore, pouvez-vous demander appui à
l'imagination passive, forme fruste, qui est incapable de faire fructifier une
idée. C'est à elle que Marc Aurèle s'adresse en ces termes:
« Que fais-tu donc ici, imagination ?
Va-t-en, de par les Dieux ! comme tu es venue; je n'ai pas besoin de toi.
»
Nous devons donc exercer notre conscient, le
renforcer toujours, développer en lui l'attention, le jugement et non le
soumettre à des pratiques inconscientes, le forcer à répéter
machinalement des phrases sans force et sans effet. Il convient à
l'homme de faire effort, de penser, de juger, d'éduquer sa volonté, car c'est
d'elles qu'il peut attendre la mise en valeur de sa personnalité. C'est donc
une erreur de compter sur l'inconscient, une autre erreur de faire disparaître
la conscience sous le poids du sommeil, de la somnolence, de l'hypnose. Nous
devons travailler en toute lucidité.
Il faut créer un pli psychique et pour cela
« jouer un rôle », diviser son travail en deux parties comme le font les
comédiens: 1° Apprendre le rôle; 2° Le vivre, s'en pénétrer, extérioriser les
idées, les sensations qu'il exprime. Ainsi se crée l'habitude qui nous facilite
la tâche, donne le pli psychique qui stabilise les résultats acquis. Une force
donne un grand appui à ce travail, c'est l'émotion.
Pour profiter à la fois de ces deux
forces — mentales et émotionnelles, — nous devons d'abord nous imposer une
première formule: « J'ai confiance en moi » jusqu'à ce que nous
ayons acquis cette confiance. Ensuite, vient une seconde formule: « Je veux
réussir ! » Ces formules, il faut les écrire sur des pancartes et les fixer
dans sa chambre, les considérer attentivement, matin et soir durant quelques
minutes, bien se pénétrer de la valeur des phrases, les vivre, en faisant des
exercices appropriés pour graver dans la pensée ces idées qui doivent prendre
corps dans notre être, le doter des facultés qui lui manquent pour
devenir celui qui réussit.
Cette donnée est basée sur l'exemple
constant des hommes qui, partis de rien, sont arrivés à des situations
prépondérantes, spécialement les milliardaires américains. Comme eux, celui qui
se transforme doit savoir que rien ne doit être livré au hasard, que tout
vient de la volonté consciente et que tout lui est promis. Cette pensée, il
faut la soutenir par un effort continu, car rien ne réussit sans travail. Ce
labeur, qui serait aride sans cela, on l'appuiera sur un idéal que nous devons
placer le plus haut possible si nous voulons devenir des êtres
véritablement supérieurs. Et, cet idéal une fois élu dans notre âme, nous
devons développer dans notre conscience ces qualités de jugement, d'attention,
de réflexion, qui nous mettront à même de la réaliser autant qu'il
est en notre pouvoir.
Un grand psychologue anglais a résumé cette
méthode dans une formule lapidaire que nous plaçons avec joie sous vos yeux,
pour vous montrer de quoi vous êtes capable dans le développement harmonieux
de tout votre être. Sir John Lubbock écrit :
« Semez un acte et vous récolterez une
habitude. Semez une habitude et vous récolterez un caractère. Semez un
caractère et vous récolterez une destinée. » (Sir J. Lubbock. — L'Emploi
de la vie. )
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