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L'auto suggestion graphique
« Les hommes chercheront toujours des signes
extérieurs pour découvrir les pensées secrètes et les penchants cachés.
»
P. Flourens.— De la phrénologie et des
études vraies sur le cerveau.
L'AUTO SUGGESTION GRAPHIQUE
L'étroite connexité du physique et du moral.
Notre état psychique révélé par nos gestes. — Tel état d'âme impose à la
plume un mouvement déterminé, comme il donne au corps tel geste ou telle
attitude. La graphologie. — Rapport de certaines tendances physiques et morales
avec l'écriture. Exemples typiques. — Les indices révélateurs du
caractère à tirer des gestes, du port, des traits du visage, du
regard, de la démarche, de la poignée de mains. — Comment procéder pour
examiner graphologiquement une page d'écriture. — Ordonnance du texte. —
Intensité de l'écriture. — Direction des lignes. — Inclinaison des lettres. —
Dimension du graphisme. — Ecritures rondes et anguleuses. — Assemblage des
lettres et des mots, liaison des lettres. — La signature. — La lettre t. — Ce
que révèle la signature d'Edison. — Points, accents et ponctuation. —
Résultantes. — Nécessité d'imposer silence à nos muscles. — But de notre
méthode d'autosuggestion graphique: augmenter l'attention. Modifications
à apporter à notre écriture. — Résumé.
Nous avons vu l'influence de l'attitude
mentale et les bénéfices moraux et même matériels qu'on en peut attendre.
Rien n'est plus propre à nous corriger des défauts intellectuels, des
faiblesses nerveuses, des emballements émotifs qui sont d'une telle gêne
dans la vie. Sommes-nous peureux, impressionnable ? Il nous suffit d'imaginer
que nous possédons l'entière maîtrise sur nous-même, que nous
sommes un être calme, pondéré pour que, peu à peu, nos sentiments
et surtout notre système nerveux s'accoutument à suivre l'impulsion
donnée, à ne nous permettre que des actions conformes au plan que nous
nous sommes idéalement imposé. C'est ainsi que notre persévérance nous impose
le « pli psychique ». L'auto suggestion incruste dans notre conscience l'idée
que nous n'avons plus peur et, lentement mais sûrement, la crainte quitte
notre esprit, nos nerfs s'aguerrissent, nous supportons sans émotion des
secousses que nous n'aurions jamais imaginé auparavant accuser avec un tel
calme.
C'est un point que nous ne devons jamais
perdre de vue: l'étroite connexité du physique et du moral. Dans les chapitres
suivants, nous verrons que le calme physique, par exemple, le repos et la
détente musculaire, transmettent la quiétudes de notre corps à notre
esprit. Mais il en est de même inversement: notre attitude mentale
s'impose à notre attitude physique et nous devenons, extérieurement
même, l'homme ou la femme que nous désirons devenir.
Les grands nerveux, dans le cerveau desquels
les images se déroulent avec la rapidité d'un film de cinéma, les grands
impulsifs ne sont pas plus maîtres de leur attitude physique que de
l'ordonnance de leurs idées: ils font quantité de gestes mutiles, s'imposent
à leur insu un supplément de travail musculaire qui ne sert à
rien; ils crient, gesticulent, s'emportent, frappent au besoin et cette dépense
musculaire a lieu parce qu'ils ne savent pas résister au torrent de leurs
idées, à l'impétuosité de leurs émotions.
Ce rapport étroit qui existe entre notre
activité physique et notre activité psychique est nettement mis en évidence
dans la peur. Si nous ne savons pas maîtriser ce sentiment, un flot d'idées
afflue dans notre cerveau en émoi; nous multiplions le danger réel par l'image
plus ou moins terrible que nous nous en sommes faite et nous courons à toutes
jambes, sans savoir où, parfois en sens inverse de ce que nous devrions
faire pour nous mettre en sûreté.
Voyez au contraire l'homme calme, maître de
lui: il fait peu de gestes; il n'élève pas la voix, même quand il
se croit de justes motifs d'irritation. S'il se trouve dans un danger, il
craint pour sa vie autant que celui qui s'affole, mais, dominant son esprit et
son corps, il a une conception rapide de ce qui doit être fait pour
atténuer le danger. Il voit d'un coup d'œil les mesures à prendre.
Son calme réfléchi s'impose à la foule. Il crée, il dirige les secours,
improvise les soins, et, par l'emprise de sa volonté calme et pondérée, il
sauve son existence et celle des autres. Il va de soi que ces formes
différentes de pensée, ces états d'âme imposent à la personne physique
un changement qui se manifesterait même si deux corps étaient
parfaitement identiques. Ces transformations et déformations ont créé les
sciences dites d'observation, sciences qui ont fait leurs preuves d'exactitude
et dont le mécanisme est bien facile à comprendre, pour peu qu'on
veuille réfléchir.
Sommes-nous en colère ? Aussitôt,
malgré nous, nous nous crispons, nous fermons et nous tendons le poing, nous
élevons la voix, que la personne contre qui nous nous emportons se trouve ou
non en notre présence. Ces gestes nous sont bien connus et si, sans rien
entendre des paroles échangées, nous voyons quelqu'un froncer les sourcils,
brandir son poing vers une autre, nous savons avec certitude que cette personne
est en proie à des pensées tumultueuses. Il en est de même pour
une personne affligée: le pli tombant des lèvres, les paupières
qui battent, retenant difficilement les larmes, les ailes du nez qui se
resserrent, une foule d'indices très faciles à constater nous
montrent parfaitement que nous sommes en présence d'un être accablé de
douleur. Ainsi pour toutes les autres formes de sentiment; chacune a dans nos
gestes, dans notre attitude, dans notre visage, dans notre voix, dans le jeu de
tous nos muscles un signe révélateur qui lui est propre.
Dans l'impatience, par exemple, l'homme
éprouve le besoin d'user par des mouvements l'irritation causée par l'attente;
plus l'attente est anxieuse et plus désordonnés sont les mouvements. Dans une
panne de tramway, les voyageurs assis ou debout piétinent sur place comme si
cela pouvait faire venir le courant qui fait défaut. Regardez au café, le
Monsieur qui attend depuis une heure la dame qui l'a favorisé d'un rendez-vous:
il tambourine des doigts, il plie et déplie son journal, tire ses moustaches, regarde
mille fois sa montre, tourne sans cesse la tête vers la porte où
il espère voir paraître l'objet de ses rêves; il s'occupe de mille
manières pour tuer le temps avec des gestes typiques que n'aurait pas un
paisible consommateur profitant d'une heure de repos pour regarder des
illustrés en buvant une boisson plus ou moins toxique.
Ce sont là de petits faits, mais ces
petits riens réitérés traduisent une forme de caractère, et cette forme
de caractère, il est un geste, ou plutôt une succession de gestes qui
nous le révèle clairement, c'est notre écriture. Elle fournit, à
qui sait observer, la plus complète indication que nous puissions avoir
sur le tempérament et le caractère du scripteur.
La graphologie n'est pas une science «
occulte », c'est une science d'observation basée sur une connaissance
approfondie de l'être humain, physique et moral. Tel état d'âme impose
à la plume un mouvement déterminé, comme il donne au corps tel geste ou
telle attitude. La personne active aura toujours une écriture rapide. Celle qui
est indolente, paresseuse, ennemie de l'effort, marchera lentement et écrira de
même. Telle qui est désordonnée montrera aussi peu d'ordre chez elle,
dans ses affaires, sur elle, dans son habillement que dans ses lettres. Il n'y
a là aucun mystère: c'est de la plus élémentaire psychologie.
L'écriture varie, direz-vous ? Certes, mais
cela est encore une preuve de la réalité des déductions graphologiques.
L'écriture change par suite de la variation des états d'âme. Le matin, votre
écriture est généralement plus calme que plus tard dans la soirée: cela tient
à ce fait qu'aux premières heures de la journée votre organisme
est reposé; l'après-midi, sans autre cause que la fatigue du jour, vous
aurez uns écriture sensiblement plus agitée; cette agitation sera bien plus
grande si, entre temps, vous avez appris une mauvaise nouvelle, la mort d'une
personne aimée ou la perte d'une affaire sur laquelle vous comptiez beaucoup.
Si vous êtes bien portant, votre écriture ne ressemblera que très
peu à votre écriture de malade. Nous en prenons un illustre exemple dans
l'écriture de Napoléon: sa signature de l'abdication est si différente de sa
signature ordinaire, qu'elle est à peine reconnaissable.
Peut-on changer son écriture ? On peut
certes y réussir, mais il faut faire acte de volonté, déployer de l'attention.
Si l'on veut modifier réellement les traits caractéristiques de son graphisme,
il faut un temps assez long et une application soutenue et nous arrivons alors,
par la maîtrise que nous imposons à un geste physique, à nous
modifier aussi au point de vue mental. C est précisément le but du présent
chapitre de montrer comment on peut, en surveillant son écriture, arriver
à modifier son caractère, à se guérir d'un travers ou d'un
défaut, acquérir telle ou telle qualité que nous envions. Cette discipline
musculaire crée peu à peu le pli psychique qui nous donne la qualité ou
la vertu que nous désirons obtenir.
Ce n'est pas aussi facile que l'on pourrait
imaginer à première vue: cela demande un travail attentif et
surtout beaucoup de patience. Nous n'en voulons pour preuve que les lettres
anonymes que tout le monde est exposé à recevoir. Celui qui commet cet
acte méprisable s'imagine qu'en renversant ou en redressant son écriture, il
dissimulera sa personnalité et détournera les soupçons. Grossière erreur
! Les lettres, même changées quant à la direction, restent
elles-mêmes dans leurs formes, car la personne n'a pas d'un seul coup
modifié son tempérament et ses tendances. Si elle est inattentive et
désordonnée, le désir de vous être désagréable ne lui donnera pas l'idée
de mettre à leur place les accents, les points, les trémas, les virgules
et toute chose de ce genre: qu'elle écrive droit ou renversé, vous saurez que
vous avez affaire à une personne distraite, négligente ou simplement
étourdie. Et en comparant la lettre anonyme à des lettres habituelles de
cette personne vous trouverez des similitudes très frappantes.
Le docteur Encausse a rendu par l'image, de
façon amusante, le rapport de certaines tendances physiques et morales avec
l'écriture:
« Si vous êtes peu susceptible de
garder un secret, dit-il, alors vous ouvrez facilement votre bouche, aussi
facilement que vos o et vos a. Si, par contre, vous êtes discret, vous
fermez par habitude la bouche, et, par conséquence analogique, vos lettres o et
a.
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Fig. 53. — Lettres o et a ouvertes
Celui qui ouvre la bouche pour parler
à tort à travers, sans contrôle, ouvre de même ses o et ses
a.
image
Fig. 54. — Lettres o et a fermées
Qui ferme les lèvres et ne les ouvre
qu'à bon escient, ferme également, dans son graphisme, les o et les a
« Etes-vous optimiste ? Vos barres de t
s'élancent hardiment vers le ciel comme votre imagination. Etes-vous au
contraire chagrin et pessimiste ? vos barres plongent dans le centre de la
terre comme vos idées vous portent à vous enfoncer dans un grand trou
noir.
image
Fig. 55, 56, 57. — La barre du t
S'élance-t-elle vers le ciel, c'est signe
que le scripteur a des pensées optimistes; descend-elle, au contraire, vers la
terre, c'est indice de pensées sombres et déprimantes ; enfin, est-elle droite
et nettement tracée, ferme et sans violence, la personne est pondérée, calme,
réfléchie.
«
Etes-vous nerveux, irritable, toujours prêt à formuler que vous
êtes le plus malheureux des hommes ? alors vos lettres sont pointues et
aiguës. Voyez-vous au contraire un n aux jambages calmes et bien arrondis,
alors celui qui forme cette lettre est un « papa tranquille » sachant supporter
et surtout pardonner les scènes les plus violentes.
« Votre correspondant a-t-il de l'ordre ?
S'il met exactement les points sur la lettre i, il a l'amour de l'ordre et de
l'exactitude, il est toujours très bien coiffé à l'heure
convenable. S'il n'oublie pas le point, mais le pose sur la lettre qui précède
ou sur celle qui suit la lettre i, alors il a de l'ordre seulement par
accès quand « cela lui dit », autrement il est mal coiffé et n'est
jamais absolument exact au rendez-vous. S'il oublie son point sur l'i, alors
prenez un intendant pour tenir les comptes.
image
Fig. 58. — Une lettre anguleuse
Dénote un tempérament nerveux irritable.
image
Fig. 59. — Une lettre arrondie
Indique la bonhomie, l'affabilité, la
douceur des manières.
image
Fig. 60. — Le point sur l'i bien placé
signifie ordre, exactitude.
image
Fig. 61. — Le point sur l'i très déplace ou absent: inexactitude,
inattention.
« Mettez la missive reçue bien droite et
voyez comment se terminent les lignes. Allant vers le haut, elles indiquent
l'ambition que rien ne rebutera. S'écroulant vers la terre, elles signalent le
déveinard qui manque tout par défiance de soi. Enfin allant en zigzag, elles
indiquent l'indolent travaillant par à coups et laissant doucement
passer la vie.
« On s'habille comme on écrit la lettre d.
Celui qui écrit ses d avec une simple boucle, s'habille en bohème, sans
prétention. Celui-là qui entortille trois fois en colimaçon la boucle de
ses d a l'habitude des cravates à tons criards et de l'élégance sans
goût. Cet autre, qui fait ses d régulièrement, avec une barre bien
droite, c'est le notaire ou le magistrat, moralement bien entendu. Ses costumes
sévères correspondent à sa lettre. Enfin celui qui retourne ses d
inaugure des costumes esthétiques autant qu'étranges, s'habille à
l'envers du sens commun, aime les coiffures d'un goût douteux, les
orchidées morbides et les redingotes à longue taille. »
image
Fig. 62. — L'écriture ascendante,
descendante ou dansante.
Celui qui a confiance en lui écrit en
montant. Celui qui doute de lui-même à un graphisme qui descend.
Celui dont l'écriture danse est un irrégulier, un instable dans la vie.
Le Docteur Encausse n'a cherché qu'à
rendre d'une façon suggestive quelques éléments de graphologie, mais il ne
faudrait pas les prendre au pied de la lettre car, ainsi que le dit très
justement Crépieux-Jamin: « il n'y a pas de signes particuliers, indépendants,
il n'y a que des signes généraux dont les modes sont divers. » Quand on étudie
une écriture, il faut toujours établir une résultante entre les pronostics
à tirer de tous les signes graphiques: c'est le seul procédé qui donne
des résultats d'une réelle exactitude.
image
Fig. 63 à 66. — On s'habille comme on
écrit la lettre d.
Celui qui orne ses d d'une simple boucle
s'habille négligemment. Tel qui tourne ses d en colimaçon a une recherche
précieuse dans son accoutrement. L'être pondéré s'habille et trace ses d
correctement. Enfin, le d à la hampe tourmentée est celui de l'homme
maniéré jusqu'au ridicule.
Notre caractère, nos tendances ne se
révèlent pas par un signe isolé, mais par plusieurs : quelquefois
tout notre être contribue à manifester ces tendances par des
signes très différents entre eux.
Le Docteur Héricourt affirme: « II est
d'observation courante, qu'il s'agisse de gestes spontanés inconscients ou
d'une mimique savamment étudiée:
« Que l'énergie de la volonté se traduit par
des gestes pesants, fortement accentués;
« Qu'une exposition claire et limpide ne va
pas sans gestes pondérés et nettement dessinés;
« Que les gens sensibles prennent, comme on
dit, des airs penchés;
« Que l'égoïste semble toujours se
désigner et ramener tout vers soi par les mouvements centripètes qui lui
sont habituels;
« Que l’homme franc a le geste ouvert et
net;
« Que la dissimulation a le geste fuyant
comme le regard et ses mouvements, comme ses phrases, semblent n'être
jamais terminées;
« Que l'exalté se reconnaît de loin à
l'amplitude de ses mouvements;
« Que l'homme gai et bien portant a les
gestes vifs et portés vers le haut, tandis que la tristesse incline la
tête et laisse tomber le bras;
« Que l'homme doux évite les mouvements
anguleux, toujours carrés ou pointus chez l'homme rude et de commerce
désagréable;
« Que la grâce arrondit les mouvements et
décrit des cercles;
« Que l'homme simple se remarque à la
sobriété et à l'égalité de son allure. »
Ce sont justement ces mouvements que nous
allons retrouver dans l'écriture.
L'observation nous permet de dire avec
exactitude que les signes de telle ou telle habitude mentale, que ce soit une
qualité ou un défaut, se trahiront tout aussi bien par la manière de
parler que par les gestes, le port, les traits du visage, le regard ou
l'écriture, sans parler de la démarche ou de la poignée de mains qui pourraient
donner aussi tout un inonde d'indications utiles. Il faut apprendre à
regarder et c'est un effort cérébral que l'on n'aura jamais l'occasion de
regretter, car aucun ne saurait nous être plus profitable.
Ce serait sortir de notre cadre que de vous
enseigner ici ces sciences d'observation. Nous nous en tiendrons à
quelques indications de graphologie qui vous permettront de tirer de cette
science un intéressant moyen auto suggestif.
Nous avons devant les yeux une page
d'écriture courante écrite à l'encre (et non au crayon qui déforme
certains signes: les accents, les barres de t, la ponctuation, notamment).
Regardons, tout d'abord, l'ordonnance, la disposition générale, ce qui nous
frappe au premier regard dans l'aspect total de la page; viennent ensuite
l'intensité du mouvement, la direction des lignes, la dimension et la forme des
lettres, leur assemblage. C'est de la réunion de ces indices parfois différents
sinon contradictoires, que nous tirerons un jugement moyen, motivé et
définitif.
A moins d'être doué de facultés
intuitives qui aient fait leurs preuves, lorsque nous avons quelque personne
à juger, ne cédons pas à notre impulsion première; nous
voulons étudier le caractère, le connaître plus à fond; nous
suivons la personne pendant un certain temps, remettant pour la juger que les
faits révélateurs de son caractère nous aient permis d'établir un
jugement basé sur quelque chose de plus stable que le goût inspiré
à première vue. C'est ce que nous devons faire avec la
graphologie: en présence d'une lettre, nous ne devons pas nous laisser
arrêter par une seule particularité, nous devons étudier tous les signes
qui nous frappent et ne tirer un jugement que sur l'ensemble. En agissant de la
sorte, nous restons dans le domaine de l'observation rigoureuse.
Pour nous permettre de formuler un jugement,
passons en revue, successivement les divers indices qui nous sont fournis par
une page écrite:
Ordonnance. — Si l'écriture est bien
disposée, si la marge est normale, si le premier aspect de la page nous donne
une impression de clarté, c'est que le scripteur est ordonné.
Dans le cas contraire, si la marge est
irrégulière, si la disposition est désagréable, si l'aspect de la page
est malpropre et confus, nous en tirons le même jugement que nous
tirerions de vêtements mis au hasard et sans nul goût: le scripteur
manque d'ordre.
Intensité. — Une personne très
nerveuse, impulsive, n'a jamais une écriture calme. Les lettres sont toujours
inégales. Les écritures tourmentées appartiennent généralement aux personnes
très émotives. Nous y insistons encore: l'écriture est comme le geste.
Une écriture trop serrée a quelque chose d'étriqué, de mesquin, image d'un
tempérament parfois un peu plus qu'économe. Au contraire, l'écriture large,
espacée, indique un tempérament généreux. S'il y a exagération, le scripteur a
le goût de l'ostentation, il tient à étonner la galerie et risque
de se rendre à charge par une affirmation excessive de sa personnalité.
Une écriture légère est ordinairement
le signe d'une volonté faible, d'un caractère sentimental, souvent dupe
de ses affections et surtout des illusions qu'elle se crée. Au contraire,
l'écriture appuyée dénote une nature énergique, laborieuse; elle peut avoir
moins de nuances dans l'esprit; elle est moins artiste, mais le rendement des
affaires est très supérieur. C'est une écriture d'homme qui réussit.
Une écriture pâteuse, aux boucles massuées
et pleines d'encre indique une forte tendance à la matérialité. La
personne est gourmande, sensuelle, portée à tous les plaisirs du corps,
sans aucune idéalité.
Si les boucles sont assez importantes, et
même si toutes les lettres sont renflées en forme de fuseaux, c'est un
signe du même ordre que le précédent. L'Abbé Michon en fait le signe de
l'amour charnel. M. de Rochetal élargit le diagnostic et donne ce signe comme
une indication générale de sensualisme.
Direction des lignes. — Les lignes montantes
traduisent un mouvement ascensionnel de la pensée. Le scripteur est heureux,
ambitieux. Il place au-dessus de lui le but de ses désirs et de ses volontés,
et son écriture monte autant que ses espérances. Il a de l'ardeur, de
l'entrain; il est entreprenant, jovial; c'est un homme heureux. Si l'écriture
monte d'une façon démesurée, le scripteur peut être présomptueux,
téméraire, mais ces défauts ne font de tort qu'à lui et encore un tort
purement spécial, car il vaut mieux quelquefois entreprendre trop et avoir, comme
on le dit vulgairement, les yeux plus grands que le ventre, que de rester sur
place, faute de confiance en soi et dans la destinée.
Les écritures tombantes donnent les
indications contraires: elles traduisent la tristesse, l'accablement, la peur
de faire trop ou de trop entreprendre. C'est ordinairement le signe de la
fatigue morale et physique. C'est une écriture malheureuse, car si l'on
escompte d'avance l'insuccès, on est déjà à mi-chemin pour
l'obtenir.
L'écriture horizontale, d'une parfaite
rectitude sur la ligne, est le signe de la rectitude des idées, de la raison
froide, de l'égalité d'humeur et aussi de la prudence, mais d'une prudence
active et non, comme dans le cas précédent, d'un scrupule qui touche au
découragement.
Si l'écriture est sinueuse,
c'est-à-dire si, sans s'écarter ou presque de la ligne horizontale, elle
a de très légères montées et descentes, c'est un indice de
souplesse dans les idées et le caractère. Il n'y a pas à faire
fond sur la sincérité de cette écriture mais, ce qui éloigne le scripteur de la
véritable perfidie, c'est la mobilité de son caractère. Le fond n'est
pas bon, mais il n'est pas dangereux. Si les écarts entre les montées et les
descentes sont plus sensibles, cela indique un certain déséquilibre nerveux. Le
scripteur est incapable de travail régulier et suivi. Il a de belles envolées,
rapidement suivies de profonds découragements. La plume, comme le cerveau, se
fatiguent vite.
Si l'écriture d'une seule courbe, monte au
début de la ligne et se rabaisse à la fin, elle est dite voûtée et
donne, avec plus de pondération, les pronostics de l'écriture précédente. Au
contraire, l'écriture descend-elle au début de la ligne pour remonter à
la fin ? Elle est dite « en cuvette » et donne les indications inverses. Le
scripteur, souvent par suite d'un état de fatigue physique ou de dépression
morale, est sujet au découragement, mais, sous l'impulsion d une idée ou d'un
sentiment (du devoir, par exemple), il reprend force, sinon courage, et
accomplit sa tâche quelles qu'en soient les difficultés, uniquement parce qu'il
faut la faire.
Inclinaison des lettres. — Si l'écriture est
excessivement penchée, dans le sens où elle est tracée, il y a
présomption d'impulsivité, de prédominance complète des sentiments sur
la pensée et la raison. Si, tout en étant moins penchée que la précédente,
l'écriture est tout de même inclinée, elle indique une sensitivité plus
ou moins tenue en bride par la volonté raisonnable, opposée au mouvement
passionnel.
L'écriture verticale, droite indique, au
contraire, la résistance aux passions et aux sensations: la tête dirige
le cœur et le tient fortement en bride. C'est un avantage, s'il
n'amène pas la sécheresse de sentiments et le manque de franchise et
d'imagination.
C'est ce que nous donne l'écriture renversée:
elle décèle l'absence de franchise, la dissimulation et même
l'habitude du mensonge, mais, comme toute atteinte à la Nature est
toujours punie de quelque manière, ce signe dénote très souvent
une exagération maladive, un début de folie des grandeurs qui n'est pas, comme
on le croirait, incompatible avec la méfiance,
Dimension de l'écriture. — Cette observation
est d'une psychologie très claire. Celui qui est orgueilleux est porté
à vouloir agrandir la place qu'il tient dans ce monde et son écriture qui
s'en ressent, tend à s'étaler, à prendre beaucoup plus de place
qu'il n'est nécessaire. Toutefois, il y a des nuances infinies dans cet
orgueil. Si l'écriture, quoique grande, est simple dans ses majuscules et ses
lettres à boucles, l'orgueil est personnel; il peut être puissant
sans être agressif. Mais si les lettres à boucles et les
majuscules sont ornées de fioritures plus ou moins extravagantes, l'orgueil ne
se contente pas de son propre suffrage, il tient à s'imposer aux autres
et devient franchement insupportable. La personne qui est affligée de cette
forme de caractère attire sur elle l'attention par toutes sortes de
procédés, même par un habillement bizarre. C'est à cette forme
d'esprit que nous devons les hommes à grands cheveux et à
cravates éclatantes, les femmes qui créent des modes excentriques pour se
différencier du commun des mortels. Cela n'empêche point le talent, mais
ne le prouve pas non plus. Il faut un réel mérite pour faire oublier cette pose
parfois déplacée.
Si l'écriture est plus haute que large et
sans traits inutiles, l'orgueil est une juste et naturelle fierté qui ne nuit
en rien à l'urbanité des manières et à la facilité des
rapports sociaux. Mais si la hauteur est disproportionnée, sans arriver
à l'extravagance des écritures fleuries, le scripteur n'est pas éloigné
de ces outrances de manières, de ces recherches de costumes ou
d'attitudes qui nuisent à bien des artistes dans l'esprit du public.
Cependant, il est difficile, à celui qui se sent une valeur au-dessus de
la moyenne, de se laisser confondre avec lé public; d'autre part, les grandes
envolées du génie s'unissent facilement avec ces grandes lettres. Il y à
là une mesure à chercher et des éléments dont il faut tenir
compte.
Les écritures menues sont généralement
celles des êtres doués de finesse, de ruse, et d'une certaine minutie,
pointilleux même. Il ne faut cependant pas prendre à la lettre
cette indication, car il y a parmi les hommes d'un talent et même d'un
génie reconnus des écritures minuscules. Celles de Lamartine, de Verlaine, de
Th. Gautier, de Th. de Banville sont de celles-ci.
Forme de l'écriture. — L'écriture ronde est
généralement signe de la bonté ou du moins de la politesse, qui est la bonté
sociale; elle indique de la douceur, de la bienveillance, des manières
rondes et polies.
L'écriture anguleuse, aux jambages pointus,
c'est le signe de l'énergie et même des instincts dominateurs. Il y a
mille nuances dans ces deux formes d'écriture qui indiquent la souplesse plus
ou moins grande, la bonté ou l’autorité accentuées plus ou moins selon le cas.
Assemblage des lettres et des mots, liaison
des lettres. — Si les lettres sont juxtaposées, c'est-à-dire si elles se
suivent sans que la plume ait tracé un lien entre chacune d'elles, c'est le
graphisme d'une personne très douée intuitivement. Telle est l'écriture
des poètes, des inventeurs, des utopistes qui cherchent un
système nouveau de rénovation sociale par des procédés plus ou moins
bizarres; c'est celle des rêveurs de toute catégorie.
Si les lettres sont liées, si la plume a
tracé tout le mot sans se relever, l'intuition est remplacée par la déduction.
Ici, l'inspiration est faible ou inexistante, mais l'observation peut y
suppléer surtout dans les arts ou les sciences où le génie n'est pas
absolument nécessaire. L'écriture juxtaposée est celle des poètes;
l'écriture liée est celle des scientifiques. Si l’esprit est porté aux affaires
publiques, surtout à un point de vue utilitaire, il arrive que plusieurs
mots sont liés ensemble. On en voit un exemple dans l'écriture du cardinal de
Mazarin. L'enchaînement des lettres et des mots est l'indice de l'enchaînement
des idées. Aussi les hommes d'affaires remarquables ont-ils généralement une
écriture très liée.
La signature. — C'est encore un point d'une
grande importance. C'est elle qui donne une note générale sur le
caractère du scripteur. Celui qui écrit son propre nom affirme sa
personnalité et, dans cette pensée, il est porté à se révéler davantage.
Si la signature est sobre, elle indique une
personnalité affirmée, mais qui ne croît pas avoir besoin de paraître pour
exister. C'est aussi la signature des humbles et des simples qui mettent leur
nom sans chercher à attirer l'attention. C'est d'ailleurs le même
sentiment. Les uns croient que leur nom suffit pour retenir l'esprit et le
regard; les autres pensent que le regard ni l'esprit n'ont rien à faire
avec eux.
La signature soulignée dénote de l'orgueil:
celui qui trace ainsi une forte barre au-dessous de son nom n'est pas fâché de
se souligner, de se mettre en valeur aux yeux du public.
Si la signature est soulignée en bas et en
haut, formant de la sorte une espèce de cadre, l'orgueil est dominateur,
il tend à s'imposer aux autres, à faire prévaloir sa personnalité
et ses opinions.
La signature compliquée indique un caractère
retors et processif si elle est mêlée de deux sortes de traits: les uns
horizontaux et bouclés en lacs d'amour et les autres verticaux et barrant ceux
qui ont été précédemment tracés, c'est la signature appelée « en toile
d'araignée ». C'est celle des grands diplomates ou des escrocs.
La lettre t. — Bien qu'il soit nécessaire,
pour aboutir à une étude réellement intéressante, de faire une
résultante, il est cependant des signes qui, considérés isolément, méritent une
attention spéciale par les indications très précises qu'ils nous
donnent. Telle est la lettre t que nous pouvons considérer comme l'image de la
volonté du scripteur. On comprend par là son importance.
Si le tracé du t est normal, mais que la
barre soit absente (n° 1, fig. 67) et même si la barre est très
légèrement tracée, c'est le signe d'une volonté faible et facilement
captée. Si la plupart des barres manquent dans l'ensemble de la pièce
à étudier, c'est que l'attention est faible ou distraite, ce qui est
toujours une infériorité.
Si la barre est tracée, mais mince et
légère (n° 2), la volonté est vive mais de courte durée. Plus la barre
sera jetée et légère, plus le scripteur aura de caprices et de vivacité
dans un désir changeant.
Si la barre légère est placée
au-dessus du t (n° 3), il y a grande vivacité, nombreux caprices, une grande
faiblesse sous des allures décidées. Les idées sont absolues, mais peu fixes:
c'est le signe de la volonté active, mais mal comprise et mal dirigée.
Si la barre est jetée négligemment et ne
garde pas sa rectitude (n° 4), la volonté existe, mais elle est ennemie de la
discussion. Le scripteur est conciliant.
La barre du t retournant sur elle-même
(n° 5) et formant boucle à gauche de la hampe indique la ténacité,
l'opiniâtreté que les obstacles ne découragent point. Plus la boucle est grande
et marquée, plus le scripteur a d'imagination et de vivacité.
La barre terminée par un crochet (n° 6) est
aussi un signe de ténacité, mais si la barre est légère, la volonté est
instable, à moins que ce ne soit le désir de se faire aimer et servir:
on harponne, on se cramponne. Si la boucle est ascendante, cette volonté est
active. Si la boucle est descendante, elle est passive; c'est, dit l'abbé
Michon, la ténacité dans la résistance.
Les barres de t pointues (n° 7) annoncent le
sens critique, un penchant à la raillerie, un esprit vif et mordant,
propre à jeter des « mots », des « pointes » qui peuvent blesser le
contradicteur. C'est aussi l'indice d'un esprit actif et entreprenant.
La barre ascendante (n° 8) et peu appuyée
indique l'esprit de contradiction, de chicane. Elle annonce aussi un
caractère vindicatif.
image
Fig. 67. — La lettre t manifeste la volonté
du scripteur
Ici, mille nuances. Du t non barré (absence
de volonté) jusqu'au t barré en forme de massue (volonté violente au
paroxysme), tous les sentiments s'expriment: volonté vive mais de courte dupée
(2), grande vivacité, nombreux caprices (3), volonté conciliante (4), ténacité,
opiniâtreté (5), ténacité instable et égoïste (6), sens critique,
raillerie (7), esprit de contradiction (8), étroitesse de jugement (9), esprit
agressif, entêté (10), entêtement exagéré (11), volonté concentrée
(12), opiniâtreté irraisonnée (13), absolutisme féroce (14), despotisme brutal
(15), volonté forte et lucide, puissante et opiniâtre (16 à 18).
Si elle est encore plus montante et plus
appuyée (n° 9), c'est le signe d'une autorité tracassière, mesquine et
tatillonne.
Lorsque la barre forme un angle aigu avec la
hampe (n° 10), l'esprit de contradiction est agressif et désagréable. C'est
l'entêtement, lequel n'est pas une preuve de bonne volonté.
Les barres de ce genre, quand elles sont
très longues (n°11), indiquent un entêtement encore plus prononcé.
La barre du t courte et appuyée, si elle est
horizontale (n°12), dénote une volonté forte, une énergie concentrée, une
fermeté calme. C'est aussi le gage d'un esprit clair, aux idées nettes, qui a
de l'ordre et du plan dans les idées, signe excellent pour le succès
dans la vie.
La barre courte, appuyée et descendante (n°
13) est le signe de la volonté qui ne cède pas, de l'opiniâtreté, mais
elle peut indiquer aussi que cette opiniâtreté est sans nuances et ne s'ouvre
pas à la raison.
La même barre, mais placée tout en
haut de la hampe (n° 14), donne les mêmes indices, mais sans discussion
possible, c'est l'entêtement des utopistes, l'absolutisme féroce, le
désir de s'imposer.
La barre forte, haut placée, même sans
contact avec la hampe (n° 15), surtout si elle est longue, est le signe de
l'audace, de la résolution, de l'absolutisme qui s'impose, de l'aptitude au
commandement. Le fait que cette barre est tracée en haut de la hampe implique
un despotisme d'autant plus grand que la barre est plus appuyée.
Les barres massuées (n°s 16, 17, 18), plus épaisses à la fin
qu'au commencement, sont le gage d'une forte et lucide activité. Plus cette
barre est longue, plus la volonté est tenace, puissante, opiniâtre.
Nous donnons pour exemple la signature de
Thomas A. Edison: le t du prénom, formidablement massue, indique une volonté
extraordinaire. La vie de l'illustre inventeur américain en est d'ailleurs un
exemple frappant. Edison a su déployer une volonté qui l'a fait supérieur
à tous les obstacles qu'il a rencontrés sur sa route.
Nous croyons utile, pour justifier la valeur
de ce signe graphique, de rappeler très brièvement quelles furent
les différentes étapes de la vie d'Edison.
Dès l'âge de 12 ans, il est «
traon-boy » sur le Grand-Trunk Railway où il vend des journaux, des
fruits, des légumes, des objets de toute sorte aux voyageurs. Il se spécialise
ensuite dans la vente des journaux et devient typographe, puis journaliste,
afin de « composer », dans tous les sens du mot, le journal qu'il vient de
fonder. Cet organe ne réussissant pas au gré de ses désirs, Edison change de
profession, devient télégraphiste et, dès cette époque, se fait
remarquer de ses chefs par son ingéniosité. Il rend à son administration
des services exceptionnels par la création de dispositifs électriques tout
nouveaux. Mais la liberté lui manque pour se livrer aux recherches que lui
suggère son esprit inventif. Il s'y adonne complètement, aussitôt
que cela lui est possible et commence sa triomphale carrière. Il
perfectionne le télégraphe, le téléphone, crée le microphone, invente le
phonographe, la lampe à incandescence électrique, perfectionne le
cinématographe. Son nom est attaché à la plupart des découvertes
scientifiques modernes.
Son activité est d'une telle intensité
qu'elle passe pour quasi miraculeuse, même dans son pays où
l'activité est de rigueur pour tout le monde. Mais, quels que soient les dons
du grand inventeur, il a surtout donné l'exemple d'un travail opiniâtre. Il dit
plaisamment que, dans les heureuses trouvailles par lesquelles il a apporté
tant de choses utiles au perfectionnement de la vie moderne « il y a 1 0/0
d'inspiration et 99 0/0 de transpiration », formulant ainsi que nous ne devons
pas compter seulement sur notre intuition et sur nos dons naturels, mais que
nous devons les mettre en valeur par un travail acharné, un travail en rapport
avec la grandeur du but que nous nous serons assigné.
image
Fig. 68. — Signature d'Edison
Tout l'homme s'abrite sous la barre
formidable du t du prénom Thomas. Cette barre, tout à fait typique,
montre bien cette volonté d'acier qu'a su déployer le célèbre inventeur
américain au cours de sa vie. Parti, dès l'âge de 12 ans, comme vendeur
de journaux, il est arrivé par son seul mérite à la gloire et à
la fortune.
Voici un fait qui nous fera connaître quelle
volonté Edison eut occasion de déployer dans certains moments difficiles:
Un jour, Edison avait à fournir dans
un temps donné un nombre considérable d'appareils. Faute de livrer en temps
utile, le marché était annulé et c'était une grande perte pour l'inventeur. Il
se mit au travail avec ses collaborateurs et tous travaillèrent sans
défaillance pendant 60 heures consécutives, s'accordant à peine le temps
de prendre la nourriture nécessaire à un effort si prolongé. Edison ne
prit pas plus de repos qu'il n'en permettait aux autres. C'était une tâche
formidable, mais au bout de 60 heures, les appareils étaient livrés et
fonctionnaient.
Au moment où il cherchait des
dispositifs nouveaux pour rendre son phonographe plus sensible, Edison passa
cinq jours et cinq nuits de suite, au travail pour perfectionner le cylindre de
cire et réalisa l'invention comme il l'avait primitivement conçue. On voit que
la barre de t, signe de sa véhémente énergie, n'est pas un indice trompeur.
Points, accents et ponctuation. — Ces signes
sont également de la plus grande importance. Les points sur les i sont le signe
de l'attention et des facultés qui en dérivent: prévoyance, observation, etc.
On dit, d'ailleurs, communément « mettre les points sur les i » pour faire
comprendre que l'on donne à son discours toute la précision nécessaire
à son entière compréhension et à son absolue netteté.
L'absence de points est donc une marque d’inattention, d'étourderie.
Si les points sont légers, ils dénotent de
la timidité, de la sensibilité, une volonté faible. Les points appuyés sont, au
contraire, un indice certain d'énergie. S’ils sont pâteux, le scripteur est
sensuel et gourmand, en tout cas c'est le signe d'une prédominance de la
matière sur l'esprit. Les points en forme d'accents, plus ou moins
contournés et bizarres, annoncent une originalité qui n'est pas toujours du
meilleur aloi. Il y a présomption de manies et de ridicules, d'excentricité
voulue.
Si le point est placé très haut et
très séparé de la lettre, il montre un caractère rêveur, un
esprit nuageux, porté au mysticisme. S'il est situé bas, au ras de la lettre,
il indique un esprit précis, mais sans idéalité et qui ne voit rien au-dessus
des réalités matérielles de l'existence.
Les accents bien mis à leur place et
d'une forme régulière, surtout s’ils sont petits, indiquent de l'ordre,
de la méthode, un esprit qui cherche en tout le plan, qui est conscient de son
but. Si les accents sont grands, peu appuyés, comme jetés au-dessus des
lettres, ils annoncent la vivacité de l'imagination, une inspiration poétique.
S'ils sont contournés et bizarres, ils indiquent un désir d'ostentation, de
singularité qui n'est pas toujours agréable pour l'entourage.
Il en est de même, et plus encore,
pour la ponctuation. Nous disons plus encore parce que la ponctuation est
essentielle pour la clarté et la bonne disposition de la phrase. Donc, si elle
manque, c'est que le scripteur est inattentif ou que, se comprenant, il se
soucie peu de ceux qui le liront et ne leur accorde pas cette facilité
d'éclaircissement qui vient des points, des virgules placés en leur lieu. Si,
au contraire, les points et les virgules sont exactement à leur place,
c'est signe d'ordre, de méthode. Les phrases incidentes, pour plus de clarté,
sont-elles isolées du reste de la phrase par de petits traits ? C'est signe que
le scripteur, s'il ne veut pas tromper le monde, ne veut pas davantage
être dupé par lui. Ce n'est pas méfiance absolument, mais désir de
précision et d'une attention très éveillée. Ce signe est très
important, car il contredit très souvent, dé prime abord, des indices
tirés d'autres points de l'écriture et impose la nécessité de faire une balance
entre ces pronostics contraires.
Résultantes. — Nous donnons quelques
résultantes pour faire comprendre le mécanisme de cette opération qui peut
rendre les plus grands services en nous dévoilant le caractère des
personnes avec qui nous sommes en affaires ou en relations.
1°. — t non barré, absence de volonté;
écriture arrondie, caresse; écriture fortement inclinée, impulsivité excessive,
abandon à toutes les passions, désordre moral; absence des points et
accents, désordre.
Nous sommes en présence d'une personne
paresseuse et qui cédera facilement à toutes les tentations. Si nous
avons à la mener, elle ne sera pas indocile, pourvu que nous sachions la
prendre par ses faibles; mais, si nous avons besoin de nous appuyer sur cette
personne, autant vaut rompre tout de suite.
2°. — t faiblement barrés, volonté faible;
grands mouvements de plume, imagination vive.
Résultante, sauf éléments contradictoires:
poltronnerie, parce que la poltronnerie vient de la disproportion des
imaginations terrifiantes et de la volonté qui ne sait pas leur résister.
3°. — Barres des t courtes et fines, volonté
faible; courtes et fortes, énergie, concentration de volonté.
Si les barres ont toujours la même
forme, même faibles, elles indiquent au moins la persévérance. Si elles
sont fortes, la volonté est constante et tenace. Si, au contraire, les t sont
barrés de plusieurs manières au cours du même document, la volonté
est inégale; elle admet à la fois le caprice et le despotisme. On ne
peut compter sur elle que par à coups.
Les gestes — et l'écriture, ne l'oublions
pas, est le résultat d'une série de gestes — sont en rapport avec nos états
d'âme et de santé. Si notre pensée est affolée, nos gestes, notre écriture sont
agités. Venons-nous à récupérer notre calme, aussitôt notre écriture,
comme nos gestes, redeviennent plus mesurés. La pensée donc, se manifeste,
s'extériorise par nos gestes, mais, inversement, comme on le verra dans notre
chapitre relatif à l'isolement, nos pensées et nos mouvements réagissent
si bien les uns sur les autres que nous pouvons imposer le plus grand calme
à notre esprit en arrêtant le travail de nos muscles.
Vous êtes en présence d'un homme en
colère. Il frappe du poing, pousse de grands cris, fait de grands
gestes. Il vous suffit, si vous conservez tout votre sang-froid, de lui
ordonner, d'un ton autoritaire mais calme, de cesser tout ce vacarme et de
s'exprimer raisonnablement pour qu il s'arrête bientôt de gesticuler et
que, progressivement, la détente musculaire se transpose en calme dans son
esprit. C'est en connaissant cette répercussion du travail physique sur
l'idéation que, lorsque vous apprendrez à vous isoler,
c'est-à-dire à mettre votre cerveau dans un état de calme, de
repos, vous commencerez à pratiquer la détente musculaire. Cette détente
physique amènera automatiquement le calme mental. Vous en verrez
l'utilité après le travail dans la vie courante, pour amener ou suppléer
le sommeil.
A ce moment, il s'agira d'imposer silence
à tous les mouvements de vos muscles. Mais nous n'en sommes pas
là pour l'instant. Nous devons nous contenter, d'abord, de diriger les
mouvements de notre plume et d'en tirer un bénéfice cérébral. La tâche est bien
moindre, mais elle peut être longue et elle est difficile pour quelques
uns. M. Varinard a préconisé la graphothérapie, ou cure de certains troubles
maladifs par le contrôle volontaire de notre écriture. Il est certain que cette
surveillance attentive de nos gestes peut nous être grandement utile. Les
nerveux, nous l'avons vu, ont une écriture agitée, saccadée. S’ils voulaient,
ou pouvaient modifier leur graphisme, leur état en serait certainement modifié,
au moins dans une large mesure. Certes, les lésions des centres nerveux ne
disparaîtraient pas pour cela, comme par enchantement — les cures ne sont pas
si faciles à faire, — mais bien des incommodités psychophysiques qui
résultent de ces troubles et qui les aggravent, comme une impressionnabilité
excessive, des idées noires auxquelles se comptait le malade et qui ajoutent
à son état, tout cela pourrait disparaître, et ce serait un grand
bienfait.
Nous avons tous, dans la rue, rencontré des
ataxiques. Ces malades ne sont pas maîtres de leurs membres inférieurs. Ils
marchent avec grande difficulté; ils lancent le pied en avant et ne le posent
qu'ensuite sur le sol, car ils ont perdu la faculté d'apprécier la distance.
Des médecins ont innové une méthode qui a donné des résultats intéressants
à cet égard: ils font, à terre, la marque des pas et suggèrent
au malade de diriger son attention afin de poser les pieds successivement sur
chacun des tracés. Ils doivent s'y efforcer avec toute l'assurance possible.
Et de fait, on a constaté, à la suite
d'un traitement persévérant, des améliorations notables. Etant donné que,
même en face d'une lésion médullaire aussi grave, on a pu commander aux
membres inférieurs, il est bien certain qu'il nous est possible, en état de
santé, d'imposer le calme aux mouvements de notre main.
image
Fig. 69. — La rééducation motrice de
l'ataxique.
Lorsque la lésion est nettement marquée, le
malade manifeste un défaut de coordination des mouvements volontaires. Il ne
peut marcher que difficilement. N'appréciant plus la distance, il lance les
pieds de côté et d'autre, le plus souvent en avant. Si, traçant à terre
la place des pas, on exerce sur l'ataxique une emprise psychique bien comprise,
le malade revient progressivement à une marche plus régulière.
Certes, en thérapeutique, on ne peut
généraliser cette méthode, car le grand nerveux, l'agité est incapable de faire
des efforts suivis; il s'énerve, s'impatiente, se décourage et il faudrait
demeurer à poste fixe auprès de lui pour lui inculquer, par une
douce mais constante suggestion raisonnée, l'idée de maîtrise et de calme.
Toutefois, si ce procédé ne nous apparaît
pas comme le remède infaillible dans les névroses, il présente
néanmoins, à nos yeux, une très réelle importance pour augmenter
la concentration et la maîtrise de soi-même chez les personnes nerveuses,
impulsives, impressionnables. Nous voyons la possibilité d'adjoindre à
l'acte d'écrire une auto suggestion très puissante. C'est donc dans ce
but que nous attirons l'attention de nos élèves sur cette méthode,
secondaire certes, mais qui donne cependant des résultats fort appréciables.
Est-il besoin de croire à la réalité de la graphologie pour que cette
méthode porte ses fruits ? Nullement. II suffit tout simplement de s'observer
en écrivant.
Notre méthode d'auto suggestion graphique
n'a qu'un but: augmenter l'attention. Elle crée une auto suggestion puissante,
du fait de sa fréquente répétition. Sans cesse, elle oblige l'esprit à
une orientation de pensée qui amène la formation du « pli psychique »
d'où dérivera la modification désirée. Cette modification porte tout
d’abord, nous y insistons, sur l'attention, car c'est la faculté primordiale,
celle qui commande à tous les phénomènes supérieurs de l'esprit:
jugement, mémoire, raisonnement, volonté.
Sur quoi devez-vous fixer votre attention ?
Tout simplement, chaque fois que vous tiendrez la plume, vous vous efforcerez
de donner à votre écriture les signes des facultés qui vous manquent et
dont nous avons déjà parlé, c'est-à-dire ceux de l'ordre, de la
clarté, de la volonté. Avec un peu de bonne volonté et de persévérance, cela
est facile.
Quels sont ces signes ? Nous les rappelons
ici brièvement:
Ordonnance. — Prenez l'habitude de bien
disposer votre écrit: que la marge soit régulière, les lignes bien
nettes, plutôt légèrement ascendantes qu'avec tendance à baisser;
que votre page soit propre, avec le moins de ratures possible. Même au
point de vue extérieur, vous y gagnerez; car rien n'indispose plus le lecteur
que le déchiffrage d’une page sale et d'un graphisme en désordre.
Intensité. — Puisque vous cherchez le calme
et la maîtrise de vous-même, bannissez de vos manifestations graphiques
les signes de l'emportement, de l'impulsivité; cherchez à donner
à votre écriture les marques du calme, formez complètement vos
lettres et faites un effort de volonté pour qu'elles soient égales et sans
heurts. Si vous êtes un grand nerveux, vous aurez beaucoup à
faire, vous devrez exercer sur vous-même une surveillance de tous les
instants, mais, avec un travail patient et continu, vous pouvez être
certaine d'arriver à des résultats utiles.
Direction. — La direction des lignes doit
être légèrement ascendante et vous inspirer la pensée de lutter
contre le découragement.
Dimension. — Au cours de votre écrit,
n'exagérez pas la hauteur de vos lettres, particulièrement des
majuscules, ce qui est un signe d'orgueil démesuré, toujours funeste à
votre développement.
Points, accents, ponctuation. — C'est avec
grand profit que vous vous accoutumerez à les mettre
complètement, surtout si vous arrivez à les placer, non en vous
relisant, mais au courant de l'écriture. Il n'est guère de meilleur
exercice pour développer l'attention et mettre dans l'esprit plus d'ordre et
plus de clarté.
La lettre t. — Surtout, n'oubliez pas que le
t est un signe important: c'est la marque de la volonté. Tracer cette lettre comme
elle doit l'être est pour beaucoup un exercice qui demande de véritables
efforts, une surveillance constante. Appliquez-vous à barrer tous vos t
d'une petite barre bien droite et légèrement appuyée. Si les barres sont
trop écrasées, c'est le signe peu sympathique de la brutalité, de
l'emportement; si elles sont minces et trop faibles, c'est l'indice d'une
petite volonté. Vous devez éviter l'un et l'autre de ces écueils.
En somme, cherchez à acquérir les
signes qui, dans notre exposé, représentent des qualités qui vous manquent ou
que vous estimez devoir vous êtes profitables. Si vous trouvez que c'est
tout d'abord un travail trop considérable pour le temps ou les forces dont vous
disposez, commencez par la lettre t seulement, et, une fois qu'elle sera modifiée,
passez aux accents, à la ponctuation, ensuite à la hauteur des
lettres, à la direction des lignes. En allant progressivement vous
pouvez être certain d'obtenir un résultat. Le tout est de persévérer.
Bien des gens, à première
lecture, imagineront que ce procédé ne peut donner de grands résultats. Qu'en
savent-ils ? On ne peut être certain de l'assertion que l'on formule
qu'après un essai suffisant. Notre expérience nous permet d'affirmer que
celui qui essaiera de mettre en pratique cette méthode si simple sera étonné
des résultats. La raison en est aussi claire que facile à déduire. En
tendant continuellement votre volonté vers le but que vous vous êtes
imposé, par quelque procédé que ce soit — et celui-ci a fait ses preuves — vous
créez en votre esprit ce « pli psychique » dont nous vous avons parlé, vous
prenez l'habitude de savoir regarder, vous développez votre attention. Et,
bientôt, avec un effort continu, mais peu fatigant et nullement coûteux,
vous vous trouvez en possession de qualités supérieures qui vous seront plus
utiles que vous ne l'avez imaginé.
Résumé
L'observation nous montre qu'il existe une
corrélation étroite entre notre personne physique et notre activité psychique.
Exemple: la peur donne des jambes. Sommes-nous en colère ? Nous
gesticulons, nous tendons le poing, nous frappons même. Nos états d'âme
se manifestent dans nos attitudes, dans l'intonation de notre voix, dans notre
démarche, dans notre poignée de mains, dans tous nos gestes. Et notre écriture
même — qui est, matériellement le résultat d'une succession de gestes, —
exprime, à notre insu, nos tendances, nos aptitudes, nos pensées, nos
sentiments les plus secrets.
S'il est d'observation courante que les
caractéristiques essentielles de notre personnalité se révèlent dans
notre activité musculaire, il est non moins certain qu'inversement toute
modification apportée à cette activité musculaire réagit sur notre état
psychique. Ainsi, devant le coléreux qui frappe du poing, restez calme, bien
maître de vous, conservez une parole douce et voici bientôt l'impulsion, l'élan
irraisonné de cet emporté qui se brise. Le secret de la domination sur ceux qui
nous entourent ou nous approchent est dans le calme que nous savons nous
imposer. Efforcez-vous donc d'éduquer vos gestes, d'être de plus en plus
calme. Pensez-y en accomplissant les moindres actes.
Votre graphisme vous offre un moyen
d'entretenir cette auto suggestion. Chaque jour supprimez de votre écriture
tous les signes qui traduisent une volonté insuffisante; ajoutez-y ceux qui
dénotent de l'attention, du jugement, de l'association dans les idées, une
élévation d'esprit, les grandes qualités du cœur. Atténuez les mauvais
signes qui rôdent autour de vous comme des oiseaux de mauvais augure, mais
précisez, ajoutez sans vous lasser les caractéristiques qui feront de vous un
être sain, doué des hauts pouvoirs psychiques. La possession de ces
pouvoirs vous donnera tout d'abord une notion plus nette de vos devoirs envers
vous-même, puis elle vous permettra de semer autour de vous les plus
belles pensées que vous ferez épanouir avec ces couleurs riantes qui enchantent
le Cœur et ravissent l'Esprit.
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