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Le Regard magnétique
« C'est surtout dans les yeux que se
peignent les images de nos secrètes agitations, et qu'on peut les
reconnaître: l'œil appartient à l'âme plus qu'aucun organe; il
semble y toucher, et participer à tous ses mouvements; il en exprime les
passiors les plus vives et les émotions les plus tumultueuses, comme les
mouvements les plus doux et les sentiments les plus délicats; il les rend dans
toute leur force, dans toute leur pureté, tels qu'ils viennent de naître; il
les transmet par des traits rapides qui portent dans une âme le feu, l'action,
l'image de celle dont ils partent; l'œil reçoit et réfléchit en même
temps la lumière de la pensée et la chaleur du sentiment: c'est le sens
de l'esprit et la langue de l'intelligence. »
De Buffon.
« L'œil peut menacer comme un fusil
chargé et qui vous met en joue, il peut insulter comme un sifflement ou un coup
de pied, et sous une autre impression, par des regards de tendresse, il peut
faire bondir le cœur de joie... Quel flot de vie et de pensée se décharge
par eux d'une âme dans une autre ! Le regard est un pouvoir magique
naturel...
« Les yeux des hommes parlent autant que
leur langue, et le dialecte oculaire a cet avantage de n'avoir pas besoin de
dictionnaire, et d'être compris partout de par le monde. Quand les yeux
disent une chose et la bouche une autre, un homme expérimenté se fie au langage
des premiers. »
Emerson.
« Voyez se présenter en scène
cet artiste dont le regard fin, intelligent et assuré, va directement se fîxer
sur les yeux de l'assemblée. Une relation presque magnétique s'établit
subitement entre les deux parties. Le publie se trouve à l'aise avec le
nouveau venu; il rive facilement son regard sur le sien; il l'écoute avec
bienveillance, et de ce double rapport naît bientôt la sympathie. Dans ces
conditions le succès devient facile.
« Cette qualité de l'œil se rencontre
également dans le monde: il y a des gens dont le regard facilite la
conversation, donne de l'entrain et même assez souvent de
l'esprit. »
Robert Houdin.
« De tous les moyens dont dispose l'homme
pour influencer les autres, le regard est certainement le plus puissant. Il ne
sert pas seulement à retenir l'attention de la personne avec qui l'on
converse et, par conséquent, à faciliter l'influence que l'on peut
exercer sur elle; il est aussi une puissance propre qui peut, quand elle est
bien comprise et bien dirigée, agir directement sur l'interlocuteur. Il attire,
il fascine, il subjugue ceux-là même qui sont les plus capables de
résistance et de lutte. »
W. W. Atkinson. — La Force Pensée.
LE REGARD MAGNÉTIQUE
Le regard est une grande source de force. —
Etudions-le sous deux aspects: 1° en tant que support de volonté; 2°
comme moyen d'action sur la personne regardée. — La maîtrise du regard et
comment elle doit être comprise. — Exercices préparatoires. —Fixation
d'un rond noir. — Regard oblique. — River son regard en déplaçant la
tête. — L'exercice devant la glace. — Exercices pratiques d'entraînement
dans la vie courante. — Au théâtre, dans un salon. — Dans la rue. — Dans un
tramway, en chemin de fer. — Applications du regard magnétique: I. Dans la vie
courante. — II. En expérimentation magnétique, hypnotique et suggestive. — Un
écueil à éviter. — Méfiez-vous des produits de beauté destinés à
aviver l'éclat de l'œil. — Les lorgnons et les lunettes sont-ils nuisibles
au développement du regard magnétique ? Non. Pourquoi. Le strabisme et comment
il faut le combattre. — Regard hypnotique et regard magnétique; ils ne peuvent
être confondus; le premier est brutal, amoindrit la personnalité du
fasciné et nous en déconseillons l'usage; le second, essentiellement doux,
empreint de bonté et de bienveillance, porte au loin notre volonté calme et
décidée. — Résumé,
Le regard est une grande source de force et
d'action et c'est un des points sur lesquels doit insister celui qui étudie les
sciences psychiques et s'y prépare par un entraînement raisonné.
On ajoute une légitime importance à
la manière de regarder des personnes avec lesquelles on entre en
relations et on à raison d'éviter les êtres dont le regard fuyant
a toujours l'air de se dissimuler, comme si celui qui vous regarde ainsi
craignait qu'en livrant honnêtement ses yeux à votre
investigation, vous rencontriez au fond la marque de quelque vilaine pensée.
En magnétisme, le regard a plus d'importance
encore. Chacun observe, examine, regarde, mais tous les yeux n'ont pas la
même puissance radiante. Pourtant, les regards les plus faibles, peuvent
prendre force. Il suffit pour progresser rapidement d'avoir un regard franc,
bien droit et assuré, sans effronterie. L'effronterie est bien souvent l'arme
du faible qui cache sa timidité sous cet aspect rébarbatif, comme un capitan de
théâtre grandit sa taille par des talons et des plumets.
Il ne faut pas toutefois croire que le
regard soit simplement le signe d'une probabilité de magnétisme. Il exerce une
puissance réelle. C'est par le regard que le serpent fascine l'oiseau et le
fait tomber de la branche, pauvre petite boule de plumes palpitantes,
hypnotisée et immobile, toute prête à être dévorée. C'est
par le regard que le dompteur mate ses fauves et les réduit à
l'obéissance.
Nous avons le devoir d'étudier le regard
à deux points de vue:
1°. — En tant que support de volonté;
2°. — Comme moyen d'action sur la personne
regardée.
Le regard qui se fixe à un point
déterminé, nous évite bien des distractions. Lorsque nous faisons une démarche
qui nous ennuie, dès que nous sommes en présence de notre interlocuteur,
dirigeons notre regard entre ses deux yeux.
Si, au préalable, nous avons exercé notre
regard, nous sentons que nous sommes en possession de tous nos moyens. Notre
attitude est ferme, sans insolence. Non seulement le fait de regarder calmement
prévient en notre faveur, mais il nous donne une certaine autorité sur la
personne avec qui nous avons affaire. Nous arrivons avec une force que ne
soupçonne pas la personne timide, au regard tremblant et embarrassé, qui ne
sait où regarder et se donne de la sorte une attitude peu franche
qu'elle ne mérite peut-être pas. D'autre part, le regard fixe développant
l'attention, arrête les images dans notre cerveau et favorise la
concentration des idées. Si vous avez une affaire à discuter, vous ne perdez
pas votre temps à considérer les objets d'art qui décorent le cabinet de
l'homme à qui vous parlez, vous regardez bien attentivement votre
interlocuteur, de peur qu'un moment de distraction vous fasse perdre quelque
parole essentielle. Ce que vous faites dans les circonstances majeures,
pratiquez-le à tout instant. Vous gagnerez ainsil une habitude qui
décuplera vos chances de succès.
Envisagé comme moyen d'influence autour de
soi, dans la vie courante et dans les affaires, le regard magnétique est du plus
sérieux appui. En effet, votre volonté si elle est convenablement exercée,
s'irradie par votre regard, et si vous observez celui qui vous parle, vous vous
rendez compte que votre décision pénètre dans son cerveau à
mesure que vous le regardez. Ce fait, qui est d'une constatation courante, se
retrouvera plus encore dans les expériences de magnétisme, d’hypnotisme et de
suggestion.
D'après ce que nous venons de dire,
il ne faudrait pas se figurer que le regard de l'homme magnétique doive
être fixe et féroce et se river aux yeux de l'interlocuteur avec
l'intention de le vouloir dévorer. Il n'en est rien. Notre rôle n'est pas de
dominer, de brutaliser, d'asservir. Il y a là des raisons d'ordre moral.
Mais en dehors de ces considérations, un regard brutal nécessite une tension
qui ne peut être que préjudiciable à la personne qui accomplit cet
effort anormal. Et à vouloir imposer violemment ses désirs, on risque
des troubles graves. Il ne faut pas confondre regard hypnotique et regard magnétique;
autant le premier rejoint celui de l'halluciné, du névropathe; autant le second
est calme, agréable. Il y a un abîme entre les deux.
image
Fig. 70. — Le regard magnétique est une
force paissante clans la vie
II doit être considéré sons deux
aspects: 1° en tant que support pour notre attention; 2° comme moyen d'action
sur notre interlocuteur.
L'homme magnétique maîtrise ses muscles, ses
gestes, ses impulsions; il possède un calme complet. Ce calme s'étend
à son regard qui est la source d'où jaillit le plus abondamment l'énergie
magnétique. Le regard de l'homme entraîné doit être essentiellement doux,
franc, bien ouvert. Il doit passer inaperçu comme toute force véritable. Il ne
faut pas regarder les personnes avec un air arrogant ou courroucé, rouler des
yeux comme un halluciné, mais diriger ses regards avec une volonté calme et
sûre d'elle-même. Le regard magnétique exige des paupières
largement ouvertes non écartées démesurément. Evitez tout clignotement.
Après quelques entraînements, ce regard magnétique s'exerce sans fatigue
d'aucune sorte, ni apparente, ni réelle.
Il existe de nombreux procédés qui visent
à donner au regard une puissance magnétique souveraine, mais,
fidèle à nos principes, nous ne conseillons que les procédés
doux.
Il faut, c'est le point essentiel, éviter
toute fatigue oculaire.
Lorsque nous dirigeons nos regards avec
force sur un point précis, que nous les y maintenons avec ténacité, bientôt
notre vision se brouille, devient confuse. Entre l'objet que nous considérons
et nos yeux se forme comme un nuage. L'objet s'estompe, ses contours nous
apparaissent avec moins de netteté et si nous maintenons notre tension
visuelle, bientôt l'objet disparaît entièrement à notre vue.
C'est là un écueil qu'il faut éviter. Ne forçons donc pas.
Les quelques exercices préparatoires qui
suivent nous paraissent les meilleurs pour arriver à posséder le regard
doux et puissant qui est une des caractéristiques de l'homme magnétique.
Exercices préparatoires
1. — Prenez une feuille de papier blanc et
dessinez, au centre, un rond noir de la grandeur d'une pièce de 2
francs. Fixez la feuille au mur de la pièce dans laquelle vous faites
vos exercices d'entraînement, à une hauteur qui ne vous oblige pas,
étant assis, à lever exagérément la tête pour la regarder,
c'est-à-dire environ à 1 m. 40 du sol. Asseyez-vous commodément
en face de votre feuille de papier, à 2 mètres de distance
environ, pas trop près de façon à ce que la proximité de l'objet
à regarder ne vous soit pas une occasion de loucher (strabisme) ou que
son éloignement ne vous force pas à cligner des paupières. Les
deux positions sont également mauvaises, car le strabisme hypnotise et le
clignement vous enlèverait cette ouverture de l'œil dont vous
constaterez vous-même l'extrême nécessité.
Ainsi placé, regardez fixement le rond noir
qui est au centre de votre feuille. Fixez-le aussi longtemps qu'il vous sera
possible, sans permettre à vos yeux, ni à votre pensée, de
s'écarter de cet objet. Outre l'effort de concentration mentale qu'il
nécessite, cet exercice a l'avantage de vous accoutumer à la fixité du
regard. Si vous vous sentez une tendance à fermer les yeux, levez
légèrement les paupières et continuez votre entraînement, aussi
longtemps que vous n'éprouverez pas une véritable fatigue.
Certains élèves arriveront,
dès le premier essai, à regarder ce disque noir pendant 3 ou 4
minutes, sans accuser la plus petite fatigue. Après quelques jours
d'entraînement, ils dépasseront aisément ce laps de temps, atteindront 1/4
d'heure et même davantage. A d’autres, au contraire, une minute
même leur semblera bien longue. Ils ne devront pas s'acharner. Dès
que la fatigue se fera sentir, ils devront s'arrêter et fermer les yeux
un instant, quitte à recommencer après un temps d'arrêt. Il
est indispensable, en tout cas, que l'élève accompagne d'un effort de
volonté l'éducation du regard. En cas de distraction et pour aider à
maîtriser sa pensée, on devra compter mentalement — ou mieux encore à
haute voix. Compter, fixe l'attention sur l'acte qu'on accomplit et permet de se
rendre compte très exactement des progrès. On doit chercher
à augmenter la durée de l'effort. La plupart de nos lecteurs
parviendront, sans trop de peine, à compter jusqu'à 100, puis
jusqu'à 200. On peut, sans aucune crainte, dépasser ce nombre à
la condition toutefois de maintenir le regard sans grand effort.
image
Fig. 71. — Exercice de développement du
regard.
Il est excellent, pour la maîtrise que vous
désirez acquérir de vous entraîner à fixer un rond noir que vous aurez
tracé sur un papier. Celui-ci sera placé le long du mur à hauteur de vos
yeux et vous vous efforcerez de le regarder longuement sans cligner des
paupières. Inutile de prendre un regard d'halluciné. Un doux et clair
regard, franc, nullement agressif, qui soit le véhicule de votre volonté
souriante, tel doit-être celui que vous devez gagner.
Cet entraînement peut paraître ennuyeux, au
début, mais il en est de même de beaucoup d'autres exercices par lesquels
on acquiert des pouvoirs bien moins importants que le regard magnétique.
II. — Il ne vous suffit pas de savoir
regarder en face. Vous devez aussi vous habituer à fixer de côte, sans
fatigue et sans mouvement de paupières. Pour y arriver, modifiez le
premier exercice. Vous devez éloigner la chaise ou la feuille du lieu où
elle était précédemment et regarder obliquement, avec la même fixité et
la même constance que vous l'avez fait de face.
Cet exercice doit être exécuté en
tournant la tête successivement des deux côtés jusqu'à ce que vous
puissiez regarder ainsi sans fatigue pendant 5 à 6 minutes.
III. — Après vous être assuré
que vous pouvez regarder avec immobilité, vous devez vous accoutumer à
considérer le même point, avec la même fixité, quand votre
tête se déplace. Pour y arriver, tournez la face d'abord vers la droite,
puis vers la gauche. Au cours de ces mouvements, maintenez toujours vos regards
fixés sur le point noir. Déployez le plus d'attention possible. Durée de
l'exercice: 5 à 10 minutes. Ne jamais arriver à la fatigue.
Cet entraînement est excellent pour
fortifier les muscles qui font mouvoir les globes oculaires. Il donne une
grande assurance au regard.
IV. — Ce point acquis, dirigez votre regard,
non plus sur un papier, mais dans un miroir. Placé devant la glace, à la
distance normale de votre vision, regardez votre propre image. Votre regard,
comme nous l'expliquerons plus loin, doit être fixé entre les deux yeux,
à la racine du nez.
Cet exercice, outre la rigidité qu'il donne
au regard, a le grand avantage de vous développer par auto suggestion. En
effet, rien ne vous est plus facile que d'imaginer un autre personnage à
la place de votre image et de donner à votre interlocuteur fictif tous
les aspects des personnes dont vous redoutez l'abord. En outre, l'exercice du
regard devant la glace vous sera extrêmement utile pour corriger votre
tenue: celle-ci doit être digne. Redressez-vous. Prenez cet air enjoué
qui confère une si grande force dans la vie. Reflétez sur vos traits,
dans toute votre personne, les pensées nouvelles que vous vous efforcez chaque
jour d'acquérir.
Mais il ne suffit pas de vous exercer dans
une position assise. C'est une attitude que vous aurez rarement à
prendre dans une circonstance difficile. Si vous avez quelque visite importante
à faire, ce n'est pas le moment où vous serez assisqui vous fera
souffrir: alors, vous aurez déjà entamé la conversation et vous serez en
bonne voie. Ce qui présente quelque difficulté, c'est d'entrer dans une
pièce, de se présenter devant quelqu'un, d'échanger les premières
phrases, et, pour ce faire, vous serez debout. Prenez donc l'habitude d'éduquer
votre regard en vous plaçant droit devant votre glace. Vous y gagnerez de
l'aisance, un maintien plus assuré quoique sans arrogance, mais qui vous
laissera en pleine possession de tous vos moyens.
image
Fig. 72. — Développement du regard devant
une glace.
Avant d'exercer son influence magnétique sur
autrui, il est utile de s'entraîner devant la glace. Regardez votre propre
image en dirigeant vos regards entre les deux yeux, à la racine du nez.
Efforcez-vous de donner à vos traits, à toute votre personne ce
calme, cette détente qui sont le gage de la maîtrise personnelle.
Savoir être soi-même est une
question qui a une grande importance dans le monde. On se demande parfois la
cause de certains succès, que ce soit dans le domaine des affaires ou
dans celui du sentiment et on ne se rend pas un compte exact du rôle qu'ont
joué la simple autorité du geste, la douceur d'une bonne parole, la puissance
du regard de « l'homme qui se présente bien ».
Pensez à ce point de l'entraînement
psychique. Vous avez avantage à faire concorder les deux entraînements
de l’autosuggestion et du regard. Faites cette éducation devant la glace; plus
grande sera celle dont vous disposerez et plus le résultat sera net, décisif.
Campez-vous dans une pose décidée.
Lorsque votre regard aura gagné de la
puissance, jouez, pour vous-même, les scènes qui risquent de vous
embarrasser dans l'exercice de votre profession. Que redoutez-vous le plus ?
Une visite à votre chef d'usine ? Une entrevue avec votre directeur ?
Pensez d'abord aux raisons qui vous poussent à faire cette démarche.
Voyez votre droit. Mettez en valeur, dans votre esprit, la parfaite légitimité
de votre revendication. Vous redoutez de solliciter la main de celle que vous
vous voudriez épouser ? Imaginez que vous êtes devant les parents de
votre bien-aimée. Préparez les paroles décisives qui doivent vous faire agréer.
Ainsi dans toute autre circonstance. Simple
exercice soit. Mais ne cherchez pas la complication. Eduquez votre pensée.
Respirez amplement. Regardez d'un air décidé votre propre image dans le miroir.
Inspirez la confiance par votre attitude loyale et énergique. Vous serez
surpris, par la suite, de l'aisance que vous acquérerez de la sorte.
Exercices pratiques dans la vie courante.
Une fois maître de votre regard, vous devez
chercher à en mesurer la force par des exercices pratiqués non plus dans
vôtre chambre, mais dans la vie courante. Le véritable champ d'action est la
société humaine. C'est là qu'il faut jouer son rôle. Il y a mille manières
de se préparer à cette action sociale. En voici quelques-unes que vous
pourrez varier à l'infini.
I.—Au théâtre, dans un salon, regardez une
personne placée à une faible distance devant vous et qui vous tourne, le
dos: une femme de préférence. Regardez-la à la nuque, avec une volonté
calme, mais décidée. Concentrez toute votre énergie mentale sur l'acte qu'elle
doit accomplir. Veuillez qu'elle tourne la tête et dirige ses regards
vers vous.
L'expérience réussit très souvent
;elle réussit d'autant mieux que vous disposez d'un regard magnétique puissant
et que vous savez reconnaître, à première vue, dans la personne
que vous voulez influencer, un sujet magnétique. Tout le monde n'est pas
également influençable. Il y a des nuances. Les personnes nerveuses,
impressionnables sont les plus sensitives. Mais après étude, il vous
sera très facile d'établir votre jugement et de reconnaître à
coup sûr, au simple coup d'œil, la personne accessible à
votre influx magnétique. En abordant l'étude du Magnétisme expérimental, nous
vous indiquerons tous les signes qui permettent de reconnaître aisément ce
sujet particulièrement réceptif.
En fixant cette personne sensitive à
la nuque, vous la verrez, après un temps variable, se sentir mal
à l'aise, remuer ses épaules avec des gestes ennuyés, puis porter la
main derrière sa tête comme si quelque chose l'avait frôlée, et
enfin se tourner vers vous. Vous pouvez, tout aussi bien, concentrer vos
regards sur les premières vertèbres dorsales à la
naissance du dos, ou entre les omoplates, mais l'action est plus nette
lorsqu'elle s'adresse à la partie postérieure de la tête.
image
Fig. 73. — Une expérience sur le regard
magnétique
Vous êtes au théâtre. Fixez à
la nuque ou entre les épaules une personne qui présente les caractéristiques du
sujet magnétique. Concentrez votre énergie sur la pensée que cette personne
doit se retourner vers vous. SI votre regard est développé et si vous savez
choisir une personne particulièrement réceptive, votre expérience
réussira très souvent.
Quand vous tentez de réaliser cette
expérience ou quelque autre du même genre, évitez un écueil contre lequel
bien des débutants se sont butés: ne gaspillez pas votre force. D'abord, n'en
abusez pas en faisant des expériences prématurément. Vous ne pouvez réussir que
si vous sentez en vous une énergie calme. Cette maîtrise personnelle, il faut
qu'elle se révèle dans toute votre personne. Donc, pas de sourcils
froncés, de face tourmentée, de poings crispés, de mouvements musculaires
inutiles. Du calme, de l'aisance. Le succès de cette expérience vous est
promis par la seule force irradiée de votre regard. Vous crisper, c'est enlever
à votre magnétisme toute sa force.
La qualité essentielle de l'être
magnétique, c'est le calme. Sans le parfait contrôle de vous-même, de vos
gestes, de vos pensées, de vos sentiments, vous ne parviendrez à aucun
résultat ou, si vous en obtenez, ils s'effaceront promptement pour ne vous
laisser que découragement et lassitude. Au contraire, si vous parvenez à
une parfaite maîtrise, vous irradierez autour de vous toute la force que vous
ne dépenserez pas en vains et impatients efforts.
En faisant cette première expérience,
regardez donc avec un calme parfait, mais avec une concentration profonde. Ne
froncez pas les sourcils. Ne serrez pas les poings. Que votre regard rigide,
doux sans être agressif, soit comme le prolongement matériel d'une
volonté qui se joue — sûre de sa force — des difficultés de ce monde.
II. — Cette expérience, couronnée de
succès dans un lieu clos et tranquille où rien ne dérange votre
concentration mentale, vous devez ensuite vous entraîner dans un endroit
où vous risquez d'être moins en possession de vos moyens. Dans la
rue, par exemple, où vous êtes bousculé, où vous devez
faire attention à votre chemin et à ses obstacles, faites un
nouvel essai sur la même donnée.
Ayez soin de choisir, comme sujet réceptif,
une jeune femme nerveuse, impressionnable, émotive, donc très sensible
au magnétisme. Elle marche devant vous d'un pas normal, sans être
précipité. Tenez-vous derrière elle à quelque distance et
regardez-la sans cesse à la nuque. Après quelques minutes, vous
serez étonné, sept fois sur dix, de voir cette personne se retourner ou tout au
moins donner des signes de gêne, porter la main derrière sa tête,
etc.
Lorsque vous serez très entraîné,
vous pourrez obtenir de la personne qui marche devant vous qu'elle détourne la
tête soit à droite, soit à gauche, selon votre volonté.
Mais c'est là une expérience très difficile. Il faut, pour la
réussir, deux conditions essentielles:
1°. — Que vous soyiez extrêmement
magnétique et ceci demande du temps et un entraînement suivi;
2°. — Que la personne sur qui vous agissez
soit un excellent sujet magnétique.
III. — Voici maintenant une autre expérience
qui ne présente pas de difficulté insurmontable pour le débutant. Vous
êtes dans un tramway, dans le métro, en chemin de fer, en bateau ou dans
tout autre moyen de transport public. Regardez discrètement — sans qu'on
puisse s'en apercevoir — non la personne qui est assise exactement en face de
vous, mais une qui se trouve située obliquement par rapport à votre
regard et essayez de la décider, par votre volonté, à se tourner vers
vous. Si votre regard a acquis de la puissance, vous serez étonné du
succès que vous obtiendrez. Ayez soin de bien choisir la personne sur
qui vous expérimentez: qu'elle soit nerveuse, impressionnable. La femme est
particulièrement réceptive, surtout si elle est jeune.
Nous le répétons: ces expériences ne peuvent
être couronnées de succès que si on est maître de soi. Avant de commander
aux autres, il faut commander à soi-même. Nous ne pouvons rayonner
autour de nous que si toutes nos fonctions organiques, nerveuses et mentales
nous donnent toute satisfaction. Ce serait courir à un échec certain que
vouloir imposer ses volontés aux autres avant d'avoir dompté ses impulsivités,
ses colères, ses emballements.
Donc, de crainte de vous décourager, ce qui
serait funeste à la suite de vos études, ne faites pas d'expériences sur
votre entourage avant d'être bien sûr de votre force. N'imaginez
pas, surtout, que toute personne que vous regarderez à la nuque ou entre
les omoplates, se retournera infailliblement ! Il faut, pour espérer un
succès, se soumettre à une discipline sévère. Le résultat
dépend aussi de la réceptivité du sujet choisi et toutes les personnes que vous
rencontrerez ne seront pas, il s'en faut, des sujets d'une égale sensitivité.
Il existe des personnes dont la volonté sera supérieure à la vôtre, soit
qu'elles se soient entraînées avant vous, soit qu'elles soient naturellement
mieux douées. Il est donc inutile de dépenser votre magnétisme en expériences
stériles. Pour éviter cet écueil, étudiez les tempéraments et leurs signes
extérieurs et vous arriverez à connaître les êtres qui sont en
état de servir sans difficulté à vos premières expériences. Ces
sujets sont, tout d'abord, les nerveux, très faciles à
reconnaître: d'une constitution plutôt grêle, ils sont animés, font
beaucoup de gestes, ne peuvent rester en place. Viennent ensuite les lymphatiques
— qui ont la peau blanche, les tissus mous et relâchés — et qui sont également
très sensibles à l'action magnétique. Ces deux tempéraments
correspondent à peu près aux deux types étudiés par les
physiognomonistes sous les noms de vénusien et de lunarien. Tous deux ont les
sourcils arqués, formant voûte au-dessus des yeux. Tous deux ont le
menton petit, fuyant parfois, indice d'une faible volonté. Nous reviendrons en
détail sur ces différents signes.
On peut aussi retenir, comme indice de
perméabilité à la force magnétique, l'agitation musculaire exagérée.
Toute gesticulation immodérée est un signe certain de déséquilibre nerveux.
Avant d'être bien sûr à
la fois de votre puissance personnelle et de la réceptivité de vos sujets,
n'influencez que les personnes qui vous semblent susceptibles de céder à
votre influence. Faites votre essai avec le plus de foi possible. Et, si vous
ne réussissez pas tout d'abord, n'en ayez aucun découragement; c'est que vous
vous serez adressé imprudemment à trop forte partie.
Applications du regard magnétique
I. — Dans la vie courante. — Prenez
l'habitude de fixer votre interlocuteur à la racine du nez entre les
sourcils. Ce n'est pas seulement pour éviter de regarder, la personne fixement
dans les yeux que vous devez choisir cette place, mais parce, qu'elle a, par
elle-même, une importance capitale. Les initiés hindous l'appellent «
l'œil de Çiva » et les adeptes de yoga en font grand cas dans leurs
entraînements. Immédiatement au-dessus de la racine du nez, Hector Durville
place le siège de l'attention. C'est donc tout près de ce centre
que doit porter la force magnétique de votre regard.
Dans la pratique, il est cependant
préférable de regarder non pas au centre cérébral de l'attention, mais bien
à la racine du nez, exactement entre les deux yeux. Vous tenez ainsi,
sous vos regards, les yeux de la personne à qui vous vous adressez. Et
qui sait observer découvre dans le « miroir de l'âme » une foule infinie
d'idées, de sentiments, d'émotions qui s'épanouissent à la
lumière du jour sans même que votre interlocuteur en ait
conscience. Les regards que vous croisez apportent avec eux toutes les pensées
secrètes, les plus intimes sentiments. Efforcez-vous de comprendre leur
langage.
Devez-vous — toujours — regarder votre
interlocuteur ?
Non pas. Dès que la personne vous
adresse la parole, vous pouvez, si vous l'estimez nécessaire, détourner votre
regard. Pourtant, en présence d’une personne faible, abattue, prostrée, il est
préférable de maintenir votre regard sur la racine du nez, non seulement
pendant que vous parlez, mais encore lorsque vous écoutez la réponse qui vous
est faite.
Cette immobilisation du regard au cours de
la conversation vous permet une meilleure concentration mentale, une plus
grande fixité dans les idées, une plus forte maîtrise de vous-même. Elle
tend à supprimer toute distraction, toute idée parasite. D'où une
élocution plus nette, des phrases plus suggestives, un empire plus réel sur la
personne que vous influencez. Et, en maintenant le contrôle sur les yeux de
votre vis-à-vis, vous vous rendez compte, dès qu'il parle, que
les idées que vous avez exprimées l'ont touché.
image
Fig. 74. — Les localisations cérébrales
d'après Hector Durville
Sur la ligne médiane du front se trouve le
centre de l'attention (D). C'est immédiatement sous ce point, à la
racine du nez, que doit se poser votre regard lorsque vous voulez qu'il imprime
chez votre interlocuteur la puissance de vos pensées.
Un regard bien développé décuple votre
action. Mais il est de toute nécessité que cette fixation doit passer inaperçue.
Si vous prenez un air rébarbatif et insolent, vous mettez votre partenaire sur
ses gardes et vous éveillez en lui une défiance qui ne sera pas sans cause. Au
contraire, conservez une expression correcte mais affable. Surtout ne vous
approchez pas trop près de la personne à influencer. C'est
pourquoi vous devez vous entraîner à regarder à une distance
normale, celle où tous vous trouverez dans la plupart des cas de la vie
courante. Ce qui est essentiel, c'est que votre regard, aussi bien que toute votre
personne, donne l'impression d'une volonté ferme, mais bienveillante, d'une
parfaite maîtrise de vous-même, de sentiments altruistes. En un mot,
votre interlocuteur doit sentir en vous une force calme, puissante, généreuse.
Si donc, vous allez rendre une visite importante, solliciter un emploi,
discuter une affaire, ne vous laissez pas impressionner par la personne
à qui vous parlez, non plus que par votre propre anxiété sur le
succès de la démarche. Usez du regard, d'un regard assuré, pénétrant,
ayez confiance dans le résultat final et vous serez surpris vous-même de
l'effet que vous produirez.
Quelques-uns de nos élèves ont le
désir de profiter des connaissances acquises pour faire des expériences
publiques de magnétisme, d'hypnotisme ou de suggestion. D'autres veulent
soulager ceux qui souffrent, faire du bien autour d'eux. A ceux-là, le
regard magnétique sera de la plus grande utilité. Rien n'est plus déplaisant
qu'un conférencier qui hésite, balbutie, cherche ses paroles, ne sait où
poser ses yeux.
image
Fig. 75. — Le regard hypnotique
Le regard hypnotique est essentiellement
brutal, dominateur. II fascine avec arrogance, il heurte délibérément, il viole
sans pudeur, il pénètre avec effraction, il submerge la conscience du
névrosé. Un tel regard a quelque chose d'immoral.
Eprouvez-vous quelque timidité à
prendre la parole en public ? Ne regardez pas les premiers rangs de vos
auditeurs, mais attachez votre regard sur un spectateur très éloigné.
Cette manière d’agir présente plusieurs avantages. D'abord, la personne
que vous fixez — du fait de son éloignement — se sent moins regardée et vous
pouvez diriger sur elle un regard plus insistant. Puis, vous évitez de la sorte
de voir les premiers rangs et d'entendre les demi-paroles échangées, les
sourires que votre timidité est toujours portée à interpréter dans le
sens le plus malveillant. Enfin, cette attitude a l'heureux avantage de vous
contraindre à forcer un peu votre voix qui ne parviendrait
peut-être pas, si vous la laissiez à son diapason naturel, jusqu'aux
rangs éloignés.
Il est utile de parler quelquefois en
public: c'est un excellent exercice qui vous donnera l'occasion de modifier
votre attitude, de développer votre regard, de prendre, en un mot, de
l'assurance. Dominer sa timidité, vaincre la peur, se mettre en valeur par des
qualités réelles, se faire apprécier à sa juste valeur est indispensable
à qui veut réussir.
II.— En expérimentation magnétique,
hypnotique et suggestive. — Ainsi que nous le verrons en abordant la partie
expérimentale, le regard a, dans ce vaste domaine, une importance très
grande.
En hypnotisme, il permet d'impressionner
rapidement les sujets nerveux et de les prédisposer par conséquent à
toutes les expériences que vous voulez tenter, voire même à la
production des degrés successifs de l'hypnose: états suggestif, cataleptique,
somnambulique et léthargique. Mais le regard fixe, rigide, fascinateur, dont on
se sert en hypnotisme est brutal et nous en déconseillons l'emploi.
image
Fig. 76. — Le regard magnétique
De l'œil magnétique émane de la
douceur, du calme, de la noblesse, de la bonté. Le regard se pose délicatement,
vous suit et insiste avec une douce sollicitude. Il pourrait se raidir et
mater, mais à quoi bon ! La force est là au repos, puissante, prête
à l'action. Mais celle-ci ne
peut être que généreuse et bienfaisante.
Nous reviendrons d'ailleurs sur tous les
procédés hypnotiques. Bien des hypnotiseurs ne se servent que du regard pour
obtenir le sommeil que Braid provoquait en faisant contempler un objet
brillant. Le regard, dans ces conditions, sert uniquement à provoquer
une fatigue oculaire intense, prélude de l'état hypnotique. Si la fascination
est brutale et le sujet particulièrement influençable, la production
d'un état hypnotique peut être rapide. On peut même endormir
spontanément un sujet par ce procédé, sans même en avoir l'intention.
Dans son ouvrage: Le Sommeil provoqué, le Docteur Gaston Durville cite le fait
d'un jeune officier de marine qui, faisant par jeu, dans un cercle d’amis, une
expérience de transmission de pensée, fut stupéfait et même un peu
effrayé de voir la jeune fille qui lui servait de sujet bénévole, tomber tout
à coup en catalepsie. On crut d'abord à un accident maladif. Il
n'en était rien: la jeune fille, pourtant nerveuse sans excès, avait été
hypnotisée par le regard fixe et brillant de l'opérateur.
image
Fig. 77. Le
faciés de l'hypnotiseur.
Le regard brutal et inquisiteur, sans cesse
en quête d'une proie à dominer, à asservir s'encadre de
muscles contractés qui donnent à la physionomie un aspect peu
sympathique.
Quand il s'agit de faire accepter à
la conscience une suggestion exprimée par la parole, un regard doux et
pénétrant est utile: il augmente notre emprise sur la personne à
influencer. Ce regard doit souligner toute suggestion que nous voulons faire
admettre. Bien entendu, il est indispensable que notre regard ait les qualités
requises. Donc, avant de chercher à l'utiliser, éduquons-le
soigneusement devant la glace. Il en est de nos regards comme de nos paroles et
de nos gestes. Ce sont des moyens qui
nous permettent d'extérioriser nos états d'âme. Réservons un regard un peu dur
pour les actions énergiques et un regard attentif et fixe, mais absolument
bienveillant pour les sanctions persuasives. Il y a des nuances qu'il faut saisir.
Ainsi toute suggestion imposée doit être soulignée d'un regard énergique,
solide, qui n'admet pas la contradiction. Tout au contraire, la suggestion
raisonnée exige plus de douceur: votre regard sera direct, mais doux,
conciliant, affable.
En magnétisme — où les procédés sont
toujours le plus doux possible, — le regard nous sera aussi d'une réelle
utilité. Nous avons déjà dit qu'il est un excellent véhicule de la force
magnétique, aussi devrons-nous l'employer pour aider et multiplier l'action
obtenue au moyen des autres procédés : passes, imposition des mains, etc...
L'œil émet une force qui augmente très sensiblement nos chances de
réussite.
image
Fig. 78. — Le faciès du magnétiseur
Sur cette figure règne un calme
olympien. Le calme du visage dit le calme des pensées. La noblesse de
l'expression exprime la noblesse du cœur. Aucune ride, aucun mauvais
dessein. L'intelligence est ouverte pour écouter. Un optimisme souriant
règne dans ce clair regard.
II est un point sur lequel il nous faut
insister encore: nous ne devons jamais utiliser de procédés qui puissent
entraîner la fatigue, soit pour nous, soit pour les personnes qui nous servent
de sujets.
En ce qui
vous concerne personnellement, vous devez éviter tous les entraînements qui
déterminent une congestion du fond de l'œil. Il est donc extrêmement
imprudent de fixer des objets très brillants, des sources lumineuses
plus ou moins ardentes, que ce soient une lampe électrique, un manchon en
incandescence ou le soleil. Tous les moyens qui tendent à augmenter
l'acuité du regard par la fixation d'une source lumineuse sont
extrêmement mauvais, autant pour la vue qu'ils peuvent perturber que pour
le système nerveux qu'ils soumettent à un hypnotisme
involontaire, toujours fatigant, surtout quand il est souvent réitéré.
Dans le
but de se guérir soi-même de troubles psychiques, quelques hypnotiseurs,
peu soucieux de la santé de leurs élèves, donnent le conseil de s'auto
hypnotiser en regardant ure objet brillant. Il y a là un réel danger.
Nous avons déjà dit que ce procédé va à rencontre de ce que nous
en attendons. II suffit d'un peu de réflexion pour s'en rendre parfaitement
compte. Lorsque nous hypnotisons un sujet, nous le mettons, s'il y consent —
car le sujet garde toujours son libre arbitre — dans un état de passivité plus
ou moins parfaite, nous annihilons sa volonté. Il peut, certes, sortir de son
état de torpeur dès qu'il le désire; reprendre entièrement
conscience; se réveiller, en un mot. Mais qu'il reste passivement en état
second, ce sujet hypnotisé est un automate, d'autant plus docile qu'il a
confiance en son hypnotiseur. Il se confie pieds et poings liés. Et tant qu'il
consentira à rester dans cet état de prostration, il lui sera impossible
de prendre des résolutions. Fait-il acte de volonté ? Dès lors sa
conscience reprend ses droits et nous voyons le sujet s'éveiller. Il en est de
même sur nous: si nous nous hypnotisons, nous devenons passif, incapable
de penser sainement, d'associer logiquement des idées, de prendre des
résolutions, donc de nous auto suggérer ! L'état d'hypnose est de tous points
comparable à l'état de rêve. Ni en rêve, ni en sommeil
provoqué nous ne pouvons nous-même nous donner des ordres. D'ailleurs —
et fort heureusement, car les sujets hypnotiques sont des névrosés, des grands
nerveux, — très peu de personnes peuvent être mises en état second
par manœuvres hypnotiques.
Sans
répudier complètement l'hypnotisme, qui peut rendre des services dans
certaines circonstances que nous déterminerons au cours de notre étude, nous
devons lui préférer le magnétisme, et surtout le magnétisme personnel, parce
que parmi bien d'autres avantages, il a cette grande qualité de développer
à la fois la personnalité de celui qui le donne et de celui qui le
reçoit.
En outre,
si vous vous hypnotisez, pour arriver à l'épuisement nerveux sans lequel
le sommeil hypnotique ne saurait se produire, vous usez vos forces sans aucun
résultat. Seule; l'auto suggestion à l'état de veille, pure et simple,
à la condition qu'elle génère en vous une émotion saine et puissante,
vous donnera des résultats et, loin de vous causer une lassitude, elle vous
sera d'un grand réconfort.
D'autre
part, et pour les mêmes motifs, nous devons faire l'entraînement du
regard (soit par le rond noir, soit dans la glace) à une distance convenable,
qui ne fausse pas la portée normale de la vue. Il en pourrait résulter pour
l'élève imprudent une fatigue assez grande des centres visuels. On ne
devra pas non plus s'acharner si la fatigue se faisait sentir. Les troubles
congestifs de l'œil seraient à craindre si l'on continuait à
regarder fixement, soit dans le miroir, soit dans le rond noirci à
l'encre. On serait alors en droit de craindre des éblouissements, des nuages
qui montent et descendent devant les yeux, des maux de tête violents, des
migraines, des insomnies. Dans tous les stades du développement psychique, il
faut procéder doucement, avec méthode; c'est la condition indispensable au
succès.
Donnons
encore un conseil qui concerne surtout les femmes: méfiez-vous des produits de
beauté destinés à aviver l'éclat de l'œil. Le prospectus vous
promet le charme séducteur ? C'est bien tentant. Il est entendu que des
préparations sont employées en Orient comme collyre et que, par conséquent,
elles sont mieux qu'inoffensives. Mais avez-vous la certitude que ces produits
sont tels qu'on vous les annonce ? Sont-ils aussi purs qu'ils le devraient pour
ne vous causer aucun mal ? Le mieux est de laisser en repos toute cette
pharmacopée de beauté et de vous contenter d'eau pure, de préférence froide,
sans aucune addition. L'eau froide, à laquelle vous vous accoutumerez
graduellement si vous n'en avez pas l'habitude est tonifiante; elle resserre
les tissus, active la circulation, et, en ce qui concerne le globe de
l'œil et les glandes lacrymales, son action est aussi bonne qu'efficace.
Par l'emploi constant de l'eau froide, vous éviterez ces inflammations si
pénibles qui donnent des larmes sans cause, et qui, au cours de votre
entraînement, diminuent votre acuité visuelle en même temps qu'elles vous
privent d'une partie de votre puissance magnétique. Si donc vous sentez quelque
fatigue oculaire pendant vos entraînements, ayez soin de vous baigner les yeux,
plusieurs fois par jour, dans de l'eau froide. Avec une œillère,
ces petits bains d'yeux ne souffriront aucune difficulté.
On nous
pose souvent la question de savoir si les lorgnons ou lunettes sont utiles ou
nuisibles au développement du regard magnétique. Ils ne sauraient être
nuisibles, et même, ainsi qu'Hector Durville le dit dans sa Physique
magnétique ( Hector Durville. — Physique magnétique, 2 vol. Paris, 1895-1896. )
les effluves magnétiques, à l'instar des rayons lumineux, peuvent
être concentrés par les lentilles et autres verres, ce qui, avec la
direction de la volonté, peut servir à leur utilisation. D'autre part,
les lunettes, en même temps qu'elles vous servent à mieux diriger
l'énergie de votre regard, vous isolent de l'action des autres. Les comédiens
représentent l'usurier ou l'homme d'affaires véreux avec des lunettes de
couleur qui lui sont utiles surtout pour cacher l'expression de ses yeux et lui
permettre d'observer les autres à l'abri de cet écran. Cette description
pittoresque est basée sur l'observation. Les verres de couleur sont, à
la vérité, un obstacle à la vue des personnes et, si on peut les
employer dans des buts perfides, ils ne doivent pas pour cela être un
sujet de suspicion, car ils sont employés autrement que par les traîtres de
mélodrame.
En tous
cas, ceux de nos élèves qui portent des lunettes ou des lorgnons et qui
craignent, de ce fait. une entrave à leur développement n'ont
qu'à suivre nos conseils pour se rendre compte de l'inanité de leurs
craintes.
Quelques
rares personnes parmi les nerveuses ont du strabisme. Loucher empêche le
développement du regard. Il faut que nos deux rayons visuels soient
parallèles, qu'ils s'appuient, pour ainsi dire, l'un sur l'autre. S'ils
se rejoignent, donnant l'impression désagréable que la personne regarde
l'extrémité de son nez (strabisme convergent), ou si les deux regards s'éloignent,
chacun se promenant où il lui plaît (strabisme divergent), il est bien
certain que la personne ainsi affectée ne peut donner aux autres une impression
de force, de maîtrise.
Il faut
de toute nécessité combattre ces fâcheuses tendances. On y parviendra dans la
très grande majorité des cas avec notre premier exercice. S'aidant du
papier fixé au mur, s'entraîner à regarder le cercle noir d'un seul
œil en maintenant l'autre fermé avec la main. Regarder ce point de mire en
redressant le regard dirigé anormalement. Ainsi, est-ce le globe oculaire droit
qui tourne vers l'extérieur: s'obliger de cet œil à regarder le
disque noir qu'on placera à sa gauche. On peut encore fixer l'objectif
en tournant la tête d'un quart de tour tout en s'efforçant de maintenir
le rayon visuel bien rigide. Procéder de même pour l'autre œil, en
s'inspirant du même principe.
Nous y
insistons encore: le regard magnétique, puissant, mais essentiellement doux, ne
peut être confondu avec le regard fixe et brutal des hypnotiseurs,
surtout de ceux qui pratiquent la fascination. La fascination, est un
phénomène très réel, mais dont, à notre avis, il est
préférable de se garder. Il peut être utile pour mater les fauves et
dominer certains malades privés de leur raison, mais dans la pratique de la vie
courante, ces yeux hagards risquent, plutôt de faire rire. On n'épouvante que
les petits enfants. D'ailleurs, le résultat que la fascination procure, c'est
un amoindrissement de la personnalité, qui peut aller jusqu'au sommeil
hypnotique. Ce n'est pas ce que vous devez chercher.
Ce qui
vous est nécessaire, c'est de prendre conscience de votre force, de votre
valeur et de donner ce sentiment à ceux qui vous approchent. Si vous
leur exposez de bonnes raisons avec une calme confiance, à moins
d'être butés sur une opinion adverse, vous les amènerez à
penser comme vous par les seules ressources de votre intelligence et de votre
droiture. Vous seriez désolé, je veux le croire, que, prenant empire sur vous,
l'on vienne cambrioler votre cerveau pour y faire entrer de force des idées et
des sentiments. C'est ce que vous risquez de faire à autrui avec les
yeux fascinateurs — en admettant la réussite, moins fréquente que les
hypnotiseurs le disent.
Le regard
magnétique est fort éloigné de tout cela; il ne vise point à commettre
une action violente, mais à donner à celui qui parle pleine
conscience de sa valeur. Aucune atteinte n'est portée à la personnalité
de celui qui écoute. Notre but n'est nullement de pousser nos élèves
à violenter des esprits et des consciences, mais à se développer
eux-mêmes pour arriver ensuite à aider et soutenir les autres.
Certes, nous n'oublions pas que la vie actuelle ne saurait être dépourvue
de préoccupations matérielles, et nous n'avons rien omis pour mettre nos
élèves dans les conditions les plus favorables pour tirer le plus grand
et le plus honorable profit de leur travail, mais ici encore l'assujettissement
de l'un ne fait pas le bonheur de l'autre. Ce qu'il faut éviter avec soin,
c'est que votre regard faiblisse et s'intimide. Qu'il fuie, et vous donnez
prise aux volontés extérieures. Ne cédez pas lâchement devant l'arrogance d'un
homme qui n'a peut-être pas votre valeur morale. Restez vous-même.
Mieux, n'ayez qu'une pensée constante: vous perfectionner, gagner des qualités.
Veuillez conquérir votre place dans la société. C'est votre droit et plus
encore votre devoir.
D'autre
part, votre regard, s'il est tel que nous vous le conseillons: net sans
hardiesse, droit sans brutalité, vous donne un aspect de franchise qui dispose
en votre faveur. Un regard fascinateur peut, quelquefois, imposer une volonté;
un regard magnétique, seul, inspire confiance.
Le point
essentiel pour vous est de conquérir toute votre liberté. Une fois maître de
vous, vous n'aurez plus besoin d'exercer votre regard par le rond noir ou par
tout autre procédé. Vous aurez acquis un avantage que rien ne pourra vous faire
perdre. Vous considérerez vos yeux comme une source inépuisable de force. Et
cette force, vous vous empresserez de la mettre au service de tous ceux qui en
ont besoin. Que votre magnétisation soit douée et bienveillante. Bienveillante
surtout.
Résumé
« Ton
discours est écrit sur ton front; je l'ai lu avant que tu aies parlé », disait
Marc Aurèle. Si le front est à ce point révélateur, que dire des
yeux ?
Les yeux
contiennent toute l'âme et c'est par eux, plus encore que par l'expression du
visage, que l'on peut, si l'on est réellement observateur, connaître ce qui se
trouve caché sous le front de l'interlocuteur, diagnostiquer ses sentiments,
ses sensations, plus encore, le fond même de sa pensée, ces idées innées
qui sont à l'esprit ce que les hérédités physiques sont à notre
tempérament. Les yeux sont les révélateurs de toute la vie psychique; ce sont
deux baies dont la forme importe peu à celui qui les considère du
point de vue de l'esprit; leur véritable beauté ce n'est pas leur forme : c'est
ce que l'on découvre par eux, de bonté, de grâce, de sérénité, ou bien, au
contraire, de passions mauvaises, d'éclairs contenus ou échappés. En un mot, ce
n'est pas la forme de l'architecture, c'est le site révélé par la fenêtre
qui nous intéresse, quand nous voulons étudier un sujet. Il est donc de
première nécessité que nous apprenions à observer le regard des
autres; mais, en ce qui nous concerne, nous ne saurions mieux faire qu'éduquer
soigneusement le nôtre.
Comme
nous l'avons dit, l'œil extériorise notre véritable personnalité; le
regard amène au jour toute notre vie intime. La parole peut mentir; elle
peut narguer le sentiment intime de celui qui veut le cacher par pudeur ou par
duplicité; le regard est contraint à la franchise: il parle quand les
lèvres se ferment.
Que les
yeux soient bleus, bruns ou noirs, qu'ils aient la couleur du soleil ou de la
tempête, chacun possède son charme particulier qui fait, en général,
tout le caractère de la physionomie. Il est des regards durs comme
l'acier qui semblent pénétrer dans l'âme, y chercher, avec une brutalité
chirurgicale, ce qu'il conviendrait de cacher, qui cherchent à imposer
à des regards doux et plus faibles une volonté despotique. Il est des
yeux doux et caressants, qui semblent livrés sans défense à cette
volonté absorbante. Il est des yeux qui rient; il en est d'autres qui livrent,
avec une douloureuse pudeur, le secret de tourments infinis; d'autres implorent
notre aide, s'abandonnent avec une touchante confiance à ceux qui
semblent pouvoir soutenir leur peine. Il en est qui fuient, se dissimulent
tremblent, ne peuvent supporter le regard, semblables en cela au regard des
animaux méchants, qui ne peuvent pas affronter le lucide regard de l'homme. Ces
yeux, en général, déplaisent, nous imposent une sensation de méfiance et de
crainte. D'autres, par leur beauté, par leur grâce rieuse ou triste, captivent,
enjôlent, séduisent, réalisent, en un mot, la parole de Salomon:
« Tu m'as
pris mon cœur par un regard de tes yeux. »
Les plus
beaux yeux, en ne tenant compte que de leur forme ne sont pas toujours les plus
magnétiques. Il est beaucoup de belles fenêtres qui donnent sur des
paysages sans horizon et sans beauté. Ce que le psychiste requiert des yeux qui
l'intéressent, c'est le regard, source de force calme et souveraine. Pour avoir
cette force, il faut que le regard soit direct, qu'il exprime
l'honnêteté, qu'il rayonne l'altruisme. Le point capital, c'est la force,
dirigée par la droiture, la pureté des intentions.
Acquérir
cette force magnétique du regard est un des premiers buts du psychiste
débutant. Les produits de beauté n'ont que faire ici; il n'est besoin de kohl
ni d'autre chose; il n'est pas davantage question de ces procédés hypnotiques
qui donnent au regard une dureté presque féroce. Ce qu'il faut, c'est obtenir
un doux éclat; un feu voilé qui brille sans éblouir; une douce fixité, à
égale distance de l'arrogance et de la timidité. Le regard, ainsi compris,
extériorise la maîtrise de soi, le calme, la confiance, l'optimisme, non pas un
contentement béat et sans cause, mais un optimisme pondéré, basé sur la raison.
Il faut fuir ce regard fascinateur qui subjugue ou veut subjuguer.
Celui-là ne révèle pas une vraie force. Une vraie force est libre
et ne veut pas soumettre les autres.
Vous
acquerrez, si vous le voulez avec suite et application, ce regard magnétique,
empreint de douceur et de force. Comme nous l'avons dit, entraînez-vous en
fixant un rond noir que vous avez placé au mur, à la portée de vos yeux,
sans qu'il soit nécessaire de les lever ou baisser exagérément. Regardez-le de
face d'abord, puis obliquement, d'abord à droite, puis à gauche,
pour agrandir autant que faire se peut votre champ visuel. Quand votre regard
ne vacillera plus, exercez-le au théâtre, dans un salon, dans un tramway, dans
la rue. En ayant soin de choisir une personne sensitive, vous servant pour cela
des indices extérieurs que nous vous avons enseignés, vous verrez que votre regard
fait sentir son action magnétique.
Ce regard
magnétique ne sera pas seulement pour vous le sujet d'expériences curieuses; il
sera surtout une source de succès dans toutes les situations de la vie.
Quand vous parlerez à quelqu'un pour lui faire partager votre
manière de voir, regardez votre interlocuteur à la racine du nez,
entre les deux yeux; vous constaterez d'abord que cette attention vous
empêche d'éparpiller vos idées, le concentre et les rend plus fortes. De
plus, ce regard ainsi posé fait pénétrer votre conviction chez la personne
à qui vous parlez. C'est un excellent moyen de suggestion.
N'oubliez
jamais ce point essentiel: alors que le regard hypnotique est dur, brutal,
inquisiteur, domine avec arrogance et cherche surtout à se faire obéir,
heurtant les sentiments, pénétrant avec effraction dans l'intimité de la
pensée, le regard magnétique est plein de douceur et soutenu par une certaine
majesté. Il convient, pour exercer toute sa puissance, qu'il s'accompagne d'un
port noble, de gestes mesurés, d'une intelligence vive. Le regard magnétique ne
veut pas commander mais convaincre pour se rendre utile. Il doit donc
représenter une force au repos, paisible, toujours sûre d'elle-même
et confiante en l'avenir.
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