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Cours de magnétisme personnel

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La Concentration mentale

« Que l'homme s'efforce de purifier ses pensées, Ce qu'un homme pense, il l'est: voilà l'antique secret. »

Maitrayana.

 

« A sa pensée vacillante, mobile, difficile à contenir, difficile à maîtriser, l'homme intelligent impose la même rectitude qu'un faiseur de flèches à une flèche. »

Dhammapada.

 

« On juge qu'un homme est capable de grandes choses par l'attention qu'il apporte aux plus petites. »

Tacite.

 

« Regarde au dedans des choses: prends garde de te tromper sur la qualité, sur le mérite de chaque objet. »

Marc-Aurèle.

 

« Ne te laisse pas entraîner sans réflexion par les paroles et les actes d'autrui. Parle et agis seulement quand ta raison t'aura indiqué le parti le plus sage. La délibération, obligatoire avant l'action, t'évitera ainsi les actes déraisonnables. Ce qui vraiment rend l'homme malheureux, c'est de parler et d'agir sans règle ni mesure. »

Pythagore (Vers d'or recueillis par Lysis).

 

« II n'est pas de grandes actions suivies qui soient l'oeuvre du hasard et de la fortune; elles dérivent toujours de la combinaison et du génie. Rarement on voit échouer les grands hommes dans leurs entreprises les plus périlleuses. Regardez Alexandre, César, Annibal, le grand Gustave et autres; ils réussirent toujours. Est-ce parce qu'ils ont du bonheur qu'ils deviennent ainsi de grands hommes ? Non; mais parce qu'étant de grands hommes, ils ont su maîtriser le bonheur. Quand on veut étudier les ressorts de leurs succès, on est tout étonné de voir qu'ils avaient tout fait pour l'obtenir. »

Napoléon

(Paroles recueillies par Las Cases. — Mémorial de Sainte Hélène, 14 novembre).

 

 « La faculté de ramasser toute son intelligence, toute sa volonté, tout son entendement sur une pensée ou une action déterminée est une des plus précieuses que l'homme puisse posséder. »

W, W. Atkinson. — La Force Pensée.

 

« Penser ! Ah ! voilà la difficulté: celui qui ne réfléchit pas trouve tout ce qu'il a l'habitude de voir parfaitement naturel; il naît, vit, puis meurt sans s'être demandé pourquoi il y a quelque chose. Par contre, le moindre incident qui ne ressemble plus à ceux de sa banale existence l'affole. — II en est autrement de celui qui pense, et le moindre insecte, le dernier brin d'herbe, la plus petite cellule du végétal ou du corps des animaux sont l'objet de ses méditations et de son admiration. »

Docteur Paul Gibier. — Analyse des choses.

 

LA CONCENTRATION MENTALE

 

L'attention, son importance dans tout phénomène psychologique. — Les deux temps du rythme mental: concentration et isolement. — Les distractions d'Edison. — L'attention, critérium de l'intelligence. — L'attention spontanée. — Ses répercussions vasomotrices. — Influence de l'attention sur les fonctions respiratoire et cardiaque. — Action sur le système musculaire. — Influence réciproque des mouvements et de l'attention. — La lecture de la pensée par l'activité musculaire inconsciente. — Notre travail musculaire et notre travail mental sont comme deux roues dentées engrenées l'une sur l'autre. — L'attention volontaire; comment la pousser à son maximum. — La maîtrise des mouvements inconscients. — Premier exercice. — Deuxième exercice. — Troisième exercice. — Quatrième exercice. — Cinquième exercice. — Sixième exercice. — Septième exercice. — Huitième exercice. — Neuvième exercice. — Dixième exercice. — La concentration mentale dans toutes les circonstances de la vie courante. — Le rythme mental et ses répercussions heureuses sur les rythmes organiques. — Les « tiroirs mentaux ».— Apprenez à regarder, à voir, à observer, — Résumé.

 

Après nous être occupés de rétablir l'équilibre de notre organisme physique et de le maintenir en parfaite santé, grâce à une alimentation rationnelle, à une respiration bien comprise, à des exercices physiques doux; après avoir démontré comment nous pouvons acquérir la maîtrise personnelle grâce à l'auto suggestion émotionnelle et à un regard magnétique puissant, abordons la troisième partie de notre développement, celle qui nous donne les moyens de parfaire l'éducation des phénomènes supérieurs de l'esprit.

La qualité primordiale, celle qui est à la base de toutes nos facultés psychiques et mentales, est l'attention. Sans elle, notre esprit n'arriverait qu'imparfaitement à la connaissance des objets, et presque point à leur utilisation. Attention, mémoire, raisonnement, jugement, sont des facultés entièrement liées.

Que notre attention ait toute sa force et aussitôt toutes nos facultés psychiques prennent leur essor. Au contraire, notre attention est-elle défectueuse, intermittente ? Nos autres facultés ne répondent plus à nos désirs.

Qu'est-ce donc, au juste, que l'attention ? C'est la faculté que possède notre esprit de se concentrer sur un objet et d'en saisir, avec plus ou moins de rapidité et d'exactitude, tous les caractères et tous les rapports. Le seul énoncé de cette définition nous démontre l'importance capitale de l'attention dans toutes les opérations de l'esprit.

C'est en développant l'attention que l'on parvient le mieux, et le plus sûrement à développer la mémoire, comme nous le verrons dans le chapitre consacré à cette faculté. En effet, si notre esprit ne voit que d'un regard distrait les objets ou les connaissances qui lui sont présentés, il n'entrevoit que quelques aspects, ne leur découvre aucune particularité saillante, et, de ce fait, ne peut en conserver qu'un souvenir flou. Au contraire, si celui qui doit garder la mémoire d un fait ou d'un objet a intensifié sa force d'attention, il a pris du même coup l'habitude d'associer les idées, et le fait ou la chose, dont il doit enregistrer la notion, entre dans son esprit comme un être vivant et en sortira armé de toutes pièces, le cas échéant, C'est ce qui avait fait dire aux Grecs, nos maîtres en toute beauté, que les Muses, c'est-à-dire les productions ou les inspirations de l'esprit, étaient filles de Mnémosyné, la mémoire. Magnifique et charmant symbole de notre plan de développement.

L'attention contribue aussi à nous assurer une plus grande maîtrise sur nous-même. En effet, quel est celui qui s'effare et prend peur à la moindre alerte ? N'est-ce pas l'impulsif qui, comme l'enfant, prend ses désirs et ses craintes pour des réalités ? Qu'une auto fasse retentir bruyamment sa corne, il sursaute et, si vous lui montrez qu'il ne courait aucun danger, il vous répondra: « J'avais cru... Je n'avais pas fait attention. » En effet, c'est du manque d'attention que viennent la plupart de ces sensations exagérées. Un coup d'œil juste, jeté sur les faits par une personne assez maîtresse d'elle-même, ramène aux proportions de la réalité l'épouvantail souvent anodin par quoi nous nous étions laissés surprendre.

Si même le danger est réel, c'est encore celui qui ne s'affole pas, qui sait cultiver et concentrer son attention qui verra le premier la chance de salut, toujours possible dans les pires choses, et qui saura en tirer profit. C'est cette attention, poussée à son maximum d'intensité, que nous allons étudier sous le nom de concentration mentale.

Quand nous aurons acquis cette connaissance, nous étudierons l'état psychique inverse, la détente complète de l'esprit que nous nommons isolement.

 

A toute période d'effort, doit succéder une période de calme, de repos, pendant laquelle les organes récupèrent les forces qu'ils viennent de dépenser durant l'action. C'est la Loi du Rythme. Nous ne saurions mieux régler ces périodes de travail et de repos que sur l'exemple du cœur, l'organe le plus délicat et le plus essentiel de notre organisme. Cet organe se contracte pour envoyer le sang jusqu'aux parties les plus éloignées du corps, puis il se détend, ce qui constitue pour lui la période de repos. Il en est de même pour notre esprit. Il faut lui demander, quand il est à l'œuvre, une grande somme de travail, mais il est aisé de comprendre que cette tension ne peut pas s'éterniser, si l'on tient à garder sa santé. A cet effort devra succéder un repos qui sera proportionnel à la somme de travail donnée. Ce repos se trouve dans le sommeil naturel et, mieux encore, dans l'isolement. En effet, ce dernier état donne à l'esprit la possibilité de se détendre, de ne penser à rien on du moins de se reposer sur une idée sans importance, d'un ordre tout différent de celle qui nous a occupés.

Ne pas s'arrêter à temps présente de graves dangers. Ceux qui ne savent pas s'isoler, qui ne peuvent mettre un frein à leur activité, sont souvent victimes de cet état de choses. La pensée qui les préoccupe s'attache à leur esprit et envahit toute la conscience. Bientôt, elle tourne à l'obsession. Que d'hommes d'affaires dominés par un flot d'idées sans cesse en ébullition finissent lamentablement ! La neurasthénie les guette. Et bien des vies qui s'annonçaient magnifiques ont été gâchées par ignorance de la loi du Travail et du Repos. Sans aller jusqu'au désarroi mental, l'effort intense est cause de distractions. Et certaines sont fatales. On l'a vu par l'exemple de Curie qui a trouvé la mort dans un stupide accident de voiture. Pensif, toujours préoccupé par ses recherches scientifiques, il a été bousculé par un véhicule en traversant une chaussée. Sans doute, il aurait évité cette fin tragique et prématurée si sa pensée avait été moins absorbée. Un tel savant qui disparaît est un grand deuil pour la science. Cet accident ne serait pas survenu si Curie, le père de la radioactivité, avait connu l'art de se reposer. De tels exemples nous montrent combien cette connaissance est indispensable.

 

Les distractions d'Edison, qui n'ont fort heureusement jamais eu des conséquences aussi malheureuses, sont cependant célèbres. MM. Albert Keim et Lumet rapportent l'épisode suivant de la vie du célèbre inventeur américain.

Le fait s'est passé à Boston. Dans cette ville, pleine d'écoles et d'Universités, mais aussi très ouverte à la vie industrielle, on s'occupait beaucoup, à ce moment, des travaux de Morse et de la télégraphie en général. Un jour, le directeur d'une école s'adresse au bureau télégraphique de la Western Union pour avoir un conférencier bien au courant, de la question, et assez sûr de son sujet pour en parler de manière à se faire écouter avec plaisir d'un jeune auditoire. Edison, choisi pour cette causerie, est ravi de l'accepter, d'abord parce que le thème lui est familier, ensuite parce que l'auditoire des écoliers lui est sympathique, et aussi — c'était ses débuts et le futur inventeur était loin d'être millionnaire — pour joindre à son traitement quelque profit supplémentaire. Acquérir des livres et des appareils pour continuer ses études était pour lui une douce perspective. Le jour de la conférence arrive, mais contre toute attente, Edison ne parait pas. Les jeunes gens s'impatientent. Bref, l'heure passant, un de ses amis part à sa recherche. Jugez de son étonnement: non sans peine, il trouve Edison sur un toit. Le célèbre inventeur était en train de poser un fil télégraphique ! En préparant sa causerie, une idée nouvelle lui était venue. Il avait d'abord résolu le problème sur le papier, puis, emporté par le désir de faire pratiquement la preuve, il était monté sur le faîte de l'immeuble. Là, entièrement à ses essais, il avait oublié totalement son auditoire.....

Ces distractions ont été si fréquentes dans la vie d'Edison que le magicien de Manlo-Park est considéré, outre-Atlantique, comme l'homme le plus distrait du monde. Il lui est arrivé, comme on le cite d'Ampère et de plusieurs savants, de porter une lettre à la boîte, et, arrivé devant la poste, regardant l'heure, de mettre sa montre dans la boîte aux lettres et de ne s'apercevoir du changement qu'en voulant faire entrer de force l'enveloppe dans son gousset.

Mais il est une distraction d'Edison qui dépasse peut-être toutes les autres. Elle lui advint le jour même de son mariage, Sa femme en fut la victime. Il était marié depuis quelques heures, avec une femme qui lui était chère, et il était des plus heureux. Toutefois, il ne lui fut pas possible de passer toute cette journée sans entrer dans son laboratoire. Ses recherches le passionnaient. Le soir, à une heure tardive, un ami d'Edison, passant devant la maison fut extrêmement surpris de voir de la lumière filtrer au-dessous des fenêtres. Il entra et fut plus étonné encore en trouvant son illustre ami absorbé, comme d'habitude, par ses expériences.

« — Voyons, Tom, lui dit-il familièrement, vous n'y pensez pas. Il est plus de minuit et vous devriez être chez vous ?

« — II est si tard que cela ? dit l'inventeur surpris. Passé minuit ! c'est étonnant. Mais, j'y pense, je suis marié de tout à l'heure et l'on peut s'inquiéter chez moi. Ma foi, j'aurais bien dû rentrer plus tôt. »

Heureusement pour le grand homme, sa jeune femme était capable de le comprendre et d'excuser ses distractions qui sont la rançon de son génie et le petit côté amusant, mais parfois pénible, de sa gloire. Madame Edison fut toujours pour lui une compagne parfaite, passionnée pour ses idées.

Nous voyons par là de quelle utilité peuvent être la concentration et l'isolement. La concentration mentale, bien comprise, offre la possibilité d'éduquer des enfants paresseux, ou distraits, ou qui manquent de mémoire, parce qu'on n'a pas encore su leur faire attacher une idée à chacun des mots qu'ils enregistrent sans y rien comprendre, comme font des perroquets. Nous rendrons également service à des adultes qui ne sont pas en état de maîtriser leur inconscient. L'habitude que nous leur faisons prendre de la concentration mentale leur donne la possibilité de considérer un fait, un événement, une idée d'un simple coup d'œil. Ainsi, chaque notion prend sa valeur réelle. Elle n'est plus décuplée, comme dans la peur, par une imagination déréglée. Et, du même coup, disparaissent toutes les répercussions désastreuses d'une émotivité maladive. Nous arrivons à cette maîtrise avec un minimum d'effort quand nous comprenons le mécanisme cérébral. D'autre part, l'habitude de contrôler notre activité musculaire est pour nous un appui précieux.

En montrant l'importance de l'attention, nous avons dit qu'elle est la base de toutes les opérations de l'esprit. Voici un fait qui démontre qu'elle peut être un critérium de l'intelligence.

« Un éleveur de singes, dit Darwin, qui achetait à la Société zoologique des espèces communes au prix de 5 livres (125 francs, au cours d'avant guerre) la pièce, en offrait le double, à la condition de pouvoir les garder quelques jours chez lui, afin de faire son choix. Quand on lui demanda comment il pouvait, en si peu de temps, voir si tel singe serait un bon acteur, il répondit que tout dépendait de leur pouvoir d'attention. Si, pendant qu'on parlait ou expliquait quelque chose à un singe, son attention était aisément distraite par une mouche sur le mur ou quelque autre bagatelle, le cas était désespéré. Essayait-on, par des punitions, de faire agir un singe inattentif, l'animal devenait rétif. Au contraire, un singe attentif pouvait toujours être dressé. »

Sans vouloir comparer les écoliers à des singes, nous pouvons dire qu'il en est de même pour eux et pour nous. Il faut étudier attentivement et s'efforcer de juger la valeur des idées qui pénètrent dans notre champ mental. En procédant ainsi, : nous apprendrons certainement mieux et plus vite que celui pour qui cette étude, entreprise à contre cœur et continuée sans goût, sera une sorte de pensum fastidieux.

Ecoutez une conférence, lisez un livre : si votre attention est distraite, si vous ne prenez pas la peine de suivre l'orateur qui peut-être ne parle pas assez éloquemment pour tenir en bride l'intérêt fugitif, si vous lisez « avec le pouce », comme disait l'abbé de Pradt, il ne vous restera rien de la conférence ou de la lecture. Les mots vous effleureront à peine; les idées qu'ils évoquent ne pénétreront pas dans votre conscience. Vous aurez dépensé votre temps en pure perte et c'est toujours un tort et un préjudice pour vous.

Il est tellement vrai, comme nous l'avons dit, que l'attention a une grande autorité sur nos réflexes et qu'elle est le gage de notre maîtrise personnelle, que c'est une base sur laquelle on se fixe pour l'examen auquel sont soumis nos aviateurs avant de recevoir leur certificat d'aptitude. Dans le dangereux travail qu'ils choisissent, une minute d'inattention peut être suivie d'une chute mortelle. On a vu, pendant la guerre, que les attaques aériennes dont ils étaient l'objet étaient terribles et foudroyantes. Au cours de la bataille, ils ne devaient pas un seul moment se laisser déconcerter. En toute lucidité ils devaient décider ou de survoler l'adversaire, ou de l'affronter avec la mitrailleuse ou de le surprendre par une manœuvre hardie. Pour connaître le degré de maîtrise de nos futurs pilotes de l'air et, par conséquent, leur force d'attention, puisque les deux facultés sont connexes, on place sur leur poitrine un sphygmographe qui enregistre les troubles de leur rythme pulmonaire. Ensuite, au cours d'une conversation, on tire à l'improviste un coup de revolver près de leur oreille. Plus la force d'attention est grande, plus le jeune homme est attaché aux paroles qu'on prononce et moins la réaction qu'il éprouve à ce bruit inattendu sera grande et durable. Celui qui est maître de son attention commande à son émotivité.

 

L'attention spontanée

 

Etudions de plus près le mécanisme psychologique de l'attention.

Elle présente deux formes : une forme spontanée, une forme volontaire. L'attention spontanée, naturelle, est la forme fondamentale, primitive de l'attention. L'autre, au contraire, est le résultat d'une éducation, d'un entraînement. Nous allons les étudier toutes deux, car, pour obtenir complètement l'attention volontaire, il faut parfaitement connaître le jeu de l'attention spontanée. Il nous est facile d’étudier celle-ci par ses manifestations motrices.

Ribot dit: « L'attention sous ses deux formes, n'est pas une activité indéterminée, une sorte « d'acte pur » de l'esprit, agissant par des moyens mystérieux et insaisissables, son mécanisme est essentiellement moteur, c'est-à-dire qu'elle agit toujours sur des muscles et par des muscles, principalement sous la forme d'un arrêt. »

Toute idée a tendance à se traduire en acte: c'est un fait sur lequel nous reviendrons longuement en traitant de la suggestion. « Tout état intellectuel est accompagné de manifestations physiques déterminées, » dit Ribot, et Setcheneff ajoute d'autre part: « pas de pensée sans expression. » Mais si l'idée peut se traduire en actes ou amener une augmentation de mouvements, elle peut, dans certains cas, déterminer un résultat opposé, une détente, un relâchement musculaire, quelquefois une inhibition motrice complète.

« Les répercussions physiques de l'attention peuvent, dit encore Ribot, se ramener à trois groupes: phénomènes vaso-moteurs, phénomènes respiratoires et phénomènes moteurs d'expression. »

 

Examinons tout d'abord les phénomènes vasomoteurs:

Nos vaisseaux sont sous la dépendance de notre système nerveux grand sympathique. Les nerfs qui commandent à ces vaisseaux sont de deux ordres: nerfs vasodilatateurs, ayant pour mission de dilater veines et artères, et nerfs vasoconstricteurs dont le rôle est de les contracter. L'idée, l'attention spontanée, ont des répercussions sur ces deux sortes de nerfs. Nerfs vasodilatateurs: qu'une vive émotion nous surprenne — joie, colère, crainte — nous rougissons. Un afflux sanguin s'est fait à la peau. Pourquoi ? Tout simplement parce que les nerfs vasodilatateurs ont été affectés, ils ont dilaté les vaisseaux capillaires de la région cutanée. Il en est résulté uns appel de sang en quantité suffisante pour que la masse en apparaisse au travers des tissus.

Si nous accomplissons un travail cérébral considérable, notre tête se congestionne, devient lourde, nos yeux s'injectent de sang. Le phénomène s'est produit tout doucement, d'une façon presque sournoise, mais s'il se fait brutalement, d'un seul coup et qu'un vaisseau cède à cette poussée, c'est l'apoplexie dont on connaît les graves conséquences. Influence évidente de la pensée, de l'effort cérébral sur les nerfs vasomoteurs.

« La circulation sanguine, dit Maudsley, est plus active dans l'organe cérébral pendant qu'il travaille que pendant le repos. Nous sommes donc autorisés à dire que l'attention, en se portant sur un ensemble d'idées, a pour effet d'accélérer la circulation dans le substratum nerveux de ces idées. C'est précisément ce qui arrive, lorsqu'une idée s'est fortement emparée de l'esprit; elle maintient dans le cerveau une circulation active qui ne permet pas de se reposer et de s'endormir. »

Des émotions peuvent arriver au même effet. Dites brusquement et avec autorité, à un grand nerveux: « Oh, vous rougissez ! » et vous le verrez s'empourprer.

Le phénomène inverse peut tout aussi bien se produire. La pensée agit très nettement sur les nerfs vasoconstricteurs. Une émotion pénible, une mauvaise nouvelle, une longue attente, un sentiment de crainte, un surmenage cérébral, surtout s'il se produit aux heures ordinaires du sommeil, nous fonf pâlir par inhibition ou exténuation. Le premier de ces phénomènes, s'il est assez marqué, peut entraîner la mort ou tout au moins de graves syncopes. On a vu des personnes s'évanouir de frayeur, et des mères mourir subitement en apprenant tout à coup la perte d'un être cher, leur enfant, leur mari.

 

Les répercussions de l'attention sur les fonctions respiratoires, et par contre coup sur le cœur, sont aussi nettes. Sous l'influence de la pensée, de l'émotion, le rythme respiratoire change, il se ralentit et subit parfois un arrêt temporaire. C'est un effet qui peut provenir à un moindre degré d'une attention soutenue trop longuement. Le bâillement qui souligne cette fatigue est l'effet du ralentissement de la respiration. Souvent aussi, en pareil cas, nous produisons une inspirations prolongée pour renouveler amplement l'air de nos poumons. Nous sommes obligés de lutter et nous faisons plusieurs inspirations profondes. C'est ce que nous voyons se produire pour quantité d'hommes de lettres, d’hommes d'affaires qui s'adonnent à des travaux cérébraux de trop longue baleine et qui se sentent, après ce surmenage, le besoin de respirer pour décongestionner leur cerveau surmené. Ils sortent, ne fût-ce qu'une demi-heure, ils respirent largement et leur tête se dégage de l'afflux sanguin qui l'alourdit. Ils se retrouvent bientôt dans leur état normal.

Le soupir est un autre phénomène du même ordre. Il est un signe de fatigue, que celle-ci soit physique ou morale. Nous en voyons l'exemple chez les coureurs. Ils arrivent au but dans un état complet d'épuisement et le premier signe de leur fatigue se montre sur la respiration. Non seulement leurs muscles sont dans un état de flaccidité extrême, mais leur respiration est diminuée, presque suspendue et cette diminution d'activité a un contre-coup sur les vaisseaux qui se contractent et donnent au visage une pâleur souvent cadavérique.

Un fait analogue se produit quand l'attention, l'émotion, sont poussées à leur plus haut degré. Elles amènent une immobilité temporaire des muscles. Le Docteur Sikorski dit « l'étonnement, ou plutôt l'émotion qui accompagne le processus psychique de l'attention, est surtout caractérisé par la suspension momentanée de la respiration, phénomène qui saute aux yeux quand on est accoutumé à la respiration accélérée des enfants. »

Inversement, une émotion peut accélérer le rythme pulmonaire.

 

Envisageons maintenant l'action que la pensée, en général, et l'attention soutenue, en particulier, exercent sur notre système musculaire.

Il est d'observation courante que les grands nerveux gesticulent beaucoup. Ils ont une activité cérébrale désordonnée, en rapport avec leurs gestes qui sont plus nombreux, plus amples et plus violents qu'il n'est utile à l'expression de leurs pensées. Au contraire, l'honune magnétique, capable de commander aux autres et à lui-même, fait peu de gestes: il domine ses réflexes, il les dirige et ne leur permet d'agir que s'il en voit l'utilité. On raconte même de certains hommes supérieurs des faits qui prouvent que leur attention toujours présente, toujours en éveil, si elle sent l'agitation musculaire les gagner, par suite de la colère ou de la contrariété, savent en tirer parti, au mieux de leur intérêt présent. Quand Bonaparte signa les préliminaires de Leoben, il était extrêmement jeune et entouré des plénipotentiaires autrichiens qui voulaient profiter envers lui de la supériorité de leur âge et de leurs habitudes diplomatiques. Le général n'était pas de force à ce jeu-là, et il sentit, après plusieurs heures de discussion, une violente colère s'emparer de lui. Craignant de n'en pas être maître, il jugea bon de la dériver de façon à en tirer parti. Il saisit un précieux cabaret de porcelaine qui se trouvait sur la table, le jeta à terre en s'écriant:

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Fig.. 79 et 80.

Vos pensées, nos sentiments, nos émotions se manifestent sur notre visage.

Lorsque nous prêtons attention, le muscle frontal entre en jeu.

L'expression du rire faux, est produit par la contraction du muscle grand zygomatique.

 

« Je vous briserai tous comme cela. » Après ce mouvement, son calme était revenu, mais celui des antiques diplomates était parti; ils avaient sérieusement peur de ce militaire qui les tenait dans sa main. Ils signèrent des conditions beaucoup plus avantageuses qu'ils n'en auraient accepté une heure avant.

L'habitude de certaines pensées, de certains sentiments, crée sur notre visage et dans nos mouvements, des habitudes qui se répercutent sur la forme même et qui ont donné naissance aux sciences d'observation. Il serait curieux de faire une étude des muscles expressifs, mais ce serait sortir du cadre que nous nous sommes imposé. Il est cependant des muscles dont le jeu traduit très nettement nos états d'âme. Le Docteur Duchenne (de Boulogne) a provoqué, par l'électricité, la contraction isolée d'un certain nombre de muscles de la face sur un homme atteint d'anesthésie et il a fixé par la photographie les résultats de ses expériences. Il a constaté qu'il suffit souvent de la contraction d'un seul muscle pour exprimer une émotion, chaque état affectif produisant une seule modification locale. Ainsi, le Docteur Duchenne a établi que le frontal est le muscle de l'attention, l'orbiculaire supérieur des paupières le muscle de la réflexion, le pyramidal le muscle de la menace, le grand zygomatique le muscle du rire, le sourciller le muscle de la douleur, le triangulaire des lèvres le muscle du mépris, etc...

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Fig. 81 et 82. — La face est bien le cadran des sentiments.

En se contractant, le muscle triangulaire des lèvres donne l'impression de tristesse.

Dans la douleur, c'est le muscle sourciller qui entre en action.

 

Toute la physiognomonie est basée sur l'étude de modifications de ce genre, et il y aurait beaucoup à prendre dans les travaux des spécialistes dans cette forme de recherches. D'après ce que nous venons de voir, nous ne pouvons que conclure avec eux que le visage est le reflet de nos pensées ou que, plus exactement, suivant l'expression populaire, « la lame modèle le fourreau. »

Une étude qui a été moins souvent faite est celle des gestes et par conséquent de l'influence de la pensée sur les mouvements de notre corps. Ribot cite les remarques et les calculs de Galton, qui a observé un auditoire de cinquante personnes pendant un cours ennuyeux. Les mouvements appréciables de l'auditoire étaient en moyenne de quarante-cinq par minute, environ un par personne et très nettement apparents. L'attention du public ayant été éveillée, le nombre des mouvements diminua de moitié et les mouvements qui se produisirent furent plus modérés, plus brefs et à la fois plus rapides.

Cette action de la pensée chez des personnes normales est moins visible parce qu'elle est contenue par la volonté et par les exigences de l'éducation. Chez les nerveux qui n'ont pas le contrôle de leurs réflexes, cette action se trouve multipliée et, de ce fait, plus apparente. Leur pensée, toujours en ébulition, maintient leurs muscles dans une activité constante. « Les maniaques, constate Griesinger, peuvent faire, pendant un temps parfois très long, une dépense de force musculaire à laquelle un homme sain ne suffirait pas. On les voit passer des semaines et des mois entiers presque sans sommeil, en proie à une fureur violente, et la seule explication de cette énorme dépense musculaire semble être celle-ci: par suite d'une anomalie de la sensibilité des muscles, ces malades n'ont pas le sentiment de la fatigue. »

J'ai connu une malheureuse persécutée qui est restée pendant plus de trois mois sans prendre presque aucun repos. Elle ne se déshabillait jamais. Préoccupée sans cesse d'ennemis imaginaires, elle était en proie à une activité cérébrale qui ne cessait à aucun moment de la journée. Elle semblait vivre par miracle dans un surmenage constant. Une autre persécutée, s'imaginant poursuivie par des malfaiteurs occultes qui l'influenceraient, l'envoûteraient, s'ils connaissaient son domicile, changeait d'hôtel chaque nuit, afin que l'on ne put savoir où elle couchait. Pour dépister ses persécuteurs imaginaires, elle ne passait donc jamais deux nuits de suite au même endroit, aussi transportait-elle avec elle tous les objets auxquels elle tenait. Le tout était placé dans une grande valise de voyage, bourrée à crever et dont elle ne se séparait jamais. Comme tous les persécutés, la malheureuse dormait très peu, toujours aux aguets du mal qu'on voulait ou qu'on pouvait lui faire. Aussi, dès le petit jour, elle repartait avec sa valise, une valise lourde même pour un homme, et se remettait en courses vers un autre quartier de la capitale. Un homme robuste n'aurait pas tenu à cette existence: elle la supportait parfaitement, trouvant dans son obsession des forces musculaires hors de proportion avec son tempérament à l'état normal.

Si notre attention se manifeste au-dehors par des mouvements musculaires, inversement, nous pouvons remarquer que les mouvements musculaires agissent sur l'activité cérébrale.

Binet admet cette hypothèse que les mouvements de la face, du corps, des membres et les modifications respiratoires qui accompagnent l'attention sont les conditions nécessaires, les éléments constitutifs, les facteurs indispensables de l'attention. « Le spectateur naïf qui s'ennuie à l'Opéra, dit-il, parce qu'il ne comprend rien à la musique, devient toute attention, s'il se produit un brusque changement de décor. C'est-à-dire que l'impression visuelle a produit instantanément une adaptation des yeux et de tout le corps. Sans cette convergence organique, l'impression s'évanouirait rapidement. »

 

De nombreux exemples journaliers manifestent cette influence réciproque des mouvements et de l'attention. Si nous nous sentons mal disposé pour travailler, nous étirons nos bras et nos jambes avec l'idée assez juste que ces mouvements nous dégourdiront non seulement les muscles mais l'esprit. Le matin, au saut du lit, nous sentons-nous mal éveillés, la tète lourde encore du travail de la veille ? Nous éprouvons le besoin de bailler pour nous mettre en train, pour sentir nos idées plus claires. Cela est fréquent, mais ce n'est pas ainsi que nous aurons « une âme maîtresse du corps qu'elle anime ». Souvenez-vous de Napoléon. Jamais, peut-être, homme n'eut une telle puissance de travail. C'est qu il savait voir toute chose, la classer avec méthode et la reprendre quand il estimait en avoir besoin. Ses périodes de sommeil étaient des plus courtes, mais, il l'a dit mille fois lui-même et Las Cases le rapporte dans le Mémorial de Sainte-Hélène, son sommeil était profond et réparateur. En outre, s'il avait un moment de liberté dans la journée, il se refusait à toute pensée et, fût-ce dans un fauteuil, sur une chaise, ou dans sa tente en campagne, il s'endormait pour la durée du temps dont il disposait. Sa volonté était si parfaitement maîtresse de son corps qu'il s'éveillait juste à l'instant qu'il avait fixé et retrouvait instantanément toute sa présence d'esprit, toutes les idées et connaissances qui lui étaient nécessaires pour le travail du moment. Le seul défaut — à cet égard — de ce grand homme était de ne pas comprendre que tout le monde n'avait pas la même résistance que lui et d'exiger de ses ministres et de ses secrétaires la même somme de travail qu'il était lui-même en mesure de donner.

Une marche rapide, une course accélérée font affluer le cours des idées et de la parole. Elles produisent ce que Bain appelle « une ivresse mécanique ». C'est pourquoi les écoliers se trouvent beaucoup plus aptes au travail après une récréation au grand air où ils ont pris un exercice violent qu'après un repos passé à lire ou à discuter « pour faire comme les grands ». Il faut exiger des enfants des exercices musculaires; ceux-ci rétablissent les rythmes respiratoire et circulatoire et permettent ensuite à l'attention de se concentrer complètement et avec une plus grande facilité.

Dans les moments de fatigue, de dépression, de préoccupation, plus d'un conférencier a retrouvé la maîtrise de soi-même et de son auditoire en faisant quelques pas, quelques gestes qui ont vivifié le cours de ses pensées. Le geste souligne et porte l'idée: l'orateur parle alors avec force et netteté, il fait plus d'impression qu'il n'en aurait fait en demeurant immobile.

Faire quelques pas sur l'estrade, accomplir des gestes, tracer des figures au tableau amène une excitation cérébrale et cette stimulation a bien souvent réussi à des orateurs fatigués, à court d'idées. Ces mouvements ont ranimé leur afflux cérébral et leur ont donné des vues nouvelles, peut-être seulement le temps de les trouver avec la sensation que le public perdait moins patience. Mais, en défalquant ce dernier facteur tout suggestif, il est certain que le mouvement et la pensée ont de profonds points de contact. Sans parler des quakers d'Amérique et d'Angleterre qui, saisis par une inspiration soudaine, étaient pris de tremblements nerveux et prophétisaient, on a vu des exemples presque aussi frappants.

Un orateur connu a une méthode très originale d'évaluer la durée et l'importance de ses discours. A qui l'interroge sur ces points, il répond: « Ma conférence durera dix kilomètres. » Et, si l'on s'étonne de cette singulière manière d'évaluation, il ajoute: « Quand j'ai une conférence à faire, je m'en vais à la campagne, je rassemble mes idées, et je parle en marchant, à peu près comme je parlerais devant mes auditeurs. Comme j'ai un pas très régulier, je sais, en regardant les bornes kilométriques, quelle sera la longueur de ma conférence. Aujourd'hui j'ai fait dix kilomètres. »

D'autre part, voyez cet écolier qui se trouve embarrassé devant un problème ou tout autre travail, il fait mille mouvements inconscients, mais qui aident à la concentration de son attention; il se prend la tête, se gratte le nez, tortille ses cheveux. Subitement, il se frappe le front. Qu'a-t-il trouvé ? Peut-être une erreur, mais à coup sûr une solution.

Ces mouvements inconscients peuvent, dans certains cas, avoir une grande intensité et présenter les caractères les plus frappants. Le Docteur Hack Tuke nous a représenté le célèbre Sir Philip Francis « marchant avec rapidité, comme s'il poursuivait une idée. Soudain, il s'arrêtait court, se redressait de toute sa hauteur, étendait le bras et prononçait quelques mots de sentence ou quelque belle citation. Les personnes de sa famille, qui cependant étaient bien habituées à ces arrêts subits d'une marche mesurée, à ces allées et venues qu'il aimait faire dans toute la longueur et dans tous les sens de son petit appar.tement, tressaillaient elles-mêmes quelquefois de la véhémence de ses éclats. Quant aux étrangers, ils en étaient absolument transportés. ».

 

Tous les mouvements inconscients ne sont pas aussi nettement caractérisés: il en est qui sont presque imperceptibles. C'est sur leur observation que se basent tous les phénomènes truqués de la lecture de pensée telle qu'elle se pratique dans les théâtres. Certains opérateurs sont arrivés dans ce genre à une étonnante précision ( On trouvera toutes précisions au sujet des trucs employés pour simuler la lecture de pensée dans les études suivantes: Comment on truque la transmission de pensée; La lecture rapide de la pensée; Une expérience de suggestion mentale (Henri Durville, imprimeur-éditeur). Des liseurs de pensée peuvent dire à une personne quel est le mot — leur nom par exemple — auquel elle pense. Le procédé est bien simple: l'opérateur dispose d'un alphabet qu'il a dessiné sur une grande feuille de papier ou sur un tableau noir. Il faut, d'autre part, que le spectateur pense fortement à son nom, le voie nettement en son esprit, le décompose lettre par lettre. On commence par la première lettre. L'opérateur tient de sa main droite la même main du spectateur et la promène au-dessus de l'alphabet. Dès qu'il passe au-dessus de la lettre qui a été pensée, la main du guide a un léger tressaillement, une très furtive crispation, promptement saisie par l'opérateur. La première lettre étant découverte, on recommence la même opération pour la lettre suivante. Et ainsi de suite. Les réflexes musculaires traduisent la pensée; il en est de même des demi-sourires qui échappent à une personne sur qui l'on a caché un objet quand le chercheur est en bonne voie de le découvrir, « brûle », comme disent les enfants.

Nous avons étudié plusieurs liseurs de pensées et refait nous-même, bien souvent, à la Société Magnétique de France ces expériences. Elles sont très faciles à reproduire si on a soin de choisir comme témoin une personne très émotive. Un des liseurs, Bellini, que nous avons suivi de très près, accomplissait des actes relativement compliqués. Il pouvait, par exemple, si telle était notre volonté secrète, prendre une table, la retourner les pieds en l'air et poser une chaise dessus; enlever une carte d'un portefeuille et la porter à une autre personne également désignée; retirer une bague à une dame et la passer au doigt d'un monsieur placé à quelque distance. Pour réaliser chaque expérience, Bellini fermait les yeux, ce qui lui donnait une meilleure concentration mentale. Il est curieux de détailler la série d'actes accomplis par le liseur pour réaliser sa pénétration de pensée. Si nous prenons l'expérience de la bague enlevée des doigts d'un auditeur et replacée dans la main d'un autre spectateur, nous voyons que Bellini entraînait tout d'abord son guide au milieu de la salle; il l'entraînait très rapidement et, quand il sentait une résistance inconsciente et involontaire dans la main qu'il tenait, il s'arrêtait: là se trouvait la personne ou la chose sur laquelle devait s'exercer son action. Il entrait aussitôt dans le rang de spectateurs, allait, venait, talonnait, et dès que les mouvements involontaires de son guide lui signalaient qu'il était au but, il s'arrêtait devant un spectateur. C'était là qu'il fallait accomplir un acte précis. Pour le découvrir, il agissait par élimination: il touchait successivement le chapeau, les cheveux, la fourrure, le corsage, les bras, les mains. Eprouvait-il un léger mouvement en passant devant la main ? II redoublait d'attention. A cette main se trouvait une bague, il la prenait. Que faire de cette bague ? La porter quelque part ? Où ? Ici la main tenue redevenait inerte et le liseur de pensées s'en allait: il faisait brusquement quelques pas par-ci, par-là et l'insensible résistance qu'il sentait d'un côté lui montrait la direction à prendre. Il s'y engageait résolument. La main le retenait-il bientôt ? La personne à qui donner l'anneau était là, tout près. Chercher le rang de chaises où se trouvait la personne désignée, devenait jeu d'enfant. Il était vite découvert par le même procédé. Bellini y pénétrait, trouvait la personne et, placé devant elle, faisait rapidement une série de gestes dont chacun éliminait une possibilité d'action: placer la bague dans une poche, etc... Il prenait ensuite la main. Son guide était-il satisfait ? Aussitôt il mettait l'anneau à un doigt et les applaudissements du public l'avertissaient qu'il avait réussi.

Plusieurs savants se sont préoccupés d'enregistrer scientifiquement ces mouvements inconscients et de les étudier ainsi. Nous avons dit au début du présent Cours qu'un dispositif à la fois simple et ingénieux a été imaginé à cet effet par le Docteur d'Allonnes. Nous n'y reviendrons pas ici.

Chevreul avait déjà mis en valeur ces mouvements inconscients sous l'empire de la pensée. Il avait observé qu'un pendule composé d'un fil métallique et d'un objet pesant, tenu à la main, oscille au-dessus de certains corps, le mercure par exemple, bien que la main demeure, en apparence, immobile. Il mit une lame de verre entre le pendule et le mercure et vit que les oscillations, d'abord uniformément retardées, finissaient par s'arrêter. Comprenant que le mercure ne devait réellement pas être la cause du mouvement de ce pendule, il fixa plus fortement la main qui tenait celui-ci, au lieu de se contenter de soutenir le bras. Le résultat fut qu'il ne se produisit plus aucune oscillation, que le mercure fut ou non couvert par une lame de verre. Chevreul en conclut qu'un mouvement musculaire inconscient produisait ces oscillations qui l'avaient embarrassé. Il ne se trompait pas, non plus qu'il ne se trompait quand il se souvînt de s'être trouvé dans un état particulier pendant que ses yeux suivaient le mouvement du pendule. L'idée du balancement du pendule, qui lui semblait une association d'idées nécessaire à cet appareil avait déterminé ce mouvement involontaire. Il prit la précaution de se bander les yeux et, quelle que fût la position de son bras et de sa main, les oscillations ne se produisirent jamais plus.

Ses observations l'avaient donc amené à constater que, si le pendule soutenu par la main au-dessus de certains corps, se meut et décrit des oscillations d'une étendue toujours croissante, et si le mouvement décroit et finit par cesser lorsqu'on, met une lame de verre ou tout autre objet entre ce corps et le pendule, cela tient à ce que l'on s'attend à ce que cet effet se produira. Le pendule s'arrête dès que la main cesse de se mouvoir ou que les yeux de l'expérimentateur sont bandés. Il est donc complètement démontré que ces oscillations sont créées par l'association d'idées qui unit la pensée d'oscillation à celle de pendule. Cette association d'idées a pour résultat d'engendrer le mouvement musculaire inconscient qui se traduit visiblement par les oscillations du pendule.

Etudiant le problème du pendule et de la baguette divinatoire appliqués à la recherche des eaux souterraines et des gites métallifères, Chevreul eut toutefois tort de conclure que les mouvements sont dûs uniquement à la pensée de l'opérateur. La question est beaucoup plus complexe. Mais l'étude approfondie des mouvements inconscients est utile à connaître; il y a là une mine des plus curieuse à exploiter, car certains phénomènes psychiques — comme les mouvements de table obtenus avec contact, l'écriture automatique des médiums, etc... — n'ont en réalité d'autre cause.                              .

 

Notre travail musculaire et notre travail mental sont donc comme deux roues dentées engrenées l'une sur l'autre. Qu'une des roues se meuve, immédiatement elle entraîne la seconde, L'impulsion peut d'ailleurs provenir de l'une ou l'autre roue, soit du domaine musculaire, soit du domaine mental.

Nous avons montré, jusqu'ici que l'idée a une action motrice. Inversement, on a vu, sous le coup d'une idée très forte, d'une émotion, la force musculaire disparaître complètement,

Une frayeur, une mauvaise nouvelle « coupent les jambes. » C'est en partant de ce principe que l'hypnotiseur arrive si facilement à empêcher son sujet de marcher, de parler, de se lever de sa chaise, d'accomplir un acte habituel. Pour obtenir cette inhibition de l'activité musculaire, l'opérateur agit sur l'attention. Il impose violemment sa pensée à l'hypnotisé qui, sous l'effet du choc émotionnel, perd contenance, se trouble, chancelle. L'effet est d'autant plus net et rapide que le sujet est plus névrosé — donc plus réceptif — et que l'opérateur sait manier la suggestion émotionnelle.

Mais l'action suggestive intense, le traumatisme psychique déterminé volontairement par l'hypnotiseur n'est pas seul à produire une perturbation profonde dans le champ mental. Le travail cérébral habituel, s'il est extrême, peut suspendre complètement l'activité de certains muscles. Nous n'en voulons pour preuve que l'expression hagarde et atone que l'on voit aux personnes surmenées, préoccupées, qui ne comprennent pas immédiatement ce qui leur est dit; leurs muscles relâchés montrent bien un manque d'attention.

Le mécanisme de l'attention nous étant connu, apprenons maintenant à nous concentrer volontairement, c'est-à-dire à fournir, dans un laps de temps déterminé, un effort cérébral.

 

L'attention volontaire

 

L'attention volontaire, nous l'avons dit, est un résultat de l'éducation. Elle dépend d'un entraînement. C'est une faculté acquise par une sorte de dressage. Nous devons tendre à obtenir de cette attention le maximum de rendement dans un temps donné. Nous en constaterons l'utilité en vue de la maîtrise de nous-même ainsi que du développement des facultés supérieures de l'esprit. Quelles que soient nos facultés innées, si nous nous considérons sans partialité, nous nous rendons compte que l'attention volontaire est le produit d'un entraînement personnel ou éducatif. Regardez l'enfant dans la première partie de sa vie: il n'est capable que d'attention spontanée. Ce n'est que par la suite, et avec la collaboration de ses éducateurs, s'ils sont réellement capables de la développer, qu'il acquiert une excellente attention volontaire, qu'il observe avec fruit les phénomènes qui l'entourent.

Pour développer en nous cette faculté si précieuse, nous devons d'abord nous souvenir du mécanisme de l'attention spontanée et de la définition qu'en donne Ribot, en nous fixant sur ses caractéristiques: « Dans le cas d'attention spontanée, le corps entier converge vers son objet, les yeux, les oreilles, quelquefois les bras, tous les mouvements s'arrêtent. La personnalité est prise, c'est-à-dire que toutes les tendances de l'individu, toute son énergie disponible visent un même point. L'adaptation physique et extérieure est le signe de l'adaptation psychique et intérieure. La convergence c'est la réduction à l'unité se substituant à la diffusion des mouvements et des aptitudes qui caractérise l'état normal. »

Ainsi présentée, cette attention, poussée à ses extrêmes limites, peut provoquer des répercussions dont nous ne sommes pas les maîtres et nous devons justement éduquer notre attention en vue de les éviter. Ce qu'il faut, c'est obtenir de nos facultés psychiques le meilleur rendement tout en évitant les troubles dont nous avons parlé au début de ce chapitre : la pâleur, le rougissement, la congestion de la tête, l'augmentation du rythme cardiaque ou pulmonaire, les contractions musculaires inutiles. Ces répercussions organiques réagissent sur le cerveau et nous privent de nos facultés psychiques au moment où nous en avons besoin.

L'entraînement que nous vous préconisons a donc un double but: donner à votre partie mentale le plus grand rendement possible et, en même temps, éviter les réactions organiques toujours nuisibles.

 

Cherchons d'abord à maîtriser nos mouvements inconscients :

Maudsley a dit: « Celui qui est incapable de gouverner ses muscles est incapable d'attention. » On ne saurait mieux dire. Pour se rendre compte de la justesse de cette observation, il suffit de considérer les grands nerveux qui gesticulent, frappent des mains et des pieds, s'emportent, sursautent à la moindre émotion. Leur cerveau est toujours en action, mais en action désordonnée. Ils sont sans cesse en proie à un torrent d'idées qui courent dans leur cerveau comme un film sur l'écran cinématographique: aucune idée n'est capable de les arrêter, ou plutôt ils ne sont en état d'en arrêter aucune. Aussi, non seulement le jour, mais la nuit, leurs muscles sont sans cesse agités de mouvements plus ou moins conscients: ils se tournent et retournent dans leur lit et leur inconscient, toujours en travail, leur donne sans cesse des rêves. Donc, pour arriver à la concentration mentale, il est nécessaire tout d'abord d'imposer le calme à vos réactions musculaires inconscientes ou tout au moins involontaires.

Voici deux exercices indiqués par M. Hector Durville dans son Magnétisme personnel qui seront très utiles dans ce but.

 

Premier exercice. — « Tenez-vous droit sur votre chaise, la tête ferme, le menton développé et les épaules aussi effacées que possible. Elevez latéralement le bras droit jusqu'à la hauteur de l'épaule; tournez la tête à droite en regardant le bout des doigts et en maintenant le bras dans sa position horizontale pendant une minute au moins. Faites la même expérience avec le bras gauche et, quand vous serez arrivé à des mouvements aisés et précis, augmentez la durée de jour en jour. Accroissez le temps de 1 à 2 minutes, puis de 2 à 3, jusqu'à 5.

 

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Fig. 83. — Le contrôle de notre activité musculaire,

Noire activité mentale et notre activité musculaire sont en étroite corrélation. Si nous voulons acquérir des facultés mentales puissantes, apprenons à imposer silence à nos muscles. Voici un premier exercice qui tend à assurer la parfaite maîtrise de nos membres supérieurs.

 

Deuxième exercice. — « Prenez un verre d'eau, tenez-le entre les doigts et tendez le bras bien en face de vous. Immobilisez-le autant que possible, de manière à éviter au verre toute trépidation. Augmentez la durée de l'expérience de la même manière et dans la proportion indiquée précédemment. »

C'est à dessein que nous donnons des exercices très simples. Beaucoup d'élèves sont désireux de se soumettre, dès le début, à des entraînements compliqués. C'est une erreur qui peut amener de sérieuses déceptions. Il est nécessaire de suivre la voie du simple au compliqué. Il faut, en toute chose procéder méthodiquement. C'est la seule condition qui puisse nous assurer des résultats certains et durables. D'ailleurs, ces deux exercices ne sont que des procédés de début: vous pouvez par la suite les compliquer à votre fantaisie, leur en substituer d'autres.

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Fig. 84. — Autre exercice de contrôle musculaire.

Tenant un verre d'eau devant soi, le bras bien tendu, s'efforcer par une concentration mentale d'arrêter tout mouvement involontaire. Le contrôle mental est parfait lorsque la surface de l'eau est immobile.

En voici quelques-uns, à titre d'exemple:

 

Troisième exercice. — Placez-vous contre un mur, le dos bien appliqué à la maçonnerie, le corps bien droit, la poitrine bien dégagée en avant, les jambes bien tendues, les talons touchant le mur, les bras tombant le long du corps. Respirez bien calmement et largement. Ensuite, sans changer la position du corps, élevez de terre la jambe droite, de manière à ce que le poids du corps porte sur la jambe gauche. Cherchez à maintenir votre équilibre. Celui-ci étant obtenu, élevez vos bras le long du mur, jusqu'à ce que vous ayiez atteint l'horizontale, puis abaissez-les, en réglant le mouvement d'élévation et d'abaissement sur votre rythme respiratoire.

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Fig. 85. — La maîtrise de nos gestes.

L'être magnétique possède la parfaite maîtrise de ses muscles, de ses paroles, de ses pensées. Cet exercice tend à donner le contrôle sur la totalité de notre activité musculaire.

 

Redoublez d'attention afin d'associer parfaitement le mouvement des bras avec la cadence respiratoire. Lorsque vous dilatez vos poumons, élevez vos bras et laissez-les descendre lentement pendant que vos poumons se vident d'air. Cherchez à bien rythmer le mouvement. Seuls les membres supérieurs et la cage thoracique doivent y prendre part. Le corps doit toujours demeurer appliqué contre le mur sans bouger en aucune sorte. Au début, cet exercice présente quelque difficulté, mais il devient aisé par la suite, surtout si nos articulations sont souples. Il est excellent pour augmenter notre contrôle musculaire et, par l'effort cérébral qu'il nécessite, pour développer notre concentration mentale.

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Fig. 86. — La maîtrise de nos gestes.

Le corps conserve la position de la précédente figure. Tout en maintenant son équilibre l'être qui veut devenir magnétique élève lentement ses bras. La difficulté du mouvement exige un puissant effort de concentration mentale.

Cet exercice peut être modifié de la façon suivante:

 

Quatrième exercice. — Le corps restant dans la même position, bien droit et toujours appuyé au mur que les talons ne doivent pas quitter, élevez lentement la jambe droite de façon à ce que tout le poids du corps repose sur le pied gauche. Puis, associez un mouvement d'élévation des bras à votre rythme respiratoire, seulement, au lieu d'élever vos bras en suivant le mur, comme dans le précédent exercice, élevez-les devant vous, bien droits, bien parallèles. Levez-les jusqu'à ce qu'ils soient verticaux de chaque côté de votre tête.

Cet exercice est plus difficile que le précédent en ceci qu'il peut, si l'on n'y prend garde, entraîner la chute du corps en avant; c'est justement ce que vous devez éviter. Toute votre attention doit tendre à vous maintenir contre le mur, malgré votre position peu stable. Pendant que vous élevez les bras, emplissez vos poumons au maximum et rejetez l'air à mesure que vos bras descendent. Il faut un mouvement régulier, calme, sans effort apparent.

Vous aurez peut-être, au début, quelque peine à réaliser cet exercice. Ceci dépend de la corpulence, de la souplesse des articulations. Nos jeunes élèves l'exécuteront avec aisance et même avec plaisir. Les personnes âgées et celles qui souffrent de rhumatismes ou de toute autre maladie qui occasionne une gêne articulaire, à vouloir accomplir ce qui leur paraîtra un tour de force, risqueraient des chutes fâcheuses; ils auront donc avantage à se contenter des deux premiers exercices.

Le rythme pulmonaire, on s'en souvient, est le résultat d'un travail musculaire qui met en œuvre le diaphragme, les muscles pectoraux, intercostaux, etc. On s'efforcera d'obtenir un jeu pulmonaire parfait, car ce rythme, nous l'avons vu, est en relation étroite avec notre attention. Que celle-ci soit affectée brusquement par la peur et notre respiration s'en ressent aussitôt. Il s'ensuit des troubles ou tout au moins des mouvements irréguliers du cœur. Les battements sont généralement augmentés. Donc, respirons amplement et avec une régularité d'horloge. Lewes a dit très justement: « Acquérir le pouvoir d'attention c'est apprendre à faire alterner les ajustements mentaux avec les mouvements rythmiques de la respiration. » Ne dit-on pas, d'ailleurs, d'un être qui pense superficiellement qu'il est incapable d'une œuvre « de longue haleine » ? Assurer à nos poumons un fonctionnement harmonieux, c'est posséder une des conditions indispensables à une parfaite concentration mentale.

On comprendra donc de plus en plus l'intérêt que présente la respiration profonde et rythmée, et nous ne saurions trop en conseiller la pratique.

 

Voici un exercice qui combine les avantages de la respiration profonde et de la concentration mentale.

 

Cinquième exercice. — Le mur contre lequel vous vous adossiez pour les précédents exercices ne vous est plus utile maintenant. Vous faites ce cinquième exercice au milieu de la pièce. Vous partez de la position accroupie, et vous vous élevez graduellement jusqu'à la station verticale. Pendant toute la durée de l'exercice, les bras sont le long du corps, le buste est droit, la poitrine bien dégagée en avant, la tête légèrement projetée en arrière. Vous inspirez l'air pendant l'élévation de votre corps et vous l'expirez pendant le retour à la position accroupie.

Voici le détail de ces deux temps.

 

Elévation. — De la position accroupie, vous vous relevez progressivement jusqu'à la station debout. Pendant ce mouvement, vos bras qui étaient le long de votre corps décrivent un demi-cercle pour venir se placer verticalement de chaque côté de la tête. Pendant que vous vous relèverez et que vos membres supérieurs, toujours bien tendus, accompliront ce mouvement, ayez soin de faire entrer la plus grande quantité d'air dans vos poumons. Les mouvements des membres et la dilatation de la cage thoracique doivent se faire progressivement, sans à coup, comme sans arrêt.Vous compterez mentalement 10 secondes pour remplir vos poumons; puis, à mesure de l'entraînement, vous augmenterez progressivement le temps de l'inspiration qui sera porté à 15, 20, et 30 secondes. Cette durée de 30 secondes nous paraît être un maximum, car il peut être dangereux de la dépasser, surtout pour les personnes prédisposées aux troubles circulatoires.

Rappelons ici la recommandation que nous avons déjà faite au sujet de la respiration profonde: il ne faut pas comprimer violemment l'air dans les poumons, ce qui, distendant démesurément les alvéoles pulmonaires, pourrait détermilicr dans les organismes prédisposés des troubles congeslifs, des maux de tête, des étourdissements, voire même des vertiges d'une certaine gravité. L'air doit pénétrer pour ainsi dire de soi-même, du fait que la cage thoracique augmente d'amplitude par l'abaissement du diaphragme et le soulèvement des côtes. Ne jamais chercher à contraindre violemment les organes, mais, si l'on tente de dépasser le résultat obtenu, il faut s'arrêter à la première gène, à la moindre sensation pénible et recommencer, le soir ou le lendemain à la même heure, en procédant toujours avec une grande douceur et un rythme très calculé.

 

Abaissement. — Pour ce deuxième temps, le corps quitte la station debout pour retrouver la position accroupie. Pendant qu'on fléchit les genoux, on fait redescendre lentement les bras étendus de chaque côté du corps. Au cours de ce mouvement, on rejette l’air contenu dans les poumons en comptant mentalement le même temps que l’on a compté pendant le mouvement précédent : 10 secondes au début, puis 15, 20, 25, 30 secondes. La recommandation à faire pour ce mouvement, en ce qui concerne la respiration, est la même que précédement : il faut laisser agir les muscles de la poitrine et non pas chasser brusquement l’air contenu dans les poumons. Si on laisse retomber doucement, de leur propre poids, les côtes reviennent à leur place initiale et l’air sort sans hâte de la poitrine.

Pour que cet exercice soit aussi complet que salutaire, il faut donc bien se représenter ses deux temps : 1° élévation du corps et de ses bras en même temps que l’on dilate ses poumons ; 2° abaissement des bras et du corps, à mesure qu’on rejette l’air inspiré.

Cet entraînement amène un meilleur rythme respiratoire, fortifie et développe l’attention du fait qu’on s’efforce de compter mentalement, avec une régularité d’horloge, le nombre de secondes à atteindre pour chaque temps de l’exercice respiratoire. Le fait de compter a une importance, car c’est sur lui qu’est basé le rythme sans lequel l’exercice est d’un bien moindre profit pour notre organisme : aussi devons-nous compter bien également, sans précipitation, sans distraction. Au début, vous pourrez vous aider d’un chronomètre ou, mieux, d’un métronome. Vous pratiquez cet exercice, pendant 10 minutes environ, le matin en vous levant et le soir au moment de vous coucher, quand vous ne porterez plus sur vous que des vêtements lâches. Il est bon aussi de vous habituer à le faire devant une fenêtre largement ouverte, surtout pendant la saison chaude.

Quand vous aurez acquis, par les exercices que nous venons d’indiquer, un meilleur contrôle de votre activité musculaire et de votre rythme pulmonaire, vous pourrez vous perfectionner par l’exercice suivant, indiqué par M. Hector Durville dans Magnétisme personnel.

 

Sixième exercice. — « Faire une sorte de collier avec une centaine de perles qui ne soient pas top serrés les unes contre les autres. Ce collier étant fait, prendre pour tâche, en le tenant dans les deux mains, de déplacer chaque perle de gauche à droite en les comptant. Porter sur cet acte son attention, toute sa volonté, pour ne pas penser à autre chose et tâcher de déplacer le plus possible de perles dans un temps donné. Moins on laissera errer sa pensée, plus on déplacera de perles pendant ce temps. Il est bon de compter 5 à 600 déplacements, par exemple, de se rendre compte du temps que l'on y met et de chercher à chaque fois, à en mettre le moins possible. »

Voici maintenant d'autres exercices exigeant un effort plus considérable d'attention:

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Fig. 87. — Autre exercice de contrôle musculaire

S'efforcer de tourner ses pouces en sens contraire. Pour être exécuté fidèlement, cet entraînement exige une attention très soutenue.

 

Septième exercice. — Chercher à tourner les deux pouces en sens inverse. Réunir ses deux mains devant soi, en croisant les doigts, puis décrire un petit cercle avec le pouce droit, en s'efforçant de le faire le plus régulier possible. Ensuite, pendant que ce pouce tourne, faire avec le pouce gauche un mouvement analogue, mais en sens opposé. Au début, les mouvements s'embrouillent vite, les distractions amènent des arrêts dans les mouvements, mais, à mesure que la concentration mentale devient meilleure, que l'attention se développe, on réussit de mieux en mieux cet exercice qui est excellent pour se rendre compte de l'effort mental déployé. Nous le conseillons à nos élèves : ils devront s'y entraîner afin de le faire régulièrement. Dans la suite, ils arriveront à une régularité, parfaite et ce mouvement qui leur présentait une grande difficulté au début, ils l'accompliront presque sans y penser: le mouvement sera devenu automatique.

 

Huitième exercice. — Cet exercice est du même ordre que le précédent, mais, au lieu de mettre en jeu les pouces, on l'exécute avec les deux mains dont les doigts sont allongés et réunis en pointe. On tient ses mains devant soi, l'une en face de l'autre, à une faible distance, les doigts réunis en forme de cône. La main droite décrit un cercle de 20 centimètres de diamètre environ, et l'on tend à le faire le plus régulier possible, toujours d'un rythme uniforme. Ce résultat obtenu, et tout en continuant le mouvement de rotation avec la main droite, on décrit un cercle analogue avec la main gauche, mais en tournant on sens inverse.

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Fig. 88. — Un exercice du même ordre.

Ce ne sont plus les pouces qui sont présentes l'un en face de l'autre. Ici, les deux mains, dont ]es doigts sont réunis en cône, décrivent des cercles très réguliers. Les déplacements s'effectuent, comme dans la précédente figure, en sens contraire.

 

Cet exercice présente aussi une certaine difficulté: il exige une grande attention, mais on devra s'efforcer de le réaliser parfaitement. On y arrivera après un nombre d'essais d'autant moins nombreux que l'effort cérébral aura été plus soutenu.

 

Neuvième exercice. — Les deux exercices précédents permettent de diriger sa pensée dans le but d'assurer à chaque main un mouvement circulaire en sens opposé. Voici qui est plus difficile: faire d'une main un mouvement circulaire et de l'autre, en même temps, un mouvement rectiligne.

S'asseoir devant une table et, de la main droite, décrire sur le dessus du meuble un cercle de 15 à 20 centimètres de diamètre. S'efforcer de le faire assez lentement, très régulièrement, sur un rythme toujours le même. Puis, pendant que la main droite continue à décrire ce cercle, faire avec la main gauche sur la table nn mouvement rectiligne de va-et-vient. Ce mouvement devra être très net, le champ de déplacement de la main gauche sera de 20 à 30 centimètres.

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Fig. 89. — Exercice devant la table.

La difficulté s'accroît à mesure de l'entraînement. Tandis que la main droite décrit un cercle, la main gauche exécute un mouvement rectiligne de va et vient. Cet exercice, qui n'est pas sans difficultés, développe puissamment l'attention.

 

Au début, il sera difficile de faire ces deux mouvements en même temps, car on a toujours tendance à faire le même mouvement des deux mains, la main droite imposant généralement son mouvement à la main gauche. L'effort mental devra viser à bien exécuter les mouvements rotatoire et rectiligne. Cet exercice développe puissamment l'attention et on devra le pratiquer jusqu'à réussite parfaite.

Les écoliers font, par jeu, une variante de cet exercice: ils se frappent d'une main le dessus de la tête, tandis que, d'un mouvement circulaire, ils se frottent le ventre avec l'autre main.

 

Dixième exercice. — Donnons un dernier exercice qui nous permettra d'apprécier très exactement — par un chiffre —la force de notre attention et de suivre par conséquent, chaque jour, le développement des facultés supérieures de notre esprit.

Il s'agit, en partant du nombre 100, de compter à haute voix, en décroissant: 99, 98, 97, etc., jusqu'à 1, en comptant régulièrement, au rythme de la seconde. Cet exercice qui paraît simple, nécessite cependant une réelle concentration mentale. Il ne faut pas être distrait pour l'accomplir convenablement, car, si on se laisse entraîner par une idée étrangère, on commence par ralentir le rythme, puis on s'arrête de compter. On s'aperçoit bientôt de cet arrêt: il faut alors chercher à se rappeler le nombre auquel on s'est arrêté. On recommence en repartant de 100 et on essaie de dépasser le nombre auquel on s'est arrêté précédemment. Si l'on note soigneusement les points d'arrêts, on saura chaque jour mathématiquement la force de son attention et les progrès que notre entraînement fait faire à cette faculté. Avoir soin de compter au rythme de la seconde, très régulièrement.

Lorsqu'on aura très bien compté de 100 à 1, bien régulièrement, sans arrêt, on augmentera la difficulté en partant de 200, de 500, de 1.000, par exemple. Cet exercice est excellent en ce sens surtout qu'il permet d'apprécier, très exactement par un chiffre, la durée, l'intensité de notre effort cérébral.

 

Ces exercices préparatoires ayant été exécutés avec un plein succès, on cherchera à mieux se concentrer dans son; travail et dans toutes les circonstances de la vie courante.

Nous indiquerons dans un autre chapitre comment on développe la mémoire, par une meilleure concentration mentale et en s'efforçant de faire des associations d'idées. Ici, nous envisagerons l'importance de l'attention relativement au travail. Une personne distraite, qu'un rien amuse et détourne du principal objet de son attention, est incapable d'un travail suivi et a donc peu de chance de réussir dans ce monde où les conditions du travail sont chaque jour plus difficiles. Au contraire, celui qui étudie son travail, qui y applique toute sa force et toute sa pensée est l'homme qui doit réussir, car non seulement son travail est mieux fait, mais, le connaissant davantage, il y trouve de nouveaux motifs d'intérêt. L'on fait bien seulement ce qui nous intéresse.

Très développée, la concentration mentale nous permet de fournir un travail dix fois plus considérable que celui qui est fait comme au hasard. Tous ceux qui sont arrivés à des situations prépondérantes sont généralement des êtres qui ont commencé dans la vie avec peu ou point de capitaux, mais ils se sont adonnés complètement à tout ce qu'ils faisaient et, si nous consultons directement ou par leurs mémoires les grands inventeurs, les multimillionnaires, comme Edison, Carnegie, Rockfeller et les autres, dont les débuts furent très difficiles, ils nous diront tous que c'est à force de travail et d'attention qu'ils ont conquis cette fortune qui est le but de tant de désirs. Quand on demandait à Newton comment il avait trouvé la gravitation universelle il avait coutume de répondre: « C'est en y pensant toujours. » On ne trouve rien à moins et c'est un bien mauvais calcul de compter sur le hasard. Seul l'effort, l'effort cérébral surtout, donne la possibilité d'arriver au but que nous nous sommes assigné. Certes cette concentration constante a ses inconvénients, sur lesquels nous aurons à revenir en traitant de l'isolement, mais ce sont des écueils que l'on peut éviter avec un peu de prudence et il n'en reste pas moins vrai que, plus nous sommes attentifs, mieux nous faisons notre travail et, conséquemment, plus nous augmentons nos chances de succès.

Les exercices que nous venons de vous indiquer ont augmenté votre faculté de concentration. Apprenez maintenant à appliquer cette force à vos besoins et surtout à votre travail. Apprenez à penser exclusivement à ce que vous faites.

Etes-vous employé ? Efforcez-vous de remplir votre tâche comme si elle vous était personnelle. N'imitez pas les immortels Ronds de Cuir de Courteline, qui, en entrant à leur bureau, le plus tard possible, n'ont qu'une seule idée: le moment du départ. Encore le hâtent-ils par tous les moyens possibles, et même en avançant les aiguilles de la pendule ! Ce n'est pas un bon calcul. Vous avez avantage, au contraire, à donner tous vos soins à votre besogne car, si vous vous intéressez à vôtre travail, vous produirez plus et mieux et vous avez grande chance, si un emploi supérieur au vôtre se trouve vacant, que vos supérieurs pensent à vous pour le remplir, puisque vous leur avez donné satisfaction dans ce qu'ils attendaient de vous. C'est ainsi que l'on s'élève dans les emplois, et bien des paIrons y font plus d'attention que vous ne pensez.

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Fig.. 90. — N'imitez pas cet employé distrait

L'employé désordonné, sans cesse préoccupé de son heure de départ, qui pense plus à ses distractions qu'à son travail est le type parfait de l'être qui échoue dans la vie. Le succès se mérite. Sachons prêter attention aux moindres faits et cette habitude aura des répercussions immenses sur toutes nos facultés psychiques et mentales.

 

On se rappelle le début de la prodigieuse fortune de Jacques Laffitte. Il sortait de chez Rothschild qui lui avait refusé un emploi et, marchant les yeux baissés, il vit dans la cour une épingle. Il se baissa, la prit et la piqua au revers de son habit. Le financier l'avait regardé s'éloigner et remarqua ce geste. Il en conclut, avec raison, que celui qui l'avait fait, dans un moment d'inquiétude et de déconvenue, serait capable d'attention dans son travail, jusque dans les petites choses: il le fit appeler, lui confia un poste important et le garda chez lui jusqu'au temps où Laffitte s'établit à son compte. Il fit ainsi sa fortune. Sans attendre des événements aussi sensationnels, nous pouvons être sûrs que c'est toujours tout bénéfice de faire son devoir aussi complètement que possible, de s'y montrer ponctuel, assidu et sans distractions.

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Fig. 91. — Le désordre mène à l'insuccès.

Pour réussir dans la vie, il faut des facultés psychiques puissantes, des qualités réelles: de l'attention, du jugement, de la mémoire, de l'ordre; il faut montrer une application soutenue ; il faut mettre en œuvre une volonté calme, persévérante, toujours égale à elle-même. Il faut plus encore: de l'honnêteté, de la droiture.

 

Etes-vous votre propre maître ? Ouvrier établi, petit patron, commerçant, industriel, avocat, médecin ou de toute autre carrière ? Là, vous rencontrerez encore plus de facilités pour « sortir », car votre effort ne sera pas limité par la volonté d'un patron et le profit en sera tout entier pour vous-même. Pensez au but que vous voulez atteindre, ayez-en une conception très nette, cherchez à découvrir le sentier qui y mène, prévoyez les obstacles, les tournants, les difficultés. Vous verrez que votre effort cérébral chaque jour renouvelé, vous fera franchir les étapes. Vos efforts seront d'abord couronnés de succès partiels et cela suffira pour le moment à vous inspirer confiance. Les obstacles ne manqueront pas, certes, mais, avec de la réflexion, de la volonté, vous apprendrez à franchir les uns et à contourner les autres; votre attention vous enseignera à la fois la hardiesse et la patience. En effet, une étude approfondie de votre plan vous aura démontré que votre route ne saurait se faire en plaine, mais quelle est âpre et ardue. Vous en saurez d'avance les montées et les descentes et l'espoir, la certitude du succès final vous feront supporter les difficultés transitoires. Le développement des facultés supérieures de votre esprit vous aura conduit à tirer chaque jour un meilleur parti des circonstances même pénibles qui toutes vous conduisent vers le même but.

L'attention donne l'ordre, et l'ordre est une qualité indispensable au succès. De l'ordre dans ses affaires, sur son bureau, dans ses papiers. La meilleure image de cet ordre, ce sont les meubles américains où tout a une place, où les classeurs et les casiers nous permettent de faire presque automatiquement la besogne si souvent fastidieuse du classement. Les documents se trouvent, par le fait même, mis en séries et groupés de telle sorte qu'il nous est presque impossible de ne pas trouver en temps utile le document, que nous cherchons. Il nous suffit d'avoir un répertoire, des rappels, des tables. C'est l'image de notre travail et de la méthode que nous devons-lui appliquer.

Lorsque vous êtes au travail, ne pensez qu'à ce que vous faites, suivant le vieil adage latin: Fais ce que tu fais. Donc, laissez à la porte de votre bureau tous les sujets de distraction: la pensée de l'ami que vous venez de rencontrer et qui vous a conté de si joyeuses histoires, oubliez le riant soleil qui vous invite à la promenade : l'heure n'en est pas encore venue, pensez seulement à vos affaires et, pour vous mettre en bon état de travail, rythmez votre respiration.

 

Nous avons vu que, si l'attention est poussée à ses dernières limites, elle peut avoir des répercussions organiques. C'est justement ce qu'il faut éviter, car la force nerveuse qui se dépense pour donner une suractivité inutile et même dangereuse à notre respiration dans le cas qui nous occupe, nous fera défaut tout à l'heure, si nous voulons l'employer dans notre labeur. Rythmez votre respiration, respirez calmement, largement, sans effort. L'habitude que vous en aurez prise en faisant vos exercices d'entraînement, vous sera d'un secours précieux car vous aurez maintenant la bonne coutume de dilater complètement vos poumons et de respirer dans les meilleures conditions possibles, sans même y porter attention. Ce rythme respiratoire réagira sur votre cœur; votre circulation se trouvera du même coup régularisée et vous éviterez ainsi les troubles congestifs, les pesanteurs de tête, les gênes de la poitrine qui résultent si souvent d'un travail cérébral soutenu, si on n'a pas la précaution d'en prévenir les effets par l'hygiène respiratoire.

Les rythmes cardiaque et pulmonaire bien réglés, évitez maintenant les réactions musculaires inconscientes. Asseyez-vous confortablement de manière à ce que vous n'ayiez à souffrir d'aucune contraction des muscles. Vos jambes doivent être appuyées et vos bras bien détendus, sans quoi tout l'effort musculaire qui résultera pour vous de positions gênantes sera un effort inutile perdu pour votre travail.

Le corps ainsi préparé, commencez votre travail. Tout votre effort cérébral doit y tendre, mais y tendre calmement. Il n'est d'aucune utilité de plisser le front, de tendre le poing, d'agiter la plume ce qui n'a d'autre résultat que d'amener de fâcheuses taches d'encre. Non: un effort continu, mais sans manifestations extérieures. Que le calme émane de vous, et vous serez étonné; lorsque vous aurez pratiqué ce mode de concentration, de voir avec quelle facilité vous pourrez soutenir l'effort de votre esprit. Dessinez-vous ? Vous aurez mieux réussi qu'à l'ordinaire. Avez-vous fait des colonnes de chiffres ? Vous aurez mieux calculé, plus rapidement, sans erreur, car les erreurs proviennent généralement de l'inattention, et l'inattention n'existe plus chez vous. Vous prendrez même un certain plaisir à faire vos chiffres qui vous ennuyaient tant autrefois. Il en sera de même pour tout. Ecrivez-vous ? Vous trouverez des idées, l'inspiration vous viendra, car la concentration vous permettra de mettre à profit les acquisitions antérieures, les souvenirs directs, ce que vous croyiez oublié. C'est dans ce sens que Baudelaire a pu dire: « L'inspiration, c'est de travailler tous les jours. » C'est votre attention, stimulée par votre volonté qui vous donnera le résultat attendu. Vous vous rendrez compte que vous n'avez plus besoin, pour produire, des excitants si nuisibles à la santé auxquels vous vous étiez peut-être accoutumé: le café, la cigarette. Ils ne vous intoxiqueront plus et vous aurez trouvé dans votre attention le stimulant nécessaire.

 

Donnez-vous complètement à votre travail, mais donnez-vous avec méthode. Pratiquez la méthode des « tiroirs mentaux. » Ce que c'est ? Vous l'imaginez déjà, par la ressemblance de notre esprit avec les bureaux dits américains. Un tiroir est destiné à telle chose, un autre à telle autre, et ainsi de suite. Tout est en ordre, méticuleusement placé. Si vous avez besoin d'un souvenir, d'une date, d un fait, d'un nom, mentalement vous ouvrez le « tiroir » dans lequel les dates, les noms, les faits de cet ordre sont enregistrés et vous trouvez immédiatement le renseignement qui vous est nécessaire. Imaginez une maison quelconque ayant toutes ses pièces classées: Personnel, Vente, Matériel, etc. Si vous avez besoin de répondre à la réclamation d'un client, ce n'est pas dans le tiroir du Personnel, ni dans celui du Matériel que vous trouverez la notion utile: c'est dans le tiroir Vente. S'il vous est utile de comparer divers prix qui vous ont été proposés pour l'acquisition d'une machine à écrire, vous irez tout droit au tiroir: Matériel, sans vous préoccuper des autres. Vous avez toutes vos pièces en place, et vous les trouvez sans effort.

C'est ainsi que vous devez travailler mentalement, toutes vos pièces se rapportant au même travail se trouvant classées ensemble dans votre esprit, dans un ordre parfait. Vos souvenirs, vos idées, vos projets, vos études, seront rassemblés dans votre mémoire comme dans les tiroirs d'un meuble où vous pourrez les consulter aisément. Leurs fiches, ce sont des associations d’idées, comme nous le verrons dans notre chapitre sur le développement de la mémoire. Votre concentration mentale vous permettra de la sorte de retrouver aisément tout ce qui peut vous être utile et votre travail en sera grandement facilité.

Ce travail achevé, fermez vos tiroirs et n'y pensez plus. Passez à autre chose et reposez-vous; prenez de la distraction. Vous avez fourni un effort et, celui-ci terminé, vous devez changer complètement l'orientation de vos idées. Demain par exemple, quand vous reviendrez à votre bureau, vous n'aurez qu'à ouvrir le même « tiroir », pour reprendre le travail de la veille à l'endroit où vous l'avez laissé.

Pour celui qui s'est habitué à ce mode de travail, il ne saurait en exister d'autre et cela devient un jeu de chercher et de trouver une image dans les « tiroirs » de son cerveau. L'idée appelée se présente à votre esprit avec beaucoup d'autres qui peuvent lui être asociées.

Cet exercice est excellent pour tout le monde, même pour ceux qui évoluent dans un domaine restreint, mais il est indispensable à ceux qui ont des affaires multiples et qui doivent être envisagées sous des faces différentes. On prend l'habitude de les varier, de se reposer de l'une par l'autre, de se dire: « Demain, de telle heure à telle heure, je ferai telle chose », de s'occuper d'une chose déterminée à une heure fixe, et le moment d'après, à une chose toute différente, et ainsi de suite jusqu'à la fin de la journée. On peut ainsi faire beaucoup plus de travail et, chaque chose se faisant en son temps, sans empiéter sur les autres, on exécute beaucoup mieux, ce qu'on fait en toute liberté d'esprit.

Une fois le travail fini, il faut prendre l'habitude de fermer tous les « tiroirs » et de ne plus penser à rien. Il semble que, de la sorte, on arrive à enfermer toutes ses pensées, toutes ses préoccupations même, on goûte mieux ensuite les plaisirs de la vie de famille ou les distractions que l'on s'accorde.

 

Ce n'est pas seulement dans le cours des affaires que vous avez avantage à faire un effort de concentration. Dans la vie courante, vous devez aussi cultiver votre attention, vous devez apprendre à regarder autour de vous. Peu de gens savent regarder; beaucoup ne sont pas capables de reconnaître les chemins par lesquels ils passent fréquemment. Ils s'égarent sans cesse. Pourtant, lorsqu'on est un peu attentif, rien n'est plus facile que de retrouver telle maison dans un quartier ou une ville où l'on est passé une seule fois. Il faut s'entraîner à se souvenir de l'orientation des grandes voies, de leur circulation, de leurs rapports les unes avec les autres; à regarder les moindres choses, une boutique un peu caractéristique qui peut servir de point de repère, un immeuble pouvant servir de rappel à une bifurcation, c'est une banque, une église, une maison de style, un monument. Nous ne nous plaçons ici qu'au point de vue de l'attention, toutes ces perceptions se valent pour cela. C'est ainsi que font les chauffeurs et les cochers de fiacres dans les cités populeuses. Celui qui les imite dans cet exercice finit par y prendre un véritable plaisir.

On peut aussi, en se promenant, examiner avec attention les personnes que l'on rencontre, noter soigneusement la coupe et la couleur de leurs vêtements, la forme de leurs chaussures, le teint de leur visage, la couleur de leur chevelure, leur attitude, leurs gestes, leurs manières, etc., en les comparant à des personnes déjà connues. Faites-en autant pour les choses et vous obtiendrez vite non seulement la faculté de voir rapidement mais aussi celle de vous souvenir longtemps de ce qui est tombé sous vos regards.

Si vous pratiquez avec soin les exercices que nous avons indiqués, vous acquerrez assez facilement une parfaite concentration de vos efforts, vous développerez progressivement les facultés supérieures de votre esprit: jugement, mémoire, raisonnement. Mais il n'est pas de si bonne chose qui ne puisse avoir des défauts. Il faut éviter d'être la victime de son propre effort cérébral. Il faut donc maintenant apprendre l'art du repos cérébral qui consiste dans l'isolement. Il faut savoir s'isoler, c'est-à-dire, après une période suffisante de travail, donner à votre esprit une période de détente sans laquelle il serait surmené et ne tarderait pas à succomber à la peine.

Sans arriver à de si graves extrémités, la fatigue qui résulte d'une tension nerveuse trop longuement supportée ou trop intense dans un temps donné peut causer des ennuis qui ne sont pas sans présenter quelques dangers si l'on n'a auprès de soi personne qui veille sur nous pour obvier aux suites fâcheuses de nos distractions. C'est ce qui arriva à Edison, au temps où il travaillait à la mise au point de son invention du télégraphe quadruplex. Sa préoccupation devenait une véritable hantise et c'est ce qui amena la petite scène suivante, racontée avec beaucoup d’humour par MM. Keim et Lumet:

« Edison était tellement obsédé par la conception de son appareil qu'il en oubliait non seulement de manger, de boire et de dormir, mais encore de payer ses impôts.

« En conséquence, il reçut un avis l'invitant à passer le lendemain au bureau du receveur. Dans le cas contraire, une amende lui serait infligée, comme à tout contribuable récalcitrant.

« Le lendemain matin, Edison s'arracha non sans peine à son laboratoire et se présenta au City Hall où il dût suivre les gens assez nombreux qui tenaient un avertissement analogue.

« Lorsque vint son tour, il était absorbé par son quadruplex.

« — Eh bien, voyons, jeune homme, lui dit l'employé, faites attention. Quel est votre nom ?

« II fit tellement attention qu'il répondit, en regardant son interlocuteur d'un air tranquille: « Je ne sais pas. »

« Sans essayer de réveiller sa mémoire, un autre contribuable prit sa place... Ensuite, il fut trop tard: Edison dût payer l'amende, mais la découverte de son appareil l'indemnisa plus que largement. »

Rien, autant que les découvertes magnifiques d'Edison ne méritait une fin aussi heureuse, mais, vous qui ne pouvez peut-être vous attendre à ce que vos distractions vous deviennent une source de profit, vous devez vous accoutumer à ne pas les laisser se rendre maîtresse de votre pensée et de votre temps. Une excessive préoccupation vous amène à cet état fàcheux et, pour en éviter les conséquences, vous devez, après avoir étudié la science du travail vous pénétrer de la nécessité du repos.

 

Résumé

 

L'attention est la faculté maîtresse que nous trouvons à la base de tous les phénomènes psychiques. Si notre attention est bonne, nous prenons bonne note de toutes les sensations, nous observons tout ce qui nous entoure sans oublier un détail, si infime qu'il soit. Ces constatations nous permettent de juger les objets, de les comparer entre eux, de nous en souvenir, de manière à trouver, au moment où nous aurons besoin de ces notions, une image nette et précise de tout ce que nous avons vu. Si nous manquons d'attention ou si cette faculté est défectueuse, nos facultés mentales se trouvent faibles et sans effet.

Le travail cérébral doit suivre un rythme constant si nous voulons qu'il donne son plein effet. De même que le cœur se contracte et se détend selon un rythme suivi, le cerveau doit, alternativement, travailler et se reposer. La période de travail du cerveau, quand elle est portée à son maximum, nous la nommons concentration mentale. Il est donc nécessaire, si nous voulons produire un effort utile, d'apprendre à nous concentrer, à ramasser toutes nos puissances mentales, mais, le moment venu, il faut savoir aussi se reposer. A la concentration mentale s'oppose une période d'isolement.

Dans le présent chapitre, nous avons seulement envisagé la période active: la concentration mentale. Celle-ci se présente sous deux formes: elle est volontaire ou involontaire. Nous devons étudier la forme involontaire pour en savoir et en combattre au besoin les effets, spécialement les répercussions sur nos vaisseaux sanguins qui sont régis par les nerfs vaso-moteurs. Ce sont ces filets nerveux qui nous font rougir ou pâlir suivant nos émotions. Ce sont eux encore qui troublent nos fonctions respiratoire et cardiaque.

Notre travail mental et notre travail musculaire sont comme deux roues dentées qui s'engrènent l'une sur l'autre. Toute modification qui atteint l'une des roues a ses répercussions sur l'autre. Exemple, les grands nerveux qui ne sont maîtres ni de leurs sensations ni de leurs impulsivités se répandent en gestes sans cause, en mouvements inconsidérés qui sont l'indice de leur état. Leur activité mentale est excessive et déréglée; de même leurs gestes, leur travail musculaire — surtout leur travail involontaire — sont semblables au mouvement de leurs idées. Au contraire, l'être magnétique est maître absolu de ses gestes, de ses pensées, de ses réflexes.

Pour obtenir la concentration mentale, dans la meilleure acception de ce terme, force est, en premier lieu, de maîtriser les mouvements inconscients qui sont à la fois l'image et la cause fréquente de nos impulsivités intérieures. L'homme magnétique ne fait pas de gestes qui ne soient contrôlés par la volonté; il ne prononce pas de paroles inutiles. II apprend à diriger son rythme respiratoire dont les effets ont de profondes actions sur ses sensations internes. L'être qui respire d'une manière profonde et rythmique est calme. Il faut donc s'entraîner à ce rythme respiratoire et en même temps à la maîtrise des mouvements musculaires. Tenir son bras étendu horizontalement et le maintenir ainsi pendant quelques minutes par un acte de pensée. Porter à bras tendu un verre plein d'eau et l'immobiliser ainsi devant soi, de manière à ce que pas une goutte d'eau ne se répande. Placer son corps bien droit le long du mur et s'efforcer à tenir son équilibre sur un pied et divers exercices que nous vous avons indiqués.

Si vous transportez ensuite votre attention sur des sujets d'un ordre plus élevé, vous arriverez à obtenir une parfaite discipline mentale.

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