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Cours de magnétisme personnel

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L'Isolement

« Chaque soir avant de t'endormir, fais ton examen de conscience, repasse plusieurs fois dans ton esprit les actes de ta journée et demande-toi: qu'ai-je fait ? Ai-je bien accompli mon devoir en toutes choses ? Examine ainsi successivement chacune de tes actions. Si tu découvres que tu as mal agi, réprimande-toi sévèrement; si tu as été irréprochable, sois satisfait. »

Pythagore  (Vers d'or recueillis par Lysis).

 

« II est un sport spirituel: celui du silence. Modérer notre bavardage nous accoutume à ne livrer à nos semblables que des paroles utiles et choisies. Ce nous empêche de nuire par la médisance. Et cela nous exerce très bien à constituer une vie intérieure qui a ses secrets et ne les livre pas. Le trésor des secrets, des opinions occultes, enrichit notre conscience et lui vaut de la personnalité. »

Paul Adam.

 

L'ISOLEMENT

 

L'activité psychique inconsciente. — Les idées qui nous obsèdent. — Les cristallisations psychiques pathologiques. — La contemplation et l'extase. — L'isolement. En quoi consiste cet état psychique. — a) Détente musculaire. — b) Monoïdéisme. — Recharge de nos centres nerveux au cours de l'isolement et du sommeil. — Utilité de savoir se reposer. L'exemple de Napoléon. — Sarah Bernhardt et l'habitude qu'elle avait de s'isoler. — Edison; sa faculté de travail. — Comment on peut, à volonté, entrer dans le sommeil naturel. — Résumé.

 

Toute période active doit être suivie d'une période de repos. A une période de concentration mentale doit correspondre une période de cette détente de l'esprit que nous appelons isolement.

C'est à tort que le langage courant oppose à l'état de concentration mentale l'état de distraction, car ce mot peut prêter à une équivoque. Ce mot évoque à tort la pensée de l'être distrait et celui-ci est l'être incapable d'arrêter sa pensée sur un point déterminé; son attention est instable. Il passe malgré soi d'une idée à une autre et cette continuelle mobilité est assimilable, dans bien des cas, à un état maladif. Il faut aussi considérer comme distraits ceux qu'une longue tension absorbe et fatigue au point de leur faire oublier tout ce qui leur est utile et même nécessaire. Nous avons déjà cité des faits tragiques imputables à cette forme de distraction, comme la mort de M. Curie, écrasé par un camion dans la rue, pendant qu'il marchait absorbé dans la pensée de ses travaux en cours. Il y a des distractions plus plaisantes. Edison, par exemple jetant sa montre dans la boîte aux lettres au lieu de la missive qu'il s'efforçait machinalement de faire entrer dans son gousset, ou Ampère préoccupé de la solution d'un problème, écrivant ses équations sur le dos d'un fiacre qui partit au milieu de l'opération commencée, à la grande joie des badauds. Ces distraits par excès de concentration n'en sont pas moins des êtres très intelligents, mais bien des gens sont portés à tout confondre et c'est ce qu'il faut éviter.

Notre attention, nous l'avons dit, doit être exercée volontairement. Il est utile, au cours du travail auquel nous nous astreignons, qu'elle parvienne à son plus haut degré, mais, dès que notre besogne est achevée, il ne faut pas que cet état de tension persiste contre notre gré. Nous devons obtenir la complète maîtrise de cette faculté aussi bien que des autres, et, quand le moment du repos est venu, nous devons pouvoir imposer une détente à notre esprit, un calme où les préoccupations de tout à l’heure ne puissent intervenir. C'est quelquefois plus difficile qu'il ne semble à première vue, mais on y arrive avec de la persévérance.

 

Pour se rendre compte de cette difficulté, que chacun se rappelle celles qui lui ont été créées par un air, un air de romance stupide, vaguement écouté dans la rue et qui nous poursuit dans notre travail, dans nos pensées, dans notre repos même. On veut bannir cette idée parasite, mais elle est tenace, elle s'incruste malgré vous, vous obsède, vous incommode. Vous en riez. Vous dîtes: « C'est plus fort que moi...» et c'est ce qui condamne cette obsession. Rien ne doit être plus fort qu'une volonté calme, bien entraînée, une pensée toujours sûre d'elle-même.

Dans un autre ordre d'idées, si vous avez un examen à passer, surtout si cet examen est pour vous d'une certaine importance, vous y pensez à tout instant, cette idée ne vous quitte pas, vous en rêvez la nuit, quand cette idée acharnée vous accorde un moment de sommeil. Vous craignez votre jury, vous imaginez chacun de vos juges; leur pensée vous harcèle; leurs noms s'imposent à votre esprit; vous ne pouvez songer à votre travail. La peur s'installe dans votre esprit et l'obsession en est accrue, il y a là de quoi vous faire manquer votre examen et cela arrive quelquefois.

Il en est de même dans les sentiments les plus intimes et qui semblent ne devoir être que la cause de notre bonheur. Etes-vous amoureux ? Il vous est impossible de penser à autre chose qu'à l'objet de votre tendresse, à la joie de le revoir demain ou dans cette journée et, de cette pensée constante, même si vous avez une absolue confiance dans celle que vous aimez, il vous vient des images hostiles, des pensées de jalousie qui vous feront souffrir si vous les tenez secrètes et qui feront souffrir l'autre si vous les lui communiquez.

Etes-vous dans les affaires ? Qui n'a jamais été obsédé jusqu'au malaise physique par l'idée d'une échéance difficile ? Bien des jours à l'avance, cette pensée vous hante, vous fatigue: ici encore, la crainte est le fruit de cette obsession. Vous en perdez l'appétit et, si cette hantise doit durer longtemps, il est possible que vous en éprouviez une grande fatigue nerveuse. Le surmenage, la neurasthénie avec tout son cortège d'idées noires viennent souvent de ces préoccupations tenaces.

Dans la vie, ceux qui ont réussi ont porté dans tous les moments de leur existence une pensée d'action, de travail obstiné; ils n'ont jamais oublié ce qui était le but de leurs efforts. Alfred de Vigny a dit: « Qu'est-ce qu'une grande vie ? — Une pensée de ta jeunesse réalisée dans l'âge mûr. » Cela est certainement la vérité, mais pour que cette pensée puisse être menée à bien et conduite jusqu'à sa parfaite réalisation, il faut, comme nous le disions plus haut, arriver à notre but sans que la fatigue d'un effort inconsidéré ou mal compris nous empêche, une fois le travail accompli, d'en cueillir et d'en goûter les fruits. Après avoir appris l'art du travail, il est indispensable que nous pratiquions l'art du repos.

 

En effet, si la prédominance de l'attention est absolue, il s'en suit un trouble psychique. C'est un pouvoir tyrannique qui détruit en nous toute activité ne se rapportant pas au but assigné. C'est, à des degrés divers mais qui peuvent trop facilement être franchis, l'idée fixe simple, l'obsession, les phobies. Au-delà, la suspension de tout travail cérébral au bénéfice d'une seule pensée, donne la contemplation, l'extase.

J'ai connu un jeune homme qui, dans la rue, n'avait pas d'autre préoccupation que de compter les lettres aux devantures et qui s'absorbait complètement dans cette besogne saugrenue. Les traités de psychiatrie sont remplis de ces exemples.

Tamburini cite le fait suivant: » Un étudiant en droit, issu de parents névropathes, était dominé par la pensée constante de connaître l’origine, le pourquoi et le comment du cours forcé des billets de banque. Cette pensée retenait son attention qui, tendue à chaque instant, l'empêchait de s'occuper de toute autre chose, s’interposait entre le monde extérieur et lui et, quelques efforts qu'il fît pour s'en débarrasser, il lui était impossible d'y parvenir. S'estimant incapable, malgré de longues réflexions et de multiples recherches tentées pour résoudre ce problème, de se livrer à tout autre travail mental, il tomba dans un tel état de tristesse et d'apathie qu'il voulut interrompre le cours de ses études. Son sommeil était incomplet et interrompu; souvent, il passait des nuits éveillé, toujours absorbé dans son idée dominante. Il faut noter dans ce cas un phénomène très singulier: par suite de la tension continuelle de son esprit sur le problème des billets de banque et du cours forcé, il finit par avoir toujours devant les yeux l'image des billets eux-mêmes, avec toutes leurs variétés de forme, de grandeur et de couleur. L'idée, avec ses incessantes répétitions et son intensité, en vint à avoir une force de projection qui l'égalait à la réalité. Mais lui, il avait toujours pleine conscience que les images qui étaient devant ses yeux n'étaient qu'un jeu de son imagination. »

Cette idée fixe se développe d'autant mieux que le terrain est plus longuement préparé. Il est évident que l'idée fixe prévaudra plus facilement dans la pensée d'un homme dont les hérédités sont névropathiques. Mais cet état de réceptivité peut être créé par une grande fatigue nerveuse acquise, par des excès de toute sorte, que ce soient des excès de plaisirs ou de travail et en particulier de travail intellectuel qui prend davantage sur les réserves nerveuses. La conséquence que vous pouvez tirer de cette constatation, c'est que vous devez arriver à la parfaite maîtrise de vous-même, à la réglementation harmonieuse de votre travail, de manière à ce que l'exagération dans ce sens ne devienne pas non plus nuisible à votre santé. Mais ce cas est de beaucoup le moins fréquent. Les grands nerveux le sont plus souvent par l'excès des plaisirs que par l'excès de leurs travaux et ils nous enseignent par le mauvais état où ces plaisirs les ont plongés à goûter avec sobriété les joies qui nous sont permises, et, surtout, à ne jamais faire appel, même dans le but louable d'accroître notre faculté de travail, à ce que l'on est convenu d'appeler les poisons de la volonté, à ces excitants qui ne nous donnent une excitation passagère qu'au détriment de notre propre fonds.

Pour nous rendre compte des troubles qui sont causés dans notre organisme par une idée fixe et obstinée, étudions ceux que l'on nomme improprement les malades imaginaires. Ils ne sont peut-être pas atteints, au début, du mal dont ils croient être la victime, mais la pensée du cancer, par exemple, ou de la tuberculose est si forte dans leur esprit qu'ils finissent par éprouver non seulement les sensations — qui pourraient être imputables à leur état d'esprit, par auto suggestion — mais encore les symptômes extérieurs et visibles, d'une manière si frappante que d'excellents médecins, même après l'examen le plus minutieux, s'y sont trompés et n'ont reconnu leur erreur qu'en suivant attentivement le cours de la maladie. Il va de soi que ces sortes de maladies, d'origine purement morale ou émotionnelle, sont plus faciles à guérir que celles qui viennent réellement du mauvais fonctionnement ou de la lésion des organes. Elles cèdent souvent avec une extrême facilité sous l'influence de la suggestion raisonnée et plus encore de la suggestion émotionnelle.

Dans le domaine social, l'idée fixe n'est pas moins dangereuse : les terreurs, les craintes, les haines qu'elle suggère peuvent amener les conséquences les plus funestes. Au point de vue purement maladif, un trouble assez fréquent et extrêmement douloureux est l'agoraphobie ou crainte des espaces vides. Cette crainte, qu'on rencontre chez certains névropathes, peut se borner à une sensation pénible quand ceux-ci doivent traverser de vastes espaces découverts. Mais si cette maladie prend une forme plus aiguë, elle peut pousser le malade à un véritable affolement qui lui fait prendre sa course à travers la place, sans faire aucune attention aux dangers courus. On peut affirmer qu'une forte proportion des accidents d'auto ou de voiture est due à des affolés de ce genre qui se sont précipités sous les roues, comme un homme atteint de vertige se jette dans un précipice.

Enfin, cette incommodité peut être poussée si loin qu'elle donne non seulement la sensation d'horreur des espaces vides quand on doit les traverser à pied, mais qu'elle occasionne des troubles douloureux qui peuvent avoir des répercussions sur le cœur, l'intestin ou la vessie par le seul fait de voir ces espaces. Il existe des personnes, très rares heureusement, que cette sensation rend tellement malades qu'elles ne peuvent traverser les grandes places ou les larges avenues que dans une voiture, les stores baissés.

Si nous sortons du domaine organique pour entrer dans celui de la pensée, du sentiment, de l'imagination, nous trouverons les persécutés de divers genres, qui sont les victimes — parfois très dangereuses pour la société — de leurs propres idées fixes. Il y a des folies causées par le doute, que ce soit le doute sentimental, le doute religieux, le doute sous quelque forme qu'il se présente. Chez les natures impulsives, cette forme d'esprit peut avoir des suites tragiques. Un être qui croit voir, par suite d'un doute qui s'impose dans son esprit, crouler tout le système philosophique ou religieux sur lequel il a bâti son existence peut se porter à des actes violents sur les personnes qui représentent cette idée et qu'il imagine l'avoir trompé volontairement ou involontairement. C'est ainsi que fut jetée la bombe de Barcelone qui fit tant de victimes, dans une inoffensive procession. Les idées anarchistes — la « propagande par le fait » heureusement tombée en désuétude — était devenue, pour certains, une idée fixe. Qui a suivi le procès d'Emile Henry a pu constater que c'était un jeune homme remarquable. Refusé aux examens de l'Ecole polytechnique, il avait pris la société en haine et, au lieu de chercher dans une autre carrière un débouché pour ses facultés, il s'était adonné complètement aux doctrines homicides qui le conduisirent à jeter une bombe dans un café voisin de la gare Saint-Lazare où il tua et blessa de paisibles consommateurs, sans autre tort à ses yeux que de représenter la foule moutonnière, incapable de se diriger soi-même. D'autres, sous l'empire d'une impulsion de ce genre ou d'une autre, sont devenus meurtriers, voleurs ou, ne voulant pas céder à leur funeste tentation, se sont suicidés.

C'est encore ce qui arrive fréquemment pour ceux que l'on appelle les « persécutés ». Ils se figurent être en butte à la haine de personnages réels ou imaginaires. Ces personnages, ou ceux qui représentent l'idée de persécution à leur cervelle malade, sont souvent en danger à côté de ces personnes, cependant bonnes dans leur état naturel et qui redeviennent souvent elles-mêmes avec des soins intelligents donnés à temps pour ne pas laisser la folie devenir incurable.

 

La contemplation est un état plus profond encore d'idée fixe, mais celui-ci peut donner des phénomènes d'autant plus intéressants qu'ils sont plus rares et méritent d'être étudiés.

Carpenter dit: « Avant l'invention du chloroforme, les patients supportaient quelquefois de violentes opérations sans donner aucun signe de douleur et, après, ils déclaraient qu'ils n'avaient rien senti, ayant concentré leur pensée, par un puissant effort, sur quelque sujet qui les captivait complètement. Bien des martyrs ont souffert la torture avec une parfaite sérénité qu'ils n'avaient, de leur propre aveu, aucune difficulté à maintenir. Leur attention extatique était tellement remplie par les visions béatinques qui se présentaient à leurs regards ravis, que les tortures corporelles ne leur causaient aucune douleur. »

Chez les mystiques, en effet, la concentration mentale peut amener des formes très diverses d'exaltation des facultés psychiques. On a vu, dans ces états, des personnes très simples et nullement préparées prononcer d'admirables discours, écrire des ouvrages remarquables et que l'on n'aurait pas attendus d'elles dans leur état normal. Il en est qui, dans l'état de contemplation, possèdent la faculté de vision à distance ou qui peuvent prophétiser l'avenir. Ces dons sont même plus fréquents chez les sensitifs et les simples qui, ne discutant pas avec leur sensation, se mettent inconsciemment dans l’état réceptif le plus favorable. Cette contemplation, cet état de ravissement peut suspendre les facultés sensorielles. On a vu, dans ces moments d'exaltation religieuse, les mystiques se faire d'importantes mutilations sans apparence de douleur. Les Aïssaouahs de l'Algérie et du Maroc, les Yogis de l'Inde se font des blessures qui, sur tout autre, seraient d'une extrême gravité et qui, chez eux, dans ces moments, laissent très peu de traces apparentes.

C'est dans le même esprit que les martyrs enduraient, sans douleur, les supplices les plus atroces : il est certain que beaucoup d'entre eux, dans l'exaltation de leur foi, ne sentaient même pas les coups qui leur étaient portés. Cette insensibilité n'est d'ailleurs pas dépendante de la doctrine. Les sorciers, poursuivis au Moyen-Age, montraient la même impassibilité dans les tortures. C’était aux yeux des magistrats chargés d'instruire l'affaire un signe de leur culpabilité: on disait que le démon les avait"marqués du signe de taciturnité et qu'il était impossible de leur arracher, même par les plus abominables inventions de l'esprit humain, ni un cri, ni une parole.

Portée à sa plus haute tension, l'attention arrive à l'extase.

« L'extase, dit Bérard, est une exaltation vive de certaines idées qui absorbent tellement l'attention que les sensations sont suspendues, les mouvements volontaires arrêtés, l'action vitale même, souvent ralentie. »

Alfred Maury s'explique plus clairement : « Une différence de degré sépare l'extase de l'action de fixer avec force une idée dans l'intelligence. La contemplation implique encore l'exercice de la volonté et le pouvoir de faire cesser la tension extrême de l'esprit. Dans l'extase, qui est la contemplation portée à sa plus haute puissance, la volonté susceptible, à la rigueur, de provoquer l'accès, est impropre à le suspendre. »

En extase, la sensibilité et la faculté de locomotion sont momentanément abolies. C'est le signe caractéristique de cet état. Qn peut produire expérimentalement l'extase dans le sommeil magnétique et nous reviendrons dans la suite de notre Cours, sur cette phase du somnambulisme. Disons seulement ici que toute l'attention du sujet endormi est accaparée par une vision que vous lui avez suggérée par un simple geste. Vous avez joint ses mains pour lui donner des idées religieuses. Si ces idées sont puissantes sur le cerveau de votre sujet, vous le verrez suivre des visions angéliques ou divines dont l'expression peut être très belle, même chez un sujet illettré. A ce moment, le sujet échappe entièrement à la suggestion verbale du magnétiseur. Il faut l'éveiller ou tout au moins le faire passer dans un autre état pour changer le cours de ses pensées et faire cesser la vision.

Le fakir se plonge par sa seule volonté dans cet état qui obnubile chez lui toute sensation physique au profit de l'activité psychique. Absorbé par ses pensées mystiques, il se place entre deux brasiers sans en ressentir la brûlure; couché sur unc planche garnie de clous très effilés, il continue ses prières sans percevoir aucune douleur. Ces faits sont constants et beaucoup de voyageurs, de retour des Indes, les ont décrits.

Certes, on peut mieux utiliser son effort cérébral et nous ne voyons pas l'utilité du fakirisme dans une société comme la nôtre où toutes les énergies, sous l'impulsion de la nécessité, sont tendues vers un but pratique, nécessairement utilitaire. Dans ces conditions, il nous sera plus profitable d'acquérir une plus grande maîtrise de nos facultés que de nous étendre sur un matelas de clous et nous aurons besoin de toute notre activité cérébrale pour accomplir notre devoir quotidien sans devenir victime de nous-mêmes, sans tomber sous la domination des phobies, des terreurs nerveuses, de toutes les incommodités qui naissent du surmenage. Apprenez donc à vous isoler.

 

S'isoler, c'est arrêter à son gré toute son activité cérébrale, c'est tendre à ne plus penser.

Comment parvenir à cet état de calme mental ? Mon père, Hector Durville en donne le moyen en termes aussi nets que pratiques, dans son Magnétisme personnel:

« Se retirer dans une chambre à demi obscure, loin du bruit, pour ne pas s'exposer à être dérangé. II faut se placer confortablement, assis dans un fauteuil ou, mieux encore, étendu sur une chaise longue ou sur un lit, les paupières abaissées sans effort sur les globes oculaires et les poings demi-fermés. Là, il faut détendre complètement ses muscles, de la façon la plus absolue; et, dans le plus grand calme, faire un effort mental, d'abord pour attirer à soi les forces du dehors, ensuite pour arrêter l'émission des pensées. La bouche doit être fermée sans que les lèvres soient serrées, et la respiration doit lentement se faire par le nez seulement. Le champ de la conscience doit être entièrement fermé et il faut repousser dès qu'elle paraît, toute pensée, quelle qu'elle soit. »

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Fig. 92. — Yogi à l’entrainement.

Accroupi entre deux brasiers, le sage hindou médite sur les vérités éternelles. Il est insensible aux flammes qui caressent scn corps.

 

Cet exercice est très difficile à pratiquer, surtout dans les premiers temps; mais, quand on a vaincu toutes les difficultés qui nous entravent dans ce repos de la pensée, il procure une sensation très agréable de bien-être, de calme, de détente, qui ôte toute lassitude, toute tension d'esprit, quel que soit le travail auquel on s'est auparavant livré.

Comme le dit très judicieusement Hector Durville: « II est indispensable à ceux qui veulent acquérir de grands pouvoirs et goûter à la joie et à la satisfaction que procure le résultat du travail accompli ». Il faut se soumettre, le plus régulièrement possible, à des exercices rigoureux, deux ou trois fois par jour, pendant 4 à 5 minutes d'abord, ensuite pendant un temps plus long, qui peut varier d'un quart d'heure à une heure.

« Au sortir de cet état, qui cesse à peu près instantanément, dès qu'on veut le faire cesser, on est transformé au point de vue physique. S'il a dure pendant 20 à 25 minutes» on est presque aussi bien reposé qu'après une nuit d'excellent sommeil. »

Cest surtout le souvenir de l'activité musculaire qui réagit sur l'activité mentale. Il laisse dans notre esprit une sorte de trépidation, des images actives qui sont: lentes à disparaître et difficiles à abolir. Mais, dès que l'on est arrivé à maîtriser ce souvenir, on a la complète maîtrise de son activité mentale.

Il faut donc, dans la pratique, pour obtenir l'isolement:

1°. — Vous préoccuper de votre activité musculaire qui doit être remplacée, aussi bien matériellement que dans ses répercussions internes, par le plus grand calme possible. Il est nécessaire, à cet effet, de donner à son corps, une attitude couchée ou tout au moins étendue, de manière à restreindre l'effort musculaire à son minimum, car de cette détente musculaire naît l'apaisement die l’esprit;

2°. — Chercher ensuite à arrêter le travail cérébral sur une seule idée; naturellement pas une idée active, ni une pensée pénible, mais une idée de calme, de détente, de repos, de tranquillité, au besoin, se suggérer l'idée de repos: « Je ne pense à rien, je suis calme. »

Examinons ces deux points en détail:

 

a). — Détente musculaire

 

Pour obtenir cette détente, asseyez-vous confortablement dans un fauteuil ou, mieux encore, étendez-vous sur un lit ou une chaise longue. Desserrez vos vêtements, afin que rien ne puisse vous causer une sensation de gêne. Respirez profondément, largement, mais doucement et sans effort. Nous avons déjà maintes fois exposé la nécessité de ces soufiïes amples et rythmés qui nous apportent de l'extérieur les éléments de notre force. La poitrine doit s'emplir à fond, sans effort et retomber lentement, de son propre poids. Ce résultat obtenu, détendez les muscles du ventre et des membres, de manière à ce que vous sentiez votre corps, non comme une personne active, mais comme un poids mort, inerte. Après quelques respirations, cette sensation se produit de soi-même, votre corps vous paraît plus pesant; il vous semble que, si on soulevait un de vos membres, il retomberait comme une pierre, sans qu'aucun effort de vos muscles puisse ou veuille le retenir. Cette sensation ne doit ni vous effrayer ni vous surprendre: c'est justement celle que vous devez ressentir.

Si vous éprouvez quelque difficulté à détendre vos muscles pratiquez l'exercice suivant. Il vous permettra d'obtenir le résultat désiré. Avant de songer à détendre tout votre corps cherchez à imposer silence aux muscles de vos bras : le droit, par exemple. Etant debout, tendez le bras horizontalement puis, comptez jusqu'à 10, au rythme de la seconde et, au moment précis où vous arriverez à 10, relâchez votre bras. Si la détente musculaire est bien faite et complète, instantanément votre membre, comme un objet inerte, tombera de son propre poids le long du corps. Vous n'y arriverez peut-être pas du premier coup. Il vous faudra persévérer, vous entraîner, et surtout chercher l'instantanéité. Au début, si la main et l'avant-bras se trouvent détendus et retombent de leur propre poids, il arrivera; souvent que les muscles de l'épaule et du bras resteront encore crispés et maintiendront le bras en l'air. C'est cette tendance qu'il vous faut combattre. Vous devez parvenir à une détenite complète, instantanée, de tout le membre. Renouvelez votre entraînement, persévérez dans votre essai et vous parviendrez soi but fixé à vos efforts.

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Fig. 93. — Pratique d'e l'isolement.

Le mieux, pour s'isoler, est de s'asseoir confortablement dans un fauteuil ou, mieux encore, de s'allonger sur une chaise longue. Rytnmer sa respiration, détendre tous ses muscles et arrêter son travail cérébral sur une pensée simple.

Vous, recommencerez alors votre entraînement avec l'autre bras et lorsque les deux membres se détendront instantanément à votre volonté et sans aucune résistance; vous ferez le même exercice em levant les deux bras pour les laisser tomber en même temps, sans qu'ils opposent aucune résistance, ni l'un, ni l'autre. Ils retomberont avec un ensemble parfait si votre entraînement est excellent.

Vous pouvez varier et même faciliter cet exercice. Lorsque vos bras sont allongés devant vous, faites les soutenir par quelqu'un qui les maintiendra tout simplement avec deux doigts placés sous les poignets. Cette personne comptera de 1 à 10, très régulièrement au rythme de la seconde et, en prononçant le nombre 10, elle retirera immédiatement le soutien. Si vos muscles sont bien détendus, si vous en possédez complètement la maîtrise, vos deux membres retomberont instantanément de leur propre poids. Pour que cet exercice soit bien fait et vous donne tout le profit que vous devez en retirer, vos bras doivent tomber de tout leur poids, lourdement, comme un corps inanimé, sans que vos épaules retiennent le mouvement si peu que ce soit.

Lorsque vous saurez détendre vos bras, reprenez l'exercice d'isolement précédemment décrit en vous asseyant dans un fauteuil ou en vous étendant le plus confortablement possible sur votre lit ou une chaise longue. Détendez alors vos membres inférieurs, détendez tout votre corps, respirez amplement et sans fatigue. Que le calme soit la caractéristique de votre corps. Il doit être pour vous comme une chose inerte. C'est une sensation qui ne doit pas vous être nouvelle. Vous l'avez éprouvée parfois au début du sommeil, surtout quand vous étiez à la fois fatigué et excité, comme après la chasse ou tout autre exercice violent, mais où l'esprit était également actif.

 

b). — Le monoïdéisme.

 

Après avoir obtenu le calme de votre corps, cherchez à augmenter le calme de votre esprit. Tendez à arrêter le cours de vos idées et, par une auto suggestion calme et douce, dites-vous, par la pensée: « Maintenant que tous les muscles de mon corps sont détendus, je cherche à calmer mon esprit », Et, toujours par la pensée, répétez-vous doucement, sur un rythme de plus en plus lent et d'un ton intérieur de plus en plus faible et espacé: « Je suis calme... de plus en plus calme... calme... calme..... » II est inutile, et même contraire à votre dessein, de chercher des suggestions compliquées, car elles absorberaient votre pensée et la détourneraient du calme qui est votre principal but. Un seul mot suffit: « calme. » Répétez-le de plus en plus faiblement à des intervalles de plus en plus espacés, tout en respirant largement, mais sans effort: «calme... calme.. . calme..... calme......... cal..... me...... »

Vous pouvez faciliter le monoïdéisme en pensant à du noir. Voyez, par la pensée, un point noir, une tache noire et fixez-la assidûment mais doucement. Vous pouvez également vous représenter l'image d'un mur noir et fixer doucement mais constamment, par la pensée, votre regard sur cette surface noire. Ou bien encore imaginez une longue galerie voûtée, noire, une sorte de long tunnel qui se prolonge jusqu'à la portée du regard et que vous ne sauriez imaginer autrement que rempli d'ombre. Mais il est à craindre que, si des pensées parasites surviennent, elles semblent alors entrer dans la galerie et en disperser l'ombre favorable au repos du corps et de l'esprit. L'image visuelle perd alors son pouvoir et l'isolement devient sensiblement plus difficile. Le mieux, pour beaucoup, est de contempler un rond noir par la pensée.

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Fig. 94. — Création du monoïdéisme.

La difficulté est d'arrêter l'esprit sur une seule idée, une idée calme, reposante. On se trouvera bien, tout en conservant les yeux clos et le corps détendu, d'imaginer par la pensée un cercle noir. On le considérera doucement, sans effort.

 

On peut avantageusement remplacer cette image mentale du noir, du tunnel, par une image plus riante. Par exemple, on évoque une scène à la campagne, qui vous ramène à l'esprit un agréable souvenir, qui vous suggère des pensées agréables sans surexciter l'attention. On se rappelle, si vous voulez, un dimanche dans le bois, le clair soleil sur la jeune campagne verte, le léger souffle de brise qui agitait mollement les feuilles et invitait au repos comme le chant d'une berceuse.

La prairie est habitée par des moutons, beaucoup de moutons, qui marchent lentement parmi les herbes ou qui sont couchés sur le sol. Après cette image assez vaste, restreignez la pensée sur un détail du paysage, les moutons, par exemple, qui passent comme des nuages, moutonnant jusqu'au lointain ou bien revoyez les feuilles bercées de tel ou tel arbrisseau et sentez-vous, comme elles, bercé doucement dans la paisible lumière de l'après-midi printanier.

Ceci n'est qu'une image entre mille pour vous faire comprendre que l'idée sur laquelle vous devez arrêter votre esprit avant d'en arriver au vide parfait, au repos absolu doit être une idée calme, une image plaisante qui ne vous occasionne aucun tourment, mais vous incite au repos, avec une douceur, une langueur agréable, capable de vous faire oublier les préoccupations plus ou moins pénibles dont vous êtes lassé dans votre vie quotidienne.

Si vous avez une bonne mémoire musicale, vous pouvez de même arrêter votre attention sur un air jadis entendu, un de ces airs doux et charmeurs qui amènent à votre esprit les images vagues et flottantes qui prédisposent au songe. Le seul danger de la musique est dans un afflux d'images, car l'image, pour vous donner le résultat que vous désirez, doit être le plus simple possible et ne changer en aucun détail. C'est cette monotonie qui vous amènera dans cet apaisement, cette absence de pensée qu'est le véritable isolement.

Si l'action auditive est plus intense que l'action visuelle et que vous ne disposiez pas d'un métronome, vous pouvez y suppléer en écoutant le tic-tac d'une pendule ou d'une montre, ou encore le léger ronflement d'un bec de gaz allumé. En même temps que vous écouterez ce bruit, vous devrez vous répéter, avec une ferme douceur, l'auto suggestion dont nous avons déjà parlé: « Je sais calme... de plus en plus calme..... calme... calme... cal...me.., » Et ce n'est pas forcément le sommeil que vous obtenez de la sorte, ce peut être un état de calme intérieur, de détente complète. Vos sens ne sont pas fermés. Une mouche vient-elle à se peser sur votre visage ? Vous la sentez parfaitement, mais elle ne dérange ni vos sensations, ni vos pensées. Vous êtes parfaitement maître de votre système nerveux, vous dominez vos impulsions. Vos sens plus affinés perçoivent mieux qu'à l'ordinaire. Vous entendez avec beaucoup plus d'acuité, mais les bruits ne vous affectent plus. Vous n'éprouvez aucun sursaut. La sensation, l'émotion même sont dosées par votre volonté; vous en êtes maître.

 

Quelques lecteurs de notre Cours nous ont écrit pour nous exposer leur inquiétude dans le cas suivant: désireux de récupérer des forces, ils ont tenté de s'isoler et, quand ils sont arrivés à créer en eux le monoïdéisme, ils se sont trouvés plongés dans le sommeil naturel. La peur leur est alors venue de se trouver incapables de pratiquer cet isolement que nous considérons comme si fructueux. Il n'en est rien. Ceux qui, dans un moment de fatigue, ont essayé de s'isoler avant d'avoir acquis un entraînement suffisant, n'ont pas à être surpris du sommeil qui les a gagnés. Ce sommeil est le simple et naturel effet de leur fatigue; il est réparateur et c'est la nécessité où se trouve l'organisme de réparer ses forces qui l'a imposé au dormeur malgré soi. Le sommeil, a dit avec raison un grand philosophe, est le sommet de l'activité humaine, puisque c'est par lui que l'homme prend la force d'agir et il le compare à la paix qui suit la victoire. On ne saurait mieux dire et, pour reprendre la phraséologie de la science médicale, nous dirons que le sommeil opère la recharge de vos centres nerveux.

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Fig. 93. — Une image mentale, qui prédispose au sommeil naturel.

Yeux fermés, le corps bien détendu, la respiration ample et rythmée, évoquer devant son intellect un troupeau de moutons qui se perd à l'horizon.

 

Il est très bon que, dans les premiers temps de votre entraînement, vous puissiez trouver de la sorte un moment de bon et profond sommeil. Si vous craignez que cette période se prolonge et fasse tort à vos occupations quotidiennes, faites-vous éveiller en temps utile par une personne de votre famille ou par un simple réveil. Il ne faut, en aucun cas, lutter contre l'envie de dormir. Vous arriverez d'ailleurs facilement à limiter le sommeil au temps qui vous est convenable. Quand votre entraînement sera parfait, vous utiliserez chaque soir cet état d'isolement pour parvenir au sommeil naturel. Sitôt dans votre lit, vous détendrez vos muscles, vous respirerez amplement et sans effort, vous arrêterez votre travail mental et vous vous endormirez promptement. Vous jouirez d'une nuit paisible et le matin vous trouvera avec un esprit dégagé de tout souci, prêt à l'action.

A mesure de vos entraînements, l'isolement, qui vous a paru tout d'abord si difficile à obtenir se produira à votre volonté et vous en savourerez tous les bienfaits. Durant la journée, vous arrêterez votre activité psychique aussi complètement que possible, dans la limite de temps que vous vous serez fixée. Ceci vous arrivera à partir du moment où le sommeil ne viendra plus contrarier vos tentatives. Et cela est encore tout naturel; la production involontaire du sommeil normal n'est pas le signe de quelque défaut d'entraînement; c'est simplement la preuve de l'état de dépression où vous vous trouvez momentanément. Cédez au sommeil quand il vous accable et ce sommeil vous ramènera dans un délai rapproché à cet équilibre nerveux qui est le but de vos efforts.

Pour prendre un exemple matériel et frappant, songez que votre organisme est producteur d'une énergie nerveuse, d'une sorte d'électricité assimilable à celle que produisent les anguilles électriques. Quand l'anguille a donné sa décharge, elle est absolument inoffensive pendant un assez long moment; il est nécessaire, pour qu'elle puisse donner une nouvelle secousse, que ses accumulateurs électriques se trouvent de nouveau remplis. Il en est de même pour nous, quand nous avons beaucoup travaillé. Nous avons besoin d'un temps de repos, temps plus ou moins long selon notre tempérament, notre état de santé et la somme d'efforts que nous avons fournis. Pour nous développer magnétiquement; et psychiquement, nous avons besoin de toutes nos forces, c'est pourquoi vous auriez tort de vous refuser le sommeil qui vous vient, en cherchant l'isolement. Il vous ramènera la force et le calme qui vous procureront la maîtrise de vous-même, cet élément nécessaire et souverain du bonheur.

 

Quelques minutes d'isolement reposent d'une façon insoupçonnable. Avez-vous fait une longue course à pied, des efforts musculaires de n'importe quel genre ? Une demi-heure de cet état d'isolement vous redonne des forces nouvelles. Etes-vous fatigué moralement ou psychiquement ? Votre travail intellectuel vous a-t-il alourdi, congestionné la tête ? Vous exécutez le même exercice et, après quelques instants, toute pesanteur a disparu : vous voilà le corps souple, la tête libre, l'esprit dispos et prêt à continuer l'effort commencé. Il faut avoir éprouvé cette sensation délicieuse de calme, de bien-être, pour se rendre compte que c'est le seul moyen de délassement parfait qui soit à notre portée.

Son utilité ? — Elle est très grande.

Exemples: Vous êtes dans les affaires et vous venez de fournir un effort considérable: votre tête est lourde, vos tempes battent, votre respiration est courte et agitée. Vous vous étendez et vous restez quelques minutes dans l'état que nous venons de décrire. Après un temps très court, vous voici remis de vos fatigues, de nouveau gai et joyeux. Avant de connaître cette méthode si simple, vous ne sortiez peut-être de votre bureau que pour vous mettre à table. Maintenant, avant le repas, vous vous isolez quelques minutes et vous voici aussi bien disposé que le matin au saut du lit. Non seulement, votre état physique se trouve amélioré, mais vous vous étonnez du changement qui survient dans votre esprit. Vous étiez nerveux et irascible, préoccupé. Dès que le rythme est rétabli dans votre corps, votre caractère reprend ou acquiert un calme qui étonne votre entourage. Qu'a-t-il fallu pour cela ? La connaissance d'une loi, celle du rapport qui existe entre l'activité musculaire et l'activité cérébrale. Qui donc serait assez ennemi de soi-même pour se refuser cet isolement si nécessaire ?

L'isolement prédispose au sommeil et peut, si on le désire, l'amener. Napoléon, pris par de multiples travaux, s'accordait très peu de temps pour le sommeil, mais, ce sommeil, il le prenait au moment où il en avait besoin, quel que fut le lieu où il se trouvait. Bien plus, il en limitait la durée par la force de sa volonté. Entre deux audiences ou deux travaux très différents, il s'endormait à volonté et se réveillait instantanément, non seulement à l'heure qu'il avait fixée, mais encore avec les idées aussi nettes et reposées que s'il ne s'était jamais assoupi. Il se remettait au travail avec une netteté de vue et de mémoire qui a toujours étonné ceux qui travaillaient avec lui, pourtant admis quotidiennement à collaborer à ses côtés.

Constant, le valet de chambre de l'Empereur, cite dans ses Mémoires divers cas de cette faculté surprenante qui donnait à l'Empereur tant de maîtrise sur lui-même. « L'Empereur, rapporte-t-il, dormait quelquefois un quart d'heure, une demi-heure sur le champ de bataille, lorsqu'il était fatigué ou qu'il voulait attendre plus patiemment le résultat des ordres qu'il avait donnés. » (Constant. —  Mémoires intimes de Napoléon 1er , Paris s. d., p. 356. )

Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Las Cases qui a vécu d'aussi près que possible les dernières années de l’Empereur cite des faits du même ordre:

« II arrivait souvent à l'Empereur, dans le cours de ses campagnes, qu'on le réveillait subitement pour des circonstances instantanées; il se levait aussitôt; on n'eût pas deviné à ses yeux qu'il venait de dormir; il donnait ses décisions ou dictait des réponses avec la même clarté, la même fraîcheur d'esprit que si c'eût été en tout autre moment. C'est ce qu'il appelait la présence d'esprit d'après minuit: elle était complète et extraordinaire chez lui. Il est arrivé, dans ces circonstances, qu'on l'a réveillé peut-être jusqu'à dix fois dans la même nuit, et on le trouvait toujours rendormi, parce qu'il n'avait pas encore satisfait tout son besoin de sommeil. Se vantant un jour de cette facilité de sommeil, et du peu qu'il lui en fallait, à un de ses ministres (le général Clarke), celui-ci lui répondit plaisamment: « C'est bien ce qui nous désole. Sire; car c'est souvent à nos dépens; il nous en descend parfois quelque chose. »

 

Sarah Bernhardt avait développé chez elle la même faculté et profitait de l'isolement pour réparer les forces qu'elle dépensait sans compter aussi bien dans l'administration de son théâtre et de ses tournées, que dans la création de ses rôles, qui sont le côté le plus éclatant, mais non le moins pénible, de son éblouissante carrière.

Quand l'illustre tragédienne avait donné un effort qui eût suffi à terrasser de plus jeunes et, en apparence de plus robustes qu'elle, souvent, après les écrasantes répétitions de l'après-midi, elle s'étendait sur sa chaise longue, fermait sa porte à tout le monde et s'isolait quelques instants. A ce moment, elle ôtait de sa pensée toutes les préoccupations, si multiples cependant, de sa vie de directrice et de comédienne, et se plongeait dans le vide absolu du cerveau. Quelques minutes après, elle avait retrouvé toute la puissance de son génie. Sa fatigue était dissipée; elle était prête pour la représentation du soir. Quand elle était très fatiguée physiquement, il lui arrivait de pratiquer cet isolement au cours d'un entracte, après avoir fait son changement de costume, de manière à ce que la pensée de ce changement ne vienne pas l'importuner d un souci trop immédiat. Dès qu'il était temps de rentrer en scène, elle revenait à elle-même, la mémoire aussi sûre, l'esprit aussi présent que si elle n'avait jamais éprouvé aucune lassitude.

Quand la grande Sarah jouait deux fois dans la même journée, en matinée et en soirée, il ne lui restait guère de temps pour s'isoler comme elle avait besoin de le faire. Elle profitait alors de la traversée de Paris qu'elle était obligée de faire pour rentrcr chez elle et s'isolait dans son auto, soit à l'aller, soit au retour. Ce dernier moment lui était le plus profitable car il précédait immédiatement le rude effort à donner. Il est vraisemblable que cette pratique de l'isolement a servi à développer puissamment le génie naturel de l'artiste. En effet, personne plus que Sarah Bernhardt n'a connu des triomphes éclatants, n'a ému et troublé les foules les plus diverses. Sa voix, son geste, toute sa personne irradiait une puissance émotionnelle qui n'a jamais été dépassée. Les grandes tragédiennes qui l'ont devancée, surtout celles qui comme Marie Dorval, par exemple, ou la Malibran dans la musique, mettaient comme Sarah toute leur âme dans leur jeu et faisaient pleurer en répandant de vraies larmes, ces grandes verseuses d'émotion sont mortes jeunes, ayant épuisé dans leur art toutes les ressources de leur énergie sensitive. Au contraire, Sarah Bernhardt est morte fort âgée, sans avoir jamais cessé de jouer, de jouer aussi bien avec son cœur qu'avec son talent. C'est que si la grande artiste avait la faculté de donner, elle avait aussi développé en elle le pouvoir de récupérer sa force nerveuse. C'est par ce développement si nécessaire à tous qu'elle a pu atteindre un âge avancé, en conservant aussi grande que dans sa jeunesse cette puissance d'émotion, cette grâce, cette sensibilité qui l'ont fait adorer de tous les publics.

Edison a fait de même. Dans le feu d'un travail urgent, il a pu rester 24 heures sans prendre d'autre repos que quelque demi-heure de détente qu'il s'accordait, sans se déshabiller, sur la chaise longue de son laboratoire. Cette demi-heure de repos terminée, il revenait à ses expériences avec des forces nouvelles et ne semblait aucunement fatigué. « Lorsqu'il poursuivait le cours de ses expériences, nous disent MM. Keim et Lumet, il ne bougeait pas de son laboratoire et se couchait sur une table. Quelques livres lui servaient d'oreiller. Ce lit improvisé lui suffisait amplement, car il était capable de'dormir à n'importe quelle heure, vite et bien, sans rêve. » (  A. Keim et L. Lumet. - Les grands hommes.- Edison, Paris, s. d. (1913). Le confortable qu'il accorda par la suite à ces repos hâtifs vint de la tendre sollicitude de Mme Edison.

 

II ne faut pas cependant abuser de cette méthode. Pendant le sommeil, nous réparons les forces dépensées, nous remplaçons nos cellules nerveuses usées. Plus notre sommeil est parfait, profond, plus il est réparateur. Mais il est peu de personnes qui dorment bien. Beaucoup ont des rêves, des cauchemars, manifestations d'un cerveau qui continue son travail alors qu'il devrait se reposer. Dans ces conditions, le sommeil ne rend pas à l'organisme les services qu'il doit en attendre. Apprenez donc à dormir, à dormir aussitôt que vous le voulez. Ce dernier point n'est pas le plus facile. Beaucoup de personnes ont de la difficulté à s'endormir; on ne les berce pas, mais elles se bercent l'esprit, cherchent à se fatiguer, à s'étourdir. Elles lisent, absorbent leur esprit, jusqu'à ce qu'une fatigue excessive les accable. C'est un moyen, sinon dangereux, du moins très fatiguant pour l'organisme. D'autre part, ceux qui ont recours à des soporifiques s'intoxiquent, lèsent leurs cellules nerveuses. Ces soporifiques absorbés sous forme de cachets, de pilules, etc... procurent le sommeil pendant un temps donné, mais si vous voulez que l'effet se continue, vous devez, pour vaincre l'accoutumance de l'organisme à sa réaction, augmenter sans cesse la dose. De même, celui qui lit pour s'endormir lira de plus en plus longtemps, de plus en plus tard. Le sommeil, sans cesse retardé, ne viendra plus qu'au petit jour, lorsque les meilleures heures de la nuit seront écoulées. II s'ensuivra un état constant de surexcitation nerveuse.

Et pourtant, on peut s'endormir à volonté. Il ne faut que s'y entraîner et le sommeil vous prend aussitôt qu'on le désire. L'insomnie la plus tenace peut être vaincue. Il suffit d'arrêter le travail cérébral, donc de s'isoler, comme nous en avons donné le moyen. S'étendre bien allongé sur le lit, éviter les positions pliées, recroquevillées qui gênent la circulation; puis respirer largement, calmement; se détendre, rendre le corps aussi inerte que possible, afin que son activité ne soit pas une source d'excitation pour le cerveau. Ce résultat une fois obtenu, il faut créer en soi le monoïdéisme: puisque l'on ne peut arrêter tout travail cérébral, il faut penser à une chose simple, à un site agréable. Ce procédé est le plus propice à nous suggérer des sensations de calme. Il suffit de nous répéter l'auto suggestion de repos : « je suis bien... de plus en plus calme... mes membres se détendent ... mon cerveau se calme... sommeil... sommeil..... som..... .meil...... » Après quelques essais sérieusement faits dans la pensée que ce moyen est bon et qu'il vous donnera le repos, vous arriverez à vous plonger à volonté dans le sommeil. Ce ne sera pas une vague somnolence, mais un véritable sommeil réparateur. Ce sommeil étant profond sera sans rêve.

A mesure que vous apprendrez à mieux vous isoler, vous arriverez à dormir plus calmement, à vous donner un repos meilleur et plus profitable. Ce bon repos aura sa répercussion au réveil. Une fois bien reposé, vous n'aurez plus besoin, le matin, d'étirer vos membres, de vous frotter les yeux; vous n'éprouverez plus ce sentiment de lassitude qui rend, à beaucoup, le lever si pénible. Au contraire, votre esprit sera joyeux, votre corps dispos, votre tête bien libre; vous vous sentirez le corps et l'intelligence prêts à fournir la somme de travail qu'exigera votre journée. Vous vous découvrirez même des forces que vous ne soupçonniez pas; vous serez gai, heureux, content. Le travail ne vous paraîtra plus alors une tâche disproportionnée avec vos forces, puisque vous saurez qu'après toute période de travail, vous vous accorderez le repos nécessaire.

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Fig. 96. — Pour amener rapidement le sommeil naturel.

Il suffît de s'isoler et d'arrêter tout son travail mental sur ce mot: « Sommeil » qu'on répétera mentalement le plus doucement possible. Le corps doit être détendu, la respiration ample et bien rythmée. L'habitude de cette autosuggestion permet d'entrer en sommeil en quelques minutes.

 

Ainsi rendu à l'activité et à la santé, le travailleur n'a plus qu'une pensée: améliorer son sort et celui de ceux qui l'entourent. Il désire le bonheur de tous et son labeur ne lui paraît plus aride, car le voyant avec les yeux de l'homme sain, il comprend mieux que cet effort est profitable à tout le monde, que la prospérité d'un pays est faite de toutes les activités individuelles unies dans une pensée commune.

Pour arriver à ce résultat, pour utiliser vos forces au mieux de vos intérêts personnels et de l'intérêt collectif, votre corps est devenu un parfait instrument au service de votre volonté disciplinée. En vous, c'est cette volonté, éclairée sans cesse par de nobles et hautes pensées, qui devrait toujours diriger. Pourtant, il n'en est pas toujours ainsi. Votre inconscient sort sauvent de son rôle de sous-directeur et veut commander en son nom propre. C'est un écueil contre lequel il faut remédier. Ceci nous amène à vous parler de la maîtrise de soi.

 

Résumé

 

Une vérité se dégage du présent chapitre. En chaque chose nous devons nous rappeler l'inéluctable loi du rythme.

De même que les jours et les nuits se succèdent, notre cerveau doit connaître des périodes à peu près égales — sinon en durée, du moins en intensité, — de travail et de repos. Nous ne sommes pas toujours maîtres de nos heures de repos, mais ce que nous pouvons faire, c'est pratiquer l'isolement, qui est le repos idéal. Cet isolement est l'apaisement le plus complet possible de notre esprit. Si nous voulions le pratiquer absolument, nous devrions arriver à supprimer toute pensée, toute image de notre esprit. Cela est fort difficile, surtout pour les nouveaux adeptes. S'il est impossible d'arrêter entièrement l'idéation, on peut du moins, aux heures de repos, s'efforcer d'arrêter son esprit sur une pensée unique, sur une idée calme, agréable, capable de générer dans notre esprit des images proches du sommeil, qui nous donnent la paix la plus douée et détendent, notre organisme.

Rappelons encore une fois qu'une intime corrélation existe entre l'activité musculaire et l'activité cérébrale. Donc, pour obtenir le repos de l'esprit, il est bon que nous détendions aussi notre corps. Ils sont comme deux rouages montés l'un sur l'autre. Toute modification apportée au premier réagit sur le second.

Donc, si nous voulons pratiquer avec utilité l'isolement, il nous faut:

1°. — D'abord imposer silence au travail musculaire, prendre, sur un fauteuil ou une chaise longue, une attitude qui mette les muscles dans un relâchement aussi complet que possible;

2°.— Limiter notre activité cérébrale à une pensée secondaire, aussi différente que possible de nos occupations habituelles. Il faut que cette pensée soit douée et agréable, de manière à diminuer les préoccupations courantes. Elle ne doit avoir rien de commun avec notre travail coutumier dont il faut s'abstraire avant tout.

Apprenez à détendre vos muscles par les exercices que nous vous avons indiqués. C'est la partie la plus facile de votre tâche. Ensuite, tout en fermant les yeux, tâchez d'obtenir le monoïdéisme en fixant votre pensée sur un cercle noir. Cette sensation fixée, ajoutez-y encore en vous répétant mentalement: « Je suis calme... très calme... de plus en plus calme.» Vous arriverez à cet état de repos qui vous retrempera pour la lutte.

Le soir, un repos, un isolement du même ordre est la meilleure préparation possible pour obtenir promptement un sommeil paisible et réparateur. Chassez de votre esprit les idées parasites en répétant mentalement, sur un rythme lent, approprié à votre désir: « Sommeil.. . sommeil. .. profond sommeil. . . » Pour avoir le sommeil le plus calme et le plus rapide, on peut encore créer en soi l'idée du noir, du tunnel, de l'ombre profonde dont toute idée est bannie. Si vous trouvez cette sensation trop sombre ou trop triste, créez un monoïdéisme différent sur une image calme et joyeuse, comme celle d'un troupeau de moutons dans une campagne verte et riante. Dès que vous avez créé cette image reposante, la paix de l'esprit vous amène un sommeil doux, profond, réparateur.

Sachez concentrer votre pensée dans le travail, donner alors tout l'effort dont vous êtes capable; mais, quand il vous est loisible de vous reposer, faites le aussi complètement que vous le pourrez. De l'équilibre entre votre travail et votre repos dépend le bon fonctionnement de votre cerveau. Dans le repos, dérivez vos pensées dans un ordre d'idées tout différent de votre travail, que ce soit un plaisir honnête, les arts, la musique, un beau spectacle ou la contemplation de la nature. Et le soir, la tâche accomplie, sachez vous plonger volontairement dans le sommeil dont vous avez besoin.

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