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La Mémoire
« La mémoire est une suite d'idées qui forment
une espèce de chaîne. »
Condillac.
« Si, par une pratique intelligente nous
prenions l'habitude de rappeler au jour les connaissances mises en réserve,
nous donnerions à notre esprit un bienfaisant exercice; nous
augmenterions nos facultés de ressouvenir, élargirions le champ de nos
connaissances utiles, développerions nos facultés de raisonnement, de
comparaison, etc..., et nous serions mieux informés sur une foule de sujets. La
mise au jour de ces souvenirs emmagasinés nous forcerait à les classer,
à les arranger dans un ordre convenable, à faire des
comparaisons, des associations, à tirer des conclusions et à
mettre en œuvre une foule de facultés mentales, ce qui se traduirait par
le développement et la culture de notre esprit. Beaucoup d'entre nous
ressemblent à des avares qui ont accumulé du métal précieux que jamais
ils ne revoient ni n'utilisent. »
W. W. Atkinson. — Le Secret de la mémoire.
LA MÉMOIRE
Les différentes formes de la mémoire. — Comment
développer la mémoire: les méthodes mnémotechniques. — Les rappels de mémoire.
— Création d'associations d'idées par des moyens artificiels. Une phrase clef.
— Les méthodes psychiques: leur avantage sur les méthodes mnémotechniques. — 1°
Concentration mentale. — Premier exercice. — Deuxième exercice. —
Troisième exercice. — Quatrième exercice. — 2° Création des
images mentales. — 3° Association des idées. — Résumé.
Parmi toutes les facultés de l'être
humain, il en est peu qui présentent une utilité pratique aussi grande que la
mémoire. Napoléon, qui se piquait de n'être pas un idéologue et qui
considérait la personne humaine surtout au point de vue de son rendement, avait
coutume de dire qu'une tête sans mémoire est comme une place forte sans
garnison. C'est dire en quelle haute estime il tenait ceux qui pouvaient tirer
profit de leur savoir, différent en cela de Montaigne, lequel se plaignit toute
sa vie de « ne pas avoir de gardoire ».
La mémoire est cette faculté qui nous permet de
garder présent à notre esprit le souvenir ou l'image de tel ou tel fait
que nous jugeons nécessaire de retenir. Cette faculté s'exerce de diverses
manières. En voici les principales:
1°. — La mémoire visuelle, la plus fréquente de
toutes, est celle qui nous fait enregistrer et conserver le souvenir des images
perçues, des lieux où nous avons passé, des figures que nous avons
rencontrées, enfin de toutes les notions qui nous sont parvenues par les yeux;
2°. — La mémoire tactile, qui est le souvenir
des objets touchés. Cette forme de mémoire est particulièrement
développée chez les aveugles qui acquièrent, chacun le sait, une
sensibilité très grande du toucher;
3°. — La mémoire auditive, qui est le souvenir
des paroles, des musiques ou des rythmes entendus;
4°. — La mémoire motrice, qui enregistre les
mouvements dont nous avons acquis l'habitude: c'est celle qui guide les doigts
de la dactylographe et les jambes du cycliste, sans que leur pensée consciente
serve en rien à ce mouvement, employée qu'elle est à lire le
texte, à transcrire les mots ou à éviter les mauvais tournants de
la route;
5°. — Les mémoires gustative et olfactive qui
conservent les sensations du goût et de l'odorat. Le première est
surtout utilisée par les dégustateurs des grandes maisons de vins qui arrivent
à reconnaître au goût les crus les moins différents,, et, dans le
même cru, les diverses années. C'est un métier qui demande des capacités
particulières et qui est, de ce fait, fort bien rétribué: il n'est
toutefois pas enviable, car le dégustateur finit toujours par avoir une maladie
très grave du foie qui l'empêche de jouir de l'aisance qu'il a pu
ainsi acquérir.
Ces principales formes de la mémoire peuvent
être développées par un entraînement approprié. Nous traiterons, ici plus
spécialement de la mémoire visuelle, parce qu'elle est, de beaucoup, la plus
répandue et la plus facile à développer,
On peut classer les méthodes qui tendent
à augmenter la mémoire en deux grandes catégories: méthodes
mnémotechniques et méthodes psychiques. Ces méthodes partent de principes
complètement opposés et donnent, par conséquent, des résultats fort
différents.
Nos élèves se souviennent trop bien de
la division de l'usine humaine en corps organique (ensemble des machines de
l'usine), système nerveux inconscient et système nerveux
conscient, pour que nous insistions ici sur ce point. Il n'ont pas oublié que
nous avons comparé le système nerveux inconscient au sous-directeur de
l'usine dont le système nerveux conscient est le directeur. Les procédés
mnémotechniques s'adressent surtout au sous-directeur; les procédés psychiques
s'adressent au directeur.
Les méthodes mnémotechniques
Les procédés mnémotechniques sont de plusieurs
sortes, mais tous partent du même principe, l'association d'idées.
Aucun mal à faire des associations
d'idées logiques, qui enrichissent la conscience, mais la méthode
mnémotechnique a ce tort, grave à nos yeux, de proposer des associations
d'idées le plus souvent arbitraires et presque toujours baroques.
Exceptionnellement, il est bien certain que
nous pouvons utiliser quelques unes de ces associations d'idées arbitraires
pour fixer dans notre esprit une notion que nous avons quelque difficulté
à y introduire.
Exemple: étudiant l'anatomie, on vous apprend
que les nerfs rachidiens ont deux racines, l'une motrice, l'autre sensitive,
mais il est quelquefois difficile de se souvenir si telle racine prend
naissance en avant ou en arrière de la moelle épinière. Or, ce
point est définitivement fixé dans notre esprit par cette phrase
traditionnelle: « En avant, marche ! » C'est, en effet, en avant que prend
naissance la racine motrice de ces nerfs.
image
Fig. 112. — Pour se souvenir des phases
lunaires,
Rien n'est plus facile de se souvenir si le croissant
lunaire que vous contemplez dans le ciel est celui du premier ou du dernier
quartier. Une barre accolée verticalement aux deux cornes du croissant et vous
f ormez une lettre: p (premier quartier) ou d (dernier quartier). Et la notion
est fixée pour toujours en votre esprit.
Ce procédé peut également servir pour fixer
dans l'esprit un détail d'orthographe qui nous fuyait obstinément, par «exemple: lequel de mourir ou de nourrir
prend deux r. C'est nourrir, parce que l'on ne meurt qu'une fois et qu'on se
nourrit plusieurs fois.
De même, dans l'étude de l'anglais,
l'élève oublie que le mot verre se traduit par glass: qu'il en fasse le
mot verglas, il aura une image précise, trop précise s'il se rappelle une
chute, et le mot ne s'oubliera plus.
Même facilité pour se souvenir des phases
lunaires. Le croissant qui retient vos regards dans le ciel est-il celui du
premier ou du dernier quartier ? Par la pensée, placez verticalement contre les
deux cornes du croissant une barre verticale et voici ou un p (premier
quartier), ou un d (dernier quartier).
Mais ces rappels de mémoire ne sont que « trucs
» d'écolier. Il n'est pas sans danger de les ériger en système.
II est certain que des différentes formes de
mémoire, la mémoire visuelle est de beaucoup la plus importante. Cela vient du
fait que nous sommes plus frappés de ce que nous voyons que de ce qui nous est
transmis par toute autre voie sensorielle. C'est ce qui explique l'influence
énorme du livre illustré, du journal d'images, du théâtre, du cinéma. Certes,
le roman d'aventures nous intéressera, retiendra notre attention, nous
captivera peut-être. Mais nous palpiterons infiniment mieux si le héros
du roman nous apparaît devant les yeux, comme sur la scène ou sur
l'écran. Nous nous souviendrons d'autant mieux de l'action que celle-ci se
présentera devant notre intellect avec une réalité plus saisissante.
Comment se conservera l'image ? Par quel
mécanisme jaillira-t-elle, un jour ou l'autre, à notre gré ou non, du
fond de la conscience ? Voilà le point délicat. Conscient et
inconscient, ont chacun leur rôle. Le conscient (le directeur de notre usine)
doit observer attentivement; il doit relier l'image du moment à une
série d'images antérieurement reçues; il doit confier au sous-directeur cette
série d'images, qui vient d'être augmentée par un nouvel apport. Le
sous-directeur, l'inconscient joue ici le rôle d'archiviste; c'est lui qui est
préposé à la garde de toutes les notations, de toutes les images, de
toutes les impressions; il doit les conserver avec méthode, avec ordre de façon
à pouvoir répondre immédiatement au désir du directeur chaque fois que
celui-ci aura besoin d'un document.
En pratique, il n'en est pas toujours ainsi. Le
directeur est distrait, il laisse le soin de recevoir le courrier à son
sous-directeur qui le lit ou ne le lit pas. L'impression reçue n'est donc pas
classée ou l'est mal et, quand on aura besoin de la notion à laquelle
correspond le document égaré, il ne sera plus possible de la retrouver.
Représentez-vous ces deux collaborateurs travaillant
côte à côte; imaginez que le directeur a un projet à mettre en
réserve. Plus ce projet sera net, mieux il sera rattaché à d'autres de
même nature, plus le sous-directeur aura de facilité pour le classer dans
les archives, plus vite il le retrouvera au moment où le directeur en
aura besoin. C'est ce qui se passe pour la mémoire, avec cette différence,
toutefois, que ce n'est pas une seule notion que nous devons conserver, mais
une foule innombrable.
Les deux méthodes, mnémotechnique et psychique,
tendent à établir une collaboration de plus en plus étroite entre le
directeur et le sous-directeur, seulement la mnémotechnie subordonne l'autorité
réel au rouage de transmission.
Comme nous le disions par ailleurs, ce procédé
peut avoir de bons résultats dans des circonstances données, surtout quand il
s'agit d'enregistrer des énumérations, des dates, des faits arides et sans lien
entre eux.
Ainsi, tout moyen est bon pour enseigner aux
enfants les départements et sous-préfectures. L'essentiel est qu'ils les
enregistrent et le raisonnement n'y est pour rien. Les calembours, les pires
à peu près comme: « Tu me Privas de tout, me laissant dans
VArdèche » (pour expliquer l'idée: tu me privas de tout, me laissant
dans la dèche) sont bons s'ils réussissent, mais ils ne peuvent
être utiles qu'à cet âge où nous sommes dans la nécessité
d'apprendre, souvent comme des perroquets, les matières d'un examen.
image
Fig. 113. — Un rébus qui aide à fixer
des vers dans son esprit.
Ce « serinage » de l'enfant n'a qu'un avantage
possible, celui d'exercer la mémoire. Pour cela, M. Robichon nous conseille
d'aider l'élève à la création des images, même bizarres,
qui fixeront dans son esprit la notion qui doit être apprise. Il dit avec
raison que l'image frappe mieux l'esprit que les mots. Il donne, à titre
d'exemple, les vers suivants de Boileau tirés de l’Art poétique:
« Je saute vingt feuillets pour en trouver
la fin
« Et je me sauve à peine au travers du
jardin.
« Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile
« Et ne vous chargez pas d'un détail inutile. »
II faut se représenter l'idée exprimée dans
chaque vers par des silhouettes:
1er vers: Un homme saute le chiffre 20 et
arrive à une borne;
2e
vers: Cet homme se sauve en suivant une ligne brisée qui serpente
à travers des silhouettes d'arbres qui figurent le jardin;
3e
vers: L'homme fuit 3 zéros;
4e
vers: La silhouette de l'homme se courbe sous un zéro précédé d'n' qui
aide à préciser le sens du rébus.
M. Robichon a raison de citer ( Robichon. — L'Art de cultiver la mémoire,
Paris, 1903. ) l'exemple des médecins qui, pour se rappeler les divisions
infinies du, corps humain, le dessinent dans le plus grand détail. Là,
encore, la méthode des silhouettes peut être du plus heureux résultat.
Un autre procédé mnémotechnique est la création
d'associations d'idées par des moyens artificiels. Parmi les nombreuses
méthodes, nous devons citer celle de l'abbé Courdavault, qui cherche à
établir un rapport entre des chiffres et des mots. Cette méthode peut avoir son
utilité pour retenir les dates exactes, en vue de passer un examen et seulement
dans ce but, car, dans la vie, on sait autant de gré à celui qui vous
dira que la bataille de Bouvines a eu lieu dans les premières années du
XIIIe siècle qu'à celui qui sait qu'elle a eu lieu en 1214.
La méthode de l'abbé Courdavault consiste
à trouver une phrase, de préférence un vers comme plus facile à
retenir, dont les 10 syllabes commencent chacune par une consonne différente,
par exemple:
Dieu
ne me rend la joie
qu'à vos pieds
saints
1 2
3 4 5
6 7 8
9 0
Les consonnes entrant seules en ligne de
compte, pour se rappeler une date, on cherche dans la phrase-clef les consonnes
auxquelles correspondent les chiffres à retenir et, en ajoutant les voyelles
appropriées, on construit un mot ou une phrase ayant, autant que possible, un
rapport avec l'événement dont la date est à retenir.
Prenons un exemple: soit à fixer dans la
mémoire la date du Déluge (2348 avant Jésus-Christ). Nous cherchons dans la phrase-clef
les syllabes qui correspondent à chaque chiffre et nous trouvons: 2, ne;
3 me: 4 re: 8 ve. Il nous faut donc chercher, avec ces quatre consonnes,
à construire une phrase dont le sens se rapproche de l'idée du déluge et
nous trouvons : Noé me ravit (pour ne me re ve).
Ici, il y a quelque connexité entre les faits
et la phrase, mais, même dans les faits cités par l'abbé Courdavault,
combien de phrases bizarres !
Prenons la date de la mort de Turenne (1675).
Nous trouvons dans la phrase-clef 1 de, 6 je (ou che), 7 que, 5 le. Nous en
faisons la phrase « de chocolat » (pour de che que le) avec l'idée
à fixer que le boulet qui tua Turenne en 1675 n'était pas un boulet de
chocolat.
On voit, par ce dernier exemple, que le
même chiffre peut représenter plusieurs consonnes; on les groupe par
similitude, comme dans les Dictionnaires de rimes.
Voici un tableau de concordances plus
complexes:
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te
de
|
ne
gne
|
me
|
re
|
le
lle
|
|
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je
ge
che
sche
|
que
gke
ke
|
ve
fe
phe
|
be
pe
|
ce
se
ze
|
|
A l'aide de ce tableau,cherchons une phrase qui
nous aidera à fixer dans notre esprit une date, soit 671, celle du
combat des Horace et des Curiace. Nous trouvons che que te, soit choquantes, et
voici l'idée connexe: Horace tua sa sœur Camille parce qu'il trouvait ses
paroles choquantes, ce qui implique que l'enfant a lu et peut-être étudié
les Imprécations de Camille dans Les Horace de Corneille.
Tout ce système mnémotechnique part du
fait qu'il est plus facile de retenir une phrase qu'un nombre.
Prenons un autre exemple: la hauteur du mont
Blanc (4.810 mètres). Nous trouvons re ve de se, ce qui nous donne ravi
d'aîse. Quand on est parvenu au sommet, on est ravi d'aise.
La hauteur d'un haut sommet de l'Hymalaya est
de 7.821 mètres, cela nous donne que ve ne te, que nous pouvons
traduire: que vanité. Et l'on pense, par à peu près: « Quel mal
il y a (Hymalaya) quand on ne rêve que vanité. »
M. Dack (
Dack. — Les rappels, les trucs et les fantaisies de la mémoire, Paris,
1912. ) donne une autre phrase-clef:
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|
|
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Sot,
S
ç
|
tu
te
de
|
nous
ne
gne
|
mens,
me
|
rends,
re
|
|
|
les
le
|
chants
che
ge
|
que
ca
gue
|
fit
fe
ve
|
pan
pe
be
|
|
Ce système peut être employé comme
le précédent, en allant des lettres aux chiffres ou des chiffres aux lettres.
Par exemple, pour le mot consonne, les lettres c, s et n comptant seules, nous
pouvons l'inscrire comme correspondant à 702. On ne tient compte,
naturellement, des lettres qui ne sont pas prononcées. Il n'est pas absolument
certain que cette méthode nous enseigne les notions que nous voulons garder,
mais elle peut avoir tout au moins le résultat de nous aider à former
des associations d'idées toujours plus variées et plus nombreuses. On peut se
distraire en cherchant des phrases-clef, en établissant soi-même de
nombreuses correspondances, et comme dit le juge des Plaideurs: « Cela fait
toujours passer une heure ou deux. »
Cette méthode a le très grand défaut
d'être extrêmement difficile. Elle ne saurait être appliquée
que par des adultes. Encore ceux-ci doivent-ils être instruits, avoir
beaucoup de temps libre pour parfaire leur instruction. Elle a, enfin, comme
toutes les méthodes mnémotechniques, le travers de forcer l'esprit, pour lui
faire enregistrer une connaissance utile, à en adopter une autre qui ne
lui servira de rien.
Les Méthodes psychiques
Arrivons maintenant aux méthodes psychiques.
Autant les procédés dont nous avons traité
précédemment ont eu pour résultat, sinon pour but, de nous faire agir en
automates, autant les méthodes psychiques ont l'avantage de développer les
facultés supérieures de notre esprit. Elles font ou elles complètent
l'éducation de notre conscience; elles nous portent à accroître deux des
plus hautes facultés de l'esprit: l'attention et l'association des idées.
Plus notre attention sera forte et plus notre
cliché à conserver sera net. Pour en comprendre la raison, nous
reprenons notre image du directeur et du sous-directeur.
Dans le fonctionnement parfait de notre usine,
le directeur, c'est-à-dire notre conscience, s'appesantit sur le fait
à retenir et l'examine très attentivement. Ce premier temps est
celui de la concentration mentale.
De l'image ainsi obtenue, le directeur fait un
dossier, je veux dire précise sa sensation afin qu'elle devienne propre
à être conservée. C'est le deuxième temps: création de
l'image mentale.
Enfin, le directeur classe ce dossier selon un
dispositif spécial, comme nous l'avons démontré par l'exemple du bureau
américain, à une place spéciale dans un casier ou un tiroir formant
série par rapport à une idée générale. C'est le troisième temps:
association des idées.
En pratique, ces trois temps s'obtiennent avec
une telle rapidité qu'ils nous semblent simultanés. Si on y pense, on arrive
à les préciser, et c'est le moyen d'obtenir une mémoire excellente.
Examinons maintenant chacun de ces temps:
1°. — Concentration mentale
Henri Piéron dit avec raison: « Un fait qui
attire notre attention, c'est-à-dire qui acquiert, dans sa
représentation mentale, une intensité assez grande pour s'imposer avec force,
pour inhiber tout autre phénomène mental simultané, donne naissance
à un souvenir plus solide que d'autres faits, semblables en apparence,
mais qui exercent sur l'esprit une impression superficielle et
passagère.
« Les émotions violentes peuvent rendre
ineffaçable l'empreinte d'un événement ou parfois, au contraire, troubler assez
l'esprit pour empêcher complètement toute fixation. Enfin des
raisons extrinsèques à un fait déterminé sont susceptibles de
renforcer pourtant le phénomène mental qui lui correspond par l'intervention
de ce que nous appelons l'attention volontaire. » ( Henri Piéron. — Evolution de la mémoire. )
Ici, M. H. Piéron fait allusion à ce
fait bien connu et que nous avons déjà signalé: notre mémoire visuelle
est, en général, la plus développée. Nous nous souvenons d'autant mieux d'une
notion qu'elle a frappé plus vivement notre vue. Il faut donc utiliser la
perception visuelle et s'entraîner à former des images mentales. Plus
celles-ci seront nettes, colorées, auront un relief saisissant et plus elles se
graveront dans notre intellect.
Horace a dit: « Les choses qui entrent par
les oreilles prennent un chemin bien plus long et touchent bien moins que
celles qui entrent par les yeux, lesquels sont des témoins plus sûrs et
plus fidèles. »
Notre premier souci sera donc d'être
attentif, de regarder, d'examiner avec soin et méthode. Il ne faut pas nous
laisser distraire. Chaque perception doit prendre sa valeur réelle. Dès
que nous en aurons pris l'habitude, cet examen minutieux, attentif, sera pour
nous un exercice plein d'attrait. Nous apercevrons des aspects qui nous avaient
échappés jusqu'ici. Avant, nous considérions les faits, les objets, les idées
superficiellement; maintenant nous pénétrons plus avant. Des rapports nouveaux
se présentent à nos yeux. Notre vie mentale devient plus intense.
Cette observation attentive nous habitue
à créer des images mentales nettes. Hier encore nous regardions
distraitement un paysage; aujourd'hui nous le scrutons en ses détails, nous
notons les coloris, la beauté du ciel, le relief du sol, nous observons toutes
ses particularités essentielles qui le différencient d'un autre paysage.
Jusqu'ici, nous n'avons mis en jeu que
l'attention dans son exercice courant. Mais nous pouvons aller au-delà,
chercher à tirer de cette faculté psychique des résultats bien
supérieurs. Notre attention poussée à son maximum d'intensité devient la
concentration mentale.
Au cours de notre chapitre sur la concentration
mentale, nous avons indiqué des exercices pratiques permettant d'acquérir ou de
renforcer cette précieuse faculté. Nous y renvoyons le lecteur soucieux
d'acquérir une parfaite synthèse psychique. Nous ajouterons ici quelques
exercices nouveaux, propres à développer plus particulièrement la
mémoire.
Premier
exercice. — En
s'endormant, se donner une suggestion à accomplir immédiatement au
réveil. Au début, cette suggestion sera très simple. Par exemple: «
Dès que je me réveillerai, l'idée me viendra de me lever et de me
regarder dans la glace. »
Cet exercice est basé sur le fait que notre
inconscient continue à fonctionner pendant la nuit et qu'il travaille de
préférence sur la dernière donnée qui lui a été soumise. C'est grâce
à cette activité inconsciente nocturne que les écoliers, un peu ménagers
de leur peine, apprennent leurs leçons; il leur suffit de les repasser le soir
en se mettant au lit; le lendemain matin la notion est entrée
d'elle-même, sans fatigue, dans leur mémoire.
Dans notre exercice d'entraînement, il faut
procéder ainsi: dès que vous êtes au lit, détendez vos muscles et
rythmez votre respiration. La fonction respiratoire doit-être l'objet de
tous vos soins: l'acte pulmonaire doit s'effectuer avec douceur et amplitude.
Efforcez-vous de respirer le plus profondément possible. Dilatez votre cage
thoracique complètement, mais doucement, sans forcer. Arrivée à
sa plus grande limite, laissez là retomber de son propre poids.
Cet exercice préliminaire tend à vous
donner le contrôle de vos muscles, laquelle maîtrise est en rapport direct avec
l'agitation ou l'apaisement de votre cerveau.
image
Fig. 114. — Un exercice pour développer la
mémoire.
En s'endormant, se donner une suggestion
à accomplir le lendemain matin. Se répéter mentalement: « Demain, des
que j'ouvrirai les yeux, la pensée me viendra de me lever et de me regarder
dans la glace. » Durant le sommeil, la suggestion se grave dans la conscience
et elle réapparaît dès le réveil.
Le calme physique étant obtenu, concentrez-vous
sur l'idée dont vous voulez vous souvenir. Cette idée ne doit pas être
envisagée sous une forme abstraite. Tout au contraire, il faut qu'elle
apparaisse,en quelque sorte, à vos yeux matériellemerit. Exemple;
lorsque je vous dis demain, en vous réveillant l'idée vous viendra de vous
lever immédiatement et de vous regarder dans la glace, il faut vous représenter
cette scène. Il faut vous voir par la pensée sortant de votre lit et
vous dirigeant aussitôt vers la glace. L'image doit être nette; elle doit
prendre corps dans votre esprit; elle doit, en quelque sorte, se matérialiser.
Mieux vous procéderez à cette création mentale et plus l'auto suggestion
aura de prise sur vous et s'exécutera facilement.
Cette première expérience étant réalisée
avec plein succès, ce qui n'arrivera pas toujours la première
fois, vous pourrez y apporter quelques variantes de votre choix. Puis vous
passez à la suivante.
Deuxième
exercice. — En vous
endormant, vous donner une suggestion devant s'accomplir, non plus au réveil,
mais dans le cours de la journée.
Exemple: « A telle heure, quand j'arriverai
à mon bureau, je penserai à la commande de M. Un Tel », ou
à tel travail ou à toute autre chose. Le fait importe peu. Ce qui
est nécessaire, c'est de se représenter avec la plus grande précision possible
l'acte à accomplir, le geste à faire, le dossier à
chercher. Avec un peu d'entraînement, cette expérience réussira avec autant de
facilité que la première.
Troisième
exercice. — Se donner
une suggestion analogue mais à échéance de quelques jours.
Par exemple: « Dans trois jours, dès que
mes vacances siéront terminées et que je rentrerai à mon travail,
j'aurai telle pensée: j'irai voir mon patron pour lui soumettre tel projet, lui
parler de telle chose. »
Ou bien: « Dimanche, dès que j'arriverai
chez mon ami X, il me viendra la pensée de lui parler de Z que j'ai rencontré
et qui m'a chargé d'une commission pour lui. »
On peut varier les exercices à l'infini.
Il suffit de représenter bien exactement, devant son esprit, la scène
qui doit se produire. On se donne l'auto suggestion au lit et dans les premiers
temps on renforce la concentration mentale en renouvelant l'auto suggestion
plusieurs soirs de suite. Après entraînement, il suffira de quelques
minutes d'auto suggestion pour que la pensée utile se présente juste au moment
que vous aurez fixé.
Quatrième
exercice. — Jusqu'ici,
le sommeil a été notre aide, mais nous devons arriver à agir et à
penser à notre guise, sans qu'il soit besoin de nul adjuvant. Lorsqu'on
saura s'auto suggérer avant de s'endormir, on devra s'entraîner à le
faire dans le courant de la journée, par des exercices analogues.
Par exemple: en déjeunant, dites-vous
qu'à telle heure vous vous rappellerez subitement tel travail urgent.
Concrétisez l'idée. Représentez-vous en esprit dans l'attitude que vous
prendriez en-accomplissant l'action suggérée..
Nous ne saurions trop insister sur la nécessité
de créer une image bien nette. Au besoin, dans les débuts, attachez l'image de
l'action à accomplir à la pensée d'une autre action que vous ne
pouvez manquer d'exécuter.
Exemple: « Quand je suspendrai mon chapeau, je
penserai à tel travail. » — « Quand je m'assiérai devant mon bureau,
l'idée me viendra de rechercher tel dossier, » etc.
Ces exercices, qu'on peut varier à
l'infini, sont les meilleurs pour développer la concentration mentale et
utiliser cette faculté au développement de la mémoire.
Il ne faut pas cependant abuser de cette
faculté de concentration, car, ainsi que nous l'avons déjà dit, elle
risque de tourner à l'abstraction. L'excès d'une qualité peut
devenir un défaut. La concentration excessive, si elle arrive à
suspendre toute liberté mentale, a ses dangers. N'imitons pas le savant
grammairien Guillaume Budé à qui sa servante vint dire; toute
épouvantée: « Monsieur, sauvez-vous ! Le feu est à la maison », et qui,
absorbé par ses études et n'entendant que le dernier mot, répondit
tranquillement: « C'est bien, c'est bien, prévenez ma femme. Je ne m'occupe pas
des choses de la maison. »
C'était pousser un peu loin l'exagération d'une
qualité.
2°. — Création des images mentales
Nous avons dit qus pour retenir un fait ou une
idée, le mieux est de créer devant notre esprit une image mentale. C'est cette
image qui fixera notre souvenir.
Tous les calculateurs prodiges utilisent ce
procédé. Ainsi, le célèbre calculateur Diamandi, pour retenir aisément
le résultat d'opérations arithmétiques qu'il accomplit mentalement, a devant
les yeux un schéma imaginaire où se trouvent inscrits les nombres dans
un ordre donné. Les places occupées par les différents nombres dépendent de
leur ordre de grandeur.
Binet a montré que les joueurs d'échecs qui
jouent sans voir et paraissent posséder une mémoire visuelle d'une étonnante
précision, usent en réalité de schémas du même ordre. Au lieu d'évoquer
l'image d'échiquiers concrets, de pièces réelles, ils se représentent en
général des directions de marche, des schémas géométriques en quelque sorte,
quelques lignes pouvant suffire pour exprimer la situation d'un grand nombre de
pièces.
A. Lemaître a fréquemment noté l'existence de
schémas spontanés chez des enfants qui révèlent ensuite des aptitudes
mathématiques. Il a qualifié ce phénomène « symbole-visuel ».
Connaissant l'utilité de ce mécanisme,
exercez-vous à évoquer des images mentales. Voici un procédé excellent:
par un effort de pensée refaites tout le chemin que vous avez parcouru pour
vous rendre à votre bureau. Remettez-vous en mémoire tout ce qui a
frappé votre regard: l'aspect des monuments, la hauteur des maisons,
l'ordonnance des boutiques, la physionomie des passants rencontrés, etc...
Revoyez chaque chose dans son détail le plus
complet, prenant d'abord groupe de maison par groupe de maisons, puis étendant
votre vision sur toute une rue ou une avenue, jusqu'à ce que votre
chemin soit en détail devant vos yeux.
Vous avez mille autres moyens pour
perfectionner votre vision mentale.
Si vous êtes vendeur, revoyez par la
pensée toutes les personnes à qui vous avez eu affaire au cours de la
journée, les détails de leur physionomie et de leur costume, etc., etc... Vous
pouvez multiplier à l'infini cet exercice.
3°. — Association des Idées
Nous avons déjà comparé le classement de
nos idées à celui des documents dans un bureau américain, avec ses
casiers, ses dossiers, ses répertoires. Nous pouvons aussi le rapprocher du
système anthropométrique imaginé par M. Bertillon. On sait que ce criminaliste
classe les milliers et les milliers de photographies d'assasins et de repris de
justice dans les cartons de nos services judiciaires par forme d'oreille, de
nez, de front, etc. Il nous faut procéder de façon analogue pour nos images
mentales. Nous devons toujours chercher à lier telle pensée à une
série de pensées antérieures reçues.
Le Docteur Scheffler nous dit très
justement: « Pour apprendre beaucoup et pour bien retenir, il faut que les
détails les plus infimes soient englobés dans une idée d'ensemble, comme nous
classons dans un même casier, les documents divers que nous pouvons
recueillir sur le même sujet. » (
Docteur Scheffler. — Comment on défend sa jeunesse. ) Nous devons
toujours nous efforcer de rattacher nos perceptions les unes aux autres. Une
notation isolée s'estompe dans notre esprit et tend à disparaître. Liée
à d'autres elle se conserve beaucoup mieux.
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Fig. 115. — Le rappel volontaire des souvenirs
Tout en fermant les yeux, évoquer mentalement
un chemin qu'on vient de parcourir. S'efforcer de se souvenir des moindres
détails : telle et telle boutique entrevues, telle personne croisée, tel
véhicule qui a passé auprès de vous. Cet exercice augmente l'attention
et renforce les associations d'idées.
Condorcet nous enseigne également que la
liaison des idées est le principe de la mémoire. Et il précise: « la mémoire
dépendra donc principalement de l'ordre et de l'analyse que l'on met dans ses
idées. Le meilleur genre de mémoire et le plus sûr est celui qui consiste
à « faire de la mémoire avec du jugement. » — Je veux, par exemple,
apprendre un discours, j'en médite l'idée principale, les idées accessoires,
leur nombre, leur ordre, leur liaison, le plan de chaque partie, les divisions,
les sous-divisions de chaque objet. J'ose affirmer qu'il est impossible alors
de se tromper. Si l'on oubliait le discours, on serait en état de le refaire
sur le champ, et combien d'ailleurs les phrases cadencées, un peu ornées, un
peu brillantes, en un mot, tout ce qui flatte l'amour-propre de celui qui doit
parler ne se gravent-elles pas facilement dans la mémoire ! » Citons encore
l'opinion d'un psychologue:
Stuart Mill dit avec raison: « Quand deux idées
ont été pensées une ou plusieurs fois en connexion étroite, l'esprit acquiert
une tendance à les repenser ensemble, tendance d'autant plus forte
qu'elles auront été plus souvent unies dans l'expérience. » C'est cette liaison
que nous devons faire dans notre esprit. Lorsque nous évoquerons un fait, les
autres nous viendront à la mémoire. L'anneau devient inséparable de la
chaîne.
Robert Houdin faisait, dans cet ordre de
recherches une expérience amusante que nous aurons avantage à renouveler
et qui développe grandement la faculté d'observer et d'associer des idées. Le
célèbre illusionniste acceptait du public une liste considérable de mots
n'ayant aucun lien entre eux et il les répétait ensuite dans l'ordre où
ils lui avaient été donnés. Il lui arrivait même de les répéter non
seulement dans l'ordre d'arrivée, mais encore en les reprenant par la fin ou
par tout autre point quelconque de la série. Cette expérience avait un effet
considérable sur le public: elle n'est pas cependant irréalisable, ni
même très difficile. Il suffit, pour la réussir, de considérer
quelques objets placés près de soi, ou suspendus au mur et à
associer chaque mot reçu à l'un de ces objets. Par exemple: le premier
mot qui est proposé par un spectateur est peigne et l'objet le plus près
de moi, à droite, est une statue, je me figurerai le peigne dans les
cheveux de la statue. Image bizarre, invraisemblable, soit, mais c'est
précisément ce caractère imprévu qui donné une force à
l'association d'idées. Un autre spectateur propose-t-il le mot soulier et
l'objet le plus rapproché à ma gauche est-il un vase, je me
représenterai mentalement le soulier dans le vase. Plus l'image créée sera
baroque, plus le souvenir s'incrustera profondément dans mon esprit. Si l'on me
demande les mots depuis peigne jusqu'à soulier, je regarderai les objets
depuis la statue jusqu'au vase et j'aurai peu de chances de me tromper. Il en
sera de même en sens inverse puisque les objets placés autour de moi ne
changent pas et que l'idée du mot à dire est fixé à chacun
d'entre eux. Vous pouvez faire cette expérience en public sans dévoiler votre
procédé et vous étonnerez toujours vos auditeurs.
Cette expérience est amusante, certes, mais
dans, la vie pratique, il n'y aurait aucun profit à chercher des
associations d'idées baroques, illogiques. Au contraire, vous devez chercher
à rapprocher des faits de même nature ou ayant entre eux quelque
connexité. Le mécanisme est le même et il vous sera profitable.
Plus vous ferez ces expériences, plus le
souvenir de ces rapports se fixera dans votre esprit. Henri Piéron dit
excellemment: « La force de fixation d'un souvenir dépend de l'intensité d'un
fait mental primitif, mais elle dépend aussi de la répétition de ce fait mental
dont les intensités successives s'ajoutent en quelque sorte pour accroître la
persistance mnémonique. »
C'est cette répétition que nous faisons quand
nous rattachons une impression, une « image » à des acquisitions
antérieures. A chaque révision, nous précisons nos souvenirs.
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fig. 116. — Une expérience de Robert Houdin
II est facile de se souvenir d'un très
grand nombre de mots qui sont proposés au hasard par le public. Il suffit de
fixer, en quelque sorte, chaque mot à un objet de la salle. Ici, le
premier mot « peigne » est rattaché par l'illusionniste à la
statue; le mot « soulier » au vase qui succède. Chaque image fixe les
idées. Plus les associations d'idées sont baroques et mieux elles seront
retenues par l'illusionniste.
Donc n'oublions pas, comme le dit très
justement Meister qu'il existe deux grands moyens de fixer nos souvenirs : «
C'est d'abord de chercher à concevoir l'objet dont nous voulons
conserver la mémoire le plus clairement et le plus distinctement qu'il nous
sera possible; ensuite d'en associer l'idée ou l'image exactement déterminée
à la série d'idées ou d'images avec laquelle nous lui trouvons le plus
d'analogie et qui nous est en même temps la plus familière, ou
dont nous avons été le plus longtemps frappés, que par conséquent nous sommes
le plus sûrs de retenir et de nous rappeler facilement. »
Et Meister nous montre bien, par l'exemple
suivant, l'utilité des associations d'idées pour le rappel d'un souvenir:
« Je me désolais l'autre jour de ne pas
retrouver le nom d'une campagne en Angleterre, où j'avais passé
quelques-unes des plus délicieuses journées de ma vie. Au lieu de chercher: ce
nom directement, las de me dépiter contre l'inertie ou l'infirmité de ma
mémoire, je finis par me représenter les différents objets qui m'avaient
intéressé dans ce beau lieu, les personnes qui s'y trouvaient avec moi,
jusqu'aux moindres circonstances de mon séjour que je n'avais point oubliées:
au bout de tous ces souvenirs vint se placer enfin de lui-même le nom que
j'avais désespéré de pouvoir retrouver. »
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Fig. 117. — Celui qui manque d'ordre, manque de
mémoire.
Pensez-vous que cet être désordonné
puisse trouver facilement dans ce pêle-mêle le document qu'il
cherche ? Il en est de même pour sa mémoire. Tout document, toute notion
le fuient parce qu'il manque d'attention, d'ordre, de méthode,
Résumé
II suffit d'avoir vu la gêne qu'éprouve
celui qui est atteint d'insuffisance de la mémoire, pour se rendre compte de
l'intérêt qu'il y a pour chacun à développer ou à acquérir
cette faculté. Il est certain que dans les cas d'absolue nécessité, comme la
préparation urgente d'un examen dont notre avenir peut dépendre, tous les
moyens sont bons pour obtenir un résultat purement occasionnel. Mais, en dehors
de ces cas exceptionnels, il vaut mieux ne pas faire usage des méthodes
mnémotechniques. Celles-ci surchargent notre esprit d'associations d'idées
arbitraires qui nuisent au développement normal et complet de l'intelligence.
Les procédés mnémotechniques nous contraignent
à enregistrer, en même temps que le fait ou la donnée utiles, un
autre fait ou une autre donnée parfaitement inutiles. C'est là un poids
dont on devra toujours se dispenser.
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Fig. 118. — Une qualité essentielle pour le
développement psychique: l'ordre.
Toute notion qui vient devant notre esprit doit
être regardée attentivement, puis classée méthodiquement dans nos
archives mentales. Ainsi, nous aurons la possibilité de la retrouver facilement
au moment voulu, avec une série de notations du même ordre.
L'enfant, à l'école, est obligé
d'apprendre bien des notions qui ne lui seront pas d'un grand secours dans la
vie. Là, l'intérêt faisant défaut, la mémoire s'exerce avec peine.
Il faut tout de même que l'enfant acquière ces notions que lui
imposent des programmes mal compris. L'enfant s'efforcera d'apprendre des
textes augmentant progressivement de longueur. Ces textes seront puisés d'abord
dans les poètes, — à cause de la facilité apportée à la
mémoire par la rime et le rythme des vers — puis dans les prosateurs, mais en
choisissant judicieusement ces morceaux choisis, de telle sorte qu'ils ne
puissent développer dans l'esprit que des pensées belles et des données instructives.
L'autre partie de l'entraînement qui est de beaucoup la plus utile est la
formation de l'attention, de la concentration, adaptées à l'âge de
l'élève et à sa résistance, de manière à prévenir
toute fatigue, tout surmenage qui, se payant lot ou tard, va à
l'encontre du but de l'enseignement. L'enfant ainsi formé n'est peut-être
pas un perroquet qui, à cinq ans, émerveille le salon maternel en
débitant des compliments dont il ne comprend qu'une infime partie, mais, plus
tard, au collège, ses maîtres seront étonnés de lui voir une somme de
connaissances et un raisonnement au-dessus de ce qu'on attend des enfants de
son âge.
Tel est l'avantage intrinsèque des
méthodes psychiques: elles augmentent les facultés conscientes et nous
orientent vers la maîtrise de nous-même. En outre, étant un entraînement
agréable et non une corvée, elles font de nos acquisitions une matière
vivante et assimilable et non un fardeau pesant. C'est ainsi qu'elles nous
permettent de mieux vivre, d'augmenter notre succès, d'accroître notre
bonheur.
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