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LES SUJETS SENSITIFS
Comment on les reconnaît. — Caractéristiques
psychiques. — Acuités sensorielles du sensitif. — Action des agents physiques.
— Le diagnostic de la sensitivité. Procédé du Docteur Moutin. — Procédé de
Boirac. — Procédé, du Docteur Gaston Durville. — Influence des métaux.
Métallothérapie et métalloscopie. — L'Aimant: aimants naturels et aimants
artificiels. — Le sensitivomètre de Hector Durville.
Par suite de leur hérédité, certaines personnes
naissent avec une constitution magnétique faible ou, tout au inoins, elles ne
possèdent pas naturellement un contrôle volontaire constant. De par leur
tempérament nerveux, impulsif, elles ne sont pas capables de garder leur force
nerveuse en réserve dans leurs plexus. Le manque de force des premiers, la
déperdition involontaire d'énergie chez les seconds sont des causes
d’infériorité qui font de ces êtres, prédisposés héréditairement, les
meilleurs sujets réceptifs.
A côté de ces sujets magnétiques constants, il
est des personne qui deviennent sensitives temporairement, à la suite
d'un affaiblissement organique, nerveux ou moral. Que leur santé redevienne
normale, le magnétisme n'a plus aucune action sur elles. Ceci explique que des
malades — spécialement des affaiblis nerveux (neurasthéniques, asthéniques...)
— ont pu, pendant leur maladie, être endormis magnétiquement et,
après quelques semaines, entièrement guéris, en possession d'une
volonté bien décidée, ils se sont montrés rcfractaires à toute
influence.
A quels signes reconnaît-on le véritable sujet
sensitif, celui que Reichenbach appelle ainsi parce qu'il est « souvent plus
irritable que la sensitive (mimosa pudica) ». Nous pourrons souvent, avec ce
sensitif-né, réaliser, d'une façon constante, les effets magnétiques
expérimentaux car, ne réagissant généralement pas contre sa nature, ses
faiblesses psychiques, ses impulsions, il ne transforme en rien ses
dispositions héréditaires.
Tout d'abord, une distinction s'impose. On ne
saurait confondre les sujets magnétiques, suggestibles (à la forme
imposée, car c'est la seule que l'on puisse utiliser expérimentalement) et
hypnotiques. Il est même indispensable de savoir les différencier les uns
des autres, car on perdrait le plus souvent son temps et sa peine à
vouloir magnétiser un très bon sujet sensible à la suggestion
imposée, ou un être hypnotisable. Nous l'avons dit, et il n'est pas
inutile d'y revenir ici, il existe trois modes d'influence très
différents dans leur principe et dans leur action: l'Hypnotisme, la Suggestion
et le Magnétisme.
L'Hypnotisme, procédé physique, fatigue les
sens (vue, ouïe, odorat, goût, sensibilité générale) par des
sensations trop fortes, ou les organes (ovaires, globe de l'œil) par des
pressions plus ou moins brutales, et c'est l'épuisement des ressources
nerveuses qui amène le sommeil. L'hypnose provoqué par des
manœuvres hypnotiques se produit donc selon un processus analogue — sinon
identique — à celui qui amène le sommeil naturel quand, chaque
soir, nous cédons à la fatigue de la journée.
La Suggestion, procédé psychologique, tend
à faire entrer dans le cerveau, une idée, ou mieux une représentation
mentale, celle du sommeil. Cette idée ou cette représentation se réalisent
d'autant mieux que le sujet est moins maître de son champ mental.
Le Magnétisme, procédé physiologique qui peut
être soutenu et intensifié par la volonté, cherche par une véritable
transfusion d'énergie à amener une surcharge des centres nerveux (plexus
solaire, principalement), qui amène une inhibition, d'où sommeil.
Le sujet hypnotique est un névrosé; le sujet
suggestible (à forme imposée) est un être qui manque de
synthèse psychologique; le sujet magnétique est un sensitif.
Voici comment nous pouvons définir ce dernier:
Le sensitif est un être — de préférence
une femme, car chez elle le système nerveux, les centres affectifs
atteignent une acuilé plus grande — en déficit nerveux et ne possédant pas un
parfait contrôle sur soi-même.
N'ayant pas le contrôle sur eux-mêmes,
les sensitifs s'emportent facilement. Ce sont des impulsifs; ils agissent
subitement avant même de raisonner. Ils sont impressionnable, ont peur,
sursautent au moindre bruit, mais, sous certaines impulsions, ils sont capables
de grands courages, d'ailleurs bientôt suivis d'une prostratien d'autant plus
grande que l'effort aura été plus violent. Ils s'emballent. Voyez-les dans une
discussion: leur conception doit tout primer. Point n'est pour eux besoin de
connaître les raisons contraires. Ils ont une opinion toujours très
nette, entière, définitive et ils cherchent à la faire prévaloir.
Les sensitifs ont des sympathies et des
antipathies profondes. C'est, disent-ils, la première impression qui
compte et, influencés par leur état d'àme du moment, sans réfléchir
aucunement tant leur décision est rapide, ils se font, à la
première rencontre, une idée bonne ou mauvaise de telle ou telle
personne et cette idée restera gravée dans leur esprit; elle y sera
indéracinable. Vous aurez beau faire, beau raisonner, vous ne modifierez pas
cette première impression. Il est vrai que les sensitifs sont intuitifs
et que l'avenir justifie souvent leur première impression. Toutefois, il
est des cas assez fréquent — et nous reviendrons sur cette question si grosse
de conséquences pour expliquer certains résultats attribués à tort
à la lucidité — ou ces sensitifs prennent pour intuition ce qui n'est
que déduction inconsciente. En effet:, dans leur précipitation toute impulsive
à voir, à juger, à comprendre, les sensitifs n'accordent
attention qu'à une toute petite partie des faits ou des événements. Il
se trouve donc que bien des faits échappent à leur attention volontaire.
Mais l'attention, nous l'avons vu, se manifeste sous deux formes, une forme
consciente et une forme inconsciente. Cette dernière entre en jeu et
fait de son côté des constatations qui se gravent dans la partie la plus
obscure du champ mental. Le sensitif ignore l'existence de ces réserves, mais
à son insu, il lui arrive de déduire de ces observations involontaires,
une opinion justifiée. C'est le mécanisme, sinon de tous les faits d’intuition
— car il y en a de véritables, — du moins du plus grand nombre: le sujet
constate des faits, en tire une résultante et, n'ayant pas conscience des
associations d'idées qui s'opèrent en lui, il en note seulement le
résultat qu'il proclame comme un fait spontané, venu il ne sait d'où,
qu'il attribue à quelque faculté supranormale, alors qu'il s'agit tout
simplement d'un travail inconscient. Quelque chose d'analogue se passe dans le
rêve. Pendant que la conscience sommeille, l'inconscient associe des
idées, remue des imagés, en tire des déductions et, au réveil, la conscience se
trouve en possession de notions dont elle ignore la provenance. Que
d'élèves, embarrassés le soir par un problème ardu, se sont
étonnés, au saut du lit, d'en trouver la solution facile ! Que de chercheurs,
d'inventeurs, ont découvert spontanément, un matin, la clef de ce qu'ils avaient
tant cherché ! L'usine humaine est bien complexe. N'oublions pas qu'elle a, en
outre de son directeur, un sous-directeur qui observe lui aussi les faits,
associe les idées, raisonne dans une certaine mesure, et tout cela à
l'insu de son chef. C'est par l'intervention de l'inconscient que s'expliquent
la plupart des faits psychologiques.
Le sensitif, qui est susceptible de faire des
associations d'idées inconscientes pendant la veille, en fait naturellement, et
plus encore, pendant son sommeil: il rêve beaucoup. Certains de ses
rêves sont intuitifs, soit que l'intuition provienne d’un travail
psychologique inconscient, soit qu'il s'agisse d'une intuition réelle,
c'est-à-dire d'une notion qui surgit brusquement dans le champ de la
conscience et que rien ne fait prévoir, qu'il est impossible de déduire d'une
circonstance connue. Les grands sensitifs peuvent même, la nuit, exécuter
des actes compliqués, coudre, broder, écrire, se promener sans en garder le
moindre souvenir. Les somnambules spontanés, qui sont assez nombreux, ont
tendance, le fait a été souvent noté, à se diriger vers les lieux
élevés; ils se promènent de préférence la nuit, guidés par leur
inconscient, dans les endroits les plus vertigineux, franchissent des
fenêtres, grimpent sur les toits, escaladent des rochers.
Très souvent, le grand sensitif se
dédouble involontairement. Il concentre son esprit, et sa pensée, obéissant
à l'impulsion de sa volonté, se dirige vers la personne qui fait l'objet
de ses préoccupations. Grâce à cette faculté de dédoublement, le
sensitif rapporte des impressions que les faits justifient plus tard. Il s'agit
là d'un phénomène de télépsychie spontanée bien connu des
psychistes. Le phénomène inverse peut également se produire : à
l'état de veille mais plus facilement en sommeil, que ce sommeil soit naturel
ou provoqué par des magnétisations. Ces actions télépsychiques proviennent
généralement d'organismes également très sensitifs. Par exemple, qu'une
personne vienne à mourir ou qu'elle se trouve dans un grand danger. Si
elle a quelque lien d'amitié ou d'affection avec le sujet et qu'elle pense
à lui, aussitôt sa pensée se dirige vers le sujet, le frappe, lui fait
comprendre ce qui se passe au loin.
Ces faits sont très fréquents, surtout
dans les situations violentes où la vie humaine est en danger.
Examinons le sensitif au point de vue
sensoriel. Nous constatons qu'il possède une sensibilité
particulière. Elle est due, bien souvent, à un déséquilibre, car
l'activité, au lieu de se répartir uniformément, peut très bien donner
à une certaine partie du corps une acuité exagérée, au détriment des
autres sens. Ainsi, bien des infirmes voient se transposer dans les sens qui
leur restent l'activité de ceux qui leur manquent, comme on le constate
couramment à l'égard des aveugles, chez qui l'ouïe, le tact et
l'odorat sont très sensiblement plus développés que chez les personnes
qui possèdent l'usage de leurs yeux. Ils sentent au toucher des détails
qui échappent aux autres.
Voyons comment se comporte le tact chez les
sensitifs. Ceux-ci ont les impressions tactiles très développées. Ils
sentent des contacts sympathiques ou antipathiques. Observez la poignée de main
du sensitif: elle est très caractéristique et, comme il n'est pas maître
de ses gestes, vous aurez de la sorte un moyen précieux de pressentir sa
sensitivité. Le sensitif ne vous écrase pas les doigts comme le businessman
américain — au moins tel qu'on le représente couramment, — il ne prend pas non
plus la main avec une douce fermeté, comme le fait l'être magnétique. Sa
main aussitôt posée, doucement, faiblement dans la vôtre, il la retire en hâte,
il ne la laissera jamais un instant. D'ailleurs, le grand sensitif perçoit,
sans s'en expliquer la raison, la polarité de la main qu'on lui présente. Si sa
main droite, comme il est d'usage, rencontre une main droite, la mise en
position isonome de ces deux mains positives lui donne une augmentation
d'activité, une surexcitation qui peut aller jusqu'à la contracture, si
le sujet est particulièrement sensible et si le contact est prolongé.
Les sensitifs sont très impressionnables
par la vue. Qu'ils soient témoin d'un accident, qu'ils en rencontrent
même les traces, vous les voyez défaillir. Une belle action les
enthousiasme hors de toute mesure. Au théâtre, au cinéma, ils constituent le «
bon public » qui est le rêve des acteurs. Vous les voyez rire, pleurer,
s'agiter, trépigner, battre des mains, manifester leurs sensations en toute
ingénuité.
Le goût est également très
développé chez les sensitifs, mais avec des attraits et des dégoûts dont
on ne comprend pas toujours les motifs. Tel mets leur est si agréable que sa
seule pensée les excite, mais tel autre leur répugne tellement, parfois sans
nulle cause, que le seul fait d'en parler leur donne des nausées.
L'ouïe est aussi très délicate. Les
sensitifs souffrent avec acuité des bruits violents ou stridents et le bruit
des cloches prolongé les met en état de dépression nerveuse. Dans sa Physique
magnétique Hector Durville en donne la raison en montrant que les cloches dont
l'ouverture est dirigée vers la terre émettent un magnétisme négatif et que
toute action négative dirigée sur l'ensemble du corps diminue l'activité du
sujet et tend à le paralyser. Au contraire, une action positive comme
celle qui est émise par une cloche dont l'ouverture serait tournée vers le
ciel, dirigée sur l'ensemble du sujet, produirait une action stimulante, et par
conséquent agréable.
Tous les sensitifs ont la sensibilité générale
très aiguisée. C'est pourquoi ils se sentent si mal à l'aise dans
les foules où les magnétismes si divers qui se trouvent rassemblés
là sont bien loin de composer une atmosphère qui soit agréable
à leurs nerfs.
Le magnétisme terrestre agit sur les sujets
très sensitifs. Quand ils sont étendus, la tête au nord et les
pieds au sud, ils se trouvent dans un état d'excitation magnétique favorable au
sommeil, tandis que dans la position inverse, ils souffrent, sont agités et, si
leur sensitivité est très développée, ne peuvent dormir.
La chaleur leur cause encore une excitation
agréable. Ils se trouvent très à leur aise devant un foyer
incandescent. Mettez-les devant une grande cheminée où pétille le bois,
vous les verrez très gais, parce que le brasier dégage un magnétisme
positif qui, agissant sur leur état général, leur donne une suractivité. Si la
chaleur est trop forte (par exemple, à la bouche d'un four), l'action
positive dégagée par cette puissante source de chaleur endort le grand
sensitif.
L'action positive du soleil est agréable aux
sujets magnétiques, mais la lune, dont la lumière est de modalité
négative, les calme, d'autant plus profondément qu'ils sont plus réceptifs. Le
clair de lune calme tous les malades qui se trouvent en déficit de force
nerveuse, dans les cas de mélancolie, hypocondrie, manie, idées noires, neurasthénie,
etc. N'appelle-t-on pas ces malades des lunatiques, pour souligner l'influence
de la lune sur leur état ?
La lumière, passant au travers du
prisme, se décompose en 7 couleurs, celles du spectre, qui se disposent dans
l'ordre suivant: violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. Ces couleurs
agissent sur les sensitifs et c'est de cette constatation qu'est né le mode de
médication appelé photothérapic.
Au point de vue magnétique, le bleu, l'indigo,
le violet et le rouge sont positifs; le jaune et l'orangé négatifs; le vert
neutre. En général, le sensitif aime les couleurs positives: il les recherche
pour ses habits, pour les tentures de son appartement. Placez-le dans une
chambre rouge de photographe ou devant une lanterne à projection munie
d'un verre rouge et sous cette action très positive, il se sentira
fortifié, excité. S'il est très sensitif ou si l'action se prolonge, il
s'endormira. Cette action énervante du rouge n'a rien d'ailleurs qui puisse
surprendre, si l'on songe à l'excitation dans laquelle cette couleur
plonge les taureaux.
Au contraire, le jaune et l'orangé sont
calmants. Si leur action est trop forte, le sujet très sensible se sent
mal à l'aise et très déprimé. Mis devant une lanterne à
projections munie d'un verre jaune, un sujet très sensitif voit ses
forces diminuer rapidement et il ne tarde pas à tomber en état de
paralysie magnétique.
Le sensitif est encore déprimé par le bruit
d'une chute d'eau, d'une cascade. L'eau d'une chute dégage une électricité
négative qui procure aux êtres forts, maîtres d'eux-mêmes, une
agréable sensation de repos, de bien-être, de détente. Mais le sensitif
qui se trouve, par sa nature, en déficit nerveux, voit décroître ses réserves
et se trouve bientôt en état d'abattement.
Tous ces détails et traits de caractère
nous guident avec facilité dans le choix de notre sujet sensitif, mais ce ne
sont pas les seuls éléments d'investigation qui nous soient donnés pour nous
faire une opinion à l'égard de la sensitivité d'une personne donnée. Il
est des procédés qui mettent cette sensitivité très nettement en valeur.
Procédé du Docteur Moutin
La personne que vous désirez soumettre à
l'expérience se place debout, les bras tombant naturellement le long du corps,
sans raideur, les jambes l'une contre l'autre (talons joints), le buste est
bien droit et se maintient normalement, sans efforts. Vous vous placez
derrière ce sujet éventuel tet posez vos deux mains bien à plat
sur ses omoplates, comme l'indique la figure ci-dessous.
Après quelque temps d'application et
sans aucune suggestion, ramenez vos mains vers vous, lentement, sans cesser de
présenter les paumes en face des omoplates. Le sujet sera attiré et aura
tendance à suivre vos mains, d'autant mieux et d'autant plus vite qu'il
sera plus sensitif. Un sujet très sensitif éprouve, au contact des
mains, une forte sensation de chaleur, quelquefois une accélération du rythme
cardiaque, une gêne dans la poitrine, une lourdeur de tête et, si
vous ramenez doucement vos mains vers vous, il les suit et tombe en arrière.
image
Fig. 144. — La chute en arrière (1er
temps)
Voici d'ailleurs comment le Docteur Moutin
décrit les effets de son procédé:
« Nous prions la personne que nous voulons
soumettre à ce procédé de se tenir debout devant nous; nous plaçant
alors derrière elle, nous lui appliquons légèrement les deux
mains ouvertes sur les omoplates le plus près possible de leur bord
spinal, les doigts aboutissant vers le tiers interne de la fosse sus-épineuse.
« Le plus souvent, après 30 à 40
secondes d'imposition, le patient, que nous n'avons nullement prévenu des
effets que nous cherchons à produire, éprouve une sensation de chaleur
plus ou moins vive et qui ne tarde pas à se propager dans tout le dos.
D'autres fois, ce sont des frissons qu'il ressent dans la même région,
avec une sorte de pesanteur sur les épaules, ou, d'autres fois encore, une
impression de froid glacial.
image
Fig. 143. — La chute en arrière (2e
temps)
« Parfois enfin, aucune sensation ne se
produit, tant que les mains restent appliquées. Mais, dans tous les cas, du
moins lorsque nous avons affaire à un sujet impressionnable,
suggestible, au moment même où nous retirons nos mains, il se sent
fortement attiré en arrière et cette attraction est souvent si soudaine
et si irrésistible qu'il en perd l'équilibre et que, si nous ne le soutenions
pas, il tomberait tout d'une pièce. Ce qui est peut-être plus
extraordinaire, c'est que ce même phénomène d'attraction se
produit encore sans contact lorsque nous présentons nos mains vis-à-vis
des omoplates, à une distance qui peut varier de 5 centimètres
à 1 mètre ou même davantage. Malgré la distance, le sujet
croit sentir la chaleur rayonner par nos mains et, chaque fois que nous nous
déplaçons lentement en arrière, il a l'illusion de fils qui le tirent
dans notre direction. Nous n'avons pas besoin de dire que ces effets
s'obtiennent à travers les vêtements et, par conséquent, sans
faire déshabiller le sujet.
« Une fois qu'on a reconnu l'impressionnabilité
du sujet, ajoute le Docteur Moutin, s'il oppose, peut-être inconsciemment,
une certaine résistance et qu'on veuille développer sa suggestibilité, il est
bon alors de titiller rapidement avec la pointe des doigts, puis de malaxer les
muscles trapèze et sus-épineux et, à ce moment, si on retire
lentement les mains, le sujet ne tarde pas à reculer, comme attiré par
l'opérateur. Pour l'entraîner tout à fait, il suffit d'appliquer les
mains à plusieurs reprises et de recommencer à malaxer et
à titiller les muscles de cette région. On pratique ensuite une
légère friction sur l'épine dorsale et on arrête la main sur la
région sacrée où on la laisse deux minutes. Les sujets un peu nerveux ne
tardent pas à accuser des fourmillements dans les membres inférieurs, de
la faiblesse dans l'articulation du genou, des tremblements nerveux plus ou
moins apparents se transformant, chez ceux qui résistent beaucoup, en
trépidations épileptoïdes et finissant, bon gré, malgré, par les faire
tomber à genoux. » (Docteur L. Moutin. Le Diagnostic de la
suggestitiilité.)
Comment expliquer ce phénomène d'attraction
? Mettez en présence deux aimants en fer à cheval: l'un très
fort, l'autre faible. Que se produit-il ? Ceci: que ces deux aimants se
trouvent en contact ou à faible distance en présentant des pôles de
même nom (+ vis-à-vis de + et inversement) le très gros
aimant attirera toujours le plus faible. Il doit donc se passer quelque chose
d'analogue dans l'expérience que nous venons de décrire. Le magnétiseur,
faisant fonction d'un fort accumulateur d'énergie, attire en arrière le
sujet qui est en possession d'une moindre force.
Dans l'expérience du Docteur Moutin, il n'est
pas question de polarité. L'expérimentateur pose sa main droite (+) sur
l'épaule droite (+) et sa main gauche (—) sur l'épaule gauche (—). Il y a donc
position isonome, devant amener une suractivité, mais aussi une répulsion. Or,
c'est une attraction que l'on constate presque toujours.
Nous disons « presque toujours » car, lorsque
le sujet est très sensitif et que la volonté ne contrarie pas l'action
de la polarité, le sujet, au lieu de suivre les mains du magnétiseur, tombe en
avant. C'est un fait peu fréquent mais, lorsqu'il se rencontre, il démontre que
le sujet en expérience est d'une sensitivité très développée.
Procédé de Boirac
II faut évidemment éviter toute suggestion,
toute autosuggestion.
Pour écarter ces possibilités d'erreur, — car
on peut objecter que l'attention du sujet est éveillée par le seul fait qu'on
le place debout — notre regretté collaborateur, M. Emile Boirac, recteur de
l'Académie de Dijon, a modifié le procédé du Docteur Moutin.
Boirac expérimentait sur les étudiants qui
venaient lui parler dans son bureau. Au cours de la conversation et sans avoir
rien dit de l'expérience qu'il intentait, il posait amicalement sa main droite
sur une épaule du jeune homme. Après quelques minutes, Boirac ramenait
très lentement sa main vers lui: s'il se trouvait en présence d'un
sensitif, le jeune élève suivait le mouvement avec plus ou moins
d'intensité.
L'expérience est des plus simples. Il faut,
comme pour l'expérience de Moutin, avoir soin de bien détendre sa main, de ne
pas la crisper sur les vêtements; la poser doucement sans effort.
Procédé du Docteur Gaston Durville
Pour perfectionner les deux procédés de Moutin
et de Boîrac, le Docteur Gaston Durville a expérimenté un autre signe.
En parlant avec la personne dont il veut
reconnaître la sensibilité, mon frère pose les mains sur une partie
quelconque du corps — la main, si vous voulez — avec la volonté ferme,
intérieurement formulée, quelle perde une partie de sa sensibilité.
Après quelques minutes, et toujours sans en donner la raison, il
recherche le résultat de son application en faisant de légères
piqûres d'épingle à l'endroit touché. Que se passe-t-il si le
sujet est sensitif ? La sensibilité est diminuée. Quelquefois l'anesthésie
profonde est obtenue après quelques minutes d'application.
Bien entendu, il y a lieu de comparer
rigoureusement les sensations éprouvées à la piqûre sur l'endroit
influencé avec celles accusées à la même région sur l'autre
membre. On s'efforcera de piquer aussi fort d'un côté que de l'autre et de ne
rien dire à la personne qui puisse lui faire supposer une variation dans
sa sensibilité.
Parmi les anesthésies profondes ainsi produites
indépendamment de toute suggestion par l'application de la main, le Docteur
Gaston Durville cite la suivante: II s'agit d'une dame obsédée par l'idée
qu'elle est possédée du démon et que Satan a élu domicile dans son genou droit.
Le diable, logé à l'étroit, se conduit fort mal et la fait cruellement
souffrir. Pendant qu'elle raconte, dans le plus grand détail, sa lamentable
situation, mon frère pose avec négligence la main sur le fameux genou
hanté, puis il parle d'autre chose: d'estomac, de poumon. Or, après
l'entretien, il prend une épingle, pique le genou droit, pique le genou gauche.
Grande est la surprise de la malade qui s'écrie: « Mais ici (à droite),
je ne sens plus du tout..... le diable. »
Vous n'obtiendrez pas toujours des
succès aussi nets, mais ce mode de procéder donne des résultats
intéressants. Le Docteur Gaston Durville en a fait l'expérience sur un grand
nombre de sujets dont les yeux étaient bandés, et le mouchoir qui couvrait les
yeux bourré avec du coton. Il imposait la main, à distance, sur l'un des
bras, par exemple, puis il priait une tierce personne de piquer le sujet aux
deux bras. La piqûre au bras non magnétisé était fortement ressentie,
cependant que, dans la plupart des cas, le bras influencé n'accusait qu'un
léger contact ou même ne sentait rien.
Il est certain qu'on agit d'autant mieux que
l'on est plus magnétique. L'être très développé, conscient de sa
force, rayonne puissamment autour de lui. Il attire vers lui en arrière
(procédé Moutin), ou sur le côté (procédé Boirac) et crée des anesthésies
(procédé Gaston Durville) avec infiniment plus de facilité, que celui qui n'a
pas acquis une parfaite maîtrise de soi. Aussi a-t-on cherché à remédier
à cet inconvénient en cherchant des moyens d'influence où la
volonté humaine n'est pas nécessaire. C'est ce qui a conduit Hector Durville
à construire le sensitivomètre, fort aimant qu'on place au
poignet de la personne dont on veut expérimenter le degré de sensitivité.
De tout temps, on a cru à l'influence
des métaux. Déjà, au 16e siècle, Paracelse se servait
contre diverses maladies et spécialement contre les brûlures et les
blessures, de talismans métalliques faits avec des métaux choisis selon le cas
et traités à une heure planétaire qui, paraît-il, en augmentait
l'activité, en les chargeant du magnétisme des astres et des éléments.
Le Docteur Burcq, en 1851, soutint une
thèse sur la métallothérapie ou guérison des maladies par l'application
externe des métaux. Un élève du Docteur Burcq, le Docteur Moricourt
reconnut que certains métaux agissaient de préférence sur tel organisme plutôt
que sur tel autre et à cette recherche dont il tirait parti en
thérapeutique, il donna le nom de métalloscopie. Sans chercher des faits qui ne
sont pas aussi connus que le mériteraient ces utiles recherches, il est aisé
d'en citer qui sont à la connaissance de tout le monde. II y a bien peu
de familles qui ne fassent plus ou moins souvent « une saison » dans quelque
station thermale. Les eaux minérales, dont l'efficacité n'est pas contestée,
sont des eaux radioactives qui contiennent certains métaux en suspension.
Un minéral dont les vertus ont été de tout
temps reconnues, c'est l'aimant. On l'a employé en talisman, en amulette, en
collyre, pour la guérison des maux de l'esprit et du corps. Hector Durville
dans son étude: Pour combattre les maladies par l'Application de l'aimant,
rappelle que, déjà, Aristote parle des nombreuses propriétés
médicamenteuses d’une sorte de pierre magnétique qu'il appelle l'aimant blanc.
Pline nous apprend que l'aimant était employé contre les maladies des yeux et
Dioscoride l'a proposé pour évacuer les humeurs épaisses des mélancoliques.
Galien, Alexandre de Tralles, Avicenne, Arnaud de Villeneuve, Albert le Grand,
Paracelse, Van Helmont et nombre d'autres savants célèbrent son
incontestable valeur thérapeutique.
L'aimant naturel étant assez difficile à
trouver, on lui substitua bientôt l'aimant artificiel, morceau de fer aimanté
au contact d'un autre aimant ou par courant électrique. Mesmer, qui distinguait
dans l'être humain des pôles assimilables à ceux de l'aimant, se
servit de ce dernier pour traiter les malades, « guérir immédiatement les
maladies nerveuses et inédiatement les autres ». A la même époque, le
Père Hell fit aussi des cures retentissantes par l'emploi de l'aimant et
une vive polémique s'éleva bientôt entre eux, au sujet de la priorité de la
découverte.
Depuis, de nombreux médecins — nous citerons
les Docteurs Luys et Charcot parmi les plus proches de nous — ont constaté les
effets thérapeutiques de l'aimant.
L'action de l'aimant est donc établie
incontestablement par ces faits sur lesquels nous n'avons pas le loisir de nous
étendre, mais qu'on trouvera relatés en détail par Hector Durville dans
l'ouvrage cité.
Le Sensitivomètre de Hector Durville
Avant
Hector Durville, on a cherché à utiliser l'aimant dans un but expérimental.
Notre regretté collaborateur, le Professeur Ochorowicz a expérimenté un tube
d'acier aimanté que l'on plaçait au doigt comme une bague et qu'il avait nommé
hypnocospe. A son contact et après un temps variable, une personne
sensitive éprouvait une sensation de fraîcheur, d'engourdissement, de
fourmillement, etc., sensation d'autant plus, nette que son acuité sensorielle
était plus grande.
Mais
la surface du contact magnétique créée par cet appareil était trop petite pour
que les résultats pussent en être bien nets. Hector Durville a imaginé le
sensitivomètre qui est un fort aimant, se plaçant, non plus à un
doigt, mais au poignet. Deux figures le représentent avec et sans son armature.
Les
deux pôles, marqués + et — qui se font face, laissent entre eux une ouverture
de 4 centimètres environ, par laquelle passe le poignet.
image
Fig.
116. — Le sensitivomètre sans armature
Pour
bien faire comprendre l'application et l'utilité du sensitivomètre, nous
devons rappeler les données que nous avons déjà exposées sur la polarité
générale et les polarités secondaires.
L'homme peut être comparé à un assemblage de deux aimants en fer
à cheval, placés, l'un latéralement et faisant tout le côté gauche
négatif; l'autre placé d'avant en arrière faisant positive la partie antérieure
du corps et négative la partie postérieure. A côté de cette polarité générale,
il existe une polarité secondaire. Considérons un membre supérieur. Nous avons
dit que le bras droit, dans toute sa longueur, est positif, nous devrions dire,
pour être exact: il est surtout positif. De même pour le bras
gauche, le magnétisme négatif y domine. Si nous examinons de très
près chacun des membres supérieurs, nous voyons que la modalité positive
se trouve du côté du petit doigt et l'a modalité négative du côté du pouce,
ainsi que le démontre la figure suivante. Dans le membre droit, la modalité
positive domine, tandis que dans le gauche, c'est la négative. Donc, nous
conformant à cette loi, lorsque nous agirons avec notre main
entière, nous ne tiendrons compte que de la polarité générale mais, pour
une action limitée à une petite partie du corps, la main, par exemple,
nous devons songer à la polarité secondaire.
Cette
polarité secondaire suit la même loi dans les membres inférieurs: le côté
du pouce et du gros orteil est négatif, celui du petit doigt et du petit orteil
est positif.
Que
se passe-t-il chez les gauchers ? Presque toujours ceci: leur polarité
générale, dans son axe latéral, est inversée, tandis que la polarité secondaire
reste fixe. Donc, chez eux, la main gauche est positive et la droite négative.
Si nous considérons les deux bords d'une de leurs mains: le bord radial (côté
du pouce) sera négatif et le bord cubital (côté du petit doigt) sera positif.
image
Fig.
147. — Le sensitivomètre avec son armature
L'action
la plus nette que nous puissions produire au moyen du sensitivomètre est
une action isonome, c'est-à-dire excitante, amenant, chez le sensitif,
une suractivité se traduisant par de la chaleur, des picotements, des
contractions. Chez les sujets très sensibles cette suractivité motrice
peut aller jusqu'à la contracture. Les effets sont d'autant plus nets et
plus rapides que la sensitivité du sujet est plus grande. Pour provoquer une
action isonome, il suffit de placer le sensitivomètre au poignet droit,
le pôle positif (+) de l'appareil du côté du petit doigt.
Pour
se servir de l'appareil, retirer doucement l'armature, appliquer l'ouverture
sur la ligne du pouce à la partie la moins large du poignet et, pendant
que l'un des pôles repose sur la face palmaire du poignet, on contourne la face
dorsale avec l'autre pour le mettre en place. Si le poignet est trop gros pour
entrer dans l'appareil, on place celui-ci sur la table dans la position
indiquée par la figure et l'on applique le poignet sur l'ouverture.
Voici
les résultats que l'on peut attendre de l'application de cet appareil:
«
Sur 100 personnes prises au hasard et soumises à l'expérience du
sensitivomètre, dit Hector Durville, 60 à 70 éprouvent des effets
appréciables.
image
Fig.
— 148. — Polarité du membre supérieur
«
De ce nombre, 2 ou 3 personnes également prises au hasard, éprouvent des effets
très appréciables en l'espace de 1 à 3 minutes. L'application
isonome, c'est-à-dire le pôle + du côté du petit doigt et le pôle — du
côté du pouce, produit un picotement au bout des doigts, de la chaleur dans la
paume de la main et l'avant-bras. Les nerfs, excités, irrités, donnent lieu
à des mouvements involontaires. On observe d'abord presque de
l'hyperesthésie, une augmentation de l'activité, toujours accompagnée d'un
certain malaise avec chaleur à la tête; contractions dans les
muscles du bras, puis contracture et souvent anesthésie. L'application
hétéronome, c'est-à-dire le pôle + sur le côté du pouce, — sur celui du
petit doigt, détermine des effets opposés, mais avec plus de lenteur. C'est une
sorte de fourmillement au bout des doigts, une fraîcheur agréable dans la main,
qui se fait sentir jusqu'à la tête, le bras s'engourdit,
l'activité diminue; et si ces symptômes s'exagèrent, c'est l'anesthésie
et même la paralysie.
«
Les personnes qui éprouvent tous ces effets sont de très bons sensitifs.
On peut les endormir avec la plus grande facilité, soit par l'action de
l'aimant appliqué en position isonome, soit par le magnétisme humain. Elles
présentent presque toutes les quatre états classiques du sommeil provoqué:
états suggestif, cataleptique, somnambulique, léthargique.
«
8 à 10 personnes éprouvent une grande partie des effets précédents en
l'espace de 4 à 5 minutes. Ce sont encore les bons sensitifs qui peuvent
être endormis en quelques séances.
«
20 à 25 éprouvent quelques effets, généralement peu intenses, en 10 ou
15 minutes. Elles sont peu susceptibles d'être endormies
complètement.
«
25 à 30 personnes qui n'éprouvent rien d'appréciable pendant une
application de 20 à 25 minutes, peuvent encore percevoir quelque action
par une application prolongée pendant une ou plusieurs heures; mais il est
toujours impossible d'obtenir le moindre indice de sommeil.
«
II résulte de ce qui précède que, dans un temps qui peut varier de
quelques minutes à plusieurs heures, environ 65 personnes sur 100,
c'est-à-dire les deux tiers, sont influencées d'une façon plus ou moins
appréciable. »
image
Fig.
— 149. Le sensitivomètre placé au
poignet
On
le voit, l'utilité du sensitivomètre est grande en expérimentation
magnétique.
Il
existe encore d'autres procédés permettant de déceler la sensitivité
magnétique. On a cherché notamment à enregistrer par des appareils
l'intensité de la force magnétique. Les sujets sensitifs se sont révélés en
déficit de cette force. Le magnétomètre de l'abbé Fortin devenu avec le
Docteur Baraduc le biomètre, le sthénomètre du Docteur Joire, et
d'autres appareils de Fayol et de Majewski, entre autres, peuvent être
utiles à cet effet. Il serait trop long de nous étendre ici sur ces
appareils enregistreurs. Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer les
lecteurs intéressés à l'excellent travail de notre collaborateur le
Docteur Bonnaymé ( Docteur Bonnaymé. —
La force psychique, l'agent magnétique et les instruments servant à les
mesurer.)
Les
moyens que nous venons d'exposer suffiront à la plupart de nos
élèves. Ils ont, maintenant, des moyens sûrs pour découvrir autour
d'eux les sujets magnétiques. Nous pouvons donc passer à la partie
expérimentale.
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