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EXPÉRIENCES MAGNÉTIQUES à l'état de veille
La
projection de la pensée. — La suggestion mentale. — La magie, magnétique. —
Première expérience. — Deuxième expérience. — Troisième
expérience. — L'intention magnétique; son rôle dans les expériences de magie
magnétique. — Action du regard. — Expériences de polarité.
La Projection de la pensée
Nous
avons souligné l'action de la volonté — et des gestes qui la manifestent — sur
les émissions magnétiques. Relatons quelques expériences qui en apportent la
preuve.
«
Les pensées sont des choses matérielles chargées de puissance », a dit Prentice
Mulford. Théosophes et magnétiseurs — notamment Hector Durville dans le
Magnétisme personnel et le Fantôme des Vivants — ont émis la même théorie
et l'ont affirmée par des expériences concluantes. On a produit aussi des
photographies de la pensée et, parmi ces essais, nous en citerons un de notre
regretté collaborateur le Docteur Ochorowicz, ancien professeur à
l'Université de Lemberg, dont nous reproduisons l'épreuve (fig. 150). Il avait
un excellent médium. Mlle Stanislawa Tomczyk, avec laquelle il avait obtenu des
photographies de pensées plus ou moins nettes, mais celle que nous donnons est
une des plus parfaites qu'il ait produite. Mlle Tomczyk avait, au cours d'une
promenade, longuement regardé la lune. Quelques jours après, le docteur
procéda selon son habitude en mettant la plaque en contact avec le corps du
médium, c'est-à-dire en la plaçant, sans appareil photographique,
à 30 ou 40 centimètres de la main du sujet, dans l'obscurité
complète. L'image obtenue est celle que nous donnons. L'image négative
est si fortement imprimée qu'il faut 5 heures d'exposition au soleil pour la
tirer sur du papier au chlorure ou 80 secondes sur du papier au bromure
d'argent. Elle est, en outre, légèrement colorée. Ce fait tend à
prouver la matérialité ou tout au moins l'influence matérielle de la pensée
image
Fig.
150. — Photographie de la pensée (la pleine lune}
Expérience
du Docteur Ochorowicz avec son médium Stanislawa Tomczvk
Voici
une expérience inédite que j'ai répétée très souvent et que beaucoup
d'élèves peuvent aisément reproduire.
II
vous faut le concours d'un sujet sensitif, endormi ou non. Prenez une certaine
quantité de cartes de visite, toutes semblables, dont aucune ne puisse servir
de repère au sujet. Faites choisir une de ces cartes par une personne de
l'assemblée, qui la marquera d'un point imperceptible, à l'une des
extrémités du côté imprimé — lequel n'est jamais présenté au sujet. Ce point
sert à la fois à reconnaître la carte et à déterminer le
haut et le bas, ce qui a son importance, comme l'on va voir. La marque étant
faite, reprenez la carte et présentez-la au sujet du côté qui ne porte aucune
indication en lui disant: « Concentrez fortement votre pensée. J'imprime ma
pensée sur cette carte. Vous voyez un perroquet, vous le voyez de plus en plus
distinctement, vous en reconnaissez parfaitement le dessin et la couleur. Vous
voyez bien le perroquet. Voyez. Je retourne la carte, je mets le perroquet la tête
en bas. Vous le voyez bien ainsi. Je le remets dans son sens naturel...»
image
Fig.
151. — Expérience de projection de la pensée
Sur
l'ordre de son magnétiseur, le sujet voit apparaître bientôt, au dos d'une
carte de visite, l'image d'un perroquet, ou de tout autre objet que vous
désirez. Cette carte, étant remise parmi d'autres absolument semblables, le
sujet peut la retrouver grâce à l'image mentale que vous y avez créée.
Quand
votre sujet a fixé la carte suffisamment, qu'il a une image nette devant les yeux,
vous lui donnez un instant la carte entre les mains, mais de manière
qu'il ne puisse ni la froisser ni la marquer, afin de la rendre reconnaissable.
Ensuite battez vos cartes de visite comme vous battriez un jeu de cartes
à jouer. Ceci fait, étalez vos cartes sur la table, le côté non imprimé
par-dessus et priez votre sujet de concentrer sa pensée doucement. Il devra
prendre les cartes successivement, les regarder une à une attentivement
et retirer celle sur laquelle vous avez créé l'image mentale du perroquet. Neuf
fois sur dix, le sujet retrouve la carte influencée.
Il
m'est arrivé de parler de cette expérience au Dr Gustave Le Bon qui m'a dit
l'avoir faite, au temps où il faisait ses études de médecine, mais il
attribue le choix du sujet à une acuité particulière de la vision
chez les sensitifs: son opinion est que le sujet reconnaît sur la carte des
particularités non apparentes pour nous.
Le
tact, plus affiné que le nôtre, permet aussi au sujet de reconnaître à
des effluves particuliers la carte qui a été touchée par lui précédemment.
Il
est aisé d'éliminer ce dernier facteur en ne donnant pas la carte à
toucher au sujet avant de la mêler aux autres. L'expérience présente plus
de difficulté, mais on la réalise tout de même avec un sujet bien
entraîné.
Pour
augmenter les chances de succès, le mieux, tout d'abord, est de tenter
l'expérience un certain nombre de fois avec le sujet mis en somnambulisme.
Après réussite, renouveler les essais à l'état de veille. On
obtient ainsi des résultats surprenants de certitude. Il va de soi que le
perroquet que je choisis le plus souvent peut être remplacé par tout
autre objet, de couleur vive et de contours bien définis: une fleur que le
sujet puisse reconnaître aisément ou tout autre objet analogue. Nous ne
saurions trop recommander d'agir avec la plus grande douceur, de n'utiliser que
des procédés magnétiques qui seuls sont susceptibles de produire chez le sujet
sensitif l'acuité des sens; indispensable à la réussite de l'expérience.
La Suggestion mentale
On
peut aussi, avec la pensée soutenue par une forte volonté, agir à
distance. Nous le verrons en traitant de la suggestion mentale. Lorsque vous
aurez trouvé un excellent sujet sensitif, vous pourrez accomplir avec lui une
série d'expériences, rien qu'en formulant vos désirs, à distance. Pour
réussir complètement, il faut que le sujet soit très sensitif et
que le magnétiseur puisse se concentrer avec force, de manière à
pouvoir projeter puissamment sa pensée. Commencez ces expériences de suggestion
mentale à petite distance.
Recommandez
au sujet de se mettre, physiquement et cérébralement, dans un état de calme le
plus parfait possible. Plus il sera calme et moins d'idées s'associeront dans
sa tête, donc plus il sera susceptible de recevoir vos ordres mentaux. Le
sujet sera passif. Au contraire, le magnétiseur doit être actif: il est
indispensable qu'il concentre fortement ses forces mentales sur la suggestion
qu'il veut imposer. Cette suggestion ne peut être donnée que par un
effort cérébral soutenu. L'opérateur doit s'auto suggérer sur l'ordre qu'il
donne dans une formule toujours identique et — nous le verrons dans le chapitre
spécialement consacré à la suggestion mentale — devant son intellect il
doit voir l'acte comme s'il était réellement accompli. Ainsi voulez-vous que
votre sujet pense à une chaise ? Ce n'est pas au mot « chaise » qu'il
faut penser, mais vous devez mentalement créer l'image d'une chaise, la voir
nettement avec toutes ses caractéristiques, comme si elle était devant vos
yeux. C'est seulement lorsque cette image apparaîtra devant votre esprit que
vous chercherez à la projeter vers le sujet. Pour vous aider à
former cette image mentale, le mieux est de regarder une chaise que vous placez
près de Vous. Fixez-la attentivement, voyez sa forme, ses caractéristiques
essentielles. Puis, fermez les yeux. Cela vous enlève une grande part de
vos distractions. Faites un effort calme, mais soutenu, et essayez de maintenir
devant votre esprit l'image nette de la chaise. Plus cette image sera précise,
aura des contours nets et plus vos chances de réussite en seront augmentées.
Au
lieu que votre sujet reçoive une image, désirez-vous qu'il accomplisse un acte,
celui, par exemple, de tomber en arrière ? Il faut, sans prononcer
aucune parole, ni faire de geste qui puisse le guider, vous représenter
mentalement votre sujet comme s'il était déjà tombé. Plus nette sera
votre idéation et plus vite l'effet désiré sera obtenu.
Qu'on
le sache bien, ces expériences ne s'obtiennent pas sans entraînement. Elles
dépendent de deux facteurs difficiles à réunir: une parfaite passivité
du sujet, une puissante concentration mentale de l'opérateur. Passivité du
sujet veut dire arrêt du travail cérébral. Il y a là une sérieuse
difficulté pour un être nerveux, impressionnable qui a l'habitude des
associations d'idées rapides. Le sujet éprouvera donc beaucoup de peine, sinon
à suspendre, tout au moins à diminuer son travail cérébral.
D'autre part, le magnétiseur doit être suffisamment maître de lui pour se
concentrer avec une pensée calme et soutenue; il doit acquérir la faculté
d'évoquer des images. C'est un résultat que l'on n'obtient pas du jour au
lendemain.
Cependant,
ces expériences — même si elles ne réussissent pas tout d'abord aussi
complètement qu'on le désire, — n'en constituent pas moins pour le
magnétiseur d'excellents exercices de concentration mentale.
On
commencera par vouloir que le sujet tombe dans un sens déterminé: en
arrière, en avant ou sur un côté. Le sujet étant debout, on lui
recommandera d'être le plus calme possible, de s'efforcer à ne pas
penser. On se placera derrière lui et, tout en le fixant à la
nuque, on se concentrera avec une volonté calme sur le résultat que l'on
imaginera déjà comme s'il était obtenu.
On
renouvellera cette expérience en se plaçant devant le sujet, mais, dans ce cas,
il est bon de bander les yeux du sensitif, afin qu'il ne puisse tirer aucune
indication des gestes, si petits soient-ils, que vous pourriez faire
involontairement car, nous l'avons dit, celui qui n'a pas une parfaite maîtrise
de soi fait des gestes à son insu.
On
peut suggérer au sujet n'importe quelle action, mais, plus simple sera l'acte
et plus vous augmenterez vos chances de réussite. Si vous désirez faire
accomplir au sujet, non plus un acte isolé, mais une série d'actes, par
exemple, fermer une porte, puis enlever la clef, ouvrir le piano et poser
ensuite la clef sur le clavier, il faut nécessairement décomposer l'action.
Voyez d'abord mentalement la porte fermée, puis, ce résultat étant obtenu,
représentez-vous le sujet touchant la clef, puis la prenant et, enfin, le piano
ouvert avec la clef posée à la place choisie. Mais, il est bon de le
répéter pour éviter à nos élèves des mécomptes, l'obtention
d'actes compliqués est extrêmement difficile. Il faut un sujet
très entraîné à ces sortes d'expériences, c'est-à-dire
capable de se mettre en état parfait d'isolement. De son côté, le magnétiseur
doit savoir se concentrer, il doit être à même de vouloir
avec puissance et persévérance.
Le
sommeil magnétique amenant un très grand calme dans l'esprit du sujet,
ces expériences de télépsychie volontaire réussissent naturellement mieux en
hypnose. Lorsqu'on les a obtenues en cet état, on les réalise ensuite avec
facilité à l'état de veille.
Quand
vous serez à même de transmettre votre pensée, lorsque votre sujet
est auprès de vous, dans la même pièce, vous renouvellerez
l'expérience à plus grande distance: dans le même appartement,
mais d'une pièce à l'autre, à travers le mur, qui n'est
pas un obstacle à la force magnétique. Après succès,
augmentez progressivement la distance. Pour être difficiles, ces
expériences n'en présentent que plus d'attrait.
Envisageons
maintenant l'influence du geste sur nos émissions magnétiques.
La Magie magnétique
Notre
force magnétique ou nerveuse ne se produit pas seulement au fur et à
mesure de nos besoins: elle est fabriquée de façon continue par un organisme
prévoyant et mise en réserve dans des organes spéciaux, véritables
accumulateurs, que la science médicale nomme plexus. C'est grâce à la
force accumulée dans ces plexus que s'opèrent automatiquement nos
fonctions: digestion, circulation, respiration. Les choses ne vont pas toujours
avec un calme parfait; alors se produisent des troubles dont nous avons
déjà traité. Une émotion fait brusquement sortir de nos accumulateurs
partie de cette réserve de force et il s'ensuit diverses réactions sur les
organes soumis à l'action directe du plexus mis en cause: troubles du
cœur, de l'estomac, de la vessie, de l'intestin. Le choc émotionnel peut appeler
nos forces nerveuses sur les dernières ramifications de notre
système circulatoire : si ce sont nos nerfs vasodilatateurs qui
s'émeuvent, un flot de sang se répand sous la peau, nous rougissons. Le
mécanisme est-il inverse ? Nos nerfs vasoconstricteurs entrent en jeu: nos
vaisseaux se contractent, le sang reflue vers l'intérieur du corps, nous
pâlissons. Ces actions sont inconscientes et surtout involontaires.. Nous
dilapidons nos réserves nerveuses sans nous en douter.
image
Fig.
152. — Première expérience de du Potet
Cet
influx nerveux, que les plexus tiennent en réserve, peut aussi s'échapper de
nous sous une impulsion raisonnée, consciente: le magnétiseur qui fait des
gestes devant un malade ou un sujet sensitif active ainsi volontairement son
émission fluidique, l'amplifie, la dirige au mieux de l'expérience à
intenter. C'est ce geste, considéré comme excitant, que nous allons étudier.
Le
premier auteur qui ait traité expérimentalement de l'influence du geste sur nos
émissions magnétiques est le baron du Potet.
Pour
ces expériences, du Potet avait choisi une forme très frappante et
nouvelle. Il faisait des tracés sur le parquet et soumettait à leur
action des personnes qu'il prenait au hasard parmi ses auditeurs. Il est
intéressant de rappeler certaines de ces expériences et de traduire les
impressions éprouvées.
Première expérience.
Du
Potet traçait sur le sol deux traits à la craie blanche, avec une
intention bien déterminée. Ces traits étaient parallèles et distant de
50 centimètres l'un de l'autre, environ. A une extrémité du couloir
formé par ces deux lignes et séparé par un petit espace (c), du Potet traçait
une spirale (d) qui figurait intentionnellement un précipice. Le patient, qui
était jeune et robuste, était placé à l'autre extrémité (a) : il n'était
ni endormi, ni magnétisé, mais laissé à ses impressions. On lui
demandait seulement de poser le pied sur le début de chaque ligne (à
l'entrée a) : il lui était parfaitement loisible de céder ou de résister aux
sensations et aux impulsions qu'il éprouvait.
image
Fig.
153. — Première expérience du baron du Potet.
Le
sujet, placé à l'entrée du couloir (A), se sent irrésistiblement attiré,
vers l'abîme imaginaire (D).
Que
se passait-il ? Si nous suivons ses réactions, dit un élève de du Potet,
nous voyons d'abord le sujet résister. Bientôt un tremblement convulsif des
membres inférieurs se manifeste et se communique à toute l'économie. Les
yeux deviennent brillants, vitreux, fixes; quelque chose de saccadé se fait
remarquer dans ses mouvements, une impatience manifeste se montre et la
personne soumise à l'expérience commence aussitôt à marcher sur
les lignes sans pouvoir les quitter, en dévier, les fuir, les éviter. Quelque
chose d'inexprimable se peint alors sur ses traits. Un pouvoir dominateur,
fascinateur l'attire jusqu'au bout de cette route fatale où le
magnétiseur a voulu qu'un profond précipice existât. Ce n'est cependant qu'une
idée, un désir intérieurement formulés; mais cette idée s'est tellement
communiquée au magnétisé qu'en approchant de l'abîme imaginaire, il se couche
et rampe du point b à l'ouverture béante du précipice fictif. Là,
un profond désespoir se peint sur sa figure, sa respiration devient haletante,
râleuse, bruyante. Comme saisi de vertige, il cherche à s'accrocher,
à se retenir, en enfonçant ses ongles dans les rainures du parquet. Un
tremblement agite tout son corps. Du Potet met fin à cette scène,
fait enlever le patient, toujours livré à ses craintes, à ses
angoisses. Ce n'est que dans une pièce voisine qu'il reprend ses sens et
oublie les dangers auxquels il se croyait exposé quelques instants auparavant.
Une sueur froide l'inonde et l'oubli par lui de ce qui s'est passé frappe d'un
étonnement nouveau les témoins de cette expérience.
image
Fig.
154. — Deuxième expérience de du Potet
C'est
en ces termes, qui traduisent son enthousiasme pour du Potet, qu'un spectateur
rend compte de cette première expérience.
Deuxième expérience.
Du
Potet intentait une autre expérience qui était une variante de la
première. Toujours à la craie, il traçait deux lignes sur le
parquet, avec la volonté déterminée d'enfermer le patient comme entre deux
murs. Ces deux lignes étaient sinueuses et, à la place de la spirale,
à la sortie du couloir ainsi formé en ligne serpentine, se trouvait non
un précipice, mais un triangle (e), dont un sommet présentait sa pointe vers le
couloir, pour l'obturer en quelque sorte.
Le
témoin qui nous fait le compte-rendu émerveillé de cette expérience nous dit
que le sujet soumis à l'action est jeune et robuste, et nullement magnétisé.
Placé à l'entrée du couloir, les pieds dans l'espace compris entre les
deux lignes qui sont assez éloignées pour qu'il puisse marcher sans se heurter
aux murailles imaginaires et abandonné à la seule action des fluides,
cet homme est bientôt attiré dans ce couloir dont il ne peut franchir les
limites, qui se présentent à lui comme des murailles, dont il heurte les
sinuosités tantôt à droite, tantôt à gauche. La pointe de ses
pieds bute contre la paroi imaginaire sans la pouvoir franchir. Un brusque
mouvement le fait obliquer et suivre jusqu'au point B la direction figurée par
la ligne ponctuée et de là au point C, à chacun desquels il
s'arrête, les pieds comme cloués et le corps oscillant, jusqu'à ce
qu'un demi-tour le replace dans son sinueux chemin. Parvenu à
l'extrémité D, il trouve l'issue fermée par l'écartement des côtés du triangle
E; malgré les plus grands efforts, il est comme muré dans sa prison. Il
manifeste une sorte de désespoir et de crainte que ses mouvements involontaires
trahissent à tous les regards. Il est comme rivé au sol. L'expérience,
tentée successivement avec quatre personnes donne toujours le même
résultat, avec seulement des différences d'intensité.
Mais,
dans la suite, les phénomènes sont plus curieux encore. Il s'agit de
faire sortir les sujets du tracé magique. De nouvelles difficultés se
présentent. Bien qu il n'opposent aucune résistance, leurs pieds semblent
adhérer au sol. Ce n'est pas de l'inertie que l'on a à vaincre: c'est
une sorte de soudure qu'un seul homme ne peut rompre; il faut que plusieurs
s'emploient à cet office. Et lorsqu'on est parvenu à éloigner le
sujet du plan magnétique, ses pieds sont attirés vers les lignes et s'y fixent
de nouveau, de telle sorte que, pour enlever les patients, il faut les transporter
dans une pièce voisine, sans les laisser nullement en contact avec le
plan duquel ils tendent toujours à se rapprocher. Tous ces magnétisés,
transportés dans une autre partie de l'appartement, reprennent leurs sens, mais
ils n'ont pas une connaissance exacte de ce qui s'est passé. II leur reste un
peu de fatigue dans les pieds et dans les mollets, un sentiment de chaleur et
de traction, comme si les muscles des jambes avaient été tiraillés.
Troisième expérience.
M.
le baron du Potet, pour cette troisième expérience, tenant de la craie
d'une main et du charbon de l'autre, trace sur le parquet deux lignes droites,
parallèles, l'une blanche et l'autre noire, distantes d'un mètre
et longues de trois environ. Personne ne connaît son projet.
A
l'extrémité B de la ligne blanche se trouve, dessiné à la craie, un
niveau N; l'extrémité D de la ligne noire se termine par un serpent S; deux
étoiles de craie: X, 0, sont tracées, sans intention magnétique, à une
égale distance des deux lignes.
Par
cette expérience, du Potet veut reconnaître si, comme l'ont cru les anciens
philosophes, deux puissances opposées nous gouvernent: l'une, principe du bien,
nous pousse et nous conduit dans la voie droite, l'autre, principe du mal, nous
incite à des actes coupables. Le triomphe de l'une ou de l'autre ferait
le vice ou la vertu, rendrait l'être heureux ou malheureux.
image
Fig.
— 155. Troisième expérience de du Potet
«
Voyons, dit du Potet, si l'être humain placé entre ces symboles
décèlera sa tendance; voyons quelle sera la direction prise par les
êtres engagés dans cette route. L'espace est libre; l'influence
magnétique n'existe que sur les lignes. En les traçant j'ai eu deux pensées: la
noire est pour moi le chemin du vice; j'y ai imprimé, par intention, tout ce qui
peut le caractériser (serpent). La blanche est contraire; j'y ai imprimé aussi,
par ma volonté, mes pensées, tout ce que les hommes regardent comme étant la
vertu (niveau). Essayons donc leur influence sur des personnes sensibles au
magnétisme, mais non magnétisées actuellement. Je vais donc rester
entièrement passif durant l'opération, et le résultat, quel qu'il soit,
devra-être attribué à l'unique influence exercée par les lignes et
symboles. » (Baron du Potet. — La Magie dévoilée.)
Un
jeune homme de vingt-quatre ans, robuste et décidé chez qui le sommeil
magnétique n'a jamais été produit, est placé sur l'étoile crayeuse X. Sa
volonté est libre et personne ne remarque d'altération, ni dans sa raison, ni
dans son maintien habituel; il rit et exprime ses doutes, sur l'issue de cette
expérience.
Le
baron du Potet se place au point 0, où il reste inactif. Bientôt le
sujet s'inquiète. Il fixe alternativement ses yeux sur les lignes et ne
regarde déjà plus l’assemblée. De nombreuses secousses remuent tout son
corps et l'ébranlent fortement. Il avance, puis retourne volontairement
à sa place; mais à peine y est-il arrivé qu'il repart dans la
même direction. On remarque déjà manifestement que la ligne noire
l'attire; il s'en approche en oscillant, et la touche enfin du bout du pied au
point E; puis il la quitte de nouveau pour rentrer dans le plan magnétique.
Quelque chose cependant, semble le retenir. Il regarde la ligne blanche, et son
corps se penche latéralement vers elle, les pieds restant immobiles près
de la ligne qu'ils touchent presque. Un brusque demi-tour le replace sur la
ligne qui l'attire, et il marche rapidement jusqu'au point C. Là,
tournant un peu sur lui-même, son corps fléchissant de côté forme presque
un demi-cercle, la tête inclinée sur la ligne blanche. C'est dans cette
position, ainsi courbé, qu'il avance latéralement vers l'extrémité D de la
ligne noire, regardant avec anxiété ce qui la termine. Ses yeux sont brillants;
tout est saccadé dans ses mouvements; le jeu des muscles de la face exprime les
combats de l'âme; on peut y voir l'ivresse du plaisir, comme le désespoir que
cause une grande faute. Agité par le tumulte de ses pensées, tout est en
mouvement dans son organisation; sa poitrine se gonfle, sa bouche chasse des
bouffées d'air, puis toute hésitation disparaît, il se tourne vers le serpent
symbolique, se penche sur ce signe en écartant les mains comme pour le saisir.
On l'arrache alors à cette situation; il est inondé de sueurs; ses yeux
sont immobiles.
Transporté
dans une pièce voisine, il y reprend peu à peu l'usage de ses
sens. Interrogé sur ses sensations, il ne se rappelle que ses premiers
mouvements et dit que les trois premiers pas qu'il a faits étaient accompagnés
d'un sentiment de plaisir indicible, puis, qu'aussitôt après, un sombre
désespoir s'est emparé de lui. A partir de ce moment, il ignore ce qu'il a
fait. Il assure qu'il ne croyait point d'abord à une telle influence et
qu'il était bien résolu, si elle se faisait sentir, à y résister de
toute sa volonté.
Du
Potet engage une autre personne à se placer à l'étoile X. C'est
encore un homme fort et parfaitement éveillé, il pense que sa volonté est plus
puissante et dominera toute sorte d'influence. C'est donc résolument, sans
hésitation, qu'il consent à subir l'épreuve. Deux minutes sont à
peine écoulées que déjà les mouvements convulsifs se manifestent dans
les jambes: le regard est fixé entre les deux lignes. On remarque une grande
hésitation, son corps se penche tantôt à droite, tantôt à gauche.
Un premier pas a lieu vers la ligne blanche, puis il est attiré brusquement sur
la ligne noire au point E, et il la côtoie jusqu'au point H, où il la
touche de nouveau. Alors le désespoir s'empare de lui, de grosses larmes
coulent de ses yeux. Mais, par un effort, il s'éloigne et se dirige au point I
de la ligne opposée qu'il touche du bout du pied; il la quitte vite, arrive au
point 0 sur l'expérimentateur qu'il étreint de ses bras et inonde de ses
larmes.
Du
Potet renouvelle cette expérience avec une troisième personne. Tout
à coup, une porte est violemment poussée, des personnes bousculées, des
sièges renversés. Du fond de la salle, un jeune médecin s'élance vers
les lignes et arrive dans l'espace compris entre les deux lignes. Il a les
traits bouleversés, les cheveux hérissés, les yeux hagards, les bras étendus,
les doigts écartés; il s'agite violemment et semble vouloir prendre la place de
celui qui se prêtait à l'expérience. Tout le monde se lève
étonné, mais du Potet passe la main sur le front du patient qui se penche sur
lui, ferme les yeux et redevient calme. Entraîné dans une autre pièce,
le héros de cette expérience est interrogé; lent à répondre, il exprime
enfin que, malgré lui, il a commis cet acte; qu'entraîné par un pouvoir
invincible, il avait été comme jeté sur les lignes.
Le
baron du Potet multiplia ces expériences, fit de nombreuses variantes, fit ses
tracés à, la craie ou au charbon de bois, changea la disposition de ses
lignes, remplaça la spirale, l'étoile à 5 pointes, le niveau et le
serpent par des cercles, un disque lunaire, une flèche. Il fit des
cercles qui, noircis de charbon, devinrent des miroirs magiques.
Du
Potet attribuait aux signes une valeur propre: niveau, principe du bien;
serpent, principe du mal; cercle, mouvement rotatoire.
Que
faut-il retenir de ces expériences de magie magnétique ? II y entre d'abord une
très grande part d'auto suggestion. Mais, si nous l'éliminons en
procédant avec des sensitifs qui n'aient aucune idée de l'expérience, si nous
expérimentons sans idée préconçue, sans vouloir crier à la magie comme
le faisait du Potet, nous arrivons à nous rendre compte que le geste est
par soi-même un stimulant. Il augmente nos émissions magnétiques comme le
coup de poing souligne et exagère notre colère. Empêchez un
coléreux de gesticuler, de frapper sur la table, de crier, il se calme bientôt.
L'homme magnétique, maître de ses gestes, impose le calme autour de lui. Le
geste nous permet de mieux concentrer notre pensée, notre volonté; il nous
permet d'extérioriser notre influx psychique et de le diriger.
Le
tracé fait, comme le disait du Potet, avec « une intention magnétique » crée
des plans de force qui sont ressentis par les hauts sensitifs. II ne faut pas
croire que toute personne puisse ressentir ces plans de force. L'expérience
prouve qu'en éliminant toute suggestion ou auto suggestion, c'est-à-dire
en soumettant à l'expérience des personnes non prévenues, l'action, bien
loin d'être ressentie par tout le monde, l'est seulement par les grands
sensitifs.
Le
sommeil magnétique augmentant l'acuité des sens, le sujet sera donc plus
impressionné en hypnose qu'à l'état de veille. L'état le plus favorable
pour réaliser ces expériences est le somnambulisme. Même lorsqu'ils sont
soumis éveillés à l'action des signes magnétisés, les sujets entrent
très souvent d'eux-mêmes dans un sommeil léger, en état suggestif,
comme ce jeune médecin dont il est question dans la troisième
expérience, quelquefois même en état somnambulique, lorsque le sujet est
plus sensitif et plus entraîné à ces expériences. Il y a là, en
dehors de l'action magnétique, une auto suggestion qui intensifie les
perceptions à chaque nouvelle expérience.
Reste
à examiner la valeur intrinsèque des signes employés. Tel signe
a-t-il en réalité une valeur toujours la même ? Le niveau, par exemple,
donnera-t-il toujours une sensation d'équilibre ? Nous ne le croyons pas, car
une expérimentation attentive est loin de le démontrer. Ce qui agit sur notre
influx psychique, ce qui le polarise, c'est notre désir, notre volonté. Tracez
l'image d'un serpent avec l'idée que votre extériorisation donnera une
impression gaie à votre sujet, celui-ci éprouvera la sensation que vous
aurez déterminée à l'avance. De même pour le miroir noir ou
saturnien que du Potet traçait à terre avec du charbon de bois: ce
miroir ne donnera pas forcément des images sombres. Si vous le tracez avec une
« intention magnétique » dirigée vers des images de joie, le miroir sera ainsi
polarisé. Les expériences de magie magnétique bien conduites nous démontrent
l'influence du geste sur notre influx magnétique. Elles prouvent que nous
pouvons, à volonté, dès que nous sommes suffisamment entraînés,
donner à notre force nerveuse, non seulement une direction déterminée,
mais une impression particulière, ce « ton de mouvement » dont parlent
les magnétiseurs. Apprenons donc à être de plus en plus maître de
nos gestes. Notre équilibre psychique en sera meilleur et le bien que nous
pouvons faire autour de nous s'en trouvera augmenté,
Action du regard
Etudions
maintenant l'action du regard.
Nous
avons dit que le regard pouvait être envisagé comme un geste de nos yeux
et pouvait, considéré de la sorte, avoir une influence sur nos émissions
magnétiques. Voici quelques expériences qui le démontrent et qui sont à
la portée de chaque lecteur.
Tout
d'abord, nous déconseillons le regard « fascinateur » qui, fait à
très peu de distance du sujet — les nez se touchant ou presque —
amène chez le sujet un strabisme convergent d'où résulte bientôt
une grande fatigue oculaire. Dans un précédent chapitre consacré au regard magnétique,
nous avons déjà mis en garde nos élèves contre ce procédé brutal.
Ce
dont nous pouvons user dans toute circonstance, c'est d'un regard magnétique,
doux mais ferme, soutenu par une volonté calme et puissante. Ce regard porte
directement notre action. Si, étant derrière une personne très
sensitive, à une petite distance, vous dirigez votre regard à sa
nuque, bientôt, cette personne se sent gênée et se retourne. L'action est
d'autant plus rapide que le sujet influencé est plus sensitif, d'autant plus
nette que vous aurez créé devant votre intellect l'image de l'acte à
accomplir. Vous réussirez mieux encore au théâtre, au restaurant, dans un wagon
ou un tramway, car la personne sur laquelle vous intentez votre action est dans
un état de calme physique qui la prédispose à recevoir votre action
mentale. Pour augmenter vos chances de réussite, choisissez avec soin la
personne sur laquelle vous expérimenterez. Plus elle sera nerveuse,
impressionnable, et plus elle sera sensible à votre action. Ne vous attendez
à réussir tout de suite et à tout coup; il vous faut du temps et
de l'entraînement.
II
est des magnétiseurs puissants qui, par le regard aidé d'une action de pensée,
donnent au sujet sensitif un sentiment déterminé: le calme ou la colère,
par exemple. Voici, à titre d'exemple, une expérience faite par le baron
du Potet; elle nous est rapportée par un de ses élèves.
«
Du Potet proposa à ses auditeurs de faire naître dans le cœur de
l'un d'entre eux l'antipathie ou la fureur contre n'importe quelle personne de
la société. Après avoir désigné les personnes, distantes l'une de
l'autre de deux mètres environ, le magnétiseur s'assit au milieu du
salon en dirigeant un regard soutenu sur celui qui devait être le
principal sujet de cette expérience, jeune homme d'une vingtaine d'années,
d'une constitution assez délicate. On vit, peu à peu, le regard du sujet
s'animer, s'agrandir et briller d'un éclat très vif. Après
quelques minutes et quand il estima que le sujet était pleinement en sa possession,
M. du Potet porta intentionnellement son regard vers l'autre personne. A ce
moment, on vit le sujet de l'épreuve diriger vivement et alternativement son
regard sur le magnétiseur et sur l'autre personne, et à mesure qu'il
changeait d'objet, sa physionomie s'animait davantage; son œil devenait
menaçant; ses narines se gonflaient; ses lèvres, serrées fortement,
exprimaient le mépris et la colère; sa face et ses yeux étaient comme
injectés par un épanchement bilieux. Tout, en un mot, annonçait l'explosion
soudaine d'un accès de fureur.
«
A ce moment, M. du Potet engage la seconde personne à feindre de lever
une canne contre lui. Alors le sujet, arrivé au paroxysme de la colère,
se lève avec fureur pour attaquer son adversaire, c'est-à-dire
celui qui avait seulement menacé M. du Potet et, quoique deux hommes placés
à ses côtés fissent tous leurs efforts pour le retenir chacun par un
bras, il s'élança avec le plus violent emportement, la passion la plus
furieuse... On eût dit, rapporte l'élève enthousiaste de du Potet,
une bête fauve, un animal féroce qui fond sur sa proie. La colère,
la fureur, l'ardeur du combat, le mépris du danger ne peuvent avoir un type
plus vrai, plus saisissant.
«
Ce ne fut pas sans quelques efforts que M. du Potet put détruire le charme qui
dominait ce jeune frénétique et le rendre à son état normal. »
Comme
le fait très justement remarquer le spectateur qui a rendu compte des
expériences de du Potet, l'effet produit n'est pas une sorte de transfusion de
sentiment; ce n'est pas la colère de l'expérimentateur qui se communique
au sujet. M. du Potet est parfaitement calme, mais c'est intérieurement qu'il
formule son désir. Pour obtenir ce résultat par la seule action du regard, il
faut y être entraîné. D'autre part, cette action ne saurait être
ressentie que par de grands sensitifs dont le système nerveux
possède une acuité toute particulière. Et, comme le sommeil
magnétique exalte encore cette acuité, il est nécessaire de procéder aux
premiers essais en plongeant le sujet en hypnose. Lorsque Les expériences
auront été couronnées de succès en état provoqué (de préférence en
somnambulisme), on les renouvellera à l'état de veille.
Expériences de polarité
Pour
terminer cette étude des expériences à l'état de veille, disons un mot
de la polarité. Ces expériences ne peuvent réussir qu'avec un sujet très
sensitif.
Votre
sujet étant debout devant vous, présentez à quelques centimètres
de son front (+) la paume de votre main droite (+); vous êtes ainsi en
position isonome ou excitante; votre sujet éprouve une impression de tiédeur,
de chaleur désagréable. S’il est très sensitif, il ressent de
l'excitation, du malaise et sa respiration devient difficile. Il se sent
repoussé. Il en est de même pour l'aiguille aimantée, si vous présentez
en face de son extrémité positive la partie positive d'un aimant. Si vous
continuez l'action, le sujet s'endort.
En
place de votre main droite, présentez votre main gauche. (—) au front (+):
étant ainsi en position hétéronome ou calmante, vous aurez un effet inverse du
premier. Votre sujet sent au front une impression de fraîcheur agréable, de
calme, de bien-être; sa respiration se rétablit promptement. Sous cette
action hétéronome, le sujet endormi se réveille et il se sent attiré vers votre
main. Venez-vous à la retirer doucement, il la suit.
Vous
obtenez les mêmes sensations de calme et d'excitation sur toute autre
partie du corps. Il vous suffit de tenir compte de la polarité de la partie
où vous appliquez ou présentez à faible distance la main.
Cette
action magnétique peut se produire avec des corps intermédiaires. A l'insu du
sujet, magnétisez deux verres d'eau, l'un positivement avec votre main droite
et l'autre négativement avec votre main gauche. Placez ces deux verres sur une
table à 30 ou 40 centimètres l'un de l'autre, sans mettre le
sujet au courant de votre expérience, afin qu'il ne puisse subir d'influence,
ni s'auto suggérer. Dites-lui seulement de goûter successivement à
chacun de ces deux verres et de chercher à se rendre compte si l'eau
qu'ils contiennent lui donne la même sensation.
Le
sujet sensitif constate que l'eau magnétisée positivement est agréable,
légèrement acidulée; l'eau magnétisée négativement, lui paraît fade,
nauséabonde, désagréable. Les impressions sont d'autant plus nettes que
l'acuité sensorielle du sujet est plus grande.
Toutes
ces expériences sur la volonté, les gestes qui la traduisent et la polarité
avec mille variations qu'il vous est sans cesse loisible d'imaginer, vous
fourniront, l'objet de très nombreuses études.
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