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Cours de magnétisme personnel

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LES ÉTATS SUPERFICIELS de l'Hypnose

Les subdivisions du sommeil magnétique. — La paralysie magnétique. Comment la produire. — La succession des états magnétiques.  Etat suggestif. — Troubles sensoriels. — Troubles psychiques. — Quelques expériences récréatives. La suggestion post-magnétique. — Etat cataleptique. — La contracture générale. — Etat somnambulique. Le somnambulisme naturel; ses caractéristiques. Puységur découvre fortuitement le somnambulisme.— Les 7 phases du somnambulisme magnétique. — I. Rapport. — II. Sympathie au contact. — III. Sympathie à distance. — IV. Lucidité les yeux fermés. — V. Lucidité les yeux ouverts. — Vl. Extase. — La suggestion musicale. — VII. Contracture. — Etat léthargique.

 

 

Abordons maintenant l'étude des différents états du sommeil magnétique. Ce sommeil est très différent du sommeil suggestif et du sommeil hypnotique. Il se subdivise en plusieurs états qui, du plus superficiel au plus profond, se présentent dans cet ordre:

1°. — Etat suggestif: appelé encore état de crédulité par de Rochas;

2°. — Etat cataleptique;

3°. — Etat somnambulique, se subdivisant lui-même en 7 phases que nous aurons à étudier en détail: 1) rapport; 2) sympathie au contact; 3) sympathie à distance; 4) lucidité les yeux fermés; 5) lucidité les yeux ouverts; 6) extase; 7) contracture ;

4°. — Etat léthargique.

Au-delà, nous trouvons l'extériorisation de la sensibilité et le dédoublement.

Ces états se produisent par action excitante, soit qu'on cherche à surcharger le sujet par des passes, soit en mettant deux polarités de même nom en présence. Pour faire cesser le sommeil, il suffit de dégager le sujet par passes longitudinales rapides (passes à grands courants), passes transversales et souffle froid tout autour de la tête, ou, si on utilise la polarité, de créer une action hétéronome: main gauche (—) au front (+). En se réveillant, le sujet repasse par tous les stades qu'il franchit à l'aller: dédoublement, extériorisation de la sensibilité, léthargie, somnambulisme, catalepsie, état suggestif.

 

Que se passerait-il si vous laissiez la main gauche au front c'est-à-dire si, le sujet revenu à l'état de veille, vous continuiez l'action calmante ? Il se produirait une diminution progressive des forces du sujet pouvant aller jusqu'à la perte complète de la sensibilité, d'où le nom d'état de paralysie donné à cet état par les magnétiseurs. Cet état, qu'on pourrait confondre avec la léthargie, s'en différencie cependant, en ce que le sujet paralysé magnétiquement, n'a ni les yeux révulsés lorsqu'on soulève les paupières, ni cette hyperexcitabilité neuromusculaire caractéristique de la léthargie. Soulevez la paupière et vous voyez le globe de l'œil à sa place normale et nullement révulsé; frictionnez énergiquement un muscle, il n'entre pas en contracture comme il le ferait en léthargie. Poussé plus loin, cet état de paralysie magnétique pourrait présenter des dangers. Le colonel de Rochas expérimentant avec Mme Vix, merveilleux sujet qui fut développé par Hector Durville et lui servit de sujet de démonstration pendant de longues années à la Société Magnétique de France, dit avoir obtenu sur elle « une paralysie générale présentant de telles ressemblances avec la mort qu'il n'a pas osé continuer les expériences. Dans une telle expérimentation, on ne saurait conseiller aux élèves trop de prudence.

 

Les états se succèdent dans l'ordre que nous avons indiqué. Toutefois, ils n'apparaissent pas d'emblée mais successivement, à mesure que le sujet se développe. Plus vous soumettez votre sujet à la magnétisation, et plus les états apparaissent avec netteté. Il faut beaucoup de persévérance. Les sujets qui présentent avec précision toutes les subdivisions de l'hypnose ont été entraînés pendant plusieurs années. Les états sont d'autant plus nets que vous procéderez avec persévérance et douceur. Il ne faut jamais, sous peine de perdre les qualités du sensitif, aider votre action magnétique par la suggestion ou par l'hypnotisation. Ces deux procédés, trop brutaux, ne sauraient convenir à un sensitif, organisme délicat que la moindre commotion, la plus petite fatigue peut gêner. C'est ce qui explique pourquoi les expérimentateurs qui ont voulu combiner le magnétisme avec les autres procédés n'ont obtenu que des états frustes, transitoires, dans lesquels le sujet voit ses facultés décroître, alors que la magnétisation, employée seule, les amplifie, augmente l'acuité sensorielle et l'activité psychique.

Ainsi, de Rochas, qui, au début de ses recherches, a suivi la vogue de l'hypnotisme, a joint aux passes ou à la polarité, la pression des pouces (procédé nettement hypnotique). C'est peut-être pour cette raison qu'il a constaté, entre les différents états du sommeil, une courte période de léthargie. Selon lui, le sommeil se présente ainsi: état de crédulité (ou suggestif), léthargie, catalepsie, léthargie, somnambulisme, léthargie, état de rapport, léthargie. Les trois premières périodes de léthargie n'offrent pas de signes nettement caractérisés: le sujet, dit de Rochas, présente une apparence de prostration beaucoup plus accentuée que dans les états voisins.

Ces périodes de léthargie sont une gêne dans le développement et diminuent la netteté des états réels: ce qui explique pourquoi de Rochas fait un état de rapport différent du somnambulisme, alors que Hector Durville considère le rapport comme une subdivision du somnambulisme. Le mieux donc, pour la production des états magnétiques, est de ne servir que du magnétisme, à l'exclusion de l'hypnotisme et de la suggestion. On se met ainsi dans les meilleures conditions de réussite.

Ce point une fois bien connu de nos élèves, abordons en détail l'étude des différents états.

 

Etat suggestif

 

C'est l'état le plus superficiel de l'hypnose et il a passé longtemps inaperçu. Les élèves de Charcot avaient bien remarqué que, quand un sujet exécute une suggestion post-hypnotique, il entre dans un état spécial, caractérisé par de l'anesthésie cutanée. Ils appelèrent cet état, comme étant intermédiaire entre la veille et le sommeil: somnambulisme éveillé ou veille somnambulique, mais ils ne l'étudièrent pas. Ils le constataient seulement à l'état spontané, ne pouvant le produire à volonté par leurs procédés brutaux qui faisaient passer le sujet de la veille à la catalepsie ou même dans un état plus profond: somnambulisme ou léthargie.

Le Docteur Liébeault a décrit sous le nom d'état de charme un état qui a quelque analogie avec l'état suggestif. Mais ce sont les magnétiseurs qui ont obtenu avec une entière netteté cette étape du sommeil. Le colonel de Rochas appelle cet état: état de crédulité et Hector Durville état suggestif.

En état suggestif, le sujet a toutes les apparences de l'état de veille et il reste en pleine communication avec le monde extérieur. Ses yeux sont ouverts et il entend. Cependant, ses traits sont légèrement modifiés: son visage révèle moins d'activité qu'à l'état de veille. Il ne paraît pas hébété toutefois, comme il le serait si cet état avait été obtenu par un moyen hypnotique. Mais, si nous étudions avec plus de soin cet état si peu apparent, nous constatons des modifications profondes dans les perceptions sensorielles et dans l'activité psychique.

 

Troubles sensoriels. — La sensibilité a diminué. Quelquefois, chez les grands sensitifs, la sensibilité générale a disparu complètement. Ils ne sentent ni un contact, ni une douleur, ni une piqûre. Toutefois, cette insensibilité est toute superficielle. Piquez légèrement le sujet, il ne sent rien, mais, si vous enfoncez l'épingle, le sujet accuse la douleur; il la ressent avec beaucoup moins de netteté que dans l'état normal, mais il a conservé sa sensibilité profonde.

Les sens étant localisés à la périphérie du corps sont, par conséquent, très émoussés. L'acuité du goût baisse sensiblement, parfois même le sens est totalement aboli. Faites goûter de l'aloès à votre sujet, il n'accusera pas l'amertume ou ne la ressentira que très peu.

Il en est de même pour l'olfaction. Votre sujet étant très nerveux, a certainement, dans son état normal, un sens délicat des odeurs. En état suggestif, si vous lui présentez de l'ammoniaque ou toute odeur violente, il les sentira d'autant moins que l'état suggestif est plus caractérisé.

Le sens musculaire — par lequel, sans nous aider de la vue, nous nous rendons compte de la position exacte d'un membre ou de l'effort à faire pour atteindre un objet — est perturbé. On le trouve souvent très affaibli, sinon supprimé. Je demande à un de mes sujets dans quelle position se trouve son bras, le sujet hésite, cherche, puis incline un regard sur le membre; à ce moment seulement, il est en état de préciser dans quelle attitude il se trouve. Je prie le sujet de porter rapidement l'index à son nez: le sujet exécute maladroitement le mouvement ordonné et n'atteint son but qu'après quelques essais infructueux.

L'ouïe est le moins affecté de tous les sens. Le sujet continue à être en rapport avec tout le monde: il entend et peut répondre; cependant, la finesse de l'ouïe est atténuée.

Sur la vue, les perturbations sont, dans certains cas, très nettes. Bien que l'on ne puisse pas tirer de ces expériences une loi générale, nous avons constaté chez la plupart de nos sujets, trois sortes de troubles, visuels:

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Schéma du champ visuel.

Fig.  158. — Champ visuel normal        Fig. 159. — Champ visuel rétréci

 

1°. — Une diminution notable de l'acuité visuelle;

2°. — Un rétrécissement du champ visuel;

3°. — Un rétrécissement concentrique du champ visuel des couleurs.

On sait que l'acuité visuelle est normale lorsqu'on peut distinguer à 5 mètres de l'œil deux points rapprochés l'un de l'autre de telle sorte qu'ils soient vus sous un angle de une minute; si l'on éloigne les deux points, l'œil n'en perçoit plus qu'un, ils se confondent. J'ai constaté sur des sujets une diminution très notable de l'acuité visuelle dans l'état suggestif: deux points, suivant l'angle convenable, se confondent à 3 mètres.

Le rétrécissement du champ visuel est net en ce qui concerne les couleurs.

Le champ visuel est la portion de l'espace dans laquelle est vu un objet; cet espace est limité par une circonférence. Un objet placé dans cette circonférence tombe sous les yeux; placé hors de cette zone, il échappe à la vision. Si, dans le champ visuel normal, on place des verres de couleur, on constate que toutes les couleurs ne cessent pas d'être vues à la même limite; autrement dit, il y a un champ visuel spécial pour chaque couleur: c'est ainsi que le violet disparaît le premier du champ visuel, le vert ensuite, puis le rouge, l'orangé, le jaune et enfin le bleu. Ceci se passe dans un champ visuel normal. D'autre part, on sait que, dans certaines névroses, il existe très souvent un rétrécissement concentrique du champ des couleurs, à tel point que le violet peut disparaître complètement: dans ces cas, le sujet ne voit jamais cette couleur. Il était intéressant de savoir si ce rétrécissement concentrique peut être provoqué par la diminution d'activité qu'entraîne l'état suggestif. Nos expériences répondent affirmativement.

Arrivons maintenant aux troubles psychiques.

 

Troubles psychiques. — Le sujet a perdu la notion de sa personnalité. Questionnez-le, il ne sait qui il est, ni où il est, et il accepte vos suggestions avec une facilité d'autant plus grande que l'état suggestif est plus nettement caractérisé. Demandez-lui son nom: il cherche à se souvenir, son nom lui vient bien à l'esprit, mais il doute que ce soit le sien et, si vous lui affirmez qu'il s'appelle Agathon, Nicéphore ou tout autre nom aussi invraisemblable, il fait effort pour réfléchir, il hésite, mais si vous insistez, il cède à votre ascendant et accepte le nom que vous lui donnez. Il le fait sien, d'autant mieux et d'autant plus vite qu'il est plus sensible et que votre suggestion est mieux faite. Il acceptera bientôt, sur simple affirmation, les choses les plus extravagantes: il se croira un chat ou un chien, se mettra de lui-même à quatre pattes, miaulera ou aboiera. Voulez-vous qu'il soit enfant, vieillard, gendarme, équilibriste ? Il incarne aussitôt la personnalité que vous lui imposez: il joue à la poupée, se courbe sur une canne, marche avec peine. Si vous lui affirmez que le bord du tapis est une corde raide, il s'y place sur un pied et se tient en équilibre. Il ne faut cependant pas croire que vous pouvez, en ce moment, faire accomplir à votre sujet des actes supérieurs à ceux qu'il peut produire à l'état de veille. Il ne deviendra ni un excellent équilibriste, ni un orateur, ni un ténor; vous remplacez sa volonté par la vôtre, mais vous ne créez pas en lui des facultés absentes. C'est un automate qui accomplit, sans en avoir conscience, les actes que vous imposez. Vous pouvez tirer de ce fait quantité d'expériences comiques et sans danger. Affirmez au sujet qu'il habite sur un marronnier des Tuileries, qu'il est concierge à l'Obélisque, il acceptera ces faits absurdes. Dites-lui qu'il se nomme Nabuchodonosor ou tout autre nom très long et qu'il est atteint de bégaiement, qu'il ne peut arriver à prononcer son nom, il fera des efforts, considérables sans y réussir, prononcera deux ou trois syllabes et s'empêtrera dans les suivantes.

Si l'état est très franc, le sujet, n'ayant pas l'usage de son intelligence, est incapable de prendre une décision. Vous levez son bras, il le garde en l'air pendant un certain temps, puis le membre retombe.

Vous pouvez, par suggestion, créer chez votre sujet des hallucinations de toute sorte: olfactives, tactiles, gustatives, auditives ou visuelles.

Suggérez-lui qu'il entend de la musique, une valse par exemple, il la fredonnera, il la dansera même, avec plus ou moins de grâce. Il invitera la personne que vous lui désignerez et dansera avec un balai ou une chaise, si vous lui affirmez que c'est une charmante jeune femme.

Suggérez à votre sujet qu’il éprouve une grande sensibilité tactile, le moindre contact le fera crier comme un écorché. Si vous lui affirmez que cette sensibilité excessive se localise dans les pieds et que vous touchiez sa chaussure légèrement avec le bout d'une canne, il criera de douleur, se contorsionnera. Par contre, si vous lui dites que sa sensibilité est supprimée, vous pouvez le piquer, il ne sentira rien.

Sur le goût, les expériences sont très nettes: si vous avez dit à votre sujet qu'il ne sent rien, les saveurs les plus accusées le trouvent insensible. Vous pouvez même pervertir entièrement ce sens, faire trouver l'aloès délicieusement sucré, le sel fade, ou le sucre d'une amertume insupportable. Il est plaisant de voir une personne gourmande rejeter avec une grimace dégoûtée des bonbons qu'elle croquait tout à l'heure avec un réel plaisir.

Il vous est aisé d'obtenir avec l'olfaction des résultats analogues: vous pouvez retirer entièrement l'odorat à votre sujet ou le pervertir aussi complètement que vous avez fait pour le goût; il se délectera aux odeurs les plus repoussantes et repoussera avec horreur les plus suaves parfums.

Enfin, relativement à la vue, il vous est facile de créer chez votre sujet toutes les hallucinations que vous voudrez. L'étude des hallucinations visuelles créées en état suggestif nous permet d'affirmer:

1°. — Que, dans l'état suggestif, l'hallucination sensorielle est vraiment perçue comme une sensation réelle; ce fait a été reconnu par l'école de la Salpetrière comme existant en somnambulisme;

2°. — Que, puisque l'hallucination se comporte comme une sensation réelle, elle doit présenter tous les caractères d'une sensation réelle (persistance sur la rétine, etc.). En effet, la suggestion d'une bonne saveur fait saliver, celle d'une mauvaise odeur (ammoniaque) fait éternuer; pour la vue, l'hallucination doit persister sur la rétine et donner naissance à la notion des couleurs complémentaires. Toute image qui s'imprime sur la rétine y reste un certain temps; c'est sur ce principe que repose la découverte des premiers cinématographes. On sait, d'autre part, qu'une couleur complémentaire est celle qui, superposée à une autre, donne du blanc; ainsi, le rouge est complémentaire du vert, parce que le rouge, superposé au vert, donne le blanc.

Nous avons fait l'expérience suivante qui montre que, dans l'état suggestif, l'hallucination provoquée présente les mêmes caractères que l'image réelle.

Je montre au sujet un carré blanc et lui affirme qu'il est rouge; il le voit rouge. Je fais fixer un instant le carré prétendu rouge et remplace le carré rouge par un papier blanc. Le sujet déclare alors voir, sur le papier blanc, se dessiner un carré vert. Un œil normal, fixant un carré vraiment rouge aurait éprouvé cette même apparition du carré vert. En un mot, l'hallucination se comporte comme une image réelle.

 

L'état suggestif offre la possibilité d'intenter de très nombreuses expériences curieuses ou récréatives. Cependant, nous ne saurions trop recommander à nos élèves de ne jamais terminer l'étude de cet état sur une suggestion capable de causer quelque trouble au sujet, si elle persistait au réveil. Il faut toujours que la dernière suggestion replace le sujet en pleine possession de lui-même. Si vous continuez à approfondir le sommeil, vous risquez que l'effet de la dernière suggestion vienne gêner la production de l'état suivant, et si vous procédez au réveil, le sujet ne s'en trouvera que mieux à son aise, donc plus disposé à se prêter, un autre jour, à de nouvelles recherches.

Une expérience d'un grand effet, que vous pouvez faire aisément, est de suggérer à votre sujet plusieurs personnalités à la fois. Par exemple, à gauche, il est un gendarme, à droite un voleur: il peut même incarner un juge au centre. Vous pouvez faire causer ensemble ces trois personnes. C'est d'abord le voleur qui est invité à exposer ses larcins, les conceptions qui l'ont conduit à ce genre d'existence: votre sujet accepte cette personnalité et parle en conséquence, mais le sujet ne s'exprimera que du côté gauche de la bouche et, s'il fait des gestes, ce sera seulement avec la main gauche, tout le côté droit restant passif. Maintenant, vous faites intervenir le gendarme: «Voleur, taisez-vous et laissez le gendarme parler ». Aussitôt votre sujet change de thème, il manifeste son horreur pour les théories subversives émises par le voleur et son désir de le remettre aux mains de la Justice. Tous les gestes que fera l'honnête Pandore seront faits de la main droite, la gauche demeurant inerte et il ne parlera que du côté droit de la bouche. Vous le faites taire et vous accordez la parole au juge. Votre sujet, en développant ses vues sur les lois, ne peut parler que du bout des lèvres et tout geste lui est interdit. On imagine facilement l'effet comique de cette conversation de ces trois personnes qui n'en font qu'une et que vous pouvez faire se répondre: il vous suffit pour cela de dire à votre sujet que les trois personnes qui sont en lui vont entrer en discussion.

Si vous dites au gendarme de faire tout son possible pour arrêter le voleur et au voleur de faire de son mieux pour éviter d'être pris, la scène devient des plus amusante. Le bras droit (gendarme) cherche à saisir le bras gauche (voleur) qui se dérobe. L'un et l'autre, à votre commandement, mettent toute leur action pour arriver au but fixé. Parfois, le sujet se roule à terre et s'aidant des jambes, les deux personnalités essaient de s'enrouler, ce qui amène des contorsions invraisemblables. Le corps roule à terre dans les poses les plus cocasses. Un ordre de votre part, affirmant que le voleur est pris et mis en lieu sûr, voilà le gendarme tout fier.

Vous pouvez encore, en état suggestif, donner à votre sujet des suggestions à échéance plus ou moins lointaine. Dites-lui que, dans 5 minutes, à son réveil, demain, dans tant de jours, il aura telle pensée, accomplira tel acte, vous écrira, viendra vous voir, etc. C'est la suggestion post-magnétique. Cette suggestion se produira d'autant mieux à échéance que vous aurez pris soin d'en rattacher l'accomplissement à un fait précis. Dites, par exemple, à votre sujet: « Quand telle heure sonnera, vous éternuerez...», ou « lorsque vous serez éveillé et qu'on vous dira au revoir, l'idée vous viendra de tourner trois fois sur vous-même », ou « quand vous recevrez par la poste une lettre dont l'enveloppe sera bleue, vous aurez l'impulsion irrésistible de venir ici », ou encore: « dès que vous vous assiérez, vous vous endormirez », ou toute autre suggestion. L'échéance peut être plus éloignée, d'autant plus lointaine que votre sujet est plus sensible et plus entraîné; On a fait se réaliser des suggestions post-magnétiques à plus d'un an de distance. Chez les sujets entraînés, on distingue d'ailleurs si la suggestion est acceptée : ils accusent un petit tressaillement au moment où ils enregistrent l'ordre.

Nous avons dit que, lorsque le sujet exécute une suggestion à échéance — post-magnétique ou post-hypnotique — il tombe de lui-même en état suggestif. Le sujet a reçu, par exemple, l'ordre de s'asseoir à terre quand il entendra quelqu'un tousser. Au moment où il entend la toux, vous le voyez faire un léger sursaut, ses traits se fixent donnant à sa physionomie une expression passive et il exécute l'ordre d'autant plus rapidement qu'il est plus entraîné à ces expériences. Piquez-le à ce moment, il est insensible. Demandez-lui pourquoi il s'est assis, il n'en sait rien, et si vous insistez, l'état suggestif se précise. Le sujet accepte alors, sans discussion possible, toutes vos suggestions.

Votre sujet étant en état; suggestif, continuez à le soumettre à des passes saturantes, ou à une action isonome. Ses traits se figent, son regard devient fixe et, si vous levez un de ses bras, il demeure dans la position que vous lui avez donnée. C'est l'état cataleptique.

Ce passage n'est rapide que chez les sujets sensitifs très entraînés. Lorsque le sujet est à ses débuts, les caractéristiques ne se présentent pas avec toute leur netteté: vous élevez un bras, il demeure un instant et retombe doucement, au lieu de conserver la position donnée. Cependant, à mesure que vous le soumettez au magnétisme, les signes se précisent et apparaissent dans un temps plus réduit. Chez le sujet entraîné, il se produit, à chaque passage d'un état dans un autre — aussi bien à l'aller qu'au retour — une forte respiration qu'il vous est facile de constater en observant les mouvements de la poitrine. Dès que cette respiration a lieu, cherchez à reconnaître dans quel état se trouve votre sujet et vous verrez qu'un état nouveau vient d'apparaître.

 

Etat cataleptique.

 

Il succède, nous l'avons dit, à l'état suggestif. Sa découverte, qui date de 1808, est due au Docteur Pététin.

Le signe le plus caractéristique, celui qui, à première vue, permet de différencier cet état de tous les autres, c'est l'immobilité. Le sujet a les yeux grands ouverts et le regard fixe: il n'a pas — ou très peu — de clignotement des paupières et, souvent, ses larmes s'accumulent et coulent le long des joues. Si, au début, l'état ne se présente pas net, il suffit d'ouvrir les paupières pour qu'elles restent grandes ouvertes. Soulevez un bras et abandonnez-le, il reste en l'air. Vous le déplacez sans aucun effort et, si vous l'abandonnez dans cette nouvelle position, il la conservera comme l'autre, il la conservera longtemps, des heures même, sans fatigue apparente.

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Fig. 160

 

Le sujet conservera de même les positions les plus difficiles. Il demeurera des heures dans l'attitude du Génie de la Bastille: vous n'avez qu'à le placer ainsi pour qu'il s'y tienne. Vous levez un pied, il reste levé, vous fléchissez un genou, il conserve la position, et ainsi de suite.

On note également de l'automatisme: vous entraînez les poings de votre sujet à tourner régulièrement l'un autour de l'autre dans un mouvement de rotation rythmique et, lorsque vous les laissez à eux-mêmes, les poings continuent le même mouvement, souvent sans pouvoir s'arrêter. Dans certains cas, le sujet accroît la vitesse de rotation. Vous pouvez de même imposer n'importe quel geste: le sujet s'éventera, enverra des baisers, saluera indéfiniment, dès que vous lui aurez une fois fait esquisser le geste. Vous n'avez souvent même pas besoin d'entraîner la main; il vous suffit de faire un geste devant votre sujet pour que celui-ci le renouvelle: vous croisez vos bras, vous fouillez vos poches, vous posez vos mains sur vos hanches, le sujet reproduit fidèlement tous vos gestes, même ceux qui sont antinomiques avec sa nature. Si vous frisez votre moustache devant une femme en état cataleptique, elle cherchera sa moustache absente et fera de son mieux pour copier votre mouvement. Vous pouvez à l'infini varier ces expériences.

Les gestes que vous faites faire au sujet ont leur reflet sur l'expression du visage. Tendez brusquement son poing dans un geste de menace, le visage se convulsera de colère. Joignez ses mains et votre sujet aura un visage empreint de la plus extatique piété. Faites-le battre des mains, ses traits exprimeront l'admiration et la joie.

Le cataleptique dont le regard est fixe a son champ visuel sensiblement plus restreint que dans l'état suggestif. Il regarde droit devant lui et si vous voulez que son regard s'attache sur un objet, vous devez le passer près des yeux. Il est des sujets qui ne peuvent arrêter leurs regards sur un objet présenté à plus de 10 centimètres des globes oculaires. Si vous voulez que le sujet fixe son regard sur votre main, il est donc nécessaire que vous la présentiez à une distance de 5 à 10 centimètres de ses yeux. Vous êtes ainsi dans son champ visuel et le mieux est de décrire à cette distance, avec votre main dont les doigts sont réunis en cône, des cercles de plus en plus petits. Dès que votre main passe dans son champ visuel, le sujet la suit. Vous pouvez alors vous déplacer et porter ce regard où vous voudrez et cela vous offre la possibilité de nombreuses expériences.

Avec cette main que le sujet fixe, imitez le vol d'un oiseau, le sujet est pris de cette illusion et, s'il aime les animaux, le voilà tout réjoui. Vous déplacez votre main, l'oiseau semble voleter: le sujet s'élance après lui, cherche à le saisir, lui jette des miettes. Voulez-vous que votre sujet ait l'illusion d'une fleur ? Tenez dans votre main un papier que vous faites semblant de respirer. Vous présentez cette pseudo-fleur à votre sujet et il est ravi de son doux parfum. Si vous vous penchez à terre et que, sur le sol ou sur un meuble, vous imitiez avec la main la reptation d'un serpent, le sujet se recule et s'il a habituellement une répugnance pour cet animal, il pousse des cris, manifeste sa répulsion. N'allez pas trop loin dans cette voie. Si votre sujet accuse trop de frayeur, changez la suggestion, n'attendez pas qu'il tombe en syncope ou tout au moins qu'il soit tout à fait mal à l'aise, le cœur battant, la gorge serrée, dans toutes les affres de la terreur. Tenez en votre main un verre et faites boire votre sujet. Même si le verre est vide, il pensera absorber une boisson et, si vous continuez à lui faire absorber ce liquide imaginaire, il présentera tous les symptômes de l'ivresse et ses plus désagréables conséquences.

Une expérience qui produit toujours un grand effet est la suivante: mettez votre sujet en rapport avec une personne de l'assistance. Pour ce faire, il vous suffit de diriger le regard du sujet vers les lèvres de cette personne: vous approchez votre main, sur laquelle les regards du sujet sont fixés, de la bouche de la personne et vous la retirez ensuite d'un geste très rapide. Le sujet qui a perdu le contact avec votre main reste les yeux fixés sur les lèvres de la personne. Le sujet, nous l'avons dit, est un automate parfait qui ne se contente pas de reproduire les gestes, mais aussi les paroles. Si vous avez annoncé — bien que vous sachiez que le sujet n'est pas dans un état susceptible de lucidité — que votre sujet est des plus lucides et qu'on n'a qu'à lui poser une question pour en obtenir des réponses extraordinaires, la personne désignée par votre geste est tout étonnée, quand elle pose sa question, d'entendre le sujet la répéter dans les mêmes termes. Plus elle s'entête à vouloir consulter, plus le sujet imite avec perfection les gestes, les mouvements du visage, les paroles et leur intonation; il en résulte pour l'assistance un effet extrêmement comique. Priez alors la personne de vous renvoyer le sujet: elle le tente, mais, à toutes ses injonctions, le sujet ne répond que par une répétition exacte. Si elle joint le geste à la parole, le sujet reproduit le geste et si elle lui offre le bras pour vous ramener l'automate récalcitrant, le sujet, à son tour, arrondit le bras; la consultante s'obstine, le sujet s'entête, les bras des deux personnes tournent l'un autour de l'autre. La consultante rit ou se fâche, immédiatement suivie par le sujet. Il est temps que vous interveniez. Présentez votre main dans le champ visuel et, dès que ses regards l'ont rencontrée, le sujet oublie ce qu'il vient de faire. Tous rapports ont cessé avec la personne qui le consultait.

En général, le sujet cataleptisé n'entend pas. Vous lui parlez, il ne répond pas; il ne sent pas non plus les piqûres ni le contact d'objets froids ou chauds. Il arrive même, surtout chez les sujets très sensitifs, que l'ouïe est abolie entièrement. Un coup de pistolet tiré près de l'oreille ne les fait même pas sursauter.

La mémoire du cataleptique est très sensiblement amoindrie et ceci encore vous offre la possibilité d'expériences divertissantes. Vous lui mettez dans la main un chapeau: il ne sait pas tout d'abord ce que c'est, il le tourne, le retourne, soulève la coiffe, puis, après quelques minutes de recherches, il met ce chapeau sur sa tête. Donnez-lui un second chapeau, la scène se reproduit d'une manière identique : il le tourne, le retourne, soulève la coiffe, reste quelquefois cinq minutes avant d'identifier cet objet et, ce résultat laborieusement obtenu, ne se rappelant pas qu'il en a déjà un, il le met sur le précédent. Vous pouvez ainsi lui faire superposer quatre ou cinq chapeaux sur sa tête. Donnez-lui une canne, il la prend, l'examine, essaie de dévisser la pomme et les parties métalliques, parvient enfin à reconnaître en face de quel objet il se trouve et met la canne sous son bras. Profitez de ce moment pour conduire votre sujet devant une glace et réveillez-le pour avoir l'amusement de le voir, une fois éveillé, s'effarer de se trouver coiffé de quatre chapeaux avec une canne sous le bras. Avec n'importe quel objet, le sujet se conduira de même. Donnez-lui une brosse: après avoir longuement cherché à quoi elle peut servir, il brossera le vide avec conviction. Vous le ferez pêcher dans un chapeau ou sur le parquet. Si vous lui présentez un verre; il mettra à le reconnaître un temps plus ou moins long puis, cette constatation faite, il se mettra à boire; ne le laissez pas continuer outre mesure, car il s'enivrerait avec ce verre vide, trébucherait, tomberait à terre et pourrait avoir des réactions très vives, nausées et même vomissements.

Ayez soin de bien dégager votre sujet et de terminer votre séance par une expérience qui lui soit agréable et qui ne perturbe en rien le jeu de ses fonctions: par exemple, faites-lui envoyer des baisers ou respirer une fleur.

 

Le cataleptique, avons-nous dit, conserve les positions qu'on lui donne, il n'est cependant pas contracture. Vous déplacez ses membres avec la plus grande facilité. Toutefois, en imposant un violent effort à un muscle, même à un groupe de muscles, vous pouvez obtenir de puissantes contractures. Le muscle proportionne toujours, jusqu'à l'extrême limite de ses forées, le degré de sa contraction à l'effort à produire. Ainsi, allongez le bras du sujet, la paume en l'air et, sur la main, posez un poids d'un kilogramme. Le sujet le soutiendra. Augmentez la charge, les muselés se mettent en contracture plus puissante. Le cataleptisé peut ainsi supporter un poids qu'il ne saurait supporter en état de veille car, en catalepsie, les autres facultés étant suspendues, il semble que toute l'énergie de la personne se porte dans les muscles en fonction.

Vous pouvez, avec beaucoup de sujets, obtenir la contracture générale. Le sujet étant debout, il vous suffit de malaxer assez énergiquement les membres inférieurs et supérieurs, puis les muscles qui se trouvent des deux côtés de la colonne vertébrale. Sous l'effet de vos manipulations, les muscles se contractent et deviennent très durs, le dos s'incurve et la tête est rejetée en arrière par la contraction des muscles de la nuque et de la partie postérieure du cou. Lorsque les membres et le dos sont en contracture, faites-vous aider et placez le haut des épaules sur une chaise et les pieds sur une autre chaise, le sujet fera le pont entre les deux sièges et en contracture si puissante que, souvent, vous pourrez peser sur le milieu du corps sans que la contracture cède. Il ne faut pas cependant aller trop loin dans cette expérience et s'imaginer que le sujet peut conserver cette attitude pendant des heures ou supporter des poids de plus en plus élevés.

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Fig. 161. — Sujet en contracture générale.

 

L'état cataleptique ne fait pas un athlète: il permet seulement au sujet de rassembler toutes ses forces dans un effort qu'il lui serait très certainement impossible de réaliser à l'état de veille, mais cet effort à ses limites. En général, un excellent sujet peut rester cinq ou dix minutes sur les deux chaises avec une fatigue supportable. Encore faut-il avoir grand soin de ne pas imposer cet état particulier à un cardiaque, car l'expérience, imposant une tension excessive au système vasculaire, est tout à fait contre indiquée dans le cas de lésions du cœur ou des gros vaisseaux (aorte). Nous insistons aussi sur la nécessité de ne pas poser sur la chaise la tête du sujet, mais le haut des épaules, afin de ne pas imposer aux muscles du cou un travail disproportionné à leur résistance. Le sujet risquerait, si vous contreveniez à cette indication de prudence, un torticolis ou, si les muselés ainsi surmenés se décontractaient soudain, le sujet tombant lourdement et sans nulle possibilité de réagir, risquerait de se blesser, de se contusionner très grièvement.

Pour faire cesser la contracture générale, il faut remettre le sujet debout et frictionner doucement toutes les masses musculaires qui ont entré en jeu.

Le sujet en état cataleptique entend rarement. Cependant, il est des sujets qui sont sensibles à l'action de la musique et qui, sous cette impulsion, ont des jeux de physionnomie, parfois même des gestes qui trahissent leur émotion. Toutefois, en cet état, le sujet est beaucoup moins sensible à la suggestion musicale qu'il ne le sera en somnambulisme. En catalepsie, le sujet entend difficilement son magnétiseur, aussi est-il impossible, sauf en des cas exceptionnels, de lui donner des suggestions post-magnétiques.

On peut faire cesser l'état cataleptique soit en dégageant le sujet par passes transversales et souffle froid au front, ou, utilisant la polarité, en créant une position hétéronome (main gauche — présentée au front +). Le sujet repasse alors par l'état suggestif, puis s'éveille. Au contraire, si vous l'endormez plus profondément, vous voyez apparaître le somnambulisme.

 

Etat somnambulique

 

De tous temps on a constaté des cas de somnambulisme spontané. Les somnambules, naturels, on le sait, exécutent pendant le sommeil normal des actes dont ils ne conservent aucun souvenir à leur réveil. L'état de somnambulisme spontané se produit chez ces personnes, pendant le sommeil naturel de la nuit. Ils se lèvent, se promènent, exécutent des travaux, des calculs, de la broderie, écrivent, puis se recouchent et ne s'expliquent pas, le lendemain, comment le travail a pu être fait.

Il est même des cas assez nombreux ou des personnes ont accompli en somnambulisme spontané des actions dont elles auraient été incapables dans leur état normal: soulever des fardeaux considérables, se tenir en équilibre et même se promener dans des endroits vertigineux où elles ne se seraient pas aventuré à l'état de veille, courir la campagne dans la nuit, alors qu'elles auraient eu peur à l'état de veille. Des artistes ont produit, en de pareils moments, des œuvres remarquables dont ils ne s'expliquaient nullement l'exécution. Des enfants ont trouvé, à leur réveil, la solution de problèmes qu'ils n'avaient pu résoudre avant de s'endormir. Weinhold cite le cas d'un ecclésiastique qui rédigeait, pendant ses accès de somnambulisme spontané, des sermons bien supérieurs à ceux qu'il préparait durant la veille.

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La somnambule (D'après le tableau de Max Poirier)

Fig. 162 Sujet en étal de somnambulisme spontané se promenant sur une corniche.

 

On a souvent remarqué que les somnambules montrent une préférence marquée pour les endroits élevés et périlleux, II est certain que, dans cet état, de même que dans le sommeil magnétique, toute l'attention du somnambule étant concentrée sur ce qu'il fait, celui-ci est plus adroit que dans son état normal. L'idée du danger ne se présente pas à son esprit Aussi est-il souvent dangereux de réveiller un somnambule qui se promène sur les toits, comme cela leur arrive assez fréquemment. Le sujet réveillé brusquement, se rend compte de sa position risquée: la sensation du vertige et la pensée du danger lui arrivent ensemble, la terreur le saisit, il tombe, et cette chute peut être mortelle. On cite un grand nombre d'accidents survenus dans ces conditions. Dans cette circonstance, le mieux est toujours de laisser le somnambule à son inspiration et de ne le réveiller, si on le croit utile, que, lorsqu'il se trouve dans un endroit sûr, une pièce d'appartement, par exemple. Au demeurant, il se recouche le plus souvent et continue à dormir du sommeil naturel.

Les somnambules naturels auraient, avons-nous dit, une tendance à rechercher les endroits élevés. Ceci peut n'être pas absolu mais mériterait un sérieux contrôle. Notre collaborateur, M. Emile Magnin a étudié, soit à la ville, soit à la campagne, 29 cas jouissant tous d'une liberté d'action absolue. Il a constaté que 20 de ces sujets sortaient du lieu où ils dormaient. Des renseignements précis lui ont permis de conclure que sur ces 20 sujets, il en fallait compter 6 qui étaient allés s'installer sur le point culminant des environs immédiats, que 13 s'étaient fixés à un endroit plus élevé que celui où ils dormaient que, dans 4 cas, ils étaient restés à la même altitude et que, dans 3 cas seulement, ils s'étaient rendus en un lieu plus bas que celui d'où ils étaient partis. M. Magnin s'est ensuite demandé si le magnétisme terrestre agissait sur ces somnambules. Ses recherches ont porté sur 29 cas. Dans 10 de ces cas, la chambre avait deux issues; or, 9 fois le somnambule est sorti par la fenêtre ou la porte donnant au Nord. M. Magnin a fait lui-même trois constatations dans le même ordre d'idées: un jeune homme de 19 ans avait pour habitude, par les nuits claires, de monter sur une galerie qui donnait au nord et à l'est; toujours il s'accoudait à la balustrade du côté Nord. Dans un autre cas, c'était un adulte. M. Magnin l'a suivi trois fois dans ses pérégrinations nocturnes et, les trois fois, il s'est dirigé du côté du Nord, sans tenir compte des obstacles qu'il franchissait avec une inconcevable agilité. Le troisième cas est celui d'une jeune fille qui avait coutume de faire ses devoirs dans la nuit; sa table de travail était tournée au sud, or, dans ses crises, elle s'installait toujours en sens inverse — c'est-à-dire face au Nord.

Il y aurait lieu évidemment de multiplier ces recherches avant d'en tirer une loi.

On a souvent cherché à faire cesser les accès de somnambulisme spontané. Rien n'est plus simple, en usant de magnétisations. Tous les somnambules spontanés étant d'excellents sujets sensitifs, il est aisé de les plonger en sommeil magnétique. En cet état, il suffit de leur intimer la suggestion de ne plus tomber d'eux-mêmes en état d'hypnose. Si cet ordre est bien donné, le sujet l'accepte et ne retombe plus en somnambulisme involontaire. Si une séance de suggestion ne suffit pas, recommencer l'action, mais, en général, le résultat est obtenu rapidement.

Si, pour une raison ou une autre, le sujet se refusait à la magnétisation, il existe encore un procédé qui a fait ses preuves: il suffit de magnétiser très fortement, à son insu (par passes, impositions, etc...), la descente de lit du somnambule. Dès que celui-ci, dont l'activité sensorielle est augmentée par son état, pose les pieds sur le tapis, il éprouve les effets du magnétisme et se réveille. Nous avons plusieurs fois conseillé ce moyen, et, quand le magnétiseur est expérimenté, il donne toujours d'excellents résultats. A défaut du magnétisme humain, on peut magnétiser le tapis avec l'aimant, on peut même placer un tapis métallique magnétisé par l'aimant. Dans ces cas, il faut charger le tapis de force négative — celle-ci, agissant sur l'ensemble de l'organisme, dégage et réveille. On agira donc avec le pôle négatif de l'aimant, soit en le plaçant en contact avec l'objet à magnétiser, soit en le plaçant à faible distance et amenant la force magnétique au moyen d'un fil. Hector Durville démontre en effet, dans sa Physique magnétique, que l'aimant irradie deux forces bien distinctes : la première, qu'il appelle force physique, connue des physiciens et qui agit sur la boussole ne peut être dirigée à distance; l'autre, la force physiologique, inconnue des physiciens, peut être conduite à distance par un fil. C'est cette dernière force qui est utilisée en magnétisme. On peut aussi charger le tapis au moyen de l'électricité. Hector Durville a démontré que cet agent comporté également deux forcés différentes, celle que les physiciens étudient et celle que connaissent seuls les magnétiseurs. Cette dernière peut être conduite par un fil en circuit ouvert. Pour magnétiser négativement, par exemple, il suffit de se servir du pôle négatif de la pile et de conduire le magnétisme de l'électricité à l'aide d'un fil conducteur ordinaire adapté à ce pôle.

L'état de somnambulisme peut être provoqué par la magnétisation et donner lieu aux subdivisions que nous allons étudier maintenant.

La découverte du somnambulisme magnétique remonte au marquis de Puységur, élève direct de Mesmer. Puységur découvrit cet état fortuitement. C'était le 4 mai 1784. Puységur, retiré dans sa terre de Busancy«(Aisne), soignait des malades. Il fut appelé chez un paysan prénommé Victor, atteint d'une fluxion de poitrine et alité depuis 4 jours. Puységur faisait depuis quelques minutes des passes devant son malade quand celui-ci ferma les yeux et continua à répondre aux questions de son magnétiseur. Le somnambulisme magnétique était découvert.

Puységur le décrit comme un état dans lequel le malade paraît dormir du sommeil naturel, tout en conservant une grande lucidité; il n'entend que le magnétiseur, voit autour de lui, bien que ses yeux soient fermés, a connaissance de son mal et peut indiquer les remèdes nécessaires à sa guérison. En cet état, Victor indiqua la thérapeutique à suivre, et il fut guéri.

Vers 1820, Deleuze et du Potet reproduisirent cet état, le premier en l'utilisant dans un but thérapeutique, le second en démontrant sa réalité à l'Hôtel-Dieu, dans le service du Docteur Husson.

Mais ce n'est que le colonel de Rochas et surtout Hector Durville à la Société Magnétique de France — que nous avons depuis transformée et agrandie en Société Psychique Internationale — qui reprirent en détail l'étude de cet état sur des sujets sensitifs. Ils furent amenés à préciser des subdivisions qui avaient échappé à leurs devanciers.

 

Des recherches de Hector Durville, qui furent les plus importantes, il résulte, nous l'avons dit, que le somnambulisme magnétique se subdivise en 7 phases qui sont, dans leur ordre d'apparition:

1° — Rapport;

2° — Sympathie au contact;

3° — Sympathie à distance;

4° — Lucidité les yeux fermés;

5° — Lucidité les yeux ouverts;

6° — Extase;

7° — Contracture.

Nous avons dit que le sujet en état cataleptique avait les yeux grands ouverts, le regard fixe, et que le caractère physique le plus marquant était l'immobilité. Si vous continuez à soumettre le sujet cataleptisé à l'influence magnétique (passes saturantes ou polarité en position isonome) vous le voyez, après un temps variable, faire une forte inspiration et entrer en somnambulisme. Ses paupières sont maintenant fermées, il n'est plus immobile, il peut se mouvoir; il semble dormir du sommeil naturel. Le sujet n'est généralement en rapport qu'avec son magnétiseur. Sa sensibilité décroît encore. Continuez à l’influencer afin de saisir les étapes de ce somnambulisme, magnétisez-le doucement — de préférence par la polarité — afin de noter les subdivisions qui passent souvent inaperçues, lorsque l'action est trop intense.

Il est parfois très difficile de constater toutes les phases du somnambulisme. Elles ne se rencontrent que chez les sujets très sensibles et très entraînés. Il faut quelquefois plus d'une année d'un développement presque journalier pour que ces phases se présentent avec toute la netteté désirable. Souvent, le sujet passe du rapport à la lucidité sans qu'on puisse constater la sympathie au contact et à distance et ce n'est qu'en persévérant, en arrêtant le sujet au rapport et en procédant ensuite très doucement par polarité, qu'on arrive à entrevoir la sympathie; les signes sont d'abord frustres, peu nets, mais, l'entraînement aidant, ils se montrent chaque jour plus précis. Quelquefois, il se trouve que certaines phases sont non pas absentes, mais interverties; c'est d'ailleurs un cas très exceptionnel. Quoi qu'il en soit, il ne faut jamais prévenir le sujet de ce qui doit se produire car, sous l'influence de l'autosuggestion, il serait à craindre qu'il s'efforçât de vous donner satisfaction. Il est vrai que les signes provenant de l'autosuggestion se différencient des signes réels, mais un débutant peut s'y laisser prendre. Il est bon en toute circonstance d'éliminer les motifs d'erreur.

Etudions maintenant en détail chacune des 7 subdivisions de l'état somnambulique.

 

I.    Rapport.

 

En cette phase, le sujet n'est en rapport qu'avec son magnétiseur. Si le sujet a été endormi par le magnétisme de l'aimant, du son, de l'électricité, par l'application d'un métal, il n'est en rapport qu'avec la personne qui dirige l'action, tient l’aimant ou le métal, produit le son, se trouve en contact avec la source électrique (pile, etc.)

Dans cette phase de rapport, de Rochas distingue deux stades: dans le premier, le sujet accuse les sensations provenant d'autres agents que le magnétiseur, mais ces sensations lui sont désagréables, notamment le contact, des animaux. Dans le second stade, le sujet ne perçoit que par l'entremise du magnétiseur. Si celui-ci joue du piano, le sujet l'entend, mais il ne perçoit pas le son de l'instrument si une autre personne est au clavier. Pour que le sujet entende, il suffit, dans ce cas, que le magnétiseur place ses doigts contre l'oreille du sujet. Il semble que le magnétiseur serve de conducteur au son.

La division en deux stades de la phase de rapport nous paraît assez arbitraire. En effet, ce que de Rochas note comme le premier stade, n'est que le rapport à l'état fruste. Cet état se précise par entraînement.

D'une façon générale, le sujet n'est donc en rapport qu'avec son magnétiseur : il n'entend, ne voit que lui. Si tout autre lui parle, joue d'un instrument ou même tire un coup de pistolet, il n'entend pas. Ses sens sont fermés à toute excitation qui ne provient pas du magnétiseur.

Cependant celui-ci peut, par simple contact, mettre le sujet en rapport avec toute personne de son choix; il lui suffit de prendre la main de cette personne et d'en toucher le sujet, de préférence sur une partie nue comme la main, le cou, le visage. Si le sujet est très entraîné, il suffit de moins encore: que le magnétiseur touche une personne, l'instrument dont on joue, le sujet se trouve en rapport par ce seul fait et perçoit les sensations. Un seul contact suffit pour établir ce rapport qui persiste pendant toute la durée de l'état.

Dans certains cas, très exceptionnels, le seul regard du magnétiseur, secondé par la volonté, établit ce rapport et c'est ce qui explique que les anciens magnétiseurs trouvaient leurs sujets naturellement en rapport avec certaines personnes et non avec d'autres.

Les sens du sujet sont fermés à tout ce qui n'est pas en rapport avec lui. Si le magnétiseur pique son sujet, celui-ci perçoit la douleur; mais si la piqûre est faite par une personne avec qui le rapport n'est pas établi, la sensation n'est pas perçue, à moins qu'elle soit excessive.

En état de rapport, le sujet a généralement les yeux fermés; cependant, si vous lui ordonnez de les ouvrir, il y parvient. S'il ressentait quelque difficulté, il suffit, avec les pouces, de faire sur les paupières quelques effleurages de la racine du nez à la partie externe de l'œil. Dites alors doucement : « Ouvrez les yeux », et le sujet cédera à cette injonction.

En cet état, nombre de sujets voient, dans l'obscurité ou dans une faible lumière, la force magnétique s'échapper du magnétiseur ou des personnes qui sont en rapport avec lui. Ils voient surtout des effluves partant des mains, des yeux, des narines. Au début, ces effluves leur paraissent une buée grisâtre comparable à de la fumée de cigarette, mais, bientôt, ils reconnaissent des couleurs. Tout ce qui émane du côté droit (+) leur apparaît de couleur bleue; tout ce qui irradie à gauche (—) leur semble d'une teinte jaune, orangée ou rouge. Le sujet voit de même la polarité des aimants, cristaux, plantes, etc.; à la condition que le magnétiseur les ait touchés.

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Fig. 163. — Sujet magnétique dans la phase de rapport.

Expérience du Colonel de Rochas. Sujet: M. Benoist. La physionomie de celui-ci exprime un sentiment de béatitude.

 

En état de rapport, le sujet est sensible à l'action des médicaments, non seulement à leur polarité, mais, ce qui peut sembler bizarre, à leur action physiologique. Cette action s'exerce à distance. C'est un point important et qui donne lieu à de si nombreuses expériences que nous lui consacrons un chapitre spécial.

De Rochas a constaté que deux sujets mis en état de rapport par le même magnétiseur éprouvent une vive répulsion l'un pour l'autre dès qu'ils sont mis en présence. Cette répulsion peut s'exercer pour des objets que l'un des sujets a tenus un moment. Dans certains cas, elle persiste au réveil et peut causer des querelles.

Le sujet entendant son magnétiseur, il est aisé à celui-ci de lui imposer des suggestions à échéance, soit an cours du sommeil, soit après le réveil. Les suggestions données en cet état sont mieux acceptées qu'en état suggestif, car plus le sommeil est profond, plus est grande la passivité du sujet.

Si l'on continue la magnétisation par action stimulante (isonome) — la polarité est préférable comme produisant dès- états plus nets — le sujet passe du rapport à l'état de sympathie au contact. Un excellent sujet très entraîné met de 10 à 30 secondes pour franchir cette étape. Le changement de phase est signalé par un léger tressaillement.

 

II. — Sympathie au contact.

 

Cette phase est très curieuse. Le sujet continue à n'être en rapport qu'avec son magnétiseur mais, caractéristique nouvelle, si celui-ci éprouve une sensation quelconque, le sujet la ressent par sympathie. Il faut cependant que le sujet touche le magnétiseur. S'il n'y avait aucun contact, le sujet n'aurait aucune perception.

Si le magnétiseur touche son sujet et qu'on vienne à lut tirer les cheveux, le sujet accuse la même douleur au même endroit. Il en est de même si on pince le magnétiseur, si celui-ci touche un corps froid ou brûlant. Le magnétiseur a-t-il mal à l'estomac ou à la tête ? Le sujet éprouve les mêmes malaises.. C'est en cette phase du somnambulisme que se trouvent les somnambules qui ressentent en eux-mêmes les troubles organiques des personnes qui viennent les consulter. Ce fait, assez fréquent et connu de tous ceux qui font des expériences, a été confondu avec la vision. Or, il y a seulement perception par un sens spécial : le sens interne. Si le magnétiseur souffre d'une névralgie, le sujet accuse la douleur au même endroit et cela d'autant plus vivement que l'état de sympathie est plus nettement caractérisé. L'entraînement aiguise les perceptions du sujet et il existe des somnambules qui, après quelques mois de développement, perçoivent les sensations les plus ténues.

De même que dans la phase précédente, le magnétiseur peut mettre son sujet en rapport avec toute personne par simple contact, soit qu'il la fasse toucher au sujet, soit qu'il la touche lui-même, mais le premier moyen est préférable. Le consultant qui va chez un sujet somnambule afin que celui-ci voie et ressente son mal pour en indiquer le remède est mis en rapport avec ce sujet par le magnétiseur qui met leurs mains en contact, de préférence la main droite du malade dans la main droite du sujet, position isonome qui augmente le sommeil et la lucidité, tandis qu'une position hétéronome (main gauche dans la main droite ou inversement) risquerait — surtout chez un sujet récemment entraîné — de déterminer le réveil. Le traitement indiqué par les somnambules est généralement naturiste, c'est-à-dire que les plantes en ferment la plus grande partie, ainsi qu'une hygiène appropriée (Voir à ce sujet l'ouvrage de Cahagnet: Pour combattre les maladies par les Simples, étude par une somnambule des propriétés médicales de 150 plantes des plus connues. ).

On peut même établir le contact avec un tiers en remettant au sujet un vêtement, un linge portés préalablement par la personne que l'on veut mettre en rapport avec le somnambule. Le mieux est que ces objets aient été portés le plus récemment possible, en contact direct avec la peau, comme une chemise, un caleçon, des gants, des chaussettes, une casquette. Il n'est pas sans utilité d'envelopper ces objets dans une étoffe de soie isolante afin de conserver, jusqu'au contact du sujet, l'influx magnétique du malade aussi intégralement que possible.

Ces expériences de diagnostic par perception sont très délicates et ne réussissent qu'avec des sujets très sensitifs.

 

III. — Sympathie à distance.

 

Si l'on endort plus profondément encore le sujet, il passe de la sympathie au contact à la sympathie à distance. Dans cette phase nouvelle, le sujet, dont les perceptions deviennent de plus en plus aiguës, ressent les impressions de son magnétiseur sans pour cela qu'il soit nécessaire d'établir entre eux un contact.

Le sujet peut percevoir l'état des organes et ce phénomène de sensation interne est des plus curieux. Si le sujet est malade, il voit le siège de sa maladie et les soins à y apporter. Les cas sont très nombreux de malades sur l'état desquels plusieurs médecins consultés ne pouvaient se mettre d'accord quant à la nature et au siège de la lésion, tandis que le malade lui-même, en état de somnambulisme, pût décrire fort exactement la cause des troubles et diriger le traitement jusqu'à complète guérison.

Que le magnétiseur vienne à se piquer, à se pincer, si la sensation est assez vive, le sujet la perçoit nettement, à distance.

Comment se produit cette perception à distance ? C'est très vraisemblablement au moyen de la sensibilité du sujet qui est extériorisée. Dans le chapitre suivant, consacré à ce phénomène, nous verrons que cette extériorisation commence le plus souvent au cours de l'état somnambulique. On peut donc admettre que le sujet perçoit les sensations du magnétiseur par le moyen des zones sensibles.

Dans cette phase de sympathie à distance, le rapport — déjà fort restreint dans la précédente phase de sympathie au contact — s'est encore atténué et le sujet, dans la plupart des cas, est en rapport avec tout le monde. Il entend, il voit. S'il n'ouvre pas les yeux de lui-même, on peut les lui faire ouvrir par une légère friction des paupières et une douce injonction: « Ouvrez les yeux ». Il répond aux questions que tout le monde lui adresse. Cependant, pour que le phénomène de sensation interne s'exerce avec le plus de netteté possible, il est bon de mettre la personne à examiner en rapport préalable par le contact de sa main avec la main du sujet. Le contact n'a pas besoin d'être maintenu et le sujet continue à voir quand le consultant retire sa main.

Si l'on continue la magnétisation, on arrive à la phase de lucidité les yeux fermés.

 

 

IV. — Lucidité les yeux fermés.

 

La magnétisation développe l'acuité sensorielle du sujet qui, dans la phase précédente, ressentait, grâce à une extériorisation de la sensibilité, les sensations de la personne mise en rapport avec lui. Dans cette nouvelle phase, l'acuité sensorielle ne porte plus sur la sensibilité générale, mais sur chaque sens: vue, ouïe, odorat, goût, toucher. Le sujet voit par l'extériorisation de ses sens, car ses paupières fermées ne sont pas un obstacle à la vision. Le sujet devient lucide — et ce mot lui convient mieux que celui de voyant, car il peut être lucide non seulement par la vue mais, en certaines circonstances, par l'ouïe, le goût et l'odorat.

Dans cette phase, le sujet non seulement sent dans l'intérieur de son corps, mais il y voit. Il discerne donc ses malaises, peut les localiser avec précision, en indiquer les causes profondes qui échappent à l'investigation médicale et obtenir des guérisons. Pour ne pas allonger démesurément cette étude, rappelons seulement, à titre d'exemple, que des sujets en cette phase du somnambulisme ont pu situer très exactement des corps étrangers absorbes ou introduits dans une partie de leur personne (dans une observation, il s'agit d'une épingle avalée qui s'était piquée dans la paroi de l'intestin) et dont la place fut vérifiée par l'examen radiographique. Il n'y a donc pas là imagination, mais un fait réel, — très exceptionnel toutefois.

Le sujet peut exercer la lucidité — perception par un sens hors de sa portée normale — non seulement sur lui-même, mais encore à l'égard de son magnétiseur et des personnes avec qui on le met en contact, soit direct, soit indirect par le moyen d'un linge, d'un vêtement, d'un objet (bijou, bibelot, pièce de monnaie...) ou, mieux, d'une mèche de cheveux.

Cette question de la lucidité qui revêt des formes si variées, non seulement en somnambulisme mais spontanément à l'état de veille, est si importante que nous lui consacrons un chapitre spécial. Donnons ici, cependant, quelques indications qui permettent de développer chez un sujet l'acuité sensorielle.

Le sens qui se prête le mieux à ce développement est celui du toucher. Votre sujet étant en somnambulisme, essayez de préciser la phase de lucidité les yeux fermés. Si, au début, vous ne constatiez pas cet état, contentez-vous de la période d'assoupissement qui succède à la catalepsie. Remettez à votre sujet une lettre dans son enveloppe, une lettre aussi récente que possible car, moins elle aura été touchée, moins l'influx du scripteur dont elle est le véhicule aura été perturbé. Nous avons eu déjà l'occasion de dire que nos gestes sont l'expression et l'expansion de notre pensée et peuvent répandre notre magnétisme. L'écriture est le produit d'une série de gestes et de gestes nécessairement accompagnés d'une pensée. Le papier écrit se sature donc du magnétisme du scripteur. Si vous remettez le document à un sujet lucide en lui demandant de le tenir entre ses deux paumes et de vous dire ses impressions, il sentira l'état d'âme du scripteur. Plus le sujet est sensitif et entraîné, plus ses sensations seront nettes et précises. Une lettre de menaces ou une lettre d'amour lui donneront des sensations tout à fait différentes. Il est certain que celui qui est en colère donne à ses gestes un « ton de mouvement » spécial, d'autant plus accusé que ces gestes sont unis, à une idée suivie dans la recherche des mots à écrire. La vibration de cette force est très bien perçue par le sujet. Celui-ci ressent également la qualité psychique d'une lettre d'amour. Lorsqu'il écrit sa missive, l’amoureux est dans un état violent et sa pensée exaltée accumule des énergies affectives sur le papier. Par contre, une lettre de neurasthénique, écrite avec une tristesse accablée et nonchalante, communique au sujet une sensation d'atonie déprimante.

Un sujet très entraîné perçoit des impressions sur des objets séparés de leur possesseur depuis des jours, des mois, des années même. On a tenté des expériences de lucidité avec des objets retrouvés dans des fouilles et, en dépit de l’ancienneté, les résultats ont été fort intéressants. Mais la question de la lucidité est trop complexe pour que nous puissions faire plus ici que de l'effleurer; nous y reviendrons plus longuement.

Si vous soumettez le sujet lucide les yeux fermés à une nouvelle action magnétique, les facultés sensorielles s'avivent encore et vous voyez apparaître la phase de lucidité les yeux ouverts.

 

V. — Lucidité les yeux ouverts.

 

L'acuité sensorielle s'est accrue; le sujet, de lui-même, ouvre les yeux. Il peut, comme dans la phase précédente, voir, entendre, sentir, goûter, toucher bien au-delà de la portée habituelle de ses sens et parfois à une distance considérable. Ce qui différencie cette phase de la précédente c'est que le sujet a les yeux grands ouverts. II peut voir non seulement ce qui tombe ordinairement sous ses sens, mais encore les émissions de force magnétique. Cette force se manifeste dans le corps humain et dans tous les règnes: animal, végétal, minéral; dans tous les corps et agents de la nature. Nous avons déjà dit que les deux modalités de la force magnétique brillent de couleurs différentes aux yeux des sensitifs: la modalité positive d'une couleur bleue, la modalité négative d'une teinte jaune orangée ou rouge.

Les expériences de vision de cette lumière peuvent être variées à l'infini. Expérimentez dans une pièce obscure ou très faiblement éclairée. En cette phase de lucidité les yeux ouverts, le sujet voit votre magnétisme s'échapper de vous d'autant plus nettement qu'il est plus sensitif. Si vous faites des passes devant lui, il aperçoit des effluves s'échapper de vos doigts sous forme de cônes, de rayons qu'il compare à de la fumée. Mais si — sans le prévenir, afin d'écarter toute possibilité d'auto suggestion — vous lui demandez de regarder plus attentivement votre extériorisation, il est étonné de constater que vos deux mains ne brillent pas d'une même couleur: il voit bientôt votre main droite briller d'une teinte bleue, tandis que votre main gauche irradie une lueur rouge orangée. Prenez toutes vos précautions pour qu'aucune illusion, aucune suggestion n'influence votre sujet. Expérimentez dans une obscurité complète. Il vous est facile d'intervertir la place de vos mains sans que le sujet en ait connaissance; vous verrez que le sujet ne s'y trompe pas et discerne par la couleur quelle main vous lui présentez. Evitez toutefois de surmener le sujet: la fatigue amène des causes d'erreur en affaiblissant l'acuité sensorielle.

Le sujet entraîné voit briller le corps entier; il aperçoit non seulement la polarité d'ensemble (axe latéral, axe antéro-postérieur), mais aussi la polarité secondaire. Hector Durville, qui a poussé très loin ces expériences, dit dans sa Physique magnétique: « Au premier examen d’ensemble, le côté droit paraît entièrement bleu, le gauche entièrement jaune; mais, au fur et à mesure que la vue devient plus parfaite, le voyant aperçoit des bandes longitudinales de nuances différentes qui se fondent les unes dans les autres et tendent à disparaître, à droite dans les reflets du bleu, à gauche dans ceux du jaune. Les bras présentent isolément le même aspect que les deux côtés du corps auxquels ils appartiennent. Le bras droit paraît d'abord entièrement bleu, le gauche entièrement jaune; mais, comme le tronc, ils paraissent bientôt briller des deux couleurs principales qui caractérisent la polarité. Allongés, la paume de la main en arrière, le voyant remarque dans le bleu-indigo du bras droit une petite bande jaune sur le côté interne, c'est-à-dire du pouce; et, dans le jaune-orangé du gauche, une petite bande bleue sur tout le côté du petit doigt. Chaque doigt paraît plus ou moins bleu du côté du petit doigt, plus ou moins jaune du côté du pouce. Le bout des doigts les plus positifs brille d'une vive lumière indigo, qui paraît même violette chez quelques individus et de chaque extrémité sort un effluve d'un bleu-indigo très brillant, qui atteint parfois 8 ou 10 centimètres de longueur. Le bout des doigts les plus négatifs brille d'un beau jaune qui passe à l'orangé et parfois au rouge clair vers la racine et l'ongle, et de chaque extrémité jaillit un effluve jaune orangé, de même longueur qu'aux doigts positifs.

« La face palmaire de la main droite brille d'un bleu-indigo très brillant; la face dorsale est jaune clair. La face palmaire de la main gauche brille d'un superbe jaune-orangé, la face dorsale est bleu-clair. Les jambes et les pieds présentent à la vue les mêmes particularités que les bras et les mains du même côté. L'œil droit lance continuellement un faisceau de rayons bleu-indigo, dans lequel on remarquera souvent des rayons violets; le gauche, un faisceau de rayons jaune-orangé parmi lesquels on remarque parfois des rayons rouges. Ces faisceaux atteignent parfois une longueur de 2 mètres.

« De l'oreille droite, il jaillit constamment des houppes de lumière bleue, de la gauche des houppes de lumière jaune. Chaque mouvement respiratoire projette par la narine droite un petit faisceau de rayons bleus; par la gauche, un faisceau analogue de rayons jaunes. Le son de la voix est toujours visible sous forme lumineuse. En général, quand le son de la voix est aigu, la couleur est bleu-indigo; les sons nasillards sont bleu-gris ou rouges. Le sifflement est d'un bleu-indigo très vif. Quand le son est très aigu, il paraît violet. »

On le voit, ces observations sur lesquelles nous passons rapidement mais qu'on trouvera plus en détail dans la Physique magnétique d'Hector Durville identifient la polarité humaine.

Un sujet très sensitif vous donnera sur votre magnétisme des indications très utiles. Plus vous aurez de magnétisme, plus les couleurs seront précises et plus le sujet verra vos émissions grandes. Le magnétisme, avons-nous dit, est intimement lié à notre équilibre organique et nerveux. Lorsque nous sommes en parfaite santé, nos émissions magnétiques sont plus amples: le sujet peut s'en rendre compte dans la phase de lucidité les yeux ouverts. Sommes-nous, au contraire, épuisé, abattu, nos émissions sont beaucoup plus faibles.

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Fig.  164. — Effluves s'échappant des aimants, vus par les sensitifs Les effluves de nom contraire s'attirent.

 

Il est curieux de faire examiner par un sensitif une personne atteinte d'hémiplégie (paralysie d'un côté) : le sujet voit son côté malade briller faiblement, parfois pas du tout, tandis que du côté sain, les effluves sont plus nets et colorés plus vivement.

L'homme n'est pas seul à rayonner magnétiquement: les animaux participent à la même polarité. Le sujet sensitif voit donc un chien, un chat briller de couleurs analogues à celles de l'être humain.

Les végétaux sont aussi polarisés. En thèse générale, la coloration du sommet de la plante est bleue (+), la tige jaunâtre (—). Que la fleur, de sa coloration visible soit bleue, rosé ou de toute autre couleur, le sensitif la verra toujours, dans l'obscurité, briller d’une teinte bleue. Il y a toutefois des nuances dans ce bleu, certains endroits étant plus actifs que d'autres. Hector Durville affirme que le bord des pétales brille d'un bleu étincelant; le centre est bleu clair; le pistil et les étamines sont bleu-indigo et émettent des effluves fins et déliés de même couleur.

Les fruits sont bleus dans leur ensemble mais, vers le pédoncule, ils apparaissent jaunes et, dans la partie opposée à la queue, ils irradient du bleu-indigo.

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Fig. 165. — Effluves s'échappant des aimants, vus par les sensitifs. Les effluves de même nom se repoussent.

 

Les graines brillent d'un beau bleu, tandis que les tubercules (pommes de terre, topinambours...) émettent de la lumière jaune, mais dans les uns et les autres on remarque aussi la teinte opposée, quoique beaucoup plus faible car, partout dans la Nature, les deux modalités de la force magnétique sont inséparables. Une branche est bleue (+) à l'extrémité supérieure et vers les feuilles, et jaune (—) au point d'insertion au tronc.

Les minéraux, les métaux sont également polarisés. Les uns sont positifs, d'autres négatifs; ils sont polarisés avec des intensités différentes. II ressort des expériences de mon père qu'aux yeux des sensitifs, le plomb et le cobalt sont bleus, le soufre d'un bleu indigo particulièrement remarquable. Le bismuth et le zinc sont rouges; le potassium, orangé-rougeâtre; le cuivre rouge, entouré de jaune-verdâtre; le platine, l'or, l'argent, l’antimoine, le cadium, blancs; le chrôme et le nickel, jaune-verdâtre; le fer, gris-bleuté; l'arsenic et l'iode, rougeâtres.

L'aimant, vu dans l'obscurité par un sensitif, présente à ses deux pôles de fortes radiations jaillissant dans le prolongement des branches. Le sensitif les voit colorées: le pôle positif en bleu, le négatif en jaune-orangé.

Montrez à votre sujet deux barreaux aimantés présentés pôle à pôle, à faible distance. Si les extrémités sont de même nom (+ et +, ou — et —) il verra les effluves se repousser. Si, au contraire, les pôles mis en présence sont de nom contraire (+ et —), il verra les effluves s'attirer et les couleurs se fondre. Les cristaux sont soumis à la loi de polarité, car nous trouvons le magnétisme dans tous les corps et agents de la Nature; il constitue une force collective: magnétisme universel des anciens magnétiseurs et des occultistes. Placez sur une table, dans une pièce obscure, un bloc de cristal brut — gypse, quartz ou tout autre — votre sujet verra les pointes des cristaux émettre des rayons bleus (+), tandis que la base du bloc lui apparaîtra jaune-orangée (—).

Faites regarder par votre sujet les deux pôles d'une pile: il verra du pôle + s'échapper des effluves bleus et du pôle — des effluves jaune-orangé. Les teintes seront d'autant plus vives que la pile sera puissante et le sujet les percevra d'autant mieux qu'il sera plus entraîné.

Pour la chaleur, les phénomènes de polarisation sont très compliqués. Nous avons dit qu'un grand foyer, un brasier, dégage un magnétisme positif, mais, si nous chauffons une tige de métal par unie de ses extrémités nous voyons la modalité positive apparaître à l'extrémité libre pendant que nous chauffons. Supprimons la source de chaleur. Tandis que la tige refroidit, la modalité négative vient remplacer la modalité positive. Si nous chauffons la tige par le milieu, le phénomène se complique encore, car la polarisation se subordonne à l'orientation de la tige. Ce sont là des faits très curieux mais sur lesquels nous ne pouvons nous étendre. Hector Durville a traité à fond tous ces points dans sa Physique magnétique à laquelle on se reportera pour détails.

Le son nous offre aussi les deux polarités. Prenons une clochette et, dans l'obscurité, faisons lui produire un son. Si l'ouverture de la cloche est dirigée vers le sol elle émettra un magnétisme négatif que le sujet sensitif verra coloré en jaune; mais si l'ouverture est tournée vers le ciel, le magnétisme émis sera positif et le sensitif le verra coloré en bleu. A défaut de clochette, il suffit de prendre un verre de cristal. Frappez-le avec un couteau ou tout autre corps. Le sujet sensitif verra le magnétisme des sons se modifier de la manière que nous avons indiquée pour la clochette.

On voit que le problème est vaste et le champ des expériences à peu près illimité.

 

VI. — Extase.

 

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Fig.  166.     Sujet en extase

 

Si, votre sujet se trouvant dans la phase de lucidité les yeux ouverts, vous continuez la magnétisation, vous constatez bientôt une respiration plus prononcée et vous le voyez entrez dans la phase suivante du somnambulisme : l'extase.

En extase, le sujet magnétique a des visions qui ne lui sont pas imposées et qui se déroulent devant ses yeux. Ses yeux grands ouverts, ses mouvements expriment ce qu'il éprouve à cette vue. Il n'est pas utile que le magnétiseur crée ou dirige cette image; elle émane du tempérament même du sujet. S'il est religieux, il joint les mains, lève les yeux au ciel vers des chœurs angéliques dont il entend les musiques idéales; il voit les merveilles célestes tel que son état d'âme lui permet de les imaginer.

L'extase ne peut être confondue avec la catalepsie. Le cataleptique a les yeux ouverts mais fixes, tandis que les yeux de l'extatique sont mobiles et souvent très expressifs.

 Cette phase d'extase est parfois assez difficile à déterminer: dans les débuts, elle est fruste, mais, par un entraînement suivi, elle acquiert beaucoup de netteté.

On peut d'ailleurs aider à la production de cet état. Sortant de la phase de lucidité les yeux ouverts, le sujet pousse un soupir. Ses yeux se ferment. Il ne voit rien encore. Pour déterminer les visions, il suffit de soulever les paupières qui restent alors ouvertes et de faire de très légères frictions avec l'extrémité des doigts sur le sommet de la tête. On joint les mains du sujet dans l'attitude de la prière et, sans autre suggestion que ce geste, le sujet entre de lui-même dans l'extase religieuse et l'exprime d'autant mieux que ses sentiments religieux sont plus accentués. Il est inutile de donner des suggestions verbales: il semble que le sujet ne puisse les entendre.

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Fig. 167. — Extase érotique

Obtenue sur un sujet sensitif (M. Benoist) par pression de la nuque correspondant aux idées érotiques.

(Expérience du Colonel de Rochas)

 

Le colonel de Rochas a provoqué l'extase par une pression exercée à la partie médiane et supérieure du front (centre 17 de son système de localisations cérébrales). La pression un peu au-dessous (centre 16) amène simplement les idées religieuses. La pression, faite avec un doigt ou deux, doit être assez douce et continue jusqu'à l'apparition des phénomènes attendus. De Rochas amenait aussi l'extase en agissant par polarité, action isonome, c'est-à-dire en présentant ou appliquant sans appuyer un ou deux doigts de la main droite (+) au centre 16, situé, nous l'avons dit, à la partie supérieure et médiane du front (+). Mais une si faible action, exercée par un ou deux doigts, ne saurait être ressentie que par un sujet d'une sensitivité très accusée.

 

Le sens de l'ouïe, cependant, n'est pas complètement aboli: le sujet extatique est généralement sensible à la suggestion musicale. Qu'on lui joue un hymne religieux, ses gestes, son expression, son attitude traduisent le sentiment exprimé par la musique. Vient-on à lui faire entendre une musique gaie ? Il devient folâtre, quitte à mimer les idées funèbres et dramatiques si on lui fait entendre une musique de ce genre. Cependant, il exprime mieux les sentiments qui lui sont naturels à l'état de veille. Dans cet état spécial, on obtient, avec des sujets bien entraînés à cet égard, des interprétations de toute beauté, surtout si le sujet a des notions de danse et de musique.

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Fig.  168 et 169. — Extase religieuse

Obtenue par de Rochas par pression d'un doigt sur le milieu du front. Le sujet suit une scène idéale qui le ravit.

 

Ce phénomène a été présenté en public par le colonel de Rochas et M. Emile Magnin.

 Le sujet vient-il à entendre une musique ? Il l'interprète par des attitudes appropriées au sentiment exprimé par l'harmonie, et quelquefois cette interprétation se fait par des attitudes d'une grande beauté. On a vu Lina avec le colonel de Rochas et Magdeleine, sujet de M. Emile Magnin, interpréter la Marche funèbre de Chopin, l'incantation du Feu de Wagner ou toute autre page magistrale avec une intelligence remarquable, non seulement de la musique en elle-même, mais encore des plus délicates intentions du compositeur.

M. de Rochas attribuait la manifestation de l'extase religieuse à l'activité de deux centres phrénologiques celui de l'extase et celui des idées religieuses que nous indiquons dans la gravure ci-contre. Pour mettre ces deux centres dans l'état d'activité dont nous parlons, de Rochas se contentait, le sujet étant en somnambulisme, d'appuyer un doigt sur chacun d'eux et la phase d'extase ne tardait pas à apparaître..

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Fig. 170. — Localisations cérébrales d'après de Hochas

17. Extase. — 16. Idées religieuses.

 

C'est dans cet état qu'il faisait entendre à son sujet Lina un air quelconque, qu'elle traduisait par des gestes et des attitudes très remarquables. Ce fait n'a rien qui puisse nous surprendre. Nous devons nous rappeler qu'au début du sommeil, en état cataleptique, si nous prenons les mains du sujet, son visage reproduit l'impression du geste que nous lui imposons. Lui faisons-nous tendre le poing dans l'attitude de la colère ? Il fronce les sourcils, crispe son front, prend le visage convulsé de la fureur. Si, au contraire, nous joignons les mains dans l'attitude de la prière, le sujet élève ses yeux vers le ciel, voit des êtres surhumains, entend des concerts angéliques, manifeste en un mot toutes les sensations de l'extase religieuse. La musique est un moyen d'action qui a de profondes répercussions sur notre sensibilité nerveuse. Si nous cédons à nos nerfs, un air triste, particulièrement s'il est beau, nous porte à des pensées affligeantes. Au contraire, un air gai nous donne envie de rire et l'image du rire se reflète sur nos traits. On a vu, dans des heures tragiques, des soldats, à bout de force, retrouver dans les notes entraînantes de la musique militaire, l'ardeur de la charge et la force de continuer l'accablante besogne.

Le sujet magnétique, sous l'influence de l'hypnose, n'est pas en état de résister à une impression qui s'impose à ses sens. Il l'accepte sans nulle difficulté et, par conséquent, ce qui a sur un être en possession complète de sa personnalité une action nettement visible prend une importance plus considérable, puisqu'il ne sait en aucune manière contrôler ses sensations.

Il ne faut cependant pas croire que le premier sujet venu puisse prendre des attitudes remarquables en écoutant la musique. Lina et Magdeleine avaient appris la danse avant d'être des sujets magnétiques. Magdeleine même avait dansé en public avant de servir aux expériences de M. Magnin. Quelle que soit la puissance du magnétisme, il ne peut donner au sujet les qualités et aptitudes qui lui manquent: il ne fait pas un ténor d'un être aphone, pas plus qu'il ne transformera un imbécile en homme de génie. Mais, comme l'énergie magnétique met le sujet en état de réceptivité complète, elle a sur les personnes réellement douées pour un art, et pour la mimique spécialement, une action très favorable. D'abord, leur ôtant l'idée qu'il y a des personnes présentes autour d'elles, l'hypnose supprime complètement tout trac, toute appréhension; en un mot, il met le sujet en possession de tous ses moyens sans que rien puisse les amoindrir, ni du côté du public, ni du sien.

Malgré l'apparente liberté possédée par le sujet, celui-ci n'est pas le moins du monde libéré de l'action magnétique. La preuve en est dans un fait purement matériel: supprimez le musicien et remplacez-le par un phonographe, les résultats artistiques sont absolument inférieurs avec ce qu'ils peuvent être si le piano ou le violon sont tenus par un être humain en possession de pouvoir influencer le sujet. Donc, le sujet en extase, selon les possibilités que lui confère sa nature personnelle et son éducation première, peut interpréter les idées et les émotions que la musique lui transmet, mais il ne peut ni inventer dans cet ordre de fait, ni créer les ressources d'un art qui ne lui serait point connu. D'autre part, l'intelligence du musicien trouve son reflet dans les réalisations artistiques produites par le sujet en hypnose.

Il ne faut pas imaginer que tous les sujets peuvent réaliser ce phénomène. Ceux même qui sont au courant de la danse et de la mimique ne possèdent pas tous la sensibilité nécessaire à des perceptions délicates. Si on désire la leur faire acquérir, il faut faire subir au sujet une longue suite de magnétisations.

 

 Lorsque l'extatique est abandonné à ses propres impulsions, sans que le magnétiseur l'influence par la musique, sa vision passe, en général, par deux phases successives: l'une agréable au sujet, l'autre pénible. Si le sujet a des visions religieuses — spontanées ou provoquées (par musique, frictions douées au sommet de la tête, pression douce au milieu du front), il voit des scènes qui le ravissent, une joie angélique se peint sur son visage. Si on le laisse continuer, quand cette joie atteint son maximum d'intensité, elle décroît, l'expression du visage est moins heureuse, parfois le sujet s'agenouille et pleure.

 

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Fig. 171. — Lina interprétant la musique sous hypnose

 

Si vous désirez connaître l'objet des visions, il vous suffit de faire cesser l'état d'extase, simplement en abaissant les paupières du sujet. Celui-ci entre dans une phase du somnambulisme qui lui permet de décrire ce qu'il a vu. Toutefois, sa mémoire est grandement atténuée et il ne peut traduire qu'une très faible partie de ses visions. Si vous en voulez savoir davantage, il vous suffit de rouvrir ses yeux, la vision extatique recommence; rabaissez les paupières et vous pouvez le questionner de nouveau. En renouvelant ce procédé, vous aurez le récit complet de la vision et vous constaterez que l'extase porte toujours sur les croyances personnelles du sujet, mais intensifiées et magnifiées par l'état où il se trouve.

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Fig. 172. — Magdeleine sous l'influence de suggestions musicales

 

Chez quelques sujets très sensitifs, la vision qu'on laisse se terminer sans intervenir devient non seulement triste mais funèbre. Elle s'achève par des larmes, un cri d'horreur et le sujet tombe à terre dans un état de prostration qui peut aller jusqu'à la léthargie. Il est donc nécessaire de faire cesser l'extase pendant que le sujet se trouve sous une agréable impression. II suffit pour cela d'abaisser doucement les paupières sur les yeux: les visions s'arrêtent aussitôt.

Continuez la magnétisation et le sujet, après un temps respiratoire plus prononcé, arrive à la contracture générale.

 

VII.—Contracture

 

II s'agit ici d'une contracture pour l'obtention de laquelle il n'est nullement besoin d'agir par friction ou pression des masses musculaires. La simple magnétisation de tout le corps par passes saturantes, ou même l'imposition de la main droite au front, déterminent un état de contracture dans tous les muscles du corps.

Si le sujet est assis, en même temps que le rythme respiratoire s'amplifie, vous voyez ses membres se tendre. Essayez de les déplacer: si l'état est nettement caractérisé, vous n'y parvenez pas. Les mâchoires sont fortement serrées; le sujet ne peut plus articuler aucune parole.

La sensibilité est encore diminuée et le sujet ne perçoit même pas les piqûres profondes. Tous ses sens sont abolis: il n'entend, ne voit, ni ne sent.

 

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Fig. 173. — Sujet magnétique en état léthargique. (Expérience du Colonel de Rochas)

 

Si le sujet était debout quand il a été pris par l'état de contracture, tout son corps se raidit et vous pouvez — de même que dans la contracture générale obtenue au cours de l'état cataleptique — placer le sujet entre deux chaises, les pieds sur l'une, le haut des épaules sur l'autre. Il y demeurera aussi rigide qu'une planche et, si vous ne faites rien pour changer cet état, il peut le conserver longtemps, bien qu'il exige un effort musculaire impossible au sujet dans son état normal.

Continuez à magnétiser votre sujet en contracture, par passes ou par imposition. La contracture cède. Le sujet franchit l'état de somnambulisme — dont la contracture est la septième et dernière phase — et, après un temps respiratoire plus prononcé, il entre en léthargie.

 

Etat léthargique

 

Le sujet est dans un état complet de prostration. Ses sens sont complètement fermés: un coup de pistolet tiré près de son oreille ne le fait pas sursauter; une piqûre profonde ne lui provoque aucune douleur. Si on lui met dans la bouche les substances les plus amères, il n'en perçoit pas la saveur, et les odeurs les plus violentes, l'ammoniaque, par exemple, ne le font pas tressaillir,

Ses forces musculaires semblent, de prime abord, l'avoir abandonné: soulevez un bras et lâchez-le, il retombe comme une chose inerte. Il en est de même de tout le corps; soulevez-le, il s'abandonne comme un sac rempli de farine. Cependant, vous pouvez ramener une grande énergie musculaire si vous exercez une friction sur un muscle ou sur un groupe de muscles. Cette hyperexcitabilité neuromusculaire a été signalée par Charcot: lorsqu'on excite un muscle, soit en s'adressant directement à sa masse, soit en agissant sur le tendon ou les nerfs qui l'animent, vous obtenez une contraction.

L'excitation peut être produite par une friction énergique, une pression, une percussion. La contracture se transfère sur le membre opposé ou, sur le même membre, à un muscle antagoniste. Par exemple, vous faites d'abord entrer en contraction le biceps droit (muscle qui fait plier l'avant-bras sur le bras) en le frictionnant énergiquement avec le bout des doigts. Puis, frictionnez le biceps gauche. Vous voyez celui-ci se contracter, mais à mesure qu'il se raidit, le biceps droit se détend. Voulez-vous transférer la contracture du biceps droit à son muscle antagoniste, le triceps droit ? Lorsque la contracture du premier est obtenue, frictionnez le second muscle. Le biceps se détend, le bras s'allonge et la contracture du triceps ne permet plus de le replier.

Par le même procédé, on peut transférer la contracture du membre supérieur au membre inférieur.

Pour faire cesser toute contracture, malaxez doucement les masses musculaires influencées. Les contractures obtenues en léthargie magnétique sont, en général, moins puissantes que celles que l'on obtient au cours des états hypnotiques.

En continuant à soumettre le sujet à une action magnétique excitante, il reprend possession de lui-même. De nouveaux phénomènes apparaissent: l'extériorisation de la sensibilité et le dédoublement.

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