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Cours de magnétisme personnel

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LES ÉTATS PROFONDS de l'Hypnose

L'extériorisation de la sensibilité. Ses caractéristiques. — Cet état ne saurait être confondu avec la léthargie. — Les corps absorbants de la force magnétique extériorisée. — Le dédoublement. Sa production volontaire chez un sensitif. — Preuves de l'existence du double. — Perceptions et action motrice à distance de la formation psychique. Quelques exemples qui en démontrent la possibilité.

 

L'extériorisation de la sensibilité

 

A mesure que le sujet subit les effets de la magnétisation, nous avons vu qu'il devient de plus en plus insensible. On s'est demandé ce que devenait la sensibilité et l'on s'est rendu compte qu'elle sortait des limites corporelles et se répartissait en zones concentriques autour du sujet.

De longue date, ce phénomène a été observé à l'état spontané. Des hystériques, qui présentent sur le corps des zones d'insensibilité, manifestent quelquefois une extériorisation partielle. Nous avons constaté un certain nombre de cas. En piquant ces malades dans leurs zones insensibles, ils ne perçoivent rien; mais si on exerce une même action à faible distance de ces zones (1/4 ou un 1/2 centimètre) ils accusent la douleur. Ils sont parfaitement éveillés.

En dépit de ces quelques constatations fortuites, c'est au colonel de Rochas, ancien administrateur de l'école polytechnique, que revient l'honneur d'avoir démontré l'existence de ce phénomène.

Pour suivre le mécanisme de cette extériorisation de la Sensibilité, magnétisons notre sujet dans l'obscurité et servons-nous du contrôle d'un second sujet qui, en état de lucidité les yeux ouverts, peut suivre les étapes successives du phénomène. Il faut, naturellement, ne pas informer les sujets de l'expérience que vous intentez, car s'ils savent ce que vous attendez d'eux, ils risquent de s'auto suggérer et de donner libre cours à leur imagination.

Toutes précautions prises pour écarter les facteurs d'illusion, magnétisez votre premier sujet de la tête à l'estomac, par passes saturantes très lentes, avec une volonté calme mais soutenue. S'il est sensitif, votre sujet franchit successivement les différents stades du sommeil: états suggestif, cataleptique, somnambulique, léthargique. Votre second sujet, précédemment plongé en lucidité les yeux ouverts et qui, par conséquent, voit les effluves magnétiques, est assez loin de vous (2 à 3 mètres) pour ne pas sentir votre action qui l'endormirait plus profondément.

Demandez à votre sujet lucide de suivre les phases de l'extériorisation. Celle-ci commence parfois dès le somnambulisme. Le corps du sujet extériorisé apparaît d'abord au lucide comme s'il était recouvert entièrement d'un duvet lumineux. Puis, à mesure que la magnétisation se poursuit, ce duvet semble se dissoudre dans l'ambiance immédiate du corps pour former petit à petit une atmosphère, une « aura ». Ce brouillard se condense bientôt, devient plus brillant et forme une couche très mince épousant, à 3 ou 4 centimètres, tous les contours du corps du sujet en voie d'extériorisation.

Continuez la magnétisation. Le sujet voit se former, extérieurement à la première zone, une seconde couche, séparée de la première par un intervalle d'environ 6 à 7 centimètres (le double de la distance séparant la 1re zone de la peau) et, à mesure que la magnétisation se prolonge, de nouvelles zones, parallèles à la surface du corps, apparaissent brillantes au regard du voyant. Ces couches, de moins en moins lumineuses et de plus en plus distantes les unes des autres, ce succèdent jusqu'à 2 et 3 mètres du corps du sujet.

Tel se présente le phénomène d'extériorisation de la sensibilité, car chaque zone lumineuse renferme de la sensibilité du sujet. Lorsque l'état est nettement caractérisé, le corps du sujet est complètement insensible. Mais pincez une zone de sensibilité et le sujet enregistre immédiatement la douleur.

Nous avons dit que, d'une façon générale, la première zone sensible se manifeste à 3 ou 4 centimètres du corps du sujet. Si donc vous pincez la peau elle-même ou l'air à une distance de 2 centimètres, le sujet ne perçoit rien. Si vous pincez à 3 ou 4 centimètres dans la zone de sensibilité, le sujet éprouve la sensation aussi vivement que s'il était directement pincé en état de veille — parfois même plus vivement, car la magnétisation donne une acuité particulière à tous les sens. Au-delà de la première zone sensible, l'action n'est plus ressentie jusqu'à ce que vous atteigniez la seconde zone (à 6 ou 7 centimètres du corps), et, ainsi de suite, une large zone insensible alterne avec une mince zone sensible jusqu'à l'extrême limite de l'extériorisation, la sensibilité des zones diminuant d'acuité à mesure qu'elles s'éloignent du sujet.

Le schéma ci-contre montre la différence d'épaisseur qui existe entre les zones sensibles et les zones insensibles.

Le corps est parfaitement insensible et le sujet ne perçoit les actions: attouchements, piqûres, brûlures, etc..., que si celles-ci se produisent dans les zones de sensibilité.

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Fig. 171. — Schéma des zones de sensibilité extériorisée chez un sujet sensitif en hypnose.

 

L'état d'extériorisation de la sensibilité ne saurait être confondu avec l'état léthargique. En léthargie, la prostration est complète, le corps inerte. Si vous soulevez un bras du sujet et que vous l'abandonniez, il retombe lourdement; les sens du léthargique ont perdu la plus grande part de leur sensibilité; toute activité cérébrale paraît suspendue. Il n'en est pas de même en état d'extériorisation. Le sujet a repris l'usage de toutes ses facultés, et même celles-ci sont intensifiées. Il entend et voit avec plus d'acuité qu'à l'état de veille et, souvent, dans l'obscurité, il distingue les effluves magnétiques. Il parle. Ses forces musculaires, moindres qu'à l'état normal, lui permettent cependant, surtout au début de l'extériorisation, de se lever, de marcher, d’exécuter les actes qui lui plaisent.

Cet état est donc très différent de la léthargie et il est très intéressant d'observer la transition entre ces deux états. En léthargie, le sujet est inerte, dans un état de prostration absolue. Vous poursuivez vos magnétisations. Après un mouvement respiratoire très accusé, votre sujet bouge, s'installe commodément sur son siège, ouvre les yeux. Il recouvre bientôt sa conscience, sa lucidité d'esprit.

Nous avons dit que l'extériorisation commence par un duvet — faiblement lumineux dans l'obscurité aux yeux des sensitifs — dès l'état somnambulique. Quelquefois même — rarement et seulement chez des sujets très sensitifs — il apparaît en état suggestif. A mesure que le sommeil devient plus profond, ce duvet prend de l'importance; il forme tout auprès du corps une atmosphère, une « aura » qui augmente par la continuité de la magnétisation. Cependant, les couches sensibles ne se forment réellement qu'après la léthargie et c'est seulement à ce moment que le phénomène d'extériorisation de la sensibilité s'accuse nettement.

Pour obtenir cet état, il faut agir par les procédés des anciens magnétiseurs, c'est-à-dire par passes saturantes très lentes, pratiquées du sommet de la tête au creux de l'estomac. Il faut magnétiser longtemps, 3/4 d'heure à 1 heure, souvent plus; encore l'extériorisation ne se produit-elle, le plus souvent, qu'après un certain nombre de séances. En outre, cet état étant difficile à obtenir, il ne faut pas chercher d'autres manifestations au cours de la séance qui lui est consacrée. Par exemple, il ne faut pas arrêter le sujet à l'état suggestif ou dans un autre stade de l'hypnose, pour y tenter des expériences. Celles-ci amèneraient de la fatigue et empêcheraient le phénomène d'extériorisation de se produire avec toute la netteté désirable. Le mieux est de consacrer tout votre temps et toutes vos forces à l'obtention du phénomène désiré, sans dériver votre activité et celle du sujet sur des recherches accessoires.

En procédant à la magnétisation, observez soigneusement votre sujet, spécialement le jeu des poumons qui vous révélera son passage dans les différents états.

Lorsque vous constatez les zones de sensibilité extériorisée, vous pouvez faire les expériences que comporte cet état. En voici quelques-unes:

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Fig. 175. — Extériorisation de la sensibilité.

(Ce schéma des zones d'extériorisation a été exécuté par un sujet lucide du colonel de Rochas).

 

Assurez-vous d'abord que l'extériorisation de la sensibilité est un phénomène réel. Cherchez à éliminer tout facteur d'erreur. Bandez les yeux de votre sujet afin qu'il ne puisse deviner par vos gestes les expériences que vous allez intenter. Les yeux étant bien obturés avec des tampons d'ouate que maintient un large bandeau, pincez dans l'ambiance du sujet, partant de la peau pour vous éloigner progressivement, perpendiculairement à la surface du corps. Pincez de centimètre en centimètre. Dès que vous arrivez à la première zone sensible (en général à 2 ou 3 centimètres de la peau), le sujet accuse la douleur. Elle est perçue d'autant plus nettement que l'extériorisation est plus nette. Continuez à pincer l'air jusqu'à ce que vous rencontriez la 2e zone (située à 6 ou 7 centimètres du corps), et ainsi de suite. Pour plus de sécurité, pincez le sujet dans le dos, où son regard ne peut atteindre vos gestes. Si vous avez bandé les yeux du sujet comme nous vous l'avons indiqué et que vous expérimentiez dans l'obscurité, il n'est guère vraisemblable qu'il puisse voir ce qui se passe devant lui, mais il faut écarter toute possibilité de fraude. En agissant derrière le sujet, vous prenez le maximum de précautions possible sans nuire à l'acuité de la perception.

 

Certains corps se chargent de force magnétique. Parmi ceux-ci, les corps gras (cire, bougie, stéarine...), l'eau et les autres liquides, l'ouate, la laine sont les plus connus. Il vous est possible de charger un objet de la sensibilité extériorisée du sujet. Voici comment vous procédez: lorsque vous avez reconnu l’existence de la première couche de sensibilité, à quelques centimètres de la peau, placez dans cette zone, qui est la plus sensible, un verre rempli d'eau, et maintenez-le quelques minutes. Cette eau se charge de sensibilité et, si vous l'éloignez ensuite du sujet, les actions que vous ferez sur elle seront perçues par le sujet. Pincez le liquide, le sujet accuse la douleur. Chauffez-le, le sujet ressent une impression de chaleur d'autant plus vive que la température de l'eau est plus élevée. Placez dans le verre un morceau de glace, le sujet se sent pénétré par un froid intense. Pour obtenir des expériences, très nettes, le mieux est de ne pas éloigner le verre du sujet à plus d'un mètre ou deux; à une distance plus grande, la sensation du sujet diminue mais, pour la retrouver aussi forte, il suffit de rapprocher le verre d'eau. Cependant, avec un sujet très sensitif et entraîné depuis plusieurs mois à ces expériences, l'extériorisation étant très nette, vous pouvez porter le verre à des distances plus grandes: d'une pièce à l’autre ou à l'extrémité de l'appartement. L'eau conserve la sensibilité pendant un laps de temps qui varie de quelques minutes à quelques heures.

Toute impression que vous ferez sur l'eau sensibilisée sera perçue par le sensitif. Comme ces expériences sont fort délicates, il faut nécessairement développer le sujet avec une grande douceur, une grande persévérance, ne jamais employer de suggestions, moins encore de procédés hypnotiques, si doux soient-ils. Ce qu'il faut, c'est provoquer une extériorisation de la sensibilité par une surcharge des plexus nerveux. Plus le magnétiseur accumule de force, avec une énergie active mais calme, plus le phénomène se produit nettement.

Au lieu d'une verre d'eau, vous pouvez placer dans la zone de sensibilité un autre corps absorbant comme de la cire, une bougie. En quelques minutes, ces corps se chargent de la sensibilité du sujet et, une fois éloignés, si vous pratiquez sur eux des piqûres, des chocs, des contacts froids ou chauds, le sujet les perçoit d'autant plus nettement que son extériorisation est plus complète.

Il faut montrer une extrême prudence dans ces expériences qui peuvent, si on n'y prend garde, avoir de sérieuses répercussions. Hector Durville, qui a poussé très loin ces recherches a constaté plusieurs faits qui donnent à réfléchir. L'un d'eux s'est produit dans les circonstances suivantes: mon père avait placé dans une zone de sensibilité une statuette de cire avec laquelle il avait réalisé de curieuses expériences tendant à expliquer scientifiquement les faits d'envoûtement. Ces expériences réalisées dans des conditions qui écartent toute possibilité d'illusion et de fraude étant terminées, Hector Durville réveille son sujet, sans s'occuper de la statuette qui reste sensibilisée. Réveillé, le sujet cause avec mon père, quand poussant un cri de douleur, il porte les mains à son cou et tombe à terre, évanoui. Au bruit, l'aide accourt. Il tient en main la statuette en deux morceaux: il l'a laissée tomber par inadvertance et la tête s'est détachée. C'est à ce moment même que le sujet, bien que réveillé, s'est évanoui. Il fut très long à revenir de cette syncope; on dût lui remettre les morceaux de la statuette afin qu'il récupérât la sensibilité accumulée dans la cire. Malgré cette précaution, il fallut plusieurs jours pour que la sensation douloureuse du cou — bien qu'elle allât toujours diminuant — ait complètement disparu.

Nous avons dit comment amener le phénomène d'extériorisation. De quelle façon pouvons-nous le faire cesser ?

Il suffit de réveiller le sujet. Le mieux est de le dégager par passes transversales assez lentes. Procédez  avec douceur, sans aucune précipitation. Plus le sujet sera réveillé lentement — nous conseillons d'y employer au moins 20 à 30 minutes — mieux il se trouvera. En effet, il a extériorisé sa sensibilité; il faut donc que, par un processus inverse, il la fasse rentrer progressivement dans son corps. Si le réveil était mené avec trop de rapidité, il se pourrait que cette rentrée ne soit qu'incomplètement opérée et que le sujet en éprouve quelque malaise. Procédez avec lenteur: faites autour de votre sujet des passes transversales assez lentes. Si vous avez sensibilisé une étoffe, un liquide, une statuette de cire ou tout autre corps absorbant, il est indispensable de remettre cet objet au sujet. En le tenant dans ses mains, il reprend possession de ses forces: outre qu'elles pourraient lui manquer, diminuant en particulier l'acuité des perceptions sensorielles à l'état de veille, nous avons dit qu'il pourrait en résulter de sérieux inconvénients si cet objet venait à subir des actions violentes.

Si, au lieu de réveiller le sujet, vous désirez pousser le phénomène au-delà de l'extériorisation de la sensibilité, sous l'influence de nouvelles magnétisations la sensibilité ce condense pour former le « double ».

 

Le Dédoublement

 

Le phénomène de dédoublement n'a été qu'entrevu par de Rochas. C'est à Hector Durville que revient le mérite d'avoir étudié très à fond cet état. Mon père a consigné le résultat de ses recherches dans son volume Le Fantôme des Vivants (  Hector Durville. — Le Fantôme des vivants. Recherches expérimentales sur le dédoublement des corps de l'homme ).

Nous avons vu que, pendant l'état d'extériorisation, la sensibilité du sujet est répandue autour de lui en zones concentriques, jusqu'à une distance de 2 m. 50 et même 3 mètres de son corps. Les zones de sensibilité sont vues par les sensitifs, dans l'obscurité, et même en très faible lumière sous forme de vapeur, de fluide grisâtre, assez comparable à de la fumée de cigarette.

Que deviennent ces zones de sensibilité, si nous continuons la magnétisation ? Elles se précisent et augmentent de luminosité aux yeux des sensitifs. Puis, insensiblement, elles se condensent et se rassemblent de chaque côté du corps du sujet, à une distance qui peut varier de 20 à 80 centimètres. Si on continue la magnétisation, par passes très lentes allant de la tête au creux de l'estomac, ces masses fluidiques, assez semblables à deux colonnes dont la hauteur est à peu près celle du sujet, paraissent éprouver une attraction, une tendance à se réunir, celle de droite allant presque toujours vers celle de gauche et, à la place occupée par celle-ci, le fantôme complet ne tarde pas à se former. C'est ainsi que Hector Durville a pu constater sur nombre de sujets magnétiques l'apparition de ce phénomène de dédoublement que nous allons maintenant étudier plus en détail. Il peut se présenter de petites variations sur le mode de formation du fantôme mais, sur le même sujet, il suit toujours le même processus. La colonne de droite passe généralement derrière le sujet pour aller rejoindre celle de gauche, mais, dans ce fait, Hector Durville a constaté certaines exceptions. Plus le sujet est entraîné, plus le dédoublement se produit avec netteté et facilité.

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Fig. 176.  Le fantôme d'un sujet magnétique dédoublé (d'après une photographie obtenue par Hector Durville).

 

Le fantôme, appelé aussi le «doubler par les magnétiseurs, est le périsprit des spirites, le corps astral des occultistes. Aux yeux des théosophes, il est la réunion du corps éthérique et du corps astral. Etudions-le de plus près. C'est une masse de matière très subtile, de forme indécise, mais représentant vaguement la silhouette du sujet. Ses contours sont flous, sans aucune précision de détail. Cette masse fantomatique, debout au côté du sujet et qui ne se déplace que si l'on exerce sur elle une action définie, est légèrement plus grande que le corps. Le double n'est visible qu'aux yeux des sensitifs qui possèdent une acuité visuelle spéciale et, encore, ces sensitifs ne le voient que dans l'obscurité ou sous un faible éclairage. Toute autre personne ne saurait le voir. Aux yeux des sensitifs, la partie supérieure semble toujours plus active et plus brillante et, observation curieuse, ce fantôme qui apparaît comme faiblement lumineux ne semble pas éclairé par le dehors, mais par une source de lumière intérieure qui se trouverait dans la région: correspondant au creux épigastrique du sujet (plexus solaire).

Si l'on continue à magnétiser le sujet endormi, sans s'occuper de son fantôme qui se trouve près de lui, la formation fantomatique se précise et apparaît plus lumineuse au sujet lucide. Dans ses recherches qu'il a poussées très loin, Hector Durville a même constaté que le fantôme, arrivé à un certain degré de condensation, prend l'attitude du sujet.

Le fantôme se condense donc, et obtient de plus en plus d'éclat et de netteté à mesure que se poursuit la magnétisation. Mais, jusqu'ici, il est resté auprès du corps du sujet. En continuant l'action magnétique, le fantôme s'éloigne de son corps. Au début, le fantôme est sous la dépendance du sujet qui peut lui faire exécuter des actions et des déplacements en lui transmettant mentalement l'ordre du magnétiseur, mais si, par des magnétisations prolongées, le double acquiert une force suffisante, par un mécanisme qui nous échappe encore, il devient le siège de la conscience. L'emprise du sujet sur son double diminue et c'est ce dernier qui acquiert la faculté de penser, de vouloir, d'agir. Vous demandez au sujet d'envoyer son double à tel endroit — dans la pièce contiguë, par exemple — le sujet transmet par la pensée ce désir au fantôme qui peut acquiescer ou refuser. Nous nous trouvons là à l'extrême limite des investigations actuelles dans ce domaine, à des faits troublants, inexplicables, certes, mais constatés et reproduits par des méthodes scientifiques rigoureuses qui ne nous permettent pas de les mettre en doute.

Le double paraît constitué par une matière très subtile, matière qui pénètre tous les corps, ce qui explique comment le double peut passer au travers d'obstacles : un mur, par exemple, une porte fermée, pour aller où on lui demande. Hector Durville dit que ce fantôme ne marche pas: ses jambes sont à peine formées; il paraît glisser sur le parquet. Il est maladroit au début, heurte les objets, mais il s'y accoutume et les pénètre ou les contourne.

Le fantôme est toujours en rapport avec le sujet au moyen d'un cordon fluidique qui part généralement de l'ombilic du sujet (plexus solaire) et rejoint le fantôme à la même région. Nous disons généralement, car cette loi comporte quelques exceptions: Hector Durville l'a rencontré dans certains cas un peu au-dessus de l'ombilic et à gauche, vers la rate, et même, chez un seul sujet, il l'a vu partir du sommet de la tête. Dans tous les cas, le lien fluidique émis par le sujet, aboutit à la partie correspondante du fantôme. Au début du dédoublement, le cordon est assez gros mais, quand, par des magnétisations continues on a obtenu un dédoublement net et complet, le cordon s'amincit, en raison de la distance qui sépare le fantôme du corps. Il reste généralement de la grosseur du petit doigt.

Pendant que son double est extériorisé, le sujet se trouve dans un état d'assoupissement: son activité est très diminuée; ses sens cependant sont ouverts: il voit, entend, parle. Il n'est pas dans un état de prostration, ni incapable de mouvement, comme nous l'avons vu au cours de la léthargie.

Le fantôme est donc sensible: il l'est même à un très haut degré au début du développement. Les moindres contacts se répercutent sur le sujet qui accuse la sensation. Mettez votre main dans la formation fantomatique, le sujet éprouve une sensation de gêne intérieure. Marchez à la place occupée par le fantôme, le sujet perçoit aussitôt une sensation pénible, douloureuse même, comme si, à l'état de veille, vous lui marchiez sur les pieds. Ceci doit être fait avec toute la précaution désirable, afin que le sujet ne puisse voir les actions que vous accomplissez, ni même les pressentir à vos mouvements, les déduire de vos gestes. Si vous touchez le double avec un objet froid ou chaud, le sujet perçoit la sensation, comme si elle lui était imposée directement sur le corps à l'état de veille. On ne saurait d'ailleurs être trop prudent en accomplissant ces expériences: une forte commotion est très douloureuse pour le sujet et, si elle est trop forte, le fantôme rentre brusquement dans le corps. Or cette brusque rentrée n'est pas sans danger: la cessation du phénomène peut donner lieu à une douleur vive et même à des ecchymoses qui persistent après le réveil. Il y a donc lieu d'agir avec une extrême prudence.

Le cordon qui relie le sujet au double est également très sensible. Si on le heurte ou le tiraille, en essayant de passer entre le sujet et le double, le sujet éprouve la sensation douloureuse qu'on lui tire sur les entrailles, et si la sensation est trop forte et le sujet très sensible, la gêne qui en résulte peut aller jusqu'à la syncope.

Mais la sensibilité du double et du cordon, extrêmement vive au début, va sans cesse en s'atténuant à mesure des magnétisations.

 

Quelles preuves pouvons-nous donner de l'existence du dédoublement ? Elles sont nombreuses. Le fantôme, avons-nous dit, paraît lumineux aux yeux des sensitifs, soit dans l'obscurité, soit sous un faible éclairage. Ces sensitifs peuvent donc suivre la formation du fantôme, le voir se déplacer. Le fantôme apparaît aux yeux du sensitif moyen comme un nuage de fumée de cigarette, de la taille du sujet, nuage faiblement éclairé à l'intérieur, la source de lumière se trouvant à la région épigastrique. Il s'ensuit que la poitrine est plus éclairée que la tête et surtout que les membres inférieurs.

Avant d'en arriver à des expériences précises, signalons que les personnes sensitives peuvent, à l'état de veille, reconnaître la présence du fantôme. Si leur main pénètre dans le fantôme, elles ressentent la sensation caractéristique du froid électrique. Il est des sujets qui la perçoivent très nettement. J'ai fait souvent l'expérience dans des conditions qui écartaient toute possibilité de fraude. Dédoublant le sujet, je demeurais auprès de lui et lui donnais l'ordre d'envoyer son double dans une autre pièce assez éloignée et fermée, de manière à ce que le sensitif parfaitement éveillé qui se trouvait dans cette seconde pièce ne pût rien entendre des propos échangés avec le sujet endormi. Le sujet éveillé, sous le contrôle d'une personne non avertie, avançait doucement, évoluait dans la pièce en cherchant d'une main jusqu'à ce qu'il éprouvât la sensation du froid électrique. Il arrivait à repérer la présence du fantôme. Si j'avais ordonné au sujet d'envoyer son fantôme devant la cheminée ou sur telle chaise, c'est à cet endroit précis que le sensitif éveillé en percevait le contact. Hector Durville a fait ces expériences un grand nombre de fois et je les ai renouvelées moi-même très souvent avec succès.

La formation fantomatique, constituée de matière très subtile, peut-elle être photographiée ? De nombreux essais de photographie directe ont été tentés mais les résultats, bien qu'ils soient encourageants, n'ont pas été suffisamment nets. Les plaques ne sont peut-être pas assez sensibles pour enregistrer des clartés si faibles.

Hector Durville a constaté que, lorsque le fantôme est bien constitué et qu'il est en repos, il possède une certaine somme de forces qu'il ne peut garder longtemps. Cette force s'échappe brusquement des parties les plus condensées sous forme d'effluves et même de jets lumineux. Ces derniers, après avoir parcouru une certaine distance, environ 1 m. 50, disparaissent dans l'ambiance. Ces jets lumineux, qui sont vus par les sensitifs, n'ont pu être encore directement saisis par l'appareil photographique. Hector Durville a pu cependant les photographier par un procédé spécial. Mon père a présenté au fantôme un écran au sulfure de zinc. Cet écran a été préalablement illuminé au moyen du magnésium; il brille donc dans l'obscurité d'une faible lumière. Hector Durville avait pensé que les jets lumineux émis par le fantôme pourraient, en éclairant la partie de l'écran où ils tomberaient, augmenter la luminosité dans cette partie, tandis que, partout ailleurs, cette luminosité disparaîtrait assez rapidement. D'après son hypothèse, il n'aurait ensuite qu'à poser une plaque photographique sur l'écran pour obtenir une photographie directe des jets lumineux. Il l'obtint en effet.

On peut encore s'assurer de l'existence du fantôme en contrôlant son activité sensorielle. Le double possède, non seulement la sensibilité du sujet, mais encore une extériorisation de tous les sens: vue, ouïe, odorat, goût, toucher. Le double est donc en état de ressentir, dans tous les endroits où on l'envoie, les mêmes sensations que le sujet éprouverait s'il se rendait lui-même à la même place, à son état normal.

Des expériences très concluantes, faites dans des conditions écartant toute possibilité d’illusion et de fraude, ont été faites par Hector Durville qui en donne un compte rendu très détaillé dans le Fantôme des Vivants. J'ai moi-même réitéré ces expériences en y apportant des variantes, avec plusieurs sujets dédoublés et j'ai acquis la preuve indiscutable — bien que le fait puisse paraître très surprenant — que le double du sujet, dans certaines conditions et après un long entraînement, peut éprouver les mêmes sensations que le sujet lui-même en son état ordinaire.

Je ne puis m'appesantir sur ces expériences qui nécessiteraient de très long développements. Je renvoie pour détails au Fantôme des Vivants de mon père.

 

A titre d'exemple, je citerai cependant une expérience qui fera comprendre le mécanisme de ces perceptions. Le sujet étant dédoublé, demandez-lui d'envoyer son double dans la pièce contiguë, à une place désignée — par exemple, debout adossé à la cheminée. Une personne servant de contrôle se trouve dans cette pièce qui est plongée dans l'obscurité complète. Il est entendu avec ce contrôleur qu'à un moment donné elle tirera sa montre et en tournera les aiguilles — au hasard, puisqu'elle est dans les ténèbres. Ceci a pour but d'éviter toute suggestion. La montre étant présentée à la place approximative des yeux du fantôme, celui-ci voit l'heure marquée sur le cadran et votre sujet vous la révèle. Il ne vous reste qu'à contrôler. Cette expérience, des plus frappantes, ne réussit qu'avec des sujets parfaitement dédoublés, après un long entraînement. Nous l'avons souvent répétée. Les sujets ont vu de la sorte, par l'entremise du fantôme, non seulement l'heure à la montre, mais encore le titre d'un journal ou d'un livre placé au hasard dans l'obscurité par le contrôleur, et dans une autre pièce que celle où était endormi le sujet. Il ressort de ces expériences que le fantôme est doué de sensibilité; il peut exercer ses sens à distance.

Vous pouvez faire entendre au fantôme le tic-tac d'une montre présentée à la hauteur de son oreille et le sujet, à distance, annonce la sensation au moment précis, bien que le magnétiseur n'en soit pas prévenu.

Si vous présentez en regard de la bouche du fantôme un objet d'une saveur accusée: sel, sucre, aloès ou tout autre, le sujet perçoit la sensation, bien que l'expérience ait été faite aussi bien à son insu qu'à celui du magnétiseur.

Il en est de même pour toute odeur ou parfum que l'on fait respirer au fantôme dans la pièce de contrôle et que le sujet perçoit et décrit comme si la sensation lui était venue directement. Il est utile de rappeler que dans toutes ces expériences le fantôme et le sujet sont éloignés chacun dans une pièce fermée et que toute perception par les sens ordinaires est rendue impossible. Vous pouvez, de la même: manière, faire éprouver au sujet des sensations de pincement, des contacts chauds ou froids. Le sujet les ressentira d'autant plus nettement par l'intermédiaire de son double que celui-ci sera plus nettement formé.

Le magnétiseur peut même demander au sujet d'envoyer son double — sur lequel le magnétiseur a peu d'action directe — non seulement hors de la pièce, mais hors de la maison chez une tierce personne. Il fera dans le domicile de cette dernière des constatations dont la réalité peut être contrôlée. Ces faits, nous l'avons dit, sont rares et difficiles à produire, mais nous les avons obtenus nous-même avec des sujets entraînés pendant des mois. C'est surtout pour l'obtention de ces hauts phénomènes psychiques que le magnétiseur et le sujet doivent montrer la plus grande persévérance.

Hector Durville s'est assuré de l'existence objective du fantôme au moyen d'écrans au sulfure de calcium. Ces écrans préalablement insolés ou illuminés, sont faiblement lumineux dans l'obscurité. Le fantôme a la propriété d'augmenter leur luminosité. Pour éviter toute illusion visuelle, Hector Durville a fait enregistrer par l'appareil photographique cet accroissement de lumière.

Enfin, signalons que le fantôme peut exercer, à distance de son corps, des actions matérielles. C'est le phénomène d'extériorisation de la motricité, constaté à l'état spontané dans les séances médiumniques. Le magnétiseur peut chercher à faire déplacer de très petits objets par la formation fantomatique.. Un de mes sujets est arrivé à opérer ces déplacements dans des conditions parfaites de contrôle. Voici l'une de ces expériences: Je dédoublais mon sujet dans une pièce en demi-lumière et j'envoyais le double dans la pièce voisine. Toutes les issues de cette seconde pièce étaient soigneusement fermées — y compris, bien entendu, la porte de communication entre les deux pièces; le tablier de la cheminée était hermétiquement clos, il n'y avait personne dans cette pièce. Donc aucune respiration ou le moindre geste pouvant occasionner un déplacement d'air. Au lustre, j'avais fixé un carré de papier journal de 5 centimètres de côté. La porte de communication entre les deux pièces qui, soigneusement fermée était vitrée permettait d'observer les phénomènes. Quand le papier était parfaitement immobile, après plusieurs minutes, je demandais au sujet d'envoyer son double vers le lustre dans le but de déplacer le carré de papier. J'ai obtenu le balancement très net du papier, au commandement, toutes les fois que ce sujet était bien disposé et bien dédoublé. Cette expérience suffirait, à elle seule, à prouver que le fantôme peut, hors du corps, accomplir certaines actions.

Hector Durville a obtenu, en parfait contrôle, le déplacement de menus objets: d'une colonnette de bois, notamment. Il a obtenu aussi l'abaissement du plateau d'une balance, abaissement constaté par un dispositif électrique déclenchant une sonnerie quand le plateau s'abaissait suffisamment pour fermer le circuit. Mon père a fait agir le fantôme sur des appareils enregistreurs, en particulier sur les thénomètres du Docteur Joire, dont l'aiguille s'est déplacée sous l’influence du fantôme.  Nous sommes donc ici sur un terrain expérimental parfaitement sûr, encore qu'il soit inexploré par la science officielle.

Pour réaliser ces expériences délicates, il faut d'abord que le magnétiseur soit puissant et accoutumé de longue date à magnétiser. L'extériorisation et le dédoublement étant produits par une surcharge des plexus nerveux du sujet, celui-ci sera d'autant mieux et d'autant plus vite dédoublé que la force du magnétiseur sera plus considérable. Le sujet doit être très sensitif; il doit présenter nettement les quatre premiers degrés de l'hypnose. D'autre part, il faut s'armer de patience: les meilleurs sujets n'arrivent à un dédoublement complet qu'après plusieurs mois d'un entraînement exclusivement dirigé vers l'extériorisation et le dédoublement. Il est nécessaire de faire une séance chaque jour, surtout pendant le premier mois et cette séance doit comporter de 1 à 2 heures de magnétisations. Il faut être prévenu de ces difficultés pour ne pas en être découragé et persévérer jusqu'à l'obtention du phénomène.

L'état atmosphérique a une action sur la production des phénomènes. Hector Durville affirme, et nos expériences personnelles le confirment, que l'atmosphère ne doit jamais être lourde, humide, chargée d'électricité comme à l'approche de l'orage; la température doit être à peu près constante et relativement élevée. L'obscurité doit être à peu près complète, surtout pendant les premières semaines dé l'entraînement, et le bruit étant très nuisible aux manifestations on doit opérer dans une pièce isolée, devant le moins de personnes possible. S'il y a des témoins, ils doivent rester silencieux et ne jamais adresser la parole au sujet. Il faut aussi que les témoins lui soient sympathiques: le sujet est dans un état nerveux très spécial et la moindre contrariété gêne l'extériorisation. On ne doit pas chercher à contraindre le sujet qui demeure maître de sa personnalité et que vous n'extérioriserez pas malgré lui. Il faut, pour que l'expérience réussisse, que le sujet s'y abandonne et y collabore volontairement.

Le moment préférable dans la journée est l'après-midi ou le soir, de 3 heures jusqu'à 11 heures.

Le réveil sera effectué lentement. Pour l'obtenir, faites des passes assez lentes et, de temps en temps, un très léger souffle froid avec les lèvres. Ces passes et ce souffle doivent être pratiqués autour de la tête et du buste du sujet. N'employez jamais la suggestion qui réveillerait le sujet trop rapidement et le laisserait sous une impression pénible: fatigué, hébété, ne possédant plus tous ses moyens intellectuels. Si, au contraire, vous employez 20 minutes à une demi-heure à opérer le réveil, le sujet a le temps de récupérer toutes ses énergies extériorisées, Au réveil, il ne lui manque rien; il se retrouve en pleine possession de lui-même, sans fatigue et tout disposé à se confier à vous pour les séances ultérieures,

Le sujet ne doit, en aucun cas, être malmené. Un sujet qui, au réveil, se plaint de fatigue, de douleur dans la tête ou les membres, de constriction à la gorge, des troubles respiratoires ou de tout autre malaise est mal dégagé et le magnétiseur est responsable de cet état défectueux. Prenez donc un soin très attentif au dégagement de votre sujet. Il n'est pas un trouble qui ne disparaisse en quelques minutes par les passes transversales, les frictions traînantes et le souffle froid.

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