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LA LUCIDITÉ ET L'INTUITION
Les perceptions supra-normales, — La
lucidité et ses différentes formes. — a). Lucidité tactile. — b). Lucidité
visuelle. Deux observations de vision interne. — La lucidité à images
mobiles (lucidité cinématographique). — c). Lucidité auditive. — d). Lucidité
olfactive. — e). Lucidité gustative. — L'intuition. — Exemple d'intuition
vraie. — Rôle du somnambulisme dans l'apparition des phénomènes
intuitifs. — Comment développer l'intuition. — Usage de la boule de cristal.
Les phénomènes d'extériorisation
que nous venons d'étudier nous permettent de pénétrer le mécanisme des faits de
lucidité.
Qu'est-ce que la lucidité ? Nous la
définirons: l'exercice d'un sens ou d'une faculté en dehors de sa portée
à l'état normal. Cette définition est nécessairement vague, car il y a
bien peu de temps que la science étudie ces phénomènes. Le mot:
lucidité, assez imprécis lui-même, a cet avantage de pouvoir englober
nombre de faits.
La lucidité peut s'exercer aussi
bien sur l'ouïe ou sur la vue que sur le goût, le tact ou l'odorat;
voire même sur le sens interne. Cette multiplicité des perceptions rend
impropres les mots « vision » et « clairvoyance » qui semblent limiter à
la vue le bénéfice de la lucidité; on avait dû créer les mots « clair-audience
» pour les perceptions auditives et celui de « psychométrie » —
étymologiquement : mesure de l'âme — pour la révélation des états de conscience
d'une personne par contact d'un objet lui appartenant. Il faudrait ajouter le
mot « physiométrie » lorsque la lucidité s'exerce à découvrir l'état
organique.
Le terme de lucidité nous sert
à faire entrer dans notre étude les perceptions ultra-sensorielles, mais
aussi les phénomènes d'intuition, révélation de faits qui se passent
hors du champ habituel de la conscience.
Pour plus de clarté, nous diviserons
la présente étude en deux parties:
1°. — Phénomènes de lucidité,
pouvant se classer en différentes formes selon le sens affecté:
a). — Lucidité tactile;
b). — Lucidité visuelle;
c). — Lucidité auditive;
d). — Lucidité olfactive;
e). — Lucidité gustative.
2°. — Phénomènes d'intuition
qui peuvent se rapporter à des faits passés ou actuels (vision) ou
à des faits à venir (prévision).
Ces formes si variées de la lucidité
ne se rencontrent jamais toutes ensemble; cependant, plusieurs peuvent
coexister dans le même sujet, surtout si celui-ci doué de lucidité ou
d'intuition, est dirigé dans le sens de la perception à obtenir.
Ne pouvant, dans les limites de ce
Cours, donner tous les développements que nécessiterait une question aussi
complexe, nous nous bornerons à donner une idée d'ensemble de ces
phénomènes.
La Lucidité.
Le sujet lucide perçoit, par
l'extériorisation d'un ou de plusieurs de ses sens, des impressions en dehors
du champ d'action de ces sens à l'état normal. Par exemple, le sujet
voit, sent, touche, goûte, entend à une distance qui, normalement,
empêche la sensation. Pour que la lucidité s'exerce il est généralement
nécessaire d'établir le rapport.
Le rapport s'établit soit
directement: la main droite du sujet tenant votre main droite ou celle de la
personne sur qui doit s'exercer la faculté. Cette position isonome (+ et + par
les deux mains droites) est favorable à la production du
phénomène. Si le consultant est au loin, le rapport peut s'établir au
moyen d'un objet qui l'ait directement touché, de préférence sur la peau: une
casquette, une chemise, un gilet de flanelle, un bas, un mouchoir, une cravate
ou quelque objet longtemps porté: montre, bague, etc. Il vaut mieux encore une
mèche de cheveux, une lettre récemment écrite. Nous avons dit que les
objets que nous portons s'imprègnent de notre magnétisme. A la longue,
ce magnétisme se diffuse, s'atténue, se perd. On voit par-là qu'il est
nécessaire que l'objet ait été porté dernièrement, les cheveux soient
récemment coupés, la lettre nouvellement écrite car plus ils recèlent du
magnétisme de l’intéressé, plus ils donnent, au sujet lucide, de facilité pour
réaliser le phénomène attendu. Il faut aussi, on le comprend, que ces
objets aient été le moins manipulés possible, car ils s'imprègnent, par
les divers contacts, de magnétismes différents. C'est pourquoi il est bon,
quand on a pris ces objets, de les isoler dans un tissu de soie; pour les
lettres, il est préférable de les laisser dans leur enveloppe. On enferme l'enveloppe
dans la soie qui est l'un des meilleurs isolants de l'énergie magnétique. A
défaut d objets, le rapport peut être indirectement établi, le consultant
pensant fortement à la personne pour laquelle il veut exercer la vision.
Dans ce cas, il est indispensable que le magnétiseur ou le consultant forment
une image mentale bien nette de la personne en cause, car toute pensée
adventice devient une cause d'erreur.
Les phénomènes de lucidité
touchent aux phénomènes d'extériorisation dont nous venons de parler
mais, tandis que ces derniers se produisent, en général, dans l'ambiance
immédiate du sujet, la lucidité peut s'exercer à une très grande
distance. Pour être lucide, le sujet peut être endormi. Cependant,
beaucoup de cas de lucidité spontanée ont été observés à l'état de
veille. Empressons-nous d'ajouter que ces facultés spontanées sont souvent
moins nettes, moins constantes; elles apparaissent sans cause et disparaissent
sans motif. Au contraire, ces mêmes facultés développées par un magnétiseur
sont plus précises, plus stables.
a). — Lucidité tactile.
C'est une des formes les plus
fréquentes et c'est la plus facile à développer en état de somnambulisme
magnétique (phase de rapport).
Nous avons dit que certains corps se
chargent de magnétisme; la plupart de nos vêtements en sont imprégnés. Un
sujet doué de lucidité tactile percevra donc, au contact de ces
vêtements, des impressions relatives à l'état de leur possesseur.
Il faut, bien entendu, que toutes précautions soient prises afin que le sujet
ignore à qui l'objet soumis à son investigation peut appartenir.
Dès que le sujet tient cette chose, il sait si celui qui l'a portée a
chaud, a froid, a la fièvre; c'est pourquoi les objets les plus
directement portés sont les meilleurs et une mèche de cheveux est
l'objet le plus favorable.
Quelquefois, la sensation ne se
limite pas à la peau; le sujet sent par ses organes. C'est la lucidité
par le sens interne. On sait que ce sens est celui qui nous fait éprouver les
sensations d'origine interne, comme la faim, la soif, la gêne ou la
douleur dans les organes. Le sujet doué de lucidité par le sens interne sent,
dans ses propres organes, les symptômes de santé ou de maladie éprouvés par la
personne qu'il étudie. Ici encore, il convient que le sujet tienne dans sa main
droite (+) la main droite (+) de celui qui consulte ou, dans l'absence de ce
dernier, un objet l'ayant intimement touché.
Le sujet ressent d'autant mieux
qu'il est plus lucide. S'il est très bien développé, il perçoit
même avec une telle précision qu'il peut localiser les lésions
existantes. Nous connaissons un certain nombre de médecins adeptes de nos idées
qui emploient de tels sujets pour contrôler l'exactitude de leur propre
diagnostic. Ils en retirent un réel profit.
Lorsque le sujet exerce sa lucidité
par le moyen d'un objet, il le tient le plus souvent dans ses mains, celles-ci
reposant sur les cuisses. Toutefois, il est des sujets qui préfèrent
porter les objets à d'autres parties de leur corps: creux de l'estomac
sommet de la tête. Hector Durville a rencontré un sujet qui ne percevait
de sensation qu'en plaçant sous ses pieds l'objet servant à
l'établissement du rapport.
b). — Lucidité visuelle.
Cette forme est assez fréquente.
Non seulement le sujet sent par son
sens interne mais, souvent, il voit les moindres détails de son intérieur avec
des précisions déconcertantes, suit la marche de la maladie, annonce la date
des crises. Certains sujets ont prédit longtemps à l'avance le jour et
l'heure où ils seraient complètement guéris, ce qui fut confirmé.
Le sujet peut voir l'état des
organes de la personne avec laquelle il est mis en rapport, soit directement,
soit au moyen d’un objet.
Les faits de vision interne
nettement constatés sont légion. Bornons-nous ici à citer deux
observations faites par le Docteur Comar. Il s'agit d'une malade qui, sous
l'empire de l'hypnose a vu, à l'intérieur de son organisme, une épingle
qu'elle avait avalée quelque temps auparavant. Le sujet hypnotisé a suivi dans
son propre organisme le cheminement de ce corps, jusqu'à ce qu'il fut
rejeté au-dehors.
« La malade dont il s'agit avait
avalé, au mois de mars 1902, une épingle, qu'elle avait mise dans sa bouche,
étant endormie. Tous les efforts, toutes les tentatives pour la lui faire
rendre avaient échoué, ou bien l'épingle avait été rendue à l'insu de la
malade et avait passé inaperçue; ses selles avaient été surveillées, examinées,
pendant plus d'un mois; puis la malade ne se plaignant pas, on avait cessé la
surveillance et il n'avait plus été question de l'épingle, si, peu question
que, lorsqu'on m'avait amené la malade quatre mois plus tard pour les accidents
hystériques qu'elle présentait, on ne m'avait même pas parlé, ni elle, ni
les siens, de l'incident de l'épingle.
image
Fig. 177. — Expérience de vision
interne ou antoscopie
Position de l'épingle dans une anse
de l'intestin grêle, telle qu'elle a été vue par la malade en hypnose
« II s'agissait cette fois encore
d'une grande hystérique vigilambule chez laquelle je n'hésitai pas à
employer la méthode de traitement qui m'avait donné de si bons résultats. Cette
malade présentait en particulier la manie d'avaler en hypnose tous les menus
objets qui lui tombaient sous la main. Un jour (octobre 1902) où je lui
disais, au cours d'une séance, de réveiller la sensibilité de son intestin, de
le sentir, elle s'arrêta tout à coup, en disant qu'elle ne pouvait
plus continuer « parce que ça la piquait ». Je pensais qu'elle traduisait ainsi
une des manifestations douloureuses causées par le réveil de la sensibilité et
j'insistai. Elle fit encore quelques mouvements et s'arrêta de nouveau en
disant que « ça lui faisait réellement trop mal, que ça la piquait trop. — Quoi
donc ? — Je ne vois pas bien, mais c'est pointu, ça doit être une petite
épingle que j'ai avalée, il y a deux mois. — Sentez plus et faites attention. Elle
fait alors des mouvements moins étendus et moins rapides, localisés surtout
d'un côté et me dit après quelques minutes: « Mais je vois très
bien, ce n'est pas la petite épingle que j'ai avalée il y a deux mois, c'est
celle que j ai avalée il y a six mois, je la reconnais, mais je croyais bien
l'avoir rendue depuis longtemps. — Comment la reconnaissez-vous ? Vous la voyez
donc ? — Oh ! Mais oui, elle était beaucoup plus grosse que l'autre et je la
reconnais bien; elle est longue et a près de 3 centimètres, mais
elle est piquée dans mon intestin de telle façon qu'elle ne pourra plus partir,
et je vois maintenant qu'en faisant des mouvements tout à l'heure, je
l'ai enfoncée davantage. Je souffre beaucoup. »
« J'interrompis la scène;
ceci se passait un jeudi. Au réveil là malade se plaignait de souffrir
beaucoup dans le ventre, d'un côté, et de ressentir une sensation de
piqûre très douloureuse; elle me demanda ce qu'elle avait ou ce
qu'on lui avait fait, et ne parla nullement de son épingle. Je la questionnai
alors, lui demandant entre autres choses pourquoi on ne m'avait jamais parlé de
ce fait. Elle me répondit que c'était sans importance et que depuis sept mois
il devait y avoir longtemps que l'épingle était ressortie. Je la laissai
étendue toute la journée avec une alimentation liquide et de la glace sur l’abdomen.
« Le lendemain je rendors la malade
et la questionne de nouveau. Elle me décrit comme la veille les dimensions et
la situation exacte de l'épingle. Je lui demande alors si elle peut la
déplacer. Elle fait quelques mouvements et me dit que c'est très
difficile, car chaque mouvement l'enfonce davantage ! « II faudrait, me
dit-elle, que je fasse remuer mon intestin en sens inverse, et c'est
très difficile. — Essayez. » Elle fait d'autres mouvements et me dit: «
Elle bouge, je l'ai fait bouger d'un centimètre, elle commence à
ressortir, mais ça saigne et je n'ose plus bouger. »
« J'arrête la séance.
Journée mauvaise avec hoquet, nausées, sensation de douleur et de chaleur dans
l'abdomen.
« Le troisième jour je la
rendors. Elle me dépeint « tout l'intérieur de son ventre rouge et à
l'endroit de la piqûre la tête de l'épingle a fait un petit trou et
s'est collée dedans. » Je lui demande de me décrire exactement la situation de
l'épingle et si elle la voit assez bien pour me dessiner avec un crayon sa
situation. « Oui, dit-elle. » Je lui donne un crayon et du papier, et dans
l'hypnose, sans hésiter une minute, elle l'ait le dessin ci-dessus,
m'expliquant que la tête de l'épingle est en haut et qu'elle traverse la
paroi intestinale sans cependant en prendre toute l'épaisseur, puis ressort en
bas d'un centimètre environ.
« Elle prend même son drap de
lit et le replie sur son doigt pour mieux m'expliquer comment l'épingle est
piquée: « Elle passe, me dit-elle, sous la petite peau mince qui entoure
l'intestin: heureusement qu'elle ne la traverse pas aussi, sans cela mon
intestin serait crevé. » (l'épingle est donc piquée dans l'épaisseur de la
paroi, elle a traversé la muqueuse et la musculeuse, respectant la séreuse, et,
un centimètre au-dessous, elle ressort dans l'intérieur du tube
intestinal, comme le montre bien le dessin de la malade.) Je lui demande encore
si c'est dans le gros intestin. « Vous voyez bien que non », me dit-elle, en
montrant son dessin. Et, en effet, elle a bien dessiné une anse d'intestin
grêle.
« Je m'arrête car elle souffre
trop. Je la laisse reposer et continue dans la journée l'alimentation liquide
et la glace sur l'abdomen.
« Le lendemain, nouvelle séance. Je
lui dis de faire partir l'épingle de la place occupée. Elle fait des efforts
qui paraissent très douloureux et en allant avec beaucoup de
précautions, Je comprends à ses explications qu'elle est obligée de
faire faire à son intestin des contractions antipéristaltiques. Elle me
dépeint toutes les positions successives que prend cette épingle, tous les
mouvements qu'elle fait: elle se repique, elle s'accroche, elle tourne, elle
bouge, elle se heurte à la paroi, etc... Enfin après un quart
d’heure environ l'épingle est sortie, elle est maintenant libre dans
l'intestin. « Mais, ajoute-t-elle, il faut que je la fasse descendre, car elle
est restée si longtemps à cette place qu'elle pourrait avoir tendance
à y revenir, et j'ai eu trop de mal à la faire partir pour
recommencer. »
« Elle me dit que « l'endroit de la
piqûre saigne un peu et que ça fait une plaie ». J'arrête la
séance. Le 5e jour, je recommence; l'épingle a fait du chemin avec
les liquides absorbés par la malade.
Elle me dit qu'elle est passée dans le gros intestin. Enfin, le 6e jour,
je l'endors et je lui dis de faire avancer l'épingle.
« Elle fait toujours des mouvements
abdominaux, mais me dit à la fin qu'elle a peur que l'épingle se pique
à la paroi de l'intestin. Je lui fais administrer un lavement pour en
faciliter l'expulsion. Elle me dit à ce moment que l'eau arrive bien
jusqu'à l'épingle et l'entraîne, et elle rend enfin cette épingle, qui
était bien conforme à sa description, en disant: « Ça y est, elle est sortie
! » L'épingle était dépolie par les liquides intestinaux, Je réveille la
malade, je la lui montre, elle n'hésite pas une seconde: « C'est bien
celle-là », dit-elle.
«...Les jours suivants, la malade me
décrivit dans l'hypnose les progrès de la cicatrisation de la petite plaie
causée par l'épingle: sur l'endroit ulcéré s'était déposée de la sérosité qui
s'était transformée en une petite croûte molle très mince. « II ne
faut pas que je mange, disait-elle, car le petit fragment de nourriture
entraînerait ma croûte et mon intestin serait percé, pas tout à
fait cependant, car il y a encore la petite peau qui l'entoure; mais elle est
bien rouge et j'ai grand peur qu'elle ne se perce aussi. » Elle se perce, en
effet, malgré l'immobilité absolue et la diète alimentaire. Puis, c'est la
croûte qui se décolle à moitié, mais qui heureusement, finit par
se recoller. Enfin au bout de quelques jours la cicatrisation s'opère,
l'inflammation péritonéale diminue et la malade put bientôt reprendre
l'alimentation normale, me disant qu'il n'y avait plus qu'une petite cicatrice
et une petite dépression de la paroi intestinale à l'endroit où
la tête de l'épingle avait appuyé si longtemps.
« Depuis, la malade a repris son
travail et ne s'est plus jamais plainte de son intestin. »
Voici une seconde observation du
Docteur Comar qui est non moins curieuse:
« Une grande hystérique, M...,
dit-il, que je soignais par le traitement mécanothérapique ayant pour but le
réveil de la sensibilité, était prise tout à coup de fièvre. La
température monta graduellement jusqu'à 40°, la malade n'ayant pour tout
symptôme qu'une sensation douloureuse dans la région iliaque droite... Cet état
fébrile dura trois semaines avec défervescence progressive. Au cours de cet
état la malade étant dans l'hypnose me parla à plusieurs reprises de la
petite peau qui entourait ses intestins et qui était très rouge, surtout
à un endroit. Sous l'influence du repos et de la glace, les
phénomènes s'étant amendés, la malade se releva, mais ne reprit pas une
alimentation normale. Par prudence, je la laissai au régime liquide lorsque, au
bout de quelques jours, les mêmes faits se reproduisirent avec des
symptômes cette fois plus nets.
« Le jour où la fièvre
atteignit 40°, je fis mettre la malade dans des bains frais. Les mouvements
provoqués occasionnèrent une exacerbation de la douleur et
amenèrent le troisième jour une crise paroxystique au cours de
laquelle la malade me dit qu'elle voyait la petite peau plus rouge que la
première fois, que surtout le petit bout de l'intestin était très
malade. Je profitai de son état d'hypnose pour la questionner et lui demander
ce qu'elle voyait ainsi. « Je ne vois pas bien le petit bout, je ne sais pas
où il finit. —Pourquoi ne le voyez-vous pas ? — Je ne peux pas le voir
parce que je ne le sens pas; mon intestin et la peau qui l'enveloppe, je les
vois parce que je les ai sentis, mais ce petit bout-là, je ne l'ai
jamais senti. — Eh ! bien, dis-je sentez-le. » Elle fit des mouvements
abdominaux accompagnés de vives douleurs et entrecoupés de cris et de paroles
que je transcris. « Ah ! mais, ça va percer, mais c'est très mince; la
petite peau colle, elle est double et, entre ses faces, il y a une sorte de
liquide sale et épais, ça se colle et ça se décolle quand je remue, mais ça va
tout arracher, c'est comme quand on a un mal blanc au doigt, ça suppure, c'est
ça qui me donne cette fièvre et tout autour de ce point-là c'est
rouge, toute la petite peau est rouge dans le ventre, mais surtout du — côté
droit. — Sentez plus...» Les mouvements augmentent, les phénomènes
douloureux paraissent plus intenses et elle me dit: « Oh ! le petit bout est
plein de saletés; ah ! que c'est sale ! mais il y a longtemps que c'est
là-dedans tout ça. C'est ce qui m'a fait mal et ça ne peut pas sortir. —
Sentez plus. — Ah ! je vois le bout maintenant. » Elle fait un mouvement plus
vif et s'arrête tout à coup en poussant un cri: «. Ah! ça me
pique. — Quoi donc ? — Mais il y a quelque chose dans le bout. — Quoi ? — Je ne
vois pas très bien, car c'est entouré d'un tas de saletés: mais ça me
fait très mal, je n'ose plus bouger, j'ai peur que ça me crève. —
Quoi ? lui dis-je — Mais le petit bout; il y a dedans quelque chose de pointu
qui a irrité, mais c'est entouré de saletés et je ne vois pas bien ce que
c'est; alors si je remue, j'ai peur que la pointe me fasse percer mon intestin.
— Eh! bien, lui dis-je, continuez à sentir en allant doucement et en
faisant attention à ce que ça ne perce pas. » Elle continue alors
à faire doucement et comme avec précaution les mouvements abdominaux
qu'elle avait faits jusqu'alors pour sentir son intestin et me dit tout
à coup: « Mais, ça remue, tout le petit bout de l'intestin se tortille
comme un ver, et ça fait remuer ce qui est dedans, ça se déplace... ça
remonte... mais ça m'écorche en passant... ah! ça sort du petit bout, c'est
dans le gros intestin ! »
« Elle continue à faire
quelques mouvements et s'arrête « parce qu'elle a trop mal au ventre ».
Je jugeai inutile de pousser plus loin ce jour-là, craignant, puisque la
malade s'arrêtait d'elle-même, d'amener des accidents plus sérieux,
et jugeant préférable de la suivre plutôt que de la guider. N'ayant pas la
preuve que ce qu'elle disait était faux, je jugeai, ne fût-ce que par
prudence, devoir l'admettre comme vrai. Le soir, la température non seulement
n'avait pas augmenté, mais elle avait baissé de deux dixièmes. Le
lendemain je mettais néanmoins la malade dans l'hypnose et lui demandai si elle
voyait toujours son intestin. « Oui, me dit-elle, et la petite pointe qui me
faisait mal est toujours au même endroit qu'hier. — Eh ! bien, lui
dis-je, réveillez votre intestin. » Elle fait alors de nouveaux mouvements et
me dit que tout son intestin remue, que la petite pointe se déplace et que les
saletés qui sont autour sont moins épaisses. — « Sentez plus. » Elle me dit un
instant après: « Je commence à voir mieux, mais je ne vois qu'un
bout, on dirait un morceau d'os, c'est pointu à une extrémité et plus
large à l'autre, ça a environ un centimètre. » Elle m'indique
alors comme situation dudit objet la région correspondant au colon transverse.
— « Sentez plus. » Les mouvements continuent... « Où le voyez-vous
maintenant ? — Là, montre-t-elle avec son doigt, m'indiquant la fosse
iliaque gauche. — Vous êtes sûre ? — Mais je le vois très bien.
— Eh ! bien, alors, arrêtez-vous et ne cherchez plus à sentir. »
Et aussitôt je lui fis administrer un lavement d'eau, pendant qu'elle était
encore endormie. Je fis filtrer les matières rendues, et je trouvai
dedans un petit morceau d'os de forme et de dimensions ci-dessous.
image
Fig. 178. — Expérience de vision
interne
Fragment d'os sorti de l'appendice
et décrit par le sujet avant l'expulsion.
« Le lavement expulsé, je demandai
à la malade si elle voyait encore sa petite pointe. « Mais non, me dit-elle,
elle est partie avec l'eau que je viens de rendre. »
« A partir de ce jour la température
baissa progressivement. La malade, questionnée à diverses reprises dans
l'hypnose, me déclara successivement que la petite peau (le péritoine) était
moins rouge, que les saletés qui en collaient les deux surfaces disparaissaient
petit à petit. Elle semblait suivre jour par jour la diminution de
l'inflammation péritonéale et la résorption de l'exsudat. Il n'y eut une
légère élévation de température que le jour où je lui fis
retrouver la sensibilité de tout le cœcum; peut-être ce
jour-là avais-je ramené un peu d'inflammation péritonéale à
l'endroit qui avait été le plus atteint, au niveau de l'appendice. »
Cette forme de vision interne
apparaît surtout en somnambulisme, dans la phase que nous avons étudiée sous le
nom de « sympathie au contact ».
La lucidité visuelle, nous l'avons
dit, ne se limite pas à l'organisme du sujet ou du consultant. Le sujet
peut voir à travers des corps opaques: porte-monnaie, écrin, etc. Les
images perçues sont tantôt fixes, tantôt mobiles, quelquefois aussi mixtes.
En rapport avec un objet, le sujet
doué de lucidité visuelle à images fixes voit un tableau, un paysage
immobile devant ses yeux. Si la vision se rapporte à une personne, le sujet
la voit comme elle est, d'autant plus clairement qu'il est plus lucide et mieux
entraîné; il décrit son aspect, sa toilette, la pièce où elle se
trouve. Si la vision se rapporte à un pays, le sujet en donne une
description d'autant plus précise et détaillée qu'il est plus lucide et mieux
développé.
Dans la forme de lucidité visuelle
à images mobiles, le sujet voit les faits se dérouler devant ses yeux;
ce sont parfois des scènes si nettes que M. Duchâtel appelle cette forme
de vision: lucidité cinématographique.
Le sujet assiste à une
scène, soit antérieure, soit actuelle. Dans le premier cas, il peut
remonter à des laps de temps très variables. Certains sujets ont
vu des événements qui se sont produits à des époques extrêmement
lointaines. Un égyptologue s'est servi très utilement d'un sujet voyant
pour identifier certains objets trouvés dans les fouilles, spécialement pour en
établir la date.
Si le sujet exerce sa faculté sur
une personne, il la voit aller et venir, il peut suivre ses déplacements. Le
sujet peut également suivre une action de plus longue haleine, reconstituer les
péripéties d'un voyage. Il va de soi que cette lucidité varie de sujet à
sujet et même, chez une même personne, d'un jour à l'autre,
selon ses dispositions de corps et d'esprit.
Dans la lucidité à images
mixtes, les images perçues sont tantôt fixes et tantôt mobiles. Quand on donne
un mot ou une phrase enfermés dans une enveloppe ou dans un coffret à un
sujet doué de cette forme de vision, il les voit comme si le papier tournait
devant ses yeux, s'arrêtait, puis recommençait son mouvement giratoire.
Cette forme de lucidité à
images plus ou moins mobiles nous amène à la lucidité par
dédoublement. Le double, nous l'avons vu, quand il est suffisamment constitué,
devient le siège de nos perceptions sensorielles; il ressent les
contacts, entend, voit, peut même goûter, si invraisemblable que
cela paraisse; les faits en donnent d'innombrables preuves. Le double peut voir
à distance.
Nous avons dit que le double, ou
fantôme du vivant, est formé d'une matière subtile; mais cette
matière n'est pas immobile, elle est animée d'un mouvement constant, si
bien que le sujet qui n'est pas encore accoutumé à voir par le double
aperçoit les objets en mouvement, par la même illusion qui nous fait voir
le paysage glissant aux portières du train, lequel nous paraît immobile.
Ici, c'est la force extériorisée du sujet qui vibre.
En général, les sujets habitués au
sommeil magnétique lisent mieux en état de dédoublement qu'en somnambulisme.
Dédoublés, ils peuvent plus facilement exercer au loin leur vision.
Il arrive souvent que la vision du
sujet est imparfaite.
Souvent le sujet peut lire un mot ou
deux, après quoi sa vision s'obscurcit, ses facultés s'atténuent, et ce
n'est qu'à la séance suivante qu'il peut renouveler le phénomène.
Parfois, le sujet distingue mieux ce qui a été écrit par le magnétiseur que par
toute autre personne, même si le rapport est établi, ou bien il voit
mieux ce qui est écrit par ces personnes que par des personnes absentes. Il est
toujours utile d'établir le rapport avec le sujet. Si l'on craint, en donnant
à lire une phrase écrite par le magnétiseur que celui-ci exerce sur le
sujet une suggestion involontaire, le magnétiseur peut écrire des mots
différents sur plusieurs papiers qu'un contrôleur place au hasard dans la
pièce voisine où le double ira exercer sa vision. Si chacun de
ces papiers est enfermé dans une enveloppe, toutes les enveloppes étant
semblables, on réunit les meilleures conditions, car personne ne peut savoir ce
que contient l'enveloppe présentée. Ces précautions ne sauraient paraître
oiseuses; on n'en prend jamais trop.
Contraints à nous limiter,
passons aux phénomènes de lucidité par voie auditive.
c). — Lucidité auditive.
Dans cette forme de lucidité, plus
rare que les précédentes, le sujet entend à distance des mots, des
phrases.
Ainsi un magnétiseur remet à
son sujet une lettre. Celui-ci dit : « Ce doit être un artiste, il
articule bien, sa voix est claire, mais pas très forte », Ces assertions
sont vérifiées.
Pour exercer cette lucidité
auditive, certains sujets se servent d'un coquillage. On sait qu'en appliquant
certains coquillages au pavillon de l'oreille, on entend « le bruit de la mer
». Dans ce bruissement continu, le sujet perçoit des mots et même des
phrase si se rapportant au consultant. Il est des faits extrêmement
curieux de lucidité auditive. Certains sujets doués de cette faculté, entendent
à grande distance le nom, le prénom d'une personne, une date précise.
Il est des sujets lucides qui
remplacent le coquillage par un cornet acoustique dont ils adaptent le pavillon
à leur oreille. Nous avons dit que le double peut entendre à
distance; nous ne reviendrons pas sur ces expériences.
d). — Lucidité olfactive.
Cette forme est assez rare. Le sujet
peut sentir des odeurs à grande distance.
Un jour, un médecin de Suisse me
fait parvenir le vêtement d'une personne disparue depuis un mois environ.
Je remets cet objet à un de mes sujets en somnambulisme qui me dit: « Oh
! que cela sent mauvais, ça sent le cadavre. Je vois; la personne est tombée le
soir dans une mare et s'est noyée. Elle est à tel endroit. On retrouvera
son corps. » L'endroit est décrit dans le plus grand détail et j'envoie la
réponse au médecin consultant. On fait aussitôt des recherches et le corps est
trouvé dans les conditions indiquées. Ici, il y avait eu lucidité olfactive,
puis visuelle. Plusieurs formes de lucidité, nous avons dit, peuvent coexister.
En dédoublement, le sujet perçoit
les sensations plus nettement.
e). — Lucidité gustative.
Cette forme est de toute rareté.
Elle ne se rencontre guère qu'en dédoublement, le sujet pouvant
percevoir par son double la saveur des corps qu'on lui soumet.
Dans tous ces faits de lucidité, il
ne s'agit que de percevoir un fait actuel ou passé. Dans l'intuition, il peut y
avoir connaissance d'un fait, non seulement dans le présent, mais dans le passé
ou l'avenir.
L'Intuition
L'intuition permet au sujet qui en
est doué d'avoir connaissance, sans aucun travail cérébral volontaire, de faits
qui se passent, se sont passés, ou qui arriveront dans un délai plus ou moins
long. L'effort cérébral habituel ne saurait expliquer le mécanisme de ces
faits, car le sujet, dans les cas bien caractérisés, ne possède aucun
élément d'information lui permettant de déduire. Et pourtant, un fait bien
particulier se présente à son esprit, spontanément, involontairement, et
l'avenir le justifie pleinement.
Les faits que l'on peut citer comme
preuve de cette affirmation sont légion. Une femme a tel rêve, telle
vision, telle impression; elle en est obsédée et le fait entrevu se réalise.
L'intuition est assez rare. On donne
souvent sous cette dénomination des faits n'y rentrant pas. Il ne faut pas
oublier que la personnalité humaine, est complexe. Nous l'avons comparée
à une usine ayant un directeur (le conscient) et un sous-directeur
(l'inconscient). Ces deux personnes devraient, l'une donner des ordres, l'autre
les faire exécuter. Celui qui se développe suivant notre méthode arrive
à une entente parfaite entre ces pouvoirs, mais il n'en est pas ainsi
chez les autres. Chaque élément ne fait pas toujours le travail auquel il est
destiné. Ainsi, lorsque nous sommes attentifs, notre directeur enregistre des
impressions d'autant plus nettes que notre attention a été plus vive et plus
soutenue. Ces impressions, il les transmet sous forme d'images au
sous-directeur qui les classe afin qu'il puisse les retrouver en cas de besoin.
C'est le mécanisme d'une bonne mémoire. Mais si le directeur est distrait, les
impressions sont vagues et les images peu nettes. L'inconscient ne peut les
classer avec méthode. Il en résulte que lorsque le directeur aura besoin de ses
clichés, ceux-ci; demeureront introuvables.
Les personnes sensitives ont un
travail mental extrêmement rapide et n'en sont pas toujours maîtresses.
Les idées passent dans leur cerveau avec un élan cinématographique. Ecoutez-les
parler: les mots sortent précipitamment. C'est avec la même vitesse
qu'elles enregistrent les perceptions; mais, de même qu'en parlant elles
ne parviennent pas à exercer un contrôle utile sur leurs paroles qui
dépassent souvent leur pensée, de même quand elles enregistrent des
impressions, ces notations se font imparfaitement. Des pensées peuvent demeurer
en nous, à notre insu. Il s'ensuit que les sensitifs gardent dans leur
inconscient une foule de pensées, d'images dont ils n'ont aucun souvenir. Que
survienne un moment de détente, de calme cérébral, particulièrement dans
le sommeil, images et pensées remonteront à leur esprit; elles les associeront
et en tireront des déductions. C'est justement cette déduction inconsciente que
beaucoup d'observateurs prennent pour de l'intuition. Quelle erreur ! Ces faits
de déduction inconsciente sont fréquents. Un sensitif — et les femmes le sont
généralement, plus que les hommes, — rencontre une personne et le lendemain se
réveille avec cette idée précise: « Un tel va tomber malade, j'en ai
l'intuition (?) ». Or, le sensitif, bien qu'il ne s'en rende pas compte, a
seulement noté, dans l'entrevue de la veille, que la personne rencontrée avait
mauvais teint, l'allure fatiguée; il en déduit naturellement une maladie
proche. C'est la nuit, pendant la détente du sommeil, que la déduction s'est
produite et l'on croit ;à un pressentiment. Ce fait très simple
montre le mécanisme de la fausse intuition. Tous les faits de cet ordre ne sont
pas aussi simples. En présence d'un phénomène attribué à
l'intuition, il faut donc rechercher avec soin si le sujet sensitif n'a pas eu
connaissance d'un fait, si menu soit-il, qui puisse le mettre sur la voie.
N'oublions pas que notre inconscient peut garder le souvenir de ce que nous
avons vu, lu, entendu, ressenti, non seulement pendant des jours, des semaines,
mais durant de longues années. Ces souvenirs que nous ignorons reposent
obscurément au fond de nous-mêmes. Nous croyons les avoir oubliés
totalement et pourtant ils n'en existent pas moins. S il nous était possible de
faire l'inventaire de tout ce que notre inconscient possède de
souvenirs, combien nous serions étonnés ! Quel vaste trésor de connaissances
nous retrouverions !
Ce qui démontre cette ignorance
où nous sommes de nos acquisitions oubliées, c'est que, si l'on endort
un sujet magnétique, sa mémoire s'exalte et, si on lui fait remonter le cours
de sa vie jusqu'à la petite enfance, il retrouve des faits indéniables
qui l'étonnent, le déconcertent. Cependant, le sujet à l'état de veille,
n'y pensait plus. Grâce au sommeil qui exalte les facultés supérieures de son
esprit, il a retrouvé des impressions très lointaines. Donc, en présence
d'un fait d'intuition, rappelons-nous que l'intuitif peut, de lui-même,
dans le calme du sommeil naturel ou magnétique, retrouver dans son inconscient
des impressions que sa conscience ne connaît plus. C'est là un facteur
d'erreur qu'il convient d'éliminer.
Toutefois, si les faits de fausse
intuition, dus à un rappel d'idées sont les plus nombreux, il n'en reste
pas moins certains faits qui ne sauraient être expliqués par une
déduction inconsciente: Ne parlons pas de hasard. Ce mot ne sert qu'à
couvrir notre ignorance. Il est des avertissements intuitifs si précis, si
fréquemment renouvelés, que la coïncidence ne saurait être invoquée
à leur égard. Dégageons-nous de toute opinion préconçue, ne rejetons pas
délibérément ce que nous ne sommes pas en mesure d'expliquer. Bornons-nous
à enregistrer des faits patents.
Voici un fait type d'intuition. Il
est rapporté en ces termes-par le Docteur Osty, d'après le récit
même de la voyante,
« II y a un an, je fis cette
prédiction à un monsieur qui venait me consulter pour la première
fois: « Je vous vois sur le point de partir en voyage à travers les
mers... en Amérique probablement : je
vous vois sur le paquebot, triste et isolé, mais vous ne partirez que plus
tard: plusieurs bateaux quitteront auparavant pour la même destination le
port où vous vous embarquerez. » Et ce Monsieur m'objecta de suite: « Je
vais en effet quitter la France et pour aller en Amérique: j'admire votre
clairvoyance; mais vous me dites deux choses parfaitement improbables; d'abord
que je ne prendrai pas le premier paquebot; or j'ai mon billet en poche et tout
est prêt pour que je parte après-demain, puis que vous me voyez
triste et isolé. Or je partirai avec ma femme et si un motif quelconque la
retenait en France, mon voyage serait nécessairement supprimé. » Hier, ce
monsieur est revenu et m'a dit: « Votre présage ne s'est que trop bien
confirmé. Le lendemain du jour où je suis venu vous consulter, ma femme
a été brusquement prise de pneumonie dont elle est morte quelques jours
après. Puis désemparé, j'ai quitté la France et je fus bien, en effet,
sur le bateau un passager triste et isolé ! »
Les faits de cet ordre sont
très nombreux et nous pourrions, si la place ne nous était limitée, en
citer un grand nombre portant sur des événements que rien ne pouvait annoncer.
Cette intuition se manifeste sous
des formes diverses: à l'état de veille ou dans le sommeil, sous
l'aspect de la vie réelle ou dans des modes symboliques, en sommeil magnétique
ou dans un état de somnolence intermédiaire entre la veille et le sommeil. Chez
certains sujets, l'intuition est spontanée: une image, une idée, sans lien
apparent avec leur pensée, s'impose brusquement à leur esprit. Chez
d'autres, une certaine préparation, un temps de recueillement est nécessaire; une
envie irrésistible d'écrire s'empare du sujet, et c'est l'écriture automatique
des médiums qui donne parfois des révélations curieuses. Il est regrettable que
les médiums ne consentent pas, ou bien rarement, à se laisser guider par
un expérimentateur et s'adonnent exclusivement à des phénomènes
automatiques, puisant dans leur inconscient des idées qu'ils ignorent et qu'ils
croient étrangères. Certains médiums attribuent leur intuition à
des entités qui se tiendraient en communication avec eux par voie auditive, visuelle,
ou par l'écriture automatique. D'autres ont besoin de cartes, de marc de café,
d'épingles, de blanc d'œuf, d'osselets, de fumée. Que sais-je encore ?
Tous ces objets n'ont aucune vertu particulière. Ils ne servent
qu'à augmenter la concentration mentale, car l'intuitif ne suit pas le
sens attribué aux cartes; parmi ces images étalées sous ses yeux, il ne retient
que celles qui confirment son intuition. Les cartes, non plus que les autres
moyens de divination, n'ont pas de valeur intrinsèque, ni d'autre
signification que celle attribuée par l'intuitif. Celui-ci prédirait aussi bien
avec un jeu de cartes toutes blanches. Nous l'avons expérimenté souvent.
Un de nos sujets, qui disait
l'avenir en interprétant les figures formées par 13 épingles jetées sur la
table — figures auxquelles il accordait une valeur propre — ne retenait
pourtant dans l'interprétation que celles qui corroboraient sa pensée,
déjà formée en jetant les épingles. Ce même sujet voyait
subitement, comme dans un éclair, des faits que rien ne lui permettait de
supposer. Il les voyait, non seulement dans les épingles, mais dans les
pétillements d'une coupe de champagne, dans le « yeux » du bouillon, et ce fut
ainsi qu'il m'annonça qu'un soldat auquel je ne pensais pas, serait blessé
à tel endroit, en un lieu qu'il décrivait, dans un nombre de jours qu'il
fixait; que ce militaire serait évacué dans telle ville. Le tout fut vérifié en
tous points. La blessure eut lieu 15 jours après la prédiction.
Cependant, si les cartes, le marc de
café et autres procédés du même genre n'ont aucune valeur propre, ils
n'en constituent pas moins, pour le sujet intuitif, des moyens qui favorisent
la concentration mentale, le recueillement, états d'âme qui conviennent aux
manifestations intuitives.
Nous avons vu que la lucidité paraît
d'autant plus nette que le sujet est plus extériorisé, plus dédoublé. Ceci
explique la croyance courante qu'il faut qu'un sujet soit endormi pour
percevoir à grande distance. Certes, l'hypnose — et nous n'entendons
parler que du sommeil magnétique, qui se différencie nettement des sommeils
suggestif ou hypnotique — augmente considérablement l'acuité sensorielle du
sujet. Cette acuité est d'autant plus grande que le sujet est mieux dédoublé.
Nous avons dit que, souvent, le sujet commence à s'extérioriser
dès l'état suggestif. Il est même des personnes très
sensitives — dont certaines n'ont jamais été endormies — qui possèdent
à l'état de veille une extériorisation partielle de certains sens, mais
ces sujets sont assez rares. Nous en avons cependant rencontré un certain
nombre.
Si la personne que vous désirez
rendre lucide se laisse influencer par vous et qu'elle soit sensitive, cherchez
à la plonger en hypnose, afin de produire l'extériorisation et le
dédoublement. Nous en avons dit le moyen. Placé devant le sujet qui est assis
ou étendu bien à son aise, en détente musculaire, dans l'état d'esprit
le plus calme possible, faites des passes lentes de la tête au creux de
l'estomac. Cherchez à projeter votre énergie sur les plexus de votre
sujet. Vous devez montrer beaucoup de patience car, — nous l'avons dit, mais
nous ne saurions trop y revenir — il faut, surtout au début, faire de longues
séances (1 heure ou 2), et les faire, autant qu'il vous est possible, chaque
jour, à la même heure.
Dès que vous constatez l'état
somnambulique, cherchez la phase de rapport et, celle-ci trouvée, remettez
à votre sujet une enveloppe contenant une lettre. Demandez-lui de se
rendre compte, par perception tactile, de l'impression qu'il ressent. S'il est
suffisamment développé, votre sujet éprouvera une impression agréable ou
désagréable; il pourra traduire l'état d'âme du scripteur au moment où
la lettre a été rédigée. Cette lettre devient le véhicule des vibrations —
affection, colère, etc. — du scripteur et elles affectent le sujet. Il
en est de même de toutes les impressions. Vous pouvez, en présence de
témoins, faire des expériences avec des lettres de personnes que vous ne
connaissez pas.
Continuez votre magnétisation. A
mesure que l'extériorisation se produit le sujet devient de plus en plus
insensible; sa sensibilité se condense autour de lui en zones concentriques.
Bientôt après, la sensibilité se rassemble en une masse fluidique
formant le double du sujet. Ce double, une fois bien constitué, envoyez-le dans
la pièce voisine et exercez-le à voir, d'abord une lettre en
très gros que vous aurez découpée dans le titre d'un journal, puis un
titre tout entier. Il éprouvera tout d'abord une extrême difficulté,
mettra beaucoup de temps pour ne voir que partiellement, saisira une barre,
mais non toute la lettre. En persévérant, après un nombre variable
d'essais, votre sujet arrivera à discerner la lettre. Vous serez sur la
voie et il vous suffira de continuer pendant des semaines, des mois peut-être
pour obtenir des visions très nettes. C'est ainsi que nous avons
développé un très grand nombre de sujets qui sont parvenus à
obtenir des visions extrêmement nettes. Il faut, en tout cas, une
patience infinie, une grande douceur, beaucoup de régularité. Il est nécessaire
que le sujet arrive à donner à son double une parfaite
immobilité, car, tant que la formation remue, les lettres dansent devant ses
yeux ou s'agitent dans un mouvement de rotation. Nous ne saurions trop insister
sur le calme, la patience qu'il faut montrer. Moins il y aura de témoins, mieux
l'entraînement se poursuivra. Evitez tous bruits.
La fatigue physique, les ennuis, les
soucis, agitent le sujet et nuisent à ses manifestations psychiques. Il
est des sujets qui, pendant la période des règles, ne peuvent rien voir.
Voici maintenant comment on
développe l'intuition. De même qu'on ne peut rendre lucides que des
sujets sensitifs dont le système nerveux est susceptible d'acuités
particulières, de même l'intuition n'est pas une faculté que l'on
peut créer de toutes pièces. Il faut y être prédisposé. Ceux qui
ont des rêves, des pressentiments qui se réalisent, peuvent intensifier
cette faculté. Nous conseillons à ceux qui veulent développer leur
intuition de se confier à un magnétiseur, ce qui est sans nul doute
préférable, car la magnétisation donne non seulement des forces qui facilitent
l'exaltation des facultés perceptives, mais le sujet, devenant plus passif,
peut moins facilement associer dans son cerveau des idées susceptibles de
fausser sa vision. Un sujet ne peut voir juste pour lui-même ou pour les
personnes de sa connaissance, parce qu'il a toujours tendance à prendre
pour des intuitions ses déductions personnelles, ses propres idées. C'est
justement l'écueil qu'il faut éviter. En se confiant à un magnétiseur,
les personnes sensitives se mettent dans les meilleures conditions.
Cependant, il est des personnes
présentant des traces d'intuition qui ne peuvent, par crainte ou pour toute
autre raison, ne connaissant pas, par exemple, de magnétiseur à qui se
confier, être plongées en sommeil. Celles-là devront concentrer
leur pensée doucement. On peut s'aider d'une boule massive en cristal pur posée
sur socle. A défaut de boule, on se sert d'une coupe ou d'une carafe de cristal
remplie d'une eau très limpide. Nous répétons que le globe de cristal ou
la coupe n'ont d'autre utilité que de servir de soutien à l'attention.
Ce sont des objets où reposer ses regards. Ceci évite les distractions
visuelles et diminue les autres excitations sensorielles. Le sujet doit poser
ses regards doucement sur la boule. Ne pas la fixer. Nous avons vu que la
fixation est un procédé utilisé par les hypnotiseurs: la fatigue oculaire
consécutive à la fixation d'un objet brillant amène une
déperdition nerveuse d'où diminution de l'activité psychique et
sensorielle. Si la déperdition est assez grande, l'hypnose apparaît. Mais ce
n'est pas une fatigue qu'il faut produire ici et tout moyen hypnotique, tout
corps brillant doit être exclu. C'est un point qu'il est nécessaire de mettre
en valeur, car nous ne saurions mettre nos élèves trop en garde contre
les procédés indiqués par certains auteurs — trop enclins à prôner des
méthodes originales avant de les avoir expérimentées — qui conseillent l'auto
hypnotisation, montrant ainsi leur ignorance de la question. L'hypnotisation et
l'auto hypnotisation rendant le sujet insensible obscurcissent la conscience.
C'est l'inverse du but visé.
Comment se servir de la boule de
cristal ?
La boule sera posée sur un meuble,
une table, à distance normale de la vision, de manière à
ne causer aux yeux aucune tension excessive et fatigante. On s'assiéra
confortablement devant la table, le dos et les pieds appuyés, les membres bien
détendus, et on s'efforcera à restreindre le plus possible son activité
musculaire. Plus l'état de détente musculaire sera complet, et plus on aura de
facilité pour obtenir le calme de l'esprit. Il faut éviter tout travail
cérébral de nature à gêner la manifestation intuitive. C'est
pourquoi nous conseillons cette détente musculaire qui se répercute sur
l'activité mentale et, en outre, une calme attention posée, avec le regard, sur
la boule de cristal. Il faut éviter toute fatigue oculaire pouvant entraîner
des troubles congestifs; il faut regarder la boule dans son ensemble et sans effort.
Il est nécessaire de bien faire
saisir cette façon de regarder, car le succès de l'entraînement en
dépend. Une comparaison aidera à nous faire comprendre: lorsque vous
voyez une personne pour la première fois, vous pouvez prendre une idée
générale de son habillement, ou arrêter vos regards sur une partie: la
cravate, par exemple. Dans le premier cas, vous regardez d'une façon générale;
dans le second cas, vous attachez votre attention sur une partie restreinte. Il
peut en être de même pour la boule. Il importe pour le
développement de l'intuition que vous la regardiez dans son ensemble et sans
effort.
Il est utile aussi, surtout au
début, de chercher à diriger votre vision. Il est nécessaire que vous
établissiez le rapport avec la personne au sujet de laquelle vous désirez que
votre intuition se manifeste. Le mieux est de tenir une lettre récemment
écrite, un objet ayant appartenu à cette personne, une photographie;
vous orientez ainsi vos facultés, et votre réussite est d'autant facilitée.
Le rapport étant établi, regardez
votre boule doucement. Vous vous efforcez d'être calme physiquement et
cérébralement et vous attendez que des impressions vous viennent. Elles seront
souvent longues à venir; il faut le savoir et s'armer de patience. En
aucun cas, il ne faut précipiter les choses, prolonger les séances: on ne
réussirait qu'à se fatiguer inutilement, sans aucun profit. Il faut
demeurer calme et attendre. Le mieux est de faire chaque jour une séance d'un
quart d'heure ou d'une demi-heure, tout au plus. Plus longue, elle serait
fatigante et ceux qui n'ont pas encore acquis une complète maîtrise
d'eux-mêmes risqueraient de s'énerver, de se décourager, d'interrompre
même leur entraînement.
En procédant ainsi, sans
précipitation, avec calme, on réunit les meilleures conditions expérimentales,
mais la faculté intuitive ne se manifeste que dans un temps variable. Les
images apparaissent à l'intérieur de la boule. Au début elles
apparaissent incomplètes et disparaissent aussi promptement qu'elles
sont venues. En persévérant, les images se précisent, deviennent fixes. Enfin,
chez les sujets intuitifs très développés, les visions se déroulent dans
le miroir comme une scène réelle, que celle-ci se passe au moment
même, qu'elle remonte dans le passé, ou qu'elle doive se produire dans
l'avenir.
Ces quelques indications permettront
à ceux qui ont des intuitions, des pressentiments, de développer leurs
facultés supra-normales.
Le célèbre philosophe Myers
affirme: « Je considère comme une grande vérité que l'esprit humain est
essentiellement capable d'éprouver des perceptions plus profondes que les
perceptions sensorielles, d'acquérir une connaissance directe de faits
dépassant la portée de nos organes différenciés et de nos vues terrestres. »
Beaucoup d'entre nous supportent un
mal prévu. Mais en présence d'un événement inattendu ils se trouvent désemparés
et confondus. S'ils sont prévenus, cet événement les trouvera prêts
à y faire face. Il est donc des cas où la connaissance de
l'avenir nous est utile. Le développement de cette attention supérieure qu'est
la lucidité, l'intuition, est le meilleur moyen d'y parvenir.
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