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Cours de magnétisme personnel

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LA LUCIDITÉ ET L'INTUITION

Les perceptions supra-normales, — La lucidité et ses différentes formes. — a). Lucidité tactile. — b). Lucidité visuelle. Deux observations de vision interne. — La lucidité à images mobiles (lucidité cinématographique). — c). Lucidité auditive. — d). Lucidité olfactive. — e). Lucidité gustative. — L'intuition. — Exemple d'intuition vraie. — Rôle du somnambulisme dans l'apparition des phénomènes intuitifs. — Comment développer l'intuition. — Usage de la boule de cristal.

 

Les phénomènes d'extériorisation que nous venons d'étudier nous permettent de pénétrer le mécanisme des faits de lucidité.

Qu'est-ce que la lucidité ? Nous la définirons: l'exercice d'un sens ou d'une faculté en dehors de sa portée à l'état normal. Cette définition est nécessairement vague, car il y a bien peu de temps que la science étudie ces phénomènes. Le mot: lucidité, assez imprécis lui-même, a cet avantage de pouvoir englober nombre de faits.

La lucidité peut s'exercer aussi bien sur l'ouïe ou sur la vue que sur le goût, le tact ou l'odorat; voire même sur le sens interne. Cette multiplicité des perceptions rend impropres les mots « vision » et « clairvoyance » qui semblent limiter à la vue le bénéfice de la lucidité; on avait dû créer les mots « clair-audience » pour les perceptions auditives et celui de « psychométrie » — étymologiquement : mesure de l'âme — pour la révélation des états de conscience d'une personne par contact d'un objet lui appartenant. Il faudrait ajouter le mot « physiométrie » lorsque la lucidité s'exerce à découvrir l'état organique.

Le terme de lucidité nous sert à faire entrer dans notre étude les perceptions ultra-sensorielles, mais aussi les phénomènes d'intuition, révélation de faits qui se passent hors du champ habituel de la conscience.

Pour plus de clarté, nous diviserons la présente étude en deux parties:

 

1°. — Phénomènes de lucidité, pouvant se classer en différentes formes selon le sens affecté:

a). — Lucidité tactile;

b). — Lucidité visuelle;

c). — Lucidité auditive;

d). — Lucidité olfactive;

e). — Lucidité gustative.

 

2°. — Phénomènes d'intuition qui peuvent se rapporter à des faits passés ou actuels (vision) ou à des faits à venir (prévision).

Ces formes si variées de la lucidité ne se rencontrent jamais toutes ensemble; cependant, plusieurs peuvent coexister dans le même sujet, surtout si celui-ci doué de lucidité ou d'intuition, est dirigé dans le sens de la perception à obtenir.

Ne pouvant, dans les limites de ce Cours, donner tous les développements que nécessiterait une question aussi complexe, nous nous bornerons à donner une idée d'ensemble de ces phénomènes.

 

La Lucidité.

 

Le sujet lucide perçoit, par l'extériorisation d'un ou de plusieurs de ses sens, des impressions en dehors du champ d'action de ces sens à l'état normal. Par exemple, le sujet voit, sent, touche, goûte, entend à une distance qui, normalement, empêche la sensation. Pour que la lucidité s'exerce il est généralement nécessaire d'établir le rapport.

Le rapport s'établit soit directement: la main droite du sujet tenant votre main droite ou celle de la personne sur qui doit s'exercer la faculté. Cette position isonome (+ et + par les deux mains droites) est favorable à la production du phénomène. Si le consultant est au loin, le rapport peut s'établir au moyen d'un objet qui l'ait directement touché, de préférence sur la peau: une casquette, une chemise, un gilet de flanelle, un bas, un mouchoir, une cravate ou quelque objet longtemps porté: montre, bague, etc. Il vaut mieux encore une mèche de cheveux, une lettre récemment écrite. Nous avons dit que les objets que nous portons s'imprègnent de notre magnétisme. A la longue, ce magnétisme se diffuse, s'atténue, se perd. On voit par-là qu'il est nécessaire que l'objet ait été porté dernièrement, les cheveux soient récemment coupés, la lettre nouvellement écrite car plus ils recèlent du magnétisme de l’intéressé, plus ils donnent, au sujet lucide, de facilité pour réaliser le phénomène attendu. Il faut aussi, on le comprend, que ces objets aient été le moins manipulés possible, car ils s'imprègnent, par les divers contacts, de magnétismes différents. C'est pourquoi il est bon, quand on a pris ces objets, de les isoler dans un tissu de soie; pour les lettres, il est préférable de les laisser dans leur enveloppe. On enferme l'enveloppe dans la soie qui est l'un des meilleurs isolants de l'énergie magnétique. A défaut d objets, le rapport peut être indirectement établi, le consultant pensant fortement à la personne pour laquelle il veut exercer la vision. Dans ce cas, il est indispensable que le magnétiseur ou le consultant forment une image mentale bien nette de la personne en cause, car toute pensée adventice devient une cause d'erreur.

Les phénomènes de lucidité touchent aux phénomènes d'extériorisation dont nous venons de parler mais, tandis que ces derniers se produisent, en général, dans l'ambiance immédiate du sujet, la lucidité peut s'exercer à une très grande distance. Pour être lucide, le sujet peut être endormi. Cependant, beaucoup de cas de lucidité spontanée ont été observés à l'état de veille. Empressons-nous d'ajouter que ces facultés spontanées sont souvent moins nettes, moins constantes; elles apparaissent sans cause et disparaissent sans motif. Au contraire, ces mêmes facultés développées par un magnétiseur sont plus précises, plus stables.

 

a). — Lucidité tactile.

 

C'est une des formes les plus fréquentes et c'est la plus facile à développer en état de somnambulisme magnétique (phase de rapport).

Nous avons dit que certains corps se chargent de magnétisme; la plupart de nos vêtements en sont imprégnés. Un sujet doué de lucidité tactile percevra donc, au contact de ces vêtements, des impressions relatives à l'état de leur possesseur. Il faut, bien entendu, que toutes précautions soient prises afin que le sujet ignore à qui l'objet soumis à son investigation peut appartenir. Dès que le sujet tient cette chose, il sait si celui qui l'a portée a chaud, a froid, a la fièvre; c'est pourquoi les objets les plus directement portés sont les meilleurs et une mèche de cheveux est l'objet le plus favorable.

Quelquefois, la sensation ne se limite pas à la peau; le sujet sent par ses organes. C'est la lucidité par le sens interne. On sait que ce sens est celui qui nous fait éprouver les sensations d'origine interne, comme la faim, la soif, la gêne ou la douleur dans les organes. Le sujet doué de lucidité par le sens interne sent, dans ses propres organes, les symptômes de santé ou de maladie éprouvés par la personne qu'il étudie. Ici encore, il convient que le sujet tienne dans sa main droite (+) la main droite (+) de celui qui consulte ou, dans l'absence de ce dernier, un objet l'ayant intimement touché.

Le sujet ressent d'autant mieux qu'il est plus lucide. S'il est très bien développé, il perçoit même avec une telle précision qu'il peut localiser les lésions existantes. Nous connaissons un certain nombre de médecins adeptes de nos idées qui emploient de tels sujets pour contrôler l'exactitude de leur propre diagnostic. Ils en retirent un réel profit.

Lorsque le sujet exerce sa lucidité par le moyen d'un objet, il le tient le plus souvent dans ses mains, celles-ci reposant sur les cuisses. Toutefois, il est des sujets qui préfèrent porter les objets à d'autres parties de leur corps: creux de l'estomac sommet de la tête. Hector Durville a rencontré un sujet qui ne percevait de sensation qu'en plaçant sous ses pieds l'objet servant à l'établissement du rapport.

 

b). — Lucidité visuelle.

 

Cette forme est assez fréquente.

Non seulement le sujet sent par son sens interne mais, souvent, il voit les moindres détails de son intérieur avec des précisions déconcertantes, suit la marche de la maladie, annonce la date des crises. Certains sujets ont prédit longtemps à l'avance le jour et l'heure où ils seraient complètement guéris, ce qui fut confirmé.

Le sujet peut voir l'état des organes de la personne avec laquelle il est mis en rapport, soit directement, soit au moyen d’un objet.

Les faits de vision interne nettement constatés sont légion. Bornons-nous ici à citer deux observations faites par le Docteur Comar. Il s'agit d'une malade qui, sous l'empire de l'hypnose a vu, à l'intérieur de son organisme, une épingle qu'elle avait avalée quelque temps auparavant. Le sujet hypnotisé a suivi dans son propre organisme le cheminement de ce corps, jusqu'à ce qu'il fut rejeté au-dehors.

« La malade dont il s'agit avait avalé, au mois de mars 1902, une épingle, qu'elle avait mise dans sa bouche, étant endormie. Tous les efforts, toutes les tentatives pour la lui faire rendre avaient échoué, ou bien l'épingle avait été rendue à l'insu de la malade et avait passé inaperçue; ses selles avaient été surveillées, examinées, pendant plus d'un mois; puis la malade ne se plaignant pas, on avait cessé la surveillance et il n'avait plus été question de l'épingle, si, peu question que, lorsqu'on m'avait amené la malade quatre mois plus tard pour les accidents hystériques qu'elle présentait, on ne m'avait même pas parlé, ni elle, ni les siens, de l'incident de l'épingle.

 

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Fig. 177. — Expérience de vision interne ou antoscopie

Position de l'épingle dans une anse de l'intestin grêle, telle qu'elle a été vue par la malade en hypnose

 

« II s'agissait cette fois encore d'une grande hystérique vigilambule chez laquelle je n'hésitai pas à employer la méthode de traitement qui m'avait donné de si bons résultats. Cette malade présentait en particulier la manie d'avaler en hypnose tous les menus objets qui lui tombaient sous la main. Un jour (octobre 1902) où je lui disais, au cours d'une séance, de réveiller la sensibilité de son intestin, de le sentir, elle s'arrêta tout à coup, en disant qu'elle ne pouvait plus continuer « parce que ça la piquait ». Je pensais qu'elle traduisait ainsi une des manifestations douloureuses causées par le réveil de la sensibilité et j'insistai. Elle fit encore quelques mouvements et s'arrêta de nouveau en disant que « ça lui faisait réellement trop mal, que ça la piquait trop. — Quoi donc ? — Je ne vois pas bien, mais c'est pointu, ça doit être une petite épingle que j'ai avalée, il y a deux mois. — Sentez plus et faites attention. Elle fait alors des mouvements moins étendus et moins rapides, localisés surtout d'un côté et me dit après quelques minutes: « Mais je vois très bien, ce n'est pas la petite épingle que j'ai avalée il y a deux mois, c'est celle que j ai avalée il y a six mois, je la reconnais, mais je croyais bien l'avoir rendue depuis longtemps. — Comment la reconnaissez-vous ? Vous la voyez donc ? — Oh ! Mais oui, elle était beaucoup plus grosse que l'autre et je la reconnais bien; elle est longue et a près de 3 centimètres, mais elle est piquée dans mon intestin de telle façon qu'elle ne pourra plus partir, et je vois maintenant qu'en faisant des mouvements tout à l'heure, je l'ai enfoncée davantage. Je souffre beaucoup. »

« J'interrompis la scène; ceci se passait un jeudi. Au réveil là malade se plaignait de souffrir beaucoup dans le ventre, d'un côté, et de ressentir une sensation de piqûre très douloureuse; elle me demanda ce qu'elle avait ou ce qu'on lui avait fait, et ne parla nullement de son épingle. Je la questionnai alors, lui demandant entre autres choses pourquoi on ne m'avait jamais parlé de ce fait. Elle me répondit que c'était sans importance et que depuis sept mois il devait y avoir longtemps que l'épingle était ressortie. Je la laissai étendue toute la journée avec une alimentation liquide et de la glace sur l’abdomen.

« Le lendemain je rendors la malade et la questionne de nouveau. Elle me décrit comme la veille les dimensions et la situation exacte de l'épingle. Je lui demande alors si elle peut la déplacer. Elle fait quelques mouvements et me dit que c'est très difficile, car chaque mouvement l'enfonce davantage ! « II faudrait, me dit-elle, que je fasse remuer mon intestin en sens inverse, et c'est très difficile. — Essayez. » Elle fait d'autres mouvements et me dit: « Elle bouge, je l'ai fait bouger d'un centimètre, elle commence à ressortir, mais ça saigne et je n'ose plus bouger. »

« J'arrête la séance. Journée mauvaise avec hoquet, nausées, sensation de douleur et de chaleur dans l'abdomen.

« Le troisième jour je la rendors. Elle me dépeint « tout l'intérieur de son ventre rouge et à l'endroit de la piqûre la tête de l'épingle a fait un petit trou et s'est collée dedans. » Je lui demande de me décrire exactement la situation de l'épingle et si elle la voit assez bien pour me dessiner avec un crayon sa situation. « Oui, dit-elle. » Je lui donne un crayon et du papier, et dans l'hypnose, sans hésiter une minute, elle l'ait le dessin ci-dessus, m'expliquant que la tête de l'épingle est en haut et qu'elle traverse la paroi intestinale sans cependant en prendre toute l'épaisseur, puis ressort en bas d'un centimètre environ.

« Elle prend même son drap de lit et le replie sur son doigt pour mieux m'expliquer comment l'épingle est piquée: « Elle passe, me dit-elle, sous la petite peau mince qui entoure l'intestin: heureusement qu'elle ne la traverse pas aussi, sans cela mon intestin serait crevé. » (l'épingle est donc piquée dans l'épaisseur de la paroi, elle a traversé la muqueuse et la musculeuse, respectant la séreuse, et, un centimètre au-dessous, elle ressort dans l'intérieur du tube intestinal, comme le montre bien le dessin de la malade.) Je lui demande encore si c'est dans le gros intestin. « Vous voyez bien que non », me dit-elle, en montrant son dessin. Et, en effet, elle a bien dessiné une anse d'intestin grêle.

« Je m'arrête car elle souffre trop. Je la laisse reposer et continue dans la journée l'alimentation liquide et la glace sur l'abdomen.

« Le lendemain, nouvelle séance. Je lui dis de faire partir l'épingle de la place occupée. Elle fait des efforts qui paraissent très douloureux et en allant avec beaucoup de précautions, Je comprends à ses explications qu'elle est obligée de faire faire à son intestin des contractions antipéristaltiques. Elle me dépeint toutes les positions successives que prend cette épingle, tous les mouvements qu'elle fait: elle se repique, elle s'accroche, elle tourne, elle bouge, elle se heurte à la paroi, etc... Enfin après un quart d’heure environ l'épingle est sortie, elle est maintenant libre dans l'intestin. « Mais, ajoute-t-elle, il faut que je la fasse descendre, car elle est restée si longtemps à cette place qu'elle pourrait avoir tendance à y revenir, et j'ai eu trop de mal à la faire partir pour recommencer. »

« Elle me dit que « l'endroit de la piqûre saigne un peu et que ça fait une plaie ». J'arrête la séance. Le 5e jour, je recommence; l'épingle a fait du chemin avec les liquides absorbés  par la malade. Elle me dit qu'elle est passée dans le gros intestin. Enfin, le 6e jour, je l'endors et je lui dis de faire avancer l'épingle.

« Elle fait toujours des mouvements abdominaux, mais me dit à la fin qu'elle a peur que l'épingle se pique à la paroi de l'intestin. Je lui fais administrer un lavement pour en faciliter l'expulsion. Elle me dit à ce moment que l'eau arrive bien jusqu'à l'épingle et l'entraîne, et elle rend enfin cette épingle, qui était bien conforme à sa description, en disant: « Ça y est, elle est sortie ! » L'épingle était dépolie par les liquides intestinaux, Je réveille la malade, je la lui montre, elle n'hésite pas une seconde: « C'est bien celle-là », dit-elle.

«...Les jours suivants, la malade me décrivit dans l'hypnose les progrès de la cicatrisation de la petite plaie causée par l'épingle: sur l'endroit ulcéré s'était déposée de la sérosité qui s'était transformée en une petite croûte molle très mince. « II ne faut pas que je mange, disait-elle, car le petit fragment de nourriture entraînerait ma croûte et mon intestin serait percé, pas tout à fait cependant, car il y a encore la petite peau qui l'entoure; mais elle est bien rouge et j'ai grand peur qu'elle ne se perce aussi. » Elle se perce, en effet, malgré l'immobilité absolue et la diète alimentaire. Puis, c'est la croûte qui se décolle à moitié, mais qui heureusement, finit par se recoller. Enfin au bout de quelques jours la cicatrisation s'opère, l'inflammation péritonéale diminue et la malade put bientôt reprendre l'alimentation normale, me disant qu'il n'y avait plus qu'une petite cicatrice et une petite dépression de la paroi intestinale à l'endroit où la tête de l'épingle avait appuyé si longtemps.

« Depuis, la malade a repris son travail et ne s'est plus jamais plainte de son intestin. »                           

Voici une seconde observation du Docteur Comar qui est non moins curieuse:

« Une grande hystérique, M..., dit-il, que je soignais par le traitement mécanothérapique ayant pour but le réveil de la sensibilité, était prise tout à coup de fièvre. La température monta graduellement jusqu'à 40°, la malade n'ayant pour tout symptôme qu'une sensation douloureuse dans la région iliaque droite... Cet état fébrile dura trois semaines avec défervescence progressive. Au cours de cet état la malade étant dans l'hypnose me parla à plusieurs reprises de la petite peau qui entourait ses intestins et qui était très rouge, surtout à un endroit. Sous l'influence du repos et de la glace, les phénomènes s'étant amendés, la malade se releva, mais ne reprit pas une alimentation normale. Par prudence, je la laissai au régime liquide lorsque, au bout de quelques jours, les mêmes faits se reproduisirent avec des symptômes cette fois plus nets.

« Le jour où la fièvre atteignit 40°, je fis mettre la malade dans des bains frais. Les mouvements provoqués occasionnèrent une exacerbation de la douleur et amenèrent le troisième jour une crise paroxystique au cours de laquelle la malade me dit qu'elle voyait la petite peau plus rouge que la première fois, que surtout le petit bout de l'intestin était très malade. Je profitai de son état d'hypnose pour la questionner et lui demander ce qu'elle voyait ainsi. « Je ne vois pas bien le petit bout, je ne sais pas où il finit. —Pourquoi ne le voyez-vous pas ? — Je ne peux pas le voir parce que je ne le sens pas; mon intestin et la peau qui l'enveloppe, je les vois parce que je les ai sentis, mais ce petit bout-là, je ne l'ai jamais senti. — Eh ! bien, dis-je sentez-le. » Elle fit des mouvements abdominaux accompagnés de vives douleurs et entrecoupés de cris et de paroles que je transcris. « Ah ! mais, ça va percer, mais c'est très mince; la petite peau colle, elle est double et, entre ses faces, il y a une sorte de liquide sale et épais, ça se colle et ça se décolle quand je remue, mais ça va tout arracher, c'est comme quand on a un mal blanc au doigt, ça suppure, c'est ça qui me donne cette fièvre et tout autour de ce point-là c'est rouge, toute la petite peau est rouge dans le ventre, mais surtout du — côté droit. — Sentez plus...» Les mouvements augmentent, les phénomènes douloureux paraissent plus intenses et elle me dit: « Oh ! le petit bout est plein de saletés; ah ! que c'est sale ! mais il y a longtemps que c'est là-dedans tout ça. C'est ce qui m'a fait mal et ça ne peut pas sortir. — Sentez plus. — Ah ! je vois le bout maintenant. » Elle fait un mouvement plus vif et s'arrête tout à coup en poussant un cri: «. Ah! ça me pique. — Quoi donc ? — Mais il y a quelque chose dans le bout. — Quoi ? — Je ne vois pas très bien, car c'est entouré d'un tas de saletés: mais ça me fait très mal, je n'ose plus bouger, j'ai peur que ça me crève. — Quoi ? lui dis-je — Mais le petit bout; il y a dedans quelque chose de pointu qui a irrité, mais c'est entouré de saletés et je ne vois pas bien ce que c'est; alors si je remue, j'ai peur que la pointe me fasse percer mon intestin. — Eh! bien, lui dis-je, continuez à sentir en allant doucement et en faisant attention à ce que ça ne perce pas. » Elle continue alors à faire doucement et comme avec précaution les mouvements abdominaux qu'elle avait faits jusqu'alors pour sentir son intestin et me dit tout à coup: « Mais, ça remue, tout le petit bout de l'intestin se tortille comme un ver, et ça fait remuer ce qui est dedans, ça se déplace... ça remonte... mais ça m'écorche en passant... ah! ça sort du petit bout, c'est dans le gros intestin ! »

« Elle continue à faire quelques mouvements et s'arrête « parce qu'elle a trop mal au ventre ». Je jugeai inutile de pousser plus loin ce jour-là, craignant, puisque la malade s'arrêtait d'elle-même, d'amener des accidents plus sérieux, et jugeant préférable de la suivre plutôt que de la guider. N'ayant pas la preuve que ce qu'elle disait était faux, je jugeai, ne fût-ce que par prudence, devoir l'admettre comme vrai. Le soir, la température non seulement n'avait pas augmenté, mais elle avait baissé de deux dixièmes. Le lendemain je mettais néanmoins la malade dans l'hypnose et lui demandai si elle voyait toujours son intestin. « Oui, me dit-elle, et la petite pointe qui me faisait mal est toujours au même endroit qu'hier. — Eh ! bien, lui dis-je, réveillez votre intestin. » Elle fait alors de nouveaux mouvements et me dit que tout son intestin remue, que la petite pointe se déplace et que les saletés qui sont autour sont moins épaisses. — « Sentez plus. » Elle me dit un instant après: « Je commence à voir mieux, mais je ne vois qu'un bout, on dirait un morceau d'os, c'est pointu à une extrémité et plus large à l'autre, ça a environ un centimètre. » Elle m'indique alors comme situation dudit objet la région correspondant au colon transverse. — « Sentez plus. » Les mouvements continuent... « Où le voyez-vous maintenant ? — Là, montre-t-elle avec son doigt, m'indiquant la fosse iliaque gauche. — Vous êtes sûre ? — Mais je le vois très bien. — Eh ! bien, alors, arrêtez-vous et ne cherchez plus à sentir. » Et aussitôt je lui fis administrer un lavement d'eau, pendant qu'elle était encore endormie. Je fis filtrer les matières rendues, et je trouvai dedans un petit morceau d'os de forme et de dimensions ci-dessous.

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Fig. 178. — Expérience de vision interne

Fragment d'os sorti de l'appendice et décrit par le sujet avant l'expulsion.

 

« Le lavement expulsé, je demandai à la malade si elle voyait encore sa petite pointe. « Mais non, me dit-elle, elle est partie avec l'eau que je viens de rendre. »

« A partir de ce jour la température baissa progressivement. La malade, questionnée à diverses reprises dans l'hypnose, me déclara successivement que la petite peau (le péritoine) était moins rouge, que les saletés qui en collaient les deux surfaces disparaissaient petit à petit. Elle semblait suivre jour par jour la diminution de l'inflammation péritonéale et la résorption de l'exsudat. Il n'y eut une légère élévation de température que le jour où je lui fis retrouver la sensibilité de tout le cœcum; peut-être ce jour-là avais-je ramené un peu d'inflammation péritonéale à l'endroit qui avait été le plus atteint, au niveau de l'appendice. »

 

Cette forme de vision interne apparaît surtout en somnambulisme, dans la phase que nous avons étudiée sous le nom de « sympathie au contact ».

La lucidité visuelle, nous l'avons dit, ne se limite pas à l'organisme du sujet ou du consultant. Le sujet peut voir à travers des corps opaques: porte-monnaie, écrin, etc. Les images perçues sont tantôt fixes, tantôt mobiles, quelquefois aussi mixtes.

En rapport avec un objet, le sujet doué de lucidité visuelle à images fixes voit un tableau, un paysage immobile devant ses yeux. Si la vision se rapporte à une personne, le sujet la voit comme elle est, d'autant plus clairement qu'il est plus lucide et mieux entraîné; il décrit son aspect, sa toilette, la pièce où elle se trouve. Si la vision se rapporte à un pays, le sujet en donne une description d'autant plus précise et détaillée qu'il est plus lucide et mieux développé.

Dans la forme de lucidité visuelle à images mobiles, le sujet voit les faits se dérouler devant ses yeux; ce sont parfois des scènes si nettes que M. Duchâtel appelle cette forme de vision: lucidité cinématographique.

Le sujet assiste à une scène, soit antérieure, soit actuelle. Dans le premier cas, il peut remonter à des laps de temps très variables. Certains sujets ont vu des événements qui se sont produits à des époques extrêmement lointaines. Un égyptologue s'est servi très utilement d'un sujet voyant pour identifier certains objets trouvés dans les fouilles, spécialement pour en établir la date.

Si le sujet exerce sa faculté sur une personne, il la voit aller et venir, il peut suivre ses déplacements. Le sujet peut également suivre une action de plus longue haleine, reconstituer les péripéties d'un voyage. Il va de soi que cette lucidité varie de sujet à sujet et même, chez une même personne, d'un jour à l'autre, selon ses dispositions de corps et d'esprit.

Dans la lucidité à images mixtes, les images perçues sont tantôt fixes et tantôt mobiles. Quand on donne un mot ou une phrase enfermés dans une enveloppe ou dans un coffret à un sujet doué de cette forme de vision, il les voit comme si le papier tournait devant ses yeux, s'arrêtait, puis recommençait son mouvement giratoire.

Cette forme de lucidité à images plus ou moins mobiles nous amène à la lucidité par dédoublement. Le double, nous l'avons vu, quand il est suffisamment constitué, devient le siège de nos perceptions sensorielles; il ressent les contacts, entend, voit, peut même goûter, si invraisemblable que cela paraisse; les faits en donnent d'innombrables preuves. Le double peut voir à distance.

Nous avons dit que le double, ou fantôme du vivant, est formé d'une matière subtile; mais cette matière n'est pas immobile, elle est animée d'un mouvement constant, si bien que le sujet qui n'est pas encore accoutumé à voir par le double aperçoit les objets en mouvement, par la même illusion qui nous fait voir le paysage glissant aux portières du train, lequel nous paraît immobile. Ici, c'est la force extériorisée du sujet qui vibre.

En général, les sujets habitués au sommeil magnétique lisent mieux en état de dédoublement qu'en somnambulisme. Dédoublés, ils peuvent plus facilement exercer au loin leur vision.

Il arrive souvent que la vision du sujet est imparfaite.

Souvent le sujet peut lire un mot ou deux, après quoi sa vision s'obscurcit, ses facultés s'atténuent, et ce n'est qu'à la séance suivante qu'il peut renouveler le phénomène. Parfois, le sujet distingue mieux ce qui a été écrit par le magnétiseur que par toute autre personne, même si le rapport est établi, ou bien il voit mieux ce qui est écrit par ces personnes que par des personnes absentes. Il est toujours utile d'établir le rapport avec le sujet. Si l'on craint, en donnant à lire une phrase écrite par le magnétiseur que celui-ci exerce sur le sujet une suggestion involontaire, le magnétiseur peut écrire des mots différents sur plusieurs papiers qu'un contrôleur place au hasard dans la pièce voisine où le double ira exercer sa vision. Si chacun de ces papiers est enfermé dans une enveloppe, toutes les enveloppes étant semblables, on réunit les meilleures conditions, car personne ne peut savoir ce que contient l'enveloppe présentée. Ces précautions ne sauraient paraître oiseuses; on n'en prend jamais trop.

Contraints à nous limiter, passons aux phénomènes de lucidité par voie auditive.

 

c). — Lucidité auditive.

 

Dans cette forme de lucidité, plus rare que les précédentes, le sujet entend à distance des mots, des phrases.

Ainsi un magnétiseur remet à son sujet une lettre. Celui-ci dit : « Ce doit être un artiste, il articule bien, sa voix est claire, mais pas très forte », Ces assertions sont vérifiées.

Pour exercer cette lucidité auditive, certains sujets se servent d'un coquillage. On sait qu'en appliquant certains coquillages au pavillon de l'oreille, on entend « le bruit de la mer ». Dans ce bruissement continu, le sujet perçoit des mots et même des phrase si se rapportant au consultant. Il est des faits extrêmement curieux de lucidité auditive. Certains sujets doués de cette faculté, entendent à grande distance le nom, le prénom d'une personne, une date précise.

Il est des sujets lucides qui remplacent le coquillage par un cornet acoustique dont ils adaptent le pavillon à leur oreille. Nous avons dit que le double peut entendre à distance; nous ne reviendrons pas sur ces expériences.

 

d). — Lucidité olfactive.

 

Cette forme est assez rare. Le sujet peut sentir des odeurs à grande distance.

Un jour, un médecin de Suisse me fait parvenir le vêtement d'une personne disparue depuis un mois environ. Je remets cet objet à un de mes sujets en somnambulisme qui me dit: « Oh ! que cela sent mauvais, ça sent le cadavre. Je vois; la personne est tombée le soir dans une mare et s'est noyée. Elle est à tel endroit. On retrouvera son corps. » L'endroit est décrit dans le plus grand détail et j'envoie la réponse au médecin consultant. On fait aussitôt des recherches et le corps est trouvé dans les conditions indiquées. Ici, il y avait eu lucidité olfactive, puis visuelle. Plusieurs formes de lucidité, nous avons dit, peuvent coexister.

En dédoublement, le sujet perçoit les sensations plus nettement.

 

e). — Lucidité gustative.

 

Cette forme est de toute rareté. Elle ne se rencontre guère qu'en dédoublement, le sujet pouvant percevoir par son double la saveur des corps qu'on lui soumet.

Dans tous ces faits de lucidité, il ne s'agit que de percevoir un fait actuel ou passé. Dans l'intuition, il peut y avoir connaissance d'un fait, non seulement dans le présent, mais dans le passé ou l'avenir.

 

L'Intuition

 

L'intuition permet au sujet qui en est doué d'avoir connaissance, sans aucun travail cérébral volontaire, de faits qui se passent, se sont passés, ou qui arriveront dans un délai plus ou moins long. L'effort cérébral habituel ne saurait expliquer le mécanisme de ces faits, car le sujet, dans les cas bien caractérisés, ne possède aucun élément d'information lui permettant de déduire. Et pourtant, un fait bien particulier se présente à son esprit, spontanément, involontairement, et l'avenir le justifie pleinement.

Les faits que l'on peut citer comme preuve de cette affirmation sont légion. Une femme a tel rêve, telle vision, telle impression; elle en est obsédée et le fait entrevu se réalise.

L'intuition est assez rare. On donne souvent sous cette dénomination des faits n'y rentrant pas. Il ne faut pas oublier que la personnalité humaine, est complexe. Nous l'avons comparée à une usine ayant un directeur (le conscient) et un sous-directeur (l'inconscient). Ces deux personnes devraient, l'une donner des ordres, l'autre les faire exécuter. Celui qui se développe suivant notre méthode arrive à une entente parfaite entre ces pouvoirs, mais il n'en est pas ainsi chez les autres. Chaque élément ne fait pas toujours le travail auquel il est destiné. Ainsi, lorsque nous sommes attentifs, notre directeur enregistre des impressions d'autant plus nettes que notre attention a été plus vive et plus soutenue. Ces impressions, il les transmet sous forme d'images au sous-directeur qui les classe afin qu'il puisse les retrouver en cas de besoin. C'est le mécanisme d'une bonne mémoire. Mais si le directeur est distrait, les impressions sont vagues et les images peu nettes. L'inconscient ne peut les classer avec méthode. Il en résulte que lorsque le directeur aura besoin de ses clichés, ceux-ci; demeureront introuvables.

Les personnes sensitives ont un travail mental extrêmement rapide et n'en sont pas toujours maîtresses. Les idées passent dans leur cerveau avec un élan cinématographique. Ecoutez-les parler: les mots sortent précipitamment. C'est avec la même vitesse qu'elles enregistrent les perceptions; mais, de même qu'en parlant elles ne parviennent pas à exercer un contrôle utile sur leurs paroles qui dépassent souvent leur pensée, de même quand elles enregistrent des impressions, ces notations se font imparfaitement. Des pensées peuvent demeurer en nous, à notre insu. Il s'ensuit que les sensitifs gardent dans leur inconscient une foule de pensées, d'images dont ils n'ont aucun souvenir. Que survienne un moment de détente, de calme cérébral, particulièrement dans le sommeil, images et pensées remonteront à leur esprit; elles les associeront et en tireront des déductions. C'est justement cette déduction inconsciente que beaucoup d'observateurs prennent pour de l'intuition. Quelle erreur ! Ces faits de déduction inconsciente sont fréquents. Un sensitif — et les femmes le sont généralement, plus que les hommes, — rencontre une personne et le lendemain se réveille avec cette idée précise: « Un tel va tomber malade, j'en ai l'intuition (?) ». Or, le sensitif, bien qu'il ne s'en rende pas compte, a seulement noté, dans l'entrevue de la veille, que la personne rencontrée avait mauvais teint, l'allure fatiguée; il en déduit naturellement une maladie proche. C'est la nuit, pendant la détente du sommeil, que la déduction s'est produite et l'on croit ;à un pressentiment. Ce fait très simple montre le mécanisme de la fausse intuition. Tous les faits de cet ordre ne sont pas aussi simples. En présence d'un phénomène attribué à l'intuition, il faut donc rechercher avec soin si le sujet sensitif n'a pas eu connaissance d'un fait, si menu soit-il, qui puisse le mettre sur la voie. N'oublions pas que notre inconscient peut garder le souvenir de ce que nous avons vu, lu, entendu, ressenti, non seulement pendant des jours, des semaines, mais durant de longues années. Ces souvenirs que nous ignorons reposent obscurément au fond de nous-mêmes. Nous croyons les avoir oubliés totalement et pourtant ils n'en existent pas moins. S il nous était possible de faire l'inventaire de tout ce que notre inconscient possède de souvenirs, combien nous serions étonnés ! Quel vaste trésor de connaissances nous retrouverions !

Ce qui démontre cette ignorance où nous sommes de nos acquisitions oubliées, c'est que, si l'on endort un sujet magnétique, sa mémoire s'exalte et, si on lui fait remonter le cours de sa vie jusqu'à la petite enfance, il retrouve des faits indéniables qui l'étonnent, le déconcertent. Cependant, le sujet à l'état de veille, n'y pensait plus. Grâce au sommeil qui exalte les facultés supérieures de son esprit, il a retrouvé des impressions très lointaines. Donc, en présence d'un fait d'intuition, rappelons-nous que l'intuitif peut, de lui-même, dans le calme du sommeil naturel ou magnétique, retrouver dans son inconscient des impressions que sa conscience ne connaît plus. C'est là un facteur d'erreur qu'il convient d'éliminer.

Toutefois, si les faits de fausse intuition, dus à un rappel d'idées sont les plus nombreux, il n'en reste pas moins certains faits qui ne sauraient être expliqués par une déduction inconsciente: Ne parlons pas de hasard. Ce mot ne sert qu'à couvrir notre ignorance. Il est des avertissements intuitifs si précis, si fréquemment renouvelés, que la coïncidence ne saurait être invoquée à leur égard. Dégageons-nous de toute opinion préconçue, ne rejetons pas délibérément ce que nous ne sommes pas en mesure d'expliquer. Bornons-nous à enregistrer des faits patents.

 

Voici un fait type d'intuition. Il est rapporté en ces termes-par le Docteur Osty, d'après le récit même de la voyante,

« II y a un an, je fis cette prédiction à un monsieur qui venait me consulter pour la première fois: « Je vous vois sur le point de partir en voyage à travers les mers... en  Amérique probablement : je vous vois sur le paquebot, triste et isolé, mais vous ne partirez que plus tard: plusieurs bateaux quitteront auparavant pour la même destination le port où vous vous embarquerez. » Et ce Monsieur m'objecta de suite: « Je vais en effet quitter la France et pour aller en Amérique: j'admire votre clairvoyance; mais vous me dites deux choses parfaitement improbables; d'abord que je ne prendrai pas le premier paquebot; or j'ai mon billet en poche et tout est prêt pour que je parte après-demain, puis que vous me voyez triste et isolé. Or je partirai avec ma femme et si un motif quelconque la retenait en France, mon voyage serait nécessairement supprimé. » Hier, ce monsieur est revenu et m'a dit: « Votre présage ne s'est que trop bien confirmé. Le lendemain du jour où je suis venu vous consulter, ma femme a été brusquement prise de pneumonie dont elle est morte quelques jours après. Puis désemparé, j'ai quitté la France et je fus bien, en effet, sur le bateau un passager triste et isolé ! »

Les faits de cet ordre sont très nombreux et nous pourrions, si la place ne nous était limitée, en citer un grand nombre portant sur des événements que rien ne pouvait annoncer.

Cette intuition se manifeste sous des formes diverses: à l'état de veille ou dans le sommeil, sous l'aspect de la vie réelle ou dans des modes symboliques, en sommeil magnétique ou dans un état de somnolence intermédiaire entre la veille et le sommeil. Chez certains sujets, l'intuition est spontanée: une image, une idée, sans lien apparent avec leur pensée, s'impose brusquement à leur esprit. Chez d'autres, une certaine préparation, un temps de recueillement est nécessaire; une envie irrésistible d'écrire s'empare du sujet, et c'est l'écriture automatique des médiums qui donne parfois des révélations curieuses. Il est regrettable que les médiums ne consentent pas, ou bien rarement, à se laisser guider par un expérimentateur et s'adonnent exclusivement à des phénomènes automatiques, puisant dans leur inconscient des idées qu'ils ignorent et qu'ils croient étrangères. Certains médiums attribuent leur intuition à des entités qui se tiendraient en communication avec eux par voie auditive, visuelle, ou par l'écriture automatique. D'autres ont besoin de cartes, de marc de café, d'épingles, de blanc d'œuf, d'osselets, de fumée. Que sais-je encore ? Tous ces objets n'ont aucune vertu particulière. Ils ne servent qu'à augmenter la concentration mentale, car l'intuitif ne suit pas le sens attribué aux cartes; parmi ces images étalées sous ses yeux, il ne retient que celles qui confirment son intuition. Les cartes, non plus que les autres moyens de divination, n'ont pas de valeur intrinsèque, ni d'autre signification que celle attribuée par l'intuitif. Celui-ci prédirait aussi bien avec un jeu de cartes toutes blanches. Nous l'avons expérimenté souvent.

Un de nos sujets, qui disait l'avenir en interprétant les figures formées par 13 épingles jetées sur la table — figures auxquelles il accordait une valeur propre — ne retenait pourtant dans l'interprétation que celles qui corroboraient sa pensée, déjà formée en jetant les épingles. Ce même sujet voyait subitement, comme dans un éclair, des faits que rien ne lui permettait de supposer. Il les voyait, non seulement dans les épingles, mais dans les pétillements d'une coupe de champagne, dans le « yeux » du bouillon, et ce fut ainsi qu'il m'annonça qu'un soldat auquel je ne pensais pas, serait blessé à tel endroit, en un lieu qu'il décrivait, dans un nombre de jours qu'il fixait; que ce militaire serait évacué dans telle ville. Le tout fut vérifié en tous points. La blessure eut lieu 15 jours après la prédiction.

Cependant, si les cartes, le marc de café et autres procédés du même genre n'ont aucune valeur propre, ils n'en constituent pas moins, pour le sujet intuitif, des moyens qui favorisent la concentration mentale, le recueillement, états d'âme qui conviennent aux manifestations intuitives.

 

Nous avons vu que la lucidité paraît d'autant plus nette que le sujet est plus extériorisé, plus dédoublé. Ceci explique la croyance courante qu'il faut qu'un sujet soit endormi pour percevoir à grande distance. Certes, l'hypnose — et nous n'entendons parler que du sommeil magnétique, qui se différencie nettement des sommeils suggestif ou hypnotique — augmente considérablement l'acuité sensorielle du sujet. Cette acuité est d'autant plus grande que le sujet est mieux dédoublé. Nous avons dit que, souvent, le sujet commence à s'extérioriser dès l'état suggestif. Il est même des personnes très sensitives — dont certaines n'ont jamais été endormies — qui possèdent à l'état de veille une extériorisation partielle de certains sens, mais ces sujets sont assez rares. Nous en avons cependant rencontré un certain nombre.

Si la personne que vous désirez rendre lucide se laisse influencer par vous et qu'elle soit sensitive, cherchez à la plonger en hypnose, afin de produire l'extériorisation et le dédoublement. Nous en avons dit le moyen. Placé devant le sujet qui est assis ou étendu bien à son aise, en détente musculaire, dans l'état d'esprit le plus calme possible, faites des passes lentes de la tête au creux de l'estomac. Cherchez à projeter votre énergie sur les plexus de votre sujet. Vous devez montrer beaucoup de patience car, — nous l'avons dit, mais nous ne saurions trop y revenir — il faut, surtout au début, faire de longues séances (1 heure ou 2), et les faire, autant qu'il vous est possible, chaque jour, à la même heure.

Dès que vous constatez l'état somnambulique, cherchez la phase de rapport et, celle-ci trouvée, remettez à votre sujet une enveloppe contenant une lettre. Demandez-lui de se rendre compte, par perception tactile, de l'impression qu'il ressent. S'il est suffisamment développé, votre sujet éprouvera une impression agréable ou désagréable; il pourra traduire l'état d'âme du scripteur au moment où la lettre a été rédigée. Cette lettre devient le véhicule des vibrations — affection, colère, etc. — du scripteur et elles affectent le sujet. Il en est de même de toutes les impressions. Vous pouvez, en présence de témoins, faire des expériences avec des lettres de personnes que vous ne connaissez pas.

Continuez votre magnétisation. A mesure que l'extériorisation se produit le sujet devient de plus en plus insensible; sa sensibilité se condense autour de lui en zones concentriques. Bientôt après, la sensibilité se rassemble en une masse fluidique formant le double du sujet. Ce double, une fois bien constitué, envoyez-le dans la pièce voisine et exercez-le à voir, d'abord une lettre en très gros que vous aurez découpée dans le titre d'un journal, puis un titre tout entier. Il éprouvera tout d'abord une extrême difficulté, mettra beaucoup de temps pour ne voir que partiellement, saisira une barre, mais non toute la lettre. En persévérant, après un nombre variable d'essais, votre sujet arrivera à discerner la lettre. Vous serez sur la voie et il vous suffira de continuer pendant des semaines, des mois peut-être pour obtenir des visions très nettes. C'est ainsi que nous avons développé un très grand nombre de sujets qui sont parvenus à obtenir des visions extrêmement nettes. Il faut, en tout cas, une patience infinie, une grande douceur, beaucoup de régularité. Il est nécessaire que le sujet arrive à donner à son double une parfaite immobilité, car, tant que la formation remue, les lettres dansent devant ses yeux ou s'agitent dans un mouvement de rotation. Nous ne saurions trop insister sur le calme, la patience qu'il faut montrer. Moins il y aura de témoins, mieux l'entraînement se poursuivra. Evitez tous bruits.

La fatigue physique, les ennuis, les soucis, agitent le sujet et nuisent à ses manifestations psychiques. Il est des sujets qui, pendant la période des règles, ne peuvent rien voir.

 

Voici maintenant comment on développe l'intuition. De même qu'on ne peut rendre lucides que des sujets sensitifs dont le système nerveux est susceptible d'acuités particulières, de même l'intuition n'est pas une faculté que l'on peut créer de toutes pièces. Il faut y être prédisposé. Ceux qui ont des rêves, des pressentiments qui se réalisent, peuvent intensifier cette faculté. Nous conseillons à ceux qui veulent développer leur intuition de se confier à un magnétiseur, ce qui est sans nul doute préférable, car la magnétisation donne non seulement des forces qui facilitent l'exaltation des facultés perceptives, mais le sujet, devenant plus passif, peut moins facilement associer dans son cerveau des idées susceptibles de fausser sa vision. Un sujet ne peut voir juste pour lui-même ou pour les personnes de sa connaissance, parce qu'il a toujours tendance à prendre pour des intuitions ses déductions personnelles, ses propres idées. C'est justement l'écueil qu'il faut éviter. En se confiant à un magnétiseur, les personnes sensitives se mettent dans les meilleures conditions.

Cependant, il est des personnes présentant des traces d'intuition qui ne peuvent, par crainte ou pour toute autre raison, ne connaissant pas, par exemple, de magnétiseur à qui se confier, être plongées en sommeil. Celles-là devront concentrer leur pensée doucement. On peut s'aider d'une boule massive en cristal pur posée sur socle. A défaut de boule, on se sert d'une coupe ou d'une carafe de cristal remplie d'une eau très limpide. Nous répétons que le globe de cristal ou la coupe n'ont d'autre utilité que de servir de soutien à l'attention. Ce sont des objets où reposer ses regards. Ceci évite les distractions visuelles et diminue les autres excitations sensorielles. Le sujet doit poser ses regards doucement sur la boule. Ne pas la fixer. Nous avons vu que la fixation est un procédé utilisé par les hypnotiseurs: la fatigue oculaire consécutive à la fixation d'un objet brillant amène une déperdition nerveuse d'où diminution de l'activité psychique et sensorielle. Si la déperdition est assez grande, l'hypnose apparaît. Mais ce n'est pas une fatigue qu'il faut produire ici et tout moyen hypnotique, tout corps brillant doit être exclu. C'est un point qu'il est nécessaire de mettre en valeur, car nous ne saurions mettre nos élèves trop en garde contre les procédés indiqués par certains auteurs — trop enclins à prôner des méthodes originales avant de les avoir expérimentées — qui conseillent l'auto hypnotisation, montrant ainsi leur ignorance de la question. L'hypnotisation et l'auto hypnotisation rendant le sujet insensible obscurcissent la conscience. C'est l'inverse du but visé.

 

Comment se servir de la boule de cristal ?

La boule sera posée sur un meuble, une table, à distance normale de la vision, de manière à ne causer aux yeux aucune tension excessive et fatigante. On s'assiéra confortablement devant la table, le dos et les pieds appuyés, les membres bien détendus, et on s'efforcera à restreindre le plus possible son activité musculaire. Plus l'état de détente musculaire sera complet, et plus on aura de facilité pour obtenir le calme de l'esprit. Il faut éviter tout travail cérébral de nature à gêner la manifestation intuitive. C'est pourquoi nous conseillons cette détente musculaire qui se répercute sur l'activité mentale et, en outre, une calme attention posée, avec le regard, sur la boule de cristal. Il faut éviter toute fatigue oculaire pouvant entraîner des troubles congestifs; il faut regarder la boule dans son ensemble et sans effort.

Il est nécessaire de bien faire saisir cette façon de regarder, car le succès de l'entraînement en dépend. Une comparaison aidera à nous faire comprendre: lorsque vous voyez une personne pour la première fois, vous pouvez prendre une idée générale de son habillement, ou arrêter vos regards sur une partie: la cravate, par exemple. Dans le premier cas, vous regardez d'une façon générale; dans le second cas, vous attachez votre attention sur une partie restreinte. Il peut en être de même pour la boule. Il importe pour le développement de l'intuition que vous la regardiez dans son ensemble et sans effort.

Il est utile aussi, surtout au début, de chercher à diriger votre vision. Il est nécessaire que vous établissiez le rapport avec la personne au sujet de laquelle vous désirez que votre intuition se manifeste. Le mieux est de tenir une lettre récemment écrite, un objet ayant appartenu à cette personne, une photographie; vous orientez ainsi vos facultés, et votre réussite est d'autant facilitée.

Le rapport étant établi, regardez votre boule doucement. Vous vous efforcez d'être calme physiquement et cérébralement et vous attendez que des impressions vous viennent. Elles seront souvent longues à venir; il faut le savoir et s'armer de patience. En aucun cas, il ne faut précipiter les choses, prolonger les séances: on ne réussirait qu'à se fatiguer inutilement, sans aucun profit. Il faut demeurer calme et attendre. Le mieux est de faire chaque jour une séance d'un quart d'heure ou d'une demi-heure, tout au plus. Plus longue, elle serait fatigante et ceux qui n'ont pas encore acquis une complète maîtrise d'eux-mêmes risqueraient de s'énerver, de se décourager, d'interrompre même leur entraînement.

En procédant ainsi, sans précipitation, avec calme, on réunit les meilleures conditions expérimentales, mais la faculté intuitive ne se manifeste que dans un temps variable. Les images apparaissent à l'intérieur de la boule. Au début elles apparaissent incomplètes et disparaissent aussi promptement qu'elles sont venues. En persévérant, les images se précisent, deviennent fixes. Enfin, chez les sujets intuitifs très développés, les visions se déroulent dans le miroir comme une scène réelle, que celle-ci se passe au moment même, qu'elle remonte dans le passé, ou qu'elle doive se produire dans l'avenir.

Ces quelques indications permettront à ceux qui ont des intuitions, des pressentiments, de développer leurs facultés supra-normales.

Le célèbre philosophe Myers affirme: « Je considère comme une grande vérité que l'esprit humain est essentiellement capable d'éprouver des perceptions plus profondes que les perceptions sensorielles, d'acquérir une connaissance directe de faits dépassant la portée de nos organes différenciés et de nos vues terrestres. »

Beaucoup d'entre nous supportent un mal prévu. Mais en présence d'un événement inattendu ils se trouvent désemparés et confondus. S'ils sont prévenus, cet événement les trouvera prêts à y faire face. Il est donc des cas où la connaissance de l'avenir nous est utile. Le développement de cette attention supérieure qu'est la lucidité, l'intuition, est le meilleur moyen d'y parvenir.

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