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ACTION DES CORPS INANIMES
La force magnétique dans tous les
corps et agents de la nature, — L'action à distance des substances
toxiques et médicamenteuses. Premières recherches. — Hector Durville
constate inopinément l'action à distance des médicaments. — Expériences
des Docteurs Bourru et Burot. — Détail de ces recherches. — Méthode des
Docteurs Bourru et Burot. — Expériences du Docteur Luys. — Conditions expérimentales
à réunir. — Quelques conseils de prudence.
Nous avons dit que la force
magnétique ne se trouvait pas seulement chez l'être humain, mais aussi
dans les règnes animal, végétal et minéral, dans tous les agents de la
nature. Ce serait une étude beaucoup trop longue que de rechercher toutes les
manifestations de cette force universellement répandue. Bornons notre étude
à un côté des plus curieux de la question :
L'Action à distance des médicaments
Rappelons tout d'abord, pour la
clarté de notre exposé, les lois qui président aux actions magnétiques:
L'être humain est un
générateur d'énergie et l'énergie qu'il produit s'emmagasine en des
accumulateurs qui la mettent en réserve pour nos besoins ultérieurs. Ces
accumulateurs sont nos plexus nerveux. Cette force nerveuse — magnétique,
psychique ou médiumnique — si elle est générée et accumulée dans le corps, ne
se trouve cependant pas forcément limitée à la forme qui la borne, elle
peul s'extérioriser autour de lui et même s'en éloigner assez sensiblement.
Ceci est un fait d'observation constante. Cette extériorisation psychique,
l'atmosphère magnétique qui en résulte autour de notre corps, qui
constitue l'« aura » est soumise à des lois qui nous sont connues: elle
est d'abord polarisée, c'est-à-dire que l'émission est répartie suivant
une loi qui fait le côté droit du corps positif et le côté gauche négatif, la
partie antérieure positive et la partie postérieure négative. En outre, le
double est soumis à d'autres actions; nos états d'âmes et nos émotions
s'y répercutent. Un accès de colère, par exemple, donne à
cette « aura » des vibrations spéciales qui peuvent se communiquer aux
organismes environnants suivant leur degré de sensibilité et leur état
réceptif. Ainsi s'expliquent les phénomènes de la télépsychie spontanée
ou volontaire.
L'être humain n'est pas seul
à émettre des forces polarisées. Tous les corps et agents de la nature
sont soumis à la même loi et émettent des radiations polarisées.
Les végétaux sont soumis à la même loi, mais ce n'est pas la seule
particularité que l'on puisse observer dans le règne végétal. En effet,
ce qu'il y a de plus curieux dans les émissions magnétiques des végétaux, c'est
que la vertu spécifique de cette plante — celle que Molière traduisait
par la formule: « l'opium fait dormir parce qu'il contient une vertu dormitive
» — s'extériorise autour de la plante. Fait extraordinaire, soit, mais qui n'en
demeure pas moins vrai. Il a été dûment constaté.
Des observateurs superficiels ont
pensé que l'odeur de certains végétaux pouvait être cause de leur action,
mais les plantes qui n'ont aucune odeur et les parties des plantes qui n'en
présentent pas davantage n'en sont pas moins polarisées et radioactives, comme
nous allons le montrer.
Le Docteur Charpignon avait
déjà constaté que, sous l'influence de la magnétisation, il pouvait
obtenir des effets thérapeutiques sans que la plante soit ingérée. Voici
comment il procédait: il plaçait sur l'organe à traiter, extérieurement
les plantes dont l'action pouvait être bénéfique au malade et, sous
l'influence de la magnétisation, la vertu de la plante pénétrait dans les
organes et y produisait les effets que l'ingestion eut procurés. Par exemple,
pour adoucir une souffrance aiguë, il plaçait de l'opium sur la partie malade
et, sous l'influence de la magnétisation, le calme et le sommeil se
produisaient, comme si l'opium avait été employé à l'intérieur. Malgré
tout l'intérêt qui s'attachait à une observation de ce genre, le
Docteur Charpignon ne poussa pas plus loin les expériences.
Ce ne fut que dans le courant de
1884 que, par suite d'une circonstance fortuite, mon père, M. Hector
Durville, fut mis sur la voie d'expériences qui, conduites avec méthode,
l'amenèrent à constater d'une façon aussi nette qu'indiscutable
l'action que peuvent exercer à distance certaines substances
médicamenteuses. Ces expériences ont été décrites en détail par Hector Durville
dans sa Physique magnétique.
Voici dans quelles circonstances se
produisait sa première remarque. Avec l'aide d'un sujet sensitif, il étudiait
la polarité des végétaux et, pour agir avec une entière certitude
scientifique et écarter tout danger de suggestion de sa part sur l'esprit de
son sujet, il avait placé diverses plantes dans des flacons de verre de
même grandeur, entourés d'un papier identique, lequel rendait les flacons
parfaitement opaques. Ces flacons étaient mêlés de façon à ce
qu'il fût impossible au sujet et à l'expérimentateur de les
identifier. Au hasard, le sujet prenait en main un flacon et s'assurait, par sa
propre sensation, de la polarité positive ou négative de l'objet contenu dans
le flacon. Le sujet rangeait ensuite les flacons positifs d'un côté, les
flacons négatifs de l'autre. Or, un jour, au contact de l'un de ces flacons, le
sujet fut pris de coliques si violentes qu'il dût interrompre la séance
et se retirer un moment. Hector Durville ne prit pas autrement garde à
ce fait et profita de l'absence de son sujet pour mélanger les flacons afin de
vérifier si c'étaient toujours les mêmes que le sujet reconnaissait comme
doués d'une énergie négative ou positive. Le sujet revint et l'expérience fut
poursuivie. Après avoir manipulé quelques flacons, il se trouva
subitement repris des mêmes coliques et forcé de se retirer plus
promptement encore qu'il n'avait fait la première fois. Hector Durville
se demanda si ce n'était pas un des flacons qui avait déterminé les troubles
qui avaient si étrangement suspendu ses expériences. Il développa celui que le
sujet venait de laisser précipitamment et sa surprise fut extrême en
constatant qu'il était rempli de follicules de séné. Pour vérifier si c'était
bien cette plante qui avait exercé son action purgative à travers les
parois du verre et l'enveloppe de papier, l'expérimentateur remit le flacon
dans un autre papier et le posa sur la cheminée. Le sujet, tout étonné de cette
incommodité à laquelle il n'était pas accoutumé et que rien ne faisait
prévoir, revient et continue les expériences. Hector Durville lui dit, que pour
apporter quelque diversion à leurs travaux, il le prie de prendre avec
l'une ou l'autre main, le flacon placé sur la cheminée et de noter très
exactement les effets produits. Le sujet obtempère, prend le flacon dans
la main droite. Bientôt il éprouve une sensation de chaleur et le bras a
tendance à se contracter; il accuse de légères coliques. Hector
Durville demande au sujet de changer le flacon de main: dans cette nouvelle
attitude, bien loin que l'effet cesse comme l'expérimentateur l'avait annoncé,
la main éprouve une sensation de fraîcheur et le sujet est pris de vives
coliques. Mon père tente de détourner l'attention de son sujet sur le
fait de polarité. L'effort est vain. Le sujet est bientôt en proie à des
coliques douloureuses; il pousse un gémissement et l'effet ne peut être
enrayé.
Hector Durville venait de constater
l'action purgative, à distance, des follicules de séné. Il multiplia les
expériences avec d'autres sujets, avec d'autres substances. Il se servit pour
cela de sujets très sensibles éveillés ou mis en état de sommeil. Le
sujet tenait le flacon, d'abord dans une main, puis dans l'autre. D'autres
fois, Hector Durville présentait le flacon au front, à la nuque,
à l'épigastre ou vers les parties latérales du corps. Les flacons
étaient mis tantôt en contact immédiat avec le corps ou les vêtements,
tantôt présentés seulement à quelques centimètres. Les résultats
furent indéniables. En général, mon père a constaté qu'à distance
les narcotiques amènent le sommeil, les vomitifs font vomir, l'eau de
laurier-cerise détermine l'extase, l'alcool grise et cette ivresse
diffère suivant la qualité de l'alcool employé. L'alcool de vin et
toutes les bonnes eaux-de-vie provoquent une ivresse gaie; au contraire,
l'eau-de-vie de grain et tous les mauvais alcools entraînent une ivresse
furieuse; le camphre et l'ammoniaque font cesser l'ivresse.
Il y a là une question des
plus intéressantes et qui ouvre à la thérapeutique des voies nouvelles
où elle trouverait des applications aussi heureuses qu'inattendues,
sinon chez tous les malades, du moins chez les sujets sensitifs ou chez ceux
que l'on peut parvenir à rendre accessibles à l'action
magnétique. Ces constatations peuvent être rapprochées de ce qui fut fait
par Paracelse au XVIe siècle et, ensuite, par le Chevalier Digby, qui
traitaient à distance les blessures et autres accidents de guerre. Mais
leur procédé étant resté presque secret n'a pu être contrôlé. Au
contraire, Hector Durville ne cacha nullement les résultats auxquels il était
arrivé. Ces constatations intéressèrent les Docteurs Bourru, professeur de
pathologie médicale et Burot, professeur de médecine légale, tous deux à
l'Ecole de Médecine de Rochefort. Ces expérimentateurs firent notamment avec
deux sujets hypnotiques, des expériences des plus concluantes dont les
résultats furent publiés en 1887.
II est intéressant de rappeler
comment les Docteurs Bourru et Burot furent amenés à commencer leurs
investigations.
Un jour, à la clinique de
l'Ecole de Médecine de Rochefort, ils eurent occasion d'observer un nommé V.
atteint de grande hystérie. A ce moment, ce névrosé sortait d'une série
d'attaques qui l'avaient laissé hémiplégique avec hémianesthésie
sensitivo-sensorielle à droite. Cet homme était extrêmement
sensible à toutes les pratiques hypnotiques. Ils se mirent à
étudier l'action des métaux appliqués sur les différentes parties du corps.
L'action fut très nette, suivant les différents métaux: l'or déterminait
une sensation de brûlure, non seulement au contact de la peau, mais
même sur les vêtements et encore à une distance de 10
centimètres. L'iodure de potassium donna lieu à des bâillements,
à des éternuements. Ces expériences présentant un vif intérêt
furent poursuivies méthodiquement. Les opérateurs eurent bientôt recours aux
composés métalliques et ils abordèrent l'étude des produits
médicamenteux et toxiques.
Un morceau d'opium brut est placé
sur la tête de V. Ce fragment est enveloppé dans du papier afin d'éviter
toute auto suggestion. En moins d'une minute, les paupières se ferment,
les muscles tombent en résolution. V. est profondément endormi. Sa tête
repose sur l'oreiller; sa respiration est ample et régulière.
Après 10 minutes, le réveil s'opère, avec des bâillements, comme
après le sommeil normal; le sujet se frotte les yeux et se sent reposé.
Le contact de l'opium est renouvelé à la nuque, au front, de chaque côté
de la tête, dans la main, jusqu'à la plante des pieds; le résultat
est toujours identique.
Le lendemain, toujours en présence
de leurs collègues de l'Ecole de Médecine de Rochefort vivement
intéressés par ces phénomènes, les Docteurs Bourru et Burot tentent une
nouvelle série d'expériences avec les alcaloïdes de l'opium. Ceux-ci
donnent une action commune: le sommeil, mais avec des différences notables dans
les manifestations. La plus importante est la convulsion caractéristique de la
thébaïne et de la narcotine.
Les jours suivants, ils continuent
avec la digitaline, le chloral, la quinine et la caféine.
Tous les médecins qui suivent
quotidiennement les expériences sont convaincus et l'on juge de la sensation
que pouvait causer, dans l'Ecole de médecine de Rochefort, des recherches aussi
imprévues. Cependant, un professeur de physique de l'Ecole, le Docteur
Cunisset, doutant encore des résultats, prépare deux paquets qui sont présentés
au malade sans que les Docteurs Bourru et Burot puissent savoir leur contenu.
Le premier fait dormir avec bâillements et nausées au réveil: c'était de
l'opium. Le second produit une brûlure intolérable: c'était un sel de
mercure très corrosif.
A ce moment, les Docteurs Bourru et
Burot apprennent qu'il existe en ville une malade, Victorine M... atteinte de
grande hystérie. Elle se révèle extrêmement sensible à
l'hypnotisation et ils ont la pensée d'étudier sur elle l'action radioactive
des médicaments. Un paquet de chloral, après cinq minutes d'application
sur la tête, amène un sommeil paisible avec réveil facile.
L'iodure de potassium, placé sur le front, détermine des bâillements. Un
morceau d'opium plonge la malade dans un sommeil profond avec réveil lent. Une
feuille de jaborandi sur le front donne du sommeil, du mâchonnement, du hoquet,
de la salivation et le goût de la cigarette, avec sensation de chaleur et
de moiteur à la peau.
A ce moment, les Docteurs Bourru et
Burot ont à leur disposition deux sujets très sensibles à
l'action par contact des substances toxiques et médicamenteuses. Ceci leur
permet de poursuivre leurs recherches un temps relativement long et d'en varier
les effets.
Un jour, l'un des deux
expérimentateurs, traversant le jardin botanique, a la fantaisie de cueillir
quelques tiges de valériane avec leurs fleurs. Il les enveloppe de papier et,
se trouvant avec son malade, il place le tout dans la main de V... Celui-ci
s'endort d'abord d'un sommeil tranquille, mais bientôt il se lève, les
yeux ouverts, il renifle, marche en cercle, gratte la terre, trépigne et
reprend son mouvement de manège. Cette scène dure un grand quart
d'heure et, par sa violence, embarrasse l'expérimentateur qui, se trouvant seul
avec son sujet, ne sait comment mettre fin à son agitation. Il est bien
loin de se douter, en commençant cette expérience, des effets qui vont se
produire. L'application de valériane est reprise sur le même malade V...,
ainsi que sur Victorine M...; elle donne toujours des résultats à peu
près identiques.
Un autre jour, les Docteurs Bourru
et Burot appliquent une graine de noix vomique sur le bras de leur sujet V...
Le contact ne dure point car, dès qu'il l'a perçu, V... jette un cri
terrible en faisant un bond et se débattant, puis il se met à gratter,
jusqu'à déchirer la peau, la partie qui a été mise en contact avec la
graine. Par suite des mouvements désordonnés que fait le malade sous l’impression
d'une douleur atroce, la noix vomique est égarée dans la chambre. Dans la
soirée, le malade, croyant avoir trouvé un petit caillou, le met dans sa main
pour le regarder de plus près. Il pousse le même cri de douleur
qu'il a déjà poussé, sa main entre immédiatement en contracture, et on a
toutes les peines du monde à lui arracher la graine si fortement tenue
qu'elle imprime ses arêtes dans la paume de la main. Les Docteurs Bourru
et Burot qui rapportent cette expérience et le petit, incident dont elle est
suivie, déclarent n'avoir jamais voulu recommencer, étant donnée la douleur que
la noix vomique fait éprouver à leur malade. Mais ils se sont à
plusieurs reprises frotté la main avec la noix vomique: quand ils touchaient
leur sujet, celui-ci éprouvait une sensation très vive d'agacement.
image
Fig. 179.— Effets de la valériane,
à distance, sur un sujet hypnotique.
(Le sujet se roule sur le tapis et le mord) Expérience des Dr Bourru et
Burot.
Sur Victorine M., l'effet est
quelque peu différent. Ils glissent un jour une graine de noix vomique dans son
bas le contact est très prolongé et l'action convulsivante très
nette et tellement vive, sur le diaphragme en particulier ainsi que sur les
muscles du thorax et du larynx, qu'ils ont un moment d'inquiétude et que
l'expérience est émouvante pour eux aussi bien que pour leurs collègues
des Ecoles de médecine de Brest et de Toulon: MM. les professeurs Merlin,
Thomas, Fontan et Bertrand qui s'y trouvent présents.
L'alcool, sur les deux sujets,
produit des réactions caractéristiques. L'ivresse, dans les deux cas, est
complète avec tous ses phénomènes: excitation cérébrale, parole
embarrassée, mouvements désordonnés, titubation, nausées, puis vomissements,
envies fréquentes d'uriner, enfin tout ce que peut présenter de
phénomènes les plus classiques l'ivrogne le mieux caractérisé.
A ce moment, V. est envoyé à
l'asile de Lafond (La Rochelle) mais les expériences ne sont pas interrompues
pour cela, Elles sont reprises par le médecin en chef de l'asile, le Docteur
Mabille, qui les répète en grande partie avec des résultats identiques
et qui en intente de nouvelles avec un même succès.
Sur Victorine M..., l'eau de
laurier-cerise produit l'extase religieuse avec visions, suivie de convulsions
thoraciques et diaphragmatiques. Toutes les essences et les éthers
amènent des hallucinations variées. L'essence d'absinthe dont l'action;
fut, à beaucoup près, la plus violente, produit une épilepsie
spinale caractérisée.
Qu'elle fut la méthode employée par
les Docteurs Bourru et Burot ?
Méthode des Docteurs Bourru et Burot.
Tout d'abord, ces expérimentateurs
mettaient la substance à expérimenter en contact direct avec la peau.
Puis, l'activité du mercure enfermé dans la boule du thermomètre leur
ayant démontré que le contact était inutile à l'action, ils
usèrent de flacons hermétiquement bouchés. Par surcroît de précaution,
ces flacons étaient enveloppés de papier de telle sorte que le sujet, et
souvent l'expérimentateur lui-même, ignoraient leur contenu. Le verre est
tout de même une gêne; Les Docteurs Bourru et Burot reconnaissent
que la substance agit d'autant mieux qu'elle est mise en contact plus direct
avec le malade, L'action de l'or s'exerçant à 5 et même 10
centimètres de distance leur apprit à présenter les flacons sans
contact avec la peau, et même en regard des régions recouvertes par les
vêtements. La distance où la sensibilité du sujet se manifeste est
naturellement très variable selon les sujets et selon les substances.
Toutefois, cette distance est le plus généralement fixée à 5
centimètres. Chez les sujets peu sensibles, il faut une application sur
la peau, et même d'une certaine durée, pour déterminer une action. Au
contraire, chez les sujets extrêmement sensibles, le moindre contact
suffit pour déterminer des contractures et des actions locales tellement
violentes qu'elles arrivent à masquer l'action générale. Il est bon de
trouver les deux sortes de sujets, ceux qui sentent faiblement pour suivre la
marche générale de la réaction, d'autres pour en voir une certaine phase dans
son entier développement.
L'énergie de certains poisons — les
alcaloïdes, par exemple, et les huiles essentielles — démontra aux
Docteurs Bourru et Burot qu'il est préférable d'utiliser des solutions étendues
que des substances à l'état pur, celles-ci peuvent avoir une action trop
nette, trop brutale, déterminer des troubles dangereux. Au contraire, avec les
substances diluées, on a toujours la possibilité de corser la dilution,
d'arriver ensuite à la substance à l'état pur. De même pour
la substance: si elle présente quelque danger, il faut, devant un sujet dont
les réactions n'ont pas été complètement étudiées, agir avec une grande
prudence, présenter le flacon d'abord à faible distance et, si l'on
n'obtient pas de résultat, arriver au contact sur les vêtements, puis au
contact direct sur la peau, quand on est sûr qu'il ne saurait devenir
nuisible à la santé générale du sujet.
Les Docteurs Bourru et Burot
agissaient à l'état de veille sur leurs deux sujets parce que ceux-ci
étaient très sensibles; pour les autres, il est bon de les plonger en
hypnose. Telle fut du moins leur pensée pour augmenter la sensibilité de leurs
sujets.
Pour agir sur les deux sujets, un
expérimentateur attirait leur attention sur quelque objet intéressant, de
manière à ce que le sujet ne puisse voir une autre personne
placer subrepticement et sans contact le flacon derrière la tête,
à une légère distance. Après un laps de temps assez court,
deux ou trois minutes, par exemple, moins quelquefois, l'action se faisait
sentir. Chez les personnes plus sensibles, l'action commençait plutôt. Chez
d'autres, elle était plus longue à se produire. Les Docteurs Bourru et
Burot employaient dans ces derniers cas le procédé suivant: ils entouraient le
cou du malade d'une longue cravate, dans les plis de laquelle était dissimulé
le flacon ou la boîte contenant la substance à expérimenter. Ils
l'enlevaient quand l'action était bien dessinée. Chez les sujets de sensibilité
moyenne, ils faisaient prendre en main la substance qui se trouvait dans un
flacon ou dans un papier. Si ce contact ne donnait aucun résultat, ils
plaçaient la substance en contact avec la peau, sur une partie quelconque du
corps.
En résumé, les Docteurs Bourru et
Burot ont constaté une action médicamenteuse très nette s'exerçant
à distance.
Les faits eurent un vif
succès de curiosité dans le corps médical et surtout à l'Ecole de
médecine. Le premier mouvement fut de les nier ou du moins de les critiquer
avec un parti-pris évident. Mais, après contre expériences, il fallut
bien, au moins pour les chercheurs de bonne foi, se ranger du côté de la vérité
expérimentale.
Les recherches ne
s'arrêtèrent d'ailleurs pas là. Le Docteur Luys, membre de
l'Académie de médecine, dont on connaît les importants travaux sur l'anatomie
du cerveau et qui expérimentait l'hypnotisme à l'Hôpital de la Charité,
reprit les expériences des Docteurs Bourru et Burot et étendit encore le
domaine de leurs recherches. Ses études, dont le compte-rendu a été publié en
1890 ont porté sur un grand nombre de corps: quatre-vingt-sept environ. II a
constaté faction des corps sous la forme gazeuse, liquide ou solide. Il a
étudié principalement l'action des corps usités en thérapeutique: la morphine,
la strychnine, l'atropine, la narcéine, le bromure de potassium, les
spiritueux, les essences aromatiques et, au fur et à mesure que l'action
caractéristique de chacune de ces substances se révélait sur le visage du sujet
ou dans son attitude, il prenait un cliché photographique, destiné à
servir de témoin des troubles somatiques déterminés par telle ou telle
substance.
Il a pu constater, à
différentes reprises, une perturbation profonde de la circulation dans la
région du cou, le gonflement thyroïdien, la turgescence de la face, des
troubles des muscles inspirateurs, l'accélération du pouls et même des
mouvements désordonnés avec arrêt du cœur. Il a pu susciter des
vomissements et des troubles intestinaux.
Les substances gazeuses, liquides ou
solides, dont se servait le Docteur Luys étaient enfermées dans de petits
ballons de verre hermétiquement bouchés, ou dans des tubes à éprouvette,
soudés à la lampe.
Expériences du Docteur Luys
Le Docteur Luys fît préparer des
tubes contenant les substances actives, au nombre de douze, par exemple, qu'il
voulait soumettre à l'expérimentation du sujet en hypnose. Ces tubes
étaient préparés par une tierce personne et pourvus par cette-ci d'un numéro
d'ordre qui se répétait sur unie liste indicatrice. Le sujet en expérience et
le Docteur Luys ignoraient la substance choisie par l'expérimentateur.
Lorsqu'il s'agissait d'une substance
en poudre, afin que l'expérimentateur ni le sujet ne fassent à
même de reconnaître par la coloration la nature du corps soumis, les
tubes étaient entourés de papier opaque. Dans ces conditions, les résultats ont
toujours été identiques, sauf toutefois avec un léger retard : le papier
retarde de moitié, environ, l'action dynamique des substances.
Ces précautions étant prises, le
Docteur Luys plongeait son sujet en état de léthargie en s'aidant d'un miroir
rotatif (simple miroir à alouettes), moyen hypnotique qu'il préconisait.
Quand la léthargie était nettement indiquée, il plaçait en silence le tube
à expérimenter dans le cou, au niveau de la nuque, en l'inclinant soit
à gauche, soit à droite et en notant surtout de quel côté il le
plaçait. Si on ne le mettait pas immédiatement en contact avec la peau, on
pouvait le tenir à une distance de 8 à 10 centimètres, les
effets réactionnels étaient seulement plus longs à se révéler.
Le Docteur Luys a constaté que la
substance produit tout d'abord des manifestations variables, souvent des
contractions, mais après une ou deux minutes, l'action se produit en
rapport avec la substance employée.
Le Docteur Luys a noté que telle
drogue ne produit pas les mêmes effets à droite ou à
gauche. Ainsi, sur un de ses sujets, le Docteur Luys, avec du poivre ordinaire,
a obtenu à gauche là joie; à droite l'inquiétude, la
colère et même la terreur.
Le professeur Charles Richet
s'intéressa à ces travaux et fit de son côté d'intéressantes
constatations.
Les expériences des Docteurs Bourru
et Burot, des Professeurs Richet et Luys suscitèrent de vives
discussions dans les milieux scientifiques où elles trouvèrent
des négateurs de parti pris, comme toutes les choses nouvelles. Mais, chaque
fois qu'au lieu de nier, on contrôla les faits, il fallut bien se rendre
à l'évidence.
Le Docteur Ch. Dècle qui
venait d'étudier à la Clinique magnétique de Hector Durville les
phénomènes de polarité magnétique et d'en publier les résultats dont il
s'attribuait le mérite, constata l'action à distance des substances
médicamenteuses. II opérait sur des sujets hystériques, des femmes très
sensibles à l'hypnotisme, sur lesquelles les médicaments agissent
à distance, aussi bien à l'état de veille qu'en somnambulisme.
Le Docteur Dècle a constaté
que les cristaux d'iodure de potassium en flacon débouché produisent de
l'agitation, de l'éternuement, des bâillements, durant le sommeil et
après le réveil. L'eau-de-vie de Cognac amène de la congestion
à la tête avec constriction de la gorge ainsi qu'une légère
ivresse. L'oxyde d'étain et le protochlorure d'étain donnent un sentiment de
bien-être avec vision lumineuse, spectre de l'arc-en-ciel, étoiles,
gerbes d'artifice, puis sentiment d'obscurité, cécité après le réveil.
Le haschich provoque des hallucinations.
Le Docteur Chazarain fit quelques
observations sur le tartre stibié, l'iodure de potassium, l'opium, l'eau de
laurier-cerise, la racine de valériane, la teinture de quinquina, le seigle
ergoté, le camphre, etc. Un flacon d'huile de ricin tenu dans la main donne
chez l'un de ses sujets, une sensation pénible dans la région abdominale, des
nausées, des efforts pour vomir.
Le Docteur Dufour, médecin en chef
de l'Asile de Saint-Robert (Isère) fit aussi de curieuses expériences
qui furent mises au jour en 1886. Eliminant toute possibilité de suggestion et
d'auto suggestion, il constata les effets de l'ipéca, de l'alcool, de
l'atropine, de la valériane, des feuilles de laurier-cerise.
Ces expériences furent corroborées
par le Colonel A. de Rochas qui, dès cette époque, se passionnait pour
le magnétisme et qui devait bientôt doter la science psychique de si beaux
travaux sur l'extériorisation de la sensibilité. Depuis, cette découverte a
tenté nombre de chercheurs et toutes les expériences qu'ils ont intentées ont
confirmé la certitude de l'action à distance des substances toxiques et
médicamenteuses.
image
Fig. 180. — Sujet hypnotique sous
l'action du poivre ordinaire (Le tube contenant le poivre est présenté en
regard de la joue droite)
Expérience du Docteur Luys.
Pour ceux de nos élèves qui
désireraient, à leur tour, faire des recherches similaires, nous croyons
utile de préciser certaines conditions expérimentales.
Tout d'abord le choix du sujet. Tout
le monde n'est pas influençable à distance par des substances, et tout
le monde ne l'est pas également. S'il n'en était pas ainsi, le personnel d'une
pharmacie cesserait promptement d'exister au milieu des substances —
quelques-unes terriblement toxiques — qui les entourent. Il ne faut donc pas,
malgré l'intérêt qui s'attache à cette découverte, s'exagérer sa
facilité. Il n'y a que les sujets très nerveux qui soient en état de
percevoir des actions rayonnantes aussi minimes. C’est pourquoi Hector Durville
employait un sujet magnétique très sensible, un haut sensitif et les
Docteurs Bourru, Burot et Luys des sujets hypnotiques. Nous avons déjà
dit combien la différence est grande entre les deux sujets.
image
Fig. 181. — Sujet hypnotique sous
l'action du poivre ordinaire. Le tube contenant le poivre est présenté en
regard de la joue gauche)
Expérience du Docteur Luys.
L'hypnotisme et surtout le grand
hypnotisme, à la manière dont l'entendait Charcot et ses
élèves, avec ses procédés extrêmement brutaux (coups de gong et de
sifflets stridents, lumière oxhydrique dans les yeux, pression énergique
sur des organes, etc., etc.), fait perdre connaissance au sujet. Il tombe dans
un état d'hypnose d'autant plus profond que son système nerveux est dans
un état de déséquilibre plus prononcé. Dans ces conditions, l'action est
également plus intense. Mais, dans cet état profond, le sujet perd l'usage
non-seulement de ses facultés intellectuelles, mais encore de ses facultés
sensorielles. On peut le piquer profondément, lui faire de véritables
entailles, il ne sent rien.
L'action du magnétisme est toute
différente. Tout d'abord, il y a lieu de remarquer que les personnes
accessibles à ce mode d'influence ne sont pas les grands névropathes,
supportant une lourde tare héréditaire, comme les grands hystériques et les
hystéro-épileptiques employés par Charcot. Les sensitifs sont simplement des
nerveux. D'autre part, l'action du magnétisme n'est pas brutale, mais douce. Il
n'y a pas commotion violente sur un sens ou sur un organe, comme dans
l'hypnotisation, mais une surcharge progressive des plexus nerveux. Fait
important à noter: tandis que le sujet hypnotique est passif, le sujet
magnétisé gagne au contraire de nouvelles forces. Ces forces qui lui viennent
de son magnétiseur, stimulent ses facultés intellectuelles, affinent et
extériorisent sa sensibilité. Le sujet magnétique pense avec plus de facilitée
sent mieux, en certains stades du sommeil qu'éveillé.
Il suffit de ce simple exposé pour
comprendre quelle est la meilleure méthode à suivre pour étudier
l'action des médicaments à distance. C'est incontestablement la méthode
magnétique qui, en augmentant la sensibilité du sujet, permet à celui-ci
de mieux percevoir l'action de la substance qui lui est présentée. Cette
méthode possède encore l'avantage de ne jamais fatiguer le sujet, de lui
permettre au contraire de retrouver son équilibre psychique s'il est atteint ou
détruit, alors que l'hypnotisme — surtout le grand hypnotisme, avec ses
commotions, ses chocs, ses traumatismes psychiques — tend à dérégler
l'organisme de plus en plus. Le sujet n'est pas un mannequin que l'on peut
impunément malmener. Celui que Charcot endormait instantanément par un jet de
lumière oxhydrique était déjà un déséquilibré, certes, mais loin
de l'aider à se guérir, l'hypnotiseur déterminait en lui, par ce procédé
sauvage, ce que le professeur Ladame de Genève a très justement
appelé la névrose hypnotique.
Ne recourons donc jamais à
l'hypnotisme.
Dans les expériences envisagées au
présent chapitre, le sujet peut être éveillé ou endormi. Plus le sujet
s'endort sous l'influence de la magnétisation et plus ses sens s'affinent,
s'extériorisent. Le sommeil magnétique présente, on le voit, des avantages
appréciables, mais, dans ses stades successifs, le plus avantageux est le
somnambulisme. En cet état, les sens du sujet sont beaucoup plus actifs et on
note souvent une extériorisation de la sensibilité. Toutefois, la plupart des
sujets sensibles n'ont pas besoin d'être en hypnose pour éprouver les
effets dont nous avons parlé.
Nous renouvelons ici le conseil de
prudence que nous avons déjà donné. Il ne faut expérimenter avec les
substances toxiques qu'avec un soin attentif. Au début de ses expériences, le
Docteur Luys étudiait les effets de l'oxygène. A cet effet, il se
servait d'un ballon de verre d'un litre environ de capacité. Les réactions
constatées chez son sujet furent d'une violence extrême; elles
s'accompagnaient de mouvements de la tête, d'oscillations et de rotations
à grande amplitude qui se répétaient comme des attaques convulsives,
avec congestion de la face. L'expérimentateur dût interrompre
immédiatement son essai dans la crainte d'avoir un accident à déplorer.
Le Docteur Luys a donc été amené à donner aux expérimentateurs de
judicieux conseils: « J'avertis, dit-il, tous ceux qui entreprendront ces,
études nouvelles qu'ils s'engagent sur un domaine où c'est l’inconnu qui
plane devant eux, en les adjurant de prendre toutes les précautions pour aller
prudemment et ne pas avoir, à un moment donné, à répondre devant
la justice d'un homicide par imprudence. »
Les observations du Docteur Luys
sont caractéristiques. Sous l'action de la spartéine, il a constaté des
troubles profonds du côté des muscles respiratoires, spécialement l'arrêt
du diaphragme. Avec le bromure de potassium apparaît un état de dépression
profonde et quasi comateux qui s'empare du sujet et raréfie les mouvements de
la respiration, ou encore des troubles de l'innervation cardiaque avec
accélération ou ralentissement du pouls. Devant ces répercussions le Docteur
Luys recommande d'employer de faibles doses. Par exemple, pour le bromure de
potassium 1 gr. dans 10 gr. d'eau. On peut, d'ailleurs, augmenter la dose, s'il
en est besoin. Les doses trop fortes produisent chez les grands sensitifs des
convulsions qui masquent les résultats. Si l'on emploie des tubes de verre, il
est bon de les prendre de 8 à 10 centimètres de long, comme
faisait le Docteur Luys; dans ces conditions, s'ils sont placés dans le cou et
que le sujet se livre à de grands mouvements, ils ne courent pas le
risque de se briser et de causer des blessures.
En outre, il ne faut pas oublier que
le résultat de l'expérience n'est pas nécessairement immédiat. Le Docteur Luys
soumet un de ses sujets endormi à l'action d'un tube contenant 10
grammes de cognac. Il ne constate absolument rien. Réveillée, cette femme est
reconduite à son domicile, distant de cent cinquante pas. Un quart d
heure s'écoule et l'on s'aperçoit que sa démarche est titubante, qu'elle
commence à s'exciter, à chanter, à présenter enfin une
véritable scène d'ivresse. L'effet dura une demi-heure.
Un jour, le Docteur Chazarain
expérimente l'action de l'huile de ricin et constate que les sujets accusent
des sensations pénibles dans le ventre. Il interrompt l'expérience, mais, dans
la nuit, les deux sujets sont fortement purgés. Aucune substance purgative
n'avait été ingéré. Il importe de connaître ces actions post-magnétiques. On
les évitera facilement en réveillant avec soin les sujets, en les dégageant
parfaitement. Pour ce faire, faites asseoir votre sujet, le dos appuyé, les
muscles bien détendus, et exécutez devant lui de la tête à
l'extrémité des pieds, durant quelques minutes, des passes longitudinales. Puis
des passes tranversales autour de la tête et de la poitrine avec souffle
froid. Terminez par quelques effleurages sur le front et les yeux. Enfin,
abaissant les paupières, les maintenir légèrement closes avec les
pouces et souffler, pas trop violemment. En dix minutes, un quart d'heure,
votre sujet est dégagé. Qu'il se lève et marche quelques pas, puis qu'il
exécute quelques temps d'une respiration ample et profonde. Complétez le réveil
par une suggestion très douce: « Vous êtes bien, maintenant, bien
dégagé. Vous êtes en possession de toutes vos facultés. »
Si le sujet éprouve quelque
gêne, faites encore quelques passes accompagnées de souffle froid. Il
faut que le sujet reste sous une excellente impression, qu'il n'accuse aucune
fatigue.
Voici encore quelques
recommandations que nous empruntons au Docteur Luys:
Le sujet, au moment où il est
mis en expériences, doit être tenu dans un endroit calme et faiblement
éclairé. On se méfiera des bruits inopinés, d'un son de cloches, par exemple,
ou du tic-tac d'une horloge bruyante, d'un rayon de soleil inondant la
pièce d'une clarté imprévue. La présence de certaines odeurs dans
l'atmosphère ambiante peut être une cause de distraction nuisible.
Le public sera peu nombreux et les rares assistants doivent s'interdire toute
manifestation bruyante. Il importe d'ajouter aussi toutes les précautions
possibles pour éviter non seulement les odeurs qui révèlent la nature du
corps à expérimenter mais aussi tout autre facteur susceptible de créer
une suggestion ou une auto suggestion.
Encore un conseil de prudence: ne
commencez pas vos expériences par des substances toxiques, ni même
très actives. Au début, choisissez toujours des substances inoffensives
ou très diluées.
Voici une expérience que nous avons
faite et qui peut servir dé début. Choisissez un sujet très sensible que
vous pouvez plonger très facilement en sommeil magnétique et qui en
présente, sinon toutes les phases, du moins tous les états. A son insu, placez
sous le fauteuil qu'il doit occuper pendant la séance un flacon de liqueur ou
de vin de Champagne. Ne mettez personne au courant de l'expérience, la
bouteille étant bien dissimulée dans les franges ou le tissu qui voilent les
pieds du siège. L'heure venue, faites asseoir votre sujet sur ce fauteuil
et endormez-le par un moyen magnétique: par la polarité, en présentant votre
main droite au front ou par des passes lentes pratiquées de la tête
à l'épigastre. Ne tentez aucune autre expérience afin de ne pas fatiguer
votre sujet. Cherchez seulement à obtenir un état de somnambulisme le
plus profond possible. Si votre sujet est très sensible, il accusera
tous les symptômes de l'ivresse, ivresse du Champagne, gaie et légère ou
ivresse plus violente et plus agressive de l'alcool. Les spectateurs qui ne
sont pas au courant de votre expérience en chercheront vainement la raison,
jusqu'à ce que, retirant la bouteille de sous le siège, vous
fassiez l'exposé du phénomène produit et des causes qui le déterminent.
Nous avons souvent fait cette
expérience et obtenu un état d'ivresse assez avancé. Dans cet état, si vous
faites lever le sujet, il titube; demandez-lui de chanter, il est folâtre. Plus
le sujet est sensitif et entraîné, plus l'action est nette et rapide. Hector
Durville l'a souvent pratiquée sur des sujets qu'il invitait à dîner.
Ceux-ci présentaient les signes de l'ivresse avant d'avoir ingéré une goutte de
liquide alcoolisé.
Si vous voulez faire des expériences
plus délicates, prenez la précaution de placer les substances dans des flacons
enveloppés de papier de manière à ce que le sujet ni vous ne
puissiez connaître le contenu du flacon. C'est le meilleur moyen pour éviter
toute suggestion ou auto suggestion. Notez les effets et numérotez le flacon
dont on vient de se servir. Ce n'est qu'en fin de séance que les flacons sont
identifiés. En procédant ainsi, vous arriverez à vous convaincre de ce
fait, qui paraîtra mystérieux et inexplicable mais qui n'en est pas moins
constaté: les plantes irradient leur vertu autour d’elles et les substances
médicamenteuses peuvent transmettre leurs effets sans avoir été ingérées.
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