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Hypnotisme
PROCÉDÉS DE SOMMEIL
L'hypnose; son étude étiologique. —
Histoire, de l'hypnotisme; sa découverte par Braid. — Actions de l'hypnotisme.
Sujets influençables. Grand et petit hypnotisme. — Procédés agissant: a) sur la
vue. — b), sur l'ouïe. — c), sur le toucher. — d), sur l'odorat. — e), sur
le goût. — f), sur les organes. Les zones hypnogènes.
La question du sommeil provoqué a
soulevé bien des polémiques. Nous avons déjà dit que trois catégories de
chercheurs se trouvent en discussion sur l'étiologie de l'hypnose:
magnétiseurs, hypnotiseurs, suggesteurs.
Pour les magnétiseurs, l'hypnose ou
sommeil provoqué est uniquement dû à la force magnétique, dirigée
ou non par la volonté. Cette force magnétique existe chez tout le monde, mais
à des degrés divers. Notre méthode de culture psychique a justement pour
but de la développer.
Les hypnotiseurs nient presque tous
l'existence de la force magnétique. Pour eux, le sommeil provoqué est dû
à une fatigue des sens obtenue par des moyens physiques (lumière
vive, sons plus ou moins intenses et continus, pression de certaines parties du
corps ou d'organes, etc.). Selon leur conception, le sujet devant lequel on
fait des passes s'endort, non sous l'action du fluide extériorisé, mais par
suite de la monotonie des gestes exécutés devant lui par l'expérimentateur. Ces
mouvements, la sensation que l'œil éprouve, amènent une fatigue,
d'où sommeil.
Pour les suggesteurs, l'idée est la
seule cause du sommeil. Le sujet s'endort parce qu'il croit devoir s'endormir
en fixant l'objet brillant ou sous l'influence des passes. Il s'endormirait de
même par n'importe quelle autre action dans laquelle il aurait la
certitude que le sommeil lui est imposé.
D'autres, enfin, accordent un
pouvoir hypnogène à plusieurs de ces méthodes en les combinant: soit
l'hypnotisme et la suggestion, soit la suggestion et le magnétisme, soit les
trois ensemble dont ils proportionnent les effets.
En expérimentant sans idée
préconçue, on se rend compte que la vérité n'est pas dans l'une ou l'autre de
ces méthodes, mais bien dans les trois. En effet, tout esprit impartial est
obligé de reconnaître trois méthodes ayant quelques similitudes, mais de
profondes différences:
1°. — Le Magnétisme, agent
physiologique (magnétisme humain, magnétisme animal des anciens magnétiseurs,
force vitale du Dr Baraduc, force neurique rayonnante du Dr Baréty, électricité
animale du Dr Pététin, etc) ;
2°. —: L'Hypnotisme, agissant par un
processus physique (lumière vive, son, etc.);
3°. — La Suggestion, ayant une cause
psychologique (idée, suggestion imposée, raisonnée ou indirecte, auto
suggestion).
Toutes les personnes influencées ne
sont pas également soumises à chacune de ces trois méthodes et c'est
justement ce point qui a échappé jusqu'ici à presque tous les
investigateurs. Tel sujet hypnotique ne peut être plongé dans le sommeil
magnétique. Telle personne qui sera sensible à la suggestion ne le sera
pas ou très peu à la magnétisation. Enfin, un sujet que l'on
plonge aisément en sommeil par les passes ou la polarité — procédés
essentiellement magnétiques — donnera des phénomènes comme la vision
à travers les corps opaques, la lucidité, la prévision,
l'extériorisation des sens, de la sensibilité et de la motricité, le
dédoublement du corps humain, curieux phénomènes que n'ont jamais pu
obtenir les hypnotiseurs et les suggesteurs parce que, avec leurs méthodes, il
est impossible de les produire.
Il y a intérêt à
étudier les trois méthodes. En certains cas, elles peuvent se substituer l'une
à l'autre au cours des expériences. Ainsi, tel sujet qui sera, au début,
plus hypnotisable que suggestible ou magnétisable, deviendra plus suggestible
dès qu'il sera plongé dans un certain état de sommeil et la suggestion
permettra d'obtenir de meilleurs résultats dans ces nouvelles conditions. On abandonnera
donc alors l'hypnotisme pour la suggestion; puis la suggestion donnera un
certain ordre de phénomènes que le magnétisme viendra intensifier. Nous
reparlerons ultérieurement des avantages qu'il peut y avoir à combiner
les trois méthodes ou à les substituer l'une à l'autre. Pour
l'instant, notons ce point trop ignoré:
II y a lieu de différencier
nettement les trois ordres de recherches: Magnétisme, Hypnotisme, Suggestion,
qui — malgré quelques similitudes toutes superficielles — ne peuvent être
confondus dans leurs principes, leurs procédés et leur action.
Etudions ici l'hypnotisme.
Historique
Sans remonter à des temps
reculés, nous voyons l'hypnotisme déjà pressenti par l'Abbé Faria et le
magnétiseur Bertrand.
A l'aide de manœuvres
violentes, Faria déterminait des états présentant des caractères
comparables à ceux des états hypnotiques actuels.
Bertrand avait constaté que la
fixation plus ou moins prolongée d'un objet quelconque pouvait déterminer un
état de somnolence, en dehors de tout autre procédé.
Le Docteur Durand (de Gros), qui
prit le pseudonyme de Dr Philips, avait, lui aussi, étudié certaines
manifestations hypnotiques.
Mais c'est en 1843 que l'hypnotisme
fut découvert. Voici dans quelles circonstances:
James Braid, chirurgien de
Manchester, assistait à une séance de Lafontaine. Ce magnétiseur
endormait des personnes en faisant devant elles des passes magnétiques. Braid
crut à une simulation. Toutefois, un fait le frappa: l'impossibilité
d'ouvrir les yeux que présentait le sujet. Mais Braid, sceptique, ne voulait
pas accepter comme cause hypnogène le fluide que Lafontaine affirmait
dégager. Il avait cru remarquer que le magnétiseur, en faisant ses passes,
regardait fixement dans les yeux la personne à influencer. Braid émit
donc cette hypothèse que, si le sommeil était réel, l'œil en était
peut-être la cause, mais l'œil considéré non comme source de
magnétisme, mais simplement comme corps brillant. Selon cette conception, le
sujet se fatiguait par les yeux, épuisait ses réserves nerveuses, et cette lassitude
déterminait le sommeil comme nous éprouvons le besoin de dormir après
une grande fatigue.
Rentré chez lui, Braid vérifia son
hypothèse. Il pria sa bonne de regarder fixement la lame de sa lancette
(il était chirurgien) et sa bonne tomba bientôt en sommeil. Heureux de ce
résultat, il éveilla sa femme et fit la même expérience: il obtint le
même résultat. L'hypnotisme — que James Braid baptisa sommeil nerveux —
était découvert. C'était vraiment une découverte, car, Braid le reconnaît
lui-même, le sommeil qu'il produisait par la fixation d'un objet brillant
différait du sommeil magnétique. Il présentait avec lui certaines analogies,
mais il manifestait de grandes différences avec les résultats obtenus par le
magnétiseur Lafontaine.
Braid poursuivit ses recherches et
publia sa méthode, mais, comme tant de découvertes, elle n'attira pas
l'attention et, bientôt, tomba entièrement dans l'oubli.
Ce n'est qu'à Paris, vers
1878, que l'hypnotisme fut remis en question. A cette époque, Charcot le
pratiqua sur les hystériques: il l'étudia en metteur en scène,
transformant habilement la Salpetrière en un véritable théâtre
où, devant les sommités du monde médical, des lettres, et les
journalistes spécialement convoqués, il « mit en scène ses sujets ».
Ceux-ci — des hystériques, heureux de cette publicité intempestive — se
livraient à toutes les excentricités de la grande hystérie. A ce moment,
le monde entier parla d'hypnotisme.
De nouveaux chercheurs suivirent la
trace de Charcot, modifiant plus ou moins ses enseignements: les Docteurs Paul
Richer, Azam de Bordeaux, Bourru et Burot, Demarquay, Giraud-Teulon,
Gigot-Suard, Follin, Broca, Verneuil, Lasègue, Guérineau de Poitiers,
Liébeault de Nancy, Charles Richet, Dumontpallier, Paul Magnin, Luys, Bottey,
Pitres de Bordeaux, Brémaud, Delbœuf, Jules Voisin, Crocq, Ladame de
Genève, et tant d'autres.
Comme toute découverte, l'hypnotisme
donna lieu à de nombreuses exagérations et eut, par conséquent, ses
détracteurs. Si les uns eurent tort d'exagérer les possibilités et les usages
de l'hypnotisme, les autres eurent un tort aussi grand: celui de rejeter, de
parti pris, sans examen scientifique, les phénomènes annoncés. Etudié
suivant les méthodes scientifiques, en éliminant toute fraude, toute
suggestion, l'hypnotisme existe et le chercheur impartial peut se rendre compte
de sa réalité.
Actions de l'Hypnotisme
James Braid définit l'hypnotisme: «
Un état particulier du système, nerveux, déterminé par des
manœuvres artificielles. » Cette définition est vague et tout à
fait insuffisante. Nous la complétons ainsi: L'hypnotisme consiste à
produire chez des sujets nerveux des perturbations sensorielles ou
psychologiques, à l'aide d'actions physiques. Ces actions physiques
(son, lumière, chaleur, mouvements, pressions, etc.) amènent une
fatigue de l'organisme, une perte progressive de la conscience, puis des
perturbations motrices et sensorielles. La personne hypnotisée perd le contrôle
sur elle-même, et, à la faveur de cet état de perméabilité
psychique, elle peut recevoir des suggestions.
Nous paraissons tous soumis à
certaines influences hypnotiques: le bercement endort le nourrisson, le nerveux
est calmé par le son des cloches ou le bruit monotone d'une chute d'eau. Une
action plus violente, comme un coup de sifflet émis près d'une
hystérique, la plonge instantanément en catalepsie hypnotique. Il semble donc
que nous soyons tous plus ou moins soumis à ces influences et, si nos
sens résistent à quelques unes, il se peut qu'ils soient affectés par
une action plus forte. Mais comme les actions fortes peuvent être
dangereuses, nous nous voyons obligés de restreindre le champ d'expériences.
Plus nos sens seront ouverts, plus
nous serons affectés. Si nos activités sensorielles sont atténuées ou
hyperesthésiées, nous aurons tendance à nous soustraire à ces
actions. Ainsi, certains malades, atteints d'affections cérébrales, telles que
l'aliénation mentale sous ses différentes formes, la paralysie générale
progressive, l'hypocondrie, ne peuvent être hypnotisées par suite de l'excitation
dans laquelle ils se trouvent, état qui rend impossible une concentration
suffisante des facultés cérébrales.
Mais il est difficile de se
prononcer d'une manière générale, car les manifestations hypnotiques
sont variées et s'étagent depuis les perturbations sensorielles et motrices
à l'état de veille jusqu’à la léthargie, phase la plus profonde
du sommeil hypnotique.
S'il n'est guère facile de
délimiter très exactement le nombre des personnes réfractaires à
l'hypnotisme, il est plus facile de connaître celles qui subissent nettement
cette action.
Les plus sensibles sont les
hystériques. Bien peu d'entre elles sont réfractaires. Viennent ensuite les
malades qui présentent des troubles hystériformes, les épileptiques, les
anémiés de toute sorte, les personnes en état de dépression mentale,
héréditaire ou acquis, les alcooliques, les dypsomanes, les abouliques, les
énervés, les épuisés à la suite d'excès vénériens, les grands
impulsifs. Sur ces malades, on peut produire presque tous les différents états
hypnotiques.
Le sexe féminin est
particulièrement prédisposé à subir l'influence hypnotique.
Certains auteurs prétendent que, sans tenir aucun compte des questions de
tempérament et d'état de santé antérieur, on peut dire que toutes les femmes
sont hypnotisables pendant l'adolescence et l'âge adulte. Tout au moins,
peut-on créer à l'état de veille, sur un très grand nombre, des
troubles sensitifs et moteurs.
Le Docteur Bottey considère
que sur les sujets absolument sains on arrive à la proportion de 30 pour
100 de personnes hypnotisables, chez les femmes ayant de dix-sept à
quarante-deux ans. Par la désignation de « sujets sains », le Docteur Bottey
entend des sujets ne présentant aucun état morbide appréciable et, surtout,
n'ayant jamais eu d'affections nerveuses dans leurs antécédents personnels ou
héréditaires, n'ayant jamais eu de crises hystériformes et ne présentant aucun
trouble, ni du côté de la sensibilité sensitivo-sensorielle, ni du côté de la
motricité, des sujets, en un mot, chez lesquels il n'existe aucun symptôme
névropathique, soit organique, soit dynamique.
Mais, selon cette conception, il
faut forcément classer parmi les personnes bien équilibrées (?) les femmes ne
possédant pas une volonté bien établie, les impulsives, qui ne savent pas
modérer leurs élans, les entêtées qui s'imaginent être très
fortes, avoir une personnalité très marquée et qui, au contraire,
donnent prise aux influences extérieures. C'est surtout ces impulsives et ces «
fortes têtes » qui fournissent le fort pourcentage des personnes soumises
aux influences hypnotiques. En tout cas, ce n'est qu'exceptionnellement que ces
femmes — 30 0/0 — pourront être affectées profondément et, sur la grande
majorité, on ne pourra procéder qu'à des expériences à l'état de
veille.
En ce qui concerne les hommes, les
Docteurs Liébeault, Heidenhain, Bernheim, Charles Richet et Brémaud affirment
qu'un très grand nombre, parfaitement sains, sont facilement
hypnotisables. Oui, quand il s'agit de produire certains troubles légers
à l'état de veille, mais très peu quand il s'agit d'obtenir le
sommeil.
Il faut encore considérer que
l'aptitude hypnotique est en rapport inverse avec l'équilibre organique et
nerveux. Mieux on sera équilibré, plus on résistera à l'action
hypnogène. Ainsi, un convalescent, un neurasthénique, un dypsomane
seront influencés, mais cette prédisposition diminuera à mesure que le
malade retrouvera son équilibre. Dès qu'il aura repris possession de
lui-même, qu'il exercera un contrôle sur tous ses actes, il pourra très
bien se soustraire à toute action hypnogène. Sur les névrosés,
l'hypnotisation augmente la prédisposition à l'hypnotisme; telle
personne sur laquelle on ne produira, au début, que des troubles à
l'état de veille, pourra, après quelques séances, tomber en état
suggestif, état le plus superficiel du sommeil; plus tard, en catalepsie, en
somnambulisme; enfin en léthargie.
Lorsqu'on emploie des moyens
très brutaux, l'hypnotisation augmente les troubles des grands nerveux
et produit ce que le Docteur Ladame a très justement appelé la « névrose
hypnotique. »
II est difficile d établir un
pourcentage de personnes influençables d'autant que certaines personnes sont
plus affectées par certains procédés que par d'autres. Sur telle, on réussira
aisément en impressionnant la vue, alors que d'autres, pourtant très
influençables par une autre voie sensorielle, résisteront à cette
action.
De là vient la nécessité de
connaître de nombreux procédés d'action. Nous allons les examiner.
Nous l'avons dit: le sommeil
hypnotique est dû à un épuisement des réserves nerveuses provoqué
par des excitations physiques.
Sur des névrosés, cet épuisement
peut être rapide — il est quelquefois instantané en employant des moyens
brutaux: source de lumière extrêmement vive, bruits très
violents, pression énergique d'organes, etc... Ces procédés donnent lieu aux
manifestations du « grand hypnotisme ».
Nous devons préférer à cette
action brutale, très intense, une action de même ordre, exercée
faiblement. Celle-ci donne le même résultat, mais plus lentement et
présente cet avantage d'éviter certains inconvénients qu'entraînent les
méthodes des premiers hypnotiseurs. Cette méthode douce, c'est le « petit
hypnotisme ».
Voici un exemple qui fixe cette
différence entre le grand et le petit hypnotisme : à la pression
énergique des globes oculaires — procédé du grand hypnotisme, — nous devons
préférer une pression douce, mais continue, des mêmes organes — procédé
du petit hypnotisme. Nous obtiendrons le même résultat, et la pression
douce ne donnera lieu qu'à une gêne des organes visuels qui
disparaîtra aisément si ce procédé a bien été appliqué, tandis que la pression
énergique, on le conçoit sans peine, brutalisant des organes aussi délicats que
les yeux, aura tendance, surtout si on use fréquemment de ce procédé inhumain, à
produire des désordres plus ou moins graves, dont les moindres seront une
congestion des yeux pouvant amener des troubles visuels, puis une congestion du
cerveau avec étourdissements, maux de tête, pesanteurs, migraines
persistant après le réveil.
Examinons les principaux procédés
qui amènent la soumission hypnotique, en les classant en procédés
brutaux — cités ici à titre purement documentaire, et qu'il faut écarter
soigneusement — et en procédés doux qu'on peut utiliser presque toujours sans
danger.
Procédés agissant sur la Vue
Procédés brutaux. — Action d'une
très vive lumière. Ce procédé a été imaginé par Charcot. Il
plaçait la malade à influencer (il agissait sur les hystéro-épileptiques
de la Salpetrière) devant un vif foyer lumineux: lampe Bourbouze, lumière
Drummond, lumière électrique, en la priant de la regarder très
fixement, sans cligner des paupières. Après un temps généralement
très court — et parfois d'une façon instantanée, tant l'action est
brutale — la malade présentait les signes de la catalepsie.
Des expérimentateurs ont, fait fixer
le soleil à leurs sujets ou plaçaient ceux-ci dans une chambre noire et,
subitement, à travers un trou pratiqué dans la porte ou dans le volet,
à l'aide d'un miroir, on leur réfléchissait dans les yeux la
lumière solaire. L'action est instantanée sur les hystériques et selon
leur sensibilité et leur entraînement elles tombent dans un état d'hypnose plus
ou moins profond.
On obtient les mêmes résultats
et les mêmes désordres en mettant le sujet dans une chambre noire et en
allumant, sans le prévenir, une lampe au magnésium ou une lumière
oxhydrique. Peu de personnes bien équilibrées résistent d'ailleurs à une
action aussi violente.
Classons aussi parmi les procédés
brutaux la fascination telle que l'ont pratiquée le Docteur Brémaud et Donato
(baron d'Hont, mort en 1900). Voici en quoi consiste ce procédé: l'opérateur
attache son regard à la racine du nez de la personne à influencer
et commande à celle-ci de le regarder avec la plus grande énergie dans
un œil ou à la racine du nez. Cette fixation est faite à une
très faible distance — les nez se touchent ou presque —; elle détermine
donc un strabisme convergent (le patient est obligé de loucher en regardant la
pointe de son nez); il en résulte une fatigue excessive des organes visuels qui
provoque un état de catalepsie intense et un état spécial que Brémaud a appelé
« l'état de fascination » sur lequel nous reviendrons.
Procédés doux. — On peut classer
dans cette catégorie le moyen imaginé par Braid. Voici en quoi il consiste:
Prendre un objet brillant quelconque
entre le pouce, l'index et le médius de la main gauche; le tenir à une
distance de 25 à 45 centimètres des yeux, à une position
telle, au-dessus du front, que le plus grand effort soit nécessaire, du côté
des yeux et des paupières pour que le sujet regarde fixement l'objet. Il
faut faire entendre au sujet qu'il doit tenir constamment les yeux fixés sur
l'objet et la pensée attachée à l'idée de ce seul objet. A cause de
l'action énergique des yeux, les pupilles se contracteront d'abord, peu
après elles commenceront à se dilater et, après
s'être considérablement agrandies et avoir pris un mouvement de
fluctuation, si les doigts indicateur et médian de la main droite, étendus et
peu séparés, sont portés vers l'objet, puis vers les yeux, il est probable que
les paupières se fermeront involontairement avec un mouvement
vibratoire. Si le patient fait mouvoir les globes oculaires, demandez-lui de
recommencer, lui faisant entendre qu'il doit laisser ses paupières
retomber quand, de nouveau, vous porterez les doigts devant ses yeux.
Après un intervalle de 10 à 15 secondes, en soulevant doucement
les bras et les jambes on trouvera que le patient, s'il est fortement affecté,
a une disposition à les garder dans la position où ils auront été
placés. Si les membres sont souples et conservent les positions qu'on leur
donne, c'est un signe que le sujet est endormi (phase de catalepsie).
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Fig. 187. — Personnes hypnotisées en
regardant le miroir tournant de Luys.
Il y a toujours avantage à
faire fixer des objets peu brillants: cuiller, bouchon de carafe, carafe
remplie d'eau, pièce nickelée, boule hypnotique, etc. Avoir soin
d'élever l'objet à fixer un peu au-dessus du plan des yeux du sujet, de
façon à causer, le plus rapidement possible, un état de fatigue oculaire
et de placer l'objet non pas à la distance de la vision normale, mais un
peu plus près des yeux, afin de leur imposer un strabisme supérieur et
convergent (fait de loucher tout en dirigeant les regards vers le haut). Avoir
soin que ce strabisme soit léger afin de ne pas fasciner le sujet. On peut
remplacer les objets brillants par une boule hypnotique. Tenant la boule de la
main droite, la faire fixer, comme il est dit ci-dessus à une faible
distance des yeux. Plus le sujet est hypnotisable et plus les effets sont
rapides.
On peut, comme l'a fait le Docteur
Luys (Ecole de la Charité), remplacer l'objet brillant ou le point faiblement
lumineux par un miroir à alouettes en rotation. Le Docteur Luys
utilisait le miroir rotatif à deux étages tournant en sens contraires.
Le sujet dirige son regard et le maintient fixé sur les plaques qui tournent
devant lui et, peu à peu, la fatigue arrive. Après une minute ou
deux, on le voit fermer les yeux et présenter les signes de la catalepsie. On
peut endormir plusieurs personnes à la fois en plaçant le miroir sur une
table et en faisant asseoir autour d'elle les personnes dont on désire
expérimenter la sensibilité hypnotique.
On peut endormir un sujet
très sensible en lui faisant fixer un bâton obscur, procédé très
doux utilisé par le Docteur Luys.
Enfin, on peut soi-même
regarder le sujet entre les deux yeux en le priant de vous regarder fixement.
Mais on ne devra pas se placer trop près — la distance sera au moins de
25 à 35 centimètres — afin d'éviter la fascination. Sous
l'influence du regard, le sujet perd le contrôle sur lui-même; ses sens
se ferment, ses paupières retombent sur les globes oculaires, il pousse
quelquefois un soupir, ses regards peuvent devenir fixes. Il est dans un des
états du sommeil hypnotique.
Procédés agissant sur l'Ouïe.
Procédés brutaux. — Charcot a montré
qu'une hystérique hypnotisable peut être mise brusquement en catalepsie
sous l'influence d'un son très violent et inattendu, par exemple, un
coup de gong chinois, un coup de sifflet strident, émis aux oreilles du malade.
Charcot produisait aussi le sommeil en plaçant ses patients sur la boîte de
renforcement d'un fort diapason en métal de cloche, mis en vibration par un
archet.
Procédés doux. — On doit préférer
des excitations plus douées. Des expérimentateurs ont fait construire un
dispositif spécial comprenant de petits tambours qui s'adaptent aux oreilles.
Le roulement du tambour est un excellent moyen hypnogène.
On peut aussi se servir d'un son
faible mais continu: son musical tiré d'une flûte, d'un violon, d'un
harmonium, coups de sifflet peu élevés mais prolongés (les sifflets à
roulette sont excellents). Weinhold et Heidenhain ont montré que le tic-tac
d'une montre peut amener des phénomènes hypnotiques. Il suffit de placer
la montre sur le front, et le tic-tac régulier du mouvement produit le sommeil,
d'autant plus rapidement que le sujet est plus nerveux.
Sur des sujets extrêmement
sensibles, le bruit du papier froissé détermine des manifestations hypnotiques.
Il suffit de prendre des morceaux de papier quelconques et de les froisser avec
le moins d'interruption possible aux oreilles du sujet.
Procédés agissant sur le Toucher
Procédés brutaux. — L'action de
frapper fortement sur la figure et les bras du sujet a été très en usage
à la Salpetrière. On 'se servait de la main ou, pour que le choc
soit encore plus violent, d'un linge mouillé. Ce choc donnait une telle
commotion nerveuse que le pauvre malade tombait en sommeil hypnotique profond,
comme nous entrons dans le sommeil naturel après une journée de marche
forcée qui a épuisé nos réserves nerveuses.
Un souffle violent, avec un fort
soufflet, détermine instantanément l'hypnose chez les grands névrosés.
On peut aussi comprimer certaines
parties du corps. Nous y reviendrons plus loin.
Procédés doux. — A ces actions
violentes, on préférera des actions douées: souffle froid projeté lentement et
régulièrement sur la tête avec un soufflet. Les passes des
magnétiseurs sont considérées à tort par les hypnotiseurs comme
n'agissant que par le courant d'air qu'elles provoquent, par la monotonie des
gestes ou par l'effleurage de la peau, lorsqu'il y a contact.
On utilisera avec avantage de petits
tapotements rythmés, cadencés, produits soit avec un appareil vibratoire, soit
avec la main sur une partie quelconque du corps, mais de préférence sur le
crâne (sommet de la tête, front, arcade sourcilière).
On obtiendra des excitations encore
plus douces en se servant des barbes d'une plume qu'on promènera sur une
partie nue du corps : le front, le cou, la figure.
Les métaux ont aussi une action
hypnogène. Le Docteur Burq a montré qu'ils agissent sur l'organisme:
dans certains cas, ils donnent des contractures, des paralysies et les font
céder lorsqu'elles sont maladives ou qu'elles ont été produites
expérimentalement.
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Fig. 188. — Obtention du sommeil par
pression de zones hypnogènes (pression des pouces)
Le Docteur Moricourt a confirmé ces
idées et montré que chaque organisme humain a une sensibilité
particulière pour tel ou tel métal. La recherche du métal qui convient
à une personne donnée, c'est la métalloscopie. On l'effectue sur des
sujets qu'on a soumis préalablement à l'hypnotisation. On voit que
certaines personnes présentent des phénomènes hypnotiques (contracture,
anesthésie), même des états hypnotiques, lorsqu'on leur applique sur le
corps, pendant un temps variable, des plaques de cuivre, de zinc, de fer, des
pièces d'or, d'argent ou tout autre métal. Lorsqu'on a trouvé le métal
qui affecte plus particulièrement tel sujet, on peut l'utiliser pour la
production des phénomènes.
Sur des sensitifs, l'aimant — de
même que la chaleur et l'électricité, — constitue un excellent moyen
hypnogène. Nous avons déjà parlé de ces actions.
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Fig. 189. — Zones hypnogènes
étudiées par Paul Richer chez l'un de ses sujets
1, 1', zones sus-mammaires. — 2,
zone mammaire. — 3, 3', zones sous-axillaires. — 4, 4', 5, zones
sous-mammaires. — 6, 6', zones costales. — 7, 7'. zones iliaques. — 8, 8',
zones ovariennes.
Procédés agissant sur l'Odorat
Faire respirer des odeurs fortes,
désagréables au patient, l'ammoniaque, par exemple, est un procédé très
brutal. Si l'on présente le flacon débouché sous les narines d'un grand
nerveux, en lui ordonnant de respirer fortement, il tombe en sommeil profond.
C'est un moyen qu'il faut éviter: on
ne doit employer que les actions douces, faire respirer des odeurs
incommodantes mais très faibles (musc) ou mieux, des odeurs agréables,
tel parfum que le sujet se plaît à respirer quelque temps. En le priant
de prolonger son inhalation, on constate bientôt des signes d'hypnotisation.
C'est le procédé que l'on employait jadis pour obtenir la divination. On
préférait alors les parfums de résines (encens, myrrhe, etc.) aux parfums
d'huiles (oranger, rosé, santal).
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Fig. 190 et 191. — Zones
hypnogènes étudiées par le professeur Pitres sur l'un de ses sujets:
Pauline T...
Ces zones ne se rencontrent que chez
les grands névrosés; encore varient-elles de sujet à sujet.
Procédés agissant sur le Goût
Par un mécanisme analogue, le
goût peut être affecté:
1°. — Par des procédés brutaux:
saveur très forte et désagréable (sel, aloès, etc...). On place
un morceau d'aloès sur la langue du névrosé sans l'avertir de la
sensation qu'il va ressentir. La surprise est si désagréable qu'il présente
souvent des signes d'hypnotisation.
2°. — Par des procédés doux: saveurs
désagréables, mais pouvant être supportées.
Les excitations du pharynx, en
promenant les barbes d'une plume à la partie antérieure du cou, produisent
des troubles de la sensibilité, puis le sommeil.
Procédés agissant sur les Organes
Ici, nous trouvons un très
grand nombre de procédés plus ou moins brutaux et, avec de l'imagination, il
est aisé d'allonger la liste. Nous en donnerons seulement un aperçu rapide.
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Fig. 192 et 193. — Zones
hypnogènes étudiées par le professeur Pitres Sujet: Paule C...
Pour agir sur la circulation, le
Docteur Brémaud a innové un procédé d'une brutalité extrême: le
tournoiement, sur lequel il n'y a pas lieu d'insister, afin de ne pas mettre
entre les mains des curieux un moyen aussi dangereux. Pour le même motif,
nous n'insisterons pas sur la production de l'hypnose par pression exercée sur
les artères carotides. A rapprocher de ces procédés l'usage qui a été
fait (procédé Charcot) d'un fauteuil trépidant, d'un casque secouant la
tête.
Le mouvement aussi est
hypnogène. Si, autour du sujet, on fait tourner un pendule — qui peut
être constitué par un poids suspendu à une corde attachée au
plafond, — le sujet passe successivement par toutes les phases du sommeil.
Inversement, le sujet s'hypnotise lui-même en tournant autour d'un objet
quelconque.
Un procédé très employé,
depuis le Docteur Lasègue, est l'occlusion des paupières. On la
pratique ainsi: le sujet est assis dans un fauteuil, l'expérimentateur lui
maintient les yeux avec le pouce et l'index pendant le temps nécessaire
à l'hypnotisation; en même temps, il accompagne cette obturation
d'une légère pression des globes oculaires. En prenant comme point
d'appui avec la face palmaire de la main qui opère, la partie supérieure
du front du sujet, il peut continuer cette occlusion sans fatigue, aussi
longtemps qu'il le faut.
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Fig. 194 et 195. — Zones
hypnogènes étudiées par le Docteur Crocq Sujet: Marie P...
Joindre à ce procédé une
pression plus on moins forte, faite avec le pouce ou plusieurs doigts au niveau
du front ou du sommet de la tête. Ceci nous amène à parler
des zones dites hypnogènes.
Qu'est-ce qu'une zone
hypnogène ? C'est un endroit en corps où une pression (action
physique) provoque le sommeil hypnotique.
En étudiant l'épilepsie
expérimentale, M. Brown-Séquard a démontré sur de petits animaux (cobaye,
lapin, chien, chat) qu'il est possible de provoquer des attaques nerveuses en
excitant une certaine région de la peau. Cette zone épileptogène, située
du côté du corps où a été faite la lésion nerveuse, siège vers la
mâchoire inférieure et s'étend de la vers l'œil et la région latérale du
cou. Il suffit de l'attouchement le plus léger dans cette zone pour provoquer
les convulsions chez l'animal rendu épileptique.
Il se produit quelque chose
d'analogue chez les hystéro-épileptiques et cette constatation nous est utile
en hypnotisme.
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Fig. 196 et 197. — Zones
hypnogènes étudiées par le Docteur Crocq Sujet: Anna M...
Willing et Turk ont constaté qu'une
pression sur une certaine partie des vertèbres (apophyses épineuses)
peut, chez certains sujets, provoquer des convulsions et des attaques
hystériformes. Charcot a amené des crises par pression profonde sur les ovaires
ou la région épigastrique. Le Docteur Baillif rapporte dans sa thèse sur
le Sommeil magnétique dans l'hystérie que, chez un sujet, il produisait une
attaque par une légère friction de la pointe du sternum (apophyse
xiphoïde au creux de l'estomac), tandis que chez une autre, la même
friction ramenait la malade à elle-même, quitte à retomber
un moment après dans le même état.
Le Docteur Paul Richer, qui a étudié
à fond l'hystérie et l’hypnotisme, a reconnu un certain nombre de zones
hystérogènes. La gravure ci-jointe montre les principales sur une de ses
malades. A la partie antérieure du corps, le Docteur Paul Richer indique deux
zones sus-mammaires, une zone mammaire, deux zones sous axillaires, trois zones
sous-mammaires, deux zones costales, deux zones iliaques et deux zones
ovariennes. Dans le dos, le long de la colonne vertébrale, il a reconnu une
zone dorsale supérieure (entre les deux épaules), deux zones dorsales
(au-dessous de la région lombaire). Ces zones sont d'ailleurs très variables
de sujet à sujet.
Le Prof. Pitres (de Bordeaux) a
montré que les zones hystérogènes sont également hypnogènes. Ces
zones sont fréquentes sur les grands névrosés (hystériques, épileptiques,
choréiques), sur les intoxiqués (morphinomanes, éthéromanes, opiomanes...). On
les découvre aisément en questionnant le sujet: ce sont des parties du corps
généralement très sensibles, souvent même hyperesthésiées, mais,
étant donné l'imprévu des phénomènes nerveux, elles peuvent être
complètement insensibles.
De nouvelles recherches nous ont
permis de constater d'autres zones. Nous les citons dans l'ordre où on
les rencontre le plus fréquemment: poignet, sommet de la tête (sinciput),
milieu du front à la racine du nez, racine des ongles, narines, lobe des
oreilles.
Pour produire le sommeil, il suffit
d'une pression forte et continue exercée sur la zone hypnogène. Le sujet
influencé tombe plus ou moins vite en catalepsie, en somnambulisme ou en
léthargie, selon sa sensibilité hypnotique.
En pratique, la zone à
influencer de préférence est le poignet. On fait asseoir le sujet, on lui prend
les poignets en appliquant ses deux pouces sur la partie interne, comme si l'on
tâtait le pouls. On presse ensuite assez fortement et d'une manière
continue. Le sujet change d'attitude plus ou moins rapidement, ses membres se
détendent, sa tête tombe lourdement, ses yeux se révulsent.
Les zones hypnogènes ne se
rencontrent que chez les grands nerveux, mais on peut en créer artificiellement
par suggestion sur des sujets très influençables. En présence d'un sujet
assez sensitif, il vous suffît de lui presser les poignets ou la racine des
ongles des deux pouces en lui affirmant que cette action va l'endormir. Répétez
votre suggestion jusqu'à réussite. Quand votre sujet est endormi,
faites-lui accepter la suggestion qu'il s'endormira chaque fois que vous lui
presserez la même région. Faites-lui aussi accepter la suggestion qu'il
s'éveillera quand vous exercerez une friction sur le même point. Vous
pourrez ainsi, dans la suite de vos expériences, plonger en quelques secondes
votre sujet dans un état d'hypnose très profond.
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