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PROCÉDÉS DE RÉVEIL
Trois principes dont on peut
s'inspirer pour obtenir le réveil. — Le principe formulé par Dumontpallier:
l'agent qui fait défait. Procédés agissant: a), sur la vue. — b), sur
l'ouïe. — c), sur l'odorat. — d), sur le goût. — e), sur le toucher.
— f), sur les organes. — Le sommeil et le réveil par actions alternatives. — Toute
action physique peut déterminer le réveil.
Beaucoup veulent aborder
l'expérimentation hypnotique et sont retenus par la crainte de ne pouvoir
réveiller leurs sujets. Ils ont été frappés par des faits d'hypnotisme spontané
— celui, par exemple, d'une personne nerveuse qui, à la suite d'une
frayeur, est tombée brusquement en catalepsie, en. somnambulisme ou en
léthargie et dont l'état a duré des jours, des semaines, des mois et même
des années. On cite le cas de la dormeuse de Thenelles qui, saisie de crainte
à la vue des gendarmes, tomba dans une profonde léthargie et y resta
vingt ans et plus, sans que les médecins appelés aient pu la tirer de cet état.
C'est une crainte à dissiper.
Si, parfois, les procédés brutaux peuvent donner lieu à de tels
phénomènes, sinon à une impossibilité, au moins à une
difficulté plus ou moins grande de ramener le sujet à l'état de veille,
il n'en advient jamais ainsi avec le petit hypnotisme. En utilisant les
procédés doux, on obtient un sommeil dont le sujet peut sortir aisément.
Même si vous ne faisiez rien, le sujet se réveillerait de lui-même,
après un temps variable, comme toute personne sort du sommeil naturel
après avoir renouvelé ses forces.
Pour obtenir le réveil des
hypnotisés, il faut se souvenir du principe formulé par le Prof. Dumontpallier:
« L'agent qui fait défait; la cause qui fait défait », ce qui veut dire que le
procédé employé pour endormir peut également déterminer le réveil. Nous verrons
bientôt dans quelles conditions.
Le Docteur Paul Magnin a complété
l'idée de Dumontpallier en ces termes: « Toute excitation périphérique peut
donner naissance aux différentes phases de l'hypnotisme et aux
phénomènes qui les caractérisent. Toute excitation périphérique peut
faire cesser les effets produits, et ces effets dépendent de l'état du
système nerveux au moment de l'action. Mise en action d'une façon continue,
une même excitation produit successivement et alternativement des effets
inverses (oscillations). »
Dans ces conditions, le réveil peut
être obtenu en se conformant à l'un de ces trois principes:
1°. — Le procédé qui produit le
sommeil détermine le réveil. S'il a fallu une action forte pour endormir, une
action de même nature amènera le réveil, à la seule
condition que l'action soit beaucoup plus douce. C est là une loi
générale. Exemples: pressons une zone hypnogène, nous obtenons un état
de sommeil; le réveil a lieu si nous exerçons, au même endroit, une
friction très légère. Faisons tourner un pendule autour du sujet
et celui-ci s'endormira; l'état cessera si le mouvement du pendule se ralentit.
Une forte odeur endort, mais toute autre odeur ou la même, mais atténuée,
fait cesser l'état d'hypnose, etc...
2°. — On constate dans certains cas
une action alternative, c'est-à-dire que la même action — en lui
maintenant la même intensité — peut donner lieu successivement au
sommeil, puis au réveil. En continuant l'action on enregistre de nouveau :
sommeil, réveil, sommeil, réveil, etc... Les périodes : sommeil, réveil,
sommeil, réveil, se succèdent, dans un temps variable, tant que dure
l'action hypnogène. Ainsi, dans des cas d'ailleurs peu fréquents, nous avons
constaté qu'un bruit produisait successivement les différents états hypnotiques
et qu'en maintenant la même action, le sujet revenait à son état
normal; en continuant l'action hypnogène, il repassait dans les
mêmes états du sommeil pour se réveiller à nouveau. Ainsi de
suite.
3°. — Enfin, il y a lieu d'ajouter,
ce qui étend considérablement notre champ d'expérience, que, non seulement
l'agent qui fait défait, c'est-à-dire que le procédé qui endort est
susceptible de réveiller, mais que toute action physique, de quelque nature
qu'elle soit, exercée doucement et avec continuité, fait cesser le sommeil
hypnotique et les troubles qui en dérivent. Cette constatation a échappé
à certains hypnotiseurs. Elle nous permet de réveiller le sujet avec une
action exercée sur un sens ou un organe quelconque. Le sujet a-t-il été endormi
par pression d'une zone hypnogène ? Nous pouvons le réveiller, non
seulement par une friction douée de cette zone, mais aussi par un bruit
continu, une lumière assez douce, une odeur ou une saveur peu fortes, un
balancement régulier de la tête, des tapotements légers sur le front,
etc., etc... et par toute action physique douce et continue que nous pourrons
imaginer.
Examinons tout d'abord les procédés
basés sur le premier principe: ce qui fait défait:
Procédés agissant sur la Vue
Nous avons vu qu'une lumière
intense (lumière électrique ou oxhydrique, lumière solaire, etc.)
plonge brusquement les hystériques dans un état profond.
Si le sujet reste les yeux ouverts,
on le réveille en lui présentant une source lumineuse plus faible que celle par
laquelle il a été endormi. Ainsi, l'action d'une lampe à arc est
détruite par celle d'une lampe électrique de poche, d'une intensité lumineuse
considérablement moindre.
Si le sujet a les yeux fermés, il
suffit de soulever les paupières et, tout en les maintenant, de
présenter à quelque distance des globes oculaires une source lumineuse
plus faible que celle qui a produit l'état que l’on désire faire cesser.
Certains sujets éprouvent parfois une difficulté à ouvrir les yeux, par
suite d'une légère contracture des paupières. On fera cesser la
contracture par quelques frictions très douces exercées sur les
paupières avec les pouces. Etant devant le sujet, placez les pouces sur
ses yeux, en prenant appui des autres doigts au-dessus des oreilles. Puis
faites vos frictions suivant une ligne horizontale partant de la racine du nez
et allant vers les oreilles. Recommencez au point de départ. Sous l'action de
quelques manipulations, vous constaterez une résolution de la contracture et,
si vous relevez les paupières supérieures, elles resteront immobiles,
laissant les yeux grands ouverts. Si la contracture persiste après une
ou deux minutes de friction, ouvrir par injonction. Les mains étant placées
comme il a été dit ci-dessus, et après quelque temps de friction, dire
brusquement au sujet: « ouvrez les yeux » et, en même temps, avec les
deux pouces, élever les paupières supérieures. Répéter le procédé en cas
de besoin, jusqu'au résultat qu'on obtiendra très certainement.
A-t-on endormi le sujet avec une
action du petit hypnotisme ? On se servira pour le réveil d'une action encore
plus douce, comme la lumière d'une lampe à petite flamme ou
même d'une bougie. Si on est dans l’obscurité, la faible lumière
d'une veilleuse est à conseiller.
Procédés agissant sur l'Ouïe
Le Docteur Braid réveillait ses
sujets en frappant dans ses mains. On peut encore faire cesser l'hypnose en
appelant le sujet par son nom ou son prénom. L'appel doit être d'autant
plus énergique que le procédé qui a déterminé le sommeil a été plus violent.
Eviter les fortes secousses. Nous
conseillons de frapper doucement dans ses mains ou de faire l'appel à
haute voix, mais toutefois sans lever le ton trop haut. On peut aussi user de
la suggestion: dites au sujet, par exemple, s'il est dans un état qui lui
laisse la possibilité de vous entendre: « Je vais prononcer successivement tous
les chiffres, quand j'arriverai au chiffre 9, vous vous éveillerez aussitôt. »
Prononcez successivement les chiffres: 1, 2, 3, etc..., sur un ton assez haut,
en maintenant toujours la même intonation et, arrivé au chiffre 9,
prononcez-le d'un ton plus élevé, avec assurance, en frappant une ou plusieurs
fois dans vos mains. Le sujet ouvre les yeux, se frotte les paupières; il
est éveillé. Dégagez la tête en faisant quelques passes de haut en bas,
soufflez au front et complétez le dégagement par quelques suggestions
appropriées, lancées avec assurance: « Vous êtes complètement
réveillé. Votre tête n'est plus lourde. Vous avez repris toute votre
conscience, etc. » Après quelques essais, le réveil sera instantané.
On peut encore tirer son sujet du
sommeil provoqué hypnotiquement par un bruit léger, monotone et continu: petits
coups de sifflets à intervalles réguliers (toutes les 2 ou 3 secondes,
par exemple), tic-tac d'un réveil ou d'une montre posée près de
l'oreille, etc.
Procédés agissant sur l'Odorat
Les mêmes odeurs qui ont
provoqué les états hypnotiques les font cesser. Le flacon contenant un liquide
à odeur forte (ammoniaque, par exemple) ou le parfum enivrant qui a
produit le sommeil est présenté non plus débouché directement sous les narines,
mais à quelque distance, 3 à 5 centimètres du nez. Si le
sujet est très influençable, on peut éloigner encore le flacon. On peut
aussi — ce qui rend l'action hypnogène plus douce — mettre quelques
gouttes du liquide sur un mouchoir et le faire respirer doucement avec des
alternatives de repos. Approcher le mouchoir des narines en le laissant
quelques temps (2 à 3 secondes), puis le retirer pendant la même
durée, et alterner ainsi, jusqu'au réveil.
Ramené doucement à l'état de
veille, le sujet est plus dispos, mieux à son aise que réveillé par une
forte sensation.
Procédés agissant sur le Goût
L'action hypnogène d'une
saveur forte est détruite par cette même saveur, si elle est diminuée
d'intensité. Ainsi, des expérimentateurs ont produit le sommeil en versant sur
la langue de leur sujet une cuillerée à café de sel; le réveil était
obtenu à l'aide de quelques grains. De même pour l'aloès:
une forte dose détermine un état qui est détruit par une dose plus faible. On
doit éviter toute action énergique; les saveurs désagréables, toujours
inutiles, seront remplacées par des saveurs fortes, mais qui puissent
être supportées. On doit proscrire tout médicament qui peut donner lieu
à des troubles du tube digestif, à des irritations de la bouche
ou de l’œsophage, à des perturbations des glandes salivaires et
gastriques, à des troubles de l'intestin, toujours à craindre si
l'on emploie, par exemple, l'aloès.
Les actions agréables et douces
donnent d'ailleurs les mêmes résultats, mais plus lentement. Si votre
sujet aime les bonbons à saveur assez forte — les bonbons acides, dits
anglais, par exemple, — vous obtiendrez le sommeil en lui en donnant une
dizaine, tandis que le réveil sera déterminé par un seul bonbon. A une action
forte, on oppose une action de même nature, mais sensiblement plus
faible.
On peut aussi agir sur le larynx:
une friction très douce détruit l'excitation provoquée par le chatouillement
des barbes d'une plume sur cet organe. Ce procédé est à conseiller comme
étant sans danger et propre à procurer les meilleurs-résultats.
Procédés agissant sur le Toucher
Le réveil est provoqué en jetant de
l'eau froide sur la figure ou en frappant le visage et les mains avec un linge
mouillé. C'est là un procédé brutal qu'on utilisera seulement dans les
cas où le sujet résiste et ne peut être réveillé par tout autre
procédé.
On préférera un courant d'air sur la
face, obtenu avec un soufflet, un éventail, un carton ou même un simple
journal, rapidement agité devant la tête du sujet. Le souffle froid sur
le front et les paupières, pratiqué comme si l'on soufflait sur une
bougie pour l'éteindre, est excellent pour amener un réveil rapide.
De petits chocs rythmés, cadencés,
font cesser toute manifestation hypnotique. Agissent de même des
frictions très douces sur une partie quelconque du corps, mais
spécialement les parties découvertes: visage (front et paupières), cou,
avant-bras, mains.
Procédés agissant sur les Organes
Nous avons déjà dit que le
fait de frapper le sujet, sur les bras, les jambes ou sur toute autre partie du
corps, détermine le réveil. II est préférable d'agir sans brutalité, sous forme
de petits tapotements.
Le frottement des paupières
et du front fait cesser le sommeil hypnotique. On peut, dans le même but,
souffler sur les globes oculaires; si les paupières sont fermées, les
maintenir relevées avec les doigts. Ce procédé est très rapide, mais
assez brutal. On ne doit l'employer que sur les sujets sains et jamais sur les
grands nerveux.
Le sommeil a-t-il été déterminé par
la pression d'un organe ou d'une zone hypnogène ? Une friction du
même endroit détruit l'effet.
Le Sommeil et le Réveil par actions
alternatives
Nous avons dit que, dans certains
cas, le même procédé, continué avec une intensité constante, détermine le
sommeil, puis le réveil. Il est facile de s'en assurer.
Nous avons déjà pu constater
que le bruit du sifflet à roulette fait passer le sujet successivement
par tous les stades du sommeil hypnotique : états suggestif, cataleptique,
somnambulique et léthargique et qu'en continuant un temps, variable selon les
personnes, le sujet revient à l'état de veille. Parfois, le sujet
reprend conscience progressivement et passe de la léthargie, qui est l'état le
plus profond, à l'état de veille, mais nous avons aussi constaté une
régression des manifestations hypnotiques, le sujet revenant à l'état de
veille en franchissant, en sens inverse, tous les états constatés primitivement.
Il passe alors de l'état léthargique au somnambulisme, de là en
catalepsie, puis à l'état suggestif, et enfin à l'état de veille.
Si on agit sur la vue, le sujet
ferme les yeux dès qu'il tombe en léthargie, souvent même en
somnambulisme. Pour continuer l'action, on est obligé de faire ouvrir les
paupières du sujet. Nous en avons indiqué le moyen.
Toute action physique peut déterminer le réveil
II nous reste à signaler un
fait qui a échappé à de nombreux hypnotiseurs: le réveil peut être
déterminé, non seulement en agissant sur le sens ou l'organe affectés
primitivement, mais n'importe quelle action physique peut amener la cessation
des manifestations hypnotiques, à condition que cette action soit plus
faible que celle qui a déterminé les divers états du sommeil.
Ainsi, un trouble quelconque produit
par une fatigue visuelle est détruit par une action plus douée exercée non
seulement sur la vue, mais sur l'ouïe, le goût, le toucher, l'odorat
ou un organe.
On conçoit que le champ
d'expériences soit ainsi considérablement étendu, d'autant qu'il est facile de
trouver par soi-même des procédés capables d'amener la fatigué nerveuse,
et, par conséquent, le sommeil.
Signalons encore qu'il est possible
de limiter les actions hypnotiques à une seule partie du corps: bras,
avant-bras, main, visage, ou toute autre région. .
C'est ainsi qu'on détermine une
contracture du biceps, simplement en exerçant une friction sur ce muscle avec
un ou deux doigts. Dès que le muscle est affecté, l'avant-bras se
fléchit sur le bras d'autant plus vite et d'une façon d'autant plus intense que
le sujet est plus hypnotisable. On fait céder la contracture par une friction
douée ou un effleurage pratiqués sur le même muscle.
Si le sujet présente des
phénomènes alternatifs de sommeil et de réveil sous l'influence d'une
action générale, une action locale comme une friction du biceps contracture ce
muscle et la prolongation de la même action donne la résolution de la
contracture. On peut remplacer la friction par le tic-tac d'une montre: il suffit
de poser la montre à plat sur la partie antérieure du bras (région du
biceps) pour obtenir la flexion du membre supérieur. On agit de même sur
tout autre muscle ou groupe de muscles: fléchisseurs ou extenseurs des doigts,
etc...
Enfin, signalons la possibilité de
placer la moitié du corps dans un état hypnotique, tandis que l'autre côté
reste à l'état de veille ou est plongé dans un autre état. Nous avons
ainsi l'hémi-hypnotisme sur lequel nous reviendrons plus longuement
après avoir décrit les caractéristiques des états de l'hypnose.
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