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L'HYPNOTISME A L'ÉTAT DE VEILLE
Grands et petits sujets hypnotiques.
— Action hypnotique sur les muscles. — Contracture générale du corps. —
Inhibition du sens musculaire. — Perturbations sensorielles: a), sur le
toucher; b), sur la vue; c), sur l'ouïe; d), sur le goût et
l'odorat. — Inhibition intellectuelle. — L'hypnotisme devant la conscience.
Ces mots semblent renfermer un
contre sens. En effet, le mot hypnotisme signifiant sommeil c'est comme si l'on
disait que nous allons étudier les caractéristiques du sommeil sur un sujet
n'étant pas endormi ! Toutefois, le mot hypnotisme étant improprement appliqué
à un ordre de phénomènes qui n'impliquent pas nécessairement le
sommeil, nous sommes contraints de nous conformer à la phraséologie
habituelle.
Nous avons exposé les procédés qui
déterminent le sommeil hypnotique et ceux qui procurent le réveil. Etudions
maintenant les phénomènes hypnotiques de l'état de veille qui peuvent
donner un résultat récréatif, en choisissant avec soin ceux qui ne peuvent
causer de trouble au sujet.
Nous ne saurions trop le répéter,
car nombre d'auteurs ont fait une regrettable confusion, le sommeil hypnotique
est, très différent du sommeil magnétique. En sommeil magnétique, le
sujet voit ses facultés psychiques se développer, sa sensibilité
s'extérioriser, donnant lieu à des phénomènes extrêmement
intéressants, comme l'extériorisation de la sensibilité, de la motricité, et
même, en poussant les choses le plus loin possible, le dédoublement
complet de la personnalité. Une hyperesthésie particulière des sens le
fait voir et entendre à distance, percevoir des faits et des actions qui
sortent du champ habituel de ses perceptions.
En hypnotisme, il en est autrement,
surtout quand on se borne aux méthodes brutales usitées par Charcot. Les
phénomènes se font là au détriment du sujet. Il est soumis
brutalement à une action physique, perd le contrôle de soi-même,
voit diminuer son libre arbitre: il devient un véritable automate entre les
mains de celui qui l'hypnotise et cet automatisme a tendance à persister
au réveil.
Il ne faut pas perdre de vue que le
sujet magnétique n'est pas forcément un sujet hypnotique et réciproquement. Au
contraire, c'est un cas assez rare de trouver la possibilité des deux sommeils
dans une même personne. Il est donc nécessaire de se rendre pleinement
compte des différences qui les séparent.
Le type du véritable sujet
hypnotique est le grand névrosé, le dégénéré, hystérique ou épileptique; c'est
le grand impulsif, incapable de décider et d'agir, qui se présente sous tant de
formes: alcoolique, s'il s'adonne régulièrement à la boisson;
dypsomane, s'il boit par crises sous une impulsion irrésistible; onaniste, s'il
est incapable de résister à sa funeste passion. C'est aussi le grand déséquilibré
au point de vue nerveux; le neurasthénique à l'état constant, accablé de
pensées sombres, ne pensant qu'à se tuer, prêt à devenir la
proie des idées de persécution, et tant d'autres présentant une lourde tare
héréditaire organique ou mentale, souvent toutes deux, l'une réagissant sur
l'autre. Ce grand névrosé est le type du sujet hypnotique, celui que nous
pouvons plonger aisément dans l'état le plus profond du sommeil provoqué.
Celui-là est le sujet-né des
expériences tapageuses. Mais, à côté de ce grand névrosé, qui est
heureusement assez rare, nous trouvons l'innombrable catégorie des nerveux.
Le nerveux nous paraît tout d'abord,
et dans la moyenne de ses actes, parfaitement équilibré, mais, si nous nous
livrons à un examen plus approfondi de ses manières d'agir, nous
le voyons très impressionnable, avec une demi-impulsivité, nous voulons
dire des impulsions inattendues, très vives, auxquelles il peut résister
s'il le veut, mais qui peuvent l'emporter, si sa volonté est distraite. Le
véritable nerveux n'a pas un parfait contrôle sur lui-même, il est
parfois peureux, craintif, et, par à-coups, buté, autoritaire, signe
d'une volonté qui se dirige mal; il est incapable de produire, par cette
volonté débile, un effort puissant et suivi. Ce nerveux, qui n'est pas un grand
malade, est le type du petit sujet hypnotique. Il n'a pas de crises; nous ne
parviendrons peut-être que difficilement à le plonger dans les
états profonds de l'hypnose, mais nous réussirons facilement sur lui les expériences
à l'état de veille, le mettant dans un état d'insensibilité plus ou
moins grande, plus ou moins absolue, contracturant ses muscles,
l'empêchant de faire certains actes. Mais, nous le répétons, si nous
voulons plonger ce petit sujet en sommeil hypnotique, il nous faut, pour y
arriver, un nombre parfois considérable de séances d'entraînement.
Ceci nous conduit à étudier
les phénomènes que nous pouvons produire à l'état de veille sur
les nerveux et à l'état de veille et en sommeil sur les grands névrosés.
En étudiant les procédés
hypnotiques, nous avons vu qu'ils amènent des perturbations dans la
sensibilité, la motricité, une désintégration des facultés psychiques, des
troubles sensoriels plus ou moins profonds selon la sensibilité du sujet.
Etudions ces phénomènes en détail.
Action sur les muscles
C'est l'action qui frappe le plus
les spectateurs. Ce peut être :
1°. — Une tension extrême du
muscle, se traduisant par une contracture puissante.
2°. — Le phénomène inverse
c'est-à-dire une inhibition du sens musculaire.
Examinons d'abord les
premières manifestations: les contractures.
Les premiers hypnotiseurs ont cru
qu'elles ne pouvaient être obtenues qu'en sommeil hypnotique. C'est une
erreur que déjà le professeur Charcot et son élève le Docteur
Paul Richer avaient reconnue. Ils avaient constaté que l'hyperexcitabilité
neuromusculaire — faculté que possède un muscle d'entrer en contraction
lorsqu'on l'excite — qui se montre à son plus haut degré au cours du
sommeil hypnotique, existe à des degrés variables à l'état de veille.
Les Docteurs Tamburini et Seppili, à la suite d'expériences faites
pendant l'état de veille sur une malade atteinte d'hystéria major, ont conclu
que l'hyperexcitabilité neuromusculaire produite par les excitations mécaniques
et par l'aimant n'est pas un phénomène caractéristique de l'hypnose.
C'est une vérité maintenant admise par tous les expérimentateurs. Sur les
nerveux, nous pouvons donc obtenir aisément des contractures à l'état de
veille.
L'aptitude à la contracture
s'obtient par une excitation du muscle, de son tendon ou du nerf qui le
commande. Voici une première expérience que vous pouvez faire sur une
personne dont vous voulez déterminer le degré de sensibilité à
l'hypnotisme. Cherchez à agir sur le muscle biceps qui est placé
à la partie antérieure du bras et dont le rôle est de fléchir
l'avant-bras sur le bras. Votre sujet étant éveillé, frictionnez énergiquement
ce muscle, sur toute sa longueur, avec un ou plusieurs doigts. Le muscle entre
en contraction d'autant plus rapidement et avec plus d'intensité que votre
sujet est plus hypnotisable. La flexion étant obtenue, montrez aux spectateurs
la force de contraction de ce muscle; ils essayeront d'étendre ce bras et n'y
parviendront pas, malgré les plus grands efforts. Répétez l'expérience sur
l'autre bras. Vous obtiendrez, suivant les sujets, soit une nouvelle
contracture, soit, le plus souvent, un transfert: au, même moment
où le biceps sur lequel vous agirez en second lieu se contractera, le
premier se détendra. Vous pouvez transférer la contracture de tout muselé ou de
tout groupe de muscles d'un côté à l'autre du corps, soit
symétriquement, par exemple, d'un bras à l'autre, soit par mouvement
croisé, du bras droit à la cuisse gauche et réciproquement. Si le bras
droit est contracture, vous pouvez agir sur les masses musculaires de la partie
antérieure de la cuisse et, au moment où votre bras se détend, la jambe
s'allonge, contracturée puissamment. Vous pouvez varier ces expériences. Si
vous agissez sur le visage, vous obtiendrez, par la contracture des muscles,
les effets les plus curieux: vous pouvez donner à une moitié de la
figure une expression de gaieté débordante et à l'autre partie
l'expression de la plus profonde douleur. Ces expressions, se succédant presque
instantanément, fournissent la preuve que votre sujet est déjà sous
l'emprise hypnotique. S'il est réellement sensible, c'est en vain que votre
sujet essaie de lutter contre le mouvement que vous lui imposez, il prend une
expression joyeuse ou triste malgré lui.
On peut aussi transférer une
contracture d'un muscle au muscle antagoniste: par exemple, du biceps qui
fléchit l'avant-bras sur le bras au triceps qui, placé à la partie
postérieure du Bras, exécute le mouvement inverse.
Il faut noter que, dans toute
expérimentation hypnotique, magnétique ou suggestive, la précision des
expériences vient par entraînement. Plus on renouvelle l'expérience et plus
elle s'accuse avec netteté et rapidité. L'aptitude à la contracture par
excitation superficielle se présente très souvent dès la première
tentative chez tout grand névrosé. A la suite d'un entraînement, on obtient sur
ces malades des contractures, instantanées très puissantes.
On peut remplacer la friction
énergique par une percussion du muscle, du tendon ou du nerf. Le mode le plus facile
de percussion se fait avec l'extrémité d'un ou plusieurs doigts ou avec le bord
de la main, présentée perpendiculairement à la surface du muscle sur
lequel on veut agir.
Chez un sujet très sensible,
une friction douce ou même le tic-tac d'un réveil ou d'une montre posés
sur le muscle à influencer détermine la contracture.
En fin d'expérience avoir soin de
décontracturer très soigneusement les masses musculaires. Pour cela, il
suffit de malaxer avec une main (ou les deux, s'il s'agit d'une surface large
comme la cuisse), ou de frictionner doucement tout le trajet du muscle. La
contracture ayant cédé, faire mouvoir l'articulation, afin de s'assurer que le
sujet ne ressent aucuns fatigue. Si le sujet accuse quelque lourdeur de
tête, lui souffler assez énergiquement sur le front.
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Fig. 198. — Contracture du membre
supérieur
Pour l'obtenir chez un sujet
sensible à l'hypnotisation, il suffit de frictionne ou malaxer les
masses musculaires.
Vous pouvez augmenter l'effet de ces
contractures en agissant non plus sur un muscle isolé, mais sur tout un membre.
Vous raidissez un bras ou une jambe par frictions énergiques pratiquées sur
toutes les masses musculaires. On peut activer la contraction en frappant les
muscles avec les deux mains.
Voici une autre expérience. Dites
à votre sujet de réunir sec mains et d'étendre les bras. Contracturez
les membres supérieurs dans cette position. Ce résultat obtenu, vous pouvez
suspendre ou poser sur ces mains un poids qu'il serait incapable de porter
à l'état de veille. Agissez progressivement, sans toutefois dépasser la
mesure.
Autre phénomène d'un effet
saisissant. Le sujet étant assis, contracturez ses membres inférieurs. Il sera
incapable de se lever. Vous obtenez de la sorte des scènes
extrêmement comiques. Si, toujours assis, vous lui contracturez les
jambes dans une position horizontale par des frictions, des percussions ou une
malaxation énergique de la partie antérieure de la cuisse, vous arrivez
à poser des poids sur l'extrémité des pieds sans que le sujet en paraisse
aucunement incommodé. Un hypnotiseur a pu monter sur les jambes d'un sujet en
cet état: c'est excessif et dangereux, car l'organisme de votre sujet n'est pas
un objet inerte que l'on puisse malmener. Nous ne saurions trop recommander, la
prudence aux expérimentateurs.
Sur une personne très
sensible et entraînée une action quoique très faible peut donner lieu
cependant à des phénomènes très nets. Vous pouvez, par
exemple, appliquer une montre sur la face dorsale de l'avant-bras et vous
obtenez la contracture des muscles extenseurs de la main. Chez certains sujets,
cette contracture se produit par saccades isochrones, réglées sur le tic-tac de
la montre. La montre peut même, mais seulement sur un sujet très
entraîné, être présentée à une faible distance de la peau, un
centimètre environ; le résultat est identique. Vous pouvez agir à
l'insu du sujet. Obturez ses yeux et ses oreilles par des tampons d'ouate que
maintiendra un bandeau solidement noué à la nuque puis, sans que le
sujet s'en doute, présentez votre montre à une faible distance de la
peau, sans qu'il y ait aucun contact, vous verrez le muscle entrer en jeu. Vous
pouvez localiser votre action sur un muscle dont le sujet ignore la fonction.
Bien entendu ces expériences délicates ne réussissent que sur des sujets
très sensibles et longuement entraînés. Lorsque vous avez un sujet
très sensible à l'action hypnotique, cherchez à obtenir la
contracture générale. Pour ce faire, placez votre sujet debout devant vous, les
membres supérieurs bien allongés le long du corps, les membres inférieurs l'un
contre l'autre, sans aucune flexion. Cherchez tout d'abord à
contracturer les bras. Frictionnez-les tous deux énergiquement, en partant de
l'épaule pour arriver au poignet. Frictionnez avec l'extrémité de vos doigts
bien réunis pour offrir une surface dure. Sous cette action, vous sentez les
muscles ce contracter. Vous vous assurez de la force de la contraction en
cherchant à séparer les membres du corps. Pour la réussite de
l'expérience, il faut que la contracture ait une telle force que cette
séparation soit impossible. Ce résultat obtenu, passez aux membres inférieurs
et répétez le même procédé. En touchant vos muscles, vous vous rendez
compte s'ils sont en contraction suffisante. Vous devez les sentir très
durs et formant des saillies. Poursuivez votre expérience en contractant les
muscles des régions cervicale, dorsale et lombaire. Pour cela, placez-vous
à gauche du sujet, en ayant soin de présenter votre main gauche devant
sa poitrine, pour prévenir toute chute, puis frictionnez les muscles qui se
trouvent de chaque côté de la colonne vertébrale en partant de la nuque
jusqu'au bas des reins. Les muscles se contractent bientôt sous vos doigts. La
contraction n'est suffisante qu'au moment où le corps de votre sujet se
met en léger arc de cercle, la tête étant rejetée en arrière par
contraction des muscles de la partie postérieure du cou et le dos s'incurvant
sous l'effet des contractions dorsales et lombaires. A ce moment le but est
atteint.
Placez votre hypnotisé entre deux
chaises, les pieds posant sur l'une et le haut des épaules sur l'autre. Le
corps du sujet forme de la sorte un pont. Ayez soin de disposer votre sujet de
manière à ce que le haut des épaules, et non la tête,
repose sur l'une des chaises. Si la tête seule appuyait, ce serait
imposer aux muscles du cou une très grande fatigue. En outre, la
contraction de ces muscles pourrait être insuffisante pour supporter le
poids du corps tout entier.
Cette expérience occasionnant au
sujet une grande dépense de force doit être menée très rapidement.
Ici encore, nous revenons sur notre conseil de prudence. Que vos pressions ne
s'exercent que graduellement et encore sur des sujets que vous avez tout
d'abord reconnus aptes à supporter ces expériences. Ne lès
pratiquez jamais sur des personnes qui pourraient présenter des troubles
cardiaques (par exemple, ayant de forts battements de cœur au moindre
effort, ou exposées à des étourdissements ou à des syncopes). Il
pourrait en résulter des troubles graves.
On a cité des accidents survenus
à la suite d'une expérience similaire, accomplie sans prudence, par un
hypnotiseur plus soucieux de l'effet à produire que de la santé de son
sujet. Le fait s'est passé en Amérique. Un expérimentateur eut la fantaisie de
se tenir debout sur son sujet en contracture et, dans cette position, de
continuer la conférence commencée. Sous le poids de l'hypnotiseur le sujet
succomba à la suite d'un anévrisme. Les tribunaux, saisis de l'affaire,
condamnèrent l'imprudent hypnotiseur à des dommages
intérêts considérables à l'égard de la famille de la victime.
Sans parler des cas où
l'hypnotiseur se met en conflit avec la Justice pour homicide par imprudence,
il peut s'en présenter nombre d'autres beaucoup moins graves, mais qui ont
néanmoins leurs désagréments. Des écoles américaines suggèrent à
leurs élèves de faire monter deux ou trois personnes, voire même
un cheval, sur le corps du contracture ! C'est une folie. On ne saurait garder
trop de mesure quand la vie des autres est en jeu.
Ainsi que nous le préciserons en
étudiant les états du sommeil hypnotique, nous obtenons en hypnose des
contractures beaucoup plus puissantes qu'à l'état de veille. On aura
donc plus de facilités en produisant la contracture — surtout la contracture
générale — d'abord en sommeil et à la pratiquer ensuite sur le
même sujet éveillé.
Une recommandation sur laquelle nous
ne saurions trop insister c'est de veiller soigneusement à ce que le
sujet, une fois la séance terminée, ne se plaigne d'aucune fatigue.
Après toute contracture, vous devrez donc frictionner le muscle,
doucement et avec le plus grand soin. Pour faire cesser l'état de contracture
générale, replacez votre sujet debout devant vous et, tout en le maintenant de
crainte qu il ne tombe, commencez à détendre les muscles de la partie
postérieure du corps en frictionnant légèrement les masses musculaires
en partant de la nuque pour arriver à la région lombaire. Passez ensuite
aux bras en les frictionnant de haut en bas, puis répétez les mêmes manipulations
sur les membres inférieurs. Que votre sujet marche et exécute des mouvements de
bras pour s'assurer qu'il ne lui reste aucune raideur musculaire ou
articulaire. En cas de lourdeur ou de congestion, dissipez cette impression par
du souffle froid sur le front.
L'état le plus profond du sommeil
hypnotique est la léthargie. En cet état, caractérisé par un relâchement
complet de tous les muscles, le sujet ne peut faire aucun mouvement. Ses
muscles, sans aucune force, ne répondent plus à sa volonté. Si l'on
prend un bras, qu'on le soulève et l'abandonne, il retombe de son propre
poids comme une chose inerte.
Cette inhibition du sens musculaire,
peut exister à l'état de veille quoique moins complètement.
Ainsi, que votre sujet fixe une source lumineuse. Cette fixation détermine un
épuisement des réserves nerveuses qui se traduit par un abaissement de la
puissance musculaire. Après avoir fixé une vive source de lumière
votre sujet est capable d'un effort moindre qu'avant l'expérience. Si vous lui
avez fait soulever un poids — une chaise, par exemple — il l'élève
d'abord sans difficulté, mais, après avoir subi l'hypnotisation, sans
vous aider d'aucune suggestion — car nous n'envisageons ici que les
phénomènes purement hypnotiques, — le sujet est le plus souvent hors
d'état de produire le même effort.
Si votre sujet est assis et que vous
l'hypnotisiez dans cette position, vous réduirez sa résistance musculaire d'une
manière souvent extraordinaire. Un sujet, très sensible, est
incapable de se relever de son siège.
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Fig. 199. — Insensibilité d'un sujet
hypnotisé
Une épingle à chapeau
traverse une partie de l'avant-bras sans que la personne éprouve la moindre
douleur.
Les expériences tendant à
diminuer la résistance musculaire sont toutefois plus difficiles à
réaliser que les expériences contraires. Elles réussissent rarement la
première fois et, sauf sur quelques grands nerveux, vous devez
renouveler votre essai un certain nombre de fois avant de réussir pleinement.
Perturbations sensorielles
Les sens sont très fortement
affectés par les actions hypnotiques. Voici quelques expériences que vous
pouvez tenter avec succès.
a) Sur le toucher. — L'hypnotisation
amène une diminution progressive de la sensibilité. A l'état de veille,
on constate presque toujours une anesthésie superficielle, et cette anesthésie
augmente à mesure que le sommeil devient plus profond. En léthargie, on
constate une insensibilité assez profonde; celle-ci a permis de faire certaines
opérations chirurgicales sans avoir recours à un autre anesthésique que
l'hypnotisation.
Voici des expériences que vous
pouvez tenter à l'état de veille: faites fixer à votre sujet une
source de très vive lumière et, avant que tout symptôme de
sommeil apparaisse, rendez-vous compte de l'état de la sensibilité. Il vous
suffit pour cela de piquer légèrement un endroit découvert du corps: la
main, par exemple. Le sujet perçoit cette sensation beaucoup moins vivement
qu'avant l'expérience.
En poursuivant l'hypnotisation,
l'insensibilité peut devenir plus complète. Vous pouvez enfoncer une
épingle à chapeau dans une partie du corps. Cette expérience réussit
assez facilement sur la plupart des grands sujets hypnotiques, mais elle
demande une certaine habileté de la part de l'hypnotiseur.
Voici comment il faut procéder. Tout
d'abord choisissez un endroit du corps où vous ne risquiez pas de
traverser des vaisseaux ou des trajets nerveux importants. La meilleure place
est l'avant-bras dans sa partie médiane. Avec votre main gauche, le pouce
s'opposant aux autres doigts, saisissez la peau et le tissu adipeux. Nettoyez
préalablement une épingle à chapeau bien effilée, soit que vous la
trempiez dans de l'alcool à 90°, soit que vous la passiez à la
flamme et l'essuyiez ensuite avec de l'ouate stérilisée, pour éviter toute
possibilité de contagion. Tenez la peau et le tissu adipeux, comme nous le
disions plus haut, et percez-les au ras de vos doigts, en cherchant à
faire sortir de l'autre côté la pointe de votre épingle. Sitôt la pointe
ressortie, lâchez la peau et montrez le bras aux spectateurs. Si au cours de la
tentative, le sujet manifeste une douleur, si légère soit-elle,
arrêtez votre expérience et reprenez l'hypnotisation, car votre sujet
n'est pas suffisamment insensibilisé.
Lorsque vous retirez l'épingle, ayez
soin de tenir la partie piquée un moment dans votre main, pour lui enlever
toute sensation de douleur, puis faites à cet endroit quelques
insufflations chaudes. Cette expérience, très réalisable à l'état
de veille, réussit mieux au cours du sommeil, car, nous l'avons dit,
l'insensibilité augmente à mesure que le sujet s'endort plus
profondément. Pour parvenir au même effet, à l'état de veille, on
doit détourner l'attention du sujet: on lui ordonne, par exemple, de fixer avec
intensité la source lumineuse destinée à l'influencer.
b) Sur la vue. — La vue est le sens
le plus rapidement affecté par l'hypnotisme. Les yeux qui s'attachent à
une vive source de lumière ont tendance à ne pouvoir s'en
détourner. Un sujet extrêmement sensible a une certaine difficulté
à détourner ses regards du point brillant que vous lui ordonnez de
regarder. Quelquefois même, malgré tous ses efforts, il lui est
impossible de se soustraire à l'action: ses regards deviennent fixes,
hagards; le sujet ne perd pas cependant le contrôle sur lui-même. C'est
ce phénomène que l'on observe dans un état que le Docteur Brémaud a
appelé l'état de fascination que nous étudierons dans les états intermédiaires
de l'hypnotisme.
c) Sur l'ouïe. — Après
la vue, l'ouïe est le sens le plus facilement affecté par les procédés
hypnotiques. Si l'on se sert de procédés brutaux, par exemple, le son d'un
sifflet à roulement, ou une série de coups frappés sur un gong la
sensibilité auditive du sujet diminue rapidement.
Après quelques coups de
sifflet, le sujet ne vous entend plus aussi clairement qu'auparavant;
quelquefois même, il est atteint d'une surdité momentanée.
Ces expériences brutales sont
très fatigantes pour le sujet; aussi ne doit-on pas les faire par simple
amusement, ni les renouveler sans utilité.
Pour faire cesser les troubles soufflez
fortement sur la tête du sujet, spécialement sur le front et sur les
yeux.
d) Sur le goût et l'odorat. —
Des perturbations pourront être obtenues sur le goût et l'odorat,
en soumettant ces deux sens à des sensations fortes et brutales:
à mesure qu'on renouvelle l'expérience, l'acuité des sens diminue.
Après une odeur ou une saveur forte, qui n'a pas besoin pour cela
d'être désagréable, le sujet perçoit de moins en moins. Chez les grands
névrosés même, le goût et l'odorat peuvent se trouver momentanément
abolis dès la première expérience.
Inhibition intellectuelle
Sous l'influence de tout procédé
hypnotique, le sujet perd peu à peu le contrôle de lui-même.
Le sujet très sensible perd
rapidement la notion de sa personnalité, du lieu où il se trouve, etc...
Si son regard est arrêté sur une source de lumière, demandez-lui
ses nom et prénoms, il fait des efforts pour les dire, hésite. Il est soumis
à votre volonté et vous lui imposez toutes les idées qui vous passent
par la tête. Vous lui faites accepter les changements de personnalité les
plus étranges: il a, selon votre désir, un autre âge, un autre sexe, un autre
caractère. Il admet qu'il habite dans un nid de corbeaux ou dans tout
autre lieu. Plus il est hypnotisable, plus il accepte vos suggestions. Vous
pouvez lui faire jouer les comédies les plus hilarantes ou les drames les plus
sinistres.
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Fig. 200. — L'ivresse suggérée.
Le sujet, qui a bu un verre d'eau,
manifeste, sous l'emprise de la suggestion, tous les signes de l'ivresse.
Vous pouvez faire éprouver à
votre sujet les effets d'une action imaginaire. Donnez un verre vide ou plein
d'eau à un sujet hypnotisé et dites-lui que ce verre contient une
boisson capiteuse: le sujet boit cette eau avec toutes les marques de la
gourmandise satisfaite. Donnez un second verre, le sujet commence à
manifester cette exubérance que l'on a nommée « la chaleur communicative
des fins de banquet ». Offrez-lui encore quelques verres, il titube.
Arrêtez à temps l'expérience, car l'ivresse a très souvent
des conséquences digestives qui pourraient nuire à l'intégrité de vos
tapis et à la délicatesse des assistants.
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Fig. 201. — Sujet sons l'influence
hypnotique danse avec un balai, exécutant fidèlement les ordres de son,
hypnotiseur.
Mais, dira-t-on, si l'on peut
imposer de telles suggestions, un hypnotiseur malfaisant peut-il se servir de
son sujet pour lui faire commettre les actes les plus répréhensibles ?
La question a été maintes fois posée
et même étudiée à fond par les médecins légistes au moment de
l'assassinat de l'huissier Gouffé par Eyraud et Gabrielle Bompard. Celle-ci,
pour se défendre, disait avoir été hypnotisée par le principal coupable, et ne
l'avoir aidé dans son crime que sous l'influence d’une suggestion irrésistible.
L'étude des faits démontra l'impossibilité d'une telle action. En effet, si
l'hypnotiseur peut, en séance publique ou privée, déterminer un sujet à
accomplir un acte en apparence coupable, c'est que le sujet sait parfaitement
qu'il ne s'agit, en l'espèce, que d'un crime « pour faire semblant ».
Dans le même état hypnotique, suggérez-lui d'aller prendre la montre du
Monsieur qui passe dans la rue, il ne vous obéira point. La peur du gendarme ou
la conscience, selon la mentalité de votre sujet, contrebalancera votre
volonté.
Ce que l'on peut dire avec
certitude, c'est que les suggestions accueillies et exécutées par le sujet en
hypnotisme sont celles qui correspondent à ses qualités ou défauts. La
femme réellement chaste à laquelle vous ordonnerez de prendre un costume
ou une attitude en contradiction avec ses sentiments ne vous obéira pas. De
même, l’honnête homme à qui vous ordonnerez d'imiter la
signature d'un banquier sur un chèque important, ne cédera pas à
vos ordres. Sa conscience est assoupie par l'hypnotisme, mais elle n'est pas
abolie; elle se réveille quand elle se sent attaquée trop violemment.
On peut objecter le fait de cette
expérience intentée dans un hôpital de Paris, où le sujet hypnotisé se
précipita par la fenêtre pour exécuter l'ordre de son hypnotiseur. Il y a
là de sérieuses réserves à faire. Le sujet connaissant son
médecin et lui ayant voué une juste confiance, savait parfaitement qu'il
s'agissait d'une expérience sans danger et que de robustes infirmiers
l'attendaient dans la cour avec un drap tendu pour le recevoir au passage.
Il ne faut donc pas voir dans l'hypnotisme un
danger public. Il ne peut présenter d'inconvénients que pour le sujet du fait
des procédés employés qui souvent sont de nature à aggraver l'état de
ses nerfs. Mais, au point de vue de la conscience, il ne nous paraît point que
le sujet ait à craindre quoi que ce soit.
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