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Cours de magnétisme personnel

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LE SOMMEIL HYPNOTIQUE

Réalité des états hypnotiques. — Fait d'hypnotisme spontané. — L'hypnose des batailles. Analogie de cet état avec celui créé par l'hypnotisation. — L'hypnose est-elle un état morbide ? — Succession des manifestations hypnotiques de la veille à la léthargie. — Conditions favorables à l'hypnotisation: a), action extérieure; b), action intérieure. — Peut-on, par hypnotisme, endormir quelqu'un à son insu ? Quelques conseils pratiques.

 

Réalité des états hypnotiques

 

La réalité des états hypnotiques ayant été contestée par certains, nous croyons utile de montrer que des perturbations d'un caractère particulier peuvent se produire chez certains organismes sensibles sous l'influence de causes physiques.

Ceux qui nient l'existence des états hypnotiques basent presque tous leur raisonnement sur cette idée que l'hypnotisme, tel que le pratiquait Charcot, était en grande partie simulé, car le maître n'expérimentait que sur des hystériques, et on sait combien est grande la simulation chez ces névrosés.

L'Ecole de Nancy, qui vint après Charcot, déclare que le grand hypnotisme n'existe pas ou plutôt qu'il n'est que le résultat d'une éducation des sujets. Babinski va plus loin: il déclare que, non seulement le grand hypnotisme n'existe pas, mais, encore, que le petit hypnotisme pourrait aussi n'être qu'une fiction.

Nous ne saurions trop insister sur la différence à établir entre le grand et le petit hypnotisme. Le premier, innové par Charcot, consistait à utiliser des manœuvres ou des excitations extrêmement violentes qui déterminaient chez les hystéro-épileptiques — les seules personnes sur lesquelles Charcot ait expérimenté — des phénomènes hypnotiques réels, mais aussi beaucoup de simulation: cris, contractures et ces contorsions plus ou moins abracadabrantes que Paul Richer nous a fixées avec tant de talent, mais qui n'étaient évidemment que des manifestations hystériques. Les hypnotisées de la Salpetrière s'auto suggéraient en voyant les autres malades se contorsionner devant elles. Elles savaient que toutes ces gambades plaisaient au Maître, que le monde savant et littéraire était appelé pour les constater, et elles simulaient plus ou moins consciemment. Charcot mort, ses élèves ne purent maintenir longtemps les phénomènes: le « metteur en scène » n'était plus là et l'attaque de grand hypnotisme disparut, comme disparut bientôt la grande attaque d'hystéro épilepsie.

Mais, à côté de ce grand hypnotisme, toute simulation étant empêchée, on constate les manifestations du véritable hypnotisme, celui que les successeurs de Charcot ont appelé, pour éviter les confusions, le petit hypnotisme.

Les preuves de l'existence des états hypnotiques sont nombreuses et nous ne pouvons, dans un cadre aussi réduit, les indiquer toutes. En voici cependant quelques-unes:

Lorsque Braid constata sur sa bonne et sur sa femme le sommeil nerveux, les deux sujets, n'étant pas prévenus, ne purent ni aider au développement du phénomène, ni le simuler. On peut renouveler l'expérience, expérimenter sur des personnes très nerveuses, ne pas les avertir de ce qui doit se produire, et on obtiendra des états hypnotiques, plus ou moins nets au début, mais dont les caractéristiques se préciseront à chaque nouvelle séance. En agissant ainsi sur des personnes non averties, en évitant toute suggestion, on constate les manifestations hypnotiques: perturbations plus ou moins profondes des sens, de la sensibilité et de la motricité, perturbations psychologiques.

Si des excitations sensorielles et motrices sont susceptibles de produire expérimentalement des états hypnotiques, des excitations analogues peuvent déterminer spontanément les mêmes états et ces états spontanés nous apportent la preuve de la réalité des états créés expérimentalement.

Voici un fait cité par le Docteur Gaston Durville:

« Le petit Léon H..., âgé de trois ans, était atteint d'une paralysie faciale gauche. Nous voulions voir si le massage vibratoire exercé avec les pouces à la sortie du nerf facial (région stylo-mastoïdienne) produirait une régression de la paralysie. Lors des premiers essais, il ne se produisit rien, l'enfant était gai et causait. Pendant les expériences suivantes, l'enfant s'endormit d'abord difficilement, puis ensuite très vite. Le sommeil produit ainsi par la vibration du crâne était calme; l'enfant répondait aux questions qu'on lui posait, nous le réveillions en le secouant fortement. Il ne s'agissait nullement là d'un sommeil naturel, mais bien d'un sommeil hypnotique, car l'enfant, d'ordinaire, ne s'endormait jamais dans la journée. » ( Docteur Gaston Durville. — Le Sommeil provoqué et les causes qui le déterminent. )

Le nourrisson qu'on berce subit lui aussi une action hypnotique et s'endort comme s'endort le sujet à qui l'on fait entendre un bruit monotone et continu ou dont on balance lentement la tête.

Le bruit de la mer, de la pluie qui tombe sur un toit, le vent dans les arbres, le bruit d'une cascade ont eux aussi une action hypnotique très nette.

Enfin, citons des cas où le patient n'a pu aider la production des phénomènes hypnotiques, puisqu'ils sont accidentels.

Le premier est rapporté par mon frère le Docteur Gaston Durville: « Un jour, dans un salon, écrit-il, on parle de transmission de pensée: un officier de marine, M. S..., prétend pouvoir la réaliser sur beaucoup de gens et s'offre à nous le montrer. Il demande à une demoiselle J... si elle veut se soumettre à l'expérience; sur la réponse affirmative de celle-ci, M. S... fixe Mlle J... dans les yeux, en songeant, paraît-il, à quelque chose qu'il doit mentalement lui transmettre. La jeune fille, presque immédiatement, reste immobile en fascination devant M. S... Tout à coup, ses paupières se ferment, et elle s'affaisse sur le parquet. Nous nous approchons et constatons l'existence d'un état léthargoïde profond: les membres sont souples, ils obéissent aux lois de la pesanteur, l'œil est clos, les paupières légèrement contracturées; en les soulevant avec peine, on constate que l'œil est convulsé en haut. L'hyperexcitabilité neuromusculaire n'existe pas. Nous plaçons les pouces sur les yeux de la jeune fille toujours étendue à terre et les ouvrons, l'ouverture des yeux produit un état cataleptoïde, dans lequel d'ailleurs Mlle J... ne resta que quelques secondes: les yeux, en effet, se refermèrent et nous fûmes en présence d'un état somnambulique qu'il fut facile de dissiper. Au réveil, Mlle J... savait bien qu'il lui était arrivé quelque chose, mais elle ignorait quoi. Les parents nous ont appris que c'est la première fois que leur fille s'endormait. La suggestion ne nous semble pas pouvoir, dans ces conditions, expliquer le phénomène car M. S... n'avait nullement parlé d'endormir Mlle J... puisqu'il voulait expérimenter à l’état de veille. M. S... avait des yeux très perçants qui avaient fasciné Mlle J... » (id.)

Voici un fait d'hypnotisation spontanée suivi de mort violente. Il s'agit d'un cas de fascination provoqué par la lanterne d'une locomotive. Il est cité par le Docteur Mesnet.

« Appelé précipitamment, dit-il, près de M. X..., chef de gare, qui venait d'être victime d'un horrible accident, j'arrivai près de lui en même temps que deux autres de mes confrères.. M. X... venait d'être surpris et roulé par le tender d'une locomotive en manœuvre dans la gare. La roue avait broyé le bras gauche, près de l'épaule, écrasé le bassin et la hanche... Le malheureux, qui avait retrouvé toute la lucidité de son esprit, expira sous nos yeux, au bout d'une demi-heure environ... disant: « Mais, mon Dieu, comment cela s'est-il fait ? Je suis allé à mon service sur la ligne, et me voilà broyé sans avoir rien vu, ni entendu... » Voici ce que nous apprit l'enquête: M. X... se promenait avec son sous-chef dans une entrevoie, au moment où la locomotive d'un train venant d'arriver, exécutait une manœuvre. Le chef de gare qui, à ce moment, se trouvait seul sur la voie... entendant la locomotive siffler, tourna les regards vers elle et, brusquement, s'immobilisa, le regard fixe, la tête portée en avant, dans l'attitude de la contemplation... De conscient devenu inconscient, il a passé à l'état de fascination sous le coup d'une impression visuelle. Dépossédé ainsi de lui-même, les sens fermés à toutes les impressions du dehors, l'œil fixé sur la locomotive qui le captive et le charme, il n'entend pas le sifflet... Il n'y a qu'un pas à faire pour éviter la mort, mais, impassible et fasciné, il succombe sous le poids de la locomotive. »

Ce fait, à lui seul, prouve la réalité de l'hypnotisme. La malheureuse victime fut hypnotisée malgré elle et n'a pu ni aider, ni simuler. II s'agit bien d'une action hypnotique, car nous verrons que les sujets, s'ils sont soumis à une action très brutale, comme l'est, par exemple, celle de la lumière oxhydrique (Charcot mettait ses malades en pleine obscurité et donnait brusquement une lumière très intense) perdent, eux aussi, le contrôle sur eux-mêmes et que, s'ils sont dans un état: profond, leurs sens se ferment, ils ne voient et n'entendent plus.

Nous pourrions multiplier ces exemples qui prouvent jusqu'à l'évidence que, en dehors de toute auto suggestion, de toute simulation, des actions physiques sont capables de créer sur des organismes très nerveux, de profondes perturbations.

Si nous passons aux animaux, nous voyons que le serpent fascine l'oiseau. Nous savons qu'il existe des procédés de pêche qui utilisent la lumière vive: les poissons sont attirés dans la partie éclairée et s'y font prendre aisément. On peut aussi hypnotiser de petits animaux: poules, chiens, chats, grenouilles, lézards. Et qui n'a pas remarqué la gêne qu'éprouvent les lapins lorsque, dans une nuit bien noire, ils se trouvent fascinés sur la route par la lumière si puissante des phares d'une automobile ? Ils font des gambades désordonnées dans le cône de lumière.

 

L'Hypnose des batailles

 

Voici encore un fait qui prouve l'existence des manifestations hypnotiques. Les batailles d'aujourd'hui, avec leurs hécatombes, leurs explosions formidables frappent les hommes de terreur. Sous l'influence d'un traumatisme cérébral les grands nerveux sont profondément affectés. Si les cas de folie sont nombreux, on remarque aussi d'autres manifestations cérébrales singulières. L'une des plus curieuses, que la grande guerre a mis en évidence, est un état qu'on dénomme l’hypnose des batailles.

Le Docteur Milian a fait à Verdun une intéressante étude de la question que nous avons publiée dans le Journal du Magnétisme ( Docteur Milian. L'hypnose des batailles. Journal du Magnétisme, juillet 1915. ). Il nous a fixé avec précision les signes d'hypnose spontanée et si on les compare aux caractéristiques des états hypnotiques, on se rend compte que l'hypnose des batailles et l'hypnose expérimentale ont de très grandes analogies.

Voici d'ailleurs les symptômes de l'hypnose des batailles tels que les expose le Docteur Milian:

Le malade est incapable de venir à l'hôpital par ses propres moyens; il est apporté dans une voiture, couché ou assis. Dans la salle, il est étendu dans son lit, sur son dos, immobile, les yeux fermés, plus souvent mi-clos, ou même grands ouverts, mais fixes et sans le moindre battement des paupières. Le malade a l'air de dormir d'un sommeil profond: aucun bruit, aucune parole, aucune excitation extérieure ne peut le tirer de là. Les mouches se promènent sur ses paupières, entre les cils, sans amener de clignement. Le réflexe cornéen est cependant conservé. Le Docteur Milian l'a vu une fois presque aboli d'un côté, le côté gauche. Le bras soulevé retombe inerte sur le lit, mais moins lourdement que dans l'apoplexie. II n'y a pas la moindre catatonie.

Le cœur et la respiration sont normaux, ainsi que les divers réflexes cutanés et tendineux. Le sujet est dans un état intermédiaire entre le coma et le sommeil. Ce n'est pas le coma, car la respiration n'est pas stertoreuse; le visage est calme, immobile et non vultueux, sans déviation conjuguée de la tête et des yeux.

Ce n'est pas non plus le sommeil, puisqu'on ne peut le réveiller.

C'est un véritable état d'hypnose analogue à celui des hystériques endormis par suggestion ou compression des globes oculaires.

L'analogie se poursuit si l'on oblige le sujet à se lever et à exécuter certains ordres. Il agit comme un somnambule. Il est incapable de se nourrir spontanément; il faut le faire manger comme un enfant, mais il déglutit parfaitement les aliments liquides, dès qu'on les lui met dans la bouche.

Si on le pousse hors du lit, il reste debout, immobile, la tête baissée, les yeux toujours mi-fermés, ou fixés au sol. Il n'a nulle idée de marcher, de retourner à son lit. Il reste là les jambes fléchies, et il arrive au bout de plusieurs minutes que les jambes plient d'une manière progressive, jusqu'à ce que le malade soit dans une position accroupie, ou même s'asseye doucement sur le sol. Il est à remarquer qu'il ne tombe pas et ne se fait aucun mal. Bien au contraire, si le malade soutenu fléchit comme s'il allait choir, il suffit de le priver de son appui pour que la chute s'arrête.

Si on tire par la main le patient ou si on le pousse par derrière, il marche tant que dure la traction ou la poussée, et s'arrête dès que celle-ci cesse. Il avance en traînant les pieds, lentement et en résistant à la traction. Quelquefois, sous l'influence d'une poussée un peu plus énergique, il avance seul de deux ou trois pas, mais il s'arrête aussitôt, et s'il rencontre un obstacle, un mur, par exemple, il reste face au mur sans bouger.

Au cours de cette marche, ou dans cette station debout, il fait quelquefois de très rares gestes, comme de porter la main à la ceinture, pour y prendre sa baïonnette.

Le sujet observe un mutisme à peu près complet: on ne peut lui arracher une parole. Parfois, il répond un mot, toujours le même, aux questions qu'on lui adresse, quelles qu'elles soient. C'est ainsi que l'un d'eux répondait toujours à toutes les demandes: « Maman... maman », en parlant entre ses dents d'une manière presque inintelligible, sans presque remuer la bouche, sans ouvrir les veux, en gardant son visage immobile.

II est à noter que les divers organes, ainsi que le système nerveux de ces malades, sont normaux. Le liquide céphalo-rachidien lui-même ne renferme ni albumine, ni éléments cellulaires anormaux.

On constate aussi une forme délirante. Les malades atteints d'hypnose simple avec somnambulisme pour les actes de la vie végétative, retrouvent d'une manière progressive leur état normal, sans avoir présenté d'autre manifestation. D'autres malades présentent, au contraire, au cours de cet état d'hypnose et même après la disparition partielle de celui-ci, un véritable état de délire hallucinatoire, qui retrace des épisodes de la bataille, ceux qui les ont le plus frappés.

D'abord, on peut susciter chez eux des phénomènes émotionnels très marqués, uniquement en leur parlant de la bataille.

Le malade reste impassible et indifférent si on lui demande son nom ou si on lui parle de choses quelconques, comme le temps, l'endroit où il se trouve. Au contraire, il s'agite dès qu'on lui parle de la guerre.

« Avez-vous assisté à la bataille ? » Aussitôt ses yeux s'emplissent de larmes, sa poitrine se gonfle, et il montre une profonde émotion. Quelques mots s'échappent de sa bouche: blessés, sang, canon... Il regarde fixement, les yeux sortis de la tête, comme si le spectacle d'horreur auquel il assista restait figé devant lui.

Un autre manifeste sa répulsion, serre brusquement les bras au corps, fait avec ses lèvres un bruit: « brou-brou », comme pour chasser loin de lui la vision tragique. Un troisième s'accoude d'un bras sur le lit et suit du doigt tendu un incendie imaginaire, qui s'allume sur le sol: « le feu ! le feu ! »

A côté de ces hallucinations visuelles provoquées, d'autres manifestent un véritable délire d'action.

« Qu'avez-vous fait au combat ? » Comme réponse, les yeux toujours fixes, tel malade étend les bras en avant, décrit de la main un demi-cercle en dehors, pour montrer l'étendue du champ de bataille, puis, ramenant le bras près du corps, pique en avant l'espace, du doigt tendu, en faisant « zi, zi » pour imiter le sifflement des balles; il s'avance en courant, les deux mains au-devant de la poitrine, comme tenant un fusil pour la charge à la baïonnette en disant : « Prussiens, prussiens » ; il se jette à terre, agenouillé, en disant; « Tranchées, tranchées ».

« Avez-vous souvenance de la bataille ? — Belgique... Belgique... Allemands repoussés », et il les repousse de la main, la paume en avant. Puis: « Capitaine mort, 200 hommes morts. » II fait un geste, pour montrer la chute sur le côté, il soupire et les larmes coulent de ses yeux.

Autant, nous dit le Docteur Milian, il est facile de provoquer par un mot, une question, ces réminiscences de la bataille et leur mise en action, autant il est impossible d'obtenir une réponse quelconque sur un autre sujet, ou de provoquer un mouvement des plus simples, tels que marcher ou manger. Cet homme, qui courait tout à l'heure quand on lui parlait de l'assaut à la baïonnette, n'avance pas le pied d'un centimètre quand on lui commande de marcher, et, quand on le tire ou le pousse, il résiste à l'impulsion donnée.

Ce sont des sujets qui dorment éveillés, qui rêvent durant ce sommeil et qui mettent leur rêve en action, sans qu'il soit possible de les en détourner.

Les cas si nombreux d'hypnose spontanée et d'hypnose des batailles constatés au cours de la dernière guerre, nous apportent la preuve de la réalité des états que nous pouvons créer expérimentalement. Reste à fixer si les états hypnotiques sont dus à un état maladif et à préciser ensuite les diverses manifestations qui peuvent se produire.

 

L'Hypnose est-elle un état morbide ?

 

Les états hypnotiques sont-ils dus à un état morbide, à une névrose ou peuvent-ils être provoqués chez des personnes saines ? Les avis sont très partagés. Ceci tient surtout à la confusion que font les auteurs entre trois techniques expérimentales très différentes dans leurs principes et leurs procédés: le magnétisme, l'hypnotisme, la suggestion.

Ainsi, Charcot considère l'hypnotisme comme une névrose et les états du sommeil provoqué comme les degrés d'une même affection. Il croit que, seules, les névrosés (hystériques, épileptiques...) sont hypnotisables.

Le Docteur Paul Richer, élève direct de Charcot, dit aussi:

« II est rationnel que les phénomènes d'hypnotisme, qui dépendent toujours d'un trouble du fonctionnement régulier de l'organisme, demandent, pour leur développement, une prédisposition spéciale que, d'un commun accord, les auteurs placent dans la diathèse hystérique. En s'adressant aux hystériques les plus hystériques, on obtiendra les phénomènes d'hypnotisme les plus marqués. Et, de même que l'hystérie se rencontre à un degré moindre chez un grand nombre de femmes et chez quelques hommes, de même l'hypnotisme pourra se retrouver chez les sujets dont il est question, mais imparfait et plus ou moins atténué. »

Et le Docteur Bottey de déclarer à son tour: « L'assertion formulée par M. Richer, à savoir que les phénomènes d'hypnotisme sont subordonnés, dans leur intensité, aux degrés de la diathèse hystérique, présente des exceptions tellement nombreuses que, pour nous, il est impossible d'établir un rapport direct entre les différents degrés d hystérie et ceux de l'hypnose provoquée: du reste, la possibilité de produire toute la série des phénomènes de l'hypnotisme (léthargie, catalepsie, somnambulisme) chez de nombreux sujets sains, confirme cette opinion. »

La vérité est que certains auteurs, par défaut d'observation ou par idée préconçue, n'ont envisagé qu'un côté de la question et que d'autres ont essayé de confondre des phénomènes très différents. Si les hystériques sont hypnotisables — et c'est un fait — ils ne sont pas seuls soumis à cette action. Mais Bottey, tout en reconnaissant que l'hypnose peut être provoquée chez des sujets sains, c'est-à-dire n'ayant jamais présenté aucune manifestation nerveuse dans leurs antécédents soit personnels, soit héréditaires, confond magnétisme et hypnotisme.

La grande difficulté à laquelle se heurtent tous les débutants, c'est de trouver des sujets, c'est-à-dire des personnes particulièrement influençables par telle ou telle méthode. Or, il faut le dire et le répéter, pour répandre cette vérité ignorée encore : un sujet hypnotique n'est pas forcément un sujet qu'on peut plonger en sommeil par magnétisme ou suggestion. A part quelques rares exceptions, le véritable sujet hypnotique est un très mauvais sujet magnétique. De même, le véritable sujet magnétique a toutes, chances de perdre ses facultés si on le soumet à l’hypnotisation.

Le Docteur Gaston Durville a très bien précisé la question en disant: « C'est pour n'avoir pas su qu'il existait des catégories spéciales et différentes de sujets que nombre d'expérimentateurs se sont heurtés à des difficultés qui les ont rebutés, leur ont fait perdre un temps précieux, que les gens susceptibles d'être devenus d'excellents sujets magnétiques sont devenus de mauvaises machines suggestibles et hypnotisables, parce qu'on ne les a pas employés, développés, dans le sens de leurs dispositions naturelles. Suggestionnez, hypnotisez un sujet doué des dispositions magnétiques, et vous compromettez ses facultés. » (Docteur Gaston Durville. — Comment découvrir les sujets magnétiques suggestibles et hypnotiques, Journal du Magnétisme, janv. févr. mars 1917. )

Que nos élèves n'oublient pas ces vérités.

 La réalité du sommeil hypnotique étant prouvé, abordons maintenant l'étude de tous les phénomènes auxquels il peut donner lieu.

Nous avons dit, étudiant les manifestations hypnotiques de l'état de veille, que les manœuvres hypnotiques amènent chez le sujet prédisposé, une perturbation de ses facultés psychiques, de sa sensibilité et de sa motricité. Continue-t-on l'hypnotisation ? Les perturbations augmentent progressivement et, si le sujet est suffisamment sensible, on peut lui faire perdre complètement le contrôle sur lui-même. C'est alors, qu'apparaît le sommeil hypnotique.

Ce sommeil est très différent du sommeil normal; il diffère aussi du sommeil magnétique avec lequel il est pour ainsi dire sans aucun rapport. Le seul point de contact qui les unisse c'est le nom des états du sommeil, bien que ces états même soient-bien différents dans les deux cas.

Ces états se présentent successivement, et on les constate de visu, depuis la simple perte de connaissance jusqu'à la détente musculaire la plus complète. Dans cette descente de l'être vers la suspension de toute activité, on a d'abord remarqué trois stades ou états présentant chacun des caractéristiques qui lui sont propres. Ce sont: la catalepsie, le somnambulisme et la léthargie. Ces états provenaient de l'ancienne méthode extrêmement brutale. Dès qu'on a employé des procédés plus doux, un quatrième état, plus superficiel, s'est révélé: l’état suggestif.

Nous avons dit combien étaient brutaux les procédés imaginés par les premiers hypnotiseurs: tel l'usage de la lumière oxhydrique, ainsi que les violents coups de gong, employés par Charcot, le tournoiement cher au Docteur Brémaud et les moyens du même genre. Outre les dangers que nous avons signalés, ces méthodes brutales impliquent d'autres désavantages. Par exemple, si nous soumettons notre sujet à une action violente, il tombe subitement dans un état hypnotique d'autant plus profond que l'action pratiquée est plus brutale, qu'elle cause dans le système nerveux du sujet un plus grand retentissement. C'est ce qui explique pourquoi les premiers hypnotiseurs, imbus de ces méthodes barbares, n'ont pu constater l'état suggestif, état le plus superficiel, qui ne peut être obtenu chez le grand nerveux que si l'on agit avec une extrême douceur.

D'ailleurs, sous l'influence de procédés brutaux, le sujet, dont les nerfs sont violentés par une action intense, présente bien rarement les états du sommeil dans leur ordre naturel. Il y a, dans toute chose normale, un rythme qui a besoin de temps pour se manifester. Si l'on précipite une solution, au lieu de présenter des cristaux harmonieux, elle se rassemble en une masse amorphe et brute. Il en est de même dans les phénomènes psychiques: le sujet brutalisé par un son strident ou une lumière excessive, entre d'emblée dans un état quelconque du sommeil, que ce soit la léthargie, le somnambulisme ou la catalepsie. Si votre sujet est sensible, en lui ordonnant de fixer avec la plus grande énergie possible une source de lumière vive, il tombe aussitôt en catalepsie. Faites une autre expérience: ramenez à l'état de veille votre sujet et, quand il est bien éveillé, appuyez fortement sur une zone hypnogène: il entre immédiatement, selon son degré de sensibilité, en somnambulisme ou en léthargie. En apprenant à doser l'énergie de votre action, vous pouvez donc plonger, à votre gré, votre sujet dans n'importe lequel des états de l'hypnose.

Ces états sont au nombre de quatre. Ils se présentent normalement dans l'ordre suivant:

1°. — L'état suggestif pendant lequel le sujet ayant perdu sa personnalité, accepte, sans discussion possible, toutes les suggestions que vous lui imposez:

2°. — L'état cataleptique caractérisé par cette propriété du système musculaire de conserver, pendant un temps quelquefois très long, une attitude donnée et par un état d'automatisme dans lequel le sujet reproduit les gestes qu'il voit faire ou dont on lui a fait exécuter les premiers temps. Cet automatisme est involontaire et il n'est pas au pouvoir du sujet de l'arrêter par sa volonté.

3°. — L'état somnambulique ayant certains caractères communs avec les états précédents, mais s'en distinguant par l'exagération de certaines facultés cérébrales;

4°. — L'état léthargique, constitué par la perte totale de la sensibilité et la relaxation complète de tous les muscles.

A ces quatre états, le Docteur Brémaud ajoute l'état de fascination, mais il ne présente pas de caractéristiques propres. C'est un état mixte qui tient de l'état de veille, le sujet conservant l'usage de ses facultés psychiques, mais présentant les yeux fixes, signe spécial à l'état cataleptique. Nous reviendrons sur cet état de fascination en étudiant en détail les états intermédiaires de l'hypnotisme.

C'est à tort que certains hypnotiseurs ont comparé les états successifs du sommeil aux différents degrés de la même maladie car, si les hystéro-épileptiques sont soumis à l'hypnotisme, -ainsi que Charcot l'a établi, ce ne sont pas les seules personnes influençables. On trouve de grands nerveux ne présentant aucune crise, aucune névrose caractérisée mais simplement un état de déséquilibre nerveux qui peuvent être plongés en sommeil, tout au moins dans les états superficiels. Ces sujets peuvent être entraînés peu à peu vers les états profonds,

Les quatre phases sont-elles visibles chez tous les sujets ? Non. Nous avons vu qu'à l'état de veille les sujets ne sont pas tous influencés de la même manière: ceci tient tout d'abord à la sensibilité particulière de chaque sujet. D'autre part, il faut compter avec la puissance du moyen employé. Il en est de même pour la production de l'hypnose: on ne peut endormir profondément que des sujets très nerveux ou des névrosés; ces derniers fournissent la catégorie des excellents sujets hypnotiques, comme nous l'avons dit. Il faut noter toutefois que la sensibilité hypnotique se développe au fur et à mesure des expériences. Tel sujet, qui ne présente au début de son entraînement que des manifestations à l'état de veille, peut, après entraînement, être plongé en sommeil. Il se peut même que le sujet ne puisse, pendant un certain temps, dépasser l'état suggestif et que, par un entraînement suffisant, vous puissiez le conduire progressivement jusqu'à l'état cataleptique, puis au somnambulisme, enfin jusqu'à la léthargie. Il ne faut donc pas se décourager dans le développement d'un sujet.

Des hypnotiseurs ont établi que la moitié des sujets, au plus, peuvent être conduits jusqu'au somnambulisme, qu'un quart seulement peut présenter les quatre états, enfin que le dernier quart ne présente que le somnambulisme ou un état d'assoupissement. Il n'y a pas de règle absolue: il faut chercher le procédé qui convient à chaque sujet, car tous ne sont pas sensibles de la même manière. Renouveler souvent les expériences et vous obtiendrez les états avec une netteté plus grande.

 

Conditions favorables à l'hypnotisation

 

Pour augmenter les chances de réussite, il est de toute première importance de réunir les meilleures conditions expérimentales.

On sait que l'hypnotisation a pour but d'épuiser les réserves nerveuses en agissant principalement sur les sens et nous avons vu combien étaient nombreux les procédés imaginés par les expérimentateurs pour produire ce résultat dans le plus bref délai possible. Mais il est un point sur lequel nous devons insister et qui échappe à trop d'hypnotiseurs: c'est que cette fatigue des sens est d'autant plus rapide que le sujet s'y prête. Braid disait que non seulement il attachait les regards de ses sujets à un point brillant, pour les endormir, mais encore qu'il attachait leur pensée à l'idée de sommeil. C'est là un des premiers principes de l'expérimentation hypnotique et c'est pour l'avoir méconnu que beaucoup d'expérimentateurs ont échoué et se sont découragés, là où ils auraient dû réussir.

Il faut se pénétrer de cette idée que l'hypnotisation est provoquée par une cause extérieure au sujet: lumière intense, bruit, etc., mais que l'épuisement des résistances nerveuses est d'autant facilité que le sujet y apporte plus d'attention.

Examinons successivement les conditions les meilleures où peuvent s'exercer les deux actions: extérieure et intérieure.

a) Action extérieure. — Dans presque tous les cas, on ne doit agir que sur un seul sens, quitte à agir ensuite sur un autre sens, si la première action n'a pas donné de résultats suffisants.

La vue est certainement le sens le plus facilement influencé. La source lumineuse sera placée devant le sujet à une distance légèrement plus courte que sa vision normale, ceci afin d'augmenter la fatigue oculaire. Ainsi, quand le sujet voit un objet déterminé dans ses moindres détails à une distance de 2 mètres, vous forcerez la vision d'autant plus que l'objet sera plus rapproché des yeux. Il sera donc utile pour accroître les chances de votre hypnotisation, de placer la source lumineuse, non à 2 mètres, mais à 1 m. 50, par exemple. Il ne faut pas toutefois la rapprocher avec excès, car on risquerait une fatigue excessive des yeux pouvant entraîner des troubles congestifs de la tête.

Nous avons déjà dit que le champ visuel trop rétréci amenait un strabisme convergent (fait de loucher en tournant les regards vers la racine du nez) et nous avons signalé les dangers de ce procédé brutal. Renseignez-vous auprès de votre sujet pour établir son champ de vision à l'état normal, et restreignez-le légèrement. Placez la source lumineuse au-dessus des yeux du sujet, le contraignant de la sorte à rejeter la tête un peu en arrière. Si votre sujet porte des lunettes, il vaut mieux agir sur un autre sens, l'ouïe, par exemple.

b) Action intérieure. —Le sujet est d'autant plus impressionné qu'il prête plus attention. Votre sujet doit donc non seulement regarder la source lumineuse, mais il doit faire un effort de volonté, de concentration mentale, pour fixer cette source lumineuse, sans se laisser distraire par quoi que ce soit. Vous aurez par conséquent avantage à faire vos essais dans une pièce silencieuse, ce qui évitera toute distraction. Pendant que votre sujet est à l'entraînement, il convient d'avoir le moins possible de témoins, pour ne pas détourner la pensée du sujet qui doit se trouver dans un état parfait de calme cérébral. Vous pouvez user de la suggestion imposée, autoritaire, mais sur un ton calme: « Détendez vos muscles, chassez de votre cerveau toute pensée étrangère au sommeil, ne pensez qu'à dormir, sommeil... sommeil... profond sommeil... » et continuez à répéter, sur un accent monotone, en détachant nettement les syllabes: « som... meil..., som... meil.. ., som. . .meil »

Si vous désirez ne pas combiner les méthodes suggestives avec l'hypnotisme pur et simple, contentez-vous d'ordonner au sujet de fixer la source lumineuse avec une attention soutenue; vous pouvez de la sorte obtenir l'hypnotisation, mais l'action est plus intense si vous la soutenez par quelques suggestions très douces.

Puisque l'attention du sujet est un facteur important dans la production de l'hypnose, peut-on, par hypnotisme, endormir quelqu'un à son insu ? Oui, mais rarement. On a besoin dit consentement du sujet pour l'amener à considérer fixement la source lumineuse ou, si on veut l'endormir à l'improviste, il faut une action violente et très inattendue, un coup de gong très fort, par exemple; encore cette action n'a-t-elle de chances de réussite que sur les grands névrosés. Il est d'ailleurs très heureux que le consentement du sujet soit, dans presque tous les cas, nécessaire, car les études psychiques n'ont pas pour but le plaisir de soumettre la volonté et la personnalité d'un sujet à notre fantaisie, mais de soulager ceux qui souffrent. S'il est utile de faire ces expériences pour notre instruction et pour illustrer une démonstration publique de l'existence et de l'utilité des phénomènes hypnotiques, il ne faut pas que les sujets deviennent un jouet dans nos mains, ce à quoi la nature a pourvu en exigeant le consentement du sujet pour la production des phénomènes. On peut, dans certains cas, transformer le sommeil naturel en sommeil provoqué; mais ici encore le sujet peut sortir de lui-même de l'état d'hypnose.

Toujours en vue de ne pas fatiguer le sujet en l'exposant à des actions violentes et imprévues, donnons ici un conseil que nous estimons très utile: c'est de commencer toujours par un procédé doux et de l'intensifier ensuite peu, à peu. Si vous agissez sur la vue, commencez par faire fixer un objet faiblement brillant : une boule hypnotique, un bouchon de carafe, une cuiller. Si aucune action n'est ressentie, rapprochez doucement l'objet jusqu'à la distance de 5 à 10 centimètres de la racine du nez, en élevant l'objet à hauteur du front. Si cette action ne donne rien, après 10 à 15 minutes de fixation, usez d'un procédé plus puissant, par exemple: faites fixer à une distance à peine plus faible que la vision normale, la flamme d'une lampe ou d'une bougie. En cas d'insuccès, recourez à un manchon en incandescence. Arrivez seulement alors à la fixation d'une lampe électrique. Ne soyez jamais pressé, procédez doucement; ainsi vous éviterez toute fatigue excessive. Combien de temps faut-il pour plonger dans l'hypnose un sujet de sensibilité moyenne ? Il est impossible de fixer une règle à cet égard, tant il entre dans ce fait de facteurs variables: la sensibilité du sujet d'abord, qui peut différer sensiblement selon les procédés employés, l'entraînement de ce sujet et divers autres encore. Chez les sujets très nerveux, entraînés par quelques séances, le sommeil hypnotique peut se produire à peu près instantanément. Au contraire, à une première hypnotisation, on attend parfois 10 à 20 minutes, souvent plus, avant que les premiers effets se manifestent. Dans le cas où le sommeil hypnotique est long à se produire, où l'on rencontre une difficulté qu'on juge insurmontable, il vaut mieux ne pas s'obstiner et remettre l'expérience à une date ultérieure, au lendemain, par exemple. Il se peut très bien qu'après deux séances infructueuses ou à peu près, le sommeil se produise et apparaisse ensuite rapidement.

Contrairement à l'opinion de certains auteurs, et notamment du Docteur Brémaud, nous estimons qu'il ne faut pas hypnotiser un sujet immédiatement après le repas, ni chercher à créer une congestion de la tête en la secouant fortement ou en obligeant le sujet, au sortir de table, à baisser la tête pendant quelque temps. Nous ne saurions trop répéter que le sujet hypnotique n'est nullement un automate qu'on peut malmener à plaisir, mais un être humain, un être pensant qui se prête à nos recherches, mais dont la santé physique et morale mérite autant de respect et d'égards que celle de l'expérimentateur. Trop d'hypnotiseurs, pour amuser la galerie, sont portés à l'oublier.

Pour éviter tout trouble circulatoire chez une femme indisposée, on ne doit pas la soumettre à l'hypnotisation pendant les 2 jours qui précèdent et tout le temps que dure l'hémorragie, ou si on l'hypnotise, on devra s'en tenir à quelques expériences à l'état de veille et seulement sur les membres supérieurs. Le mieux est de s'abstenir. Il n'en est pas de même pour le magnétisme, dont les procédés très doux ont au contraire pour effet de régulariser la fonction circulatoire par l'intermédiaire du système nerveux grand sympathique, soit que l'action magnétique détermine l'hémorragie quand elle est utile en agissant sur les nerfs vasodilatateurs, soit que cet afflux sanguin soit diminué, s'il est trop abondant, accidentel ou pathologique, en agissant sur les nerfs vasoconstricteurs. On a vu des hémorragies graves arrêtées par ce procédé dans un très bref délai.

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