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Cours de magnétisme personnel

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LES ÉTATS HYPNOTIQUES INTERMÉDIAIRES

Le somnambulisme éveillé ou veille somnambulique. — L'état de fascination. Une expérience de Donato. — Les recherches du Docteur Brémaud. — Première expérience. —Deuxième expérience. — Troisième expérience. — Quatrième expérience. — Cinquième expérience. — Sixième expérience. — Septième expérience, — Huitième expérience. — Neuvième expérience. — Dixième expérience. — Hémi-hypnotisme.

 

Le somnambulisme éveillé

 

Les états que nous venons de décrire ne se présentent pas toujours avec toute la netteté désirable. Cette netteté ne peut être obtenue que par un entraînement dont la durée dépend de l'état de sensibilité du sujet. Tel arrivera d’emblée à la catalepsie, mais si vous persévérez dans votre action, il ne présentera aucun des symptômes du somnambulisme et de la léthargie, ou bien il tombera dans un état de passivité mal défini. La netteté de cet état nouveau ne viendra que par la répétition des expériences.

Il est utile de connaître ces états intermédiaires qui se rencontrent fréquemment au début de l'entraînement. vous voulez, par exemple, faire passer votre sujet de la catalepsie au somnambulisme. Vous arrêtez l'action hypnogène dès que vous constatez la disparition des signes caractérisant la catalepsie. Les signes de l'état somnambulique n'apparaissent pas immédiatement. Votre sujet est souvent dans un état fruste, intermédiaire entre la catalepsie et le somnambulisme. Ce nouvel état présente des signes des deux états. Ainsi en catalepsie votre sujet gardait la position donnée, celle du génie de la Bastille, par exemple. Vous continuez l'hypnotisation: le sujet quitte cette pose pour une plus commode. Mais, si, à ce moment précis, vous faites cesser toute action, le sujet a perdu la faculté de garder les attitudes; il n'est ni en catalepsie, ni en somnambulisme, mais entre ces deux états.

Un état intermédiaire que nous devons connaître, c'est celui que certains hypnotiseurs ont appelé le somnambulisme éveillé ou la veille somnambulique. Déjà, les élèves de Charcot avaient remarqué que, lorsqu'un sujet exécute une suggestion post-hypnotique, il n'est plus à l'état de veille. Vient-on à le questionner au moment où il accomplit sa suggestion, il ne sait pourquoi il se conduit de la sorte. La mémoire lui fait défaut; ses facultés psychiques sont perturbées. Il est dans un état de lourdeur, d'engourdissement plus ou moins accusé. Le sujet a les yeux ouverts, mais ses regards ne sont, pas fixes, ils sont vagues et perdus dans l'espace. Il présente de l'anesthésie cutanée. Et, pourtant, il a toutes les apparences dé l'état de veille.

Le sujet se trouve dans un état intermédiaire entre la veille et l'état suggestif. Un léger souffle sur le front le remet en possession de tous ses sens, de toutes ses facultés. Complètement réveillé, il ne se rappelle pas les actes qu'il a accomplis, à moins que vous ne lui demandiez de faire effort. Alors il y parvient, mais sans comprendre le motif qui l'a poussé à commettre de telles actions.

 

L'état de fascination

 

Un état intermédiaire, plus curieux, est celui que le Docteur Brémaud a baptisé état de fascination. Précisons d'abord en quoi consiste la fascination hypnotique.

C'est le célèbre hypnotiseur Donato — un belge, qui, de son vrai nom, s'appelait le baron d'Hont, mort en 1900 (  Plusieurs hypnotiseurs de théâtre et des prestidigitateurs ont usurpé depuis le nom de Donato, mais le vrai Donato est mort. ) — qui mit en vogue ce procédé hypnotique.

Voici en quoi il consiste: l'opérateur attache son regard à la racine du nez de la personne à influencer et commande à celle-ci de le regarder avec la plus grande énergie, dans ure œil ou à la racine du nez. Cette fixation est faite d’une très faible distance — les nez se touchant ou presque; elle détermine donc un strabisme convergent (le sujet est forcé de loucher); il en résulte une fatigue excessive des organes visuels qui fait perdre au sujet nerveux le contrôle sur lui-même. On constate alors les premières manifestations hypnotiques: troubles moteurs et sensitifs, perturbations sensorielles. Le sujet est très suggestible, tout en restant éveillé.

En continuant l'action, le sujet tombe en état de fascination, en catalepsie, et même dans un état de sommeil plus profond.

Voici, à titre d'exemple, une expérience de Donato. La relation nous en est fournie par le Docteur Servais:

« Sur les yeux d'un homme qu'il aborde pour la première fois, Donato fixe son regard étrange et troublant. L'homme cherche à éviter ce regard qui l'obsède, ses efforts sont vains; il reste cloué sur place, l'œil rivé à la prunelle étincelante du fascinateur. Il veut parler. Donato fait un geste, et le patient devient aussi muet qu'immobile. Notez que celui-ci n'est pas endormi. Il est parfaitement éveillé et se rend distinctement compte de l'impuissance où Donato le réduit. Tout à l’heure il perdra conscience de ses actes, ce sera une autre phase, mais jamais le sommeil ne surviendra à moins que l'expérimentateur ne le veuille et n'agisse en conséquence. Le patient est-il assis ? Il ne peut se lever. Est-il debout ? Il ne peut ployer les genoux ou fléchir le corps. A-t-il la main ouverte ? Il ne peut la fermer.

« A la rigueur, continue le Docteur Servais, ce qui précède pourrait bien être caractérisé par l'expression « stupeur provoquée », mais voici ce qui augmente la portée des expériences et déroute les chercheurs d'explications. De même que, d'un regard ou d'un geste, Donato provoque la paralysie totale ou partielle du corps, il lui suffit d'un geste ou d'un regard pour provoquer un trouble profond des fonctions intellectuelles: l'exaltation, l'abolition ou la perversion complète des sens spéciaux. Il développe des hallucinations inconcevables, procure des sensations trompeuses ou fait éprouver des sentiments imaginaires: il fait voir et toucher des objets qui n'existent point, il transforme l'aphone en ténor, le silencieux en bavard et la baryphonie en volubilité. Il déride les sévères, fait pleurer les rieurs, rend graves les plaisants et audacieux les craintifs. Il donne le frisson à celui qui a chaud et fait transpirer l'homme transi. Sous son influence, les gens sérieux tiennent des discours frivoles et les moins ingambes exécutent les sauts aussi accentués qu'obligatoires. Nous n'exagérons pas. C'est le cas ou jamais de dire que le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. »

Nous avons vu, en effet, avec quelle facilité une personne hypnotisable peut être suggérée. Le Docteur Servais exagère néanmoins lorsqu'il dit que Donato a pu transformer une personne aphone en ténor (?). Mais il n'en est pas moins vrai qu'il est relativement facile de produire, sur une personne nerveuse, les autres phénomènes.

Ce qui donnait une très grande influence à Donato, c'était son regard. « La puissance de Donato vient de la fascination de son regard, nous dit Ed. Cavaillon. Il a l'air d'un lion indompté, lorsqu'il veut dominer ses sujets. Son œil brille et rayonne comme celui d'un fauve dans la nuit. » (  Ed. Cavaillon. — La fascination magnétique. )

Les expériences de Donato firent grand bruit et suscitèrent bien des polémiques.

Nous avons déjà dit qu'après la découverte de Braid — faite en 1843 — l'hypnotisme tomba dans l'oubli. En France, en 1858, les Docteurs Velpeau et Broca avaient bien communiqué à l'Académie des Sciences des phénomènes d'hypnotisme, mais ce n'est guère qu'en 1875 que la question reprit un vif intérêt. Cette année-là, Donato présenta à Paris ses expériences d'hypnotisme et de fascination avec un tel luxe de réclame, qu'il attira l'attention du monde littéraire et scientifique. Peu après, à l'Hôpital de la Salpetrière, Charcot présentait lui aussi, avec la même publicité, des phénomènes d'hypnotisme.

Donato et Charcot étaient en désaccord. Donato affirmait pouvoir hypnotiser des personnes saines; Charcot entendait limiter les possibilités de l'hypnotisme aux seuls hystéro-épileptiques.

 

Pour élucider cette alternative qui troublait son esprit, un médecin de la marine, le Docteur Brémaud, se décida, après huit séances données à Brest par Donato, à rechercher les nombreux sujets que cet hypnotiseur avait soumis à ses expériences. Il en trouva un certain nombre, les interrogea et renouvela sur eux les faits dont il avait été témoin.

Les recherches du Docteur Brémaud avaient un triple but:

1° dévoiler la supercherie si elle existait, car on accusait Donato de se servir de compères simulant les manifestations hypnotiques; 2° établir, s'il était possible, la réalité des phénomènes annoncés, mais en les rattachant à des troubles nerveux selon la doctrine de Charcot; 3° ou, enfin, contrôler l'opinion émise par Donato, à savoir que les troubles hypnotiques sont bien réels mais qu'ils peuvent être produits sur des personnes ne présentant aucune névrose.

Le Docteur Brémaud se livra à cette enquête pendant quatre mois et voici le résultat de ses efforts. Après avoir examiné environ 60 sujets qui avaient pris part aux expériences publiques de Donato, il ne se trouva, parmi eux, aucun malade. Il reproduisit tous les phénomènes obtenus par Donato, non seulement sur les jeunes personnes qui s'étaient prêtées aux expériences de l'hypnotiseur, mais il les provoqua, pour la première fois, chez des sujets absolument sains, qui n'avaient jamais vu Donato, et n'en avaient même pas entendu parler.

En réalité, nous l'avons dit, les troubles de l'hypnotisme peuvent être produits non seulement sur les grands névrosés (hystériques, épileptiques, choréiques, etc.), mais aussi sur un grand nombre de personnes paraissant très bien équilibrées qu'on englobe sous le terme vague de « nerveuses ». Toutefois, si, sur les grands névrosés, on peut produire toute la série des manifestations jusqu'à la léthargie, on ne peut guère, sur de simples « nerveux », que provoquer des troubles à l'état de veille.

Pour obtenir une hypnotisation plus rapide, le Docteur Brémaud fut amené à modifier le procédé de Donato. Il fit précéder la fascination de manœuvres très brutales dans le but d'amener une forte congestion de la tête et d'augmenter la sensibilité hypnotique de la personne soumise à l'expérience. Il obtint ainsi des manifestations plus intenses constituant ce que le Docteur Brémaud appelle l'état de fascination.

Pour amener une forte congestion encéphalique, le Docteur Brémaud utilisait une manœuvre très brutale: le tournoiement. Le sujet étant debout, les bras tombant le long du corps, il le faisait tourner sur lui-même le plus rapidement possible, en le prenant par les épaules. Si ce procédé n'amenait pas les troubles désirés, le Docteur Brémaud faisait baisser le sujet pendant un certain temps, la tête très rapprochée du sol. Lorsque la congestion avait atteint son plus haut point d'intensité, il commençait la fascination qu'il pratiquait comme Donato, mais en ayant soin de se placer dans une pièce très fortement éclairée, ses yeux en face de la source lumineuse, le sujet tournant le dos à celle-ci.

L'œil peut être remplacé par une boule métallique brillante. La chaleur, une certaine réplétion de l'estomac ont paru au Docteur Brémaud des conditions très efficaces pour la provocation rapide de l'état de fascination.

Les premiers signes d'hypnotisation sont parfois lents à se produire, mais il se forme très rapidement une sorte de susceptibilité particulière, un entraînement véritable et alors les effets se manifestent avec une extrême rapidité, variable cependant suivant les sujets et la disposition où ils se trouvent.

En état de fascination, le sujet — le Docteur Brémaud n'a pu provoquer l'état de fascination que chez les hommes — présente certaines caractéristiques de la catalepsie, notamment: insensibilité cutanée, immobilité de tous les muscles, fixité du regard. Le sujet conserve toutes les attitudes qu'on lui donne, mais il a conscience de son état sans qu'il lui soit loisible de se soustraire à l'emprise de l'hypnotiseur. Il paraît éveillé.

Pour faire connaître sa découverte, le Docteur Brémaud fit des expériences dans les milieux scientifiques, notamment à la Société de Biologie en 1884. Dans la même année il fit, le 16 janvier, une série d'expériences devant la Société Historique. En voici le compterendu, tel que nous le donne l'auteur; il nous fixe très exactement sur les caractéristiques de cet état de fascination.

 

Expériences du Docteur Brémaud

 

1re expérience. -  Sujet: M. Z..., 23 ans, brun, sanguin, vigoureux.

 « Je regarde vivement, brusquement et de très près ce jeune homme, dit le Docteur Brémaud, en lui enjoignant de me regarder avec toute la fixité dont il est capable; l'effet est foudroyant, la figure s'est injectée, l'œil est grand ouvert, les pupilles dilatées, les vaisseaux de la conjonctive ont subi une dilatation considérable, le pouls de 70 est passé à 120; le regard du sujet est dorénavant fixé sur mes yeux; je recule, M. Z... me suit; sa démarche est singulière; la tête est projetée en avant, les épaules relevées, les bras pendant le long du corps. Dans la course à laquelle M. Z... se livre pour me suivre, ses bras restent immobiles; sa figure a pris une apparence particulière, toute expression a disparu, les yeux sont fixes, les traits figés; pas une fibre ne remue, pas une parole ne sort de ses lèvres immobiles, le masque est pétrifié. Il semble qu'il ne reste plus dans ce cerveau qu'une idée fixe: ne point quitter le point lumineux de mon œil. Parlez-lui, il ne vous répondra pas; insultez-le, pas une fibre de son visage ne tressaillira; frappez-le, il ne sentira pas la douleur: l'analgésie est évidente, les pincements, les chatouillements, ne produisent aucune modification de mouvement, et pourtant M. Z... a conscience de son état, il a entendu, tout ce qui se dit, et, revenu à l'état normal, il rendra compte de tout ce qu'il aura éprouvé. Pour le faire sortir de cet état de fascination, car c'est bien là, ce me semble, l'état de l'oiseau devant le serpent, un souffle sur l'œil va suffire; je souffle, la scène change; la figure a repris instantanément sa mobilité, la congestion a disparu; les bras, les épaules ont repris leur liberté d'action; la sensibilité cutanée est maintenant normale et M. Z... qui semble soulagé et étonné va vous dire qu'il a eu conscience de toute cette scène, mais qu'il est incapable de manifester sa volonté; il se sentait lié à mon regard par un lien plus fort que lui-même. »

Ce ne sont pas là les seules particularités de cet état de fascination. L'une des plus étranges est la tendance à l'imitation qui fait de ce nouveau sujet le copiste servile de son hypnotiseur.

 

2e expérience. — Sujet: M. Cr... employé de l'administration de la marine.

« Sous l'influence d'un regard fixe et rapproché, continue le Docteur Brémaud, en quelques secondes, M. Cr... prend la même attitude de tête, de bras, d'épaules que le précédent sujet; on remarque la dilatation exagérée des pupilles, l'accroissement de rapidité du pouls et l'analgésie. De ces symptômes, il en est deux qu'il semble absolument impossible de simuler et qui mettent l'expérimentateur en garde contre toute supercherie, c'est l'élévation subite du pouls et cette dilatation considérable et instantanée de la pupille.

« Dans l'état où se trouve M. Cr..., la faculté ou plutôt l'instinct d'imitation, n'étant plus réglé par la volonté et par le libre jeu des facultés de la raison, se manifeste avec une énergie bizarre. Je ris, M. Cr... rit aussi; je lève les bras, même mouvement du sujet; je saute, il saute...; je grimace, il grimace...; les diverses expressions que prend ma figure se reflètent aussitôt sur la sienne. Enfin, si mon corps et ma figure restant immobiles, je parle, M. Cr... répète toutes mes paroles avec une parfaite imitation d'intonation musicale. Il répète de même avec une imitation scrupuleuse d'accentuation et de prononciation quelques phrases d'allemand et d'anglais, d'espagnol, de russe et de chinois, prononcées par divers auditeurs.

« Cet état bizarre se dissipe instantanément par l'action d'un léger souffle sur les globes oculaires et M. Cr..., ayant repris sa complète liberté d'action, n'a aucun souvenir de ce qui vient de se passer; la longue durée de l'expérience, le prolongement de cet état nerveux entraînent presque toujours la perte de la mémoire des faits accomplis pendant ce laps de temps. »

 

3e expérience. — Sujet M. Z...

« Ce jeune homme est, en près de deux secondes, plonge dans le même état de fascination et présente les symptômes déjà signalés. Je le fais passer rapidement par toutes les phases d'imitation et d'attraction que j'ai décrites. Et maintenant, lui saisissant le bras, j'en froisse rapidement toutes les masses musculaires; le membre est devenu rigide comme une barre de fer, le poing est violemment contracté ; la contracture est tellement forte que le bras devient exsangue, les chairs ont pâli et on peut à la main constater un refroidissement marqué des parties ainsi contracturées. Essayez de faire plier ce bras et décidez si la force en ce moment déployée par M. Z... n'est pas hors de rapport avec sa musculature et sa vigueur normale. Quelques légers coups sur le muscle biceps, un souffle sur l'œil, la contracture disparaît et M. Z... revient à son état normal.

« La fascination peut s'obtenir sur certains sujets avec une rapidité foudroyante. Si, profitant de cette rapidité, on provoque l'invasion de l'état nerveux au moment où le sujet exécute un mouvement violant mais volontaire, la contracture s'empare aussitôt des muscles volontairement contractés, le mouvement reste inachevé, le membre étant fixé dans la situation qu'il occupait au moment précis où a eu lieu la production de l'état. »

 

4e expérience. — Sujet: M. C...

« Je prie M. C... de fermer vigoureusement le poing et, l'élevant au-dessus de sa tête, de le faire vigoureusement tomber sur mon épaule; tant que je ne le regarde pas, il a exécuté ce mouvement avec une force qui fait honneur à sa musculature et témoigne de sa parfaite indépendance et liberté d'esprit; mais au moment où pour la troisième fois, il va frapper, je le fixe brusquement... le bras reste suspendu, le poing fermé, le membre agité de mouvements quasi tétaniques; c'est que la fascination est survenue, pétrifiant M. C... dans l'accomplissement de son geste énergique; le poing ne s'abattra pas..., tout mouvement volontaire a disparu, le bras est maintenant en contracture complète et reste en repos.

« Un léger froissement du bras fait disparaître la contracture. Un souffle sur l'œil fait revenir le sujet à son état normal.

« Tous les groupes musculaires peuvent être frappés de contracture, et on peut aussi déterminer l'impossibilité de la locomotion, l'impuissance de la parole. »

 

5e expérience. — Sujet: M. Z...

« Je prie M. Z..., poursuit le Docteur Brémaud, de vouloir bien compter à haute voix et le plus fort possible : un... deux... trois... etc. Je le regarde maintenant de très près, en le priant de fixer son regard sur le mien; aussitôt sa parole hésite..., il poursuit cependant, faiblement..., sept..., huit..., neuf... puis se tait. L'état de fascination est survenu, entraînant la contracture des muscles masséters; plus un son ne peut sortir de ses lèvres étroitement serrées l'une contre l'autre. Dans cet état, M. Z... me suit et imite les mouvements que je fais moi-même, mais je l'arrête et froisse vivement le bras droit; ce membre se contracture. Remarquez cet état bizarre. Si, prenant doucement la manchette gauche de M. Z..., je soulève le bras gauche avec précaution et que, l'ayant élevé jusqu'à l'horizontale, je l'abandonne à lui-même, le bras ne reste pas dans la position que je l'ai mis, il retombe mollement dans la verticale. Mais je remets le bras horizontal et le froisse violemment; aussitôt les muscles entrent en contracture et le membre est fixé dans la position qu'il occupe. M. Z... ayant ainsi les deux bras et une partie de la face contractures, me suit encore, se déplace et imite mes attitudes en s'agenouillant ainsi que moi-même.

« Pour rendre à M. Z... le libre usage de ses membres et de sa volonté, il suffit, par de légers tapotements sur les muscles, de faire cesser la contracture et, par un léger souffle sur les yeux, de détruire l'état nerveux.

« Connaissant la facilité avec laquelle la contracture se développe chez les sujets accessibles à cet état nerveux, on peut apprécier combien il est facile de disposer l'expérience de façon à en augmenter le pittoresque et à frapper vivement l'imagination d'un public crédule et disposé à expliquer ces phénomènes par l'intervention d'une puissance surnaturelle.»

 

6e expérience. — Sujet: M. Z...

« M. Z... est prié de vouloir bien ramasser le mouchoir déposé sur le parquet. Il se baisse, saisit le mouchoir, mais, au moment de se relever, il me regarde; un brusque coup d'œil l'hypnotise, les muscles du bras et du tronc se contracturent immédiatement, et le sujet reste immobile dans cette position gênante; il paraît n'avoir plus la force de relever le mouchoir... »

 

7e expérience. —Sujet: M. C...

« Enfin, continue le Docteur Brémaud, pour terminer cette série d'expériences sur la contracture, je m'assieds et prie M. C... d'étendre son bras gauche et de s'appuyer fortement sur mon épaule. Il est facile de se rendre compte que, dans cette attitude, le sujet n'est en équilibre que par l'appui que je lui prête et qu'il tomberait inévitablement en avant si mon épaule venait à lui manquer. Je regarde vivement le sujet en lui commandant de se redresser; l'état nerveux l'a saisi. Le bras est contracture. Comme il est matériellement impossible, dans cette situation, de reprendre la station normale sans une légère flexion du bras suivie d'une brusque extension, de façon à rejeter le tronc en arrière, que d'ailleurs le sujet est, par le fait de la contracture, dans l'impossibilité absolue d'exécuter la flexion préalable, le voilà rivé à mon épaule, dont il ne peut ôter la main.

« On pourrait, facilement, varier de mille façons ces expériences dont le fond serait toujours le même.

« A côté de ces manifestations, évidemment matérielles et tangibles de l'état de fascination, il est nécessaire d'étudier l'état psychique des sujets ainsi en expérience. Dans les faits qui précèdent, vous avez vu que, si les sujets se trouvent dans l'impossibilité d'exercer leur volonté, ce peut être par suppression des moyens nécessaires à la libre manifestation de l'acte volitif. Maintenant, sans provoquer aucune contracture, il est facile de montrer la volonté s'usant graduellement de façon à disparaître bientôt et à laisser le sujet incapable d'aucun mouvement volontaire, sans volonté du reste, et obéissant aveuglément et inconsciemment aux ordres les plus durement formulés et les plus contraires aux convenances ou à la morale. Les actes les plus invraisemblables peuvent être commis dans cet état, le sujet n'étant plus qu'un automate qu'on pousse et manœuvre à son gré.

« II est nécessaire de faire remarquer que les jeunes gens qui, dans un but de constatation scientifique, se prêtent à ces expériences, ne sont pas les premiers venus; leur moralité n'est pas suspecte, il est bon de le constater, la valeur de ces expériences résidant en partie dans la valeur même des sujets sur lesquels elles sont produites. Enfin, dans ces expériences, au lieu de me tenir aussi rapproché que possible des sujets, je vais laisser entre eux et moi une distance de quelques pas éloignant ainsi le point lumineux, origine apparente de tous ces phénomènes. »

 

8e expérience. — Sujet: M. Z...

« M. Z..., invité à dire son nom, répond à haute et intelligible voix, Z...

« — Comment vous appelez-vous ? — Z...

« Non, Monsieur, vous mentez, vous vous appelez Bertrand !

« L'attitude du sujet est devenue singulière, ses yeux sont fixés sur les miens, injectés, la pupille s'est dilatée, les syllabes de son nom sortent violemment de ses lèvres comme s'il était agité par une violente colère; la face est empourprée, mais peu à peu une étrange modification se produit; sous l'apparente influence de ce nom de Bertrand, répété fermement à plusieurs reprises, le sujet abandonne son nom peu à peu, lambeaux par lambeaux. Enfin la volonté est complètement éteinte.

« — Comment vous appelez-vous ? — Bertrand.

« Le changement d'attitude du sujet est manifeste; il est devenu pâle, semble s'abandonner, le corps a pris une apparence de lassitude, ses traits offrent l'expression d'une fatigue immense, et c'est comme dans un demi-sommeil, avec une voix sourde et sans éclat, que M. Z... répond à ma question:

Comment vous appelez-vous ? — Bertrand.

« Et maintenant, ce jeune homme est plié comme un automate à tous mes ordres, et vous le voyez se jeter à mes genoux, lever les bras, les plier, se courber, se jeter à terre aussitôt que je lui en donne l'ordre. Il est bien dans l'état nerveux dont je vous ai précédemment montré les manifestations; vous pouvez vous en assurer à la contracture immédiate qui se manifeste dans tous les muscles que je froisse, à la manière dont il imite mes gestes et dont, quand je m'approche de lui et lui parle directement, il répète mes paroles en imitant toutes les inflexions de la voix. »

 

9e expérience. — Sujet: M. Cr...

« Dans cet état de fascination où la volonté semble absolument éteinte, poursuit le Docteur Brémaud, toutes les facultés intellectuelles n'ont point disparu et l'imagination semble, au contraire, fonctionner avec une intensité inimaginable. En effet, les idées, les suggestions jetées dans le cerveau en partie paralysé donnent naissance à des hallucinations ou plutôt à des illusions immédiates. Nous en avons la preuve dans l'expression de physionomie, dans la mimique, dans les exclamations du sujet en expérience.

« Mettant M. Cr... dans l'état particulier qui fait l'objet de notre étude, et dirigeant son regard vers un point quelconque de la salle, je lui décris un paysage imaginaire, des arbres couverts de fleurs, des oiseaux chantant dans le feuillage; sa figure prend une expression de ravissement étrange; c'est presque une transfiguration, il semble écouter avec béatitude le chant des oiseaux.

« Maintenant, ramenant son regard vers le parquet, je lui décris une rivière roulant ses flots transparents sur un lit de sable et de mousse et l'invite à prendre un bain; la chaleur, lui dis-je, est accablante, et ces ondes fraîches vont ranimer vos membres engourdis et lassés. Vous le voyez, il se précipite, et, les mains jointes, dans l'attitude d'un homme qui se jette à l'eau d'un point élevé, il se précipite à corps perdu sur le parquet, s'y roule et exécute des mouvements de natation; la chute et le choc ne l'ont point tiré de cet état bizarre, il nage toujours. Mais je lui crie: « Soutenez-vous sur moi, à cause de la crampe que vous avez dans la jambe gauche », et aussitôt ce membre devient immobile. Cr... se livre à des mouvements désespérés semblables à ceux d'un homme qui se noie; sa figure exprime la terreur: il saisit ma main et se redresse avec bonheur comme au sortir d'un grand danger. Engageons-le à se réchauffer en buvant un verre de fine eau-de-vie. Il saisit avec empressement ce verre d'eau pure et donne, en le buvant, des signes de satisfaction évidente; interrogé sur la nature et la qualité du liquide qu'il vient de boire, il répond: « cette eau-de-vie est très bonne. »

« Un léger souffle sur les yeux fait cesser cette scène bizarre et M. Cr... ayant repris possession de ses facultés, de son libre arbitre, n'a aucun souvenir de ce qui vient de se passer.

« Dans cette expérience, y a-t-il eu hallucination ou illusion; les objets vus par le sujet avaient-ils un substratum matériel, ou n'étaient-ils qu'une extériorisation d'une construction imaginative idéale ?

« II semble, et je crois pouvoir le démontrer, que l'hallucination n'existait pas et que le sujet fixait réellement un point matériel qui se déformait par l'imagination, et auquel son idéation surexcitée prêtait des formes et les attributs de l'objet décrit et suggéré. »

 

10e expérience. — Sujet: M. Z...

« En effet, remettant en expérience M. Z..., développant sur lui rapidement les phénomènes de contractures, d'imitation précédemment décrits, je lui indique du doigt un point dans l'espace et je lui décris une figure burlesque, qui excita aussitôt son hilarité: c'est un bonhomme à nez gigantesque, tirant la langue, coiffé d'un bonnet de coton. Il le voit, il en rit: Que vois-tu là ? — « Quel drôle de bonhomme ! »

« Maintenant, mettons rapidement devant l'œil droit de Z.. ce verre prismatique. Sa figure exprime une stupéfaction évidente. Demandez-lui la cause, vous entendez la réponse: « ils sont deux maintenant. »

« La conclusion me semble évidente et forcée. Des rayons qui n'existent pas ne peuvent être réfractés, et là, il y a eu par un phénomène de réfraction, doublement de l'image. Cette image avait donc un substratum matériel, mais déformé par l'imagination; l'hallucination n'était qu'apparente, et c'est réellement à une illusion qu'il faut rapporter les phénomènes dont vous venez d'être témoins.

« II est nécessaire de faire une remarque au sujet des actes provoqués dans cet état particulier de fascination; ils ne sont spontanés à aucune de leurs périodes et ne peuvent être comparés aux actes provoqués dans le somnambulisme. En effet, dans ce dernier état, l'idée suggérée se développe dans le cerveau du sujet qui, de lui-même et sans qu'il soit besoin d'agir de nouveau par la parole, exécute un acte compliqué ou une série d'actes; dans l'état de fascination, au contraire, chaque mouvement doit être sollicité; le sujet ne suit pas une idée qu'il élabore, il exécute machinalement, automatiquement, le geste qu'on lui suggère et resterait inerte au milieu de l'accomplissement d'un acte, si une volonté étrangère à la sienne n'en sollicitait la réalisation complète.

« Tels sont les principaux phénomènes se rattachant à cet état nerveux qui semble mériter un nom particulier, et que je crois être le premier à décrire; il se place à côté de la catalepsie, de la léthargie et du somnambulisme, sans pourtant se confondre avec aucun d'eux. Cet état provoqué par la fixation intense d'un point brillant, mais d'une intensité médiocre, a pour caractères particuliers l’élévation du pouls et de la température, une dilatation marquée de la pupille, l'analgésie, la contracture de tout muscle violemment contracté sous l'influence de la volonté ou froissé par l'opérateur, l'impulsion irrésistible à suivre le point brillant sur lequel est fixé le regard; la parésie de la volonté ou aboulie; l'exaltation de l'imagination poussée au point de provoquer l'illusion ou l'hallucination, et, enfin, le développement de l'instinct d'imitation jusqu'à la reproduction servile et exacte des mouvements, gestes, attitudes, physionomie, paroles... »

Ce compte-rendu du Docteur Brémaud fixe avec précision les caractéristiques de l'état de fascination, état très superficiel, intermédiaire entre la veille et le sommeil. Le Docteur Brémaud n'a jamais pu l'obtenir chez les hystéro-épileptiques, car la moindre excitation les fait tomber dans un état profond.

Bien que cet état soit superficiel, nous ne saurions trop recommander aux expérimentateurs d'agir avec une très grande douceur. Nous ne devons pas oublier que, si les procédés brutaux épuisent rapidement les réserves nerveuses du sujet, les mêmes procédés appliqués avec plus de douceur arriveront à la même fatigue, dans un laps de temps plus considérable. Le Docteur Brémaud, imbu des idées de Charcot, trouve son procédé de fixation d'un point brillant d'une intensité médiocre ! Ce n'est pas notre avis; nous le trouvons très brutal. En usant de procédés doux, on écartera le danger de tous les accidents qui risquent de se produire quand on malmène le sujet. On doit, de parti pris, proscrire le tournoiement et tout procédé pouvant entraîner une forte congestion de la tête, ces moyens violents pouvant avoir des conséquences fâcheuses, dont la moindre serait un mal de tête insupportable, persistant plusieurs heures après le réveil.

 

Hémi-hypnotisme

 

Pour terminer notre étude de l'hypnotisme, il nous reste à examiner un phénomène très curieux: l'hémi-hypnotisme. Il consiste à limiter une des phases du sommeil à une moitié du corps et à plonger l'autre moitié dans un autre état.

Parmi les hypnotiseurs qui ont constaté ce phénomène citons les Docteurs Dumontpallier, Paul Richer, Descourtis, élèves de Charcot; Bottey, élève de Luys.

Les états qui peuvent, à volonté, être créés sur une moitié du corps en plongeant l'autre moitié dans un état différent sont la catalepsie, le somnambulisme et la léthargie. En ces demi-états, le sujet se trouve divisé en deux parties égales de haut en bas.

Voici quelques procédés qu'on peut utiliser pour créer les demi-états :

Pour obtenir hémi-léthargie et hémi-catalepsie. — Après avoir obtenu la léthargie par pression de zones hypnogènes (sommet de la tête (sinciput), poignets, pouces, racine des ongles, etc.), vous devez tendre à ramener la moitié du corps, le côté droit, par exemple, en catalepsie. Pressez le globe oculaire gauche, pour maintenir la léthargie de ce côté et ouvrez brusquement l'œil droit, en lui présentant une source de vive lumière, une lampe électrique, par exemple. Le regard de l'œil droit devient fixe et tout ce côté présente les caractéristiques de la catalepsie.

Hémi-léthargie et hémi-somnambulisme. — Gardez le côté gauche en léthargie par une nouvelle pression uniforme sur le globe oculaire de ce côté. Reste à mettre le côté droit en somnambulisme. Pour ce faire, refermez l'œil droit en rabaissant la paupière, mais sans appuyer. Pendant que le sujet était en catalepsie, vous lui avez imposé une attitude afin de vous rendre compte de la réalité de cet état; dès qu'il entre en somnambulisme, — c'est-à-dire que son œil droit se ferme — sa catalepsie cessant, la rigidité disparaît; si vous avez placé un bras en l'air, ce bras retombe inerte, par son propre poids.

Hémi-somnambulisme et hémi-catalepsie. — Pendant que le sujet se trouve le côté gauche en léthargie et le droit en somnambulisme, vous pouvez transformer la léthargie en catalepsie en frictionnant avec votre pouce le globe oculaire gauche. Afin que l'état de somnambulisme ne change pas à droite, posez votre pouce sur le globe de l'œil, mais sans exercer ni friction, ni pression.

Rien n'est plus facile que de varier à l'infini cette série d'expériences, produisant chaque demi-état primitivement ou secondairement.

Pour terminer cette étude de l'hypnotisme nous croyons utile de rappeler combien les méthodes magnétiques et hypnotiques ont peu de contact. On a vu combien leurs procédés sont différents. Les méthodes le sont autant et les effets produits le sont encore davantage. Quelle que puisse être, dans certains cas, — et ceux-ci sont extrêmement restreints — l'utilité de l'hypnotisme comme anesthésique, il nous semble toujours dangereux à cause de la brutalité de ses procédés et des réactions produites. Ce qui nous paraît plus grave encore, c'est que l'hypnotisme diminue considérablement la conscience du sujet. Il n'en est pas de même en magnétisme. Avec cette dernière technique c'est l'expérimentateur qui prête sa force au sujet tout en le laissant maître de sa conscience et de toutes ses facultés qui se trouvent accrues par celles du magnétiseur. On voit donc que le magnétisme, seul, est dans les données altruistes.

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