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Cours de magnétisme personnel

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LE DIAGNOSTIC DE LA SUGGESTIBILITE

Qu'est-ce que la suggestibilité ? — Sommes-nous fous suggestibles ? — Diagnostic de la suggestibilité. — Les troubles de l'attention. — Première expérience pour les mettre en valeur. — Suggestions destinées à troubler la mémoire. — La force de l'autosuggestion. inconsciente révélée par des expériences très simples. — Première expérience. — Quelques conseils pratiques, — Deuxième expérience. — Troisième expérience. — Quatrième expérience. — Cinquième expérience. — Calcul du coefficient de suggestibilité. — Suggestion motrice. — Une expérience qui s'adresse à tout le monde. — Aucune personne accessible à la suggestion imposée ne peut s'y soustraire. — Augmentation de la force musculaire par suggestion. — Diminution de cette force par suggestion. — Hallucinations visuelles suggérées. — Hallucinations olfactives suggérées, — Troubles de la sensibilité. — Troubles de vasodilatation. — Interrogatoire du sujet. — Indices physiognomoniques. — Indications à tirer de la tenue générale: le geste, la poignée de mains, la parole.

 

Qu'est-ce que la suggestibilité ?

 

D'après Bernheim, c'est « l'aptitude du cerveau à recevoir ou évoquer des idées et sa tendance à les réaliser, à les transformer en actes ». « La suggestibilité, dit-il encore, n'est pas proportionnelle à la crédulité. Un sujet très crédule accepte volontiers toutes les idées qu'on lui suggère, mais son cerveau ne réussit pas à transformer toutes les idées en actes: il ne peut, par exemple, réaliser ni anesthésie, ni hallucinations, parce que le dynamisme cérébral qui doit faire ces phénomènes est insuffisant. »

Comme trop de personnes sont portées à le croire, la suggestibilité n'implique pas forcément une infériorité psychique. Si les nerveux, ceux qui manquent de contrôle sur eux-mêmes, sont influencés par la suggestion imposée, il n'en est pas moins vrai que, plus nous sommes intelligents, capables de former des associations d'idées et plus nous sommes accessibles à une suggestion extérieure, qu'elle soit raisonnée ou indirecte, ou à un ordre que nous nous donnons nous-mêmes (auto suggestion).

« Le degré de suggestibilité, dit de son côté le Docteur Bérillon, n'est nullement en rapport avec un état névropathique quelconque. La suggestibilité, au contraire, est en rapport direct avec le développement intellectuel et la puissance d'imagination du sujet. Suggestibilité, à notre avis, est synonyme d éducabilité. »

 

Sommes-nous tous suggestibles ?

 

Nous le sommes presque tous, plus ou moins, mais non pas tous.

Le motif en est bien simple: pour que notre cerveau reçoive une suggestion, il faut que notre conscience existe ou, tout au moins, soit assez ouverte pour qu'une pensée la pénètre. Nous écartons donc systématiquement comme n'étant pas suggestibles:

1°. — Ceux qui n'ont pas ou plus de conscience: les fous, les aliénés, les débiles mentaux, chez qui nulle impression ne pénètre, leur conscience étant, abolie. Le cerveau d'un malade dans le coma n'est pas suggestible parce qu'il n'est pas capable d'avoir des idées. Un cerveau d'idiot, d'imbécile est à peine suggestible, à cause de la presque impossibilité où il se trouve de recevoir et d'associer des idées. A peine peut-il accueillir la sensation tout animale de la faim, du sommeil et des autres besoins de son corps. Le monde des idées lui est à peu près fermé;

2°. — Ceux chez qui la conscience n'est pas soutenue par la raison, à qui l'attention est impossible, dont les pensées se déroulent très rapidement comme les images d'un cinématographe. Ceux-là sont pleins de bonne volonté et reçoivent volontiers l'impression qu'on leur suggère, mais elle est entraînée dans l'afflux d'images dont leur cerveau est inondé comme est roulée une pierre dans un torrent. Ce sont les grands névropathes, quelques grands intoxiqués qui ont demandé aux poisons de la volonté de leur ouvrir des mondes nouveaux et qui sont maintenant victimes des fausses visions qu'ils ont déchaînées et dont ils ne sont plus les maîtres;

3°. — Ceux chez qui la conscience est déjà possédée, presque dans le sens où le moyen-âge l'entendait, je veux dire les maniaques, les obsédés, les persécutés, les malheureux en proie à une idée fixe fortement enracinée et qui ne sont plus capables de penser à autre chose.

En dehors de ces malades, tout le monde est suggestible, naturellement du plus au moins avec des variations infinies, selon la méthode employée. De nombreuses expériences ont démontré ce fait.

Le Docteur Bérillon a constaté, et ceci vient à l'appui de nos dires, que les enfants imbéciles, idiots, hystériques, sont beaucoup moins facilement hypnotisables et suggestibles que les enfants robustes, bien portants, dont les antécédents héréditaires n'ont rien de défavorable. « Ces derniers, dit-il, seraient très sensibles à l'influence de l'imitation. Ils s'endorment souvent; lorsqu'on a préalablement endormi d'autres personnes devant eux, d'une façon presque spontanée. Il suffit de leur affirmer qu'ils vont dormir pour vaincre leur dernière résistance. Leur sommeil a toutes les apparences du sommeil normal: ils reposent tranquillement les yeux fermés. »

C'est un fait facile à constater. Il est d'observation constante parmi les psychistes: la suggestion a d'autant plus de prise sur un cerveau qu'il est ouvert, plus capable d'associer des idées, de raisonner. On le voit par tous les artistes qui ont subi grandement les influences de la Nature et celles de la Société. C'est une comparaison fréquente chez eux que celle de la harpe éolienne qui vibre au moindre souffle de vent, et Victor Hugo, parlant de lui-même; montre son âme.

Mise au centre de tout comme un airain sonore.

A de tels exemples, il est facile de voir que la suggestibilité, l'accès de notre esprit aux suggestions qui ne sont pas imposées mais qui nous atteignent par les facultés élevées de notre personnalité, attention, mémoire, sensibilité, sont loin de nous mettre dans un état inférieur.

 

Diagnostic de la suggestibilité

 

Exception faite des catégories, heureusement très peu nombreuses, que nous avons énumérées: fous, aliénés, débiles mentaux, obsédés, très grands névropathes..., nous sommes tous plus ou moins suggestibles, mais nous ne le sommes pas de la même façon.

Ceux qui sont capables d'associer des idées, de raisonner, d'assurer l'exécution de leurs volontés, sont surtout accessibles à la suggestion raisonnée et à la suggestion indirecte.

Par contre, les impulsifs: alcooliques, dypsomanes, onanistes, passionnés, tous ceux qui n'ont pas la force de renoncer à leurs mauvaises habitudes sont peu accessibles à la suggestion raisonnée et à la suggestion indirecte. Ils la reçoivent, mais n'en retirent aucun fruit: leur volonté est trop débile pour trouver son appui en elle-même. II faut donc leur assurer cet appui qui peut leur être salutaire, et cela par la suggestion imposée, la seule dont ils ressentent vraiment les effets. Nous verrons d'ailleurs dans quelles conditions cette suggestion imposée est pour eux comme le coup de fouet qui donne au cheval, non la force, mais la volonté de franchir un pas difficile.

En vue de l'application judicieuse des différentes méthodes psychiques, il y a un intérêt capital à savoir apprécier très exactement le degré de suggestibilité d'une personne donnée.

On a préconisé un certain nombre de procédés qui permettent d'établir ce diagnostic. Nous allons les passer en revue. Certains se basent sur des réactions vasomotrices, d'autres sur des perturbations de la sensibilité ou de la motricité, ou encore sur des troubles psychologiques. Les uns et les autres donnent certaines indications utiles.

Ces indications sont cependant insuffisantes et nos recherches nous ont amené à étudier un nouveau moyen qui nous semble incomparablement supérieur à tous les autres. Il met en valeur les troubles de l'attention.

 

Les troubles de l'attention

 

Pour bien comprendre l'intérêt que présente ce nouveau procédé de diagnostic, il est nécessaire de rappeler quelques données psychologiques.

Au début de ce Cours, nous avons comparé l'être humain à une usine. Une usine fort complexe ! D'une telle complexité qu'elle exige pour accomplir le travail auquel elle est destinée deux personnalités: un directeur et un sous-directeur qui se partagent la lourde tâche de faire marcher l'ensemble de toutes nos fonctions organiques, de présider à toute notre vie mentale et émotionnelle.

Le directeur c'est notre conscient; le sous-directeur l'inconscient.

Le premier — le conscient — dispose pour accomplir sa tâche, de la raison, de la volonté, du jugement; le second agit par un mécanisme plus obscur: dépositaire de toutes les suggestions d'atavisme, de race, de milieu, c'est lui qui, à notre insu, par des ressorts dont nous ignorons l'existence et encore moins la puissance, nous pousse dans la vie, se révèle dans nos prédispositions, tendances, habitudes, inclinations, élans; c'est lui cet inconscient qui bien souvent et plus sûrement peut-être que la conscience crée notre façon de penser et de sentir, dicte notre conduite. Sa part est toujours prépondérante. Beaucoup croient, en eux-mêmes, commander en maître qui ne font que subir la loi que leur impose ce tyran très souvent bienfaisant qu'est l'inconscient.

Conscient et Inconscient ont chacun un rôle important à jouer dans l'économie humaine. Et la nature, toujours bonne prévoyante, a placé auprès de chacun d'eux un gardien qui les doit défendre contre toute suggestion qui, venue de l'extérieur, aurait tendance à nuire au bon équilibre général.

Le gardien du conscient, du domaine psychique supérieur c'est l'attention; celui de l'inconscient, de notre vie mentale inférieure, c'est l'instinct.

L'attention est donc le gardien de notre domaine psychique supérieur. Son rôle est d'examiner avec le plus de soin possible tout ce qui est destiné au directeur de l'usine humaine, d'accueillir favorablement et d'apprécier à leur réelle valeur les différentes notions qui peuvent être, un jour ou l'autre, d'une certaine utilité à notre conscience — pensante et raisonnante, — de déceler et rejeter tout ce qui peut être une cause de gêne ou de perturbation dans notre vie mentale.

L'attention, nous l'avons dit, lorsqu'elle remplit son office, nous garantit contre toute emprise extérieure. Les mots qui viennent frapper notre esprit sont examinés. Si nous nous donnons la peine de réfléchir, les idées qui nous sont proposées ou qui jaillissent d'une lecture prennent leur valeur réelle. Nous les jugeons bonnes ou mauvaises; nous accueillons favorablement les unes et éloignons impitoyablement les autres. Nous faisons des associations d'idées conscientes, volontaires qui nous conduisent à une déduction logique; nous portons un jugement motivé que nous sommes à même de discuter, de mettre en valeur, peut-être de faire prévaloir,

Mais chez le sujet hypnotisable, cette défense volontaire du champ mental est défectueuse. Le névrosé, le grand nerveux ont toujours une attention très instable. Non seulement ils ne peuvent arrêter leur propre travail cérébral, mais leur domaine mental devient — du fait de la défaillance du gardien qu'est l'attention — un champ propice à toutes semailles. Toute idée pénétrera aisément; elle s'y implantera d'autant mieux que la personne est distraite; elle poussera et fructifiera avec d'autant plus de facilité que le suggesteur saura lui donner plus de vitalité, de relief, de valeur.

On peut dire que tout le problème de la suggestion imposée est conditionné par le degré d'attention. Une personne est d'autant plus accessible à cette forme d'action que son attention — et par suite ses associations d'idées, son jugement — est plus faible.

La connaissance de ce mécanisme psychologique nous a conduit à créer une méthode toute nouvelle ayant pour but d'établir un diagnostic, non pas approximatif, mais à peu près certain de la suggestibilité. Nous disons « presque certain » parce qu'il existe un très petit nombre de personnes à qui ce procédé n'est pas applicable. Notre procédé a de grands avantages. Outre qu'il est d'une précision à peu près absolue, il est simple et ne demande aucun appareil. Il suffit, pour le réaliser, d'un dispositif que l'on peut établir soi-même, aisément, sars nulle connaissance spéciale. Enfin, il ne risque pas de fatiguer le sujet. Il est le plus sûr qui ait été imaginé jusqu'à ce jour.

Voulez-vous seulement faire des expériences de suggestion amusante ? Ce procédé vous offre le moyen, dans une société nombreuse, de découvrir en quelques minutes, non seulement les personnes influençables par la suggestion imposée, mais encore de classer exactement ces personnes par degré de suggestibilité, sans aucun risque de vous tromper. Ce classement est d'une exactitude mathématique. En employant notre procédé, vous êtes donc assuré de découvrir promptement dans un auditoire la personne la plus suggestible, celle sur laquelle vous réussirez aisément les expériences que vous avez résolu de tenter: contractures, insensibilité, etc...

Voulez-vous faire de la suggestion curatrice ? Quoiqu'on tende de jour en jour, et avec juste raison, à restreindre de plus en plus les applications thérapeutiques de la suggestion imposée qui sont loin de donner les résultats annoncés par les premiers suggesteurs, il y a cependant des cas où seule cette forme d'action psychologique peut être utilisée. Notre procédé permet de juger de l'aptitude, du sujet à recevoir des suggestions impératives.

Voulez-vous faire de la suggestion pédagogique ? Vous reconnaîtrez aisément le point faible des enfants auxquels vous vous intéressez. Vous verrez que leurs troubles, leur manque d'aptitude au travail, tous les défauts qui entravent le succès scolaire chez un enfant intelligent, proviennent d'un manque d'attention et, par des suggestions appropriées, vous donnerez à cet enfant l'aide qui lui est nécessaire pour acquérir cette attention, sans laquelle les plus brillantes facultés ne sont que des promesses sans réalisation. Vous développerez, par un moyen simple et presque amusant, les qualités latentes de l'élève.

Notre procédé présente des avantages dont l'importance ne saurait échapper à personne.

Il découle d'une série d'expériences faites par le Docteur Alfred Binet sur des enfants (  Alfred Binet. — La Suggestibilité, Paris, 1900. ). Pour démontrer leur extrême perméabilité aux influences extérieures; le Docteur Binet n'a pas fait comme ses devanciers qui recouraient aux méthodes brutales de l'hypnotisation ou de la suggestion imposée violemment. Il s'est servi de méthodes pédagogiques.

 

Ces expériences furent faites en collaboration avec V. Henry. Les premières n'étaient pas des suggestions d'actes ou de sensations. La suggestion était seulement dirigée de manière à troubler la mémoire.

Voici l'une des premières expériences:

Une ligne modèle, de 40 millimètres de longueur, étant présentée à l'enfant, il devait la retrouver, par mémoire ou par comparaison directe, dans un tableau composé de plusieurs lignes parmi lesquelles la ligne modèle se trouvait réellement. Au moment où il venait de faire sa désignation, les expérimentateurs lui adressaient régulièrement, et toujours sur le même ton, la question suivante: « En êtes-vous bien sûr ? N'est-ce pas la ligne d'à-côté ? » Sous l'influence de cette suggestion discrète, faite d'un ton très doux, Binet et Henry ont remarqué que la majorité des enfants abandonnent la ligne d'abord désignée et en choisissent une autre. La répartition des résultats montre que les enfants les plus jeunes sont plus sensibles à la suggestion que leurs aînés; en outre, la suggestion est plus efficace quand l'opération qu'on cherche à modifier est faite de mémoire que lorsqu'elle est effectuée par comparaison directe (c'est-à-dire le modèle et le tableau de lignes se trouvant simultanément sous les yeux de l'enfant).

Un anthropologiste italien. Vitale Vitali a reproduit les expériences de Binet et Henry dans les écoles de la Romagne et il est arrivé à des résultats encore plus frappants. Il a constaté aussi que les changements d'opinion se font bien plus facilement dans l'opération de mémoire que dans la comparaison directe. Le nombre de ceux qui changent d'opinion est à peu près le double dans le premier cas. Vitali note que cette suggestibilité diminue avec l'âge, et, enfin, qu'elle est moins forte chez ceux qui ont vu juste la première fois que chez ceux qui s'étaient trompés.

Binet a repris avec Vaschide les expériences de suggestion s'adressant à la mémoire et les résultats obtenus ont confirmé pleinement les constatations antérieures. Ces expérimentateurs ont noté que les enfants les plus suggestibles sont ceux de la troisième classe, c'est-à-dire les plus jeunes.

 

Les expériences ne mettant en jeu que l'attention sont les plus intéressantes, et c'est à elles seules que nous nous arrêtons pour établir le diagnostic de la suggestibilité. Mais nous ne nous adressons pas seulement à des enfants, comme le faisait Binet; nous soumettons à notre examen des personnes de tout âge.

Nous montrons à la personne dont nous voulons connaître le degré de suggestibilité une série de cartons sur lesquels nous avons tracé au pinceau une large ligne. Chaque carton porte une seule ligne, mais ces lignes, très visibles, sont de longueur variable. Ce changement de longueur a pour but de créer une auto suggestion, une idée directrice très nette qui faussera d'autant plus les résultats que la personne sera moins attentive à ce qu'on lui met sous lès yeux. Personne n'impose au sujet cette idée directrice, en quelque manière que ce soit: cette idée vient de la personne même qui s'auto suggestionne. C'est justement cette erreur venant d'une auto suggestion erronée qui montre le degré de suggestibilité de la personne à étudier. Plus son manque d'attention la met en butte à ses suggestions personnelles qui l'induisent à des erreurs d'observation, plus le sujet est suggestible. Et ce résultat, il nous est possible et même facile de le chiffrer: nous pouvons établir, en toute certitude, un coefficient de suggestibilité.

Toute l'expérience se base donc sur l'autosuggestion que se fait la personne au cours de l'expérience et ce phénomène résulte d'un défaut d'attention de sa part. Pour réussir pleinement, cette expérience doit être très simple.

Binet nous montre ainsi le mécanisme psychologique de l'expérience: « Supposons, dit-il, qu'on nous montre successivement et isolément plusieurs lignes de longueur croissante, qu'on nous invite à les examiner et à reproduire de mémoire chacune de ces lignes après l'avoir examinée pendant quelques secondes. Si l'accroissement des lignes est très net, très apparent, ce fait nous frappera et se logera dans notre esprit comme une idée directrice: avant que l'on découvre les lignes suivantes, nous nous attendons à voir une ligne plus longue que les précédentes. Voilà la suggestion. Remarquons bien que cette suggestion provient de l'examen des lignes et de la comparaison que le sujet fait entre les lignes successives. C'est une suggestion qui ne résulte pas de l'influence morale exercée par l'expérimentateur. »

Nous mettons l'autosuggestion facilement en évidence par cette expérience très simple: présentons successivement 20 lignes dont les 5 premières augmentent de longueur d'une façon très visible, mais les 15 autres auront la même longueur que la 5e, et prions le sujet de reproduire ces 20 lignes sur une feuille de papier. S'il a subi l'autosuggestion d'accroissement des lignes, il figurera la 6e ligne plus longue que la 5e, la 7e ligne encore plus longue, et ainsi de suite. L'opération qui se passe dans le cerveau se traduit donc extérieurement par un tracé. Ce tracé nous montre très exactement la force de l'autosuggestion.

Bien entendu, l'idée directrice, l'autosuggestion que vous cherchez à imposer peut varier: elle peut être un accroissement plus ou moins régulier, avec des arrêts, ou un accroissement. Le piège tendu à l'inattention peut varier, le principe reste le même.

Donc, nous cherchons à mettre le sujet en état d'autosuggestion, simplement en lui présentant des lignes tracées par nous sur des cartons. Il est toutefois extrêmement important de placer le sujet dans les meilleures conditions possibles pour favoriser cette autosuggestion. Une mise en scène est nécessaire pour faire l'expérience; elle doit être faite avec tout le sérieux possible, sans négliger aucun détail.

Nous avons combiné un certain nombre d'expériences. Nous en donnons deux à titre d'exemple; mais, selon leurs propres facultés d'imagination et d'observation, nos lecteurs pourront les varier à l'infini.

 

Première expérience

 

Je prends une série de 20 cartons mesurant 16 centimètres de hauteur sur 50 centimètres de long. Sur chacun d'eux, je trace au pinceau, avec de l'encre, une large ligne noire. Pour que cette ligne soit bien visible, je lui donne 3 centimètres de largeur. Les lignes représentées, une sur chaque carton, sont toutes de la même largeur, mais leurs longueurs sont différentes et c'est là que réside la difficulté à vaincre par le sujet, dont l'attention peut se trouver en défaut.

Toutes ces lignes commencent à une même distance du bord vertical gauche du carton. Cette marge, toujours constante, est de 6 centimètres sur notre dispositif, mais la ligne s'allongera plus ou moins vers la droite. On verra par la figure ci-contre comment se présente notre premier carton.

L'expérience a pour but de donner au sujet, quand il considérera les lignes l’une après l'autre, une autosuggestion d'accroissement. Pour que l'action soit très nette, je donne aux. premières lignes un ordre croissant tout à fait saisissant, visible au premier coup d'œil, même pour le plus distrait, le moins habitué à ces sortes de perceptions visuelles. Mais au-delà du cinquième carton toutes les lignes ont la même longueur.

L'accroissement régulier des. cinq premières lignes tend à troubler la perception des longueurs réelles et du rapport de longueur des lignes entre elles, ce qui fait que le sujet sera entraîné à des erreurs d'autant plus considérables qu'il sera plus inattentif, donc plus influençable à la suggestion imposée.

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Fig. 214. — Dispositif permettant de mettre en valeur les troubles de l'attention. Image réduite du premier carton.

 

On comprendra mieux le mécanisme de cette expérience si l'on a sous les yeux le tableau des longueurs de lignes et si l'on voit le rapport qui s'imposerait à l'attention, si elle n'était en défaut.

 

1er carton, ligne mesurant

 

6 centimètres de long.

11e carton, ligne mesurant

 

30 centimètres de long.

2e

3e

4e 

5e

6e

7e

8e

9e

10e

 

12

18

24

30

30

30

30

30

30

12e

13e

14e

15e

16e

17e

18e

19e

20e

30

30

30

30

30

30

30

30

30

 

 Si nous figurons toutes ces lignes les unes au-dessous des autres, nous avons la figure 215 qui donne une idée précise de l'expérience et du rapport des vingt lignes entre elles.

 

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Fig. 215. — Première expérience. Rapport de toutes les lignes entre elles.

 

 Nous constatons un accroissement régulier des 5 premières lignes, puis l'égalité des lignes suivantes. Lorsque le sujet voit les premières lignes, il se crée de lui-même une autosuggestion; il croit que la progression sera continue, et, plus il est suggestible, plus il est certain de la continuité de l'accroissement.

L'expérience en elle-même est démonstrative. Mais, comme nous le disions tout à l'heure, une certaine mise en scène est bonne à observer pour en augmenter l'effet. Il faut que le sujet comprenne qu'il ne s'agit pas là d'un jeu, mais d'une expérience qui a une très grande portée. Il faut lui en faire comprendre tout le sérieux, ce qui aura, entre autres avantages, le don de l'impressionner, de le mettre dans un état d'esprit plus accessible à l'autosuggestion, ce qui est une des conditions de la réussite. L'impression créée de la sorte augmente la suggestibilité, aussi est-il bon que votre expérience soit faite devant une assistance assez nombreuse. Le sujet qui traverse plusieurs rangs de chaises pour venir prendre place devant l'expérimentateur, qui sent tous les regards du public converger sur sa personne, est fortement impressionné, et c'est là un élément de succès, et des meilleurs.

Debout derrière la table où vous allez expérimenter, demandez 6 ou 12 personnes dans la salle qui veulent bien se soumettre à votre examen. Si elles sont 6, faites-les asseoir à 1 mètre 50 environ de la table, face à vous, mais en veillant à ce que les chaises soient espacées. Il faut surtout que toutes les personnes soient disposées de manière à ce que rien de ce que vous faites ne puisse leur échapper, qu'elles puissent, d'un seul coup d'œil, voir les cartons que vous montrez et qu'elles puissent, sans hésitation, établir le rapport des lignes entre elles.

Si vous faites l'expérience avec 12 personnes — et cela nous, paraît un maximum pour une expérience de ce genre — vous aurez soin que toutes soient en face de vous. Vous disposerez deux rangs de chaises, mais en veillant bien à ce que les chaises du premier rang soient assez espacées pour que rien n'entrave le regard des personnes du second rang. Il faut que les 12 personnes puissent voir avec une égale netteté, sans avoir besoin de se pencher. Mettez au milieu du premier rang les personnes dont la vue est faible, mais veillez aussi à ce que les personnes qui sont au bout des deux rangs ne soient pas trop loin, afin qu'elles voient les cartons et les lignes qui y sont tracées avec autant de facilité que les autres.

Afin que chacun reste bien sous l'empire de sa propre autosuggestion, que cette autosuggestion ne subisse aucune influence extérieure. Priez les personnes qui se prêtent à votre expérience de ne pas causer entre elles, de ne pas échanger leurs impressions, de ne pas faire de bruit ou monologuer à mi-voix, ni d'essayer de voir ce que font leurs voisins. Dans un travail qui a pour but de noter les réactions de chacun, ces sortes d'influences sont extrêmement mauvaises et faussent les résultats.

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Fig.  216. — Reproduction de la feuille que vous distribuez à chaque personne qui se soumet à l'expérience.

 

Vous distribuez à chaque personne un sous-main (un simple carton ou une brochure assez grande peut en tenir lieu), une feuille et un crayon qui lui permettra de noter ses impressions personnelles. Le papier sera quadrillé et d'un format assez grand, par exemple, le format ministre. A trois centimètres du bord gauche, vous aurez tracé une ligne qui servira de marge dans toute la hauteur. C'est à partir de cette ligne que chaque personne devra indiquer la longueur des lignes telle qu'elle la voit à mesure que les cartons seront présentés devant ses yeux. Les sujets n'ont pas à dessiner la ligne dans ses proportions exactes car les cartons sont beaucoup plus grands que les feuilles de papier. Toute leur attention doit porter sur le rapport des lignes entre elles que ce-soit un accroissement ou une diminution. En haut de toutes les pages sera tracé un trait, de même longueur pour toutes, qui servira de base à la notation de ces proportions. La feuille distribuée sera donc semblable à la figure 216.

La ligne que vous avez tracée représente celle du premier carton. Lorsque vous présenterez le second tableau à vos sujets, ils devront apprécier la longueur de la ligne qui leur est montrée par rapport à la ligne précédente. Ils doivent donc représenter la seconde ligne par un trait placé au-dessous de celui que vous avez tracé sur la feuille de papier et, cette ligne qui leur est montrée ayant 12 centimètres (alors que la première n'en avait que six), elle doit être sur leur papier, le double de la première. Les personnes soumises à l'expérience doivent faire de même pour toutes les lignes qui leur seront soumises et qu'elles devront tracer sur la feuille que vous leur avez remise, les unes au-dessous des autres en partant du trait vertical indiquant la marge.

Ce n'est pas sans motif que nous recommandons le papier quadrillé. Avec Binet, nous avons reconnu qu'il offre un élément suggestif complémentaire. Les carrés qu'il renferme exercent une suggestion. Il est curieux de remarquer que la plupart des sujets terminent leur ligne à l'intersection d'un quadrillage et, comme l'expérience vise à donner une autosuggestion d'accroissement, chacun a tendance à prolonger la ligne d'un ou de plusieurs carrés.

Vos explications étant données, vous vous placez debout derrière la table. Vous tenez tous vos cartons devant vous, dressés sur la table dans le sens de la longueur, face à vos sujets d'expérience, mais en ayant soin de serrer les cartons les uns contre les autres, afin que personne ne puisse voir par avance les tracés. Le secret de l'expérience doit être absolu : personne ne doit connaître par avance la proportion des tracés. Il est certain que si les uns ou les autres savaient ce que vous allez faire, ils pourraient s'auto suggérer dans un sens favorable ou défavorable à l'expérience, soit simuler, ou encore forcer leur attention pour résister à la suggestion que vous voulez produire en eux-mêmes. C'est ce qu'il faut éviter. Il convient que chacun dès sujets soit dans ses dispositions d'esprit les plus habituelles. En cas contraire, l'expérience risquerait d'échouer ou tout au moins serait faussée.

Vous tiendrez donc les cartons les uns contre les autres, dans l'ordre de progression que nous avons établi. Le tracé le plus court sera présenté le premier. Vos cartons étant placés verticalement, chacun les verra nettement, sans difficultés et cette disposition présente pour vous un autre avantage: lorsque vous lâcherez le premier carton, il tombera à plat sur la table, découvrant le second, et ainsi de suite, jusqu'au dernier.

 

Dans l'exposé liminaire que vous faites de votre expérience, vous ne devez donner aucune explication sur ce qui va être tenté, pour le motif que nous avons exposé plus haut, Vous devez garder le secret et, pour présenter votre expérience, lui donner un motif inexact.

Dites, par exemple, à votre auditoire :

« Je cherche à me rendre compte de la personne qui a le meilleur coup d'œil, la plus grande justesse de perceptions. Dans ce but, j'ai préparé 20 cartons sur lesquels sont dessinées de larges lignes noires. Ces lignes ne sont pas d'égale longueur. Je vous les présenterai successivement. Vous devrez faire attention et tâcher, dans le bref moment où ces lignes vous seront soumises, de trouver la proportion de ces lignes l'une par rapport à l'autre. A chaque carton, vous noterez immédiatement votre impression sur la feuille qui vous a été remise en-dessous de la ligne qui est déjà tracée et qui figure la ligne du premier carton. Notez bien que, si la seconde ligne est deux fois plus longue que la première, ce serait une erreur de la dessiner égale. Ce serait une faute de coup d'œil. Vous devez noter exactement la proportion de toutes les lignes entre elles.»

Cette explication, qui termine la phase préparatoire, étant donnée, commencez votre expérience. Réglez-en très attentivement la marche, en ayant soin particulièrement d'observer, dans l'exposition des cartons, le synchronisme le plus parfait. Découvrez un carton toutes les 5 secondes, en comptant à haute voix, pour les 20 cartons de 1 à 95. De cinq en cinq, c'est-à-dire au moment de chaque changement, haussez légèrement la voix pour faire apprécier le changement.

Attirez l'attention des sujets en disant: « Faites attention. Je place devant vous le premier carton. Je commence l'expérience. Je vais compter jusqu'à cinq et au moment précis où je prononcerai ce chiffre, je vous présenterai le 2e carton et ainsi de suite. Aussi, dès que vous aurez vu, notez votre impression par un trait et regardez à nouveau. » Vous comptez alors, d'une voix assurée et à intervalles d'une seconde: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, etc., et, de 5 en 5, vous découvrez un carton.

Cette expérience, qui peut paraître, banale, donne les résultats les plus saisissants. Elle traduit par le dessin — puis par un nombre, comme nous le verrons plus loin — l'aptitude de chacun à l'autosuggestion inconsciente.

On se rendra un compte exact des résultats de cette expérience en comparant les figures ci-jointes. Le premier tracé a été fait par une personne très suggestible, le second par une personne qui n'a presque pas subi l'autosuggestion d'accroissement.

Ces deux figures, choisies parmi des milliers que nous pourrions publier, mettent bien en évidence le principe sur lequel nous nous basons. Pour simplifier la figure, nous n'avons pas reproduit les tracés tels qu'ils nous ont été rendus, mais, pour souligner le contraste existant entre le tracé réel et celui qui nous a été donné par le sujet d'expérience, nous avons employé un autre moyen. Nous avons figuré les lignes dans leur longueur extrême, en indiquant par un petit trait vertical la place où aurait dû se terminer la ligne normale et par un petit rond noir le point où l'a conduite le sujet d'expérience.

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Fig. 217. — Tracé exécuté par une personne très suggestible

La personne a subi très fortement l'autosuggestion d'accroissement. Les petites lignes verticales indiquent la terminaison réelle des lignes et les petits ronds noirs les longueurs imaginées par le sujet très suggestible.

 

On voit, dans la figure 217, le tracé fait par une personne extrêmement suggestible et qui, par défaut d'attention, a cédé à une très forte autosuggestion d'accroissement. Alors que l'accroissement se termine à la 5e ligne, et que toutes les lignes, de la 5e à la 20e incluse, sont de même longueur, le sujet les a vu s'accroître sans interruption.

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Fig. 218. — Tracé exécuté par une personne non suggestible.

Cette personne a très peu subi l'autosuggestion d'accroissement: les petits ronds noirs sont très près des petites lignes verticales. Cette personne est donc très peu influençable par la suggestion Imposée.

 

Nous avons obtenu ce tracé au cours d'une de nos conférences à la Société Magnétique de France: nous étant adressé à des personnes qui ne croyaient pas être suggestibles, nous trouvâmes ainsi, par un moyen simple et rapide, une personne tellement suggestible que nous pûmes, à l'état de veille, produire sur elle tous les phénomènes courants de l'hypnotisme: insensibilité, automatisme, contracture, et, en quelques minutes, nous la plongeâmes en un sommeil si profond que nous pûmes lui traverser la peau et les parties adipeuses de la région médiane de l'avant-bras avec une épingle à chapeau, sans qu'elle éprouvât aucune douleur. Nous avons trouvé ainsi un excellent sujet suggestible.

Au contraire le tracé de la figure 218 a été donné par un jeune homme très peu suggestible. Il montre nettement le mécanisme cérébral. Le sujet apprécie les longueurs des 5 premières lignes, presque sans erreur de proportion. A la 6e il est un peu influencé par l'idée d'accroissement, mais, il s'aperçoit de son erreur, il lutte et revient à une plus juste appréciation. Il y a encore un léger doute, puis à partir de la 10e ligne, les derniers traits ne s'écartent pas d'un millimètre de la longueur réelle.

Cette personne, qui avait d'abord subi une autosuggestion d'accroissement, a ensuite réagi. Il faut donc conclure qu'elle sera presque complètement insensible à la suggestion imposée, parce que c'est une action brutale contre laquelle sa raison se révoltera. Pour l’influencer, il faudra s'adresser à la conscience qui défend le cerveau contre toute irruption non acceptée. On ne pourra influencer ce sujet que par la suggestion raisonnée ou par la suggestion indirecte car, ne l'oublions pas, nous sommes d'autant plus accessibles à ces deux formes de suggestion que les facultés supérieures de notre esprit sont plus éveillées.

Cette expérience ne porte ses fruits que la première fois qu'elle est réalisée. Il va de soi que si on la reproduisait sur les mêmes sujets ou sur les mêmes témoins, elle n'aurait plus la même valeur. Les sujets d'expérience, connaissant d'avance le résultat, ne suivraient pas leur sensation personnelle, mais chercheraient à se rappeler ce qui s'est trouvé exact la première fois. D'autres, au contraire, ceux qui sont très suggestibles, augmenteraient encore leur erreur en s'efforçant de la combattre. De toute manière, le résultat ne serait plus le même: l'autosuggestion d'accroissement étant combattue ou aidée se trouverait partiellement ou complètement sans effet.

Il y a donc lieu, pour une seconde expérience, de varier la longueur des lignes entre elles. Voici comment nous intentons cette deuxième expérience.

 

Deuxième expérience

 

Cette expérience a aussi pour but de créer dans l'esprit de chaque personne une autosuggestion d'accroissement des lignes. Mais le rapport de cet accroissement est différent. Nous employons toujours 20 cartons, car en procédant ainsi, le sujet a tout le temps soit de subir l'autosuggestion et de la mettre largement en vue, soit de résister à sa première impulsion, si elle a été subie par surprise au début de l'expérience. L'accroissement n'est plus régulier jusqu'à la 5e ligne pour s'arrêter ensuite. Il s'accroît, puis s'arrête pour reprendre, s'arrête de nouveau, reprend et ainsi de suite. Voici la longueur des lignes :

 

1re ligne longueur

2e

3e

4e

5e

6e

7e

8e

9e

10e

 

5 centimètres

10

15

20

20

25

25

30

30

30

11e

12e

13e

14e

15e

16e

17e

18e

19e

20e

35

35

35

40

40

40

45

45

45

45

 

Si nous figurons ces lignes les unes au-dessous des autres, nous obtenons la figure ci-contre.

On remarquera que l'idée qui se dégage de l'ensemble des lignes est une accroissement, mais cet accroissement présente des arrêts; il est en forme d'escalier. La progression n'est pas géométrique mais arithmétique. La différence de longueur entre une ligne et celle qui indique un nouvel accroissement est toujours de 5 centimètres. Il y a accroissement régulier des quatre premières lignes qui mesurent respectivement 5, 10, 15 et 20 centimètres. La ligne 5 est de même longueur que la ligne 4, puis la progression continue. La ligne 6 mesure 25 centimètres: La ligne 7 est de même longueur. Puis, nouvelle progression pour la ligne 7 (20 centimètres), et les lignes 9 et 10 marquent un temps d'arrêt. Nouvelle progression de la ligne 11 à 35 centimètres, puis arrêt à cette longueur des lignes 12 et 13. Ligne 14: 40 centimètres, et la mesure reste fixe pour les lignes 15 et 16. Enfin, dernier accroissement à la ligne 17 qui atteint 45 centimètres et cette mesure reste fixe aux lignes 18, 19 et 20.

image

Fig. 219. — Deuxième expérience. Rapport de toutes les lignes entre elles.

 

Plus les sujets manquent d'attention et moins ils observent les arrêts de progression. Au contraire, plus l'attention est soutenue, et plus le sujet se rend compte de ces arrêts.

Ce dispositif donne des résultats des plus intéressants; nous l'avons employé avec le plus grand succès. Comme le précédent, il nous a révélé de grands suggestibles, à qui nous avons pu, séance tenante, imposer des suggestions, soit expérimentales, dans un but de démonstration devant un auditoire, soit curatives, pour combattre chez les sujets des habitudes nuisibles: habitude de boire, de priser ou de fumer, envies irrésistibles de l'un ou de l'autre, onanisme, kleptomanie, mensonge invétéré, etc. Nous avons pu aussi, dans un aussi bref délai, donner de très utiles suggestions éducatives à des enfants peu appliqués ou manquant de mémoire, par suite de leur inattention ou à des enfants méchants ou vicieux, n'ayant pas assez de volonté ou d'affectivité pour revenir, d'eux-mêmes, à des habitudes meilleures.

 

image

Fig. 220. — Tracé obtenu par une personne très suggestible. Le sujet a subi fortement l'autosuggestion d'accroissement.

 

La seconde expérience diffère peu de la première. La disposition des tracés change seule, mais le principe sur lequel elle repose est identique. C'est la même préparation accomplie en vue d'augmenter la suggestibilité, mêmes recommandations, même mise en scène. Il convient, surtout dans les suggestions curatives ou éducatives, de frapper fortement l'imagination du sujet, afin que la suggestion se propage profondément en lui.

Obligés de nous limiter, nous ne donnerons qu'un seul exemple des résultats de cette expérience. Nous prenons le tracé d'une personne très suggestible.

On voit par l'examen de cette figure combien le sujet a, subi l'autosuggestion d'accroissement des lignes. Il n'a pas vu — ou très peu — les arrêts de progression. Il n'a pas évité le piège. L'expérience a prouvé que cette personne, complètement ignorante des questions psychiques, croyant à l'action de compères quand elle assistait à des expériences de suggestion, était elle-même des plus accessible à la suggestion imposée. Par suggestion verbale, je l'empêchai aisément de se lever de sa chaise, de marcher, de s'asseoir..., je lui raidis le bras en une contracture puissante, et tout cela à l'état de veille, quelques minutes à peine après le début de l'expérience et malgré une résistance véritablement acharnée.

Ce procédé est donc utile, rapide, d'un usage parfaitement simple et coûtant peu à établir: quelques cartons, du papier, de l'encre, des crayons suffisent. II est, en outre, infiniment varié.

Nous ne donnons ici que deux projets d'expériences, mais nos élèves sont à même de faire à loisir toutes les combinaisons de lignes qui leur paraîtront utiles pour créer une autosuggestion d'accroissement

Quelques conseils utiles: pour créer cette autosuggestion, il faut que l'accroissement soit très net, très évident. C'est pourquoi nous ajoutons, chaque fois que nous produisons un changement de longueur, la longueur de la première ligne. La seconde, donc, est double de la première. Plus longue ou plus courte, l'effet serait diminué, parce que l'esprit saisit mieux un rapport chiffrable, rythmique, qu'un rapport sur des nombres compliqués. Il faut aussi, pour que la suggestion d'accroissement s'impose à l'esprit, qu'elle soit constante et régulière pendant les 5 ou 6 premières lignes. Il serait prématuré d'arrêter cet accroissement à la seconde ligne par exemple: l'impression d'allongement constant et progressif n'aurait pas eu le temps de s'enraciner dans l'esprit, celui-ci serait mis sur ses gardes par un arrêt trop brusque et l'expérience ne donnerait que des résultats incertains. Il est nécessaire aussi que les tracés présentés par vous soient très nets, faits largement, à contours bien définis, afin que le regard les saisisse immédiatement et avec la plus exacte netteté. Plus le trait est net, plus l'autosuggestion est rapide. N'employez que du noir. Les effets donnés par les autres couleurs, même les plus éclatantes: rouge, bleu, etc, sont beaucoup moins précis.

Pour les feuilles que vous remettez aux sujets, ayez soin qu'elles soient bien larges. Calculez avec soin le rapport des lignes entre elles, de manière à ce que la dernière ligne, calculée par rapport à celle que vous tracez (la première de leur feuille) ne dépasse pas le milieu de la page. En effet, ce grand blanc à droite de la feuille augmente la suggestibilité: le sujet a tendance à se précipiter dans ce grand espace et à allonger encore les lignes.

Autre conseil: menez l'expérience rapidement, afin que le sujet n'ait pas le temps de réfléchir. C'est pourquoi nous comptons à haute voix à intervalle d'une seconde et laissons toutes les 5 secondes tomber un carton. Après étude, nous avons reconnu que le délai de 5 secondes est ce qu'il faut, assez court pour que le sujet soit obligé de se hâter, mais suffisant tout de même pour qu'il ait le temps de faire son tracé.

 

Troisième expérience

 

Vous pouvez varier le mode d'autosuggestion. Au lieu d'une idée d'accroissement, vous pouvez imposer l'impression inverse. Il vous suffit d'établir 20 cartons avec des lignes de longueurs décroissantes de 30 centimètres à 10 centimètres en diminuant par 5 centimètres. Les lignes diminuent de longueur régulièrement jusqu'à, la 5e ligne, puis la longueur de cette ligne est maintenue jusqu'à la 20e ligne.

Cette expérience se présente donc ainsi:

 

1re ligne longueur

2e

3e

4e

5e

6e

7e

8e

9e

10e

30 centimètres

25

20

15

10

10

10

10

10

10

 

11e

12e

13e

14e

15e

16e

17e

18e

19e

20e

10

10

10

10

10

10

10

10

10

10

 

Quatrième expérience

 

Vous pouvez faire une variante de cette expérience en établissant 20 autres cartons avec des lignes de longueurs décroissantes, mais en marquant des temps d'arrêt.

Par exemple:

 

1re ligne longueur

2e

3e

4e

5e

6e

7e

8e

9e

10e

 

30 centimètres

25

20

15

15

15

15

10

10

10

11e

12e

13e

14e

15e

16e

17e

18e

19e

20e

 

10

10

10

10

10

5

5

5

5

5

 

 

Vous pouvez en imaginer d'autres à votre choix, mais ne présentez jamais les mêmes tracés devant les mêmes sujets, car leur mémoire visuelle a enregistré ces sensations, ils se souviendraient des pièges qui leur ont été tendus par ce moyen, et les éviteraient en tout ou en partie. L'expérience se trouverait faussée de ce fait. Il est même nécessaire de prévenir les personnes que vous ne faites jamais deux expériences semblables, qu'elles ne doivent donc pas se laisser influencer par un résultat obtenu antérieurement et connu d'elles. Au contraire, qu'elles portent toute leur attention sur la nouvelle expérience à laquelle vous les soumettez.

 

Cinquième expérience

 

Vous pouvez également combiner des expériences avec des lignes d'abord croissantes puis décroissantes, et vice-versa. Toutefois, ne supposez pas que des expériences compliquées induiront plus facilement le sujet en erreur. Au contraire, la simplicité de votre procédé est le meilleur moyen de le mettre en confiance, de laisser vaguer son attention, une fois qu'il croit avoir trouvé la loi constante de votre accroissement ou décroissement. C'est pourquoi notre première expérience d'accroissement simple peut utilement servir de type.

Au cas ou vous seriez désireux de tenter une expérience avec des lignes d'abord croissantes puis décroissantes, il faut nécessairement que l'autosuggestion que vous essayez de donner soit très nette. Voici les longueurs de lignes que nous avons souvent utilisées avec succès:

 

1re ligne longueur

2e

3e

4e

5e

6e

7e

8e

9e

10e

 

5 centimètres

10

15

20

25

30

35

40

45

50

 

11e

12e

13e

14e

15e

16e

17e

18e

19e

20e

 

55

50

45

40

35

30

25

20

15

10

 

On voit, en examinant ce tableau, que les 11 premières lignes augmentent régulièrement de longueur et qu'au-delà de la onzième ligne, les lignes décroissent dans la même proportion. Dans une telle expérience, il faut se borner à donner une idée simple: celle d'un accroissement très net, puis d'un décroissement aussi net. Il ne faut pas tenter un accroissement ou un décroissement en escalier, car les temps d'arrêt rendraient souvent l'expérience peu nette. Toujours avoir présent à l'esprit que plus l'idée que vous tendez à imposer sera simple et plus elle s'exécutera facilement.

Nous avons dit qu'il était utile de placer le sujet dans des conditions qui l'impressionnent afin que son attention soit troublée. C'est pourquoi nous conseillons de faire les expériences devant un public nombreux. Cependant, vous serez souvent amené à constater le degré de suggestibilité d'une seule ou de deux personnes. Vous vous trouvez chez quelqu'un et vous désirez apprécier sa suggestibilité. Vous ne pouvez naturellement pas convoquer une assistance nombreuse. Il en est de même pour étudier la suggestibilité d'un enfant confié à vos soins; vous ne pouvez le présenter en public. Force vous est de soumettre votre ami ou votre élève à une expérience isolée. Il est certain que la tranquillité qui lui vient de cet isolement lui fournit là possibilité d'une meilleure maîtrise. Mais votre expérience réussira cependant. Faites ce que vous feriez en public. Placé devant votre table, faites asseoir devant vous le sujet de l'expérience; expliquez-lui, sur une fausse donnée, le motif qui vous fait agir et présentez-lui les cartons. Vous arriverez ainsi à d'excellents résultats.

En étudiant la suggestion dans la vie sociale, nous verrons qu'un très grand nombre de personnes la subissent; or, c'est un fait constant, devant un public, nous sommes intimidés, nos facultés conscientes sont moins actives. Beaucoup d'entre-nous sont sujets au trac et perdent avec leur sang-froid, les qualités qui les auraient fait briller. Ce sont autant de signes révélateurs de la suggestibilité.

 

Calcul du coefficient de suggestibilité

 

Etablir, par un dessin visible, aux yeux de tous, le degré de suggestibilité de chacun est déjà une très bonne chose, mais il est mieux encore de fixer par un chiffre le degré de cette suggestibilité par rapport à celle des autres personnes. Il n'y a point alors d'hésitation possible. Entre plusieurs personnes, vous pouvez déterminer en quelques minutes quelle est la plus suggestible.

Ce coefficient de suggestibilité s'établit d'une façon très simple. Prenons la première expérience: elle a pour but de créer une autosuggestion d'accroissement de longueur. Plus la personne soumise à cette expérience est suggestible, et plus les lignée s'allongent. En calculant les excédents de longueur et en les totalisant, j'obtiens un nombre qui me donne, avec une parfaite exactitude, le degré de suggestibilité du sujet en expérience. Devant un nombre, il ne peut y avoir ni doute, ni hésitation possible.

Dans la première expérience, nous avons les 5 premières lignes mesurant respectivement5, 10, 15, 20 et 25 centimètres, puis les 15 lignes suivantes ont la même longueur. Pour établir le coefficient, je mesure en millimètres les erreurs qui manifestent la force de l’autosuggestion.

Voici deux exemples.

Le premier est fourni par une personne très suggestive.

image

Fig. 221. — Calcul de coefficient de suggestibilité d’une personne très suggestible.

 

Accroissement des lignes, à partir de la 5e:

 

5e ligne, accroissement

6e

7e

8e

9e

10e

11e

12e

 

11 millimètres

15

23

26

38

45

59

60

13e

14e

e15e

16e

17e

18e

19e

20e

 

Total

 

65

70

68

73

76

77

81

86

 

873

 

Ce nombre est le coefficient de suggestibilité pour cette première expérience.

Considérons maintenant la figure donnée par une personne très peu suggestible. Les mêmes lignes présenteront seulement l'excédent suivant:

 

5e ligne, accroissement

6e

7e

8e

9e

10e

11e

12e

 

 

5 millimètres

8

5

7

7

7

7

7

 

 

13e

14e

15e

16e

17e

18e

19e

20e

 

Coefficient

7

7

7

7

7

7

7

7

 

109

 

En rapprochant ces deux calculs, on voit que la personne qui a un total de 873 est beaucoup plus suggestible que celle qui n'a que 109. L'expérience le démontre. Par suggestion, essayez d'endormir la personne qui a un coefficient de suggestibilité très élevé, vous y arriverez, tandis que la seconde sera réfractaire à toute suggestion imposée,

Pour la première expérience, je calcule seulement à partir de la 5e ligne, car c'est seulement à ce moment que la suggestion d'accroissement commence à se manifester. Dans la seconde expérience, je fais mon calcul à partir de la 4e ligne.

Il arrive — très rarement d'ailleurs — qu'une personne très suggestible trace certaines lignes un peu plus courtes qu'elles ne sont en réalité. Dans ces conditions, il suffit de totaliser tous les excédents de longueur et de soustraire ensuite les longueurs en moins.

image

Fig.. 222. — Calcul du coefficient de suggestibilité d'une personne peu suggestible.

 

Cela paraît d'abord peu juste, puisque les tracés trop courts sont aussi des erreurs, mais, quand nous voulons créer une autosuggestion d'accroissement, la longueur « en moins » est un signe de lutte, de reprise, en un mot, une défense contre la suggestion. A ce point de vue, certains tracés sont une image fort exacte du combat qui se livre entre le conscient et l'inconscient du sujet. Au demeurant, la soustraction de « longueurs en moins » ne saurait fausser le coefficient de suggestibilité, car elles se produisent très rarement, et en des proportions infimes. S'il se trouvait des écarts considérables en moins, ils proviendraient de personnes qui, déjà, ont été soumises à des expériences similaires et qui résistent de toute leur force, qui se buttent contre l'autosuggestion. Ces écarts considérables sont aussi indicateurs de la suggestibilité que l'excès contraire. En effet, ceux qui résistent avec cet acharnement sont des entêtés et cet état d'esprit est, contrairement à ce que l'on pense, un signe de suggestibilité.

Pour éviter ces inconvénients qui peuvent nuire à la précision du diagnostic de la suggestibilité, il est préférable que le secret de l'expérience soit gardé. En procédant ainsi, la sensation conserve toute sa force.

Encore une petite restriction: ceux qui ont exercé leur attention visuelle comme les architectes, les peintres, les géomètres et tous ceux dont la profession aiguise la perception des distances et de leurs rapports, peuvent être très suggestibles et ne pas présenter de troubles de l'attention dans les expériences que nous venons d'indiquer. Mais, s'ils sont suggestibles, ils seront facilement décelés par d'autres expériences dont nous allons parler.

Si on voulait faire l'expérience en plus grand, sur scène devant un très nombreux public, il serait bien d'avoir un appareil placé assez haut pour être vu de tous les sujets d'expériences et qui découvrirait automatiquement et successivement les différentes lignes.

Dans ses expériences sur les enfants, Binet ne se servait pas de cartons, mais d'une simple feuille de papier mesurant 60 centimètres de long sur 12 centimètres de large et il découvrait les lignes successivement. Dès qu'une ligne avait été aperçue par l'élève, il la cachait afin que l'élève ne pût la regarder après l'avoir tracée, lui enlevant ainsi un moyen de contrôle en opposition avec la suggestibilité. Il découvrait la ligne suivante à 7 secondes d'intervalle. Nous préférons de beaucoup notre procédé qui augmente la suggestibilité par la mise en scène que nous avons conseillée.

 

Suggestion motrice

 

Nous l'avons déjà dit: toute pensée tend à se traduire en acte. Si vous entendez crier: « au feu », vous vous précipitez sans même réfléchir. Il en est de même dans les couloirs du métro où nous courons, en vrais moutons de Panurge, même si nous ne sommes pas pressés, uniquement parce que l'on court à côté de nous. Si l'on crie: « levez-vous » à un sujet très suggestible, il se lève immédiatement, sans songer à demander pourquoi; à plus forte raison n'opposera-t-il pas de résistance.

Jusqu'à quel point sommes-nous accessibles à cette suggestion motrice ? Beaucoup plus que nous sommes tentés de le croire.

Pour mettre en lumière cette suggestibilité, le Docteur Bérillon fait une expérience très simple. Il cherche à obtenir la réalisation d'un acte peu compliqué. Il procède à l'état de veille sur des enfants dont il veut connaître le degré de suggestibilité, en vue d'une action curative ou pédagogique. Voici comment il procède:

« Après avoir fait le diagnostic clinique, et interrogé l'enfant avec douceur, dit-il, je l'invite à regarder avec une grande attention un siège placé à une certaine distance au fond de la salle, et je lui fais la suggestion suivante: « regardez attentivement cette chaise, vous allez éprouver malgré vous le besoin irrésistible d'aller vous y asseoir. Vous serez obligé d'obéir à ma suggestion, quel que soit l'obstacle qui vienne s'opposer à sa réalisation. » J'attends alors le résultat de l'expérience. Au bout d'un peu de temps (une ou deux minutes) on voit ordinairement l'enfant se diriger vers la chaise indiquée, comme poussé par une force irrésistible, quels que soient les efforts que l'on fait pour le retenir. »

Cette expérience n'est vraiment nette que chez les enfants très suggestibles. Chez les autres, elle donne peu de résultat.

 

Nous faisons une expérience de même ordre. Elle ne s'adresse pas seulement à des enfants, mais à tout le monde. Nous ne laissons pas à la personne le temps de réfléchir. Au contraire, la surprise est un élément de réussite. La suggestion ainsi imposée est acceptée sans discussion. Elle montre exactement le degré de suggestibilité des sujets à examiner, et cela d'une façon évidente, indiscutable. Ce procédé est très rapide: il ne doit pas durer plus de quelques secondes.

Si on procède avec un certain nombre de personnes, 10 ou 12, par exemple, on peut, en un temps très court, classer ces personnes par degré de suggestibilité. De plus, cette méthode se recommande par son extrême facilité d'application: aucun frais, aucun appareil, seulement un carton ou une feuille de papier sur lequel vous écrivez en très gros caractère, un mot quelconque. Il ne faut cependant pas oublier les recommandations que nous avons faites relativement à la mise en scène, en parlant des troubles de l'attention. Il y a là une force de suggestion qu'il y a lieu de ne pas omettre.

Voici comment procéder:

Les sujets d'expérience sont placés sur deux rangs, les chaises assez écartées pour que ceux du second rang n'aient aucun effort à faire pour voir distinctement ce qui leur est montré.

Ici, comme dans les précédentes expériences, je demande aux personnes qui se prêtent à l'expérience de faire un effort d'attention, le plus grand possible, mais je ne cherche plus à leur donner une autosuggestion. Je cherche seulement à faire fléchir l'attention par une brusque suggestion.

 

image

Fig. 223. — Expérience de suggestion motrice (préliminaires)

 

J'écris donc sur un carton — assez grand pour que l'écriture soit très grosse (le carton mesure environ 25 centimètres de long sur 15 centimètres de hauteur) — un mot quelconque, BONJOUR, MERCI, DIMANCHE ou tout autre. Je le recouvre d'un second carton qui me sert à le dissimuler; je découvrirai le mot au moment précis où je l'estimerai convenable. A défaut de carton, on peut prendre du papier, mais le carton, étant bien rigide ne se déforme pas, le mot écrit qu'il supporte demeure donc bien lisible; un papier, au contraire, se déforme et rend la lecture instantanée plus difficile, surtout à ceux qui sont placés de côté. Le mot écrit doit être tracé en grosses lettres bien nettes, en grandes capitales, par exemple; mais sans fioritures.

Je dispose mes deux cartons comme dans les expériences sur l'attention, l'un contre l'autre, placés verticalement sur la, table sur le sens de la longueur. Lorsque je lâcherai le premier carton, il tombera en avant, à plat sur la table, et le moi tracé sur le second carton apparaîtra immédiatement aux personnes assises devant moi.

Ces dispositions préalables étant prises, m'adressant aux personnes qui se prêtent à l'expérience, j'explique comment je vais procéder:

image

Fig. 224. — Expérience de suggestion motrice

Au moment précis où est découvert le carton sur lequel est inscrit le mot. « Bonjour » que les auditeurs doivent lire sans se laisser distraire, l'expérimentateur prononce la suggestion: « Levez-vous ! » Plus les sujets sont suggestibles et plus ils subissent cet ordre impératif.

 

« Je veux me rendre compte de la personne d'entre vous qui a le coup d'œil le plus juste. Sur un des cartons, j'ai écrit un mot en gros caractère. Je vais compter jusqu'à 10 et, arrivé à ce nombre, je découvrirai à vos yeux le carton qui porte ce mot. Dès que vous l'aurez aperçu, vous devrez le prononcer à haute voix. Votre attention doit être accaparée par cette seule pensée, vous ne devez subir aucune distraction. »

Ceci étant bien compris, commencez par attirer l'attention de votre auditoire. Dites, avec une calme fermeté: « Attention, je commence l'expérience » et comptez, à intervalles d'une seconde, avec la régularité d'un chronomètre: « 1... 2. . . 3. .. 4.. . 5.. . 6. .. 7. . . 8. . . 9. . . 10. » A ce moment précis, laissez tomber le premier carton qui permet de voir, sur le carton resté debout, le mot que chacun doit lire. Et pendant que le carton tombe sur la table, immédiatement, sans attendre plus d'une seconde, prononcez d'une voix très forte, sur un ton autoritaire, la simple injonction: « LEVEZ-VOUS ! »

 

 

L'effet de cette suggestion est extraordinaire. La plupart des personnes ne pensent plus à lire ce qui est écrit sur le carton et se lèvent instinctivement, comme si elles étaient mues par un ressort.

Cette expérience met nettement en valeur, d'une façon très rapide, la suggestibilité de chacun et le degré auquel il est soumis à la suggestion faite sous une forme imposée. Plus la personne se lève rapidement et complètement, plus sa suggestibilité est grande.

Le grand suggestible manque d'attention: on lui dit de ne penser qu'à lire le mot, mais son attention mauvaise ne se fixe pas sur le commandement; cette idée n'accapare pas tout son cerveau. Il y garde une place pour d'autres pensées, notamment pour celle que vous introduisez par surprise, violemment.

Ce procédé est infaillible. Il n'est pas de personne sensible à la suggestion imposée qui puisse lui résister. Il nous permet, chaque fois que nous faisons des conférences ou des démonstrations publiques de trouver, en quelques secondes, les personnes les plus suggestibles de l'auditoire.

Il est curieux de faire l'expérience devant un certain nombre de personnes. Si votre expérience est bien menée, il en est à peine deux ou trois qui, si elles sont entraînées à la concentration mentale, résistent à la suggestion motrice et prononcent le mot écrit sur le carton. Quelques autres, 3 ou 4 tout au plus, ont eu le temps de lire, mais pas celui d'énoncer à haute voix ce qu'elles ont lu. Enfin, les autres, non seulement n'ont pas pris le temps d'énoncer, mais pas même celui de lire : elles se sont levées automatiquement, avec d'autant plus de précipitation que votre suggestion est faite avec plus de rapidité, de force, d'autorité.

La suggestion agissant par surprise, on comprend aisément la nécessité qu'il y a de tenir l'expérience secrète. Elle ne doit pas être présentée deux fois devant les mêmes personnes, car celles-ci résisteraient, feraient effort pour mettre un frein a leur inconscient et y parviendraient dans la mesure de leurs forces. Si vous refaites cette expérience devant un auditoire dont une partie est au courant de votre procédé, ayez soin de recommander le silence à ceux qui en connaissent le mécanisme. Sans cette précaution, le résultat se trouverait faussé.

J'ai dit pourquoi il est préférable de faire ces expériences devant un public nombreux: les personnes qui se prêtent volontairement à l'expérience sont mises dans les meilleures conditions de suggestibilité. Elles sont déjà troublées, intimidées, influencées d'avance par vous-même et par l'auditoire. Toute fois, cette expérience peut être faite avec succès devant une ou deux personnes, le résultat n'en est pas moins rapide et moins net si vous savez en montrer tout le sérieux et si vous en soignez les moindres détails.

Vous pouvez varier l'expérience, d'abord en changeant le mot écrit qui peut être, à votre gré: VICTOIRE ou CHARMANT ou tout autre, mais ne faites pas de phrase. Un seul mot donne une impression visuelle nette. D'autre part, vous pouvez remplacer la suggestion: « LEVEZ-VOUS ! » par une autre, aussi brève et aussi précise, comme « REGARDEZ ! » en désignant très rapidement du doigt un point situé de côté, comme s'il se passait quelque chose d'inattendu. Ceux qui suivront votre geste au lieu de lire le mot écrit sur le carton se révéleront d'autant plus suggestibles qu'ils se seront plus rapidement et plus complètement détournés, avant même d'avoir pris connaissance de votre inscription. Il est bon dans ce cas, d'augmenter la force de votre suggestion en faisant un geste rapide, le bras bien tendu, dans le sens de votre ordre. Veiller à ce que le mot écrit soit découvert au moment précis où vous faites votre suggestion. Il faut un synchronisme parfait.

Que la suggestion soit toujours simple et brève. Elle ne doit nécessiter qu'un geste vite accompli, ne donnant pas le temps de la réflexion. Aussi faut-il que votre ordre soit très court: un mot ou deux, tout au plus. Evitez que le sujet ait le temps de se reprendre. Agissez instantanément, par surprise. C'est à cette seule condition que votre expérience sera couronnée de succès.

De ces expériences de suggestion motrice, nous pouvons rapprocher celles qui ont pour but de créer des contractures musculaires.

 

Augmentation de la force musculaire par suggestion

 

Le Docteur Michaud, cherchant à se rendre compte du degré exact de suggestibilité, emploie trois procédés qui lui permettent de découvrir si tel malade est sensible à ce qu'il appelle le premier, le second et le troisième degrés.

Un malade est suggestible au premier degré, dit-il, quand on peut, par affirmation répétée, et en un temps approximatif de cinq minutes, provoquer une diminution appréciable de la sensibilité d'un avant-bras.

La suggestibilité au second degré est la suggestibilité à la mobilité.

Au troisième degré, il s'agit de la suggestibilité à la vasomotricité.

Nous reviendrons sur les premier et troisième degrés. Pour l'instant, occupons-nous seulement du second degré et voyons comment le Docteur Michaud s'en rend compte.

Il assure au patient qu'en frôlant légèrement à deux ou trois reprises différentes son bras étendu, il provoquera dans ce membre une contraction telle que la flexion deviendra impossible. Ce phénomène, quand il est constaté — ce qui est très rare — dénote un état extrême de suggestibilité. Mais, s'il est exceptionnel de provoquer une contraction persistante par une seule suggestion, il est facile d'augmenter pendant un temps très court une contraction déjà, existante.

Nous avons déjà dit à quel point les idées et les émotions peuvent agir sur les muscles. La musique, par exemple, donne de puissantes suggestions motrices. Si, dans la rue passe un régiment, musique en tête, il n'est pas un gamin — sans parler des adultes — qui ne lui emboîte le pas, et nous voyons tous les promeneurs, et nous-mêmes, changer le rythme de leur marche pour l'accorder à celui de la musique.

En manœuvres, si l'étape est longue, c'est la musique qui soutient les marcheurs barrasses et leur donne la force d'arriver au but. Ils sont en marche depuis longtemps, pesamment chargés, la fatigue les accable; ils se laisseraient aller au découragement, si, à ce moment, un officier n'intervenait pour faire jouer une marche entraînante qui donne des jambes aux plus las. Et l'étape s'achève. Au feu, c'est la musique endiablée de la charge qui emporte les régiments dans les plus atroces dangers. Ces accents deviennent comme l'haleine furieuse des combattants; il s'en dégage comme une ivresse communicative. En outre du sentiment du devoir et de l'amour de la Patrie, l'émotion créée par la musique nous fait trouver dans nos réserves nerveuses des forces insoupçonnées.

On peut se servir de l'ergographe pour enregistrer l'augmentation de la force musculaire sous l'influence de la suggestion. L'ergographe de Dubois, plus simple que celui de Mosso, est d'une réelle utilité.

Cet appareil se compose d'un chariot avec poulie sur laquelle roule une cordelette supportant un poids de 5 à 8 kg La personne à soumettre à l'expérience saisit à pleine main une poignée fixée sur la planchette, passe l'index dans la boucle de la cordelette et soulève le poids rythmiquement, par exemple, toutes les 2 secondes. L'appareil trace automatiquement, sur du papier millimétrique, la hauteur du soulèvement. On obtient ainsi une courbe d'ordonnées dont il est facile de déterminer la valeur en kilogrammètres, en multipliant le poids soulevé par la hauteur de l'ordonnée.

Lorsqu'on a obtenu une première courbe sans suggestion, on laisse le sujet se reposer pendant un certain temps — un quart d'heure à une demi-heure environ — puis on recommence la même opération, cette fois, en faisant usage de la suggestion. On dit au sujet, d'un ton convaincu: « Vos forces sont plus élevées que tout à l'heure, vous les sentez grandir, grandir de plus en plus... tirez fortement... de plus en plus fortement. » Sous l'influence de cette suggestion, le tracé traduit plus de force que précédemment. Plus grand est l'écart entre les deux tracés, plus la personne est accessible à la suggestion imposée.

C'est une expérience de même ordre que l'on voit souvent sur une scène théâtrale: l'hypnotiseur suggère à son sujet qu'un poids de 5 kg pèse de plus en plus lourd. En écartant l'idée d'un compérage, toujours possible devant un grand public, il est certain que, dans une proportion variable, les grands nerveux subissent cette suggestion.

La pensée et la volonté ont une influence évidente sur notre activité musculaire. Tous ceux qui ont une volonté ferme, calme, peuvent utiliser leur énergie musculaire au mieux des travaux qu'ils ont à exécuter, et ils les exécutent d'autant mieux qu'ils agissent consciemment. Ceux dont la volonté réagit faiblement, comme les impulsifs qui sont les victimes de leur inconscient et s'épuisent vite, subissent avec force les suggestions motrices venant de l'extérieur. Ils ont des réserves qu'ils ignorent ou ne savent utiliser. Mais, vient-on à les entraîner, à les stimuler ? Ces forces sont mises en jeu avec une puissance qui les surprend eux-mêmes. On a vu des femmes faibles, nerveuses et délicates, dans un moment de grand danger, emporter à de longues distances des enfants qu'elles n'auraient pu soulever à l'état normal.

L'étude des manifestations musculaires de la suggestibilité nous offre le moyen de déceler aisément les sujets accessibles à la suggestion imposée. Plus les réactions motrices sont nettes, exagérées, et plus le sujet est suggestible.

 

Diminution de la force musculaire par suggestion

 

Si la pensée augmente nos forces musculaires, elle agit aussi en sens inverse.

Le professeur Dubois reconnaît dans ce qu'on appelle la fatigue, un élément psychique dont on n'a pas suffisamment tenu compte: la conviction de fatigue, qui n'est, selon lui, nullement proportionnée à l'épuisement réel et qui doit son origine à notre pessimisme natif, lequel s'exagère encore par la fatigue même.

« La fatigue vraie, dit-il, se double de l'autosuggestion de fatigue; il y a de l'ennui, du découragement dans notre lassitude, alors même que nous ne nous en rendons pas compte, que nous ne nous l'avouons pas. »

Si l'autosuggestion diminue nos forces, — et c'est un fait d'observation courante, — une suggestion imposée donne un effet encore plus net et cette modification dans la résistance musculaire peut être enregistrée par le dynamomètre. On sait que cet appareil est constitué par un simple ressort d'acier ellipsoïde, muni d'une aiguille indicatrice, mobile sur un cadran.

Voici comment on s'en sert:

Prier le patient qu'on soumet à l'expérience de se placer debout, les bras tombant verticalement, puis de prendre l'appareil en la main forte et après l'avoir solidement installé entre la paume et les premières phalanges, de le serrer une fois de toutes ses forces. On lit le chiffre indiqué par l'aiguille et on laisse reposer le sujet pendant 5 à 10 minutes. Cette précaution est absolument indispensable pour mener à bien la suite de l'expérience.

Lorsque le sujet est bien reposé, le prier de se mettre dans la station physique précédente, debout, bras pendant le long du corps, l'appareil tenu de la même façon dans la même main. Faire alors, pendant une minute environ, la suggestion suivante: « votre bras devient lourd, extrêmement lourd, l'épaule s'engourdit considérablement; le bras, l'avant-bras s'engourdissent; les doigts deviennent raides, extrêmement raides; ils sont maintenant absolument incapables de serrer, » et de suite dire au sujet: « serrez maintenant ». Et on lit le chiffre indiqué à l'aiguille.

On constate très souvent que la force musculaire a diminué; la diminution est d'autant plus grande que le patient est plus suggestible.

Chez certains, la force tombe à zéro; chez d'autres, elle diminue de trois quarts, de moitié, de un quart. Chez un petit nombre — les réfractaires — elle est identique.

On rencontre — quoique exceptionnellement — un certain nombre de personnes, parmi lesquels les grands hystériques et des gens à esprit de contradiction puissant, qui sont plus forts après la suggestion qu'avant.

Le Docteur Gaston Durville qui s'est servi du dynamomètre a établi une échelle de suggestibilité qui permet de classer les sujets influencés en cinq catégories:

La première catégorie comprend ceux dont la force musculaire, après suggestion, tombe à zéro. Ce sont les sujets à « suggestibilité névropathique ». Presque tous sont de vrais malades de l'esprit, quoique beaucoup d'entre eux vivent de la vie normale. Ce sont des impulsifs, dont « on fait tout ce qu'on veut ». Faibles, abouliques, ils ont besoin d'être guides dans la vie. Ce sont les meilleurs sujets pour les hypnotiseurs et les suggesteurs.

 

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Fig. 225. — Expérience de suggestion tendant à augmenter l'effort musculaire.

L'accroissement de puissance musculaire est enregistré au dynamomètre. Une échelle graduée, ajoutée à l'appareil, permet de classer les personnes suggestibles en cinq catégories.

 

Les trois catégories suivantes comprennent les gens dont la force musculaire, après suggestion, diminue de trois quarts, de demi, de un quart.

Quoique cela semble assez étrange à première vue, c'est dans ces trois catégories qu'il faut faire rentrer la très grande majorité des gens. N'oublions pas que nous sommes presque tous suggestibles.

Dans une réunion de médecins, mon frère a pu influencer fortement plusieurs confrères réfractaires à nos idées et qui résistaient de toutes leurs forces. L'un d'eux, le Dr André C. un gaillard qui pèse environ 80 kg, remarquablement musclé, qui excelle dans les sports violents et se flatte d'avoir une volonté solide, vit sa force musculaire tomber brusquement d'un bon quart après quelques injonctions énergiques.

Dans la cinquième catégorie, il faut classer les réfractaires. Ils sont peu nombreux. Retenons qu'on peut trouver, exceptionnellement, des névropathes très suggestibles, des hystériques à esprit de contradiction, qu'on ne peut influencer au dynamomètre.

 

Nous l'avons dit: toute idée tend à se traduire en actes, Les grands nerveux dont les idées affluent au cerveau avec une vitesse cinématographique, font beaucoup de gestes et parmi ceux-ci beaucoup échappent au contrôle volontaire. Ce fait nous offre un moyen de contrôler la suggestibilité. Plus la personne a de contractions échappant à sa volonté, plus elle est influençable par suggestion imposée.

Il est facile, par l'expérience suivante, de se rendre compte de cette activité musculaire non contrôlée.

Nous plaçons devant nous la personne dont nous voulons apprécier la suggestibilité et lui faisons tenir les bras étendus horizontalement et bien allongés. Nous plaçons une de nos mains sous chacun de ses poignets et nous lui recommandons de se détendre aussi complètement que possible. Nous lui disons alors, d'un ton autoritaire, mais calme: « Vous allez détendre vos muscles, de plus en plus... de plus en plus... vos muscles deviennent souples... de plus en plus souples... ». Puis nous retirons brusquement nos mains qui soutenaient les poignets.

Si la personne a la maîtrise de ses muscles et sait les détendre, ses bras tombent immédiatement le long de son corps comme des corps inertes. Le plus souvent, les bras s'abaissent doucement, preuve que la personne n'a pas détendu complètement ses muscles. Mais il arrive aussi que quelques personnes restent les bras étendus, comme s'ils étaient encore soutenus. Ces dernières sont des personnes qui n'ont pas d'empire sur elles-mêmes; elles sont très suggestibles par suggestion imposée. Ce procédé, quoique moins précis que celui qui est basé sur les troubles de l'attention, rend néanmoins de grands services.

Cette expérience peut être refaite un certain nombre de fois sur la même personne, car celle qui ne sait pas se détendre, faute de commander à ses muscles, n'acquerra pas cette maîtrise immédiatement. Il en est de ce fait comme de la volubilité de parole: dites à un nerveux, qui parle avec une rapidité excessive, de modérer son débit, de parler doucement, posément, il n'y arrivera pas.

Le procédé se basant sur la détente des membres supérieurs est facile à pratiquer. Nous le conseillons à nos élèves qui veulent, en public, découvrir très rapidement des sujets suggestibles.

Envisageons maintenant les perturbations sensorielles que l'on peut créer par suggestion et qui servent à établir le diagnostic de la suggestibilité.

 

Hallucinations visuelles suggérées

 

Si on a quelque pratique de la suggestion, si on sait la faire avec une certaine autorité, il est assez facile de créer, à l'état de veille, chez les grands nerveux, des hallucinations visuelles, olfactives, auditives.

Le professeur Yung, de Genève, a fait, à l'état de veille, sur des personnes normales, des expériences méthodiques, pour établir les effets de la suggestibilité.

Voici comment il a procédé:

II avait, dans son laboratoire, de jeunes étudiants qui s'exerçaient, sous sa direction, à l'usage du microscope. Pour reconnaître le degré de leur suggestibilité, il plaçait sur le porte objet une préparation quelconque, sur laquelle il leur donnait des détails aussi circonstanciés qu'imaginaires. Il priait ensuite des débutants de regarder dans le microscope et de lui décrire ce qu'ils voyaient. Très souvent, les étudiants voyaient les détails annoncés par le professeur et au besoin les dessinaient.

Cette expérience est intéressante, mais il y entre un élément qui peut fausser le diagnostic, c'est la crainte que l'élève peut avoir, s' il ne voit pas les objets décrits, de passer pour un stupide aux yeux du professeur et des autres élèves. Beaucoup, ceux surtout qui ont quelque vanité, affirment tout ce qu'on veut et dessinent, s'ils ont de l'imagination, des objets inexistants.

En étudiant la suggestion au point de vue expérimental, nous verrons qu'il est facile d'éliminer tout facteur pouvant fausser l'expérience.

 

Hallucinations olfactives suggérées.

 

Chez les grands nerveux, le sens olfactif peut être fortement affecté par une simple suggestion. Nous l'avons dit: l'enfant, le jeune homme sont plus suggestibles qu'une personne âgée; la foule est plus influençable que l'individu.

Voici une curieuse expérience intentée par le professeur E. E. Slosson:

Dans un cours public, il a suggéré à ses auditeurs la sensation d'une odeur forte. Voici comment: il a versé sur du coton de l'eau pure contenue dans une bouteille. Il a fait cette petite opération en détournant vivement la tête comme on fait lorsqu'on respire de l'ammoniaque, et il a ensuite annoncé qu'il s'agissait d'une nouvelle préparation chimique dont personne ne pouvait reconnaître l'odeur. Il émettait l'espoir que, bien que l'odeur de cette préparation soit extrêmement forte, aucun de ses auditeurs n'en serait incommodé. Pour savoir quelle serait la rapidité de diffusion de cette odeur, il demandait à toutes les personnes qui la sentiraient de lever la main. Au bout de 15 secondes, des personnes du premier rang levaient la main. Avant la fin d'une minute, les trois quarts de l'auditoire avaient subi la suggestion. L'expérience ne put être poussée plus loin, car quelques spectateurs, péniblement impressionnés par cette odeur imaginaire, se trouvaient incommodés au point de quitter la pièce. On les rassura et ils retrouvèrent l'usage normal de leur sens.

Nous pratiquons une expérience de même ordre et qui donne, souvent, des résultats très nets. Elle cherche à créer une hallucination olfactive mais, pour y réussir, nous prenons quelques précautions de mise en scène. Plus cette partie du programme est soignée, plus la suggestion a de chances de réussir.

Voici comment je procède en public:

Je prends un flacon de pharmacie en verre de couleur, bleu ou rouge, par exemple, et muni d'une étiquette très visible. Il est plein d'eau pure, mais j'annonce à mon auditoire qu'il contient un produit chimique dont l'odeur caractéristique est désagréable à certaines personnes. Je dis ensuite que je vais, par suggestion, chercher à perturber la perception que chaque personne aura de l'odeur et je prie ceux des auditeurs qui veulent bien se soumettre à cette expérience de faire effort pour reconnaître l'odeur qui va leur être présentée.

« Cette odeur, dis-je, est forte, désagréable pour la plupart, mais je suis en mesure d'assurer qu'elle ne peut présenter aucun danger pour personne. »

Puis, d'un geste décidé, autoritaire, je m'approche de la personne que je suppose être la plus nerveuse de la société, je débouche le flacon, le respire moi-même et fais le mouvement répulsif d'un homme qui a respiré une odeur violente et désagréable. Ce mouvement doit être très net. Je mets alors, d'un geste rapide, le flacon sous les narines du sujet en expérience en lui commandant de respirer fortement cette odeur. Si la personne est réellement suggestible, l'effet est saisissant: elle fait une grimace et détourne vivement la tête. Son sens olfactif a été violemment affecté.

Je vais aussitôt vers une seconde personne nerveuse, puis vers une troisième, une quatrième. Si l'expérience est bien menée, avec décision, autorité et d'un geste rapide, elle donne des résultats impressionnants. On fait ensuite constater que le flacon ne contient que de l'eau pure et il est curieux de voir que les sujets ont été affectés de manières différentes, l'un a senti l'ammoniaque, le voisin une toute autre odeur.

Si, dès la première tentative, vous avez pu découvrir une personne très nerveuse, l'expérience, ayant parfaitement réussi et sans discussion avec ce sujet, se continuera avec plus de facilité. Les autres sujets, impressionnés par la déclaration du premier, seront plus perméables à votre suggestion. Souvent j'ai vu non seulement des personnes à qui je présentais le flacon éprouver les sensations d'une odeur réelle, mais encore les personnes placées à côté ou derrière participer à cette action. Chacune perçoit plus ou moins vivement selon son degré de suggestibilité.

Cette expérience est très facile à réaliser: il suffit d'un flacon d'eau claire, mais ce flacon est la base de votre réussite, et vous devez le choisir avec le plus grand soin. Il est nécessaire à la bonne marche de votre expérience que vous choisissiez un flacon d'une origine très ostensiblement pharmaceutique: rien ne doit y manquer, ni la couleur du verre qui dissimule d'ailleurs la limpidité de l'eau, ni l'étiquette.

 

Troubles de la sensibilité

 

Les grands nerveux présentent très souvent des troubles de la sensibilité, que ce soit une exagération de cette faculté (hyperesthésie), ou une diminution plus ou moins grande qui, dans certains cas, peut aller jusqu'à l'abolition de la sensation (anesthésie). Chez les hystériques, on constate souvent une diminution de la sensibilité qui peut aller jusqu'à l'anesthésie complète: le malade ne sent pas la piqûre assez profonde d'une épingle dans une zone hypnogène, c'est-à-dire dans une partie du corps dont la pression amène le sommeil hypnotique. Dès qu'une personne n'est pas également sensible à la piqûre sur deux points symétriques du corps (poignets, avant-bras, parties latérales du front, joues, etc.) on peut conclure qu'elle, se trouve en déséquilibre nerveux; par conséquent elle est sensible plus ou moins à la suggestion imposée.

L'expérience peut aussi porter sur un seul côté du corps, comme l'ont fait MM. Victor Henry et Tawney qui ont étudié les troubles de la sensibilité tactile par suggestion. Ces expérimentateurs prenaient un compas ouvert sous un certain angle et le montraient au sujet; celui-ci ayant fermé les yeux, ils lui annonçaient qu'ils allaient le piquer entre les deux yeux, sans lui dire s'ils piqueraient avec les deux pointes ou une seule et s'ils modifieraient l'écartement des pointes du compas. Ils piquaient avec une seule pointe et, dans le cas de suggestibilité notable, le sujet percevait le contact et la piqûre des deux pointes et il en fixait l'écartement, avec un champ d'erreur d'autant plus grand que la suggestibilité était plus considérable.

MM. Victor Henry et Tawney ont procédé à cette expérience sur des enfants, mais elle réussit sur certains adultes. C'est même un excellent procédé pour découvrir les grands suggestibles.

M. Vitali a imaginé une variante de cette expérience:

II appliquait les deux pointes du compas sur la peau de l'élève qu'il interrogeait et, quand celui-ci avait librement évalué l'écartement des pointes du compas, l'expérimentateur se contentait de lui demander:

« En êtes-vous bien sûr? »

Cette simple et sommaire suggestion, faite avec douceur, suffit très souvent à porter le trouble dans le jugement de l'expérimenté et, pour peu qu'il soit suggestible, il cherche à « rectifier » ce qu'il estime pouvoir être une erreur. A. Binet, qui relate cette expérience écrit que 65 0/0 des élèves de moins de 15 ans revenaient ainsi sur leur appréciation tandis que, passé 15 ans, sans sortir de l'âge scolaire, la proportion devenait de 44 0/0. Sur des adultes, ayant acquis une certaine autorité la proportion est moins forte.

Les sujets suggestibles sont classés par le Docteur Michaud avons-nous dit, en trois catégories:

1°. — Ceux chez qui on peut amener par suggestion des troubles de la sensibilité;

2°. — Ceux chez lesquels on peut créer des troubles de la motricité — nous en avons déjà parlé;

3°. — Ceux chez qui on peut provoquer des troubles de vasomotricité, et sur lesquels nous aurons à revenir dans le cours de cette étude.

Ce qui nous occupe pour l'instant, c'est le premier degré: les troubles de la sensibilité.

« Un malade, dit le Docteur Michaud, est suggestible au premier degré quand on peut, par affirmation répétée et dans un temps approximatif de cinq minutes, provoquer une diminution de sensibilité appréciable d'un avant-bras. »

Voici comment il procède:

« Dans le genre de maladie que vous présentez, assure-t-il au malade, il est un symptôme curieux et qui, peut-être, a passé inaperçu: la sensibilité est moindre à gauche qu'à droite. Ainsi, du côté droit, vous sentez parfaitement la piqûre de cette épingle. A gauche, je puis vous affirmer que vous la sentirez beaucoup moins. »

Le Docteur Michaud dit avoir ainsi provoqué chez des sujets, qui n'avaient jamais été atteints de maladies nerveuses, de véritables anesthésies ou plutôt des hémi-anesthésies passagères; le plus souvent, il ne produisait qu'une hypoesthésie, mais appréciable. Bien qu'il n'ait pas dressé de statistique à proprement parler, le Docteur Michaud croit pouvoir fixer à 25 0/0 les cas chez lesquels la sensibilité s'est trouvée ainsi modifiée, sous l'influence de la suggestion.

Vous pouvez faire cette expérience avec succès dans une réunion nombreuse. Vous réussirez souvent à imposer votre suggestion, à la condition que celle-ci soit faite avec assurance, d'une manière calme, ferme et continue. Plus vous aurez d'autorité, plus votre expérience sera bien menée et plus vous aurez de chances de succès. Dites à la personne qui se prête à votre investigation: « Je vais vous piquer avec cette épingle et vous n'enregistrerez pas la sensation de la même manière, ni avec la même intensité, à chaque poignet » et les résultats répondront souvent à vos désirs. On rencontre des personnes qui, sur une simple suggestion, présentent des anesthésies profondes: une piqûre, même assez sérieuse, n'est pas perçue.

Chez les grands nerveux qui présentent des perturbations de la sensibilité: hyperesthésie, hypoesthésie ou anesthésie, on constate, quelquefois à l'état de veille, une extériorisation de la sensibilité. Cette extériorisation spontanée, si elle est plus accentuée, peut même aller jusqu'au dédoublement. Nous avons déjà parlé de ce phénomène. Il se rencontre souvent lorsqu'on plonge des sujets sensitifs dans les états profonds du sommeil magnétique.

Pour reconnaître, à l'état de veille, cette extériorisation: spontanée, il suffit de pincer à quelque distance de la peau (quelques millimètres, 1/2 centimètre, parfois à une distance plus grande). Le sujet éprouve aussitôt la douleur, comme il la ressentirait si on le pinçait directement. Agir, bien entendu, à l'insu du sujet.

Lorsqu'on se trouve en présence de sujets qui présentent du dédoublement spontané, ce qui est très rare, on peut réaliser l'expérience suivante indiquée par le Docteur Paul Joire.

Le Docteur Paul Joire se sert d'une pointe, métallique de préférence, comme une branche de ciseaux ou de compas, — mais on peut la remplacer par tout objet présentant une pointe mousse, un crayon, un morceau de bois, d'ivoire ou de baleine taillée, les résultats, quoique un peu moins accusés, n'en sont pas moins très visibles.

Si, tenant entre les doigts l'objet que vous avez choisi à la manière d'une plume à écrire, on en dirige la pointe vers le front (de préférence entre les deux yeux) d'une personne, celle-ci perçoit, exactement au point visé par l'instrument, une sensation de fourmillement et de pesanteur très accentuée. On augmente cette impression en laissant pendant quelques secondes l'instrument immobile à petite distance de la surface de la peau. A ce moment, et sans rapprocher la pointe de l'épiderme, vient-on à la promener en divers sens, soit sur le visage, soit sur les autres parties du corps, le sujet, yeux bandés, suit exactement les mouvements du crayon ou de la pointe et accuse le contact, encore qu'il ne se soit jamais produit. La distance à laquelle la sensation peut être perçue, de même que l'étendue de la surface sensible, varient essentiellement suivant la sensibilité des sujets: on peut se servir de ces variations pour établir le degré de sensibilité des sujets à l'action magnétique.

Le Docteur Joire a trouvé qu'en moyenne la distance sensible varie de 1 à 10 centimètres. Quant à la sensibilité comparée des diverses régions du corps, il la trouvée développée au plus haut point entre les deux yeux, sur le front et les diverses parties du visage, sur la face palmaire des mains, le cou. Cette sensibilité spéciale se développe et s'accroît parallèlement à la sensibilité magnétique.

L'extériorisation spontanée de la sensibilité est un phénomène très rare, mais lorsqu'on la rencontre elle dénote un sujet très sensible au magnétisme.

On peut aussi établir le diagnostic des troubles de la sensibilité par les procédés du Docteur Moutin et de notre regretté collaborateur M. Boirac, recteur de l'Académie de Dijon (imposition des mains sur les omoplates ou sur l'épaule — cette dernière à l'insu du sujet — et retrait de la main qui est suivie par le sujet, inconsciemment), ou par l'aimant (sensitivomètre de Hector Durville), mais ce sont des procédés encore plus indiqués pour révéler la sensibilité magnétique. Nous les avons étudiés en parlant du magnétisme.

Pour établir le diagnostic de la suggestibilité nous pouvons encore nous baser sur les troubles de vasodilatation.

 

Troubles de vasodilatation suggérés

 

Nous avons déjà dit que nos vaisseaux sanguins sont sous la dépendance des nerfs vasomoteurs, venant de notre système grand sympathique. Ces nerfs sont de deux sortes: vasoconstricteurs, ils contractent les vaisseaux pour faire cheminer le sang; vasodilatateurs, ils relâchent momentanément ces vaisseaux pour équilibrer le rythme circulatoire. Lorsque nous rougissons, que se passe-t-il ? Sous un choc émotionnel imprévu, il se produit une vasodilatation des vaisseaux capillaires placés directement sous la peau. Cette dilatation amène un afflux sanguin, qui, transparaissant à travers l'épaisseur de la peau, donne ce rougissement caractéristique.

Ce fait est aisé à reproduire par suggestion. Dites brusquement et avec autorité à une personne sensitive et que vous soupçonnez d'être fortement influençable: « Vous rougissez », elle s'empourpre d'autant plus vivement et promptement qu'elle est plus influençable et que votre ordre est mieux donné. Vous avez là un moyen très simple de reconnaître les sujets soumis à votre suggestion. Cette suggestion peut être faite en public et réussit dans un très grand nombre de cas. Qui peut se vanter de n'avoir jamais rougi sous le coup d'une émotion ?

Expérimentalement, vous pouvez obliger beaucoup de personnes à rougir, à condition que votre suggestion soit faite par surprise et avec autorité. Devant une nombreuse assistance, demandez quelques personnes et faites l'expérience. Sur dix auditeurs pris au hasard, deux ou trois rougiront nettement, se trouveront très gênés devant le public. Les autres seront également intimidés quoique à un degré moindre.

Le Docteur Michaud assure avoir constaté un cas très net de suggestion vasomotrice persistant quelques heures. Il a touché, sans appuyer, avec son doigt, un point de l'avant-bras d'une de ses malades, en lui assurant que le point touché n'allait pas tarder à rougir. La rougeur apparut au bout de dix minutes, devint très nette et ne disparut que deux ou trois heures après. Ainsi, chez cette personne, par simple suggestion à l'état de veille, le Docteur Michaud pouvait provoquer un trouble de vasomotricité susceptible d'influencer activement un état inflammatoire.

Certains rougissements suggérés ont créé un état congestif qui a duré plusieurs jours. Ils ont même pu donner des troubles pathologiques sérieux. C'est ainsi que le professeur Liébeault, de Nancy, en collaboration avec M. Focachon ont suggéré à une malade qu'ils lui posaient un vésicatoire qui présenterait les mêmes phénomènes que tous les emplâtres de ce genre. Ce disant, ils placèrent sur l'épaule une simple feuille de papier qu'ils entourèrent d'un pansement. Les phénomènes de vésication se produisirent régulièrement avec des signes très nets: démangeaisons, pustules, enfin cloque avec suppuration.

 

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Fig. 226. — Une expérience de suggestion à effet vasomoteur.

Sous l'influence de la suggestion: « vous rougissez », faite par surprise et avec autorité, le sujet très suggestible s'empourpre.

 

Une expérience analogue a été accomplie à la Salpetrière par le professeur Charcot.

Sur des sujets très impressionnables, on peut suggérer une action inverse, c'est-à-dire non plus une vasodilatation amenant un état congestif, mais une vasoconstriction se traduisant par de la pâleur. Sous l'influence de la suggestion, comme en présence d'un objet d'horreur, de crainte ou d'inquiétude, le sujet nerveux pâlit rapidement. Ainsi, donnez par surprise, avec l'accent de la conviction, la suggestion: « Oh ! comme vous pâlissez ». Plus la personne est nerveuse, impressionnable, suggestible, plus le résultat est net.

L'expérience du palissement suggéré est beaucoup plus difficile à obtenir que l'expérience du rougissement, car le moindre afflux de sang sous la peau devient visible, sans conteste possible.

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Fig. 227. — Effet d'une suggestion vasomotrice

Les opérateurs — M. le Docteur Liébeault et M. Focachon — suggèrent à leur sujet qu'ils lui placent au bras un vésicatoire. Quoique celui-ci ne soit en réalité qu'une simple feuille de papier, l'effet vésicant n'en est pas moins ressenti. La photo ci-dessus montre l'effet suggestif le deuxième jour de l'expérience.

 

Interrogatoire du sujet

 

Reste encore, pour déceler la sensibilité des nerveux à la suggestion, l'interrogatoire du sujet.

Les névrosés sont toujours influençables par suggestion, mais le degré de leur nervosité est à déterminer et l'interrogatoire demande beaucoup de tact. En effet, les malades de cette catégorie présentent toujours quelque lourde tare. Il y a donc intérêt, tant au point de vue éducatif qu'aux points de vue expérimental ou thérapeutique, à savoir discerner, à première vue, la méthode suggestive que vous devez appliquer dans chaque cas.

Les névrosés, les psychopathes qui ne sont pas très gravement tarés, avons-nous dit, sont très accessibles à la suggestion imposée. Il vous est donc utile d'avoir des renseignements exacts sur leur santé physique et morale. Selon ces renseignements, vous pouvez les classer dans l'une des trois grandes classes de psychopathes; ces catégories sont d'ailleurs assez théoriques car, dans un certain nombre de cas, le malade relève de deux catégories à la fois et peut même relever des trois ensemble. D'une manière générale, nous constatons que les malades souffrent soit d'un déficit de force nerveuse, d'une exaltation des facultés psychiques, ou d'une perversion de ces mêmes facultés.

Ces trois catégories donnent un certain nombre de sujets accessibles à la suggestion imposée.

Déficit. — Nous entendons par-là une fatigue nerveuse ou mentale qui place le malade dans un état plus ou moins constant d'infériorité. Dans cette classe, nous trouvons les anémiés, les affaiblis psychiques, les neurasthéniques; tous ceux qui se trouvent, par suite de surmenage ou à la suite d'un chagrin, d'un effort, d'un épuisement organique, dans un état de dépression de petite ou de moyenne intensité, état qui est momentané et ne se présente pas comme incurable. Les grands affaiblis, les débiles, les déments, dont le déficit psychique n'est plus temporaire mais définitif, et qui ne sont plus capables de recevoir une idée, ne sont pas suggestibles.

Exaltation. — L'exaltation porte sur les facultés psychiques. Toute impression reçue ramène les malades vers leur obsession avec une nouvelle force. Les associations échappent au contrôle de l'attention, d'où la fuite des idées et l'incohérence qui en résulte. Les grands exaltés sont incapables de recevoir des impressions parce que leur attention est accaparée entièrement par leurs idées morbides. Mais les malades qui ne présentent qu'une exaltation de moyenne ou de petite intensité, n'étant pas complètement accaparés par leurs idées, sont, à un plus ou moins haut degré, accessibles à la suggestion imposée.

Perversion. — II en est de même pour les psychopathes atteints de perversion, c'est-à-dire ceux dont les perceptions sont justes, mais qui en tirent des interprétations fausses, les facultés logiques étant seules atteintes. L'imagination est maladive, délirante. On ne peut pas compter sur le raisonnement qui est faussé. Nous ne pouvons exercer sur les malades gravement atteints que des suggestions imposées; sur les moins atteints la suggestion raisonnée a quelque action.

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Fig. 228.— Type physionomique de personne peu accessible à la suggestion imposée (martienne)

 

Indices physiognomoniques

 

On sait que les anciens occultistes avaient déterminé les tempéraments et les caractères d'après la théorie des influences astrales, dont nous n'avons pas à discuter ici la véracité. Disons seulement que, d'après cette doctrine, les personnes sont classées en huit types planétaires: saturnien, jupitérien, martien, soléien, vénusien, mercurien, lunarien et terrien. Parmi ces types, — que l'on trouve rarement purs, — mais dont la note prédominante suffit pour donner une impression assez juste du tempérament du sujet, il en est deux qui ne sont pas ou très peu accessibles à la suggestion imposée: le terrien et le martien.

Le signe le plus remarquable qui unit ces deux tempéraments, différents sur d'autres points, ce sont les sourcils épais et en barre, souvent tracés d'un seul trait presque sans interruption à la racine du nez; ces sourcils sont souvent saillants, Dans ces deux tempéraments, le menton est projeté en avant.

Quatre tempéraments sont faiblement influençables par suggestion imposée, ou le sont à des degrés divers selon l'état organique et psychique du sujet au moment de l'expérience: ce sont le saturnien, le jupitérien, le soléien et le mercurien, qui résistent pour des raisons diverses.

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Fig. 229.—Type physionomique de personne peu accessible à la suggestion imposée (terrienne)

 

Deux tempéraments sont très nettement suggestibles: ce sont le lunarien et le vénusien. La très grande majorité des sujets avec qui nous avons expérimenté magnétisme, hypnotisme et suggestion étaient signés de ces planètes. Ces deux types physiognomoniques sont reconnaissables à leur peau délicate et même un peu molle et blanche, à un certain relâchement des tissus musculaires. C'est le tempérament lymphatique qui caractérise surtout les lunariens. Chez les deux, l'arcade sourcilière est arquée, élevée au-dessus des yeux et les sourcils distants à la racine du nez. Le menton est petit, rond, délicat, quelquefois même fuyant, ce qui, sauf contre indication de l'éducation ou d'un entraînement psychique, est l'indice d'une faible résistance volontaire. Ces indices correspondent aussi à un grand développement de l'imagination qui, lorsqu'elle n'est pas dirigée dans un sens volontairement choisi comme le font les artistes réalisateurs, est la faculté de recevoir, malgré soi, les images du dehors. Ce signe se rencontre fréquemment chez les véritables mystiques et les prédispose à la production de certains phénomènes psychiques: extase, vision, dédoublement.

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Fig. 230.— Type physionomique de personne influençable par suggestion imposée (lunarienne)

 

Indications à tirer de la tenue générale

 

Le geste. — C'est une loi souvent constatée que les gestes sont en raison inverse de la résistance nerveuse des individus. Ce n'est pas sans motif que les souverains et les pontifes s'exerçaient à une immobilité hiératique: cette attitude digne et magistrale les contraignait, dès leur bas âge, aux pensées qui en sont complémentaires. Chez les Orientaux, qui ont poussé plus loin que nous le souci des éducations rituelles, une sorte de mépris s'attache à ceux qui font des gestes nombreux et inutiles. Un hindou, par exemple, dira: « C'est un homme de basse caste, il gesticule avec les mains. »

Sans tenir compte de la caste ou du milieu social, on peut affirmer que celui qui gesticule avec excès n'est pas l'homme maître de soi que tout adepte du magnétisme personnel doit être. L'homme réellement maître de lui ne perd pas ses forces en gesticulations. S'il a une action à faire, il l'accomplit d'un mouvement prompt et décisif, image de la pensée nette et directe qui le fait agir. Au contraire, l'être suggestible fait quantité de gestes inutiles. Regardez-le: il est timide, il tortille son chapeau ou ses gants avant de vous adresser la parole, et son attitude embarrassée parle déjà contre lui. C'est un émotif. Il est et paraît influençable. S'il est en situation de commander, il ne sait contenir ni ses joies ni ses colères, et cette expansion inutile révèle en lui la faiblesse de caractère: c'est un mauvais conducteur d'hommes, mais c'est un excellent sujet.

 

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Fig. 231.— Type physionomique de personne influençable par suggestion imposée (vénusienne)

 

La poignée de mains. — Un autre geste, infiniment révélateur, est la poignée de mains. L'homme maître de lui prend votre main complètement, la presse d'une nette et loyale étreinte. Il n'a pas la brutalité de l'être emporté qui peut devenir influençable dans les moments de dépression qui succèdent à ses indomptables colères. Les sujets constamment influençables serrent la main doucement et mollement et sitôt qu'ils vous ont donné la main, ils la retirent promptement; leurs doigts fuient dans les vôtres.

La parole. — Elle peut être considérée comme un geste et nous voyons dans toutes les initiations que le silence d'une ou de plusieurs années était de rigueur (7 ans chez les Pythagoriciens). C'est que beaucoup de forces se dispersent avec le flux des paroles et que bien des gens se croient dispensés d'agir du moment qu'ils ont parlé. Tel ne doit pas être l'adepte de nos méthodes. Il faut accorder une grande importance à sa parole et, par conséquent, ne pas la prodiguer en jetant sa force au hasard.

La parole doit être l'expression de la pensée, de la volonté et non du désœuvrement.

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