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LA SUGGESTION MENTALE
La
communication télépsychique. Réserves à faire concernant les
phénomènes présentés en grand public. — Faits spontanés de télépsychie.
— Trois faits recueillis par MM. Gurney, Myers et Podmore. — Faits de
télépsychie volontaire. Premières expériences. — Hector Durville agit de
Paris à Versailles, puis de Paris à Genève. — La
télépsychie et le calcul des probabilités. — Les expériences de Gibert au
Havre. L'enquête de la Société d'études psychiques de Londres. — Autres
expériences.— Pratique de la télépsychie volontaire. Conditions expérimentales
à réunir. — La méthode active. — Projection de la pensée. — Ecueils
à éviter. — Quelques conseils. — Le dédoublement volontaire. — La
méthode passive.
La
suggestion mentale c'est la possibilité qui est donnée à l'esprit humain
de franchir l'espace et d'entrer en contact avec un autre cerveau.
Ce
phénomène est-il contestable ? Non. Il est certain. Aucun fait
scientifique n'a été plus contesté; aucun, par conséquent, n'a demandé, pour
être établi, une plus grande quantité de preuves. Celles-ci, combattues
avec une vive partialité, n'en ont été que mieux établies. D'ailleurs, à
une époque où il n'est question que de radioactivité, d'ondes
hertziennes, de télégraphie et de téléphonie sans fil, de télémécanique,
comment ne pas admettre qu'un générateur aussi puissant que le cerveau ne
puisse faire office alternativement de poste émetteur ou de poste récepteur ?
Cette
communication télépsychique, entre deux cerveaux, n'est toutefois pas aussi
fréquente, aussi aisée que beaucoup serait tentés de le croire.
Il y a
lieu, tout d'abord, de faire de grosses réserves au sujet des prétendues
démonstrations de lecture ou d'action mentale présentées dans des théâtres, des
cirques, ou plus démocratiquement, dans des baraques de foire. Dusse-je enlever
au lecteur quelques illusions, je le ferai pour l'amour de la vérité: toute
expérience de suggestion mentale est irréalisable devant un public nombreux. La
raison en est que le suggestionneur et le suggéré ne sont pas, en face de la
foule, dans les conditions de concentration et de détente nécessaires. On peut
affirmer, sans crainte d'être démenti, que toute expérience de
télépsychie réalisée dans un lieu public est truquée. Comment ? Les moyens sont
nombreux et tous plus ingénieux les uns que les autres. Mais ici nous devons
limiter notre étude aux phénomènes réels. (Voir, de la série des Trucs
de prestidigitation dévoilés: — Comment on truque la transmission de pensée; —
La lecture rapide de la pensée; — Une expérience de suggestion mentale. )
Ceux-ci
sont ou spontanés, ou provoqués volontairement. Nous étudierons ces deux
catégories de faits successivement.
Faits
spontanés de télépsychie
De tout
temps, l'action psychique à distance a été admise.
Ce n'est
qu'au XIXe siècle que l'avilissement des sciences psychiques tombées aux
mains des sorciers a fait contester leur puissance. Le sentiment qui poussait
des savants à nier un fait parce qu'il se produisait dans un milieu qui
leur répugnait était honorable, certes, mais contraire à tout esprit
scientifique.
Envisageant
le problème télépsychique sous cette face, il aurait fallu tenir compte
de travaux parus au XVIe siècle. A cette époque, beaucoup de
philosophes, de savants affirmaient la réalité de l'envoûtement. Les phénomènes
étaient trop fréquents pour être contestables, et l'imagination n'est pas
toujours seule à déterminer les effets constatés.
D'ailleurs,
l'action à distance n'était pas nécessairement néfaste et bien des
guérisons mystérieuses furent opérées par ce procédé. Pour ne citer que les
plus célèbres, van Helmont et Paracelse guérissaient les blessures de
guerre en traitant, à distance, des linges tachés du sang du blessé.
Robert Fludd faisait passer la force vitale des plantes dans le corps de ses
malades par la médecine transplantatoire. Plus tard, le chevalier Digby soigna
de loin ses malades par la poudre de sympathie. Il est vrai que nous n'avons
sur ces prétendues actions psychiques
qu'une documentation fort limitée et qu'en l'espèce la prudence s'impose.
D'autres
faits apportent un témoignage en faveur de la télépsychie.
On se
souvient de l'affaire de Loudun. Des ursulines en proie à des crises
d'hystérie collective, s'estimaient possédées par le Diable. Un fait nous
intéresse ici. Des expériences faites devant Monsieur, frère du roi,
démontrèrent que ces malheureuses obéissaient, en transe, à des
ordres précis donnés mentalement par le médecin enquêteur. A un simple
commandement formulé par la pensée elles modifiaient leur attitude,
abandonnaient la forme en arc de cercle pour prendre une rigidité rectiligne,
sans la moindre flexion. Gaston d'Orléans, envoyé par le Roi, son frère,
fut témoin de divers interrogatoires consignés au procès d'Urbain
Grandier, aujourd'hui publié par divers auteurs.
Toutefois,
ce n'était qu'empiriquement que ces faits se produisaient et les théories
générales étaient rares. Il faut arriver aux temps modernes pour voir ces
phénomènes étudiés avec soin.
Les
manifestations télépsychiques sont relativement fréquentes. Elles se produisent
d'autant plus nettement que les circonstances s'y prêtent. Il est établi
que l'action mentale ne s'exerce spontanément qu'entre des personnes ayant
entre elles une affinité profonde, soit le lien du sang, de père ou de
mère à leur enfant, de frère à frère ou
à sœur ou tout autre lien de famille, mais renforcé par l'habitude
et la tendresse.
Un lien
d'amitié peut suffire quelquefois, à la condition que ce sentiment soit
de longue durée et qu'il soit renforcé d'un lien d'esprit et de sentiment.
Enfin, le
lien de magnétiseur à sujet est lien très sûr. En outre, il
faut que la personne qui communique spontanément sa pensée à l'autre
sans préparation particulière se trouve dans un état violent qui, selon
la très heureuse expression populaire, la mette hors d'elle-même.
La plupart des cas constatés se sont produits dans un naufrage, un accident,
à l'agonie ou dans un danger quelconque.
Pour nous
amener à saisir le mécanisme de la télépsychie, citons quelques faits de
transmission de pensée spontanée, soit à des personnes à l'état
de veille, soit au cours du sommeil du percipient.
Voici
d'abord deux faits transmis à M. Camille Flammarion par le général
Parmentier, président de l'Alliance française pour la propagation de la langue
française à l'étranger, vice-président de la Société astronomique et de
la Société de géographie.
Plusieurs
personnes sont réunies à Andlau (Alsace) pour un déjeuner de chasse. Le
maître de la maison, égaré sans doute à la poursuite du gibier, n'est
pas encore rentré. On l'attend un moment, puis l'heure devenant tardive, on se
met à table, mais sans éprouver nul funeste pressentiment. Au milieu du
déjeuner, la fenêtre, qui était ouverte, se ferme et se rouvre
brusquement. Grande est la surprise parmi les assistants. La maîtresse de maison,
frappée tout à coup d'une sombre pensée, s'écrie: « Il est arrivé un
malheur ! »
Trois
quarts d'heure après, on rapporte le malheureux chasseur. Il avait reçu
une décharge de plomb en pleine poitrine, et n'avait eu le temps de prononcer
que ces simples mots: « Ma femme ! Mes pauvres enfants ! »
Le fait
suivant est arrivé au père et à la mère du général.
Ils étaient
couchés tous deux et, comme on était au fort des chaleurs, la porte de leur
chambre était ouverte sur le salon contigu, dont les fenêtres étaient
également ouvertes. Au cours de son sommeil, Mad. Parmentier, crût sentir
le lit se soulever et retomber. Effrayée, elle éveilla son mari qui la rassura
de son mieux, lui affirmant qu'elle avait rêvé. Elle ne demandait
qu'à le croire. Cependant, elle ressentit bientôt une secousse encore
plus violente que la première, suivie d'un fracas dans le salon, comme
si toutes les vitres avaient volé en morceaux. Les deux époux sautèrent
à bas du lit, allèrent au salon. Nulle trace ne subsistait de ce
tintamarre étrange. Le vent ne pût être mis en cause; la nuit calme
apparaissait par la fenêtre ouverte; aucun souffle d'air. Les deux époux
retournèrent à leur chambre. La jeune femme épouvantée, craignait
toutefois qu'il soit arrivé quelque malheur dans sa famille. Le lendemain, elle
fut rassurée sur le sort des siens, mais, peu de temps après, elle
apprit que sa vieille gouvernante, qui habitait Vienne, était morte au cours de
cette nuit agitée, à l'heure même où les étranges phénomènes
s'étaient produits. Cette vieille gouvernante regrettait avec larmes de mourir
sans revoir la jeune femme dont elle avait fait l'éducation.
Voici
encore, entre des milliers que nous pourrions citer, un fait singulier. Il
s'agit d'un cas où le même avertissement est donné à deux personnes
en même temps, bien qu'elles habitent deux villes fort éloignées.
Une dame
avait deux frères prêtres, l'un missionnaire en Chine, l'autre
curé en Bretagne. Un jour qu'elle était à la maison, occupée aux travaux
du ménage, elle vit devant elle celui de ses frères qui était en Chine,
et, toute joyeuse de ce retour inespéré, elle courut à lui. Au moment de
le toucher, elle ne le vit plus et demeura fort effrayée. Au même moment,
le curé voyait son frère devant lui qui lui disait: « Mon frère,
je vais mourir », puis, au bout d'un instant: « Mon frère, je meurs »,
et enfin, après quelques minutes: « Mon frère, je suis mort. » Au
bout du temps assez long que mettaient alors les messages à parvenir de
Chine, le curé et sa sœur reçurent confirmation officielle de cette mort
qui leur avait été annoncée si inopinément.
Les faits
suivants ont été recueillis par MM. Gurney, Myers et Podmore (Gurney, Myers et
Podmore. — Les Hallucinations télépathiques traduct. abrégée de L. Marillier,
4e édit., Paris, 1905.) :
Premier
fait. — Le Docteur Olivier, médecin à Huelgoat (Finistère), est
appelé en consultation, le 10 octobre 1881, au milieu de la nuit, pour se
rendre à trois lieues de son domicile. Il s'engage dans un chemin creux
où les ombres qui se croisent rendent la nuit encore plus noire. Il se
confie à l'instinct de son cheval mais, malgré la sûreté de pied
de l'animal, celui-ci bute sur des pierres et le Docteur Olivier est projeté
à terre et se casse la clavicule.
A ce moment
précis, sa femme, qui se prépare à se mettre au lit, a le pressentiment
d'un malheur et dit à la servante: « Il est arrivé un accident à
mon mari; il est mort ou blessé. »
Elle
eût bien envoyé quelqu'un à sa recherche, mais elle n'était pas
exactement informée de l'endroit où il était allé. Ce fut le docteur, en
rentrant, qui instruisit sa femme de ce qui s'était passé, et c'est lui qui
relata cette observation.
Deuxième
fait. — Mme Jones, femme d'un pilote de Liverpool, était aussi la sœur
d'un pilote, William Roulands. Un jour, souffrante et alitée, elle dit à
son mari qu'elle venait de voir, étant tout éveillée, à 3 heures
après-midi, son frère se noyer dans la Mersey. M. Jones crut que
sa femme était en proie au délire et tâcha de lui faire comprendre que son
frère ne pouvait avoir couru aucun danger, puisque ce jour était jour de
repos pour lui, les pilotes étant employés par roulement. Elle n'en persista
pas moins dans son affirmation et ses craintes. Celles-ci étaient fondées. Le
gros temps avait forcé les autorités du port à faire appel à des
pilotes supplémentaires; M. Roulands avait heurté un rocher et s'était noyé en
compagnie d'un autre marin.
Troisième
fait. — Mme Green, à Newry, dans la nuit du 10 janvier 1885, vit en
songe deux jeunes filles qui conduisaient elles-mêmes une légère
voiture à un cheval. Le cheval, trouvant de l'eau devant lui,
s'arrêta pour boire, mais la berge était glissante, il perdit
l'équilibre, la voiture glissa dans l'eau et les deux jeunes filles furent
noyées. Mme Green se réveilla en sursaut et raconta à son mari le
rêve qui l'avait vivement frappée. Au mois de mars, elle recevait une
lettre de son frère qui vivait en Australie, lui annonçant la mort de sa
fille, nièce de Mme Green et d'une fillette de ses amies, dans des
circonstances exactement pareilles à celles de son rêve. Un
journal local était joint à la lettre et donnait les plus amples détails
et la plus grande authenticité au fait que nous rapportons.
Des
phénomènes aussi précis sont assez rares, mais il est arrivé à
bien des personnes de rêver de quelqu'un auxquelles elles n'avaient pas
pensé depuis longtemps. Le lendemain elles sont étonnées de rencontrer ou de
recevoir une lettre de la personne dont le souvenir les préoccupait. Ce fait
semble prouver qu'il existe entre elle et nous un lien invisible qui nous
avertit à notre insu. D'ailleurs, quelle est la personne aimante qui ne
s'est inquiétée d'êtres chers, précisément au moment où ils
couraient un réel danger ?
Mais ces
vagues impressions seraient insuffisantes pour établir, à elles seules,
la réalité de la télépsychie. Abordons un terrain d'étude plus ferme.
Faits
de télépsychie volontaire.
L'étude
méthodique des phénomènes télépsychiques provoqués volontairement est de
date récente. Ce n'est guère qu'aux environs de 1850 qu'elle a tenté les
expérimentateurs.
Encore
n'est-ce qu'avec bien des précautions que le Docteur Burcq put y faire
allusion, en 1851, dans une thèse qu'il soutint sur la métallothérapie.
Quand il parla du magnétisme animal, Velpeau le ramena très rudement
dans son chemin. Le lendemain, le professeur Roustan, disait avec bienveillance
à son élève: « Mon jeune ami, même sur le terrain de la
science, toute vérité n'est pas bonne à dire. »
Ces paroles
n'étaient que le prélude des longues contestations que rencontrent tous les novateurs.
Burcq en fit la cruelle expérience. Mais si la vérité manque rarement
d'être combattue, elle porte en elle-même une force qui lui permet
de supporter sans faiblir les plus pénibles rencontres. En outre, celui qui
sait avoir raison a presque toujours le courage d'attendre son heure. Le
Docteur Burcq attendit la sienne et ce ne fut qu'en 1884 qu'il put parler de
suggestion mentale dans les groupements médicaux, notamment à la Société
de biologie.
Ce fut
là qu'il communiqua le résultat de ses patientes expériences. Avec tout
le contrôle désirable, il les répéta en présence de ses collègues,
donnant mentalement des ordres a un sujet, par exemple de venir, et le sujet,
qui se trouvait dans une autre partie de l'appartement, se présentait aussitôt.
D'ailleurs,
à ce moment, un courant d'idées se produisait en faveur de ces études
décriées. Le Docteur Puel avait un sujet qui faisait partie du personnel d'un
théâtre. Il lui fit accomplir les expériences suivantes rapportées par un
témoin, le Docteur Dupouy, dans le Moniteur de la polyclinique du 8 juin 1884.
Le Docteur
Puel se trouvait dans le foyer des artistes avec quelques personnes, dont un
auteur dramatique fort sceptique en ce qui concerne le psychisme. Ce dernier
mit au défi le Docteur Puel de faire faire à son sujet quoi que ce soit
sans l'avoir en sa présence. Croyant s'amuser, il demanda au docteur de faire
venir le machiniste, de l'endroit où il se trouvait jusqu'au foyer, en
marchant à quatre pattes. Dès que le commandement lui en eut été
donné mentalement, le machiniste lâcha la cloche qu'il tenait pour appeler les
artistes en scène et se précipita dans le foyer, dans la
singulière posture qui lui avait été suggérée. L'expérience fut reprise
par six fois, avec des variantes et toujours avec le même succès.
Enfin, un assistant demanda au docteur si son sujet pourrait accomplir un acte
que le magnétiseur ne connaîtrait pas, à la condition que l'ordre en
soit donné sous pli fermé au sujet, à qui le médecin ordonnerait
seulement de s'y conformer. Le Docteur Puel y acquiesça; le sujet reçut le
papier fermé et alla chercher dans une des loges le violon qui lui était
demandé, comme on le sut en ouvrant le pli.
Des
phénomènes plus intéressants encore par leur complexité et leur
continuité ont été réalisés par Hector Durville, que les cite dans son Cours
supérieur d'Influence personnelle.
Voici l'un
de ces faits:
Mon
père traitait un boulanger aveugle par décollement de la rétine. Ce
malade présentait une particularité assez curieuse: tout le temps qu'il subissait
l'action magnétique, il éprouvait un violent battement des paupières.
Pendant ce battement, il distinguait les objets qui étaient placés
auprès de lui. Mon père avait, à ce moment, plusieurs
malades à Versailles et s'y rendait très fréquemment. Un
après-midi, dans le train, il songeait à son malade de Paris. La
pensée lui vint d'agir sur lui à distance. Il concentra fortement sa
pensée et magnétisa son sujet de loin pendant un quart d'heure environ. A son
retour, l'aveugle, qui était en pension chez mon père, lui-dit en
l'entendant rentrer: «Vous avez dû me magnétiser, car, à tel
moment, j'ai senti le battement des paupières. » C'était précisément
l'heure où Hector Durville avait voulu agir. Cependant, pour écarter toute
possibilité d'autosuggestion, mon père affirma au malade qu'il avait
dû se tromper, en tout cas que la sensation qu'il avait éprouvée était
fortuite et qu'il n'y était pour rien. L'expérience fut reprise plusieurs fois
par mon père qui changea les heures, choisissant les moments les plus imprévus
de la nuit. Le résultat fut toujours le même. Enfin, le boulanger rentra
chez lui, à Lérouville, en Lorraine, et mon père continua son
traitement malgré la distance de 260 kilomètres.
Un pareil
résultat était encourageant.
En 1882,
mon père avait parmi ses malades une dame jeune très souffrante.
Il l'avait déjà en partie guérie quand des affaires urgentes la
rappelèrent chez elle, à Genève. Hector Durville convint
avec le mari de cette jeune femme qu'il exercerait son action à distance
(600 kilomètres à vol d'oiseau) et continuerait ainsi le
traitement commencé. Le mari devait, jour par jour, tenir mon père au
courant de ce qui se produirait et mon père devait lui envoyer copie de
ses observations du jour, relativement à cette malade. L'action se fit
parfaitement. A n'importe quelle heure où l'opérateur la magnétisât, la
malade s'endormait et, si mon père lui posait des questions, il
obtenait, au moyen d'un second sujet endormi, une moyenne de quatre bonnes
réponses et une douteuse sur six. Les montres étaient réglées de manière
à tenir compte de la différence d'heure entre Paris et Genève.
L'action et l'effet étaient presque simultanés.
En 1884, le
professeur Charles Richet publia le résultat d'intéressantes expériences de
suggestion mentale. Utilisant la méthode des probabilités, il chercha à
établir à quelles lois elles étaient soumises. Une telle étude exigea de
nombreuses expériences. Celles-ci amenèrent le professeur Charles Richet
à conclure:
« II faut
hardiment nous délivrer de cette crainte du nouveau et envisager la suggestion
mentale comme possible, par conséquent nous donner la peine d'examiner
sérieusement les preuves qu'on peut nous donner contre elle ou en sa faveur.
« La méthode que j'ai employée est celle des
probabilités: elle pose le problème ainsi: étant donné une désignation
arbitraire dont la probabilité est connue, la probabilité de cette désignation
change-t-elle par le fait de la suggestion mentale ?
« A cette
question nos expériences nous permettent de répondre par l'affirmative.
« En effet,
l'expérience nous a donné les quatre résultats suivants :
« 1° — Pour
des cartes de jeux, alors que la réponse par le hasard devrait être 458,
elle a été, avec la suggestion, de 510 sur 1.833 expériences;
« 3° — Pour
des expériences faites avec la baguette, alors que le nombre probable était de
18, le nombre réel a été 44 sur 98 expériences;
« 4° — Pour
des expériences dites spiritiques, alors que le nombre probable était 3, le
nombre réel a été 17 sur 124 expériences.
« Les
résultats obtenus par le calcul de la probabilité sérielle sont plus concluants
encore... »
Et, plus
loin, Charles Richet s'exprime ainsi:
« Si donc
j'avais une conclusion définitive à donner je dirais: La probabilité en
faveur de la suggestion mentale peut être présentée par 2/3. Autrement
dit, en reprenant une des plus fameuses démonstrations de Pascal: « S'il
fallait opter pour la réalité ou la non-réalité de la suggestion mentale, je
laisserais le hasard décider, mais je donnerais deux chances à l'hypothèse
que la suggestion existe, et une chance seulement à l'hypothèse
contraire. »
En 1884, le
Docteur Baréty, de Nice, signalait au Docteur Ochorowicz des expériences qu'il
réalisait avec un jeune homme de vingt-quatre ans, intelligent et instruit. Le
Docteur Baréty avait sur son bureau deux statuettes à peu près de
même grandeur, l'une de bronze, l'autre d'ivoire. Par suggestion mentale,
il faisait ressentir au sujet l'impression que les deux statuettes changeaient
de couleur et de forme, qu'elles grandissaient ou rapetissaient démesurément,
depuis la taille d'une épingle jusqu'à celle d'un géant.
Le Docteur
Ochorowicz estima que ces expériences n'étaient pas aussi décisives qu'il
aurait fallu, les idées naturellement inspirées par l'aspect des figurines
étant d'un nombre trop limité. De plus, le Docteur Baréty avait coutume de
tenir la main de son sujet. De nouvelles expériences furent donc tentées sans
cet appui et avec des objets différents: le succès fut le même (
Docteur Ochorowicz. — La Suggestion mentale.)
En 1885, le Docteur Janet, de l'Institut, lut
à la Société de psychologie physiologique une communication de son
neveu, M. Pierre Janet, professeur de philosophie au Lycée du Havre. Cet
intéressant document était relatif à des phénomènes de somnambulisme.
Il s'agissait d'essais intentés par MM. Gibert et Janet et qui affirmaient la
réalité de la suggestion mentale, montrant que celle-ci peut s'exercer à
une distance de plusieurs kilomètres. A plusieurs reprises, les deux
expérimentateurs avaient même réussi des suggestions mentales à
longue distance tendant à endormir le sujet.
Le sujet
qu'ils employaient était une femme d'une cinquantaine d'années, bretonne, bien
portante, mais qui avait eu dans sa jeunesse des accidents hystériques. Elle
était très facile à magnétiser et s'endormait à la
pression de la main, à condition que l'on eût l'intention bien
précise de l'induire en hypnose. Ces expériences furent contrôlées par une
commission de quatre médecins: MM. F. Myers, et son parent le Dr Myers, de la
Society for psychical researchs, M. Marillier, de la Société de psychologie
physiologique et le Docteur Ochorowicz.
Le détail
des expériences fut réglé d'un commun accord et voici les strictes précautions
qui furent prises par les commissaires pour éviter toute fraude:
1° —
L'heure de l'action à distance fut tirée au sort;
2° — Elle
n'était communiquée à M. Gibert qu'au moment de l'action et l'on se
rendait aussitôt au pavillon habité par le professeur;
3° — Ni le
sujet, ni aucun habitant du pavillon, situé hors de la ville, n'avait
connaissance de l'heure ou du sujet de l'expérience;
4° — Pour
éviter toute suggestion possible, ni les commissaires, ni les expérimentateurs
n'entraient dans le pavillon que pour constater le sommeil.
Il y eut
quelques expériences douteuses, mais la conviction du Docteur Ochorowicz et des
autres commissaires fut, qu'en général, la liaison causale entre un acte de
volonté et un effet produit à distance était réellement établie.
On procéda
à d'autres expériences:
Le sujet
fut endormi et appelé chez M. Gibert, d'une extrémité à l'autre de la
ville du Havre. Le commandement fut exécuté aussitôt.
Après
cette suggestion motrice, les expérimentateurs obtinrent à distance des
troubles sensoriels. Le sujet, placé dans une autre partie de l'appartement, ressentit
parfaitement une piqûre faite à la main, ou au front, sans qu'une
parole eût été prononcée; l'ordre était seulement écrit.
Très
intéressé par ces résultats et désireux de se faire une opinion précise
à leur sujet, le Docteur Ochorowicz renouvela les expériences sur deux
personnes hystériques auxquelles il donnait ses soins. Cette série de
recherches lui fournit la preuve de la réalité scientifique de la transmission
de pensée à distance.
De son
côté, le Docteur Claude Perronnet rendit compte, en 1886, de ses recherches
personnelles. Ses observations l'avaient amené à penser que, dans
beaucoup d'expériences hypnotiques, la suggestion mentale agissait pour la plus
grande partie, surtout en ce qui concerne les phénomènes de paralysie et
de contracture.
M. le
Docteur Perronnet rapporte une de ses expériences en ces termes:
« J'ai
tenté de suggérer à distance des idées au moyen d'objets matériels. Le 4
janvier 1885, j'envoie de Lyon à Paris à Mlle Juillard — trois
points disposés triangulairement, en la priant de les considérer comme
l'expression des idées formulées par moi au, moment où j'inscrivais les
points sur le papier. Je reçus deux jours après de Mlle Juillard une
carte postale qui roulait toute entière sur ces trois mots: gloire,
science, amour. C'étaient précisément les mots auxquels j'avais pensé en
inscrivant les trois points. »
Le Docteur
Perronnet conclut que la suggestion mentale à l'état conscient s'observe
avec une fréquence proportionnelle à la réceptivité des sujets pour
l'hypnotisme ou tout autre état inconscient.
A son tour,
la Société d'études psychiques de Londres fit une enquête qui fut confiée
à MM. Gurney, Myers et Podmore et qui groupa une quantité innombrable de
faits recueillis en Angleterre, en France et aux Etats-Unis.
Le but de
cette enquête était triple:
1°. —
Recueillir les documents relatifs à la télépsychie;
2°. —
Déterminer la proportion des perceptions télépsychiques qui coïncident
avec un événement réel au nombre total des perceptions éprouvées par des sujets
normaux;
3°. —
Déterminer la proportion des personnes qui ont éprouvé de ces perceptions au
chiffre de la population.
Cette
enquête fut menée pendant plusieurs années avec un soin et un tact qui
n'oubliaient aucune précaution. Aussi, dans ces conditions, ses résultats
sont-ils des plus intéressants à noter. La conclusion est nettement
affirmative. Il ressort du rapport qui fut publié ( Gurney, Myers et Podmore.
Paris, 1905.Les Hallucinations télépathiques, 4e édit. Paris, 1905.) que les
actions télépathiques existent; ce sont des faits véritables qui correspondent
à des sensations réelles.
Voici
d'ailleurs les conclusions de cette enquête:
image
Fig. 243 et
244. — Deux expériences de télépsychie volontaire
A gauche (A
et B) deux dessins dont l'image est transmise mentalement par M. Blackburn. — A
droite (A' et B') dessins exécutés par le sujet percipient, M. Smith.
1° —
L'expérience prouve que la télépathie, c'est-à-dire la transmission des
pensées et des sentiments d'un esprit à un autre sans intermédiaire des
organes est un fait;
2° — Les
témoignages prouvent que des personnes qui se trouvent dans une grande crise ou
qui vont mourir apparurent à leurs parents, à leurs amis, se
firent entendre par eux avec une fréquence telle que le hasard ne saurait
expliquer seul de pareils faits:
3° — Les
apparitions sont des exemples de l'action supra sensible d'un esprit sur un
autre.
A l'appui
de ces dires, MM. Gurney, Myers et Podmore ont cité une énorme quantité
d'observations concluantes.
Passons
à d'autres faits.
Devant la
Société de recherches psychologiques de Londres M. Blackburn a réalisé de
très intéressantes expériences de suggestion mentale. Le sujet sur
lequel opérait M. Blackburn était M. Smith. Voici, d'après le
procès-verbal, comment les expériences ont eu lieu:
image
Fig. 245,
246 et 247. — Trois autres expériences de télépsychie volontaire.
A gauche
(C, D, E), dessins transmis mentalement par M. Blackburn. — A droite (C', D’
E') dessins exécutés par le sujet réceptif, M. Smith.
« M. Smith
est assis, les yeux bandés, dans un des salons de la société devant une table
où se trouvent un crayon et quelques feuilles de papier à sa
portée. A côté de lui est posté un membre de la société qui l'observe
attentivement afin de découvrir le moindre « truc », s'il en existe dans l'expérience.
Un autre membre du comité quitte alors le salon et, dans une chambre fermée,
dessine une figure quelconque.
« II
appelle ensuite M. Blackburn dans cette chambre, et après avoir eu soin
de bien refermer la porte, lui montre le dessin. Ceci fait, M. Blackburn est
conduit les yeux bandés dans le salon, et placé (assis ou debout)
derrière M. Smith, à une distance de soixante centimètres
environ
image
Fig. 248. —
Transmission mentale d'un ordre à exécuter.
L'opérateur
transmet mentalement au sujet placé devant lui et dont les yeux sont bandés,
l'ordre de mettre sa main droite sur la tête. Le sujet exécute cet ordre.
(expérience
du Docteur Paul Joire).
«
Après une courte période de concentration mentale intense de la part de
M. Blackburn, le sujet, M. Smith, prend le crayon et, au milieu du silence
général, reproduit sur le papier qui est devant lui aussi exactement que
possible, « l'impression » du dessin qu'il vient de recevoir ».
Nous
reproduisons ci-contre cinq expériences réalisées par M. Blackburn. Elles
montrent incontestablement que la suggestion a bien été reçue par le sujet qui
a reproduit sur le papier l'image reçue mentalement autant que sa connaissance
du dessin le lui a permis. La ressemblance entre chaque dessin auquel a pensé
M. Blackburn et celui que le sujet a dessiné est frappante.
image
Fig. 249. —
Autre expérience de télépsychie volontaire.
Sur un
ordre donné mentalement, le sujet tombe à genoux (expérience du Docteur
Paul Joire).
Nous avons
dit combien sont intéressants les résultats obtenus par MM. Gurney, Myers et
Podmore.
En France,
M. Marillier avait commencé, en 1892, une enquête du même genre qui
a donné les mêmes résultats.
Toutes ces
observations et expériences prouvent donc incontestablement que notre pensée,
notre volonté peuvent agir hors de nous, souvent à des distances
considérables.
Citons
encore quelques faits qui prouvent la réalité de la suggestion mentale. Les
expériences suivantes ont été faites par M. le Docteur Paul Joire dans les
circonstances suivantes :
« Je me
place derrière le sujet, dit-il et je tiens les mains élevées
latéralement de chaque côté de sa tête et un peu au-dessus. J'ai soin,
dans ce cas, de laisser au moins une distance de quinze centimètres
entre mes mains et la tête du sujet, il n'y a là absolument aucun
point de contact, on ne peut donc pas objecter ici de mouvement même
inconscient. »
Les
résultats sont souvent remarquables. Ainsi, voici le détail d'une expérience
faite par le Docteur Joire en petit comité. Sont présents : M. le Docteur Chrétien
et seize étudiants.
« M. C...,
étudiant en médecine, rapporte le Docteur Joire, se présente pour servir de
sujet pour les expériences de suggestion mentale. Je lui couvre les yeux avec
un bandeau que j'ai fait confectionner exprès pour cet usage. Ce
bandeau, en drap noir double, affecte à peu près la forme du
masque appelé loup. Une fente pratiquée pour laisser passer le nez, s'applique
exactement sur lui, et de chaque côté un gros bourrelet de drap vient s'appuyer
entre les pommettes et l'os du nez, et combler complètement ce creux
pour empêcher de voir par en bas.
« Le sujet
ainsi préparé se tient debout au milieu de la salle. Je lui fais alors des
passes longitudinales devant la figure, puis tout le long du corps, et je
termine en lus tenant pendant quelques instants les mains dans les miennes et
en le regardant fixement.
« Je
m'éloigne alors et je me tiens debout derrière lui, à trois ou
quatre mètres environ. Je lui fais à ce moment la suggestion
mentale de lever le bras gauche. Au bout de quelques secondes ce bras qui
pendait le long du corps se montre le siège de quelques petits
mouvements successifs. On dirait les contractions légères que produirait
un faible courant électrique, passant dans les muscles fléchisseurs de la main et
pronateurs. Après ces quelques mouvements, le bras s'écarte franchement
du corps et se soulève d'une seule pièce, comme mû par un
ressort invisible, jusqu'à prendre la position horizontale.
« Pendant
que le bras gauche est ainsi levé, je suggère mentalement au sujet de
lever le bras droit, et bientôt celui-ci exécute le même mouvement, sans
indécision, avec une précision remarquable.
« Par une
suggestion mentale analogue, je fais revenir les bras à leur position
première et ils retombent ensemble lentement, toujours avec ce
même mouvement automatique, et non pas comme des membres inertes ou
fatigués qui retomberaient par leur propre poids.
« Tout ceci
se passe, bien entendu, en pleine lumière et dans le plus grand silence.
»
Ces
expériences, souvent de fois renouvelées, sont des plus concluantes.
De plus en
plus, des psychistes s'intéressaient aux manifestations de la pensée à
distance. Celles-ci retinrent bientôt l'attention du Colonel de Rochas. Ancien
administrateur de l'Ecole polytechnique, ce chercheur, passionné de magnétisme,
poursuivait des recherches d'un autre ordre. Il cherchait à établir la
réalité de l'extériorisation de la sensibilité. On sait en quoi consiste ce
phénomène: lorsqu'on magnétise un sujet au-delà du somnambulisme
sa sensibilité s'échappe des limites corporelles pour former tout autour du
corps des zones concentriques. A ce moment, vient-on à piquer le sujet,
il ne perçoit pas la sensation. Mais exerce-t-on la même action, à
peu de distance du corps, dans une zone sensible, le sujet éprouve la douleur.
Fait étrange, certes, mais devenu une réalité scientifique.
Ce
phénomène d'extériorisation de la sensibilité, que chaque psychiste peut
reproduire, démontre que tout n'est pas illusoire dans les pratiques de
l'envoûtement.
Cette
constatation n'était que le prélude d'une découverte beaucoup plus importante.
Mon
père, Hector Durville pensa qu'il y aurait intérêt à
poursuivre une expérience qui ouvrait à l'esprit des horizons nouveaux.
Il se passionna pour ce problème, multiplia les expériences et parvint
à cette certitude que non seulement la sensibilité tactile du sujet peut
s'extérioriser mais que les autres facultés sensorielles pouvaient suivre le
même processus.
De ces
recherches maintes et maintes fois renouvelées, il résulte que l'ensemble de
ces facultés s'exerce à distance grâce à une émission fluidique
que les diverses écoles appellent le double, le corps astral ou le fantôme. Il
s'agit là d'une réalité indiscutable. La plaque photographique et des
dispositifs physiques (balances, écrans lumineux, biomètres...) en
fournissent un témoignage irrécusable ( Voir Hector Durville: Le Fantôme des
vivants. )
C'est
précisément ce double, cette formation psychique qui est l'élément de base de
tout phénomène télépsychique.
Pratique
de la télépsychie volontaire.
Arrivons
maintenant à la partie pratique de notre étude. Tout d'abord une double
question se pose:
1°. —
Sommes-nous tous soumis à la suggestion mentale ?
2°. — Le
fait d'y être accessible implique-t-il une infériorité maladive ?
Certains
auteurs ont répondu affirmativement à ces deux questions.
Relativement
à la seconde question, le Docteur Burcq qui, un des premiers, nous
l'avons vu, affirma la possibilité expérimentale de la suggestion mentale,
prétendit dans une communication à la Société de biologie, qu'on ne peut
réaliser les actions psychiques à distance que chez les personnes
présentant on ayant présenté des troubles du système nerveux.
Peu de
temps après, le Docteur Dupouy met déjà cette affirmation en
doute. Il n'estime pas nécessaire le fait de présenter des troubles nerveux, ni
celui d'avoir été atteint de paralysie, de contracture ou d'anesthésie. Il
suffit, selon lui, que les sujets puissent les avoir expérimentalement.
Les
recherches modernes sont allées beaucoup plus loin. Elles ont établi que la
faculté de se dédoubler existe chez chacun de nous, à des degrés divers.
Certaines personnes, ayant âne volonté disciplinée, peuvent obtenir ce
phénomène sur eux-mêmes, après un entraînement convenable.
Ceci nous
amène à étudier les conditions dans lesquelles peuvent être
réalisées les actions télépsychiques volontaires.
La
suggestion mentale peut se produire à volonté après un
entraînement assez difficile. C'est la donnée actuelle de la science. Bien loin
de croire que cette possibilité soit la conséquence d'un état pathologique,
elle affirme, au contraire, que, pour émettre cette force ou la recevoir
consciemment, la réussite est d'autant facilitée que l'on est plus sain, plus
fort, plus maître de soi.
D'autre
part, il importe nécessairement pour mener à bien l'expérience de
connaître les lois qui président à ces actions télépsychiques.
Il ressort
des cas spontanés d'action mentale que ces faits ne se produisent pas entre des
personnes prises au hasard. Tout au contraire, l'observation établit que la
communication télépsychique s'établit toujours entre personnes qui ont entre
elles un lien réel, lien de parenté, d'affection profonde, d'amitié
sincère. Le plus souvent, ce lien est de mère ou de père
à enfant, ou réciproquement. Les manifestations entre époux sont
également fréquentes. Dans les cas où il n'existe entre les personnes
qui se trouvent ainsi en contact psychique ni lien de parenté, ni lien de
mariage, il faut une tendre et profonde amitié, une longue et parfaite
communion d'esprit.
La raison
en est facile à déduire: c'est une loi analogue à celle qui régit
la télégraphie sans fil. L'onde hertzienne ne peut affecter le poste récepteur
que si celui-ci est accordé avec le poste émetteur. De même, la pensée ne
peut se manifester à distance entre deux personnes que si leurs
magnétismes sont accordés, harmonisés. Entre personnes indifférentes, il
n'existe jamais de télépsychie spontanée.
Pour
reproduire expérimentalement les actions psychiques à distance, il faut,
d'autre part, que nous ayons une idée bien arrêtée, une attention
soutenue. Celle-ci permet de créer, soit l'image mentale que nous voulons faire
apparaître devant l'esprit du sujet percipient, soit de donner à notre
influx psychique l'impression, la vibration que nous voulons transmettre
à la personne qui se prête à notre expérience.
Dans les
cas spontanés, ce monoïdéisme, cette cristallisation psychique, cette
ferme volonté sont imposés à notre esprit par la situation violente
où se trouvent la plupart du temps les personnes qui se sont manifestées
télépsychiquement. C'est, par exemple, dans un naufrage, dans un incendie au
moment de l'agonie, quand un malade se sent près de quitter ce monde et
les êtres qui lui sont chers, que le malheureux, pensant avec force
à ceux qu'il ne verra plus, projette au-dehors de lui toute son énergie.
Et, dans ce moment suprême, toutes ses pensées, toute sa tendresse se
portent instantanément vers la personne aimée.
Dans les
phénomènes provoqués volontairement, le mécanisme est identique.
Pour
projeter sa volonté, il faut d'abord écarter de sa pensée toute idée
étrangère qui pourrait détourner l'attention du but poursuivi. II faut
créer en son esprit ce que les psychologues appellent un monoïdéisme,
c'est-à-dire, une seule idée. Il est indispensable d'avoir une volonté
précise, nette, bien arrêtée et d'y fixer son esprit avec persévérance.
Encore
cette volonté pourrons-nous l'exprimer de deux manières. La
première méthode est très active; l'autre plus passive.
La
première technique met en jeu la pensée à des heures précises.
Elle peut même, dans certains cas, nécessiter l'extériorisation plus ou
moins totale de notre influx psychique, de notre double. Il faut, en tous cas,
on le conçoit aisément, dans ces deux formes actives subir un entraînement qui peut
être souvent fort long.
La méthode
passive n'utilise que la pensée. Non plus sa projection active, intense, chaque
jour à un moment précis. Il faut s'efforcer d'entretenir toujours en son
esprit, à l'égard de la personne qu'on désire influencer, un état mental
déterminé. C'est cette orientation constante de notre pensée qui,
insensiblement, agit à distance dans le sens que nous désirons.
Examinons
successivement ces deux processus pour bien montrer les différences qu'ils
présentent.
La
méthode active
La méthode
active est la plus rapide, mais elle nécessite avons-nous dit, une volonté
ferme, une concentration mentale puissante. Conditions déjà très
difficiles à réunir. Il s'ensuit que cette méthode ne peut être
utilisée que par ceux qui ont obtenu, grâce aux entraînements que nous avons
indiqués dans la première partie du présent Cours, un équilibre
organique et moral stable, une maîtrise parfaite de leurs impulsivités.
En suivant
cette méthode active, il faut être en mesure, à un moment donné,
de concentrer toutes ses énergies mentales; de donner à son idéation une
valeur en quelque sorte objective.
On peut
agir, d'ailleurs, avons-nous dit, de deux façons différentes:
1°. — Soit
par simple projection de pensée;
2°. — Soit
par dédoublement plus ou moins complet de nous-même.
Projection
de la pensée
Nous sommes
trop facilement portés à regarder notre pensée comme un agent sans
grande valeur, ou du moins d'une action restreinte. Il n'en est rien. Un
penseur américain, Prentice Mulford, a dit avec raison: « Les pensées sont des
corps matériels chargés de puissance. »
Les
théosophes complètent cette conception en considérant, non seulement les
pensées comme des corps matériels constitués d'une matière infiniment
subtile, mais ils lui reconnaissent des couleurs, des formes, des vibrations
appropriées à leur nature. Ces « formes-pensées » émettent autour de
nous des radiations qui pénètrent l'atmosphère de ceux qui nous
entourent, les affectent selon la nature de ces vibrations. Il est certain que
de constantes pensées d'amour ou de bienveillance, finissent par toucher un
être dur et même méchant, que des pensées de haine ou de
colère portent au loin leur vibration néfaste.
Dans notre
étude sur les Forces supérieures ( Henri Durville. — Les Forces supérieures,
Paris, 1924. ), nous avons montré que la pensée, éduquée suivant un rite
particulier, peut constituer un égrégore, une sorte d'accumulateur qui
conserve, souvent un temps très long, le pouvoir qui lui a été conféré.
Mais nous entrons là sur le domaine initiatique et force nous est de
renvoyer sur ce point à notre Science secrète.
Sans
pouvoir nous appesantir longuement sur les faits de projection volontaire,
qu'il nous suffise de dire que la méthode active de télépsychie utilise ces
formes-pensées.
Par une
concentration volontaire et constante, il nous est possible de créer des
formes-pensées, des images mentales que nous pouvons ensuite projeter en temps
voulu vers la personne à influencer. Je dis en temps voulu parce que
tous les moments de la journée ne sont pas également opportuns pour cette
opération. Pour que la forme-pensée émise par nous ait le plus grand effet
possible, il est indispensable qu'elle atteigne l'être visé dans le
moment où il est réceptif, la période du sommeil naturel, par exemple,
au cours duquel toutes les activités supérieures de l'esprit sont éteintes.
En outre,
les heures de nuit sont les plus propices parce que ce sont les plus calmes et
que les espaces à traverser par nos pensées sont plus paisibles, moins
pénétrés de bruits et d'électricités diverses.
Nous
insistons sur ce point: le succès de cette méthode active de projection
de pensée dépend uniquement de notre force de concentration mentale. Plus le
rassemblement de nos énergies psychiques est intense, et mieux nos pensées sont
perçues.
Lorsqu'on
utilise en télépsychie non plus un désir, un sentiment, mais une image mentale,
il faut nécessairement s'entraîner à donner une valeur en quelque sorte
matérielle à cette production de notre esprit. Pour être perçue,
l'image mentale doit avoir des contours nets, un relief accusé.
Comment
créer cette forme-pensée ? Il est indispensable de se soumettre à un
entraînement. Il faut commencer par une image très simple: celle d'une
chaise par exemple. Il s'agit, nous insistons, d'une image à créer, d'une
forme de cette matière fluide mais plastique qu'est la pensée.
Naturellement, pour créer l'image mentale d'une chaise, ce n'est pas au mot «
chaise » qu'il faut penser; il n'éveillerait en notre intellect qu'une image
floue. Il importe de voir l'objet lui-même: ce sera telle chaise et non
telle autre; et celle qui retiendra notre attention devra apparaître avec ses
particularités.
Pour
faciliter ce travail de projection mentale, il est utile de s'interdire toute
distraction, de s'isoler de toute préoccupation autre que celle qui a trait
à l'expérience là intenter. Seul, dans une pièce
faiblement éclairée, loin de tout bruit, allongez-vous à votre aise sur
une chaise longue ou sur le lit, les vêtements desserrés. Respirez
largement, mais sans effort. Vos muscles doivent se détendre et vous devez
éprouver dans toute votre personne une impression profonde de calme. Ce calme
physique réagit sur vos éléments psychiques et y apporte une impression de
bien-être. A ce moment, vous sentez que vous êtes maître de votre
pensée.
Ce premier
point obtenu, regardez pendant quelques instants une chaise que vous aurez
placée devant vous. Portez toute votre attention sur elle. Gravez sa forme dans
votre esprit. Puis, fermez les yeux et essayez de revoir mentalement l'image de
cette chaise comme si elle existait réellement devant vous, à une petite
distance de votre front. L'expérience exige un effort tenace. Mais souvent,
après quelques essais peu satisfaisants, vous aurez la satisfaction de
voir apparaître l'image, elle sera d'abord vague et furtive. En persévérant,
vous arriverez à être maître de votre travail mental et à
obtenir à volonté une image parfaite, aux contours nettement dessinés.
Vous aurez alors rempli la principale condition pour réaliser pratiquement la
suggestion télépsychique.
Si vous
éprouvez quelque difficulté dans ce travail mental, celui-ci vous sera facilité
par l'emploi d'un miroir hindou, constitué par une boule massive de cristal pur
posée sur socle. Ce miroir, qui n'a aucune vertu particulière, vous
permet, en regardant avec une douce fixité au centre de la masse cristalline,
d'arrêter votre pensée. A défaut de ce miroir, on peut utiliser une
carafe de cristal remplie d'une eau très limpide.
Comment se
servir de ce support d'attention ? Placez la boule sur une table. Faites une
demi-lumière afin de diminuer toute excitation extérieure. Asseyez-vous
devant la table, le miroir à la distance normale de votre vision.
Il importe,
avant tout, de ne pas s'auto hypnotiser. Le résultat serait contraire à
celui cherché. En effet, en regardant un objet brillant ou en forçant sa
vision, le sujet très nerveux, impressionnable tombe bientôt dans un
état d'inconscience qui lui enlève tout contrôle sur lui-même. A
ce moment, le sujet est donc incapable de produire un acte volontaire. Comment
pourrait-il créer une forme-pensée ?
Il faut, de
toute évidence, conserver toute son activité cérébrale. Donc, éviter toute
fatigue des globes oculaires.
Que la
pièce où vous vous entraînez soit faiblement éclairée. Ayez soin
de placer une source lumineuse sur le côté et légèrement derrière
vous. Choisissez une lumière qui ne soit pas sujette à osciller
comme une bougie.
Avec ce
dispositif, la boule sera faiblement éclairée. Pour éviter tout reflet dans le
globe de cristal, interposez entre le socle et la boule un tissu sombre, noir
ou rouge foncé. Tournez votre boule du côté qui présente le moins
d'imperfections car, à moins d'employer des boules en cristal de roche
poli — dont le prix est très élevé — il est impossible de ne pas trouver,
dans le meilleur cristal coulé, des points, des bulles, de légères
traînées; mais ceci importe peu.
Ces
préparations terminées, regardez la masse de cristal dans son ensemble, sans
diriger votre regard vers un point particulier. Cette indication est importante
et voici une comparaison qui rendra plus nettement notre pensée. Quand vous
regardez une personne pour la première fois, vous l'envisagez dans son
ensemble, vous considérez sa stature, son allure générale; vous ne concentrez
pas toute votre attention sur un point déterminé, l'épingle de cravate, le
chapeau, ou tout autre. C'est de la même manière qu'il faut
regarder la boule: dans son ensemble, en évitant, surtout, de fatiguer les
yeux. Laisser tomber le regard doucement sur toute la surface du cristal.
Avant de
procéder à cette fixation du globe de cristal, regardez pendant quelques
instants un objet de votre choix: montre, tableau, vase, etc., placé à
peu de distance de vous. Après l'avoir considéré attentivement, dirigez
vos regard sur la boule et, rassemblant toute votre énergie mentale,
efforcez-vous d'y faire apparaître l'image de cet objet. Il y a là une
sérieuse difficulté. Persévérer. Surtout, à aucun moment, il ne faut
s'impatienter, se crisper, froncer les sourcils ou forcer le regard. Le calme
ici s'impose. Sans lui, sans la parfaite maîtrise de soi on courrait à
un échec certain.
Cette
première création psychique obtenue dans le miroir, il importe, ensuite,
de créer de toutes pièces une image mentale, sans qu'il soit nécessaire,
au préalable, de regarder un objet placé près de soi. Pour ce faire,
souvenez-vous d'une personne qui vous est chère, donc que vous
connaissez très bien. Revoyez en pensée ses traits, sa stature, sa
démarche, tout ce qui a pu vous frapper en elle, tout ce qui, à vos
yeux, la différencie nettement des autres. Puis, par un effort de concentration
mentale, essayez de projeter cette création idéale dans la masse cristalline.
Cherchez à voir la personne dans une position fixe, debout ou assise,
par exemple.
Nous ne saurions
trop prévenir nos lecteurs des inconvénients à éviter.
A tout
prix, il ne faut pas congestionner les yeux, car toute fatigue a tendance, chez
une personne nerveuse, impressionnable, à déterminer l'hypnose ou tout
au moins à créer un état de somnolence dans lequel les activités
sensorielles s'atténuent progressivement.
Ne pas
s'obstiner, non plus, à vouloir une réussite immédiate. Pour beaucoup,
l'entraînement peut demander un temps très long. Il importe de le savoir
et de s'armer d'une patience à toute épreuve. De plus, nous y insistons,
il faut éviter toute fatigue. Donc, procéder doucement et cesser les essais
avant toute gêne. Sinon, le néophyte risquerait des migraines, des maux
de tête, une congestion céphalique, des étourdissements, des troubles
oculaires et c'est ce qu'il importe d'éviter.
Procéder
méthodiquement. De la régularité dans les exercices d'entraînement. Le mieux
est de poursuivre les essais de préférence chaque jour à la même
heure. Séances courtes: à peine 10 minutes au début. Jamais plus d'un
quart d'heure. Ne pas s'impatienter. Le résultat ne peut venir que si on reste
parfaitement maître de ses impulsivités.
Ne jamais
forcer la vision, mais toujours regarder la boule sans effort, avec calme,
posément.
Si l'esprit
doit être dans un état parfait de calme, il importe également que le
corps soit dans un état de repos. Détendre bien ses muscles, rythmer sa
respiration afin qu'elle soit ample et régulière.
Ne pas
oublier ce qui a été dit dans nos précédents chapitres. Nos activités organiques
et cérébrales sont intimement liées et la respiration crée en nous un apport de
vie physique et psychique. En outre, si nous imposons silence à nos
muscles, nous imposons par contre coup le calme à notre cerveau. Nous
réduisons ainsi notre activité cérébrale inconsciente. Nous sommes plus et
mieux maîtres de nous.
Lorsque
vous verrez nettement et à volonté l'image se produire dans le miroir,
vous arriverez facilement, mais par un entraînement suivi, à la voir
sans cette aide. Il suffira de fermer vos yeux et de créer l'image mentale
devant vous, à faible distance de votre front.
image
Fie. 250. —
Création de l'image mentale à l'aide du miroir hindou (expérience du
Docteur Paul Joire).
Nous
déconseillons l'usage du miroir aux personnes dont la vue est très
faible. Celles-ci doivent faire leur entraînement simplement en fermant les
yeux, comme il a été dit ci-dessus.
Le miroir
de cristal présente cet avantage d'offrir une masse d'une limpidité à
peu près parfaite. Cependant, là défaut de cet objet, nous avons
dit qu'on peut se servir d'une carafe en cristal remplie d'une eau limpide.
Encore un
conseil important à observer: éviter de s'entraîner tant que la
digestion n'est pas en grande partie terminée. Il est donc préférable
d'attendre 2 ou 3 heures après un repas pour tenter un essai quelconque.
Une fois
l'image créée, reste à la projeter vers le poste récepteur. C'est ici
que nous devons étudier le maniement de nos appareils de transmission.
Pour
transmettre l'image, il faut une forte tension cérébrale.
Nous
l'avons déjà dit: notre organisme tient en réserve, dans ses plexus, de
la force nerveuse. Mieux on s'est développé suivant nos méthodes et plus cette
force est abondante, mieux on est à même de l'utiliser
judicieusement. Celui qui est maître de ses impressions ne connaît plus ces
crises d'émotivité, ces accès de colère ou de crainte, ces
impulsions qui sont une cause incessante de gaspillage, d'épuisement nerveux.
Car, ne
l'oublions pas, cette force préside au fonctionnement de notre organisme; elle
est l'énergie qui en actionne tous les rouages. Si nous sommes déprimés,
neurasthéniques, abattus par le chagrin ou par la maladie, notre force nerveuse
est diminuée, l'usine humaine manque de courant. Nous avons peine à agir
physiquement et moralement.
Nous avons
le devoir d'être économe de cette force nerveuse. Cette économie est de
toute nécessité lorsque nous voulons exercer une action psychique. C'est dans
ce but que nous conseillons à nos lecteurs de tendre vers une maîtrise
toujours plus parfaite d'eux-mêmes. Ce « self-control » fait partie de
toutes les initiations, les plus simples comme les plus élevées, et, dans
l'Orient, la parfaite immobilité, le silence ou du moins le strict minimum de
paroles pour l'expression des idées sont non seulement le signe de l'initié,
mais de l'homme de haute caste et de bonne éducation.
Donc, pour
projeter l'image que nous avons créée, il importe de nous placer dans des
conditions de tranquillité parfaite et de détente musculaire absolue.
Toujours
allongé dans un fauteuil ou sur un divan, bien sa l'aise, les muscles détendus,
respirez avec calme et ampleur.
Ne forcez
pas le rythme respiratoire. Il ne faut, certes, jamais s'y astreindre, mais ici
on le doit moins encore. L'essentiel est d'obtenir un rythme pulmonaire qui
apporte son calme dans tout le domaine musculaire.
Quand vous
aurez obtenu cette sensation de repos physique et psychique, créez de nouveau
l'image mentale devant vos yeux. Si le miroir vous est utile pour la production
de l'image, asseyez-vous devant la boule, dans les conditions que nous venons
d'indiquer. Dans tout autre cas, où vous jugez inutile l'usage du
miroir, il est préférable de demeurer étendu. En procédant ainsi, vous obtenez
un calme parfait de l'élément physique et vos facultés psychiques et mentales
sont mises en action plus facilement. D'ailleurs, il est toujours mieux de ne
projeter des images mentales que lorsque votre entraînement est suffisant.
L'image
mentale étant créée devant votre esprit, représentez-vous, aussi nettement que
possible, la personne sur laquelle vous désirez que s'exerce votre action. Si
vous savez où elle se trouve au moment de l'opération, ce sera mieux
ainsi. Voyez-la dans un endroit où elle se tient habituellement à
l'heure où vous exercez votre action télépsychique.
Si vous
agissez sur une personne qui vous soit peu connue ou que vous ne puissiez
déterminer l'endroit où elle est au moment de l'expérience,
représentez-vous là, avec netteté, comme si elle était devant vous
à faible distance.
Puis,
exercez votre suggestion. Faites effort pour projeter votre création mentale
auprès de cette personne.
Pour
faciliter l'expérience, il est excellent de s'entraîner à cette
projection mentale avec un sujet sensitif qui fera office de sujet percipient.
Le sujet sensitif, avec qui vous avez déjà intenté une série de
recherches magnétiques est déjà préparé à recevoir votre
influence et le succès de vos expériences télépsychiques en sera
d'autant facilité.
C'est
d'ailleurs une excellente méthode que d'agir sur un sujet sensitif, surtout
dans les débuts, pour s'accoutumer à créer et à extérioriser
l'image ou l'émotion que vous voulez transmettre.
Si vous
pouvez mettre en hypnose votre sujet, cela est préférable, car, en sommeil, il
se trouve dans un état réceptif et vos suggestions sont plus facilement reçues.
Si le sujet
n'est pas assez sensitif pour être endormi, procédez à l'état de
veille. Priez-le de se mettre dans un état de détente physique qui, réagissant
sur sa personne psychique, lui donne le calme cérébral nécessaire à votre
réussite.
Agissez
comme dans les cas précédents. Créez votre image mentale et projetez-la, par un
effort de pensée, vers votre sujet. Agissez avec confiance. De tels essais ont
été réalisés par tous les magnétiseurs. Commencez toujours par les expériences
les plus simples.
Quand vous
aurez réalisé plusieurs fois une expérience de ce genre, tentez d'imposer votre
suggestion à un sujet en possession de tout son contrôle.
Le
dédoublement volontaire
Occupons-nous
maintenant de la télépsychie obtenue par projection de toute notre personnalité
psychique, de notre double.
Dans un
précédent chapitre, nous avons déjà vu en quoi consiste le double. Pour
le projeter hors de soi, il faut faire agir la volonté sur les réserves
nerveuses. Ici, une nouvelle observation s'impose.
Pour que la
projection psychique opère, il est indispensable de communiquer tout
d'abord, à notre force, la vibration particulière que vous
voulons transmettre.
De
même qu'avant de chercher à projeter une image mentale, il est
nécessaire de la voir, de la créer devant son intellect, de même pour un
sentiment: il faut le ressentir en soi-même avant d'espérer le faire
éprouver au sujet récepteur. Il y a là une sérieuse difficulté.
Nous sommes
tous des émetteurs de forces psychiques. Mais il y a dans ces forces des
qualités, des valeurs différentes. Celles-ci traduisent notre état d'âme.
De
même qu'un foyer ne peut émettre des ondes calorifiques qu'à
condition d'être en ignition, de même si nous voulons transmettre
au loin un sentiment d'amour, il faut que nous l'éprouvions. Cet état, ce
sentiment il faut le vivre intensément si nous voulons qu'il donne à
notre envol de pensées une valeur réelle. Nous sommes dans la nécessité de
penser avec force à la personne à influencer.
Il est bien
certain que cette tension pourrait présenter quelque danger si nous étions
lentes de nous servir de ce mécanisme psychique pour assouvir de loin une
haine. L'action néfaste qu'on voudrait imposer, on en serait soi-même la
première victime ! C'est ce qui a fait dire aux démonologues du
moyen-âge que tout sorcier finissait par être étranglé par le diable. Il
est certain que le sorcier, sans cesse exacerbé par des projections de haine
devait fatalement finir par être victime de son état mental. Le moyen-âge
donnait trop de besogne au démon. Il est certain que les effets constatés
étaient des effets naturels. De toute certitude, celui qui projette sa force
nerveuse contre son prochain avec l'intention de nuire est toujours la victime,
souvent même la première, de ses ténébreuses machinations.
Nous ne
pouvons insister plus longuement sur ces faits. Le lecteur désireux
d'approfondir ce point particulier de l'expérimentation psychique, trouvera
tous détails complémentaires dans le Cours supérieur d'Influence personnelle de
Hector Dur ville (Hector Durville. — Cours supérieur d'Influence personnelle.
Télépathie, télépsychie (actions à distance), 2e édit., Paris, s. d.).
La
méthode passive.
Reste
à dire quelques mots de la méthode passive de suggestion mentale.
Là,
plus d'effort violent. C'est une orientation constante de toutes nos pensées
que nous tendons à obtenir, et notre état d'âme, par le moyen de
formes-pensées, se répercute au loin, insensiblement. L'action est lente, mais
peut-être plus sûre; en tout cas, elle est à la portée de
chacun.
Nous avons
dit que Prentice Mulford considérait très justement la pensée comme une
force puissante. Ce grand psychiste américain développe ainsi sa conception:
« Les
pensées agissent efficacement sous la forme de courants spéciaux aussi réels
que les courants marins et que ceux de l'atmosphère... Si la pensée
était visible à l'œil matériel humain, nous pourrions voir ces
courants se diriger vers les gens et en revenir pour se diriger à
nouveau vers d'autres individus. Nous verrions que des personnes semblables
comme tempérament et comme caractère se trouvent dans le même
courant de pensée. Nous verrions qu'un individu généralement pessimiste et
triste est dans le même courant que d'autres individus également tristes
et pessimistes; nous verrions que chacun d'eux constitue comme une batterie
supplémentaire ou comme le générateur de cette condition de tristesse et qu'il
ajoute une nouvelle force au principal courant de la pensée. Nous pourrions
considérer toutes ces forces agissant de la même manière et
unissant les gens pleins d'espoir, courageux et gais. » ( Prentice Mulford. — Les Lois du
succès. )
Ces idées
ont été reprises et développées par nombre d'auteurs psychistes.
C'est ainsi
que Atkinson nous dit: « Chaque pensée qui est nôtre, faible ou forte, bonne ou
mauvaise, saine ou malsaine, détermine autour de nous des vibrations qui la
propagent et par lesquelles elle arrive et se transmet avec plus ou moins de
force à ceux qui sont près de nous ou qui, tout au moins, se trouvent
dans le champ des vibrations. Ces vibrations ressemblent aux rides que produit
une pierre en tombant dans un étang. Elles vont sans cesse en s'élargissant
jusqu'à ce que leur relief s'émousse, s'efface et se perde dans
l'uniformité des choses. Mais si l'impulsion première d'où elles
dérivent les porte dans une certaine direction, elles y vont naturellement et
se concentrent sur le point qui leur est assigné comme but. » ( W. W. Atkinson.
— La Force-pensée dans la vie et dans les affaires.)
C'est un
fait, et nous devons agir vis-à-vis de notre pensée comme à
l'égard d'une force assez mystérieuse et dont tout le pouvoir ne nous est pas
entièrement connu. Si nous agissons de la sorte, nous y gagnerons une
force dont nous ne nous faisions pas une idée auparavant.
M. Albert
d'Angers, reprenant les idées de Mulford, dit très justement;
« Chaque
individu est un générateur de forces-pensées qui prennent une forme et une
consistance d'autant mieux définies et plus résistantes, qu'elles sont émises
avec plus de précision et d'énergie. Ces forces s'échappent de leur centre
d'émission autour duquel elles rayonnent. Nous vivons donc dans une sorte
d'atmosphère de radiations invisibles à laquelle nous
fournissons, empruntons et échangeons continuellement des atomes d'une
manière constante et irrésistible. » Et plus loin, M. Albert d'Angers
ajoute:
« Le point
initial de la réussite, quand on a véritablement en main tous les éléments
capables de l'obtenir, réside surtout dans le courant que l'on peut donner
à ses pensées, car une pensée mourrait fatalement dès son
apparition si on ne lui imprimait pas un mouvement d'activité. La conception de
l'idée est son commencement d'existence; mais pour vivre, il faut que notre
volonté lui imprime un mouvement de continuité. » ( Albert d'Angers. — Pour
réussir. )
Donc, nos
pensées irradient autour de nous. Elles se projettent vers les personnes qui
nous les inspirent. Elles se dirigent vers le but que nous leur désignons. Une
fois dans l'atmosphère de la personne à influencer, nos pensées
lui communiquent les vibrations dont nous sommes émus.
Cette
méthode demande que nous entretenions constamment dans notre esprit des pensées
d'un ordre déterminé. Notre état d'âme finit par pénétrer l'aura de la personne
et lui imposer les idées que nous souhaitons qu'elle ait. Là encore,
s'armer de patience.
M. Hector
Durville, parlant des actions psychiques volontairement exercées à
distance, a souligné dans son Cours supérieur d'Influence personnelle que nous
ne devions poursuivre aucun but égoïste.
Nous
insistons tout particulièrement sur le caractère spécial que
revêt l'action psychique à distance. Ceux qui ne sont pas au
courant de ces travaux imaginent qu'il est possible d'imposer subrepticement sa
volonté au premier venu. On raconte mille faits curieux ou terrifiants qui
veulent démontrer que l'auteur d'une action à distance peut disposer du
bien et de l'honneur de ceux qui sont en son pouvoir ! Cela est simplement
absurde.
Dès
qu'on leur parle d'action à distance, certains esprits portés à
tout dramatiser, ne songent pas à moins qu'aux envoûteurs et
jeteurs de sorts ! C'est aller bien vite en besogne. Nous ne nions nullement la
réalité de l'envoûtement. Son mécanisme a été démontré par MM. Hector
Durville et le colonel de Rochas, mais les conditions expérimentales sont
difficiles à réunir.
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