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Cours de magnétisme personnel

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LA SUGGESTION MENTALE

La communication télépsychique. Réserves à faire concernant les phénomènes présentés en grand public. — Faits spontanés de télépsychie. — Trois faits recueillis par MM. Gurney, Myers et Podmore. — Faits de télépsychie volontaire. Premières expériences. — Hector Durville agit de Paris à Versailles, puis de Paris à Genève. — La télépsychie et le calcul des probabilités. — Les expériences de Gibert au Havre. L'enquête de la Société d'études psychiques de Londres. — Autres expériences.— Pratique de la télépsychie volontaire. Conditions expérimentales à réunir. — La méthode active. — Projection de la pensée. — Ecueils à éviter. — Quelques conseils. — Le dédoublement volontaire. — La méthode passive.

 

La suggestion mentale c'est la possibilité qui est donnée à l'esprit humain de franchir l'espace et d'entrer en contact avec un autre cerveau.

Ce phénomène est-il contestable ? Non. Il est certain. Aucun fait scientifique n'a été plus contesté; aucun, par conséquent, n'a demandé, pour être établi, une plus grande quantité de preuves. Celles-ci, combattues avec une vive partialité, n'en ont été que mieux établies. D'ailleurs, à une époque où il n'est question que de radioactivité, d'ondes hertziennes, de télégraphie et de téléphonie sans fil, de télémécanique, comment ne pas admettre qu'un générateur aussi puissant que le cerveau ne puisse faire office alternativement de poste émetteur ou de poste récepteur ?

Cette communication télépsychique, entre deux cerveaux, n'est toutefois pas aussi fréquente, aussi aisée que beaucoup serait tentés de le croire.

Il y a lieu, tout d'abord, de faire de grosses réserves au sujet des prétendues démonstrations de lecture ou d'action mentale présentées dans des théâtres, des cirques, ou plus démocratiquement, dans des baraques de foire. Dusse-je enlever au lecteur quelques illusions, je le ferai pour l'amour de la vérité: toute expérience de suggestion mentale est irréalisable devant un public nombreux. La raison en est que le suggestionneur et le suggéré ne sont pas, en face de la foule, dans les conditions de concentration et de détente nécessaires. On peut affirmer, sans crainte d'être démenti, que toute expérience de télépsychie réalisée dans un lieu public est truquée. Comment ? Les moyens sont nombreux et tous plus ingénieux les uns que les autres. Mais ici nous devons limiter notre étude aux phénomènes réels. (Voir, de la série des Trucs de prestidigitation dévoilés: — Comment on truque la transmission de pensée; — La lecture rapide de la pensée; — Une expérience de suggestion mentale. )

Ceux-ci sont ou spontanés, ou provoqués volontairement. Nous étudierons ces deux catégories de faits successivement.

 

Faits spontanés de télépsychie

 

De tout temps, l'action psychique à distance a été admise.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que l'avilissement des sciences psychiques tombées aux mains des sorciers a fait contester leur puissance. Le sentiment qui poussait des savants à nier un fait parce qu'il se produisait dans un milieu qui leur répugnait était honorable, certes, mais contraire à tout esprit scientifique.

Envisageant le problème télépsychique sous cette face, il aurait fallu tenir compte de travaux parus au XVIe siècle. A cette époque, beaucoup de philosophes, de savants affirmaient la réalité de l'envoûtement. Les phénomènes étaient trop fréquents pour être contestables, et l'imagination n'est pas toujours seule à déterminer les effets constatés.

D'ailleurs, l'action à distance n'était pas nécessairement néfaste et bien des guérisons mystérieuses furent opérées par ce procédé. Pour ne citer que les plus célèbres, van Helmont et Paracelse guérissaient les blessures de guerre en traitant, à distance, des linges tachés du sang du blessé. Robert Fludd faisait passer la force vitale des plantes dans le corps de ses malades par la médecine transplantatoire. Plus tard, le chevalier Digby soigna de loin ses malades par la poudre de sympathie. Il est vrai que nous n'avons sur ces prétendues actions  psychiques qu'une documentation fort limitée et qu'en l'espèce la prudence s'impose.

D'autres faits apportent un témoignage en faveur de la télépsychie.

On se souvient de l'affaire de Loudun. Des ursulines en proie à des crises d'hystérie collective, s'estimaient possédées par le Diable. Un fait nous intéresse ici. Des expériences faites devant Monsieur, frère du roi, démontrèrent que ces malheureuses obéissaient, en transe, à des ordres précis donnés mentalement par le médecin enquêteur. A un simple commandement formulé par la pensée elles modifiaient leur attitude, abandonnaient la forme en arc de cercle pour prendre une rigidité rectiligne, sans la moindre flexion. Gaston d'Orléans, envoyé par le Roi, son frère, fut témoin de divers interrogatoires consignés au procès d'Urbain Grandier, aujourd'hui publié par divers auteurs.

Toutefois, ce n'était qu'empiriquement que ces faits se produisaient et les théories générales étaient rares. Il faut arriver aux temps modernes pour voir ces phénomènes étudiés avec soin.

Les manifestations télépsychiques sont relativement fréquentes. Elles se produisent d'autant plus nettement que les circonstances s'y prêtent. Il est établi que l'action mentale ne s'exerce spontanément qu'entre des personnes ayant entre elles une affinité profonde, soit le lien du sang, de père ou de mère à leur enfant, de frère à frère ou à sœur ou tout autre lien de famille, mais renforcé par l'habitude et la tendresse.

Un lien d'amitié peut suffire quelquefois, à la condition que ce sentiment soit de longue durée et qu'il soit renforcé d'un lien d'esprit et de sentiment.

Enfin, le lien de magnétiseur à sujet est lien très sûr. En outre, il faut que la personne qui communique spontanément sa pensée à l'autre sans préparation particulière se trouve dans un état violent qui, selon la très heureuse expression populaire, la mette hors d'elle-même. La plupart des cas constatés se sont produits dans un naufrage, un accident, à l'agonie ou dans un danger quelconque.

Pour nous amener à saisir le mécanisme de la télépsychie, citons quelques faits de transmission de pensée spontanée, soit à des personnes à l'état de veille, soit au cours du sommeil du percipient.

Voici d'abord deux faits transmis à M. Camille Flammarion par le général Parmentier, président de l'Alliance française pour la propagation de la langue française à l'étranger, vice-président de la Société astronomique et de la Société de géographie.

Plusieurs personnes sont réunies à Andlau (Alsace) pour un déjeuner de chasse. Le maître de la maison, égaré sans doute à la poursuite du gibier, n'est pas encore rentré. On l'attend un moment, puis l'heure devenant tardive, on se met à table, mais sans éprouver nul funeste pressentiment. Au milieu du déjeuner, la fenêtre, qui était ouverte, se ferme et se rouvre brusquement. Grande est la surprise parmi les assistants. La maîtresse de maison, frappée tout à coup d'une sombre pensée, s'écrie: « Il est arrivé un malheur ! »

Trois quarts d'heure après, on rapporte le malheureux chasseur. Il avait reçu une décharge de plomb en pleine poitrine, et n'avait eu le temps de prononcer que ces simples mots: « Ma femme ! Mes pauvres enfants ! »

Le fait suivant est arrivé au père et à la mère du général.

Ils étaient couchés tous deux et, comme on était au fort des chaleurs, la porte de leur chambre était ouverte sur le salon contigu, dont les fenêtres étaient également ouvertes. Au cours de son sommeil, Mad. Parmentier, crût sentir le lit se soulever et retomber. Effrayée, elle éveilla son mari qui la rassura de son mieux, lui affirmant qu'elle avait rêvé. Elle ne demandait qu'à le croire. Cependant, elle ressentit bientôt une secousse encore plus violente que la première, suivie d'un fracas dans le salon, comme si toutes les vitres avaient volé en morceaux. Les deux époux sautèrent à bas du lit, allèrent au salon. Nulle trace ne subsistait de ce tintamarre étrange. Le vent ne pût être mis en cause; la nuit calme apparaissait par la fenêtre ouverte; aucun souffle d'air. Les deux époux retournèrent à leur chambre. La jeune femme épouvantée, craignait toutefois qu'il soit arrivé quelque malheur dans sa famille. Le lendemain, elle fut rassurée sur le sort des siens, mais, peu de temps après, elle apprit que sa vieille gouvernante, qui habitait Vienne, était morte au cours de cette nuit agitée, à l'heure même où les étranges phénomènes s'étaient produits. Cette vieille gouvernante regrettait avec larmes de mourir sans revoir la jeune femme dont elle avait fait l'éducation.

Voici encore, entre des milliers que nous pourrions citer, un fait singulier. Il s'agit d'un cas où le même avertissement est donné à deux personnes en même temps, bien qu'elles habitent deux villes fort éloignées.

Une dame avait deux frères prêtres, l'un missionnaire en Chine, l'autre curé en Bretagne. Un jour qu'elle était à la maison, occupée aux travaux du ménage, elle vit devant elle celui de ses frères qui était en Chine, et, toute joyeuse de ce retour inespéré, elle courut à lui. Au moment de le toucher, elle ne le vit plus et demeura fort effrayée. Au même moment, le curé voyait son frère devant lui qui lui disait: « Mon frère, je vais mourir », puis, au bout d'un instant: « Mon frère, je meurs », et enfin, après quelques minutes: « Mon frère, je suis mort. » Au bout du temps assez long que mettaient alors les messages à parvenir de Chine, le curé et sa sœur reçurent confirmation officielle de cette mort qui leur avait été annoncée si inopinément.

 

Les faits suivants ont été recueillis par MM. Gurney, Myers et Podmore (Gurney, Myers et Podmore. — Les Hallucinations télépathiques traduct. abrégée de L. Marillier, 4e édit., Paris, 1905.) :

Premier fait. — Le Docteur Olivier, médecin à Huelgoat (Finistère), est appelé en consultation, le 10 octobre 1881, au milieu de la nuit, pour se rendre à trois lieues de son domicile. Il s'engage dans un chemin creux où les ombres qui se croisent rendent la nuit encore plus noire. Il se confie à l'instinct de son cheval mais, malgré la sûreté de pied de l'animal, celui-ci bute sur des pierres et le Docteur Olivier est projeté à terre et se casse la clavicule.

A ce moment précis, sa femme, qui se prépare à se mettre au lit, a le pressentiment d'un malheur et dit à la servante: « Il est arrivé un accident à mon mari; il est mort ou blessé. »

Elle eût bien envoyé quelqu'un à sa recherche, mais elle n'était pas exactement informée de l'endroit où il était allé. Ce fut le docteur, en rentrant, qui instruisit sa femme de ce qui s'était passé, et c'est lui qui relata cette observation.

Deuxième fait. — Mme Jones, femme d'un pilote de Liverpool, était aussi la sœur d'un pilote, William Roulands. Un jour, souffrante et alitée, elle dit à son mari qu'elle venait de voir, étant tout éveillée, à 3 heures après-midi, son frère se noyer dans la Mersey. M. Jones crut que sa femme était en proie au délire et tâcha de lui faire comprendre que son frère ne pouvait avoir couru aucun danger, puisque ce jour était jour de repos pour lui, les pilotes étant employés par roulement. Elle n'en persista pas moins dans son affirmation et ses craintes. Celles-ci étaient fondées. Le gros temps avait forcé les autorités du port à faire appel à des pilotes supplémentaires; M. Roulands avait heurté un rocher et s'était noyé en compagnie d'un autre marin.

Troisième fait. — Mme Green, à Newry, dans la nuit du 10 janvier 1885, vit en songe deux jeunes filles qui conduisaient elles-mêmes une légère voiture à un cheval. Le cheval, trouvant de l'eau devant lui, s'arrêta pour boire, mais la berge était glissante, il perdit l'équilibre, la voiture glissa dans l'eau et les deux jeunes filles furent noyées. Mme Green se réveilla en sursaut et raconta à son mari le rêve qui l'avait vivement frappée. Au mois de mars, elle recevait une lettre de son frère qui vivait en Australie, lui annonçant la mort de sa fille, nièce de Mme Green et d'une fillette de ses amies, dans des circonstances exactement pareilles à celles de son rêve. Un journal local était joint à la lettre et donnait les plus amples détails et la plus grande authenticité au fait que nous rapportons.

Des phénomènes aussi précis sont assez rares, mais il est arrivé à bien des personnes de rêver de quelqu'un auxquelles elles n'avaient pas pensé depuis longtemps. Le lendemain elles sont étonnées de rencontrer ou de recevoir une lettre de la personne dont le souvenir les préoccupait. Ce fait semble prouver qu'il existe entre elle et nous un lien invisible qui nous avertit à notre insu. D'ailleurs, quelle est la personne aimante qui ne s'est inquiétée d'êtres chers, précisément au moment où ils couraient un réel danger ?

Mais ces vagues impressions seraient insuffisantes pour établir, à elles seules, la réalité de la télépsychie. Abordons un terrain d'étude plus ferme.

 

Faits de télépsychie volontaire.

 

L'étude méthodique des phénomènes télépsychiques provoqués volontairement est de date récente. Ce n'est guère qu'aux environs de 1850 qu'elle a tenté les expérimentateurs.

Encore n'est-ce qu'avec bien des précautions que le Docteur Burcq put y faire allusion, en 1851, dans une thèse qu'il soutint sur la métallothérapie. Quand il parla du magnétisme animal, Velpeau le ramena très rudement dans son chemin. Le lendemain, le professeur Roustan, disait avec bienveillance à son élève: « Mon jeune ami, même sur le terrain de la science, toute vérité n'est pas bonne à dire. »

Ces paroles n'étaient que le prélude des longues contestations que rencontrent tous les novateurs. Burcq en fit la cruelle expérience. Mais si la vérité manque rarement d'être combattue, elle porte en elle-même une force qui lui permet de supporter sans faiblir les plus pénibles rencontres. En outre, celui qui sait avoir raison a presque toujours le courage d'attendre son heure. Le Docteur Burcq attendit la sienne et ce ne fut qu'en 1884 qu'il put parler de suggestion mentale dans les groupements médicaux, notamment à la Société de biologie.

Ce fut là qu'il communiqua le résultat de ses patientes expériences. Avec tout le contrôle désirable, il les répéta en présence de ses collègues, donnant mentalement des ordres a un sujet, par exemple de venir, et le sujet, qui se trouvait dans une autre partie de l'appartement, se présentait aussitôt.

D'ailleurs, à ce moment, un courant d'idées se produisait en faveur de ces études décriées. Le Docteur Puel avait un sujet qui faisait partie du personnel d'un théâtre. Il lui fit accomplir les expériences suivantes rapportées par un témoin, le Docteur Dupouy, dans le Moniteur de la polyclinique du 8 juin 1884.

Le Docteur Puel se trouvait dans le foyer des artistes avec quelques personnes, dont un auteur dramatique fort sceptique en ce qui concerne le psychisme. Ce dernier mit au défi le Docteur Puel de faire faire à son sujet quoi que ce soit sans l'avoir en sa présence. Croyant s'amuser, il demanda au docteur de faire venir le machiniste, de l'endroit où il se trouvait jusqu'au foyer, en marchant à quatre pattes. Dès que le commandement lui en eut été donné mentalement, le machiniste lâcha la cloche qu'il tenait pour appeler les artistes en scène et se précipita dans le foyer, dans la singulière posture qui lui avait été suggérée. L'expérience fut reprise par six fois, avec des variantes et toujours avec le même succès. Enfin, un assistant demanda au docteur si son sujet pourrait accomplir un acte que le magnétiseur ne connaîtrait pas, à la condition que l'ordre en soit donné sous pli fermé au sujet, à qui le médecin ordonnerait seulement de s'y conformer. Le Docteur Puel y acquiesça; le sujet reçut le papier fermé et alla chercher dans une des loges le violon qui lui était demandé, comme on le sut en ouvrant le pli.

 

Des phénomènes plus intéressants encore par leur complexité et leur continuité ont été réalisés par Hector Durville, que les cite dans son Cours supérieur d'Influence personnelle.

Voici l'un de ces faits:

Mon père traitait un boulanger aveugle par décollement de la rétine. Ce malade présentait une particularité assez curieuse: tout le temps qu'il subissait l'action magnétique, il éprouvait un violent battement des paupières. Pendant ce battement, il distinguait les objets qui étaient placés auprès de lui. Mon père avait, à ce moment, plusieurs malades à Versailles et s'y rendait très fréquemment. Un après-midi, dans le train, il songeait à son malade de Paris. La pensée lui vint d'agir sur lui à distance. Il concentra fortement sa pensée et magnétisa son sujet de loin pendant un quart d'heure environ. A son retour, l'aveugle, qui était en pension chez mon père, lui-dit en l'entendant rentrer: «Vous avez dû me magnétiser, car, à tel moment, j'ai senti le battement des paupières. » C'était précisément l'heure où Hector Durville avait voulu agir. Cependant, pour écarter toute possibilité d'autosuggestion, mon père affirma au malade qu'il avait dû se tromper, en tout cas que la sensation qu'il avait éprouvée était fortuite et qu'il n'y était pour rien. L'expérience fut reprise plusieurs fois par mon père qui changea les heures, choisissant les moments les plus imprévus de la nuit. Le résultat fut toujours le même. Enfin, le boulanger rentra chez lui, à Lérouville, en Lorraine, et mon père continua son traitement malgré la distance de 260 kilomètres.

Un pareil résultat était encourageant.

En 1882, mon père avait parmi ses malades une dame jeune très souffrante. Il l'avait déjà en partie guérie quand des affaires urgentes la rappelèrent chez elle, à Genève. Hector Durville convint avec le mari de cette jeune femme qu'il exercerait son action à distance (600 kilomètres à vol d'oiseau) et continuerait ainsi le traitement commencé. Le mari devait, jour par jour, tenir mon père au courant de ce qui se produirait et mon père devait lui envoyer copie de ses observations du jour, relativement à cette malade. L'action se fit parfaitement. A n'importe quelle heure où l'opérateur la magnétisât, la malade s'endormait et, si mon père lui posait des questions, il obtenait, au moyen d'un second sujet endormi, une moyenne de quatre bonnes réponses et une douteuse sur six. Les montres étaient réglées de manière à tenir compte de la différence d'heure entre Paris et Genève. L'action et l'effet étaient presque simultanés.

 

En 1884, le professeur Charles Richet publia le résultat d'intéressantes expériences de suggestion mentale. Utilisant la méthode des probabilités, il chercha à établir à quelles lois elles étaient soumises. Une telle étude exigea de nombreuses expériences. Celles-ci amenèrent le professeur Charles Richet à conclure:

« II faut hardiment nous délivrer de cette crainte du nouveau et envisager la suggestion mentale comme possible, par conséquent nous donner la peine d'examiner sérieusement les preuves qu'on peut nous donner contre elle ou en sa faveur.

 « La méthode que j'ai employée est celle des probabilités: elle pose le problème ainsi: étant donné une désignation arbitraire dont la probabilité est connue, la probabilité de cette désignation change-t-elle par le fait de la suggestion mentale ?

« A cette question nos expériences nous permettent de répondre par l'affirmative.

« En effet, l'expérience nous a donné les quatre résultats suivants :

« 1° — Pour des cartes de jeux, alors que la réponse par le hasard devrait être 458, elle a été, avec la suggestion, de 510 sur 1.833 expériences;

« 3° — Pour des expériences faites avec la baguette, alors que le nombre probable était de 18, le nombre réel a été 44 sur 98 expériences;

« 4° — Pour des expériences dites spiritiques, alors que le nombre probable était 3, le nombre réel a été 17 sur 124 expériences.

« Les résultats obtenus par le calcul de la probabilité sérielle sont plus concluants encore... »

Et, plus loin, Charles Richet s'exprime ainsi:

« Si donc j'avais une conclusion définitive à donner je dirais: La probabilité en faveur de la suggestion mentale peut être présentée par 2/3. Autrement dit, en reprenant une des plus fameuses démonstrations de Pascal: « S'il fallait opter pour la réalité ou la non-réalité de la suggestion mentale, je laisserais le hasard décider, mais je donnerais deux chances à l'hypothèse que la suggestion existe, et une chance seulement à l'hypothèse contraire. »

En 1884, le Docteur Baréty, de Nice, signalait au Docteur Ochorowicz des expériences qu'il réalisait avec un jeune homme de vingt-quatre ans, intelligent et instruit. Le Docteur Baréty avait sur son bureau deux statuettes à peu près de même grandeur, l'une de bronze, l'autre d'ivoire. Par suggestion mentale, il faisait ressentir au sujet l'impression que les deux statuettes changeaient de couleur et de forme, qu'elles grandissaient ou rapetissaient démesurément, depuis la taille d'une épingle jusqu'à celle d'un géant.

Le Docteur Ochorowicz estima que ces expériences n'étaient pas aussi décisives qu'il aurait fallu, les idées naturellement inspirées par l'aspect des figurines étant d'un nombre trop limité. De plus, le Docteur Baréty avait coutume de tenir la main de son sujet. De nouvelles expériences furent donc tentées sans cet appui et avec des objets différents: le succès fut le même ( Docteur Ochorowicz. — La Suggestion mentale.)

 En 1885, le Docteur Janet, de l'Institut, lut à la Société de psychologie physiologique une communication de son neveu, M. Pierre Janet, professeur de philosophie au Lycée du Havre. Cet intéressant document était relatif à des phénomènes de somnambulisme. Il s'agissait d'essais intentés par MM. Gibert et Janet et qui affirmaient la réalité de la suggestion mentale, montrant que celle-ci peut s'exercer à une distance de plusieurs kilomètres. A plusieurs reprises, les deux expérimentateurs avaient même réussi des suggestions mentales à longue distance tendant à endormir le sujet.

Le sujet qu'ils employaient était une femme d'une cinquantaine d'années, bretonne, bien portante, mais qui avait eu dans sa jeunesse des accidents hystériques. Elle était très facile à magnétiser et s'endormait à la pression de la main, à condition que l'on eût l'intention bien précise de l'induire en hypnose. Ces expériences furent contrôlées par une commission de quatre médecins: MM. F. Myers, et son parent le Dr Myers, de la Society for psychical researchs, M. Marillier, de la Société de psychologie physiologique et le Docteur Ochorowicz.

Le détail des expériences fut réglé d'un commun accord et voici les strictes précautions qui furent prises par les commissaires pour éviter toute fraude:

1° — L'heure de l'action à distance fut tirée au sort;

2° — Elle n'était communiquée à M. Gibert qu'au moment de l'action et l'on se rendait aussitôt au pavillon habité par le professeur;

3° — Ni le sujet, ni aucun habitant du pavillon, situé hors de la ville, n'avait connaissance de l'heure ou du sujet de l'expérience;

4° — Pour éviter toute suggestion possible, ni les commissaires, ni les expérimentateurs n'entraient dans le pavillon que pour constater le sommeil.

Il y eut quelques expériences douteuses, mais la conviction du Docteur Ochorowicz et des autres commissaires fut, qu'en général, la liaison causale entre un acte de volonté et un effet produit à distance était réellement établie.

On procéda à d'autres expériences:

Le sujet fut endormi et appelé chez M. Gibert, d'une extrémité à l'autre de la ville du Havre. Le commandement fut exécuté aussitôt.

Après cette suggestion motrice, les expérimentateurs obtinrent à distance des troubles sensoriels. Le sujet, placé dans une autre partie de l'appartement, ressentit parfaitement une piqûre faite à la main, ou au front, sans qu'une parole eût été prononcée; l'ordre était seulement écrit.

Très intéressé par ces résultats et désireux de se faire une opinion précise à leur sujet, le Docteur Ochorowicz renouvela les expériences sur deux personnes hystériques auxquelles il donnait ses soins. Cette série de recherches lui fournit la preuve de la réalité scientifique de la transmission de pensée à distance.

De son côté, le Docteur Claude Perronnet rendit compte, en 1886, de ses recherches personnelles. Ses observations l'avaient amené à penser que, dans beaucoup d'expériences hypnotiques, la suggestion mentale agissait pour la plus grande partie, surtout en ce qui concerne les phénomènes de paralysie et de contracture.

M. le Docteur Perronnet rapporte une de ses expériences en ces termes:

« J'ai tenté de suggérer à distance des idées au moyen d'objets matériels. Le 4 janvier 1885, j'envoie de Lyon à Paris à Mlle Juillard — trois points disposés triangulairement, en la priant de les considérer comme l'expression des idées formulées par moi au, moment où j'inscrivais les points sur le papier. Je reçus deux jours après de Mlle Juillard une carte postale qui roulait toute entière sur ces trois mots: gloire, science, amour. C'étaient précisément les mots auxquels j'avais pensé en inscrivant les trois points. »

Le Docteur Perronnet conclut que la suggestion mentale à l'état conscient s'observe avec une fréquence proportionnelle à la réceptivité des sujets pour l'hypnotisme ou tout autre état inconscient.

A son tour, la Société d'études psychiques de Londres fit une enquête qui fut confiée à MM. Gurney, Myers et Podmore et qui groupa une quantité innombrable de faits recueillis en Angleterre, en France et aux Etats-Unis.

Le but de cette enquête était triple:

1°. — Recueillir les documents relatifs à la télépsychie;

2°. — Déterminer la proportion des perceptions télépsychiques qui coïncident avec un événement réel au nombre total des perceptions éprouvées par des sujets normaux;

3°. — Déterminer la proportion des personnes qui ont éprouvé de ces perceptions au chiffre de la population.

Cette enquête fut menée pendant plusieurs années avec un soin et un tact qui n'oubliaient aucune précaution. Aussi, dans ces conditions, ses résultats sont-ils des plus intéressants à noter. La conclusion est nettement affirmative. Il ressort du rapport qui fut publié ( Gurney, Myers et Podmore. Paris, 1905.Les Hallucinations télépathiques, 4e édit. Paris, 1905.) que les actions télépathiques existent; ce sont des faits véritables qui correspondent à des sensations réelles.

Voici d'ailleurs les conclusions de cette enquête:

 

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Fig. 243 et 244. — Deux expériences de télépsychie volontaire

A gauche (A et B) deux dessins dont l'image est transmise mentalement par M. Blackburn. — A droite (A' et B') dessins exécutés par le sujet percipient, M. Smith.

 

1° — L'expérience prouve que la télépathie, c'est-à-dire la transmission des pensées et des sentiments d'un esprit à un autre sans intermédiaire des organes est un fait;

2° — Les témoignages prouvent que des personnes qui se trouvent dans une grande crise ou qui vont mourir apparurent à leurs parents, à leurs amis, se firent entendre par eux avec une fréquence telle que le hasard ne saurait expliquer seul de pareils faits:

3° — Les apparitions sont des exemples de l'action supra sensible d'un esprit sur un autre.

A l'appui de ces dires, MM. Gurney, Myers et Podmore ont cité une énorme quantité d'observations concluantes.

Passons à d'autres faits.

Devant la Société de recherches psychologiques de Londres M. Blackburn a réalisé de très intéressantes expériences de suggestion mentale. Le sujet sur lequel opérait M. Blackburn était M. Smith. Voici, d'après le procès-verbal, comment les expériences ont eu lieu:

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Fig. 245, 246 et 247. — Trois autres expériences de télépsychie volontaire.

A gauche (C, D, E), dessins transmis mentalement par M. Blackburn. — A droite (C', D’ E') dessins exécutés par le sujet réceptif, M. Smith.

 

« M. Smith est assis, les yeux bandés, dans un des salons de la société devant une table où se trouvent un crayon et quelques feuilles de papier à sa portée. A côté de lui est posté un membre de la société qui l'observe attentivement afin de découvrir le moindre « truc », s'il en existe dans l'expérience. Un autre membre du comité quitte alors le salon et, dans une chambre fermée, dessine une figure quelconque.

« II appelle ensuite M. Blackburn dans cette chambre, et après avoir eu soin de bien refermer la porte, lui montre le dessin. Ceci fait, M. Blackburn est conduit les yeux bandés dans le salon, et placé (assis ou debout) derrière M. Smith, à une distance de soixante centimètres environ

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Fig. 248. — Transmission mentale d'un ordre à exécuter.

L'opérateur transmet mentalement au sujet placé devant lui et dont les yeux sont bandés, l'ordre de mettre sa main droite sur la tête. Le sujet exécute cet ordre.

(expérience du Docteur Paul Joire).

 

« Après une courte période de concentration mentale intense de la part de M. Blackburn, le sujet, M. Smith, prend le crayon et, au milieu du silence général, reproduit sur le papier qui est devant lui aussi exactement que possible, « l'impression » du dessin qu'il vient de recevoir ».

Nous reproduisons ci-contre cinq expériences réalisées par M. Blackburn. Elles montrent incontestablement que la suggestion a bien été reçue par le sujet qui a reproduit sur le papier l'image reçue mentalement autant que sa connaissance du dessin le lui a permis. La ressemblance entre chaque dessin auquel a pensé M. Blackburn et celui que le sujet a dessiné est frappante.

 

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Fig. 249. — Autre expérience de télépsychie volontaire.

Sur un ordre donné mentalement, le sujet tombe à genoux (expérience du Docteur Paul Joire).

 

Nous avons dit combien sont intéressants les résultats obtenus par MM. Gurney, Myers et Podmore.

En France, M. Marillier avait commencé, en 1892, une enquête du même genre qui a donné les mêmes résultats.

Toutes ces observations et expériences prouvent donc incontestablement que notre pensée, notre volonté peuvent agir hors de nous, souvent à des distances considérables.

Citons encore quelques faits qui prouvent la réalité de la suggestion mentale. Les expériences suivantes ont été faites par M. le Docteur Paul Joire dans les circonstances suivantes :

« Je me place derrière le sujet, dit-il et je tiens les mains élevées latéralement de chaque côté de sa tête et un peu au-dessus. J'ai soin, dans ce cas, de laisser au moins une distance de quinze centimètres entre mes mains et la tête du sujet, il n'y a là absolument aucun point de contact, on ne peut donc pas objecter ici de mouvement même inconscient. »

Les résultats sont souvent remarquables. Ainsi, voici le détail d'une expérience faite par le Docteur Joire en petit comité. Sont présents : M. le Docteur Chrétien et seize étudiants.

« M. C..., étudiant en médecine, rapporte le Docteur Joire, se présente pour servir de sujet pour les expériences de suggestion mentale. Je lui couvre les yeux avec un bandeau que j'ai fait confectionner exprès pour cet usage. Ce bandeau, en drap noir double, affecte à peu près la forme du masque appelé loup. Une fente pratiquée pour laisser passer le nez, s'applique exactement sur lui, et de chaque côté un gros bourrelet de drap vient s'appuyer entre les pommettes et l'os du nez, et combler complètement ce creux pour empêcher de voir par en bas.

« Le sujet ainsi préparé se tient debout au milieu de la salle. Je lui fais alors des passes longitudinales devant la figure, puis tout le long du corps, et je termine en lus tenant pendant quelques instants les mains dans les miennes et en le regardant fixement.

« Je m'éloigne alors et je me tiens debout derrière lui, à trois ou quatre mètres environ. Je lui fais à ce moment la suggestion mentale de lever le bras gauche. Au bout de quelques secondes ce bras qui pendait le long du corps se montre le siège de quelques petits mouvements successifs. On dirait les contractions légères que produirait un faible courant électrique, passant dans les muscles fléchisseurs de la main et pronateurs. Après ces quelques mouvements, le bras s'écarte franchement du corps et se soulève d'une seule pièce, comme mû par un ressort invisible, jusqu'à prendre la position horizontale.

« Pendant que le bras gauche est ainsi levé, je suggère mentalement au sujet de lever le bras droit, et bientôt celui-ci exécute le même mouvement, sans indécision, avec une précision remarquable.

« Par une suggestion mentale analogue, je fais revenir les bras à leur position première et ils retombent ensemble lentement, toujours avec ce même mouvement automatique, et non pas comme des membres inertes ou fatigués qui retomberaient par leur propre poids.

« Tout ceci se passe, bien entendu, en pleine lumière et dans le plus grand silence. »

Ces expériences, souvent de fois renouvelées, sont des plus concluantes.

De plus en plus, des psychistes s'intéressaient aux manifestations de la pensée à distance. Celles-ci retinrent bientôt l'attention du Colonel de Rochas. Ancien administrateur de l'Ecole polytechnique, ce chercheur, passionné de magnétisme, poursuivait des recherches d'un autre ordre. Il cherchait à établir la réalité de l'extériorisation de la sensibilité. On sait en quoi consiste ce phénomène: lorsqu'on magnétise un sujet au-delà du somnambulisme sa sensibilité s'échappe des limites corporelles pour former tout autour du corps des zones concentriques. A ce moment, vient-on à piquer le sujet, il ne perçoit pas la sensation. Mais exerce-t-on la même action, à peu de distance du corps, dans une zone sensible, le sujet éprouve la douleur. Fait étrange, certes, mais devenu une réalité scientifique.

Ce phénomène d'extériorisation de la sensibilité, que chaque psychiste peut reproduire, démontre que tout n'est pas illusoire dans les pratiques de l'envoûtement.

Cette constatation n'était que le prélude d'une découverte beaucoup plus importante.

Mon père, Hector Durville pensa qu'il y aurait intérêt à poursuivre une expérience qui ouvrait à l'esprit des horizons nouveaux. Il se passionna pour ce problème, multiplia les expériences et parvint à cette certitude que non seulement la sensibilité tactile du sujet peut s'extérioriser mais que les autres facultés sensorielles pouvaient suivre le même processus.

De ces recherches maintes et maintes fois renouvelées, il résulte que l'ensemble de ces facultés s'exerce à distance grâce à une émission fluidique que les diverses écoles appellent le double, le corps astral ou le fantôme. Il s'agit là d'une réalité indiscutable. La plaque photographique et des dispositifs physiques (balances, écrans lumineux, biomètres...) en fournissent un témoignage irrécusable ( Voir Hector Durville: Le Fantôme des vivants. )

C'est précisément ce double, cette formation psychique qui est l'élément de base de tout phénomène télépsychique.

 

Pratique de la télépsychie volontaire.

 

Arrivons maintenant à la partie pratique de notre étude. Tout d'abord une double question se pose:

1°. — Sommes-nous tous soumis à la suggestion mentale ?

2°. — Le fait d'y être accessible implique-t-il une infériorité maladive ?

Certains auteurs ont répondu affirmativement à ces deux questions.

Relativement à la seconde question, le Docteur Burcq qui, un des premiers, nous l'avons vu, affirma la possibilité expérimentale de la suggestion mentale, prétendit dans une communication à la Société de biologie, qu'on ne peut réaliser les actions psychiques à distance que chez les personnes présentant on ayant présenté des troubles du système nerveux.

Peu de temps après, le Docteur Dupouy met déjà cette affirmation en doute. Il n'estime pas nécessaire le fait de présenter des troubles nerveux, ni celui d'avoir été atteint de paralysie, de contracture ou d'anesthésie. Il suffit, selon lui, que les sujets puissent les avoir expérimentalement.

Les recherches modernes sont allées beaucoup plus loin. Elles ont établi que la faculté de se dédoubler existe chez chacun de nous, à des degrés divers. Certaines personnes, ayant âne volonté disciplinée, peuvent obtenir ce phénomène sur eux-mêmes, après un entraînement convenable.

Ceci nous amène à étudier les conditions dans lesquelles peuvent être réalisées les actions télépsychiques volontaires.

La suggestion mentale peut se produire à volonté après un entraînement assez difficile. C'est la donnée actuelle de la science. Bien loin de croire que cette possibilité soit la conséquence d'un état pathologique, elle affirme, au contraire, que, pour émettre cette force ou la recevoir consciemment, la réussite est d'autant facilitée que l'on est plus sain, plus fort, plus maître de soi.

D'autre part, il importe nécessairement pour mener à bien l'expérience de connaître les lois qui président à ces actions télépsychiques.

Il ressort des cas spontanés d'action mentale que ces faits ne se produisent pas entre des personnes prises au hasard. Tout au contraire, l'observation établit que la communication télépsychique s'établit toujours entre personnes qui ont entre elles un lien réel, lien de parenté, d'affection profonde, d'amitié sincère. Le plus souvent, ce lien est de mère ou de père à enfant, ou réciproquement. Les manifestations entre époux sont également fréquentes. Dans les cas où il n'existe entre les personnes qui se trouvent ainsi en contact psychique ni lien de parenté, ni lien de mariage, il faut une tendre et profonde amitié, une longue et parfaite communion d'esprit.

La raison en est facile à déduire: c'est une loi analogue à celle qui régit la télégraphie sans fil. L'onde hertzienne ne peut affecter le poste récepteur que si celui-ci est accordé avec le poste émetteur. De même, la pensée ne peut se manifester à distance entre deux personnes que si leurs magnétismes sont accordés, harmonisés. Entre personnes indifférentes, il n'existe jamais de télépsychie spontanée.

Pour reproduire expérimentalement les actions psychiques à distance, il faut, d'autre part, que nous ayons une idée bien arrêtée, une attention soutenue. Celle-ci permet de créer, soit l'image mentale que nous voulons faire apparaître devant l'esprit du sujet percipient, soit de donner à notre influx psychique l'impression, la vibration que nous voulons transmettre à la personne qui se prête à notre expérience.

Dans les cas spontanés, ce monoïdéisme, cette cristallisation psychique, cette ferme volonté sont imposés à notre esprit par la situation violente où se trouvent la plupart du temps les personnes qui se sont manifestées télépsychiquement. C'est, par exemple, dans un naufrage, dans un incendie au moment de l'agonie, quand un malade se sent près de quitter ce monde et les êtres qui lui sont chers, que le malheureux, pensant avec force à ceux qu'il ne verra plus, projette au-dehors de lui toute son énergie. Et, dans ce moment suprême, toutes ses pensées, toute sa tendresse se portent instantanément vers la personne aimée.

Dans les phénomènes provoqués volontairement, le mécanisme est identique.

Pour projeter sa volonté, il faut d'abord écarter de sa pensée toute idée étrangère qui pourrait détourner l'attention du but poursuivi. II faut créer en son esprit ce que les psychologues appellent un monoïdéisme, c'est-à-dire, une seule idée. Il est indispensable d'avoir une volonté précise, nette, bien arrêtée et d'y fixer son esprit avec persévérance.

Encore cette volonté pourrons-nous l'exprimer de deux manières. La première méthode est très active; l'autre plus passive.

La première technique met en jeu la pensée à des heures précises. Elle peut même, dans certains cas, nécessiter l'extériorisation plus ou moins totale de notre influx psychique, de notre double. Il faut, en tous cas, on le conçoit aisément, dans ces deux formes actives subir un entraînement qui peut être souvent fort long.

La méthode passive n'utilise que la pensée. Non plus sa projection active, intense, chaque jour à un moment précis. Il faut s'efforcer d'entretenir toujours en son esprit, à l'égard de la personne qu'on désire influencer, un état mental déterminé. C'est cette orientation constante de notre pensée qui, insensiblement, agit à distance dans le sens que nous désirons.

Examinons successivement ces deux processus pour bien montrer les différences qu'ils présentent.

 

La méthode active

 

La méthode active est la plus rapide, mais elle nécessite avons-nous dit, une volonté ferme, une concentration mentale puissante. Conditions déjà très difficiles à réunir. Il s'ensuit que cette méthode ne peut être utilisée que par ceux qui ont obtenu, grâce aux entraînements que nous avons indiqués dans la première partie du présent Cours, un équilibre organique et moral stable, une maîtrise parfaite de leurs impulsivités.

En suivant cette méthode active, il faut être en mesure, à un moment donné, de concentrer toutes ses énergies mentales; de donner à son idéation une valeur en quelque sorte objective.

On peut agir, d'ailleurs, avons-nous dit, de deux façons différentes:

1°. — Soit par simple projection de pensée;

2°. — Soit par dédoublement plus ou moins complet de nous-même.

 

Projection de la pensée

 

Nous sommes trop facilement portés à regarder notre pensée comme un agent sans grande valeur, ou du moins d'une action restreinte. Il n'en est rien. Un penseur américain, Prentice Mulford, a dit avec raison: « Les pensées sont des corps matériels chargés de puissance. »

Les théosophes complètent cette conception en considérant, non seulement les pensées comme des corps matériels constitués d'une matière infiniment subtile, mais ils lui reconnaissent des couleurs, des formes, des vibrations appropriées à leur nature. Ces « formes-pensées » émettent autour de nous des radiations qui pénètrent l'atmosphère de ceux qui nous entourent, les affectent selon la nature de ces vibrations. Il est certain que de constantes pensées d'amour ou de bienveillance, finissent par toucher un être dur et même méchant, que des pensées de haine ou de colère portent au loin leur vibration néfaste.

Dans notre étude sur les Forces supérieures ( Henri Durville. — Les Forces supérieures, Paris, 1924. ), nous avons montré que la pensée, éduquée suivant un rite particulier, peut constituer un égrégore, une sorte d'accumulateur qui conserve, souvent un temps très long, le pouvoir qui lui a été conféré. Mais nous entrons là sur le domaine initiatique et force nous est de renvoyer sur ce point à notre Science secrète.

Sans pouvoir nous appesantir longuement sur les faits de projection volontaire, qu'il nous suffise de dire que la méthode active de télépsychie utilise ces formes-pensées.

Par une concentration volontaire et constante, il nous est possible de créer des formes-pensées, des images mentales que nous pouvons ensuite projeter en temps voulu vers la personne à influencer. Je dis en temps voulu parce que tous les moments de la journée ne sont pas également opportuns pour cette opération. Pour que la forme-pensée émise par nous ait le plus grand effet possible, il est indispensable qu'elle atteigne l'être visé dans le moment où il est réceptif, la période du sommeil naturel, par exemple, au cours duquel toutes les activités supérieures de l'esprit sont éteintes.

En outre, les heures de nuit sont les plus propices parce que ce sont les plus calmes et que les espaces à traverser par nos pensées sont plus paisibles, moins pénétrés de bruits et d'électricités diverses.

Nous insistons sur ce point: le succès de cette méthode active de projection de pensée dépend uniquement de notre force de concentration mentale. Plus le rassemblement de nos énergies psychiques est intense, et mieux nos pensées sont perçues.

Lorsqu'on utilise en télépsychie non plus un désir, un sentiment, mais une image mentale, il faut nécessairement s'entraîner à donner une valeur en quelque sorte matérielle à cette production de notre esprit. Pour être perçue, l'image mentale doit avoir des contours nets, un relief accusé.

Comment créer cette forme-pensée ? Il est indispensable de se soumettre à un entraînement. Il faut commencer par une image très simple: celle d'une chaise par exemple. Il s'agit, nous insistons, d'une image à créer, d'une forme de cette matière fluide mais plastique qu'est la pensée. Naturellement, pour créer l'image mentale d'une chaise, ce n'est pas au mot « chaise » qu'il faut penser; il n'éveillerait en notre intellect qu'une image floue. Il importe de voir l'objet lui-même: ce sera telle chaise et non telle autre; et celle qui retiendra notre attention devra apparaître avec ses particularités.

Pour faciliter ce travail de projection mentale, il est utile de s'interdire toute distraction, de s'isoler de toute préoccupation autre que celle qui a trait à l'expérience là intenter. Seul, dans une pièce faiblement éclairée, loin de tout bruit, allongez-vous à votre aise sur une chaise longue ou sur le lit, les vêtements desserrés. Respirez largement, mais sans effort. Vos muscles doivent se détendre et vous devez éprouver dans toute votre personne une impression profonde de calme. Ce calme physique réagit sur vos éléments psychiques et y apporte une impression de bien-être. A ce moment, vous sentez que vous êtes maître de votre pensée.

Ce premier point obtenu, regardez pendant quelques instants une chaise que vous aurez placée devant vous. Portez toute votre attention sur elle. Gravez sa forme dans votre esprit. Puis, fermez les yeux et essayez de revoir mentalement l'image de cette chaise comme si elle existait réellement devant vous, à une petite distance de votre front. L'expérience exige un effort tenace. Mais souvent, après quelques essais peu satisfaisants, vous aurez la satisfaction de voir apparaître l'image, elle sera d'abord vague et furtive. En persévérant, vous arriverez à être maître de votre travail mental et à obtenir à volonté une image parfaite, aux contours nettement dessinés. Vous aurez alors rempli la principale condition pour réaliser pratiquement la suggestion télépsychique.

Si vous éprouvez quelque difficulté dans ce travail mental, celui-ci vous sera facilité par l'emploi d'un miroir hindou, constitué par une boule massive de cristal pur posée sur socle. Ce miroir, qui n'a aucune vertu particulière, vous permet, en regardant avec une douce fixité au centre de la masse cristalline, d'arrêter votre pensée. A défaut de ce miroir, on peut utiliser une carafe de cristal remplie d'une eau très limpide.

Comment se servir de ce support d'attention ? Placez la boule sur une table. Faites une demi-lumière afin de diminuer toute excitation extérieure. Asseyez-vous devant la table, le miroir à la distance normale de votre vision.

Il importe, avant tout, de ne pas s'auto hypnotiser. Le résultat serait contraire à celui cherché. En effet, en regardant un objet brillant ou en forçant sa vision, le sujet très nerveux, impressionnable tombe bientôt dans un état d'inconscience qui lui enlève tout contrôle sur lui-même. A ce moment, le sujet est donc incapable de produire un acte volontaire. Comment pourrait-il créer une forme-pensée ?

Il faut, de toute évidence, conserver toute son activité cérébrale. Donc, éviter toute fatigue des globes oculaires.

Que la pièce où vous vous entraînez soit faiblement éclairée. Ayez soin de placer une source lumineuse sur le côté et légèrement derrière vous. Choisissez une lumière qui ne soit pas sujette à osciller comme une bougie.

Avec ce dispositif, la boule sera faiblement éclairée. Pour éviter tout reflet dans le globe de cristal, interposez entre le socle et la boule un tissu sombre, noir ou rouge foncé. Tournez votre boule du côté qui présente le moins d'imperfections car, à moins d'employer des boules en cristal de roche poli — dont le prix est très élevé — il est impossible de ne pas trouver, dans le meilleur cristal coulé, des points, des bulles, de légères traînées; mais ceci importe peu.

Ces préparations terminées, regardez la masse de cristal dans son ensemble, sans diriger votre regard vers un point particulier. Cette indication est importante et voici une comparaison qui rendra plus nettement notre pensée. Quand vous regardez une personne pour la première fois, vous l'envisagez dans son ensemble, vous considérez sa stature, son allure générale; vous ne concentrez pas toute votre attention sur un point déterminé, l'épingle de cravate, le chapeau, ou tout autre. C'est de la même manière qu'il faut regarder la boule: dans son ensemble, en évitant, surtout, de fatiguer les yeux. Laisser tomber le regard doucement sur toute la surface du cristal.

Avant de procéder à cette fixation du globe de cristal, regardez pendant quelques instants un objet de votre choix: montre, tableau, vase, etc., placé à peu de distance de vous. Après l'avoir considéré attentivement, dirigez vos regard sur la boule et, rassemblant toute votre énergie mentale, efforcez-vous d'y faire apparaître l'image de cet objet. Il y a là une sérieuse difficulté. Persévérer. Surtout, à aucun moment, il ne faut s'impatienter, se crisper, froncer les sourcils ou forcer le regard. Le calme ici s'impose. Sans lui, sans la parfaite maîtrise de soi on courrait à un échec certain.

Cette première création psychique obtenue dans le miroir, il importe, ensuite, de créer de toutes pièces une image mentale, sans qu'il soit nécessaire, au préalable, de regarder un objet placé près de soi. Pour ce faire, souvenez-vous d'une personne qui vous est chère, donc que vous connaissez très bien. Revoyez en pensée ses traits, sa stature, sa démarche, tout ce qui a pu vous frapper en elle, tout ce qui, à vos yeux, la différencie nettement des autres. Puis, par un effort de concentration mentale, essayez de projeter cette création idéale dans la masse cristalline. Cherchez à voir la personne dans une position fixe, debout ou assise, par exemple.

 

Nous ne saurions trop prévenir nos lecteurs des inconvénients à éviter.

A tout prix, il ne faut pas congestionner les yeux, car toute fatigue a tendance, chez une personne nerveuse, impressionnable, à déterminer l'hypnose ou tout au moins à créer un état de somnolence dans lequel les activités sensorielles s'atténuent progressivement.

Ne pas s'obstiner, non plus, à vouloir une réussite immédiate. Pour beaucoup, l'entraînement peut demander un temps très long. Il importe de le savoir et de s'armer d'une patience à toute épreuve. De plus, nous y insistons, il faut éviter toute fatigue. Donc, procéder doucement et cesser les essais avant toute gêne. Sinon, le néophyte risquerait des migraines, des maux de tête, une congestion céphalique, des étourdissements, des troubles oculaires et c'est ce qu'il importe d'éviter.

Procéder méthodiquement. De la régularité dans les exercices d'entraînement. Le mieux est de poursuivre les essais de préférence chaque jour à la même heure. Séances courtes: à peine 10 minutes au début. Jamais plus d'un quart d'heure. Ne pas s'impatienter. Le résultat ne peut venir que si on reste parfaitement maître de ses impulsivités.

Ne jamais forcer la vision, mais toujours regarder la boule sans effort, avec calme, posément.

Si l'esprit doit être dans un état parfait de calme, il importe également que le corps soit dans un état de repos. Détendre bien ses muscles, rythmer sa respiration afin qu'elle soit ample et régulière.

Ne pas oublier ce qui a été dit dans nos précédents chapitres. Nos activités organiques et cérébrales sont intimement liées et la respiration crée en nous un apport de vie physique et psychique. En outre, si nous imposons silence à nos muscles, nous imposons par contre coup le calme à notre cerveau. Nous réduisons ainsi notre activité cérébrale inconsciente. Nous sommes plus et mieux maîtres de nous.

Lorsque vous verrez nettement et à volonté l'image se produire dans le miroir, vous arriverez facilement, mais par un entraînement suivi, à la voir sans cette aide. Il suffira de fermer vos yeux et de créer l'image mentale devant vous, à faible distance de votre front.

image

Fie. 250. — Création de l'image mentale à l'aide du miroir hindou (expérience du Docteur Paul Joire).

 

Nous déconseillons l'usage du miroir aux personnes dont la vue est très faible. Celles-ci doivent faire leur entraînement simplement en fermant les yeux, comme il a été dit ci-dessus.

Le miroir de cristal présente cet avantage d'offrir une masse d'une limpidité à peu près parfaite. Cependant, là défaut de cet objet, nous avons dit qu'on peut se servir d'une carafe en cristal remplie d'une eau limpide.

Encore un conseil important à observer: éviter de s'entraîner tant que la digestion n'est pas en grande partie terminée. Il est donc préférable d'attendre 2 ou 3 heures après un repas pour tenter un essai quelconque.

 

Une fois l'image créée, reste à la projeter vers le poste récepteur. C'est ici que nous devons étudier le maniement de nos appareils de transmission.

Pour transmettre l'image, il faut une forte tension cérébrale.

Nous l'avons déjà dit: notre organisme tient en réserve, dans ses plexus, de la force nerveuse. Mieux on s'est développé suivant nos méthodes et plus cette force est abondante, mieux on est à même de l'utiliser judicieusement. Celui qui est maître de ses impressions ne connaît plus ces crises d'émotivité, ces accès de colère ou de crainte, ces impulsions qui sont une cause incessante de gaspillage, d'épuisement nerveux.

Car, ne l'oublions pas, cette force préside au fonctionnement de notre organisme; elle est l'énergie qui en actionne tous les rouages. Si nous sommes déprimés, neurasthéniques, abattus par le chagrin ou par la maladie, notre force nerveuse est diminuée, l'usine humaine manque de courant. Nous avons peine à agir physiquement et moralement.

Nous avons le devoir d'être économe de cette force nerveuse. Cette économie est de toute nécessité lorsque nous voulons exercer une action psychique. C'est dans ce but que nous conseillons à nos lecteurs de tendre vers une maîtrise toujours plus parfaite d'eux-mêmes. Ce « self-control » fait partie de toutes les initiations, les plus simples comme les plus élevées, et, dans l'Orient, la parfaite immobilité, le silence ou du moins le strict minimum de paroles pour l'expression des idées sont non seulement le signe de l'initié, mais de l'homme de haute caste et de bonne éducation.

Donc, pour projeter l'image que nous avons créée, il importe de nous placer dans des conditions de tranquillité parfaite et de détente musculaire absolue.

Toujours allongé dans un fauteuil ou sur un divan, bien sa l'aise, les muscles détendus, respirez avec calme et ampleur.

Ne forcez pas le rythme respiratoire. Il ne faut, certes, jamais s'y astreindre, mais ici on le doit moins encore. L'essentiel est d'obtenir un rythme pulmonaire qui apporte son calme dans tout le domaine musculaire.

Quand vous aurez obtenu cette sensation de repos physique et psychique, créez de nouveau l'image mentale devant vos yeux. Si le miroir vous est utile pour la production de l'image, asseyez-vous devant la boule, dans les conditions que nous venons d'indiquer. Dans tout autre cas, où vous jugez inutile l'usage du miroir, il est préférable de demeurer étendu. En procédant ainsi, vous obtenez un calme parfait de l'élément physique et vos facultés psychiques et mentales sont mises en action plus facilement. D'ailleurs, il est toujours mieux de ne projeter des images mentales que lorsque votre entraînement est suffisant.

L'image mentale étant créée devant votre esprit, représentez-vous, aussi nettement que possible, la personne sur laquelle vous désirez que s'exerce votre action. Si vous savez où elle se trouve au moment de l'opération, ce sera mieux ainsi. Voyez-la dans un endroit où elle se tient habituellement à l'heure où vous exercez votre action télépsychique.

Si vous agissez sur une personne qui vous soit peu connue ou que vous ne puissiez déterminer l'endroit où elle est au moment de l'expérience, représentez-vous là, avec netteté, comme si elle était devant vous à faible distance.

Puis, exercez votre suggestion. Faites effort pour projeter votre création mentale auprès de cette personne.

Pour faciliter l'expérience, il est excellent de s'entraîner à cette projection mentale avec un sujet sensitif qui fera office de sujet percipient. Le sujet sensitif, avec qui vous avez déjà intenté une série de recherches magnétiques est déjà préparé à recevoir votre influence et le succès de vos expériences télépsychiques en sera d'autant facilité.

C'est d'ailleurs une excellente méthode que d'agir sur un sujet sensitif, surtout dans les débuts, pour s'accoutumer à créer et à extérioriser l'image ou l'émotion que vous voulez transmettre.

Si vous pouvez mettre en hypnose votre sujet, cela est préférable, car, en sommeil, il se trouve dans un état réceptif et vos suggestions sont plus facilement reçues.

Si le sujet n'est pas assez sensitif pour être endormi, procédez à l'état de veille. Priez-le de se mettre dans un état de détente physique qui, réagissant sur sa personne psychique, lui donne le calme cérébral nécessaire à votre réussite.

Agissez comme dans les cas précédents. Créez votre image mentale et projetez-la, par un effort de pensée, vers votre sujet. Agissez avec confiance. De tels essais ont été réalisés par tous les magnétiseurs. Commencez toujours par les expériences les plus simples.

Quand vous aurez réalisé plusieurs fois une expérience de ce genre, tentez d'imposer votre suggestion à un sujet en possession de tout son contrôle.

 

Le dédoublement volontaire

 

Occupons-nous maintenant de la télépsychie obtenue par projection de toute notre personnalité psychique, de notre double.

Dans un précédent chapitre, nous avons déjà vu en quoi consiste le double. Pour le projeter hors de soi, il faut faire agir la volonté sur les réserves nerveuses. Ici, une nouvelle observation s'impose.

Pour que la projection psychique opère, il est indispensable de communiquer tout d'abord, à notre force, la vibration particulière que vous voulons transmettre.

De même qu'avant de chercher à projeter une image mentale, il est nécessaire de la voir, de la créer devant son intellect, de même pour un sentiment: il faut le ressentir en soi-même avant d'espérer le faire éprouver au sujet récepteur. Il y a là une sérieuse difficulté.

Nous sommes tous des émetteurs de forces psychiques. Mais il y a dans ces forces des qualités, des valeurs différentes. Celles-ci traduisent notre état d'âme.

De même qu'un foyer ne peut émettre des ondes calorifiques qu'à condition d'être en ignition, de même si nous voulons transmettre au loin un sentiment d'amour, il faut que nous l'éprouvions. Cet état, ce sentiment il faut le vivre intensément si nous voulons qu'il donne à notre envol de pensées une valeur réelle. Nous sommes dans la nécessité de penser avec force à la personne à influencer.

Il est bien certain que cette tension pourrait présenter quelque danger si nous étions lentes de nous servir de ce mécanisme psychique pour assouvir de loin une haine. L'action néfaste qu'on voudrait imposer, on en serait soi-même la première victime ! C'est ce qui a fait dire aux démonologues du moyen-âge que tout sorcier finissait par être étranglé par le diable. Il est certain que le sorcier, sans cesse exacerbé par des projections de haine devait fatalement finir par être victime de son état mental. Le moyen-âge donnait trop de besogne au démon. Il est certain que les effets constatés étaient des effets naturels. De toute certitude, celui qui projette sa force nerveuse contre son prochain avec l'intention de nuire est toujours la victime, souvent même la première, de ses ténébreuses machinations.

Nous ne pouvons insister plus longuement sur ces faits. Le lecteur désireux d'approfondir ce point particulier de l'expérimentation psychique, trouvera tous détails complémentaires dans le Cours supérieur d'Influence personnelle de Hector Dur ville (Hector Durville. — Cours supérieur d'Influence personnelle. Télépathie, télépsychie (actions à distance), 2e édit., Paris, s. d.).

 

La méthode passive.

 

Reste à dire quelques mots de la méthode passive de suggestion mentale.

Là, plus d'effort violent. C'est une orientation constante de toutes nos pensées que nous tendons à obtenir, et notre état d'âme, par le moyen de formes-pensées, se répercute au loin, insensiblement. L'action est lente, mais peut-être plus sûre; en tout cas, elle est à la portée de chacun.

Nous avons dit que Prentice Mulford considérait très justement la pensée comme une force puissante. Ce grand psychiste américain développe ainsi sa conception:

« Les pensées agissent efficacement sous la forme de courants spéciaux aussi réels que les courants marins et que ceux de l'atmosphère... Si la pensée était visible à l'œil matériel humain, nous pourrions voir ces courants se diriger vers les gens et en revenir pour se diriger à nouveau vers d'autres individus. Nous verrions que des personnes semblables comme tempérament et comme caractère se trouvent dans le même courant de pensée. Nous verrions qu'un individu généralement pessimiste et triste est dans le même courant que d'autres individus également tristes et pessimistes; nous verrions que chacun d'eux constitue comme une batterie supplémentaire ou comme le générateur de cette condition de tristesse et qu'il ajoute une nouvelle force au principal courant de la pensée. Nous pourrions considérer toutes ces forces agissant de la même manière et unissant les gens pleins d'espoir, courageux et gais. » (  Prentice Mulford. — Les Lois du succès. )

Ces idées ont été reprises et développées par nombre d'auteurs psychistes.

C'est ainsi que Atkinson nous dit: « Chaque pensée qui est nôtre, faible ou forte, bonne ou mauvaise, saine ou malsaine, détermine autour de nous des vibrations qui la propagent et par lesquelles elle arrive et se transmet avec plus ou moins de force à ceux qui sont près de nous ou qui, tout au moins, se trouvent dans le champ des vibrations. Ces vibrations ressemblent aux rides que produit une pierre en tombant dans un étang. Elles vont sans cesse en s'élargissant jusqu'à ce que leur relief s'émousse, s'efface et se perde dans l'uniformité des choses. Mais si l'impulsion première d'où elles dérivent les porte dans une certaine direction, elles y vont naturellement et se concentrent sur le point qui leur est assigné comme but. » ( W. W. Atkinson. — La Force-pensée dans la vie et dans les affaires.)

C'est un fait, et nous devons agir vis-à-vis de notre pensée comme à l'égard d'une force assez mystérieuse et dont tout le pouvoir ne nous est pas entièrement connu. Si nous agissons de la sorte, nous y gagnerons une force dont nous ne nous faisions pas une idée auparavant.

M. Albert d'Angers, reprenant les idées de Mulford, dit très justement;

« Chaque individu est un générateur de forces-pensées qui prennent une forme et une consistance d'autant mieux définies et plus résistantes, qu'elles sont émises avec plus de précision et d'énergie. Ces forces s'échappent de leur centre d'émission autour duquel elles rayonnent. Nous vivons donc dans une sorte d'atmosphère de radiations invisibles à laquelle nous fournissons, empruntons et échangeons continuellement des atomes d'une manière constante et irrésistible. » Et plus loin, M. Albert d'Angers ajoute:

« Le point initial de la réussite, quand on a véritablement en main tous les éléments capables de l'obtenir, réside surtout dans le courant que l'on peut donner à ses pensées, car une pensée mourrait fatalement dès son apparition si on ne lui imprimait pas un mouvement d'activité. La conception de l'idée est son commencement d'existence; mais pour vivre, il faut que notre volonté lui imprime un mouvement de continuité. » ( Albert d'Angers. — Pour réussir. )

Donc, nos pensées irradient autour de nous. Elles se projettent vers les personnes qui nous les inspirent. Elles se dirigent vers le but que nous leur désignons. Une fois dans l'atmosphère de la personne à influencer, nos pensées lui communiquent les vibrations dont nous sommes émus.

Cette méthode demande que nous entretenions constamment dans notre esprit des pensées d'un ordre déterminé. Notre état d'âme finit par pénétrer l'aura de la personne et lui imposer les idées que nous souhaitons qu'elle ait. Là encore, s'armer de patience.

M. Hector Durville, parlant des actions psychiques volontairement exercées à distance, a souligné dans son Cours supérieur d'Influence personnelle que nous ne devions poursuivre aucun but égoïste.

Nous insistons tout particulièrement sur le caractère spécial que revêt l'action psychique à distance. Ceux qui ne sont pas au courant de ces travaux imaginent qu'il est possible d'imposer subrepticement sa volonté au premier venu. On raconte mille faits curieux ou terrifiants qui veulent démontrer que l'auteur d'une action à distance peut disposer du bien et de l'honneur de ceux qui sont en son pouvoir ! Cela est simplement absurde.

Dès qu'on leur parle d'action à distance, certains esprits portés à tout dramatiser, ne songent pas à moins qu'aux envoûteurs et jeteurs de sorts ! C'est aller bien vite en besogne. Nous ne nions nullement la réalité de l'envoûtement. Son mécanisme a été démontré par MM. Hector Durville et le colonel de Rochas, mais les conditions expérimentales sont difficiles à réunir.

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