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Cours de magnétisme personnel

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Thérapeutique suggestive

INFLUENCE DE LA PENSÉE

sur le Corps et l'Esprit

 

Actions spontanée et volontaire de la pensée et de l'émotion sur le corps et l'esprit. — Action inconsciente de la pensée sur le système nerveux. — Douleurs. Epidémies de convulsions. Catalepsie. Extase. Epilepsie. Convulsions. Idées fixes. — Action de la pensée sur les fonctions digestive et cardiaque. Une parole imprudente provoque la mort de Balzac. Vertiges. — Phénomènes de vasodilatation. Rougissement. Dermographisme. Sueur sanguinolente. Stigmatisation. Les marques des sorciers. Le phénomène d'imprégnation. Envies ou marques de naissance. —  La guérison magique des verrues. — Phénomènes d'insensibilité présentés par les aissaouahs. — Action sur les glandes salivaires, gastriques et sudoripares. La sécrétion urinaire. Action sur le foie et la rate. Vieillissement rapide. — Troubles pathologiques créés par suggestion. Action volontaire sur les sécrétions, rougissement et hémorragies suggérés. — Vésications obtenues par suggestion. — Brûlures.

 

La pensée et l'émotion ont une puissante action, non seulement sur notre personne morale, mais encore sur notre organisme physique.

Dans les actions spontanées, il est des faits reconnus de tout le monde, comme celui de la rougeur provoquée par la pudeur, la crainte ou une émotion quelconque. Mais il est des faits qui pour être moins connus n'en existent pas moins. Il est avéré que la pensée, l'imagination ont des répercussions très profondes sur tous nos organes; elles peuvent même perturber complètement nos fonctions.

Le fait inverse s'impose au raisonnement et se démontre: la pensée peut guérir, sinon tous les troubles, du moins un très grand nombre et, de jour en jour, à mesure que nous connaissons mieux le mécanisme de la pensée et les moyens d'éduquer les facultés supérieures de l'esprit: attention, volonté, etc., nous arrivons à augmenter notre pouvoir sur les rouages de notre organisme. Du même coup, nous étendons le domaine de la médecine suggestive.

On ne peut nier l'influence de l'idée sur notre organisme et bien des praticiens savent que, souvent, la mixture qu'ils préconisent n'est qu'une manière de « consolation » .

Un maître regretté, le Docteur Huchard, réduisait à 20 médicaments utiles les drogues qui se comptent par milliers et encore, ajoutait-il, ces médicaments ne guérissent que par la confiance que nous avons en eux. Huchard avait raison. Des médicaments inconnus surgissent et tombent peu après dans un profond oubli. On absorbe des pilules. Ces remèdes eux-mêmes ne guérissent que parce qu'ils ont la vogue. Pendant des mois, on voit des affiches immenses, ou des annonces dans les journaux qui en célèbrent l'efficacité et les malades recourent aux produits dont on leur dit merveille. Que la publicité s'arrête, le remède tombe bientôt dans l'oubli. Un grand médecin, dont le nom nous échappe, avait l'habitude de dire à ses malades: « Hâtez-vous d'user de ce remède, pendant qu'il guérit encore ». Il était peut-être, sans le savoir, un apôtre de la suggestion: il comptait plus sur la mode du moment que sur les vertus réelles du médicament conseillé.

D'autre part, combien de malades aggravent leur mal par la pensée terrifiante qu'ils s'en font. Ils se livrent au désordre de leur imagination. Et, combien d'entre eux lisent des livres de médecine — pour s'éclairer, disent-ils — qui, là la lecture des observations, se croient atteints de tous les troubles, de toutes les lésions dont on leur parle. Ne vont-ils pas même jusqu'à sentir les prodromes du mal dont ils redoutent la présence ?

Bernheim fait très justement remarquer que nombre de médecins font à leurs malades la suggestion inconsciente qu'ils ont telle ou telle maladie. Sous l'empire de cette suggestion, ces malades éprouvent des troubles nerveux qui ont souvent une répercussion profonde dans l'organisme. Ne l'oublions pas, notre corps et notre esprit sont solidaires. Une modification dans notre habitude de penser réagit sur nos fonctions nerveuses, et comme nos organes sont sous la dépendance du système nerveux, il s'ensuit des contre-coups qui peuvent avoir une certaine gravité, comme nous allons le voir.

Avant d'aborder les moyens pratiques qui nous permettent d'intenter la cure morale, plaçons sous les yeux de nos lecteurs quelques faits nettement observés, d'action spontanée de l'esprit sur le corps. Nous choisissons, à dessein, des faits simples, typiques, se rapportant à des organes ou des fonctions qui semblent a première vue n'avoir nul rapport avec la pensée. Cependant, en certains cas, ces troubles, surtout chez les personnes qui possèdent des réactions exagérées, ont été modifiées par un choc émotionnel — peur ou joie — et même par un état d'âme.

Après avoir montré l'action de l'émotion choc sur l'organisme, il nous sera aisé de démontrer l'action consciente de la pensée, de la volonté sur les mêmes fonctions.

 

Action inconsciente de la pensée sur l'organisme

 

Sur notre être moral et sur notre système nerveux, la pensée a une action très nette.

Une mauvaise nouvelle nous peine, nous accable, nous avons du chagrin et cela se répercute sur notre organisme physique.

L'action est particulièrement visible sur les douleurs.

Etudiant le mécanisme des idées forces, Fouillée a reproduit sur lui-même un mal de dents. Malebranche rapporte qu'un savant ayant assisté à une saignée pratiquée sur le pied d'une dame, en ressentit pendant plusieurs jours la douleur à l'endroit correspondant.

Inversement, une idée, une émotion peuvent calmer la douleur ou du moins nous y rendre moins sensibles. Une personne absorbée dans une profonde méditation n'a pas la même acuité sensorielle que celle dont les idées sont vagues et flottantes. Tous les martyrs religieux, dans l'extase de la foi, ont supporté avec un stoïcisme confinant à l'insensibilité les supplices les plus atroces. La beauté et la sainteté de la cause n'avaient pas d'importance à l'égard du résultat: les sorciers du moyen-âge, accusés des crimes les plus noirs, subissaient dans une entière impassibilité la question ordinaire et extraordinaire, dont la seule description nous pénètre d'horreur.

Dans les névroses, que ce soit l'hystérie, l'épilepsie, la chorée, l'action est également très apparente. Voici quelques cas qui en fournissent la preuve.

Tout le monde sait, par exemple, que l'agitation nerveuse est contagieuse. On a vu des pensionnats entiers de jeunes filles être en proie à des troubles nerveux, simplement parce qu'une jeune fille atteinte de troubles hystériques était tombée en crise, soit en classe, soit à la chapelle, dans un endroit calme où cette vue pouvait frapper plus particulièrement l'imagination de ses compagnes. Au temps où ces troubles étaient attribués au démon, on comprend qu'ils avaient une action plus terrifiante encore et ceci éclaire d'un jour particulier les épidémies de possession telles qu'elles ont été constatées chez les Ursulines de Loudun et dans d'autres affaires similaires, mais moins retentissantes.

Il ne faut même pas des faits aussi graves, ni des idées aussi puissantes, pour amener un état physique anormal à la suite d'un choc nerveux.

Tissot cite le fait suivant: Une fille de cinq ans, ayant été un jour vivement choquée de ce que sa sœur avait enlevé pendant le repas un morceau dont elle avait elle-même envie, tomba raide tout d'un coup. La main qu'elle avait étendue vers le plat avec sa cuiller demeura dans cet état pendant une heure.

Dans sa thèse de doctorat, le Docteur Henri François cite le cas d'un militaire qui, s'étant pris de querelle avec un de ses camarades, saisit une bouteille pour le frapper. Mais, au même instant, sous la violence de sa colère, une catalepsie se produisit qui le laissa le bras raide et immobile, l'œil grand ouvert, le regard furieux, hors d'état de faire aucun mouvement (  Docteur Henri François. — Recherches sur la catalepsie. ).

Fehr rapporte l'observation très frappante d'un magistrat qui, injurié au cours de son réquisitoire, demeura soudain muet, la bouche ouverte, les yeux fixes et menaçants, le poing, tendu vers son insulteur.

Puel mentionne le cas de catalepsie de deux domestiques qui furent frappés d'immobilité aux deux bouts de la ville de Genève, pendant un orage, au moment où venait d'éclater un violent coup de tonnerre.

Tous les sentiments sont susceptibles de donner des effets analogues.

L'exaltation religieuse a fourni aux médecins de nombreux cas très démonstratifs.

François Hoffmann note qu'une femme était prise de catalepsie extatique chaque fois qu'elle entendait un sermon, un psaume, une lecture retraçant l'amour de Dieu pour nous. Rondelet mentionne le fait d'un prêtre romain qui tombait dans de telles extases, chaque fois qu'en, lisant l'Evangile il arrivait au Consummatum est. Jolly connut une dame pieuse qui tombait en catalepsie pendant la messe au moment de l'élévation.

Si l'émotion peut causer le mal, elle peut aussi provoquer la cessation des troubles.

Voici une observation relative à un cas d'épilepsie guéri par choc émotionnel. Il est rapporté par le Docteur Liébeault en ces termes: « Nous connaissons, écrit-il, un homme qui fut guéri de l'épilepsie après avoir eu la main broyée dans un engrenage. Il fut amputé et son attention longtemps tendue vers ce nouvel incident, ne trouva plus le chemin des accès antérieurs. »

Boerhave fit disparaître une épidémie de convulsions chez plusieurs pensionnaires d'un couvent, en menaçant de cautériser au fer rouge celles qui tomberaient de nouveau dans les mêmes attaques.

Des observations de ce genre, maladies nerveuses acquises, ou guéries par choc émotionnel, pourraient être citées par milliers.

Bornons-nous aux exemples suivants:

Une émotion, surtout si elle est appropriée à la hantise du malade, peut guérir une obsession, une idée fixe.

La Gazette médicale a cité le cas d'un malade qui se croyait des diables dans le corps: on lui donna vingt secousses électriques en lui affirmant qu'à chaque décharge un mauvais esprit s'échappait de lui: il fut complètement délivré. Pinel ayant à soigner un fou qui se croyait condamné et pâtissait de toutes les affres bien naturelles dans cette circonstance, fit organiser un simulacre de tribunal devant qui le malade fut amené en cérémonie, jugé et naturellement acquitté. L'idée fixe disparut au prononcé de la sentence.

Si les faits que nous venons de rappeler sont généralement admis lorsqu'il s'agit de l'action de la pensée et de l'émotion sur les fonctions nerveuses, il n'en est pas de même en ce qui concerne les fonctions organiques. Pourtant, dans ce dernier domaine, l'influence psychique est énorme, il faudrait des volumes pour consigner les faits observés, tant ils sont nombreux. Le manque de place nous oblige à choisir seulement quelques-uns des plus marquants.

 

L'action de la pensée sur le tube digestif est connue: on sait que la crainte — et même le simple trac — peuvent avoir de ce côté de fâcheuses répercussions. Même sur une personne bien portante, la certitude de prendre un purgatif peut avoir sur les organes la même action que le purgatif lui-même.

Voici, à ce sujet, un fait typique dont nous devons l'observation au Docteur Moulin.

Un jour, il prescrit une limonade purgative à une de ses malades. Or, celle-ci avait l'habitude de boire, au courant de la nuit, une sorte de citronnade qu'elle plaçait pour plus de commodité auprès d'elle, sur une table de nuit. Son mari, dont le sommeil était généralement très calme, se réveille tout à coup au milieu de la nuit avec une soif ardente, prend la bouteille de sa femme, en boit une partie et se dispose à se rendormir. Sa femme, à demi-réveillée par les mouvements de son mari, lui demande s'il est incommodé, et, apprenant qu'il vient de boire, lui dit: « mais, tu as bu ma pargation », oubliant que sa boisson ordinaire était seule sur la table de nuit. Une demi-heure après, le mari, pris d'une diarrhée assez abondante, éprouvait les effets d'une purgation qui n'avait pas encore été débouchée.

Il se produit des faits beaucoup plus graves sur la circulation. Nous avons cité, par ailleurs, le cas de ce condamné à mort qui, en 1750, fut livré aux médecins de Copenhague et à qui l'on suggéra la pensée qu'on allait lui ouvrir les veines. Les yeux bandés, après des incisions insignifiantes et sentant couler un jet d'eau tiède sur celles-ci, il crut si bien qu'on lui avait ouvert les veines, qu'il mourut de frayeur.

Ce fait est exceptionnel, cependant, il n'en est pas moins démonstratif. A des degrés moindres, les exemples sont aussi nombreux que probants. Bien des malades ont eu une fin devancée par l'imprudence de médecins qui ont jugé là toute extrémité l'état de leur malade et le leur ont dit. L'issue fatale s'est produite, cela s'est vu maintes fois, que la maladie ait été réellement incurable, ou qu'il y ait eu erreur de pronostic du médecin.

On sait que Balzac mourut cardiaque, mais on sait moins dans quelles circonstances survint cette fin. Voici comment Arsène Houssaye, qui fut son ami de toute sa vie, raconte les derniers moments du célèbre romancier, sa dramatique et dernière conversation avec son médecin:

« — Docteur, demanda Balzac, je veux de vous toute la vérité... Combien de temps croyez-vous que je puisse vivre encore ?

« Le Docteur ne répondait pas.

« — Voyons docteur, me prenez-vous pour un enfant ? Je vous dis encore une fois que je ne puis mourir comme le premier venu. Un homme comme moi doit un testament au public.

« Ce mot de testament fît ouvrir la bouche du médecin.

« — Mon cher malade, combien vous faut-il de temps pour ce qui vous reste à faire ?                                  

« — Six mois, répondit Balzac, de l'air d'un homme qui a bien compté. Et il regardait fixement son médecin.

« — Six mois, six mois ! répondit le docteur en hochant la tête.

« — Ah ! s'écria douloureusement Balzac, je vois bien que vous ne m'accordez pas six mois... Vous me donnerez bien six semaines au moins ?

« Le médecin hocha la tête comme la première fois. Balzac se souleva indigné... Le docteur avait pris trop au sérieux la sommation de son malade, il s'était décidé à dire la vérité, Balzac, anxieux, surélevait sa force morale pour être digne de la vérité.

« — Quoi, docteur, je suis un homme mort ? Dieu merci, je me sens encore des forces pour combattre. Mais je me sens aussi du courage pour me soumettre, je suis prêt au sacrifice. Si votre science ne vous trompe pas, ne me trompez pas moi-même. Que puis-je espérer encore ?... Six jours ? répéta Balzac. Eh bien ! j'indiquerai par de grands traits ce qui me restait à faire pour parachever mon œuvre... La volonté humaine fait des miracles: je puis donner une vie immortelle au monde que j'ai créé. Je me reposerai le septième.

« Ici un douloureux regard et un soupir plus douloureux encore. — Depuis que Balzac posait ces terribles points d'interrogation, il avait vieilli de dix ans. Il ne trouvait plus sa voix pour répondre.

« — Mon cher malade, dit enfin le docteur, en essayant de sourire, qui peut répondre d'une heure ici-bas ? Tel qui se porte bien mourra avant vous, mais vous m'avez demandé la vérité, vous avez parlé de testament à votre public...

« — Eh bien ?

« — Eh bien, ce testament au public, il faut le faire aujourd'hui ?

« Balzac souleva la tête.

« — Je n'ai donc pas six heures ? s'écria-t-il avec épouvante. Il retomba sur l'oreiller. Ce dernier mot du médecin, c'était le coup de mort: l'agonie commença aussitôt. Il avait voulu la vérité, la vérité imprudemment dite par l'homme de science l'avait tué avant l'heure. »

Pour que l'émotion soit nuisible et même mortelle il n'est pas nécessaire qu'elle provienne d'une cause fâcheuse ou pénible. C'est une bonne nouvelle qui détermina la mort de Sophocle, de Denys le Tyran et de Léon X. Feuchtersleuben rapporte que, chez certains peuples sauvages, s'il se trouve des hommes ayant assez de la vie, ils n'attentent à leur jour ni par le fer, ni par le poison, ils se couchent sur le sol, ferment les yeux et cessent de vivre.

Si une action violente peut causer la mort par inhibition cardiaque, une action douce mais répétée peut amener, non la mort, mais une détérioration des organes et par conséquent des troubles plus ou moins sérieux. Ce fait est patent pour les affections cardiaques.

Ne peut-on pas langer parmi ces désordres de la circulation, la sensation si douloureuse du vertige ? Combien de personnes, devant un précipice, conservent l'intégrité de leur contrôle ? Très peu.

« Le plus grand philosophe du monde, dit Pascal, sur une planche plus grande qu'il ne faut, s'il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer. »

Pascal, en proie à des vertiges atroces, à la suite d'un accident, savait trop de quoi il parlait: en effet, la seule vue du précipice suscite en nous l'idée de la chute et cette pensée, pénétrant l'esprit, fait perdre tout contrôle sur soi-même.

Qu'une planche de 3 mètres de long soit à terre, vous montez dessus, et la suivez de bout en bout sans éprouver d'impression désagréable. Mais que cette planche se trouve placée seulement à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol et beaucoup, pris d'étourdissements, ne peuvent y demeurer. A cette faible hauteur, on ne saurait évidemment invoquer le changement de pression. atmosphérique, car si vous placez la planche sur le parquet au 6e étage, vous la parcourrez sans difficulté, tandis qu'à 4 mètres du sol du jardin, vous ne sauriez en faire autant: c'est donc la seule crainte de la chute qui occasionne le malaise: c'est l'émotion, et la pensée qui en découle, qui nous oblige à tomber.

 

Les troubles dans lesquels s'affirme plus nettement encore l'influence de l'émotion et de la pensée sur le corps, sont ceux qui sont sous la dépendance directe des nerfs vasomoteurs. Le rôle de ces filets nerveux est de présider aux mouvements de contraction et de détente des vaisseaux sanguins. Ils sont donc ou vasoconstricteurs ou vasodilatateurs. C'est auprès de la peau que les réactions vasomotrices apparaissent le plus nettement.

Le plus apparent des phénomènes de vasodilatation est le rougissement de la face. Qui ne l'a éprouvé ? La crainte, la pudeur, la joie ou la colère nous ont empourpré le visage involontairement.

Chez de grands nerveux, un choc émotionnel d'une certaine puissance produit à la surface de la peau un afflux de sang qui persiste quelque temps. Feuchtersleben cite le cas d'un homme qui pouvait, à volonté, faire apparaître une inflammation érésipélateuse sur chaque partie de son corps.

Voici quelques exemples, cités par le R. P. Coconnier, où l'imagination seule a créé du dermographisme et même des sueurs sanglantes.

1°. — Une femme voit un enfant sur le point d'avoir le pied écrasé par une porte de fer; elle est prise d'une vive douleur au même pied qui aurait pu être blessé chez l'enfant. Une rougeur se produit, puis une enflure autour de la cheville. La malade doit garder le lit plusieurs jours.

2°. — Un enfant a détaché la crémaillère d'un rideau de cheminée. Il s'expose à recevoir sur le cou la tranchante lame de tôle. On le retire à temps, mais la mère est tellement saisie à la vue du danger couru par son enfant qu'un cercle sanglant se forme à son propre cou, à la région où l'enfant aurait pu être frappé. Cette empreinte dure plusieurs heures.

3°. — Voyant pratiquer une saignée sur sa maîtresse, une cuisinière est si vivement frappée par la vue du docteur enfonçant sa lancette qu'elle éprouve au pli du coude la sensation d'une piqûre et qu'il se forme à cette région une ecchymose.

4°.— Autre fait rapporté par Tissot: un homme a cru voir un spectre le tirer par les pieds. Sa frayeur est telle que l'un de ses pieds rougit, se gonfle, et, finalement, suppure.

5°. — Un matelot, dans une effroyable tempête, se trouve en pleine mer sur un bateau peu solide. Une crainte bien naturelle s'empare de lui au point que, sous cette influence morale, une sueur sanguinolente apparaît sur son visage et sur le haut de son corps.

Le R. P, Coconnier attribue au diable ces phénomènes pourtant si naturels. Il n'y a pas lieu d'aller chercher un tel personnage pour analyser des réactions que neurologues et hypnotiseurs reproduisent expérimentalement dans leurs cliniques sur de grands névropathes. Point n'est besoin d'évocations, d'incantations, ou d'envoûtement.

Nous pourrions réunir des milliers de faits semblables qui prouvent incontestablement l'influence de l'émotion sur les vaisseaux. La suggestion peut donner des effets identiques sur les mêmes sujets impressionnables.

Sans vouloir offenser aucune conviction religieuse, nous sommes obligés d'apparenter à ces faits spontanés de dermographisme les cas de stigmatisation présentés par les grands mystiques. On sait que sous l'influence d'un sentiment violent et profond, des personnes très pieuses comme Louise Lateau ou la Bienheureuse Catherine Emmerich, des saints comme Saint François d'Assise ont souhaité avec tant de force partager les tourments de Jésus pendant sa passion qu'ils en ont porté les traces sanglantes et douloureuses d'une manière évidente et parfaitement contrôlée.

A l'autre bout de l'idée mystique, sous la poussée d'un sentiment inverse, nous trouvons les marques des sorciers.

On sait que l'une des charges retenues contre les sorciers était l'apparition sur leur peau du mot satan. On y voyait un vestige du sabbat et, comme la justice de ces temps était fort expéditive, la moindre ecchymose suffisait pour envoyer au bûcher le sorcier ou la sorcière marqués du sceau de maître Léonard. Il est certain que le malheureux être que l'on déshabillait pour trouver sur son corps une trace de ce genre avait lieu d'être assez épouvanté pour que la marque parût. Un fait d'ailleurs démontre combien cette marque était d'origine suggestive: elle se produisait dans la langue et les caractères en usage dans le pays. Lui attribuer une signature si variable, c'est accorder bien peu de personnalité au démon !

Le phénomène d'imprégnation n'est-il pas encore une preuve de l'action de la pensée — que le processus soit conscient ou inconscient, peu importe — sur le corps ? Ce phénomène est aussi constant chez les éleveurs que chez les médecins. Comment expliquer, autrement que par un processus psychique, le fait que les enfants d'un second lit ont souvent des chances de ressembler au premier mari de leur mère ? Chez les animaux, en qui la nature agit seule, cela explique le soin avec lequel les éleveurs surveillent le premier accouplement des chiennes et pouliches de pure race, sachant que toutes les portées qui auront lieu par la suite peuvent en être marquées. Dans les annales médicales, on cite le cas d'une femme blanche mariée à un nègre qui, devenue veuve, se remaria à un blanc. Quelques années plus tard, elle mit au monde un enfant noir.

Plus frappantes encore sont les marques de naissance ou envies, visibles parfois sur le corps de l'enfant. On sait qu'elles proviennent d'une frayeur ou d'une sensation éprouvée par la femme au cours de sa grossesse.

Voici, à ce sujet, un fait cité par Carl du Prel, dont la singularité a tous les caractères qui conviennent à un exemple:

« Une femme fut effrayée à tel point par les mains bleues d'un teinturier que ses jambes tremblèrent. Elle donna le jour à un garçon dont les deux mains étaient bleues. ( Cité par MM. Duchâtel et Warcollier. — Les Miracles de la volonté. ) »

Le Docteur Liébeault cite le fait d'une jeune fille dont tout le corps était parsemé de taches sombres et velues imitant assez bien le pelage d'un tigre, parce que sa mère, pendant sa grossesse, avait été effrayée par un de ces animaux.

 

Si l'émotion crée des troubles de vasodilatation, elle peut aussi les guérir.

En voici un exemple:

II s'agit de la guérison empirique des verrues — qui sont des hypertrophies des papilles vasculaires du derme, avec hypertrophie locale de l’épiderme.

Ce remède bizarre, cité par Saintyves d'après la Revue des traditions populaires (1894) est un « remède de bonne femme » dont l'efficacité n'est pas contestée dans le Bocage et le Berry.

« Dans le Bocage, on prend treize pois sans être vu et, avant le lever du soleil, on en lance douze successivement dans un puits. Après quoi, on récite un Pater et un Ave, on jette le dernier et on fait un signe de croix. »

Dans le Berry, cette cérémonie atteint son maximum de complexité:

  « Choisir treize pois de l'année, en envelopper six dans un linge noir et sept dans un linge blanc et les porter pendant 13 jours sur sa poitrine, en guise d'amulette, attendre au vendredi et, à mimait, sans témoin, se rendre au bord d'un puits, dire sept Pater et, à la fin de chacun d'eux, jeter un pois dans le puits; de là, se transporter auprès d'une taupinière, réciter six Ave Maria, et, après chaque Ave, faire un trou avec le petit doigt de la main gauche et y enterrer un pois. »

Cette dernière recette est indiquée au Moniteur de l'Indre du 8 mars 1856, et cette feuille assure qu'une jeune femme, après avoir suivi ces prescriptions, vit disparaître ses verrues.

« Jadis, dans les environs de Montcontour, près de l'école communale existait un puits, recouvert depuis quelque trente ans ; on y jetait une poignée de pois (sans compter) et en les lançant, on répétait trois fois:

Petits pois, petits pois,

Quand mes petits pois pourriront,

Mes verrues s'en iront.

« Et les verrues ne manquaient pas de disparaître, si l'on avait eu le temps de dire cela trois fois avant que les petits pois eussent touché l'eau. »

II semble que les petits pois n'aient rien de commun avec les verrues. Mais le petit air rituel et cabalistique de la formule suffit à frapper assez vivement l'imagination des personnes très nerveuses pour que, par autosuggestion, l'esprit rétablisse les fonctions des vaisseaux capillaires.

 

Pour ne pas allonger indéfiniment cette série de faits, terminons cette étude des actions vasomotrices en remémorant quelques-uns des phénomènes produits par les aissaouahs.

Cette secte est trop connue pour que nous en fassions ici l'historique. On sait que ces fanatiques musulmans se livrent sur leur personne à des actions dont la pensée ferait reculer d'effroi l'homme le plus résolu. On les a vus à Paris à l'Exposition de 1900 (Papus. — L'Occulte à l'exposition de 1900. Les aissaouahs. ) se passer des lames dans les joues, se planter un clou dans le crâne. Ils portent des charbons allumés ou une lampe incandescente dans le creux de la main sans qu'il leur reste ni brûlure, ni plaie, mais seulement une ecchymose en cas de perforation, une trace de fumée lorsqu'il y a transport d'objets enflammés.

Voici des observations faites à Tripoli sur ces fanatiques religieux. Elles sont dues à M. Penne. Nous en avons trouvé le texte reproduit par MM. Duchâtel et Warcollier dans leur ouvrage sur Les Miracles de la volonté.

« Un cheick prit un poignard, s'en introduisit la pointe dans la bouche et lui fit traverser sa joue gauche, de manière à ce que la pointe sortit à l'extérieur. Pas une goutte de sang ne jaillit: le marabout ne manifesta aucun signe de souffrance... (le marabout s'introduisit 4 poignards: 1 dans la joue droite, 1 dans la gorge et 2 dans les bras)... Sur un signe de nous, le marabout se mit à extraire les poignards sans qu'il en sortit une seule goutte de sang et qu'il restât la moindre trace de blessure. Dans les bras seulement on vit deux petites marques comme des ecchymoses... »

Ce même cheick, après être allé se dévêtir dans le fond de la pièce, se passa à plusieurs reprises une lame de sabre dans la bouche, puis sur le ventre, en appuyant fortement et exerçant des mouvements de droite là gauche et inversement. Les témoins constatèrent que la lame était extrêmement tranchante; cependant, elle ne laissa pas plus de trace que le contact prolongé d'un objet étroit, une ficelle, par exemple.

D'autres aissaouahs mâchent et avalent des charbons ardents, du verre cassé ou des figues de Barbarie munies de leurs piquants, auprès desquels ceux de nos marrons d'Inde semblent n'avoir nulle importance.

Questionné par le voyageur italien sur la manière dont se produisaient des phénomènes si étranges, le marabout déclara que pour réaliser ces insensibilisations volontaires il était nécessaire que l'adepte se soumette pendant deux ans à une ascèse particulière: jeûnes, prières, pénitences. Ensuite, après une initiation plus complète, le nouveau membre de la secte doit passer 40 jours dans le jeûne, la prière et le silence. Après quoi il est en état de subir les mêmes expériences que ses frères. Le prêtre musulman insista longuement sur la nécessité de soumettre les instincts charnels à l'empire de la volonté afin que l'équilibre soit complet.

Ces phénomènes d'insensibilité ont été constatés de tous côtés. Ainsi, en France en plein XVIIIe siècle et sous le contrôle d'esprits avertis — le propre frère de Voltaire, Armand Arouet, par exemple — la jeune Marie Sonnet s'exposa, presque nue, au feu d'une grande cheminée dont les flammes passaient quelquefois jusque par-dessus sa tête. L'expérience eut lieu le 12 mai 1736 et dura 36 minutes.

 

Arrivons maintenant à l'influence de la pensée et des émotions sur les glandes.

Lorsque nous nous souvenons d'une saveur désagréable, l'organe du goût peut en être affecté. Si nous avons sous les yeux un excellent repas, notre goût éprouve déjà une impression agréable. « Assis devant un bon plat, dit M. Taine, un gourmand en sent par avance le goût exquis, l'image de la saveur attendue équivaut à la sensation de la saveur présente, la ressemblance va si loin que, dans les deux cas, les glandes salivaires suintent au même degré. » C'est la constatation de ce fait qui a créé le dicton: « Cela fait venir l'eau à la bouche », en parlant d'un mets particulièrement appétissant.

Il est constant que la frayeur provoque des sueurs plus ou moins abondantes, d'où l'expression populaire « n'avoir pas un fil de sec » pour exprimer une appréhension véhémente. Ce fait a pu amener des guérisons surprenantes. Voici à ce sujet une observation que nous empruntons encore au R. Père Coconnier:

Un officier de marine, hydropique, apprend du médecin consulté que, seule, la ponction peut amener quelque amélioration dans son état. Cet homme, affaibli par la maladie, effrayé par le fait en lui-même, tombe dans un état navrant de prostration. II se débat, pleure, déclarant qu'il aime mieux mourir que subir l'opération imposée. La nuit suivante, toujours sous l'impression de la crainte, il est pris d'une sueur tellement abondante qu'elle transperce les matelas et découle sur le sol. La guérison s'ensuit sans que la ponction soit nécessaire.

Ce fait provient d'une autosuggestion involontaire, mais il a été renouvelé par suggestion. Sans en arriver l'a, il n'est pas de magnétiseur ou d'hypnotiseur qui n'ait mis son sujet en transpiration abondante, en lui suggérant qu'il se promène au soleil en plein été. De même, par suggestion contraire, on peut arrêter la sudation.

Comme il advient pour les glandes sudoripares, la crainte agit sur la sécrétion urinaire. Dans les émotions faibles, elle l'active; dans les émotions fortes, elle l'arrête.

Pendant la Terreur blanche, quand la justice de Louis XVIII fit périr tant d'officiers de l'Empereur, les geôliers et les prisonniers considéraient comme « de rudes gars » ceux qui, dans l'attente d'être fusillés, allaient satisfaire leurs besoins au moment accoutumé.

Il est des enfants chez qui un relâchement des organes ou la faiblesse de la volonté empêche le contrôle de la fonction urinaire. C'est l’incontinence d'urine, considérée chez l'adulte comme une maladie, punie chez l'enfant comme un trait de malpropreté. Ce trouble est guérissable par suggestion raisonnée ou imposée.

Dans certaines campagnes, le remède appliqué est une souris rôtie que l'on fait manger à l'enfant. Le dégoût inspiré par un repas de ce genre fait assez comprendre combien l'imagination peut être frappée et amener la guérison. Une suggestion bien dirigée l'eût amenée de même, sans causer une telle répugnance.

Le Docteur Liébeault cite le cas suivant :

« Nous avons connu un jeune homme qui urinait tous les jours au lit, mais qui s'en abstenait chaque fois que son père menaçait de le battre. C'est qu'alors, pendant son sommeil, une idée fixe veillait en lui, sous le coup de la crainte. N'est-ce pas l'idée fixe, prise en nous mettant au lit, de ne pas uriner en dormant qui fait que nous retenons le liquide urinaire tout le temps que nous sommes en repos ? »

Un vif désir agit de même quand il « amène l'eau à la bouche » et quand il provoque une surproduction de suc gastrique. On connaît cette expérience relatée dans les livres de physiologie: on prend un chien, on lui crée une fistule artificielle en lui perforant l'estomac et on place dans l'ouverture et pendant sous le ventre une ampoule de verre. Vient-on à présenter à l'animal un morceau de viande, sans lui permettre d'y toucher ? Sous l'empire de la convoitise, il se produit une sécrétion de suc gastrique qui se répand dans l'ampoule de verre.

Voici maintenant une répercussion de l'émotion sur la rate; le fait est cité par le Docteur Cabanes:

« Un médecin raconte avoir vu, en Perse et au Kurdistan, la diminution du foie et de la rate se produire après 5 ou 6 séances de la cérémonie suivante: avec un sabre courbe: on frappait, perpendiculairement et sans le blesser, le ventre du patient, en récitant des versets du Coran. Sous l'influence de la peur, de la foi ou de la suggestion de l'entourage, il se produisait une vasoconstriction (resserrement des vaisseaux) et, par suite, une diminution de la rate hypertrophiée. »

Pour clore cette liste déjà longue et qui risquerait de devenir interminable sans épuiser la matière, citons le cas du vieillissement rapide. Des hommes ont parcouru leur carrière jusqu'à 45 ou 50 ans avec une activité et une persévérance remarquables et un grand déploiement d'intelligence. Ils ont pu supporter sans faiblir les revers de la vie, mais qu'ils quittent brusquement leurs occupations, on les voit grisonner, leurs traits s'altèrent, ils vieillissent tout d'un coup. Il leur manque l'idée ou le sentiment qui les ont constamment soutenus dans la vie, que ce soient l'ambition, le désir d'acquérir des richesses, ou la recherche de vérités scientifiques.

 

Troubles pathologiques créés par suggestion

 

L'émotion est donc susceptible de créer, chez des personnes aux réactions émotionnelles et mentales exagérées, non seulement des troubles nerveux, mais aussi des perturbations profondes dans le processus physiologique. Sur les mêmes personnes, la suggestion peut reproduire les mêmes effets.

Les faits sont très nombreux qui prouvent incontestablement l'action psychique ou organique d'un ordre donné avec plus ou moins de puissance.

L'action de la suggestion est nette sur les sécrétions. Le Docteur Sollier a, grâce à elle, activé ou retardé à volonté le chimisme stomacal. C'est une expérience que les suggesteurs reproduisent aisément.

Obligés de nous limiter, nous bornerons notre étude des troubles suggérés volontairement au domaine vasomoteur.

Prenez une personne sensible, qui rougisse pour peu de chose et dites-lui, à l'improviste, d'un ton affirmatif: « vous rougissez ! » Elle s'empourpre instantanément. Ce n'est plus un accident qui crée la rougeur, ce n'est plus la pensée du sujet qui agit sur ses nerfs vasomoteurs, c'est une volonté extérieure.

Nous avons dit qu'on peut déterminer aisément chez les grands nerveux ces troubles de vasodilatation.

Le Docteur Michaud, nous l'avons vu en étudiant les procédés qui permettent d'établir le diagnostic de la suggestibilité, classe les sujets suggestibles en trois degrés. Sur les sujets les plus sensibles ceux du troisième degré, on peut provoquer par suggestion un afflux de sang sur une partie déterminée du corps, l'avant-bras, par exemple, afflux qui détermine une congestion, une inflammation dont la guérison ou la persistance sont elles-mêmes au pouvoir du suggesteur.

Ces cas du troisième degré sont exceptionnels, mais non introuvables. Quelquefois même — et nous l'avons expérimenté nous-même sur des sujets très nerveux — il se manifeste du dermographisme, c'est-à-dire que sous l'influence de la suggestion des représentations mentales peuvent apparaître en relief sur la peau. »

Le Docteur Charcot en avait obtenu déjà sur ses hystériques de la Salpetrière. Voici l'une de ses expériences: il traça sur le dos d'un sujet le nom de MARIE du bout de son doigt. Quelque temps après, le mot apparaissait en relief. Cette expérience a été renouvelée; elle ne peut s'obtenir que sur des sujets extrêmement nerveux.

Si la distension des vaisseaux est trop grande, il peut s'en suivre que le sang passe au travers et produit des hémorragies.

Voici quelques expériences qui démontrent la possibilité de cette action.

Dans l'asile d'aliénés de Lafond près de la Rochelle, le Docteur Mabille a déterminé par suggestion une série d'hémorragies dessinant en caractères sanglants des lettres ou des mots complets qu'il traçait du bout du doigt sur la peau de sujets hystériques.

Les Docteurs Bourru et Burot hypnotisent un soldat de marine hystéro-épileptique et lui affirment: « A 4 heures, ce soir, tu iras t'asseoir sur le fauteuil de notre cabinet, tu te croiseras les bras et tu saigneras du nez. » A l'heure dite, le soldat accomplit ces ordres et il se produit bientôt une légère hémorragie nasale.

Charcot suggère à un patient en hypnose que sa main droite enfle, qu'elle présente tous les symptômes de l'œdème bleu spontané constaté parfois chez les hystériques. Après 5 à 6 séances, la main, qui a d'abord bleui, puis gonflé, rougit, passe au violet, s'indure et se refroidit de la manière la plus inquiétante, sauf pour le médecin aussi capable de faire disparaître le mal que de le provoquer.

Ces expériences ne sont pas aussi rares qu'on pourrait l'imaginer.

 

Arrivons maintenant aux vésications sur la peau, obtenues par voie suggestive, sur une personne en somnambulisme. Ces expériences ont été accomplies par M. Focachon, pharmacien, sous le contrôle de professeurs de la Faculté de Nancy. Nous en avons dit déjà quelques mots; relatons les faits en détail.

M. Focachon était venu à la clinique du Docteur Liébeault et, émerveillé devant les résultats obtenus, il s'était épris de suggestion. Ce qui l'avait le plus impressionné, c'était l'action suggestive dans un domaine qui lui paraissait complètement fermé à la pensée. Il avait eu la preuve que l'on peut agir sur les glandes et sur les nerfs moteurs du grand sympathique. Il avait vu provoquer par suggestion, sur des sujets endormis, une hémorragie locale des muqueuses ou l'arrêter; rétablir le cours des règles ou le faire cesser, l'exagérer, le ralentir; congestionner la peau dans des limites tracées d'avance au point de la rendre rouge de sang pendant quelques heures ou quelques jours, à volonté. M. Focachon s'était promis de reprendre ces expériences.

Tout d'abord, il s'était demandé si, par suggestion verbale transmise à une personne en état de somnambulisme, il était possible de ralentir les battements du cœur ou de les accélérer. La vérification de cette hypothèse fut menée à bien sur une hystérique très impressionnable âgée de 39 ans, qu'il avait préalablement mise en hypnose. Comme cette personne avait été guérie par M. Focachon, dix-huit mois auparavant et en peu de séances, d'attaques hystéro-épileptiformes, après avoir souffert de ces crises trois à quatre fois par mois depuis quinze ans, elle fut portée, par reconnaissance, à ne pas se refuser aux expériences. Tout d'abord, M. Focachon constata qu'il avait le pouvoir de ralentir ou d'accélérer à volonté les battements du cœur du sujet lorsque celui-ci était en état somnambulique. Les modifications du rythme cardiaque étaient nettes. Il fit part de ce résultat au Docteur Liébeault qui de son côté avait fait, maintes et maintes fois, disparaître par suggestion de fréquentes palpitations chez ses malades. Il est certes facile de s'illusionner en tâtant l'artère radiale en même temps qu'on en compte les battements sur un chronomètre, l'attention se dispersant sur les deux actions. Aussi, le professeur Beaunis, mis au courant de cette expérience, la fit-il contrôler dans son laboratoire, à la Faculté de médecine de Nancy, avec des appareils enregistreurs. De cette manière, Beaunis s'assura de la réalité des faits constatés par ses collègues, MM. les professeurs Bernheim et Liégeois, le Docteur René, chef des travaux physiologiques et le Docteur Liébeault. Le résultat de ce contrôle sévère fut que, par rapport au nombre normal des battements du pouls chez la somnambule mise en expérimentation pendant l'hypnose, il y eut, suivant la suggestion qui lui fut faite, ralentissement, puis accélération: six pulsations en moins par minute dans le premier cas et vingt pulsations en plus dans le second. Le tracé des pulsations du cœur a été présenté par le professeur Beaunis à la Société de biologie en 1884.

Encouragé par ces expériences, M. Focachon ne s'en tint pas là. Il se demanda s'il ne lui serait pas possible de reproduire des stigmates par suggestion. Un jour, profitant d'une douleur que son sujet, Mlle Elisa, éprouvait au-dessus de l'aine gauche, il lui suggéra, pendant une période de sommeil provoqué, la formation d'une vésication capable de la guérir. Il n'appliqua absolument rien sur le point douloureux. Le lendemain, cependant, il se produisait sur ce point une bulle de sérosité. Peu après, il reprit l'expérience pour enlever au même sujet, par un semblable procédé, bien qu'en variant la formule expérimentale, une douleur névralgique située à la région claviculaire droite. Nouveau succès. M. Focachon informa le Docteur Liébeault de ce résultat en signalant « qu'il avait produit des brûlures en tout semblables à des pointes de feu bien formées et laissant des escarres réelles. »

Comme on l'imagine aisément, ces expériences apparurent tout d'abord comme invraisemblables. Aussi, pour confirmer leur véracité, leur auteur demanda-t-il au Docteur Liébeault de lui servir de contrôle.

Une nouvelle expérience fut donc tentée le 2 décembre 1884. Il fut convenu entre le Docteur Liébeault et M. Focachon qu'ils essaieraient de développer sur le sujet, Mlle Elisa, pendant le sommeil provoqué, une ampoule à la main, par une suggestion dépourvue d'élément émotif, sans autre application, sur la partie désignée, que les vêtements coutumiers. Malheureusement, le professeur Bernheim, retenu à son service de clinique deux heures de plus qu'il ne supposait, occasionna un grand retard à l'expérience à laquelle il désirait assister: M. Focachon ne put endormir son sujet qu'à 11 heures du matin. Les expérimentateurs n'eurent pas le temps de suivre aussi loin qu'il était nécessaire le développement des signes pathologiques qui lui furent affirmés pendant son sommeil par Focachon. Mais pourtant, dit le Docteur Liébeault, dans le Journal du Magnétisme (juillet-août 1885) où il rapporte le détail de ces expériences: « Nous en vîmes assez pour regarder déjà comme hors de doute les apparences réelles d'une congestion sanguine cutanée, préludes d'une vésication ». Ce fut la région du dos, entre les deux épaules, à l'endroit où l'on ne peut porter les doigts que le professeur Bernheim désigna pour siège de la vésication à produire et il en marqua les dimensions sur les vêtements, à l'aide d'un objet. Ensuite, le Docteur Liébeault et M. Focachon surveillèrent la dormeuse jusqu'à cinq heures du soir, sans la quitter.

Pendant ce laps de temps, M. Focachon lui fit des suggestions répétées et ne la laissa éveillée que pendant une heure et demie, à peu près. A la vérification des effets attendus, en présence de MM. les professeurs Bernheim et Liégeois, du Docteur Dumont, chef des travaux physiques à la Faculté de médecine de Nancy et du Docteur Liébeault, il fut constaté une rougeur circonscrite dans les limites tracées auparavant, rougeur présentant, dans quelques endroits, un piqueté en saillie pathologique de vésication, dû incontestablement à l'action de la suggestion.

Une autre fois, M. Focachon applique un papier gommé sur l'avant-bras de son sujet endormi, le couvre d'un pansement et suggère que ce simple papier de timbre poste est un vésicatoire. Après quoi, il réveille la dormeuse. Le lendemain matin, quand le pansement est changé, la vésication est déjà à son premier degré; le même jour, à 4 heures du soir, des cloches sont formées et la suppuration dure une quinzaine de jours.                                       

 

Bientôt après, en décembre 1885, Charcot, à la Salpetrière, fit apparaître, sur le bras d'une jeune hystérique, soumise pour la seconde fois à cette expérience, une lésion semblable à celle produite par une brûlure. Il persuada à ce sujet que de la ciré enflammée était tombée sur sa main. Le lendemain, la plaie était très enflammée. La malade avait souffert toute la nuit. Elle croyait s'être trop approchée du foyer à gaz et se plaignit qu'on ne la surveillât pas assez lorsqu'on la plongeait dans le sommeil hypnotique.

De son côté, le Docteur Rybalkin a déterminé une brûlure du second degré à un endroit indiqué d'avance, en suggérant au sujet qu'il s'était brûlé contre un poêle.

L'idée vint au Docteur Delbœuf, professeur à l'Université de Liège, qui assistait à l'expérience de Charcot, que la suggestion pourrait guérir l'affection aussi facilement qu'elle la créait.

Le Docteur Delbœuf réunit les meilleures conditions expérimentales. Pour qu'une expérience sur l'organisme humain soit concluante, elle doit être faite sur deux sujets identiques, dans des conditions identiques. Or, la disposition symétrique de nos membres offre précisément cette identité, non pas une identité idéale, sans doute, mais une identité suffisante.

Le professeur Delbœuf pensa donc très justement que, s'il faisait deux lésions aussi semblables que possible, par exemple, aux deux bras d'une personne, et s'il suggérait au sujet que l'une guérirait rapidement, tandis que l'autre lésion serait abandonnée à la nature, la comparaison se ferait directement et dans les conditions scientifiques désirables. Il fit appel au dévouement d'un de ses sujets hypnotiques: J... et l'expérience fut tentée.

Le professeur Delbœuf en donne le détail en ces termes:

« Je déterminai sur chaque bras, partie postérieure, deux places exactement correspondantes. Je chauffai au rouge sombre un barreau de fer de 8 millimètres de diamètre. Je m'exerçai à rythmer mes mouvements de manière à laisser le fer juste le même temps — environ une seconde et demie — sur l'une et l'autre place. Lui ayant fait étendre les deux bras sur une table, je lui annonçai qu'au bras droit elle n'aurait pas mal, et je la brûlai des deux côtés. Le derme fut atteint, et les marques sont encore aujourd'hui légèrement visibles. Elle sentit la brûlure uniquement au bras gauche. L'opération s'était faite à 7 heures du soir. J'entourai d'une bande les deux brûlures.

« Pendant la nuit, J... eut un peu de mal au bras gauche et ne ressentit rien au bras droit. Le lendemain matin j'ôtais les bandes. Le bras droit présentait une escarre nette de la largeur exacte du fer, sans inflammation ni rougeur; le bras gauche, une plaie avec cloches enflammées sur une étendue de trois centimètres environ de diamètre. La conclusion s'imposait: c'était la douleur qui avait produit l'extension du mal...

« La brûlure du bras gauche empira et le lendemain J... y éprouvait beaucoup de douleur et de gêne. C'était le moment d'essayer de la suggestion pour ce bras. Il me suffit pour cela de le toucher en lui assurant qu'elle n'aurait plus mal. A partir de cette parole, la plaie sécha, l'inflammation disparut rapidement, au point que, deux jours après, c'est-à-dire le cinquième jour, le Docteur Henrijean, assistant M. Von Winiwarter à l'Université de Liège, s'étonnait que la brûlure fût si récente.

« Ainsi, conclut le professeur Delbœuf, la suggestion avait eu ce pouvoir d'arrêter, non seulement au début, mais même dans le cours de l'évolution, les effets de propagation d'une brûlure. »

Toutes ces expériences sont concluantes. Elles montrent combien l'organisme humain, grâce aux processus mental et émotionnel — surtout ce dernier — est sensible à l'action d'une pensée extérieure. Nous pourrions citer un très grand nombre de faits analogues, mais la place nous est mesurée. Nous tenons pour démontré que le choc émotionnel spontané, de même que le choc produit par suggestion, peuvent provoquer, chez des sujets particulièrement sensibles, impressionnables, non seulement des troubles nerveux, mais de véritables lésions organiques.

Inversement — et c'est le principe sur lequel se base la thérapeutique suggestive — la pensée et l'émotion qu'elles viennent de soi-même (autosuggestion émotionnelle) ou de l'extérieur (suggestion imposée, raisonnée ou indirecte) sont susceptibles de modifier le processus pathologique, de guérir des maladies qui semblent à beaucoup devoir échapper à la médication psychique.

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