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Cours de magnétisme personnel

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LA SUGGESTION IMPOSEE

La suggestion imposée a d'autant plus de prise que la synthèse mentale est plus faible. — Affections morales et nerveuses guéries par suggestion imposée. Idées imaginaires. Impulsions. — Insensibilité suggérée. Extractions de dents sans douleur sous hypnose. — Affections organiques guéries par suggestion imposée. Varices, crises d'hémoptysie, — Hémorragies utérines. Fibromes. — Tumeurs cancéreuses. — L'élément douleur dans le processus inflammatoire. — Phénomènes de vasodilatation suggérés. Règles régularisées. — Action sur les organes: intestin, vessie. — Action sur les sécrétions (lait) et sur les glandes endocrines (glandes thyroïde et parotide). — Action sur l'œil. — Comment on impose une idée curative.

 

La suggestion imposée, nous venons de le démontrer, a d'autant plus de prise que la synthèse mentale est plus faible.

Ce mode de suggestion s'adresse donc surtout aux personnes d'un esprit débile, aux grands nerveux, aux enfants anormaux, aux abouliques en leur donnant un stimulant immédiat; aux enfants atteints de mauvaises habitudes: onanistes, vicieux, onychophages, dipsomanes, kleptomanes ; à ceux qui ont des appétits bizarres (qui mangent des crayons, du plâtre et autres substances nuisibles), etc...; chez les adultes, aux traqueurs, aux fumeurs invétérés, aux grands nerveux à crises, aux phobiques (qui ont peur des grands espaces vides, de l'eau, de la foule, etc.), à certains obsédés, ceux qui sont tourmentes par une idée fixe qui n'est pas trop enracinée, enfin à certains neurasthéniques.

Les effets de cette suggestion sont, en général, rapides et facilement visibles; aussi ont-ils d'abord attiré l'attention. Mais ce mode d'action, outre qu'il est assez limité, a de graves inconvénients. Et, s'il n'est pas manié avec une grande habileté, ses conséquences peuvent être funestes. Il ne doit être employé qu'au début d'un entraînement et la suggestion raisonnée doit toujours lui succéder après un certain laps de temps. En effet, l'action de la suggestion imposée ne peut être que passagère. Il n'est pas de force humaine qui puisse maintenir un être sous une domination constante. Dans la cure psychique, cette suggestion ne produit qu'un court stimulant et, si nous reprenons une comparaison dont nous nous sommes déjà servi, nous dirons que cette forme brutale d'emprise ne peut être qu'un coup de fouet qui enlève momentanément le cheval, mais l'épuisé par l'effort même. On n'a jamais nourri un cheval de coups de fouet. Si le cheval ne peut être soutenu par une nourriture plus substantielle, il faut donc réitérer le traitement, suggérer encore et le remède peut quelquefois devenir pire que le mal.

En voici la cause. Le malade auquel vous vous adressez est débile de la conscience et de la volonté. Il manque de décision, de contrôle sur lui-même. II a contracté de ce fait des habitudes ou des orientations de pensée qui lui sont nocives. Au lieu de fortifier la volonté et la conscience, la suggestion imposée tend à annihiler la personnalité du malade. Traitement illogique. Il se peut que, sous cette emprise, les habitudes cessent momentanément; mais il est facile de comprendre qu'au premier relâchement du suggesteur, à une tentation plus forte, le malade recommencera d'autant mieux qu'on l'aura débilité davantage.

Ces résultats illusoires sont évidents lorsqu'on se rend compte du mécanisme de la suggestion imposée. Ce mode d'influence cherche à imposer une idée à la conscience, au moment où celle-ci est hors d'état de lui résister. Donc, cette suggestion est introduite dans le cerveau d'autant plus facilement que l'attention est plus faible, le contrôle volontaire moins grand. C'est pourquoi, nous l'avons dit, l'enfant est plus suggestible que l'adulte, les gens du peuple plus que les intellectuels, les foules plus que les individus. Mais que celui qui manque de synthèse mentale soit très influençable, cela n’implique pas qu'il restera longtemps sous cette emprise. Tout au contraire. Celui à qui on veut en imposer, même s'il se prête volontairement à l'action, a toujours, vivace au fond de sa conscience, un besoin impérieux de liberté. Et c'est ce désir qui lui fait rejeter toute pensée non acceptée volontairement. Ceci explique pourquoi les suggestions imposées ne restent pas et pourquoi, de jour en jour, on renonce à cette thérapeutique irrationnelle et immorale.

Que peut-on attendre de cette suggestion imposée au point de vue organique ? Là encore peu de chose. La suggestion se borne à calmer la douleur. Ceci peut être utile dans les douleurs sans lésions appréciables, mais il ne faut pas oublier que la douleur est un signe avertisseur que la nature nous donne pour nous mettre en garde contre une lésion existante ou un trouble en voie d'évolution. Qu'un malade souffre de douleurs d'estomac, la suggestion peut empêcher la perception de la douleur, c'est certain. Mais est-ce un bien ? N'est-il pas à craindre que le malade, convaincu que le mal a disparu avec la douleur, n'agisse comme un homme sain et ne s'écarte du régime conseillé par le médecin ? Il est certain que dans ces conditions le mal ne tardera pas à reparaître et même à s'aggraver. On conçoit qu'il faut montrer beaucoup de prudence et de circonspection dans l'emploi de la suggestion imposée et qu'il soit nécessaire de prévenir le malade que, la douleur disparue, il ne reste pas moins soumis aux soins du médecin traitant.

En présence de lésions organiques, de troubles moraux ou nerveux, il faut, de toute nécessité, apprendre au malade à vouloir. Pour qu'il reconquière, avec la santé, l'intégralité de son intelligence et de sa conscience, il importe de faire succéder à la suggestion imposée, la suggestion raisonnée. A la volonté du suggesteur, il faut que le malade substitue la sienne propre. Celle-ci sera mise en valeur et éduquée par les moyens rationnels que nous avons exposés dans ce Cours. Dans ces conditions, le malade devient l'aide du médecin et chaque progrès qu'il accomplit pour dominer ses troubles est un pas en avant pour retrouver la plénitude de ses facultés.

On peut dire sans crainte d'être démenti, que jamais, en aucun cas, les résultats sont durables si la volonté du malade n'entre en jeu consciemment.

 

Affections morales et nerveuses guéries par suggestion imposée

 

Dans quels cas la suggestion peut-elle être conseillée primitivement ?

Dans certaines affections purement morales, qui laissent le malade incapable de réagir contre un travail mental morbide. De ce nombre sont les malades qui souffrent d'idées imaginaires. Ces personnes sont portées à exagérer leurs troubles et, à la moindre douleur vague, elles y voient les signes d'une maladie mortelle. La suggestion imposée a tôt fait de combattre l'interprétation mauvaise, mais seule une rééducation raisonnée donnera au malade un jugement sain.

Le Docteur Moutin cite le fait suivant:

« Un jeune homme, habitant le quartier de la Villette, avait eu un tœnia (ver solitaire) que l'extrait éthéré de fougère-mâle avait expulsé; mais il s'imaginait en avoir un second et il éprouvait dans l'abdomen une foule de sensations fort désagréables. Malgré les divers tœnifuges absorbés, cet état durait depuis plus de trois ans: quelques suggestions suffirent à le débarrasser de son ver imaginaire. »

Dans les impulsions, la suggestion imposée agit efficacement. Plus le malade est impulsif, plus il est suggestible.

La dipsomanie, qui se caractérise par une impulsion à s'enivrer, à laquelle le malade ne peut résister, peut servir de type. Les dipsomanes, comme le dit Trélat, « sont des malades qui s'enivrent toutes les fois que leur accès les prend ». Ils se différencient des ivrognes « qui s'enivrent toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion. » Les dipsomanes, présentant des signes de dégénérescence mentale sont donc très suggestibles: on les plonge en sommeil par suggestion verbale, ou par hypnotisme (fixation des yeux sur les yeux de l'hypnotiseur ou sur une source de vive lumière). En général, le sommeil survient rapidement. Une fois obtenu, on défend au malade, avec autorité, de se livrer de nouveau à sa passion. Il est nécessaire de faire chaque jour une séance d'un quart d'heure à une demi-heure et de poursuivre les séances jusqu'à cessation des troubles. Les résultats sont généralement rapides, mais, si l'on n'a pas pris soin de raisonner le dipsomane, de lui montrer le danger de l'intoxication, les risques auxquels il expose aussi bien sa santé que son avenir, il retombera promptement. Il y a donc nécessité absolue, si l'on veut obtenir un résultat durable, de rééduquer la volonté de ces malades. Ce résultat est difficile à obtenir, mais, dans la majorité des cas, surtout si les parents exercent une surveillance étroite, en évitant au malade les fréquentations mauvaises, on obtient des guérisons complètes. Dans les cas très graves, on peut toujours diminuer sensiblement et, par conséquent, réduire d'autant le nombre des accès.

Il en est de même pour toutes les impulsions: envie irrésistible de fumer, de voler; pour toutes les peurs, les craintes, les phobies, les tics, les manies, les idées fixes, les obsessions, les hallucinations.

Dans les états affectifs: craintes, peur, chagrin, souvenirs douloureux qui risquent de devenir obsédants, la suggestion imposée — toujours suivie de la suggestion raisonnée — donne souvent des résultats heureux

Lorsque nous avons parlé d'hypnotisme et de suggestion, au point de vue expérimental, nous avons dit avec quelle facilité il est possible de créer des troubles de la sensibilité chez les grands impressionnables. Cet empire du suggesteur a reçu ses applications en thérapeutique. On a pu provoquer des anesthésies qui ont permis de faire de petites opérations.

Pendant l'année 1882 et les premiers mois de 1883, le Docteur Liébeault eut l'idée de faire arracher des dents ou des racines de dents à des malades venus chez lui. Ces malades avaient été, tout d'abord, placés en sommeil artificiel. Au cours de cet état, le suggesteur leur avait donné l'ordre qu'ils ne souffriraient pas à leur réveil, au cours de la petite opération à laquelle ils allaient être soumis. Cet essai, fut intenté sur 19 personnes, d'un âge moyen de 26 ans et demi. Des dents ou racines dentaires furent arrachées, dans ces conditions particulières, sans douleur ou avec plus ou moins de douleur, un quart d'heure environ après leur sortie du sommeil: le temps de se rendre chez le dentiste. Une seule d'entre elles fut opérée seulement après une heure.

Voici d'ailleurs le détail de cette expérience et des conditions dans lesquelles elle fut produite, tel que M. le Docteur Liébeault le rapporte dans le Journal du Magnétisme d'octobre 1885.

1°. — Trois personnes furent soumises à l'extraction de dents ou de racines de dents, après leur avoir fait la suggestion, pendant le sommeil léger (catalepsie, mais possibilité de résister aux mouvements suggérés) de ne pas souffrir lorsqu'elles seraient opérées, au réveil. Deux d'entre elles affirmèrent avoir beaucoup moins souffert que dans des opérations antérieures du même genre et l'autre, à qui l'on avait extirpé trois dents, affirma ne ressentir aucune souffrance;

2°. — Parmi sept personnes dont les dents furent extraites à la suite du sommeil profond (catalepsie avec impossibilité de résister à des mouvements suggérés), état pendant lequel on leur avait aussi affirmé qu'elles ne sentiraient rien, cinq n'éprouvèrent absolument rien, et les deux autres presque rien;

3°. — De quatre sujets opérés auxquels on avait fait une même suggestion avant leur sortie du sommeil très profond (catalepsie avec irrésistibilité aux mouvements par suggestion, mais absence de rapports avec tous autres que l'opérateur) deux n'éprouvèrent pas de souffrance, une autre éprouva du picotement et, le quatrième, qui ne fut opéré qu'une heure après le réveil, ressentit une vive douleur;

4°. — Enfin sur quatre personnes auxquelles on fit encore la suggestion dans le somnambulisme (mêmes signes que ceux du sommeil précédent, mais avec perte de souvenir au sortir de cet état), trois fois, après réveil, l'insensibilité à l'opération fut complète et, une fois, il y eut sensation d'une légère douleur;

5°. — Un dernier, opéré dans un état hypnotique, ressentit vivement l'extraction de la dent.

Le Docteur Liébeault n'en était d'ailleurs, à cette époque, qu'au début de ses essais. Le succès aurait été meilleur si les sujets avaient été endormis plus profondément et si l'action suggestive avait été plus prolongée.

Le professeur Liégeois est arrivé, par suggestion, à faire extraire à un sujet deux dents et une racine 24 heures après la suggestion faite en sommeil, et cela sans que le sujet ressentit même le plus léger picotement. Liégeois avait suggéré au sujet que, tel jour, à telle heure, on lui arracherait des dents et qu'il n'éprouverait aucune douleur. Ce qui se produisit.

Depuis, de nombreuses extractions de dents et diverses petites opérations: ouverture d'un abcès, section d'un doigt, opération d'un ongle incarné... ont été faites sans douleur, avec plein succès. Mais il est, on le comprend, de toute nécessité que les sujets opérés de la sorte soient très accessibles à la suggestion imposée.

La suggestion calmant la douleur, on a pensé à l'utiliser dans le travail de l'accouchement et l'on cite des cas où elle a facilité considérablement le travail de la parturiente. Le Docteur Liébeault a pu mettre dans le somnambulisme, pour tout ou partie de la durée de leur accouchement, deux femmes qui éprouvèrent bien moins de douleurs que dans leurs couches précédentes. Elles ne se souvinrent de rien, sauf une qui, au réveil, garda le souvenir de quelques contractions finales.

 

Affections organiques guéries par suggestion imposée

 

Arrivons maintenant aux maladies organiques. Nous avons déjà parlé de l'action exercée par la volonté sur les nerfs vasomoteurs. Du moment que nous tenons cette action pour certaine — et elle s'impose à l'observateur, — nous devons penser que puisque les phénomènes de vasodilatation sont soumis à l'action de la pensée et de l'émotivité, les phénomènes analogues mais inverses de la vasoconstriction seront également influencés par les mêmes agents. Ici encore, l'expérience nous donne raison. Voyons quelques observations qui nous en fournissent la preuve.

Le Docteur Liébeault a guéri des varices par un traitement suggestif. On sait que les varices proviennent d'une dilatation anormale et persistante des veines. Cette dilatation a pu disparaître par vasoconstriction.

Voici une observation due au Docteur Liébeault:

Une somnambule professionnelle avait vu se former à ses avant-bras des dilatations de veines, à peu près sphériques, de la grosseur d'un pois, dépressibles — favorisées sans doute par la position que prennent les sujets endormis: les bras pendant le long du corps. Après une seule séance de suggestion imposée, ces dilatations disparurent, mais elle récidivèrent l'année suivante. Le Docteur Liébeault réitéra son traitement et, cette fois, les lésions s'effacèrent pour ne plus reparaître.

Dans le même ordre de faits, nous voyons le Docteur Luys combattre par suggestion hypnotique des crises d'hémoptysie. Une observation consignée par lui dans ses Annales de psychiatrie et d'hypnologie (1893, p. 64) porte sur une jeune femme très nerveuse qui était atteinte de fréquentes hémoptysies. Après quelques séances de suggestion imposée en somnambulisme, à raison d'une par semaine, les crachements de sang cessèrent complètement.

 

Par le même mécanisme de vasoconstriction, s'exerçant cette fois sur les vaisseaux de l'utérus, on a pu faire cesser complètement, chez de grandes nerveuses, des hémorragies utérines.

Cette action a pu ramener des menstrues trop abondantes à un écoulement normal. Dans certains cas, les règles sont revenues ensuite très normalement.

A signaler encore les bienfaits du traitement psychique imposé dans les fibromes. Un des symptômes les plus alarmants est l'hémorragie. Or, chez de grands névropathes, les réactions vasomotrices sont telles, sous l'influence d'une suggestion impérieuse, que le flot hémorragique s'arrête. La suggestion peut même, chez ces sujets particulièrement sensibles à la cure psychique, arrêter le développement du fibrome, souvent en déterminer la régression. Nous en avons constaté de très nombreux cas.

Qu'y a-t-il d'étonnant à cette action ? L'utérus n'est-il pas un organe très vasculaire ? Or les vaisseaux sanguins sont, nous l'avons vu, entourés d'un réseau de filets nerveux. Et nous savons que la pensée et l'émotion ont une influence profonde sur le système nerveux. La suggestion bien appliquée, agissant sur les nerfs vasoconstricteurs à la façon d'un excitant, provoque donc le resserrement des vaisseaux saignants et par conséquent arrête l'hémorragie. Il faut, naturellement, que la malade ait des réactions très vives pour que l'effet suggestif ait lieu.

 

La suggestion a une action très heureuse dans toutes les tumeurs cancéreuses et personnellement il nous a été donné d'enregistrer de très nombreux succès. Certes, la tumeur ne disparaît que rarement, mais toujours nous avons constaté un arrêt de développement, une diminution et quelquefois une suppression de la douleur, souvent une réduction très sensible de la masse cancéreuse.

Voici, entre beaucoup d'autres que nous pourrions citer, une observation que nous avons communiquée à la Société Magnétique de France (8 avril 1922) :

II s'agit d'une femme d'une quarantaine d'années, venue tout exprès d'Amérique pour me voir; elle souffre d'une tumeur cancéreuse du sein droit. Une amie lui a longuement parlé de résultats que j'avais obtenus par le traitement psychique dans des maladies très graves, la tuberculose au 3° degrés, entre autres, et dont elle avait été témoin. Désireuse d'essayer ce traitement, la malade s'embarque.

A son départ, un chirurgien reconnaît dans le sein droit une tumeur cancéreuse de la grosseur d'une noix. Il conseille, d'urgence, une intervention chirurgicale. Mais la malade se refuse à toute opération. On lui a parlé de merveilles opérées par la pensée; elle a foi; elle vent se guérir par ce moyen.

J'entreprends la cure psychique. Je vois la malade chaque jour. Chaque séance dure 3/4 d'heure à 1 heure. Elle consiste en un exposé, le plus suggestif possible ayant pour but de galvaniser la volonté de la malade, d'ancrer toujours plus profondément dans son esprit — mais par la douceur, le raisonnement, — la conviction d'une guérison prochaine. D'une nature profondément mystique, la malade a foi non seulement dans sa propre pensée, mais aussi dans les forces spirituelles. Entre les séances, elle se réjouit du succès prochain et sur mon insistance, toutes les personnes qui l'entourent la félicitent sans cesse, mais habilement, de son teint plus frais, de ses belles couleurs...

Après trois semaines de soins journaliers, la malade rentre en Amérique. Elle continue à s'auto suggérer avec là même foi persévérante,

II est curieux de noter qu'à son arrivée à Paris la tumeur était douloureuse au contact et que, bientôt, toute douleur avait disparu. Après 2 semaines, la malade eut l'impression que sa tumeur était plus molle, puis qu'elle diminuait de volume. Ce fait était exact. Dès son retour sur la terre américaine la malade était toute joyeuse de m'annoncer la complète disparition de la tumeur. Elle avait revu le chirurgien qui, quelques semaines auparavant, après avoir diagnostiqué ladite tumeur, avait jugé nécessaire et même urgente l'intervention chirurgicale. Le spécialiste était très étonné de ne plus trouver trace de la tumeur.

Depuis ce moment (1922), je suis resté en rapport avec la malade. Celle-ci a toujours gardé son optimisme. Sa foi en la guérison est inébranlable. La tumeur n'a pas récidivé.

Dans une de nos récentes observations, il s'agit d'un cancer propagé à tout le péritoine. Au moment où je suis appelé en consultation par le médecin traitant, la malade est à toute extrémité. Le pronostic est fort sombre. Impossibilité d'intervenir chirurgicalement. Je tente le traitement psychique. Celui-ci donne des résultats rapides: les douleurs s'apaisent, la crise qui paraissait fatale est conjurée. La malade vécut encore quatre années, reprenant une vie mondaine active, allant au théâtre, en visites, se couchant tard. Et pourtant, au moment où j'intentai le traitement psychique, la malade était âgée de 82 ans et dans un état extrême d’épuisement.

Par un mécanisme analogue la suggestion peut activer la résorption des liquides épanchés, activer la cicatrisation des plaies.

Poursuivant des expériences de ce genre, le professeur Delbœuf fut amené à se demander si la douleur ne pouvait pas avoir une influence sur les lésions et inflammations, phénomènes qui, au premier abord, semblent purement objectifs. Il arriva à une solution affirmative de la question. Voici dans quelles circonstances:

1°. — Une dame J..., travaillant au jardin, eut un doigt fortement écrasé par la chute d"une pierre. Le professeur Delbœuf l'ayant hypnotisée, lui ôta par suggestion la perception de sa douleur. Non seulement, elle put reprendre le travail interrompu, mais le continuer sans aucune gêne et toute trace de contusion s'effaça promptement;

2°. — Mme M..., s'étant fait, le soir, une large et profonde entaille à la base du pouce, n'en voulut parler à personne. Mais la douleur la tint éveillée toute la nuit et, le lendemain, sa main était à la fois douloureuse et paralysée. Sans même avoir besoin de la mettre en sommeil, le professeur Delbœuf fit cesser les élancements douloureux. La malade n'éprouva plus dès lors ni embarras, ni douleur et la cicatrisation se fit en moins de trois jours.

Voilà donc démontrée l'action de la pensée sur le corps. Doit-on conclure que la douleur physique, ou plutôt l'ébranlement nerveux qu'elle nous cause, est un motif d'aggravation ? Faut-il admettre que, la douleur étant supprimée par suggestion, le malade se trouve en mesure de lutter plus efficacement contre la maladie ?

 

La suggestion ne se limite pas aux phénomènes de vasoconstriction. Elle peut, comme nous l'avons vu, produire le phénomène de vasodilatation et l'on peut baser sur ce fait le traitement d'autres incommodités. Elle a été utilisée, sur des sujets très nerveux et très impressionnables pour régulariser les règles trop abondantes ou irrégulières. Les observations de ce genre sont très nombreuses.

En voici une, due au professeur Bernheim. Mlle C., névropathe, vient le consulter le 17 novembre pour un retard menstruel: elle a eu ses règles le 7 octobre, et elles n'ont pas reparu. Cette personne accuse, depuis plusieurs jours, une sensation de serrement à la taille avec gonflement. Elle mange plus que de coutume; ses digestions sont très bonnes; elle affirme n'être pas enceinte. Bernheim la met facilement en somnambulisme et lui suggère que ses règles auront lieu le 30, elle-même répète dans son sommeil qu'elle « aura son époque le 30 ». Bernheim lui suggère de venir lui en faire part dès que le fait se sera produit. Le 30, elle vient, en effet, lui annoncer que « son époque a eu lieu » le matin sans douleur. La veille, elle avait eu les symptômes précurseurs: mal aux reins, mal à la tête, mauvaise humeur. Bernheim suggère que la prochaine époque apparaîtra le 28 décembre et la malade vient ce jour-là, lui annoncer que les règles s'étaient montrées le matin.

Les règles irrégulières peuvent être régularisées. Bernheim cite notamment le cas d'une dame de 35 ans qui avait des règles abondantes, durant cinq ou six jours, tous les onze ou quinze jours, et qui n'était jamais restée plus de 21 jours entre deux périodes. Sous l'influence de la suggestion, elle arriva à ne voir ses règles que les 26e, 24e, 25e, 26e, 26e, 24e, 27e, 29e, 29e jours et depuis, toujours, à deux jours près, le 28e ou le 29e jour.

 

Sur tous les organes (estomac, vessie, reins, intestins. .) la suggestion a également une action très nette. Pour ne pas rendre cette liste de faits interminable, nous nous contenterons d'en citer quelques-uns particulièrement probants.

Action sur l'intestin. — Le professeur Dupuytren purgea une dame anglaise avec des pilules de mie de pain, en ayant soin de lui affirmer qu'elles contenaient un drastique violent. L'expérience a été souventes fois renouvelée et son effet est presque sûr, à l'égard des grands nerveux, très accessibles à la suggestion imposée.

Sur la vessie. — L'action est aussi nette, surtout dans l'incontinence d'urine. En voici deux cas que nous empruntons au professeur Bernheim.

1e observation. — II s'agit d'un enfant de 13 ans, lymphatique, assez délicat, d'une intelligence assez limitée, qui urine au lit deux ou trois fois par semaine depuis son enfance. Il n'a pu être déshabitué de cette infirmité. L'enfant est présenté à Bernheim le 16 octobre. Dans les 10 jours qui précèdent cette visite, il a uriné quatre fois au lit. Bernheim l'endort le 16 octobre mais n'arrive qu'à la catalepsie suggestive, avec souvenir au réveil. Il suggère à l'enfant qu'il n'urinera plus au lit, qu'il ne pourra plus uriner étant couché mais seulement étant debout. Bernheim renouvelle ses suggestions les 17, 18 et 23 octobre. Dès la première suggestion, l'enfant n'a jamais perdu ses urines.

2e observation. — Le malade S..., âgé de 17 ans, bien conformé, grand, d'intelligence obtuse, vient consulter Bernheim pour de l'incontinence d'urine qu'il a depuis son enfance. En été, il urine au lit trois ou quatre fois par semaine; en hiver, toutes les nuits. Dans la Journée, il ne perd jamais ses urines. Il dit uriner environ 6 fois dans la journée. Il ne se réveille habituellement qu'une fois la nuit. Aucun traitement n'a été essayé avant la suggestion. Le 28 décembre, ce jeune malade voit Bernheim qui le plonge facilement en sommeil profond et lui suggère de se réveiller chaque fois qu'il aura envie d'uriner et de ne pas uriner au lit. Il vient régulièrement se faire suggérer jusqu'au 31. Dès la première suggestion, il n'a plus uriné au lit, il s'est réveillé quatre fois dans la nuit. La seconde nuit et la troisième, il s'est réveillé trois fois. Il revient encore voir le suggesteur le 7 janvier et le 10. II n'a plus uriné au lit et ne se réveille plus que deux fois par nuit.

C'est aussi par suggestion que les nourrices accoutument les nourrissons à ne pas souiller leurs langes: elles font du bout des lèvres un léger sifflement qui donne assez exactement le son d'un faible courant d'eau et fait uriner l'enfant par suggestion auditive. Cette suggestion se produit également chez les adultes, en écoutant une eau courante de faible tirant.

 

Sur les sécrétions. — La suggestion a donné, dans certains cas, des résultats très intéressants:

On sait qu'une émotion vive tarit la production du lait, mais un fait moins connu, c'est que la sécrétion peut être rétablie et augmentée sous l'empire de la volonté. Le Docteur Natanson en a fait l'expérience sur une nourrice dont le lait était complètement tari. Sous l'influence de la suggestion cette nourrice retrouva son lait. Le résultat fut surprenant: une heure après la séance le lait coula abondamment.

Voici d'ailleurs le détail de cette observation (Citée par le Docteur Hassenstein : La Suggestion hypnotique dans l'allaitement, 1894.) :

Le Docteur Natanson prit, en 1891, pour allaiter son enfant une nourrice, âgée de 25 ans, forte et bien constituée. Jusqu'à ce moment, cette jeune fille avait nourri avec succès un enfant à elle, âgé de 3 mois, et le Docteur Natanson espérait faire une bonne acquisition en l'acceptant pour son nouveau-né. Au commencement il ne constata rien d'anormal: la nourrice donnait un lait abondant et de bonne qualité. Mais à partir du troisième jour de son entrée, le nourrisson devint agité, la nourrice se voyait dans la nécessité de le mettre au sein très fréquemment, afin de le calmer. En même temps, la quantité de lait — qui avait été si abondante — commença à diminuer. Finalement, la nourrice arriva à ne plus pouvoir nourrir qu'une ou deux fois, pendant la nuit et le matin.

Le Docteur Natanson se trouvait dans l'impossibilité de se procurer une autre nourrice. Il pouvait d'autant moins, dit-il, se décider à la congédier, qu'en dehors de la triste situation où l'aurait mise la perte de la place, la nourrice paraissait avoir un réel attachement pour son enfant. Néanmoins cette décision lui parut inévitable, car quelques jours plus tard, le lait fut complètement tari. La nourrice, elle-même, demanda son congé.

Le Docteur Natanson eut l'idée d'essayer la suggestion. Il plongea la nourrice en somnambulisme et lui suggéra le désir ardent de retrouver son lait tari. Le résultat dépassa tontes ses prévisions et fut vraiment stupéfiant. Une heure à peine après la séance terminée, le lait coula abondamment. Mieux que cela, la jeune femme put nourrir l'enfant avec succès pendant toute l'année.

De tels résultats nous amènent à chercher quel serait l'empire de la suggestion dans le traitement des maladies causées par l'inflammation de certaines glandes endocrines et de certains viscères.

Tout d'abord le goitre, qui provient d'un développement anormal de la glande thyroïde. Le Docteur Liébeault déclare avoir tenté souvent de détruire les goitres au moyen de la suggestion. Il a réussi 4 fois sur de jeunes sujets dont la tumeur était molle et peu volumineuse.

Le même auteur signale la disparition, chez un enfant de 10 ans, d'une hypertrophie de la glande parotide qui avait résisté à tous les autres traitements. Trois mois de suggestion pendant le somnambulisme suffirent pour amener la guérison.

Si nous passons au traitement de maladies encore plus graves, nous voyons que l'on peut agir par suggestion imposée sur les lésions du poumon, même sur la phtisie pulmonaire.

Il serait long et fastidieux de citer toutes les maladies où la suggestion imposée a donné des résultats inattendus.

 

Terminons cette rapide énumération par une observation relative à l'œil, organe qui semblerait, de prime abord, peu accessible à la médication psychique.

L'expérience démontre que des lésions syphilitiques graves ont pu être modifiées très sensiblement sous l'empire de la suggestion. Qu'on nous permette de citer à ce sujet une observation du Docteur Delbœuf, consignée dans un mémoire intitulé: De l'étendue de l'action curative de l'hypnotisme appliqué aux altérations de l'organe visuel, communiqué à l'Académie Royale de Belgique en 1890.

Un employé de commerce a été contaminé vers l'âge de 20 ans. Le mal a paru céder au traitement ordinaire. Pas d'accidents secondaires. Mais 4 ans après, il est affecté de troubles de la vue; il pouvait encore voir de loin, mais il ne voyait plus de près. Insensiblement, la vue revint et pendant 4 ans il n'eut pas lieu de s'en préoccuper. En 1881, apparurent des éruptions cutanées, mais la vue resta bonne. Puis, vers 1883, on lui fit remarquer un jour qu'il écrivait de travers. II constata ensuite qu'il lui était impossible de lire les fins caractères et que la lecture des journaux lui causait une très grande fatigue. La vue baissa rapidement à gauche. Un traitement spécifique le fit d abord revoir suffisamment pour lire, écrire. Le traitement fut suivi irrégulièrement et la vue rebaissa de plus en plus: à ce moment la vision avait subi une telle dépression dans les deux yeux que les doigts, qui normalement peuvent se compter à 60 mètres, ne l'étaient plus qu'à 4 mètres, La couleur rouge n'était plus reconnue. Diagnostic: inflammation de la rétine de nature syphilitique avec inflammation du nerf optique. Le malade fut soumis à un traitement rigoureux: séjour dans un endroit peu éclairé, onctions mercuriales, injections de strychnine, et, à l'intérieur, iodure de potassium. La vue continua à baisser et 10 mois après ce traitement sévère les doigts n'étaient plus comptés qu'à 3 mètres avec l'œil gauche. Un oculiste célèbre jugea, à ce moment, le cas incurable. Bientôt, l'œil gauche ne les compta qu'à 30 centimètres. On essaya l'électricité, mais sans succès. L'année suivante, nouvelle aggravation et le malade eut alors des idées de suicide.

C'est pour se débarrasser de ces idées qu'il voulut se faire suggérer par le Docteur Delbœuf. Celui-ci l'hypnotisa et une fois en sommeil, avec l'aide d'un confrère qui agitait ses doigts sur un fond noir à l'extrême limite de son champ visuel, lui suggéra qu'il pourrait voir les mouvements de plus en plus loin. Lorsque le champ visuel était augmenté, le Docteur Delbœuf éveillait le malade, lui assurant que l'amélioration obtenue se maintiendrait au réveil. L'expérience dura 26 séances qui prirent chacune d’une à deux heures: il y eut une très grande amélioration. La suggestion a été le seul agent curatif: le traitement mercuriel n'a été d'aucun secours puisque les lésions des autres organes se sont développées.

Par tous ces faits, nous voyons combien peut être grande l'action de la pensée sur l'organisme. II ne faut pas toutefois imaginer que tout le monde est accessible à ce mode de suggestion. Nous l'avons dit, et nous ne saurions trop le répéter la suggestion imposée ne peut s'adresser qu'à des grands nerveux dont les réactions émotionnelles sont très vives, et, à cette suggestion imposée, doit succéder, dans la plupart des cas, une suggestion raisonnée qui fait comprendre au malade la cause de ses troubles et la manière d'y remédier.

 

Comment on impose une idée curative.

 

Voici le procédé par lequel les premiers suggesteurs ont imposé des idées curatives.

Le Docteur Liébeault procédait par affirmation, le sujet étant en hypnose. Après avoir mis dans le cerveau du malade l'image du sommeil, il y introduisait celle de la guérison. Plus le sommeil était profond, plus le sujet était accessible à la pression morale.

En étudiant la suggestion au point de vue expérimental, nous avons déjà dit comment on produit le sommeil suggestif. Liébeault, tout en se faisant regarder dans les yeux par le sujet l'invite à dormir en énonçant les principaux symptômes qui précèdent le sommeil: la pesanteur des paupières, la sensation de somnolence, l'obtusion des sens, l'isolement du monde extérieur. Ces symptômes, il les décrits plusieurs fois, d'une voix douée mais qui devient parfois un peu impérative. Par cette suggestion, l'idée de sommeil s'insinue peu à peu dans l'esprit et finit, parfois en quelques secondes, quelquefois en peu de minutes, par se réaliser. Comme le dit Bernheim: « L'image psychique du sommeil évoque l'acte sommeil. »

Le malade étant endormi, Liébeault affirme avec conviction et autorité la disparition des troubles: « Vous n'avez plus aucun mal, plus de faiblesse, votre digestion est bonne, votre circulation est très régulière, toutes vos fonctions s'accomplissent normalement, etc. »

Afin de concentrer l'esprit du malade sur l'idée de guérison, Liébeault appliquait la main sur la partie malade, sans attacher à ce geste aucune valeur magnétique. Il se contentait de suggérer de la chaleur et expliquait que la nature, plus forte que tous les médecins, rétablissait l'équilibre et la santé. Le malade restait assis dans son fauteuil, passif, pendant cette suggestion verbale qui durait plusieurs minutes; et les séances suggestives étaient répétées le plus souvent possible.

Bernheim qui reprit les idées de Liébeault, suggère à l'état de veille. Cependant, lorsqu'il peut plonger le malade en sommeil, il profite de cet état au cours duquel la suggestibilité est augmentée. Voici comment il procède. Prenons, à titre d'exemple, un enfant atteint d'une douleur rhumatismale dans le bras, il lui dit: « Ferme les yeux, mon enfant, et dors. » II lui tient doucement les paupières fermées et continue à lui parler: « Tu dors et tu vas continuer à dormir jusqu'à ce que je te dise de te réveiller. Tu dors très bien, comme dans ton lit; tu es tout à fait à ton aise: tes bras, tes jambes, tout est endormi, tu ne peux plus les remuer. » Bernheim retire ses doigts des paupières; elles restent closes si le sujet est très influençable; il met un bras en l'air, il y reste (catalepsie). Alors, touchant le bras douloureux, il dit: « La douleur disparaît: tu n'as plus mal du tout, tu peux remuer ton bras sans aucune douleur, et, quand tu seras réveillé, tu ne sentiras plus la douleur, elle ne reviendra plus. » Pour augmenter la force de la suggestion, en l'incarnant pour ainsi dire, il suggère, comme le faisait Liébeault, la sensation de la chaleur. La chaleur remplace la douleur. Il dit à l'enfant: « Tu sens de la chaleur au bras, la chaleur augmente et tu n'as plus de mal. » Après quelques minutes, l'opérateur réveille l'enfant; celui-ci ne se souvient de rien; le sommeil a été profond. La douleur a presque complètement disparu.

Les phénomènes morbides cessent rarement en une séance. Quelquefois, la douleur, simplement atténuée, persiste: elle disparaît graduellement après deux ou plusieurs séances. D'autres fois, au dire de Bernheim, atténuée au réveil, elle continue de soi-même à décroître et disparaît sans qu'il soit besoin d'intervenir de nouveau. Si cette éventualité favorable ne se produit pas, une séance ou deux encore peuvent la faire décroître et s'éteindre, surtout si le malade peut être plongé dans un sommeil plus profond. Il est des cas où la douleur, momentanément abolie, reparaît un laps de temps plus ou moins long après la séance et demande une série de séances suggestives pour être complètement guérie. Il est enfin des douleurs qui ne peuvent être guéries par suggestion imposée. L'effet est subordonné à la suggestibilité du malade et à la cause organique du symptôme.

Bernheim constate que les douleurs musculaires, le point douloureux des phtisiques, l'anesthésie des hystériques, quelquefois les douleurs fulgurantes des ataxiques, certaines contractures dynamiques liées à des affections organiques des centres nerveux, certains mouvements qui survivent à la chorée, l'incontinence d'urine chez les enfants disparaissent souvent comme par enchantement, par une seule suggestion imposée ou par un petit nombre de ces suggestions. « Et, ajoute Bernheim, il n'est pas toujours nécessaire que le sommeil soit profond pour qu'une action rapide se manifeste; un simple engourdissement suffit chez quelques-uns; certains autres sont suggestibles à l'état de veille. »

Bernheim reconnaît qu'en général l'action est plus rapide et plus complète dans le sommeil profond. « C'est dit-il, dans le somnambulisme que la suggestion acquiert son maximum d'efficacité. » Certains sujets résistent pendant de nombreuses séances: ils ne tombent que dans une vague torpeur, l'effet obtenu est léger et douteux. Avec de la persévérance, après un nombre variable d'hypnotisations, pouvant demander plusieurs semaines, sans fruit ou presque, certains tombent enfin dans un sommeil plus profond; alors l'action de la suggestion devient rapide et décisive.

Ceux qui veulent utiliser la suggestion imposée se heurtent donc très souvent à une impossibilité, à un obstacle insurmontable: si leurs sujets ne sont pas en état d'être endormis, ils n'ont pas d'action sur eux.

Pour faciliter la production du sommeil, les suggesteurs ont cherché soit à fatiguer les sujets par des moyens hypnotiques, soit à profiter du sommeil naturel, soit à créer un sommeil narcotique, pour les transformer en sommeil suggestif.

Avant de donner sa suggestion, Sydis engageait le sujet à regarder fixement un point déterminé pendant 20 secondes. Parez, comme nous l'avons vu par ailleurs en étudiant la suggestion au point de vue expérimental, transforme le sommeil naturel en sommeil suggestif. Le Docteur Gibert, au Havre, a donné, pendant le sommeil chloroformique, des suggestions suivies de guérison. D'autres ont fait du pré-hypnotisme: ainsi, le Docteur Stembo, de Wilna, a cherché à obtenir la perméabilité à la suggestion curative en suggestionnant d'abord à l'état de veille et en provoquant ensuite l'hypnose.

Mais ce sont là des faits exceptionnels: souvent l'opérateur perd un temps considérable sans arriver à provoquer le sommeil.

Le champ de la suggestion imposée est donc limité. Bernheim a bien établi que toute suggestion tend à se réaliser, il ajoute néanmoins « mais elle ne se réalise pas toujours. Le sujet peut opposer sa volonté à celle du suggesteur. Si je dis à quelqu'un: Regardez-moi, il me regarde. Si je répète l'injonction plusieurs fois, agacé de mon insistance sans but, il ne me regarde plus, il ne veut pas. » A heurter trop délibérément la conscience du sujet, on arrive à soulever sa résistance et le suggesteur, loin de se faire un collaborateur de son malade, s'en fait souvent un adversaire.

D'autre part, nous avons montré les inconvénients qu'il y a à faire entrer de force une idée dans la conscience. Tout d'abord, la suggestion imposée ne peut s'adresser qu'à des malades de la volonté, des faibles, des grands nerveux, des impulsifs. Encore, sur ceux-ci, les effets, obtenus avec rapidité, disparaissent-ils aussi vite qu'ils se sont produits. Suggérez à un fumeur invétéré qu'il a soudain une horreur très prononcée pour le tabac. S'il est très suggestible, il acceptera cette idée tant qu'il sera sous l'emprise de votre suggestion. Mais, quelques jours après, l'action de votre volonté ayant disparu, le fumeur retombera dans son habitude, avec d'autant plus de passion qu'il aura été sevré plus longtemps. Ce fait provient de ce que ce mode de suggestion ne tient aucun compte de la personnalité du suggéré. Il faut, pour obtenir le concours du sujet, lui montrer les dangers de son accoutumance, l'intoxication qui lui vient de l'usage dû tabac, les troubles qui peuvent en résulter pour son organisme, lui faire comprendre par des raisons logiques, la nécessité pour lui de renoncer à ce passe temps dangereux. Alors, par cette suggestion raisonnée qui exige le concours volontaire du malade on parvient progressivement à renforcer la personnalité, à soutenir la volonté qu'on lui inspire et, de la sorte, désirant guérir, il se rétablit sans rechute possible. Le malade y gagne de toute manière; sa conscience prend plus d'autorité, sa volonté plus de force.

Il en est tout autrement avec la suggestion imposée. Cette intervention qui consiste à brutaliser la conscience, crée un automatisme qui augmente sans cesse au détriment de la volonté, en supprimant de plus en plus le libre arbitre. On ne doit donc employer la suggestion imposée que dans les cas d'absolue nécessité et seulement à titre tout à fait temporaire.

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