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LA SUGGESTION IMPOSEE
La
suggestion imposée a d'autant plus de prise que la synthèse mentale est
plus faible. — Affections morales et nerveuses guéries par suggestion imposée.
Idées imaginaires. Impulsions. — Insensibilité suggérée. Extractions de dents
sans douleur sous hypnose. — Affections organiques guéries par suggestion
imposée. Varices, crises d'hémoptysie, — Hémorragies utérines. Fibromes. —
Tumeurs cancéreuses. — L'élément douleur dans le processus inflammatoire. —
Phénomènes de vasodilatation suggérés. Règles régularisées. —
Action sur les organes: intestin, vessie. — Action sur les sécrétions (lait) et
sur les glandes endocrines (glandes thyroïde et parotide). — Action sur
l'œil. — Comment on impose une idée curative.
La
suggestion imposée, nous venons de le démontrer, a d'autant plus de prise que
la synthèse mentale est plus faible.
Ce mode de
suggestion s'adresse donc surtout aux personnes d'un esprit débile, aux grands
nerveux, aux enfants anormaux, aux abouliques en leur donnant un stimulant
immédiat; aux enfants atteints de mauvaises habitudes: onanistes, vicieux,
onychophages, dipsomanes, kleptomanes ; à ceux qui ont des appétits
bizarres (qui mangent des crayons, du plâtre et autres substances nuisibles),
etc...; chez les adultes, aux traqueurs, aux fumeurs invétérés, aux grands
nerveux à crises, aux phobiques (qui ont peur des grands espaces vides,
de l'eau, de la foule, etc.), à certains obsédés, ceux qui sont
tourmentes par une idée fixe qui n'est pas trop enracinée, enfin à
certains neurasthéniques.
Les effets
de cette suggestion sont, en général, rapides et facilement visibles; aussi
ont-ils d'abord attiré l'attention. Mais ce mode d'action, outre qu'il est
assez limité, a de graves inconvénients. Et, s'il n'est pas manié avec une
grande habileté, ses conséquences peuvent être funestes. Il ne doit
être employé qu'au début d'un entraînement et la suggestion raisonnée
doit toujours lui succéder après un certain laps de temps. En effet,
l'action de la suggestion imposée ne peut être que passagère. Il
n'est pas de force humaine qui puisse maintenir un être sous une domination
constante. Dans la cure psychique, cette suggestion ne produit qu'un court
stimulant et, si nous reprenons une comparaison dont nous nous sommes
déjà servi, nous dirons que cette forme brutale d'emprise ne peut
être qu'un coup de fouet qui enlève momentanément le cheval, mais l'épuisé
par l'effort même. On n'a jamais nourri un cheval de coups de fouet. Si
le cheval ne peut être soutenu par une nourriture plus substantielle, il
faut donc réitérer le traitement, suggérer encore et le remède peut
quelquefois devenir pire que le mal.
En voici la
cause. Le malade auquel vous vous adressez est débile de la conscience et de la
volonté. Il manque de décision, de contrôle sur lui-même. II a contracté
de ce fait des habitudes ou des orientations de pensée qui lui sont nocives. Au
lieu de fortifier la volonté et la conscience, la suggestion imposée tend
à annihiler la personnalité du malade. Traitement illogique. Il se peut
que, sous cette emprise, les habitudes cessent momentanément; mais il est
facile de comprendre qu'au premier relâchement du suggesteur, à une
tentation plus forte, le malade recommencera d'autant mieux qu'on l'aura
débilité davantage.
Ces
résultats illusoires sont évidents lorsqu'on se rend compte du mécanisme de la
suggestion imposée. Ce mode d'influence cherche à imposer une idée
à la conscience, au moment où celle-ci est hors d'état de lui
résister. Donc, cette suggestion est introduite dans le cerveau d'autant plus
facilement que l'attention est plus faible, le contrôle volontaire moins grand.
C'est pourquoi, nous l'avons dit, l'enfant est plus suggestible que l'adulte,
les gens du peuple plus que les intellectuels, les foules plus que les
individus. Mais que celui qui manque de synthèse mentale soit
très influençable, cela n’implique pas qu'il restera longtemps sous cette
emprise. Tout au contraire. Celui à qui on veut en imposer, même
s'il se prête volontairement à l'action, a toujours, vivace au
fond de sa conscience, un besoin impérieux de liberté. Et c'est ce désir qui
lui fait rejeter toute pensée non acceptée volontairement. Ceci explique
pourquoi les suggestions imposées ne restent pas et pourquoi, de jour en jour,
on renonce à cette thérapeutique irrationnelle et immorale.
Que peut-on
attendre de cette suggestion imposée au point de vue organique ? Là
encore peu de chose. La suggestion se borne à calmer la douleur. Ceci
peut être utile dans les douleurs sans lésions appréciables, mais il ne
faut pas oublier que la douleur est un signe avertisseur que la nature nous
donne pour nous mettre en garde contre une lésion existante ou un trouble en
voie d'évolution. Qu'un malade souffre de douleurs d'estomac, la suggestion
peut empêcher la perception de la douleur, c'est certain. Mais est-ce un
bien ? N'est-il pas à craindre que le malade, convaincu que le mal a
disparu avec la douleur, n'agisse comme un homme sain et ne s'écarte du régime
conseillé par le médecin ? Il est certain que dans ces conditions le mal ne
tardera pas à reparaître et même à s'aggraver. On conçoit
qu'il faut montrer beaucoup de prudence et de circonspection dans l'emploi de
la suggestion imposée et qu'il soit nécessaire de prévenir le malade que, la
douleur disparue, il ne reste pas moins soumis aux soins du médecin traitant.
En présence
de lésions organiques, de troubles moraux ou nerveux, il faut, de toute
nécessité, apprendre au malade à vouloir. Pour qu'il reconquière,
avec la santé, l'intégralité de son intelligence et de sa conscience, il
importe de faire succéder à la suggestion imposée, la suggestion
raisonnée. A la volonté du suggesteur, il faut que le malade substitue la
sienne propre. Celle-ci sera mise en valeur et éduquée par les moyens
rationnels que nous avons exposés dans ce Cours. Dans ces conditions, le malade
devient l'aide du médecin et chaque progrès qu'il accomplit pour dominer
ses troubles est un pas en avant pour retrouver la plénitude de ses facultés.
On peut
dire sans crainte d'être démenti, que jamais, en aucun cas, les résultats
sont durables si la volonté du malade n'entre en jeu consciemment.
Affections
morales et nerveuses guéries par suggestion imposée
Dans quels
cas la suggestion peut-elle être conseillée primitivement ?
Dans
certaines affections purement morales, qui laissent le malade incapable de
réagir contre un travail mental morbide. De ce nombre sont les malades qui
souffrent d'idées imaginaires. Ces personnes sont portées à exagérer
leurs troubles et, à la moindre douleur vague, elles y voient les signes
d'une maladie mortelle. La suggestion imposée a tôt fait de combattre
l'interprétation mauvaise, mais seule une rééducation raisonnée donnera au
malade un jugement sain.
Le Docteur
Moutin cite le fait suivant:
« Un jeune
homme, habitant le quartier de la Villette, avait eu un tœnia (ver
solitaire) que l'extrait éthéré de fougère-mâle avait expulsé; mais il
s'imaginait en avoir un second et il éprouvait dans l'abdomen une foule de
sensations fort désagréables. Malgré les divers tœnifuges absorbés, cet
état durait depuis plus de trois ans: quelques suggestions suffirent à
le débarrasser de son ver imaginaire. »
Dans les
impulsions, la suggestion imposée agit efficacement. Plus le malade est
impulsif, plus il est suggestible.
La
dipsomanie, qui se caractérise par une impulsion à s'enivrer, à
laquelle le malade ne peut résister, peut servir de type. Les dipsomanes, comme
le dit Trélat, « sont des malades qui s'enivrent toutes les fois que leur
accès les prend ». Ils se différencient des ivrognes « qui s'enivrent
toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion. » Les dipsomanes, présentant des
signes de dégénérescence mentale sont donc très suggestibles: on les
plonge en sommeil par suggestion verbale, ou par hypnotisme (fixation des yeux
sur les yeux de l'hypnotiseur ou sur une source de vive lumière). En
général, le sommeil survient rapidement. Une fois obtenu, on défend au malade,
avec autorité, de se livrer de nouveau à sa passion. Il est nécessaire
de faire chaque jour une séance d'un quart d'heure à une demi-heure et
de poursuivre les séances jusqu'à cessation des troubles. Les résultats
sont généralement rapides, mais, si l'on n'a pas pris soin de raisonner le
dipsomane, de lui montrer le danger de l'intoxication, les risques auxquels il
expose aussi bien sa santé que son avenir, il retombera promptement. Il y a
donc nécessité absolue, si l'on veut obtenir un résultat durable, de rééduquer
la volonté de ces malades. Ce résultat est difficile à obtenir, mais,
dans la majorité des cas, surtout si les parents exercent une surveillance
étroite, en évitant au malade les fréquentations mauvaises, on obtient des
guérisons complètes. Dans les cas très graves, on peut toujours
diminuer sensiblement et, par conséquent, réduire d'autant le nombre des
accès.
Il en est
de même pour toutes les impulsions: envie irrésistible de fumer, de
voler; pour toutes les peurs, les craintes, les phobies, les tics, les manies,
les idées fixes, les obsessions, les hallucinations.
Dans les
états affectifs: craintes, peur, chagrin, souvenirs douloureux qui risquent de
devenir obsédants, la suggestion imposée — toujours suivie de la suggestion
raisonnée — donne souvent des résultats heureux
Lorsque
nous avons parlé d'hypnotisme et de suggestion, au point de vue expérimental,
nous avons dit avec quelle facilité il est possible de créer des troubles de la
sensibilité chez les grands impressionnables. Cet empire du suggesteur a reçu
ses applications en thérapeutique. On a pu provoquer des anesthésies qui ont
permis de faire de petites opérations.
Pendant
l'année 1882 et les premiers mois de 1883, le Docteur Liébeault eut l'idée de
faire arracher des dents ou des racines de dents à des malades venus
chez lui. Ces malades avaient été, tout d'abord, placés en sommeil artificiel.
Au cours de cet état, le suggesteur leur avait donné l'ordre qu'ils ne
souffriraient pas à leur réveil, au cours de la petite opération à
laquelle ils allaient être soumis. Cet essai, fut intenté sur 19
personnes, d'un âge moyen de 26 ans et demi. Des dents ou racines dentaires
furent arrachées, dans ces conditions particulières, sans douleur ou
avec plus ou moins de douleur, un quart d'heure environ après leur
sortie du sommeil: le temps de se rendre chez le dentiste. Une seule d'entre
elles fut opérée seulement après une heure.
Voici
d'ailleurs le détail de cette expérience et des conditions dans lesquelles elle
fut produite, tel que M. le Docteur Liébeault le rapporte dans le Journal du
Magnétisme d'octobre 1885.
1°. — Trois
personnes furent soumises à l'extraction de dents ou de racines de
dents, après leur avoir fait la suggestion, pendant le sommeil léger
(catalepsie, mais possibilité de résister aux mouvements suggérés) de ne pas
souffrir lorsqu'elles seraient opérées, au réveil. Deux d'entre elles
affirmèrent avoir beaucoup moins souffert que dans des opérations
antérieures du même genre et l'autre, à qui l'on avait extirpé
trois dents, affirma ne ressentir aucune souffrance;
2°. — Parmi
sept personnes dont les dents furent extraites à la suite du sommeil
profond (catalepsie avec impossibilité de résister à des mouvements
suggérés), état pendant lequel on leur avait aussi affirmé qu'elles ne
sentiraient rien, cinq n'éprouvèrent absolument rien, et les deux autres
presque rien;
3°. — De
quatre sujets opérés auxquels on avait fait une même suggestion avant
leur sortie du sommeil très profond (catalepsie avec irrésistibilité aux
mouvements par suggestion, mais absence de rapports avec tous autres que
l'opérateur) deux n'éprouvèrent pas de souffrance, une autre éprouva du
picotement et, le quatrième, qui ne fut opéré qu'une heure après
le réveil, ressentit une vive douleur;
4°. — Enfin
sur quatre personnes auxquelles on fit encore la suggestion dans le
somnambulisme (mêmes signes que ceux du sommeil précédent, mais avec
perte de souvenir au sortir de cet état), trois fois, après réveil,
l'insensibilité à l'opération fut complète et, une fois, il y eut
sensation d'une légère douleur;
5°. — Un
dernier, opéré dans un état hypnotique, ressentit vivement l'extraction de la
dent.
Le Docteur
Liébeault n'en était d'ailleurs, à cette époque, qu'au début de ses
essais. Le succès aurait été meilleur si les sujets avaient été endormis
plus profondément et si l'action suggestive avait été plus prolongée.
Le
professeur Liégeois est arrivé, par suggestion, à faire extraire
à un sujet deux dents et une racine 24 heures après la suggestion
faite en sommeil, et cela sans que le sujet ressentit même le plus léger
picotement. Liégeois avait suggéré au sujet que, tel jour, à telle
heure, on lui arracherait des dents et qu'il n'éprouverait aucune douleur. Ce
qui se produisit.
Depuis, de
nombreuses extractions de dents et diverses petites opérations: ouverture d'un
abcès, section d'un doigt, opération d'un ongle incarné... ont été
faites sans douleur, avec plein succès. Mais il est, on le comprend, de
toute nécessité que les sujets opérés de la sorte soient très accessibles
à la suggestion imposée.
La
suggestion calmant la douleur, on a pensé à l'utiliser dans le travail
de l'accouchement et l'on cite des cas où elle a facilité
considérablement le travail de la parturiente. Le Docteur Liébeault a pu mettre
dans le somnambulisme, pour tout ou partie de la durée de leur accouchement,
deux femmes qui éprouvèrent bien moins de douleurs que dans leurs
couches précédentes. Elles ne se souvinrent de rien, sauf une qui, au réveil,
garda le souvenir de quelques contractions finales.
Affections
organiques guéries par suggestion imposée
Arrivons
maintenant aux maladies organiques. Nous avons déjà parlé de l'action
exercée par la volonté sur les nerfs vasomoteurs. Du moment que nous tenons
cette action pour certaine — et elle s'impose à l'observateur, — nous
devons penser que puisque les phénomènes de vasodilatation sont soumis
à l'action de la pensée et de l'émotivité, les phénomènes
analogues mais inverses de la vasoconstriction seront également influencés par
les mêmes agents. Ici encore, l'expérience nous donne raison. Voyons
quelques observations qui nous en fournissent la preuve.
Le Docteur
Liébeault a guéri des varices par un traitement suggestif. On sait que les
varices proviennent d'une dilatation anormale et persistante des veines. Cette
dilatation a pu disparaître par vasoconstriction.
Voici une
observation due au Docteur Liébeault:
Une
somnambule professionnelle avait vu se former à ses avant-bras des
dilatations de veines, à peu près sphériques, de la grosseur d'un
pois, dépressibles — favorisées sans doute par la position que prennent les
sujets endormis: les bras pendant le long du corps. Après une seule
séance de suggestion imposée, ces dilatations disparurent, mais elle
récidivèrent l'année suivante. Le Docteur Liébeault réitéra son
traitement et, cette fois, les lésions s'effacèrent pour ne plus
reparaître.
Dans le
même ordre de faits, nous voyons le Docteur Luys combattre par suggestion
hypnotique des crises d'hémoptysie. Une observation consignée par lui dans ses
Annales de psychiatrie et d'hypnologie (1893, p. 64) porte sur une jeune femme
très nerveuse qui était atteinte de fréquentes hémoptysies. Après
quelques séances de suggestion imposée en somnambulisme, à raison d'une
par semaine, les crachements de sang cessèrent complètement.
Par le
même mécanisme de vasoconstriction, s'exerçant cette fois sur les
vaisseaux de l'utérus, on a pu faire cesser complètement, chez de
grandes nerveuses, des hémorragies utérines.
Cette
action a pu ramener des menstrues trop abondantes à un écoulement
normal. Dans certains cas, les règles sont revenues ensuite très
normalement.
A signaler
encore les bienfaits du traitement psychique imposé dans les fibromes. Un des
symptômes les plus alarmants est l'hémorragie. Or, chez de grands névropathes,
les réactions vasomotrices sont telles, sous l'influence d'une suggestion
impérieuse, que le flot hémorragique s'arrête. La suggestion peut
même, chez ces sujets particulièrement sensibles à la cure
psychique, arrêter le développement du fibrome, souvent en déterminer la
régression. Nous en avons constaté de très nombreux cas.
Qu'y a-t-il
d'étonnant à cette action ? L'utérus n'est-il pas un organe très
vasculaire ? Or les vaisseaux sanguins sont, nous l'avons vu, entourés d'un
réseau de filets nerveux. Et nous savons que la pensée et l'émotion ont une
influence profonde sur le système nerveux. La suggestion bien appliquée,
agissant sur les nerfs vasoconstricteurs à la façon d'un excitant,
provoque donc le resserrement des vaisseaux saignants et par conséquent
arrête l'hémorragie. Il faut, naturellement, que la malade ait des
réactions très vives pour que l'effet suggestif ait lieu.
La
suggestion a une action très heureuse dans toutes les tumeurs
cancéreuses et personnellement il nous a été donné d'enregistrer de très
nombreux succès. Certes, la tumeur ne disparaît que rarement, mais
toujours nous avons constaté un arrêt de développement, une diminution et
quelquefois une suppression de la douleur, souvent une réduction très
sensible de la masse cancéreuse.
Voici,
entre beaucoup d'autres que nous pourrions citer, une observation que nous
avons communiquée à la Société Magnétique de France (8 avril 1922) :
II s'agit
d'une femme d'une quarantaine d'années, venue tout exprès d'Amérique
pour me voir; elle souffre d'une tumeur cancéreuse du sein droit. Une amie lui
a longuement parlé de résultats que j'avais obtenus par le traitement psychique
dans des maladies très graves, la tuberculose au 3° degrés, entre
autres, et dont elle avait été témoin. Désireuse d'essayer ce traitement, la
malade s'embarque.
A son
départ, un chirurgien reconnaît dans le sein droit une tumeur cancéreuse de la
grosseur d'une noix. Il conseille, d'urgence, une intervention chirurgicale.
Mais la malade se refuse à toute opération. On lui a parlé de merveilles
opérées par la pensée; elle a foi; elle vent se guérir par ce moyen.
J'entreprends
la cure psychique. Je vois la malade chaque jour. Chaque séance dure 3/4
d'heure à 1 heure. Elle consiste en un exposé, le plus suggestif
possible ayant pour but de galvaniser la volonté de la malade, d'ancrer
toujours plus profondément dans son esprit — mais par la douceur, le
raisonnement, — la conviction d'une guérison prochaine. D'une nature
profondément mystique, la malade a foi non seulement dans sa propre pensée,
mais aussi dans les forces spirituelles. Entre les séances, elle se réjouit du
succès prochain et sur mon insistance, toutes les personnes qui
l'entourent la félicitent sans cesse, mais habilement, de son teint plus frais,
de ses belles couleurs...
Après
trois semaines de soins journaliers, la malade rentre en Amérique. Elle
continue à s'auto suggérer avec là même foi persévérante,
II est
curieux de noter qu'à son arrivée à Paris la tumeur était
douloureuse au contact et que, bientôt, toute douleur avait disparu.
Après 2 semaines, la malade eut l'impression que sa tumeur était plus
molle, puis qu'elle diminuait de volume. Ce fait était exact. Dès son
retour sur la terre américaine la malade était toute joyeuse de m'annoncer la
complète disparition de la tumeur. Elle avait revu le chirurgien qui,
quelques semaines auparavant, après avoir diagnostiqué ladite tumeur,
avait jugé nécessaire et même urgente l'intervention chirurgicale. Le
spécialiste était très étonné de ne plus trouver trace de la tumeur.
Depuis ce
moment (1922), je suis resté en rapport avec la malade. Celle-ci a toujours
gardé son optimisme. Sa foi en la guérison est inébranlable. La tumeur n'a pas
récidivé.
Dans une de
nos récentes observations, il s'agit d'un cancer propagé à tout le
péritoine. Au moment où je suis appelé en consultation par le médecin
traitant, la malade est à toute extrémité. Le pronostic est fort sombre.
Impossibilité d'intervenir chirurgicalement. Je tente le traitement psychique. Celui-ci
donne des résultats rapides: les douleurs s'apaisent, la crise qui paraissait
fatale est conjurée. La malade vécut encore quatre années, reprenant une vie
mondaine active, allant au théâtre, en visites, se couchant tard. Et pourtant,
au moment où j'intentai le traitement psychique, la malade était âgée de
82 ans et dans un état extrême d’épuisement.
Par un
mécanisme analogue la suggestion peut activer la résorption des liquides
épanchés, activer la cicatrisation des plaies.
Poursuivant
des expériences de ce genre, le professeur Delbœuf fut amené à se
demander si la douleur ne pouvait pas avoir une influence sur les lésions et
inflammations, phénomènes qui, au premier abord, semblent purement
objectifs. Il arriva à une solution affirmative de la question. Voici
dans quelles circonstances:
1°. — Une
dame J..., travaillant au jardin, eut un doigt fortement écrasé par la chute
d"une pierre. Le professeur Delbœuf l'ayant hypnotisée, lui ôta par
suggestion la perception de sa douleur. Non seulement, elle put reprendre le
travail interrompu, mais le continuer sans aucune gêne et toute trace de
contusion s'effaça promptement;
2°. — Mme
M..., s'étant fait, le soir, une large et profonde entaille à la base du
pouce, n'en voulut parler à personne. Mais la douleur la tint éveillée
toute la nuit et, le lendemain, sa main était à la fois douloureuse et
paralysée. Sans même avoir besoin de la mettre en sommeil, le professeur
Delbœuf fit cesser les élancements douloureux. La malade n'éprouva plus
dès lors ni embarras, ni douleur et la cicatrisation se fit en moins de
trois jours.
Voilà
donc démontrée l'action de la pensée sur le corps. Doit-on conclure que la
douleur physique, ou plutôt l'ébranlement nerveux qu'elle nous cause, est un
motif d'aggravation ? Faut-il admettre que, la douleur étant supprimée par
suggestion, le malade se trouve en mesure de lutter plus efficacement contre la
maladie ?
La
suggestion ne se limite pas aux phénomènes de vasoconstriction. Elle
peut, comme nous l'avons vu, produire le phénomène de vasodilatation et
l'on peut baser sur ce fait le traitement d'autres incommodités. Elle a été
utilisée, sur des sujets très nerveux et très impressionnables
pour régulariser les règles trop abondantes ou irrégulières. Les
observations de ce genre sont très nombreuses.
En voici
une, due au professeur Bernheim. Mlle C., névropathe, vient le consulter le 17
novembre pour un retard menstruel: elle a eu ses règles le 7 octobre, et
elles n'ont pas reparu. Cette personne accuse, depuis plusieurs jours, une
sensation de serrement à la taille avec gonflement. Elle mange plus que
de coutume; ses digestions sont très bonnes; elle affirme n'être
pas enceinte. Bernheim la met facilement en somnambulisme et lui suggère
que ses règles auront lieu le 30, elle-même répète dans son
sommeil qu'elle « aura son époque le 30 ». Bernheim lui suggère de venir
lui en faire part dès que le fait se sera produit. Le 30, elle vient, en
effet, lui annoncer que « son époque a eu lieu » le matin sans douleur. La
veille, elle avait eu les symptômes précurseurs: mal aux reins, mal à la
tête, mauvaise humeur. Bernheim suggère que la prochaine époque
apparaîtra le 28 décembre et la malade vient ce jour-là, lui annoncer
que les règles s'étaient montrées le matin.
Les
règles irrégulières peuvent être régularisées. Bernheim
cite notamment le cas d'une dame de 35 ans qui avait des règles
abondantes, durant cinq ou six jours, tous les onze ou quinze jours, et qui
n'était jamais restée plus de 21 jours entre deux périodes. Sous l'influence de
la suggestion, elle arriva à ne voir ses règles que les 26e, 24e,
25e, 26e, 26e, 24e, 27e, 29e, 29e jours et depuis, toujours, à deux
jours près, le 28e ou le 29e jour.
Sur tous
les organes (estomac, vessie, reins, intestins. .) la suggestion a également
une action très nette. Pour ne pas rendre cette liste de faits
interminable, nous nous contenterons d'en citer quelques-uns
particulièrement probants.
Action sur
l'intestin. — Le professeur Dupuytren purgea une dame anglaise avec des pilules
de mie de pain, en ayant soin de lui affirmer qu'elles contenaient un drastique
violent. L'expérience a été souventes fois renouvelée et son effet est presque
sûr, à l'égard des grands nerveux, très accessibles
à la suggestion imposée.
Sur la
vessie. — L'action est aussi nette, surtout dans l'incontinence d'urine. En
voici deux cas que nous empruntons au professeur Bernheim.
1e
observation. — II s'agit d'un enfant de 13 ans, lymphatique, assez délicat,
d'une intelligence assez limitée, qui urine au lit deux ou trois fois par
semaine depuis son enfance. Il n'a pu être déshabitué de cette infirmité.
L'enfant est présenté à Bernheim le 16 octobre. Dans les 10 jours qui
précèdent cette visite, il a uriné quatre fois au lit. Bernheim l'endort
le 16 octobre mais n'arrive qu'à la catalepsie suggestive, avec souvenir
au réveil. Il suggère à l'enfant qu'il n'urinera plus au lit,
qu'il ne pourra plus uriner étant couché mais seulement étant debout. Bernheim
renouvelle ses suggestions les 17, 18 et 23 octobre. Dès la
première suggestion, l'enfant n'a jamais perdu ses urines.
2e
observation. — Le malade S..., âgé de 17 ans, bien conformé, grand,
d'intelligence obtuse, vient consulter Bernheim pour de l'incontinence d'urine
qu'il a depuis son enfance. En été, il urine au lit trois ou quatre fois par
semaine; en hiver, toutes les nuits. Dans la Journée, il ne perd jamais ses
urines. Il dit uriner environ 6 fois dans la journée. Il ne se réveille
habituellement qu'une fois la nuit. Aucun traitement n'a été essayé avant la
suggestion. Le 28 décembre, ce jeune malade voit Bernheim qui le plonge
facilement en sommeil profond et lui suggère de se réveiller chaque fois
qu'il aura envie d'uriner et de ne pas uriner au lit. Il vient
régulièrement se faire suggérer jusqu'au 31. Dès la
première suggestion, il n'a plus uriné au lit, il s'est réveillé quatre
fois dans la nuit. La seconde nuit et la troisième, il s'est réveillé
trois fois. Il revient encore voir le suggesteur le 7 janvier et le 10. II n'a
plus uriné au lit et ne se réveille plus que deux fois par nuit.
C'est aussi
par suggestion que les nourrices accoutument les nourrissons à ne pas
souiller leurs langes: elles font du bout des lèvres un léger sifflement
qui donne assez exactement le son d'un faible courant d'eau et fait uriner
l'enfant par suggestion auditive. Cette suggestion se produit également chez
les adultes, en écoutant une eau courante de faible tirant.
Sur les
sécrétions. — La suggestion a donné, dans certains cas, des résultats
très intéressants:
On sait
qu'une émotion vive tarit la production du lait, mais un fait moins connu,
c'est que la sécrétion peut être rétablie et augmentée sous l'empire de
la volonté. Le Docteur Natanson en a fait l'expérience sur une nourrice dont le
lait était complètement tari. Sous l'influence de la suggestion cette
nourrice retrouva son lait. Le résultat fut surprenant: une heure après
la séance le lait coula abondamment.
Voici
d'ailleurs le détail de cette observation (Citée par le Docteur Hassenstein :
La Suggestion hypnotique dans l'allaitement, 1894.) :
Le Docteur
Natanson prit, en 1891, pour allaiter son enfant une nourrice, âgée de 25 ans,
forte et bien constituée. Jusqu'à ce moment, cette jeune fille avait
nourri avec succès un enfant à elle, âgé de 3 mois, et le Docteur
Natanson espérait faire une bonne acquisition en l'acceptant pour son
nouveau-né. Au commencement il ne constata rien d'anormal: la nourrice donnait
un lait abondant et de bonne qualité. Mais à partir du troisième
jour de son entrée, le nourrisson devint agité, la nourrice se voyait dans la
nécessité de le mettre au sein très fréquemment, afin de le calmer. En
même temps, la quantité de lait — qui avait été si abondante — commença
à diminuer. Finalement, la nourrice arriva à ne plus pouvoir
nourrir qu'une ou deux fois, pendant la nuit et le matin.
Le Docteur
Natanson se trouvait dans l'impossibilité de se procurer une autre nourrice. Il
pouvait d'autant moins, dit-il, se décider à la congédier, qu'en dehors
de la triste situation où l'aurait mise la perte de la place, la
nourrice paraissait avoir un réel attachement pour son enfant. Néanmoins cette
décision lui parut inévitable, car quelques jours plus tard, le lait fut
complètement tari. La nourrice, elle-même, demanda son congé.
Le Docteur
Natanson eut l'idée d'essayer la suggestion. Il plongea la nourrice en
somnambulisme et lui suggéra le désir ardent de retrouver son lait tari. Le
résultat dépassa tontes ses prévisions et fut vraiment stupéfiant. Une heure
à peine après la séance terminée, le lait coula abondamment.
Mieux que cela, la jeune femme put nourrir l'enfant avec succès pendant
toute l'année.
De tels
résultats nous amènent à chercher quel serait l'empire de la
suggestion dans le traitement des maladies causées par l'inflammation de
certaines glandes endocrines et de certains viscères.
Tout
d'abord le goitre, qui provient d'un développement anormal de la glande
thyroïde. Le Docteur Liébeault déclare avoir tenté souvent de détruire les
goitres au moyen de la suggestion. Il a réussi 4 fois sur de jeunes sujets dont
la tumeur était molle et peu volumineuse.
Le
même auteur signale la disparition, chez un enfant de 10 ans, d'une
hypertrophie de la glande parotide qui avait résisté à tous les autres
traitements. Trois mois de suggestion pendant le somnambulisme suffirent pour
amener la guérison.
Si nous passons
au traitement de maladies encore plus graves, nous voyons que l'on peut agir
par suggestion imposée sur les lésions du poumon, même sur la phtisie
pulmonaire.
Il serait
long et fastidieux de citer toutes les maladies où la suggestion imposée
a donné des résultats inattendus.
Terminons
cette rapide énumération par une observation relative à l'œil,
organe qui semblerait, de prime abord, peu accessible à la médication
psychique.
L'expérience
démontre que des lésions syphilitiques graves ont pu être modifiées
très sensiblement sous l'empire de la suggestion. Qu'on nous permette de
citer à ce sujet une observation du Docteur Delbœuf, consignée dans
un mémoire intitulé: De l'étendue de l'action curative de l'hypnotisme appliqué
aux altérations de l'organe visuel, communiqué à l'Académie Royale de
Belgique en 1890.
Un employé
de commerce a été contaminé vers l'âge de 20 ans. Le mal a paru céder au
traitement ordinaire. Pas d'accidents secondaires. Mais 4 ans après, il
est affecté de troubles de la vue; il pouvait encore voir de loin, mais il ne
voyait plus de près. Insensiblement, la vue revint et pendant 4 ans il
n'eut pas lieu de s'en préoccuper. En 1881, apparurent des éruptions cutanées,
mais la vue resta bonne. Puis, vers 1883, on lui fit remarquer un jour qu'il
écrivait de travers. II constata ensuite qu'il lui était impossible de lire les
fins caractères et que la lecture des journaux lui causait une
très grande fatigue. La vue baissa rapidement à gauche. Un
traitement spécifique le fit d abord revoir suffisamment pour lire, écrire. Le
traitement fut suivi irrégulièrement et la vue rebaissa de plus en plus:
à ce moment la vision avait subi une telle dépression dans les deux yeux
que les doigts, qui normalement peuvent se compter à 60 mètres,
ne l'étaient plus qu'à 4 mètres, La couleur rouge n'était plus
reconnue. Diagnostic: inflammation de la rétine de nature syphilitique avec
inflammation du nerf optique. Le malade fut soumis à un traitement
rigoureux: séjour dans un endroit peu éclairé, onctions mercuriales, injections
de strychnine, et, à l'intérieur, iodure de potassium. La vue continua
à baisser et 10 mois après ce traitement sévère les doigts
n'étaient plus comptés qu'à 3 mètres avec l'œil gauche. Un oculiste
célèbre jugea, à ce moment, le cas incurable. Bientôt, l'œil
gauche ne les compta qu'à 30 centimètres. On essaya
l'électricité, mais sans succès. L'année suivante, nouvelle aggravation
et le malade eut alors des idées de suicide.
C'est pour
se débarrasser de ces idées qu'il voulut se faire suggérer par le Docteur
Delbœuf. Celui-ci l'hypnotisa et une fois en sommeil, avec l'aide d'un
confrère qui agitait ses doigts sur un fond noir à
l'extrême limite de son champ visuel, lui suggéra qu'il pourrait voir les
mouvements de plus en plus loin. Lorsque le champ visuel était augmenté, le
Docteur Delbœuf éveillait le malade, lui assurant que l'amélioration
obtenue se maintiendrait au réveil. L'expérience dura 26 séances qui prirent
chacune d’une à deux heures: il y eut une très grande amélioration.
La suggestion a été le seul agent curatif: le traitement mercuriel n'a été
d'aucun secours puisque les lésions des autres organes se sont développées.
Par tous
ces faits, nous voyons combien peut être grande l'action de la pensée sur
l'organisme. II ne faut pas toutefois imaginer que tout le monde est accessible
à ce mode de suggestion. Nous l'avons dit, et nous ne saurions trop le
répéter la suggestion imposée ne peut s'adresser qu'à des grands nerveux
dont les réactions émotionnelles sont très vives, et, à cette suggestion
imposée, doit succéder, dans la plupart des cas, une suggestion raisonnée qui
fait comprendre au malade la cause de ses troubles et la manière d'y
remédier.
Comment
on impose une idée curative.
Voici le
procédé par lequel les premiers suggesteurs ont imposé des idées curatives.
Le Docteur
Liébeault procédait par affirmation, le sujet étant en hypnose. Après
avoir mis dans le cerveau du malade l'image du sommeil, il y introduisait celle
de la guérison. Plus le sommeil était profond, plus le sujet était accessible
à la pression morale.
En étudiant
la suggestion au point de vue expérimental, nous avons déjà dit comment
on produit le sommeil suggestif. Liébeault, tout en se faisant regarder dans
les yeux par le sujet l'invite à dormir en énonçant les principaux
symptômes qui précèdent le sommeil: la pesanteur des paupières,
la sensation de somnolence, l'obtusion des sens, l'isolement du monde
extérieur. Ces symptômes, il les décrits plusieurs fois, d'une voix douée mais
qui devient parfois un peu impérative. Par cette suggestion, l'idée de sommeil
s'insinue peu à peu dans l'esprit et finit, parfois en quelques
secondes, quelquefois en peu de minutes, par se réaliser. Comme le dit
Bernheim: « L'image psychique du sommeil évoque l'acte sommeil. »
Le malade
étant endormi, Liébeault affirme avec conviction et autorité la disparition des
troubles: « Vous n'avez plus aucun mal, plus de faiblesse, votre digestion est
bonne, votre circulation est très régulière, toutes vos fonctions
s'accomplissent normalement, etc. »
Afin de
concentrer l'esprit du malade sur l'idée de guérison, Liébeault appliquait la
main sur la partie malade, sans attacher à ce geste aucune valeur
magnétique. Il se contentait de suggérer de la chaleur et expliquait que la
nature, plus forte que tous les médecins, rétablissait l'équilibre et la santé.
Le malade restait assis dans son fauteuil, passif, pendant cette suggestion
verbale qui durait plusieurs minutes; et les séances suggestives étaient
répétées le plus souvent possible.
Bernheim qui
reprit les idées de Liébeault, suggère à l'état de veille.
Cependant, lorsqu'il peut plonger le malade en sommeil, il profite de cet état
au cours duquel la suggestibilité est augmentée. Voici comment il
procède. Prenons, à titre d'exemple, un enfant atteint d'une
douleur rhumatismale dans le bras, il lui dit: « Ferme les yeux, mon enfant, et
dors. » II lui tient doucement les paupières fermées et continue
à lui parler: « Tu dors et tu vas continuer à dormir
jusqu'à ce que je te dise de te réveiller. Tu dors très bien,
comme dans ton lit; tu es tout à fait à ton aise: tes bras, tes
jambes, tout est endormi, tu ne peux plus les remuer. » Bernheim retire ses
doigts des paupières; elles restent closes si le sujet est très influençable;
il met un bras en l'air, il y reste (catalepsie). Alors, touchant le bras
douloureux, il dit: « La douleur disparaît: tu n'as plus mal du tout, tu peux
remuer ton bras sans aucune douleur, et, quand tu seras réveillé, tu ne
sentiras plus la douleur, elle ne reviendra plus. » Pour augmenter la force de
la suggestion, en l'incarnant pour ainsi dire, il suggère, comme le
faisait Liébeault, la sensation de la chaleur. La chaleur remplace la douleur.
Il dit à l'enfant: « Tu sens de la chaleur au bras, la chaleur augmente
et tu n'as plus de mal. » Après quelques minutes, l'opérateur réveille
l'enfant; celui-ci ne se souvient de rien; le sommeil a été profond. La douleur
a presque complètement disparu.
Les
phénomènes morbides cessent rarement en une séance. Quelquefois, la
douleur, simplement atténuée, persiste: elle disparaît graduellement
après deux ou plusieurs séances. D'autres fois, au dire de Bernheim,
atténuée au réveil, elle continue de soi-même à décroître et
disparaît sans qu'il soit besoin d'intervenir de nouveau. Si cette éventualité
favorable ne se produit pas, une séance ou deux encore peuvent la faire
décroître et s'éteindre, surtout si le malade peut être plongé dans un
sommeil plus profond. Il est des cas où la douleur, momentanément
abolie, reparaît un laps de temps plus ou moins long après la séance et
demande une série de séances suggestives pour être complètement
guérie. Il est enfin des douleurs qui ne peuvent être guéries par
suggestion imposée. L'effet est subordonné à la suggestibilité du malade
et à la cause organique du symptôme.
Bernheim
constate que les douleurs musculaires, le point douloureux des phtisiques,
l'anesthésie des hystériques, quelquefois les douleurs fulgurantes des
ataxiques, certaines contractures dynamiques liées à des affections
organiques des centres nerveux, certains mouvements qui survivent à la
chorée, l'incontinence d'urine chez les enfants disparaissent souvent comme par
enchantement, par une seule suggestion imposée ou par un petit nombre de ces
suggestions. « Et, ajoute Bernheim, il n'est pas toujours nécessaire que le
sommeil soit profond pour qu'une action rapide se manifeste; un simple
engourdissement suffit chez quelques-uns; certains autres sont suggestibles
à l'état de veille. »
Bernheim
reconnaît qu'en général l'action est plus rapide et plus complète dans
le sommeil profond. « C'est dit-il, dans le somnambulisme que la suggestion
acquiert son maximum d'efficacité. » Certains sujets résistent pendant de
nombreuses séances: ils ne tombent que dans une vague torpeur, l'effet obtenu
est léger et douteux. Avec de la persévérance, après un nombre variable
d'hypnotisations, pouvant demander plusieurs semaines, sans fruit ou presque,
certains tombent enfin dans un sommeil plus profond; alors l'action de la
suggestion devient rapide et décisive.
Ceux qui
veulent utiliser la suggestion imposée se heurtent donc très souvent
à une impossibilité, à un obstacle insurmontable: si leurs sujets
ne sont pas en état d'être endormis, ils n'ont pas d'action sur eux.
Pour
faciliter la production du sommeil, les suggesteurs ont cherché soit à
fatiguer les sujets par des moyens hypnotiques, soit à profiter du
sommeil naturel, soit à créer un sommeil narcotique, pour les
transformer en sommeil suggestif.
Avant de
donner sa suggestion, Sydis engageait le sujet à regarder fixement un
point déterminé pendant 20 secondes. Parez, comme nous l'avons vu par ailleurs
en étudiant la suggestion au point de vue expérimental, transforme le sommeil
naturel en sommeil suggestif. Le Docteur Gibert, au Havre, a donné, pendant le
sommeil chloroformique, des suggestions suivies de guérison. D'autres ont fait
du pré-hypnotisme: ainsi, le Docteur Stembo, de Wilna, a cherché à
obtenir la perméabilité à la suggestion curative en suggestionnant
d'abord à l'état de veille et en provoquant ensuite l'hypnose.
Mais ce
sont là des faits exceptionnels: souvent l'opérateur perd un temps
considérable sans arriver à provoquer le sommeil.
Le champ de
la suggestion imposée est donc limité. Bernheim a bien établi que toute
suggestion tend à se réaliser, il ajoute néanmoins « mais elle ne se
réalise pas toujours. Le sujet peut opposer sa volonté à celle du
suggesteur. Si je dis à quelqu'un: Regardez-moi, il me regarde. Si je
répète l'injonction plusieurs fois, agacé de mon insistance sans but, il
ne me regarde plus, il ne veut pas. » A heurter trop délibérément la conscience
du sujet, on arrive à soulever sa résistance et le suggesteur, loin de
se faire un collaborateur de son malade, s'en fait souvent un adversaire.
D'autre
part, nous avons montré les inconvénients qu'il y a à faire entrer de
force une idée dans la conscience. Tout d'abord, la suggestion imposée ne peut
s'adresser qu'à des malades de la volonté, des faibles, des grands
nerveux, des impulsifs. Encore, sur ceux-ci, les effets, obtenus avec rapidité,
disparaissent-ils aussi vite qu'ils se sont produits. Suggérez à un
fumeur invétéré qu'il a soudain une horreur très prononcée pour le
tabac. S'il est très suggestible, il acceptera cette idée tant qu'il
sera sous l'emprise de votre suggestion. Mais, quelques jours après,
l'action de votre volonté ayant disparu, le fumeur retombera dans son habitude,
avec d'autant plus de passion qu'il aura été sevré plus longtemps. Ce fait
provient de ce que ce mode de suggestion ne tient aucun compte de la personnalité
du suggéré. Il faut, pour obtenir le concours du sujet, lui montrer les dangers
de son accoutumance, l'intoxication qui lui vient de l'usage dû tabac,
les troubles qui peuvent en résulter pour son organisme, lui faire comprendre
par des raisons logiques, la nécessité pour lui de renoncer à ce passe
temps dangereux. Alors, par cette suggestion raisonnée qui exige le concours
volontaire du malade on parvient progressivement à renforcer la
personnalité, à soutenir la volonté qu'on lui inspire et, de la sorte,
désirant guérir, il se rétablit sans rechute possible. Le malade y gagne de
toute manière; sa conscience prend plus d'autorité, sa volonté plus de
force.
Il en est
tout autrement avec la suggestion imposée. Cette intervention qui consiste
à brutaliser la conscience, crée un automatisme qui augmente sans cesse
au détriment de la volonté, en supprimant de plus en plus le libre arbitre. On
ne doit donc employer la suggestion imposée que dans les cas d'absolue
nécessité et seulement à titre tout à fait temporaire.
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