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LA SUGGESTION RAISONNÉE
Avantages
de la suggestion raisonnée. La persuasion et la suggestion rationnelle. — La
rééducation psychique et la cure morale. — La rééducation psychique dans les
troubles nerveux. — La rééducation psychique et la cure organique. — Production
du sommeil naturel par suggestion auditive. — Supériorité de la méthode.
L'un des
plus grands avantages de la suggestion raisonnée est de faire du malade le
collaborateur de son médecin. Le but que l'on se propose dans l'application de
cette méthode, c'est de s'attaquer à la cause réelle du mal et non
à l'un ou l'autre de ses effets. Cette médecine psychique reconnaît que
la pensée dont nous avons étudié les effets est à l'origine de la
plupart des maladies, que cette pensée soit consciente ou inconsciente. Elle
tend donc à amener le malade à une juste compréhension des
troubles dont il est atteint, à redresser, avec son assentiment, ses
manières défectueuses de raisonner ou de penser. Cette méthode exige une
réflexion logique, un travail rationnel de l'esprit du patient. Il est évident
qu'un malade qui se voit, par exemple, atteint d'amnésie, s'épouvante de son
état et, par sa crainte légitime, l'aggrave en proportion de sa terreur.
L'amener à comprendre les causes naturelles — le surmenage, par exemple
— qui ont créé chez lui cette perturbation est déjà un moyen de guérir
la part du mal que la peur à surajoutée. Il faut ensuite démontrer au
malade que son état n'a rien d'incurable et que la rééducation de la mémoire se
réalise avec succès. Le malade ainsi rendu à lui-même,
reprend courage et devient le plus sûr collaborateur du suggesteur.
De ce fait,
la guérison — ou du moins l'amélioration pour les cas extrêmes — est
acquise d'une manière durable. La conscience n'a pas été oblitérée, mais
sa netteté est accrue par les soins donnés. Non seulement le traitement n'a pas
créé un affaiblissement de la volonté, une dissociation de la personnalité,
mais le suggesteur a exigé du malade une attention soutenue qui a exercé cette
faculté, l'a fortifiée. Il lui a donné le sentiment plus vif de sa
personnalité, il l'a fait reprendre possession de lui-même, il lui a
appris à vouloir, à agir.
Les
conditions d'accomplissement de la suggestion raisonnée sont toutes différentes
de celles qu'impose la méthode précédente.
D'abord, il
n'y a plus de sommeil provoqué. Toute l'attention du malade est requise par la
collaboration que son guérisseur exige. On évite aussi tout ce qui peut le
distraire. Une pièce isolée où les bruits du dehors parviennent le
moins possible est utile au traitement. On met le patient dans un état de calme
aussi grand que possible, assis ou étendu. La pièce est faiblement
éclairée; le malade tourne le dos à la source lumineuse.
Ces
conditions matérielles réunies, il faut amener le malade à la juste
compréhension de son état, admettre qu'il n'est pas sans gravité — beaucoup de
nerveux mettent une sorte de point d'honneur à être tout à
fait mourants — mais qu'il est loin d'être incurable. Il ne faut surtout
pas s'attendre à obtenir des résultats instantanés de la suggestion
raisonnée: ici la patience est nécessaire, mais ce qui vient vite s'en retourne
de même. Il faut écouter les nerveux, réfuter leurs arguments
logiquement, mais sans brusquerie ni colère. Si vous les heurtez de front,
ils s'autosuggestionnent indéracinablement.
C'est le
Docteur Dubois, professeur de neuropathologie à l'Université de Berne,
qui a innové cette méthode de rééducation psychique.
Avant de
connaître les expériences de Bernheim, Dubois fut amené à agir sur ses
malades par la persuasion loyale. L'étude des travaux de Bernheim et la visite
qu'il lui fit en 1888, lui dévoilèrent la puissance de l'hypnose et de
la suggestion. Emerveillé de ces démonstrations, il appliqua lui-même,
pendant quelques mois, les procédés de la suggestion imposée, mais il reconnut
aussitôt leur caractère artificiel et les abandonna pour reprendre la
voie dans laquelle il avait: débuté : la psychothérapie rationnelle.
Le
professeur Dubois repousse la suggestion imposée parce que c'est un mode de
persuasion artificiel qui n'arrive à l’entendement que par des voies
détournées.
Si le
malade a mal à la tête, Dubois ne tient pas à
« escamoter » ce symptôme banal, « Je veux, au contraire, dit-il,
étudier mon malade, chercher par quel surmenage il arrive aux maux de
tête, par quelles autosuggestions conscientes ou subconscientes, il se
procure des algies ou des anesthésies. Je veux le débarrasser de son auto
suggestibilité et pour cela je ne crois pas bon de cultiver sa suggestibilité,
sa crédulité. Il aura plus longtemps, peut-être, mal à la
tête, il perdra moins vite son insomnie, ses insensibilités, il me
donnera plus de fil à retordre que si je lui faisais crânement quelque
suggestion thérapeutique, mais il deviendra raisonnable, capable de
synthèse mentale, et, quand il sortira de la clinique, il n'y aura pas
laissé seulement une douleur, une anesthésie, un trouble des fonctions, il aura
acquis une âme plus vaillante, qui rétablira l'euphorie psychique et physique
et le protégera contre les rechutes, alors même que des circonstances
malheureuses continueraient à entretenir les causes occasionnelles qui
avaient fait naître la crise. »
Dubois
continue en ces termes:
«
Persuader, c'est soumettre à son malade l'idée que l'on a
soi-même, lui communiquer une conviction qu'on partage
complètement, lui proposer un traitement psychologique qu'on
appliquerait à son meilleur ami, à soi-même. Quand je dis
à un insomniaque : « Ne cherchez pas le sommeil, il fuit comme le pigeon
quand on lui court après; supprimez par une saine philosophie, les
préoccupations si vaines que vous avez: finissez la journée sur une idée simple
qui permette le sommeil du juste, du tranquille », je suis prêt à
profiter pour moi-même dans une nuit où je ne dors pas, de ces
conseils qui restent justes, alors même qu'ils resteraient longtemps
inefficaces.
« Suggérer,
c'est surprendre, en tout ou en partie, la bonne foi du sujet, l'amener
à une idée qui pourra le guérir, je n'en doute pas, mais qui n'a pas la
même forme dans l'esprit du malade que dans celui du guérisseur. Il y a
là un mensonge médical, un pieux mensonge, auquel je ne pourrais
recourir que si mes procédés loyaux de persuasion ne réussissaient pas. Je ne
me suis jamais trouvé dans cette situation.
« II y a
pour moi, entre la persuasion et la suggestion toute la différence qu'il y a
entre un conseil et un poisson d'avril. Tous les deux peuvent évidemment amener
chez le sujet la réaction désirée, mais je ne recours aux procédés suggestifs
que dans de très rares exceptions, pour aller plus vite, comme quand on
prescrit à un malade une potion dont on n'attend qu'un effet sur
l'imagination. C'est parfois excusable, ce n'est pas consciencieux. »
Et
ailleurs, le professeur Dubois dit encore de la suggestion imposée: « La suggestion
agit par les voies tortueuses de l'insinuation; la persuasion s'adresse
loyalement à la raison du sujet. L'une s'adresse à la foi
aveugle, l'autre au raisonnement logique et affiné. » Dubois, qui persuade par
un raisonnement loyal, dit que Bernheim suggestionne par un vrai « cambriolage
cérébral ».
Aussi
n'hésite-t-il pas à condamner les méthodes de Bernheim, tout en
constatant qu'elles ont du succès dans des cas déterminés. « Sans doute,
il ne néglige pas l'influence morale, la paternelle exhortation, mais cette
orthopédie est encore trop fruste, trop rapide; la pratique de l'hypnotisme l'a
habitué aux succès immédiats, aux coups de théâtre. Il mène ses
malades par le nez, leur faisant croire tout ce qu'il veut ».
Les
méthodes de Bernheim et de Dubois sont donc complètement opposées. La
première tend à imposer un ordre, très souvent celui de ne
plus sentir la douleur; la seconde s'attaque directement à la cause,
doucement, progressivement et par une voie logique. La première asservit
la conscience, la seconde la développe, la fortifie, car elle enseigne aux
malades le moyen d'acquérir la maîtrise de soi-même, éduque sa volonté,
sa raison. Les malades soignés par la suggestion raisonnée deviennent de moins
en moins accessibles aux suggestions extérieures, ainsi qu'à leurs
autosuggestions défavorables.
C'est
surtout à la suggestion raisonnée que s'applique cette définition du
professeur Delbœuf: « La suggestion dirige et exalte la volonté du sujet
et le remet en possession d'un pouvoir qu'il a cessé d'exercer, mais qu'il n'a
pas abdiqué. » Ce pouvoir ne va pas jusqu'à rendre la vie à ce
qui est mort, mais il est en état d'arrêter la désorganisation des tissus
et de rappeler la vitalité fonctionnelle.
La
Rééducation psychique et la cure morale.
L'idée est la
cause de bien des maux. Le malade qui pense continuellement à son mal,
aux complications qui ne se produiront peut-être jamais, agit sur ses
fonctions par la force des idées déprimantes qu'il cultive. Il perd l'appétit.
L'insomnie crée en lui un état de fatigue qui l'achemine vers les idées noires,
la neurasthénie. Atteint d'abord d'une maladie bénigne, il arrive à
présenter l'aspect d'un malade gravement atteint. Combien de personnes sont
dans ce cas ? Elles sont légion. Il est de ces malades que l'on voit
constamment dans les antichambres des grands médecins, allant de l'un à
l'autre, suivant le traitement à la mode, s'enquérant des remèdes
nouveaux, d'ailleurs sans nul résultat. C'est que la majorité des médecins ne
s'adressent pas à la cause du mal: à l'idée. C'est l'idée qui est
la véritable cause de bien des maladies, c'est donc à elle qu'il faut
s'adresser pour les guérir.
Le
professeur Dubois cite, dans une de ses leçons sur le traitement moral des
psycho-névroses, le fait d'un vieillard qui, atteint de cholélithiase et
d'artériosclérose, avait vu son état général s'aggraver grandement et qu'il
trouva un jour plongé dans le découragement. A sa question: « Comment cela
va-t-il aujourd'hui ? » le malade répondit maussade: « Plus mal que jamais, je
suis faible; je me sens mal dans ma peau, écœuré, angoissé, et vous, vous
prétendez que je vais mieux. »
Dubois
procède à un examen complet et répond: « Mon cher Monsieur, vous
vous portez mieux que jamais, vous êtes à la veille de la guérison
complète, et je vais vous le prouver: Vous aviez de la fièvre la
semaine passée (c'est vous qui l'avez mesurée et notée); or, vous n'en avez
plus depuis quatre jours. Vous étiez jaune comme une orange, vous n'avez plus
trace d'ictère; votre urine était de couleur vert foncé, elle est
maintenant jaune paille; votre langue était chargée, elle est nette; votre
cœur battait trop vite et irrégulièrement, sous l'influence de la
digitale, il bat à soixante-dix; le foie gonflé est revenu à ses
dimensions normales. Et vous voulez que je dise que vous allez mal. Non, cher
Monsieur, vous allez très bien, mais la jaunisse a agi sur votre moral.
Vous voyez en pessimiste et vous prenez pour un mal physique un mal tout moral.
Vous êtes de mauvaise humeur aujourd'hui. Chassez-moi toutes ces idées et
vous verrez tous vos malaises disparaître. Je ne vous donne aucun médicament,
car je n'en connais aucun en pharmacie qui fasse d'un pessimiste un optimiste.
»
Le malade
lança au professeur Dubois des regards furieux et n'en voulut rien croire, mais
le lendemain, il le reçut avec un vigoureux juron et lui dit: « Vous aviez bien
raison hier. Après votre départ, je me suis tâté, j'ai regardé ma
langue, mon urine, ma feuille de température, j'ai compté mon pouls et j'ai
reconnu que vous étiez dans le vrai. Mon humeur s'est bientôt améliorée: j'ai
déjeuné dans des dispositions conquérantes et, bientôt, je me suis senti
très bien. »
L'action de
la suggestion n'est pas toujours immédiate, elle l'est même rarement. Le
malade, qu'on n'attaque pas violemment ne se cabre pas, sa conscience est
ouverte, accessible à vos idées et celles-ci qui sont logiques,
finissent par convaincre et, par conséquent, par faire disparaître tous les
troubles psychiques. Cette rééducation psychique fait merveille dans tous les états
affectifs: une personne accablée par un malheur inattendu, par un chagrin
profond et irréparable, peut être ramenée à une résignation plus
conforme à son bien moral et à sa santé. Des émotifs, en proie
à des craintes chimériques ou disproportionnées avec leur objet,
s'accoutument par votre raisonnement juste et sans violence, à voir les
choses sous un angle plus exact et parviennent à une meilleure
compréhension des faits. Ils se guérissent donc sous votre conduite, mais par
leur propre effort et c'est parce qu'ils obtiennent ce résultat par l'éducation
de leur volonté, par la maîtrise d'eux-mêmes, que le résultat est
durable.
Surtout, et
c'est un point sur lequel nous ne saurions trop insister, il est capital de ne
jamais heurter violemment un cerveau. Ne jamais dire à un malade une
parole qui l'offense, par exemple, qu'il est « le dernier des froussards »,
mais au contraire que sa peur ou son état affectif sont très
compréhensibles, mais qu'en se raisonnant, en réfléchissant, en se rendant
mieux compte des causes de son état, il arrivera progressivement à s'en
guérir.
Dans tous
les cas de déséquilibre psychique, dans le trac, les phobies, les dépressions
nerveuses, dans les envies impulsives et irrésistibles de boire, de fumer, de
voler, dans les mauvaises habitudes, les tics, les cas d'intoxication
(morphine, cocaïne, éther, opium, etc.) la suggestion raisonnée obtient
des succès inespérés. Il faut, tout d'abord, ramener le calme dans ces
cerveaux trop agités. Il faut s'efforcer, a dit un psychiatre, d'immobiliser le
cerveau comme on immobilise un membre blessé. Une parole douce, amicale, une
surveillance de tous les instants obtiendront ce résultat. Puis, procéder
à une rééducation progressive, faire comprendre au malade qu'il se fait
des causes de son état une image erronée et hors de proportion, lui montrer le
danger auquel il s'achemine. Une fois convaincu de la possibilité de revenir
à la santé, de la nécessité de se guérir, le malade joint volontiers son
propre effort à votre effort suggestif. Votre volonté bien disciplinée,
continue, fera réagir la sienne, auparavant chancelante. Ces malades seront
tout étonnés de conquérir la pleine possession d'eux-mêmes, de retrouver
le calme de leur esprit, la libre disposition de leur volonté.
Pour les
intoxiqués, il y a lieu de procéder à une désintoxication, à un
sevrage progressifs. Diminuer chaque jour la dose en ayant soin de le faire
souhaiter au malade, de le soutenir moralement. Alors on obtient des résultats
certains et durables. Nous avons, chez des toxicomanes, des fumeurs enragés,
obtenu des cures quand le malade, abandonné par tous les traitements de la
médecine classique, se croyait définitivement perdu. Il est utile, surtout dans
les cas de désintoxication qui amènent des troubles physiologiques, abcès,
douleurs, crampes, vomissements... de joindre le magnétisme à la
médecine psychologique.
La
Rééducation psychique dans les troubles nerveux
Le nom de «
maladies nerveuses » sert d'étiquette à une foule de maladies, les unes
purement morales, les autres provenant de lésions des centres nerveux. Les
malades s'échelonnent des simples « nerveux » aux « névrosés ».
Les malades
les plus nombreux sont assurément « les nerveux ». Chez eux, c'est l'esprit, la
pensée, consciente ou inconsciente, qui s'exerce mal, ou bien la force nerveuse
qui est troublée dans sa distribution.
Une grave
erreur est d'isoler le nerveux. Sous prétexte que ce malade est suggestionné
par son entourage à qui il parle sans cesse de ses peines, de ses
troubles, de ses idées noires et que cet entourage réagit sur le malade en
s'apitoyant sur son état, on isole le nerveux dans une chambre, parfois
même, pendant un certain temps, dans une complète obscurité. On
lui supprime toute visite, on lui interdit même de communiquer par
lettres, de recevoir des nouvelles des siens. Le malheureux, certes, n'est plus
suggestionné par sa famille, mais il n'a plus aucun moyen de distraction et le
voilà complètement livré à ses idées morbides.
Isoler le
psychopathe c'est aggraver ses troubles.
Des nerveux,
passons aux névrosés. La névrose est un cadre assez vaste. Nous y voyons
l'hystérie, le somnambulisme spontané, la double conscience, l'épilepsie, la
chorée... Certains auteurs y font entrer la neurasthénie. Axenfeld a dit:
« La classe entière des névrosés est née du jour où
l'anatomie pathologique, étant chargée d'expliquer les maladies par les
altérations des organes, s'est trouvée arrêtée en face d'un certain
nombre d'états morbides dont la raison d'être lui échappait. » II y aurait
donc lieu, en admettant cette conception, de retirer de la série des névroses
les affections dont l'anatomie pourra révéler une cause physique. Mais il est
des névroses qui, à côté de la lésion pathologique, ont aussi une cause
psychique évidente qui prédomine.
Ce sont précisément
ces psychonévroses: neurasthénie, hystérie, psychasthénie, les formes
légères d'hypocondrie et de mélancolie, qui sont, d'après Dubois,
plus ou moins justiciables de la psychothérapie. Chez ces différents malades on
reconnaît bien, la plupart du temps, des troubles organiques: de l'estomac, des
intestins, du foie, de l'utérus... mais l'élément psychique surajouté est
énorme. On ne doit pas négliger le traitement des organes, mais c'est surtout
le traitement moral qui doit tout primer.
Dubois nous
montre que dans les psychonévroses, on se trouve en présence de deux
indications:
1°. — Faire
disparaître aussi promptement que possible les troubles existants;
2°. —
Empêcher pour l'avenir le renouvellement de ces désordres.
C'est
à la deuxième indication que Dubois donne le plus d importance,
et il dit à ce sujet: « Sans doute, on ne peut séparer les deux buts
à suivre et il faut tout d'abord songer à délivrer le malade du
mal présent; mais on se contente trop souvent de combattre isolément chacun des
symptômes sans s'efforcer de consolider le résultat obtenu en amenant chez le
malade un changement profond dans la mentalité. Or comme cette mentalité
antérieure a joué un rôle pathologique, a déterminé des accidents, l’œuvre
thérapeutique reste incomplète. »
Dubois dit:
« Le névrosé est sur la voie de la guérison aussitôt qu'il a la conviction
qu'il va guérir: il est guéri le jour où il se croit guéri. »
La
suggestion raisonnée s'adresse à la conscience; elle n'a donc pas besoin
du sommeil pour exercer son effet. C'est parfaitement éveillés que doivent
être rééduqués les malades.
Nous
l'avons dit, la psychothérapie rationnelle doit s'attaquer à la cause du
mal; mais il est des cas où la cause échappe au malade. Le questionner
ne sert absolument à rien. Il est des phobies, par exemple, qui ont une
cause très ancienne. Admettons qu'une personne adulte a peur de l'eau.
Pourquoi ? Elle n'en sait rien. Toute jeune, peut-être, elle a failli se
noyer ou sa bonne lui a fait peur en lui tonnant son bain. On cite nombre de
cas semblables. L'enfant a oublié la cause génératrice de sa crainte, mais les
effets n'en subsistent pas moins. Il est certain qu'on guérit ces malades par
une rééducation progressive, en leur enseignant, comme nous l'avons indiqué
dans nos chapitres précédents, à obtenir la maîtrise de soi-même.
Toutefois, si la cause peut être découverte et combattue directement, si
l'on parvient à démontrer au malade l'origine de sa phobie et son
inanité actuelle, la guérison est hâtée de ce fait.
Le sommeil
provoqué — surtout le sommeil magnétique qui exalte toutes les facultés
psychiques et spécialement la mémoire — a été utilisée pour retrouver l'idée ou
l'émotion, cause du mal. Lorsque le sujet peut être endormi, il y a
avantage à le questionner sur l'origine de sa crainte, de sa phobie.
Souvent, il retrouve le fait initial qui a créé ses troubles. En voici un
exemple:
Pierre
Janet cite le cas d'une de ses malades, atteinte d’anesthésie du côté gauche
avec cécité de l'œil gauche. Il ne pouvait remédier à ses troubles.
Un jour, il l'endormit et lui fit revivre les différents âges de son existence.
Dans le somnambulisme, la malade se souvint qu'à l'âge de cinq ans on
l'avait fait coucher dans le lit d'un enfant atteint d'une éruption sur la
moitié gauche de la figure. Depuis cette époque, son côté gauche se trouva
anesthésié et la vision de l'œil gauche disparut. La cause du trouble
était donc l'émotion éprouvée à cet âge, émotion dont le souvenir
persistant dans l'inconscient entretenait le mal. Janet n'eut qu'à reconstituer
la scène d'antan, à suggérer que l'enfant couché dans le lit
n'avait aucune éruption, et le malade guérit.
M. E.
Magnin a relaté deux observations analogues au Premier Congrès
international de Psychologie expérimentale.
Chez les
tarés, les déments, les maniaques, la suggestion a peu d'effet. Elle soutient
et dirige le peu d'activité mentale que le malade possède, mais elle ne
saurait faire plus. Dans l'idiotie, l'imbécillité, la débilité mentale,
l'action de la suggestion est nulle, car le cerveau est incapable d'enregistrer
une idée. On ne peut donc jamais développer jusqu'à la normale la
mentalité d'un véritable arriéré.
La
Rééducation psychique et la cure organique
La
psychothérapie, limitée, au début, aux affections morales et à certaines
affections nerveuses, a vu son champ d'action s'étendre considérablement. Elle
s'attaque maintenant avec succès aux maladies organiques. Elle ne les
guérit naturellement pas toutes, mais supprimant l'élément psychique surajouté,
calmant les douleurs, elle les ramène à leurs justes limites.
Même dans les maladies les plus graves: tuberculose, syphilis, cancer,
elle obtient des résultats très appréciables. En redonnant confiance au
malade qui se croyait perdu à brève échéance, elle lui rend le
désir de vivre, et ce désir stimule toutes les fonctions. Le malade mange avec
un meilleur appétit, dort mieux et par conséquent répare ses forces. C'est
déjà beaucoup et nous avons vu des malades dont les jours étaient
comptés (cancéreux, tuberculeux très avancés) vivre encore quelques
années à la suite de notre intervention. Ils vivaient avec un excellent
moral et ne souffraient plus.
L'action de
la pensée est nette sur les phénomènes vasomoteurs. La pensée,
convenablement dirigée et toujours orientée dans le même sens modifie les
fonctions les plus importantes du corps ainsi que le jeu des organes.
L'observation le prouve.
A côté de
la lésion physiologique que la pensée rééduquée modifiera lentement, il y a,
dans toute maladie, un élément psychique. Cet élément disparaît facilement par
suggestion raisonnée.
Dans les
affections utérines, par exemple, des troubles réflexes se manifestent
très souvent. Ce sont des douleurs lombaires, de la dyspepsie, des
nausées, des vomissements, des crampes, des migraines. Toutes ces complications
cèdent aisément par la psychothérapie.
On sait que
les affections de l'estomac portent au pessimisme. Les idées noires
disparaissent rapidement par la cure morale.
Il en est
de même pour tous les organes, toutes les fonctions.
La pensée
lorsqu'elle est accompagnée d'émotion a une action énorme sur le système
nerveux et sur le corps. Le choc émotionnel perturbe profondément la machine
humaine, mais inversement, la pensée suggérée peut organiser. L'être
magnétique, confiant en lui-même, qui ne fait pas d'excès,
possède une santé physique et morale parfaite que rien ne saurait
ébranler. C'est cet équilibre, source de toute joie, que vous devez propager
autour de vous. C'est non seulement un plaisir de le faire, mais un devoir.
Dans toutes
les circonstances de la vie, efforcez-vous de vivre avec des pensées gaies,
altruistes et quand vous rencontrerez des corps qui souffrent, des âmes en
peine, voici quelle doit être votre conduite.
Gagnez la
confiance de votre malade. Ne cherchez pas à l'éblouir par une vantardise
inconsidérée. Soyez bon, ayez une parole chaude, douce, bienveillante. Etudiez
votre malade. Questionnez-le sur ce qu'il ressent, dégagez-en la cause. Ne
brusquez jamais celui qui souffre. Par votre attitude, par votre expression, le
ton de votre parole, montrez-lui tout l'intérêt que vous lui portez.
Efforcez-vous d'être pour lui un ami, un confident: il s'ouvrira, vous
exposera d'autant mieux sa souffrance que vous désirez soulager.
Il vous
faut déployer beaucoup de tact, vous armer d'une patience infinie. Certains
malades craignent d'être mal jugés, d'être considérés comme des
fâcheux ou comme des exaltés.
Petit
à petit, le malade se mettra à causer. Il vous donnera quantité
de détails insignifiants, qui n'ont aucun rapport avec sa maladie. Ne l'interrompez
pas. Ne lui dites pas que vous n'avez que faire de tout ce verbiage, vous vous
aliéneriez en une seconde toute la confiance si lentement acquise. Ecoutez avec
bienveillance, avec amitié: plus le malade parlera et plus vous prendrez
d'empire sur lui pour détruire un à un tous les motifs de crainte, de
frayeur, de malaise qu'il s'est forgé.
Quand vous
connaîtrez dans leur détail tous les troubles de votre malade, commencez votre
traitement. Nous l'avons dit et répété: ce traitement s'adresse à la conscience;
il est donc nécessaire que le malade soit éveillé. Plus il sera en possession
de ses facultés, mieux il discutera.
Réfutez les
idées morbides et substituez leur des idées saines. Cela vous prendra du temps.
Il ne faut pas attaquer de front, ni imaginer que votre malade sera guéri
instantanément ! Ces réussites miraculeuses sont rares. C'est progressivement
qu'il faut redresser la manière de juger, de penser.
Il faut
attaquer d'abord des symptômes isolés, puis, avec toute la logique dont vous
êtes capable, démontrer au patient, doucement, amicalement, l'exagération
qu'il se fait de ses craintes, de ses troubles, de ses phobies. Le moindre fait
peut vous être utile, mais il faut avoir beaucoup de tact pour
l'utiliser.
Le malade
a-t-il des couleurs, plus vives, des urines abondantes ou plus claires, un
meilleur travail intestinal ? Utilisez ces résultats. Montrez-lui qu'il va
mieux et que, s'il ne l'a pas encore constaté par lui-même, il le notera
bientôt,. Il faut tendre à créer dans son esprit une image mentale de la
santé.
Cherchez
autour du malade des personnes susceptibles de vous aider: un mari, une femme,
un ami dévoué. Qu'ils lui disent doucement sans avoir l'air d'y attacher une
importance exagérée — car il faut toujours rester dans une note juste: « Vous
avez meilleure mine aujourd’hui », ou toute autre suggestion réconfortante. Que
tout l'entourage paraisse convaincu de la guérison proche, qu'à la
moindre occasion ils en prennent acte pour remonter le malade. Ils doivent,
comme vous, n'exprimer par leur attitude, leurs gestes, leur regard que le plus
confiant optimisme. Ecartez surtout du malade toute lecture qui serait de
nature à aggraver sa situation. Aucun livre de médecine où le
malade découvre à chaque page une nouvelle maladie dont il ne manque pas
de se sentir atteint. De votre côté, chaque jour, causez avec votre malade,
partez-lui doucement, amicalement, aussi souvent que sa santé et vos
occupations le permettent. Réfutez logiquement ses craintes. Tous les malades
sont suggestibles et vous serez étonné de l'empire que vous exercerez sur eux.
Surtout, ne dites jamais à celui qui souffre que ses troubles sont
imaginaires. Il en souffre trop pour vous croire et vous perdriez sa confiance.
A mesure
que vous gagnerez du terrain, amenez le malade à réagir par
lui-même, enseignez-lui à penser, à vouloir. Démontrez-lui
que la pensée est une force considérable et que, si chacun l'employait sur son
propre organisme, l'équilibre serait parfait.
Production
du sommeil naturel par suggestion auditive
II est peu
d'incommodités qui soient aussi pénibles que l'insomnie parce que la privation
du sommeil amène une tension nerveuse qui a sa répercussion sur tous les
autres phénomènes de l'organisme et ne tarde pas à en avoir une
aussi sur l'état d'esprit du malade. L'insomnie est la mère des idées
noires, des préoccupations funestes qui se développent à loisir pendant
les éternelles heures de la nuit. Une insomnie accidentelle, si elle dure, peut
amener la neurasthénie et ses suites funestes. C'est pourquoi la nécessité
s'impose de donner à tous un sommeil profond et réparateur, mais un
sommeil naturel, car les médicaments ne sont pas sans danger.
Voici un
procédé qui donne d'excellents résultats sans ingestion d'aucun calmant.
Tout
d'abord, placez la personne à endormir du sommeil naturel dans un état
de calme profond. Qu'elle s'allonge et détende ses muscles, qu'elle respire
largement, mais sans effort. Si la personne préfère être assise,
qu'elle se place dans une attitude confortable, dans un fauteuil, mais le lit
ou la chaise longue sont infiniment préférables.
A mesure
que se produit la détente musculaire, le malade doit créer parallèlement
une détente de l'esprit. Il ne faut toutefois pas se fier exclusivement aux
réflexes. Le malade doit faire de son mieux, avec votre aide, pour chasser
toute préoccupation, toute distraction, toute pensée même, qui est
étrangère au sommeil. De votre côté, aidez à ce calme intérieur
par une suggestion douce: « Vous allez dormir bientôt calmement... Vos muscles
se détendent... Votre esprit se calme... Encore un moment et vous serez
endormi... La pensée du sommeil se crée dans votre esprit et s'y impose... Vous
allez dormir...» Cette suggestion, nous le répétons, doit être aussi
douce que possible: elle a surtout pour but de préparer le terrain, de chasser
de l'esprit du malade tout ce qui serait en état de faire fuir le sommeil ou
d'en retarder l'apparition. Ce qu'il faut, pour le moment, c'est diminuer
l'activité cérébrale, c'est créer un état de réceptivité.
Ce résultat
obtenu, commencez vous-même à respirer assez fortement. En ce
faisant, il importe de faire un léger bruit qui s'associe avec la pensée du
sommeil et qui en crée la suggestion. Il faut ronfler légèrement. C'est
le même bruit que vous produiriez si vous dormiez après une grande
fatigue. Vous faites semblant de ronfler.
Après
quelques instants, quand la pensée du ronflement s'est installée dans l'esprit
de la personne à endormir, vous rythmez votre respiration sur la sienne.
Lorsqu'elle aspire l'air, vous l'aspirez aussi; quand elle chasse l'air, vous
faites de même. Bientôt, le malade respire avec une grande régularité et
commence à respirer avec bruit. C'est le signe que le sommeil commence
à le gagner.
Quand son
souffle et le bruit qui l'accompagne seront tout à fait réguliers, il y
a de fortes présomptions pour qu'il soit bien endormi. Il ne faut toutefois pas
s'en fier aux apparences. Avant de quitter votre malade, assurez-vous qu'il
dort réellement. Le procédé en est bien simple: progressivement, changez le
rythme de votre ronflement. Prenez un rythme plus lent ou plus rapide à
votre gré. Si le malade rythme son souffle sur le vôtre, c'est qu'il est
profondément endormi. Sinon, continuez votre suggestion jusqu'à
réussite.
Celle-ci
obtenue, retirez-vous sans bruit. Le malade dort, Si vous répétez ce procédé un
certain nombre de jours, vous ramenez chez le malade l'accoutumance du sommeil.
Personnellement,
nous avons eu des résultats très intéressants grâce à ce procédé
et nous ne saurions trop le recommander à tous ceux qui ont autour d'eux
des malades, des convalescents, des intoxiqués, des êtres qui
relèvent de graves opérations et qui ont besoin de récupérer des forces.
Dans tous ces cas, nous avons amené de longues périodes de sommeil, même
chez les neurasthéniques, dont les insomnies dataient de loin et qui avaient
résisté à tout autre traitement.
Si la
personne que vous désirez guérir est votre femme ou un enfant dont le lit soit
le vôtre ou placé près du vôtre, agissez de même. Couchez-vous et
après quelques minutes, commencez à ronfler. Vous serez étonné de
voir combien le ronflement est contagieux.
Il nous
reste à donner un conseil d'une extrême importance: ne prévenez
jamais le malade du moyen que vous employez. Son extrême simplicité
serait de nature à vous aliéner la confiance de celui que vous voulez
rééduquer. Il sera toujours temps d'en révéler le mécanisme, quand vous aurez
obtenu le retour du sommeil normal. En effet, il est des malades, spécialement
les grands nerveux, qui, d'une part, ont besoin d'un certain mystère
pour être « frappés » par le procédé curatif. Pour eux, être
étonnés, c'est être à moitié guéris. D'autre part, si le moyen que
nous conseillons paraissait simple au malade, il y aurait à craindre un
autre écueil. Ces patients s'auto suggestionnent facilement et leurs
autosuggestions sont extrêmement difficiles, parfois impossibles
là déraciner. S'ils connaissaient votre procédé, ils se suggéreraient
peut-être qu'il ne saurait avoir une action sur eux, et vous travailleriez
en pure perte. Agissez donc avec une grande discrétion.
Supériorité
de la méthode
On le voit,
le champ d'action où peut s'exercer la psychothérapie est très
grand.
Pour nous
résumer, ce qui crée la supériorité de la suggestion raisonnée sur la
suggestion imposée, c'est qu'elle n'attente point à la personnalité,
qu'elle ne crée point, pour guérir des troubles, un trouble peut-être
plus grave. Elle agit sur un nombre bien plus considérable de personnes.
Surtout, elle ne fait pas du sujet un automate. Le sujet, loin d’être
soumis à des violences, sait parfaitement à quoi s'en tenir et
non seulement accepte mais, souvent, demande l'appui du suggesteur. Aussi
l'interruption du traitement, même après guérison
incomplète, ne plonge-t-elle pas le malade dans une suggestibilité
d'autant plus grande qu'elle a été plus exercée. On s'est adressé à
l’intelligence et c'est le redressement de la manière de penser, de
raisonner, qui a conduit le patient à réagir contre ses troubles, ses
faiblesses. Abandonnée ensuite à elle-même, cette même
intelligence le poussera à continuer tout seul un traitement dont il a
suivi tous les stades, dont il a constaté le succès en pleine lucidité.
Les résultats obtenus, non seulement ne s'effacent pas, mais ils ne peuvent que
s'accroître.
Une fois
complètement guéri, le malade a acquis plus de maîtrise sur
lui-même, une plus grande volonté, il a développé ses facultés
psychiques.
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